Bonjour !
Bon j'avoue ce chapitre n'est pas génial mais c'est une transition nécessaire, parce qu'après, dès le prochain chapitre, les choses s'accélèrent pour certains de nos chers petits !
Merci comme toujours aux lecteurs qui suivent cette fiction et surtout à Ecleli, SallyWolf, lolahg, mimi70, Zod'a et Vladimirette (pas de problème pour ton pseudo haha). J'espère que la suite continuera à vous plaire..
Bonne lecture ! :)
Chapitre 8
Parlez-moi de soleil et d'ondes,
D'épis flottant, de plaines blondes,
De jours dorés, d'horizons verts ;
De la terre enfin réveillée,
Qui se mourait froide et mouillée
Sous le dais brumeux des hivers.
(…)
Le ciel est gris, l'eau sans murmure,
Et tout se meurt ; sur la nature
S'étend le linceul des frimas.
Heureux, alors, sur d'autres plages,
Ceux qui vont chercher les feuillages
Et les beaux jours des beaux climats !
(...)
O très heureuses hirondelles !
Si comme vous j'avais des ailes,
J'irais me baigner d'air vermeil ;
Et, loin de moi laissant les ombres,
Je fuirais toujours les cieux sombres
Pour toujours suivre le soleil ! »
Aux Hirondelles, Auguste Lacaussade
La routine reprit ses droits. Les B.U.S.E. approchaient lentement pour Aidlinn, Edern et Mulciber ; même les deux garçons s'étaient mis à réviser durant leurs heures disponibles. Le temps s'adoucissait et la pluie reprenait ses droits sur les gelées. L'humeur d'Isaac semblait s'assombrir à mesure que les prochaines vacances devenaient imminentes ; Aidlinn percevait son agitation bien qu'il parvînt à la cacher aux autres. Elle tenta de lui parler en vain, Isaac refusait d'aborder le sujet et elle le sentait s'éloigner. Deviendrait-elle comme cela, lorsque ce serait son tour à elle aussi ?
Elle essayait maladroitement de se raccrocher à Sylvia, tentant d'ignorer la petite voix qui lui disait que son amie et elle avaient de moins en moins de choses en commun. Sylvia était le dernier fragment de normalité dans son existence. Elle était là pour lui rappeler que tous les étudiants ne pensaient pas qu'à la guerre au-dehors, aux futurs meurtres qu'ils devraient commettre ni aux examens ou aux assemblées secrètes ; elle était là pour lui faire remarquer la robe mise à l'envers de Bulstrode, pour lui envoyer des parchemins volants en histoire de la Magie ou encore pour l'emmener se promener dans le parc le dimanche matin.
Une certaine crainte ne quittait pas Aidlinn : elle avait de plus en plus l'impression d'être une gêne pour ses amis de Serpentard. Elle craignait qu'ils ne la prissent pour une faiblesse, une chose inutile et inintéressante qui s'accrochait désespérément à eux. Elle prenait chaque remarque ou oubli pour un affront destiné à lui montrer que personne ne l'appréciait. Si Mulciber proposait une partie d'échecs à Edern, elle s'éloignait la mort dans l'âme, pensant qu'il s'agissait d'une stratégie pour la mettre à l'écart. Si Rodolphus faisait passer le message de la prochaine réunion et qu'elle l'apprenait par la bouche d'Edern, elle manquait de fondre en larmes, pensant qu'il ne voulait pas qu'elle vînt. C'était une situation épuisante et déroutante. Comment savoir si l'on comptait pour les autres ? Quels efforts faire pour s'améliorer ?
L'idylle parfaite que semblaient couler Evan et Délia Abbot n'arrangeait rien. La jeune fille voyait la Serdaigle boire chaque parole de Rosier avec un ravissement absolu, savourer chaque attention de sa part comme s'il s'agissait d'un privilège inestimable – et aux yeux d'Aidlinn, cela l'était aussi. Cette dernière se sentait tellement insignifiante, tellement inférieure à cette fille qu'elle ne pouvait pas éprouver de jalousie, mais seulement une amère déception qui la maintenait dans un état d'abattement dès que les deux jeunes gens se trouvaient à proximité. Le moment qu'elle avait passé avec Rosier n'avait rien changé entre eux, il ne lui parlait pas davantage. Le sentiment de sécurité qu'elle avait éprouvé en sa présence s'était dissipé dès le lendemain et n'était pas revenu.
Un soir, au dîner, Aidlinn observait Rosier. Elle l'avait vu quelques minutes plus tôt parler avec Délia. La vision de la Serdaigle l'enlaçant avait fait soupirer la jeune Rowle et Evan lui avait jeté un coup d'œil interloqué. A présent, il ne se souciait plus d'elle et parlait à voix basse avec Rodolphus Lestrange. Aidlinn, face à Isaac, n'avait pas le cœur à avaler quoi que ce fût. Ses yeux gris passaient régulièrement d'Evan à Délia, assise à sa propre table. La sixième année ne cessait de fixer son petit ami au lieu de porter attention à ce qui se passait autour d'elle, mais Rosier ne lui accordait aucun regard. Comme à son habitude ces temps-ci, Isaac demeurait silencieux, imperméable aux facéties d'Avery et Mulciber.
— Je trouve qu'on délaisse un peu trop MacDonald ces derniers temps, déclara Mulciber. Je m'ennuie.
— C'est vrai… Tu proposes quoi ? demanda Edern.
— On pourrait glisser quelque chose dans sa boisson ?
— Classique, intervint Andrew Wilkes qui jusque-là, se contentait de bailler.
— Aidlinn... Tu es une fille, après tout. Une idée ?
La jeune fille pinça les lèvres. Elle n'avait pas vraiment envie d'aider ses camarades à persécuter cette pauvre fille, même si elle ne l'aurait jamais avoué à voix haute. Elle s'apprêtait à dire qu'elle n'en savait rien, puis elle repensa à la manière dont Dan et d'autres élèves la voyaient. Isaac avait levé les yeux et la regardait avec insistance, comme s'il la pressait de faire quelque chose. Elle fouilla dans sa mémoire, à la recherche de ce qu'elle savait sur la Gryffondor.
— Elle utilise une crème pour ses boutons. Vous n'avez qu'à l'échanger contre autre chose à son insu.
Mulciber lui fit un sourire, pensif.
— C'est une bonne idée, approuva-t-il.
— Seule une fille aurait pu penser à ça, remarqua Wilkes, impressionné. C'est vicieux à souhait.
— Vous savez si elle est allergique à quelque chose ? poursuivit Avery.
Aidlinn secoua la tête.
— Ça doit sûrement être écrit dans son dossier médical, remarqua-t-elle.
Edern se tourna pour la regarder.
— Fantastique ! Il ne nous reste plus qu'à le consulter.
— Mais comment ? Seule l'infirmière peut…
Aidlinn s'interrompit, fronça les sourcils.
— Edern, tu n'as pas intérêt à faire ça.
— Au contraire, je pense que cambrioler l'infirmerie est une distraction qui nous ferait le plus grand bien… Qui te ferait le plus grand bien, Aidlinn.
— Moi ? Mais… enfin, je ne suis pas sûre que…
On lui donna un coup de pied sous la table. C'était Isaac ; il lui lança un regard d'avertissement, elle n'avait pas le choix.
— Très bien, je vais le faire, soupira-t-elle.
En rentrant aux cachots, Avery et Mulciber ne cessaient de conjecturer à voix basse sur les secrets de Mary MacDonald. Aidlinn doutait cependant qu'il y eût quoi que ce fût d'intéressant dans ce dossier. Pourquoi par Merlin son frère l'avait-il poussée à les aider ?
— Aidlinn !
L'interpellée se figea.
— Tiens, tiens, regardez qui voilà, siffla Avery.
Dan Heston, encore près de la Grande Salle, fixait Aidlinn. Cette dernière se retint de soupirer, elle n'avait pas le moins du monde envie de lui reparler.
— Si Heston n'était pas notre capitaine, commença Mulciber.
— C'est bon allez-y, je vous rejoins, marmonna la jeune fille.
— Tu es sûre ? insista Edern.
Une inhabituelle lueur d'inquiétude brillait dans ses yeux bleus. Aidlinn, touchée par la sollicitude de son ami, hocha malgré tout la tête et rebroussa chemin dans le couloir, à la rencontre de Dan qui l'attendait près du mur, mal à l'aise. Jusqu'à maintenant, les deux jeunes gens s'étaient appliqués à s'éviter mutuellement. Pourquoi Heston réagissait-il maintenant ?
— Salut.
— Salut.
Un silence gêné s'installa. Heston passa une main dans ses cheveux.
— Hum… Écoute. L'autre fois, je n'ai pas trop compris ce que j'ai fait de mal… J'aimerais juste que tu m'expliques…
Il s'interrompit, la fixant de ses yeux verts pénétrants.
— Je t'ai entendu dans le couloir. Si tu ne voulais pas te rendre à la réception avec moi, il te suffisait de refuser.
Peu surpris, Dan fit une grimace.
— Non, ce n'est pas ce que tu crois… Je veux dire, Macmillian n'apprécie pas vraiment les gens de notre maison… Je n'avais pas le choix…
— C'est bon, oublions ça, veux-tu ?
La dernière chose qu'Aidlinn souhaitait était de revivre cette humiliante soirée en détails. Elle allait se détourner mais il lui saisit le bras.
— Si justement, c'est important pour moi. Tout ce que tu as pu entendre, c'est faux, d'accord ? J'ai vraiment apprécié la soirée en ta compagnie. Donne-moi une seconde chance. S'il te plaît.
La main du Serpentard reposait toujours sur son avant-bras. Ce n'était pas vraiment désagréable, en fin de compte. Mais était-ce agréable ? Les pensées d'Aidlinn dérivèrent vers une autre scène : Evan Rosier, dans la salle commune, posant sa main sur la manche de son gilet. Puis elle repensa à ce même garçon en compagnie de Délia. Pourrait-elle, en compagnie de Dan, oublier la chaleur de la main d'Evan ?
— Je ne sais pas, Dan.
L'humiliation et la colère étaient encore trop présentes dans l'esprit de la jeune fille. Il se rapprocha d'elle, presque impatient.
— Allons Aidlinn… Je sais que tu as apprécié la soirée toi aussi.
— Laisse-moi y réfléchir.
Heston ne s'écarta pas tout de suite et ce fut à ce moment qu'Aidlinn prit réellement conscience des quelques centimètres séparant leurs corps. C'était trop près. Elle recula, mais Heston avait resserré sa prise sur son avant-bras.
— Aidlinn ? Tout va bien ?
C'était Isaac. Heston la lâcha, mais ne battit pas en retraite. Les deux garçons se jaugèrent sans un mot, jusqu'à ce que d'autres élèves sortissent de la Grande Salle. Soulagée, Aidlinn rejoignit son frère et l'entendit marmonner :
— Rentrons.
Dès qu'ils furent seuls, Isaac explosa :
— Enfin Aidlinn ! Qu'est-ce que tu faisais avec Heston ?
— Il voulait me parler, avoua sa sœur.
Elle ne voyait pas vraiment en quoi c'était mal et ajouta, incertaine :
— Ce serait si grave si je l'appréciais ?
Son frère sursauta :
— Mais ça ne t'a pas suffi, la dernière fois ?
— Il s'est excusé.
Isaac soupira :
— Écoute, Heston n'est qu'un profiteur. Je te parle en connaissance de cause. Imagine le prestige qu'il gagnerait, si on le voyait aux réceptions avec toi, une Rowle, une sang-pur, à son bras ?
Il força Aidlinn à s'arrêter puis lui mit les deux mains sur les épaules :
— Je ne le laisserai pas t'utiliser.
— Très bien, soupira sa cadette.
De toute façon, Aidlinn ne savait pas quoi penser du garçon – peut-être valait-il mieux écouter son frère. Ils se remirent en marche côte à côte, mais la jeune fille reprit la parole :
— Toi, tu n'es pas comme Heston, n'est-ce pas ? Je veux dire, avec les filles...
Isaac lui offrit un regard d'excuse :
— Je ne sais pas, Aidlinn.
— Et les autres ? Evan ? Rodolphus ? Andrew ?
Isaac haussa les épaules.
— Ce n'est pas à moi qu'il faut demander, mais Rodolphus est quelqu'un de raisonnable.
Aidlinn éclata de rire.
— La vie amoureuse de Rodolphus est comparable à celle du grand-oncle Albert.
Leur grand-oncle du côté maternel, Albert Nott, n'avait jamais eu de femme et vivait seul avec ses chiens dans un petit manoir sur un rivage sauvage de la Mer du Nord. Autant dire que cela n'avait rien d'un compliment pour Rodolphus.
— Tu exagères.
Isaac tenta de garder son sérieux mais son visage se fendit d'un sourire et il se mit à rire lui aussi.
— Mais rien qu'un peu.
Ce son était agréable, cela faisait longtemps que sa sœur ne l'avait pas entendu.
oOo
— L'idée c'est que Mulciber va faire exploser des Bombabouses dans le couloir si Chomsky ne se rend pas au dîner. Elle sera obligée d'aller voir et on pourra entrer tranquillement dans son bureau, expliqua Avery.
Depuis le matin, il n'arrêtait pas de harceler Aidlinn entre les cours pour lui proposer divers plans. Dans celui-ci, il se proposait de venir avec elle pour distraire un éventuel malade. La jeune fille n'osa pas lui dire qu'il n'était pas la personne la plus indiquée pour ce genre de choses.
— Allez Aidlinn, même si tu te fais prendre, tu as l'air tellement innocente que tu n'auras qu'à inventer une excuse si jamais Chomsky te trouve dans son bureau.
La jeune Serpentard soupira, il était vain d'argumenter avec son ami.
— Très bien. Quand veux-tu faire ça ?
— Ce soir ?
Un poids tomba dans l'estomac d'Aidlinn. Si tôt ?
— Vous avez déjà tout ce qu'il faut ?
Edern lui fit un clin d'œil en lui assurant que c'était le cas, puis il partit d'un pas joyeux prévenir Mulciber. La jeune Rowle déglutit. Elle se sentait ridicule d'être nerveuse pour si peu. Ses amis avaient fait pire bien des fois, contrairement à elle, qui n'avait jamais enfreint le règlement ; elle avait toujours regardé son frère ou ses amis avec admiration alors qu'elle-même n'avait jamais osé faire la moindre frasque.
Et tu veux devenir mangemort ? Il serait temps de te bouger, Aidlinn !
Peut-être qu'après cela, les autres l'accepteraient vraiment ? Elle deviendrait un membre à part entière du groupe, pas juste une pièce rapportée par Isaac. Et puis qu'est-ce qu'elle risquait ?
Le soir même, Edern et elle étaient cachés à l'angle du couloir désert. Tout le monde était dans la Grande Salle pour le repas, sauf Mrs Chomsky qui s'occupait d'un jeune Poufsouffle. Le cœur d'Aidlinn battait la chamade et ses paumes étaient moites.
— Détends-toi, ricana Avery. On dirait que tu t'apprêtes à cambrioler une chambre de Gringotts.
Elle l'ignora car à l'opposé de leur cachette avait retenti une explosion. Une autre suivit juste après. Une femme d'un certain âge, grande et solidement bâtie, sortit par une grande porte en bois en pestant. Boum. Troisième explosion. L'infirmière se précipita dans le couloir. Elle n'avait pas disparu qu'Edern poussait déjà Aidlinn vers la porte entrouverte.
— Dépêchons !
Ils se précipitèrent à l'intérieur de l'infirmerie. Heureusement, les rideaux autour du seul lit occupé étaient fermés. Ils traversèrent la grande pièce le plus silencieusement possible en direction du mur opposé. Une petite porte donnait sur le bureau de Chomsky. L'endroit était plutôt exigu mais d'une propreté irréprochable. Il était éclairé par deux chandelles fixées au mur, ainsi que par une fenêtre donnant sur un coin du parc. Edern se mit à inspecter l'étagère où reposaient divers flacons de potions et boîtes de médicaments tandis qu'Aidlinn s'agenouillait pour ouvrir les tiroirs du bureau en bois verni. Dans le premier, il y avait quantité de papiers et livres sur la médecine magique et – horreur ! – moldue ; dans un autre, elle découvrit une réserve de pansements et d'antiseptiques ; dans un troisième, des stylos et un album photo sans intérêt. Elle passa à la commode, les mains fébriles, mais le meuble contenait encore des pansements, des bandes et des cotons de toutes tailles.
A côté d'elle, Avery poussa une exclamation réjouie. Aidlinn le vit glisser une tablette de cachets dans la poche de son pantalon.
— Qu'est-ce que tu fais ?
Il ignora sa question et se dirigea vers la porte.
— Occupe-toi du dossier, je vais voir si elle revient, répondit Edern.
Dans le tiroir du bas, la jeune fille trouva des compartiments classés renfermant des piles de papiers. Elle saisit le paquet rangé dans le compartiment M.
— MacDonald, murmura Aidlinn.
Elle jeta un coup d'œil. La jeune Mary en photo la fixait d'un air timide. A côté, en lettres capitales, était écrit : « FICHE DE SOINS » et en dessous était ajouté à l'encre le nom complet de la jeune fille « Mary Janet MacDonald ».
Aidlinn se redressa, referma le tiroir et glissa la feuille sous son pull puis sortit du bureau en courant. Elle arrivait presque à la porte de l'infirmerie quand surgit Mrs Chomsky, les joues rouges et le regard mécontent. Sa blouse blanche était tachée d'une substance verdâtre. Aidlinn s'arrêta net.
— Mrs Chomsky, la salua-t-elle d'une voix tremblante.
— Eh bien, qu'y-a-t-il ? Que faites-vous ici ?
Aidlinn tenta de réfléchir. Ses paumes étaient moites. Où était donc Edern ?
— Je venais vous voir car j'ai… des maux de ventre.
Mrs Chomsky la regarda d'un œil critique. Aidlinn avait conscience d'avoir les joues rouges et se força à calmer sa respiration. Elle tâta son estomac pour appuyer ses dires. Chomsky finit par se diriger vers son bureau sans lui jeter un regard.
— Qu'est-ce que vous avez mangé ce soir ?
— Rien, justement, avoua Aidlinn, qui la suivait à distance.
— Menstruations douloureuses peut-être ?
La jeune fille saisit cette échappatoire.
— Je pense, oui.
— Vous pensez ? Laissez-moi voir.
Aidlinn se rappela la feuille sous son pull.
— Non, je suis sûre que c'est ça. Ça m'arrive souvent.
Mrs Chomsky haussa un sourcil et fouilla dans son étagère. Aidlinn attendit à l'entrée, le corps raide. Elle avait peur que Chomsky remarquât quelque chose de changé, mais l'infirmière ne fit aucun commentaire. Elle saisit un flacon, attrapa un verre et versa la potion verdâtre à l'intérieur.
— Buvez tout, ordonna-t-elle.
La mixture avait un parfum repoussant mais le goût était encore pire, Aidlinn dut se pincer le nez pour la finir. Avery allait en entendre parler. Les réserves de Mrs Chomsky semblèrent s'évanouir en voyant sa patiente faire preuve d'autant de bonne volonté.
— Parfait, dit-elle en reprenant la bouteille vide. Revenez me voir si ça ne passe pas.
Aidlinn acquiesça, la remercia et sortit. Elle tâcha de sortir d'un pas calme et assuré mais elle craignait à tout moment d'entendre l'infirmière lui hurler de revenir. Une fois qu'elle fut seule, elle accéléra le pas, les bras croisés contre son pull pour ne pas laisser tomber la précieuse feuille de soins. Le trajet jusqu'à la salle commune des Serpentard lui sembla durer une éternité. Elle tressaillait à chaque ombre projetée par les torches murales, sursautait à chaque bruit suspect. Edern lui sauta dessus dès qu'elle entra à l'intérieur.
— Tu l'as ? souffla-t-il.
Les élèves n'étaient pas encore revenus du dîner, si bien qu'Aidlinn ne voyait pas l'utilité de chuchoter. Elle le fit quand même, tout en tendant son butin à son ami.
— Où est Mulciber ?
— Aucune idée, répondit Edern tout en allant s'affaler dans un fauteuil.
Aidlinn le suivit. Elle le regarda parcourir la feuille du regard, son visage s'assombrissant au fur et à mesure.
— Elle n'a rien.
Mais il retrouva sa bonne humeur aussitôt.
— Ce n'est pas grave. Il y a son adresse.
Devant l'air interloqué d'Aidlinn, il précisa :
— Nous pourrions lui rendre visite, un de ces quatre, non ?
La jeune fille ne répondit pas tout de suite, se passa une main sur le visage.
— J'ai dû boire une potion de Chomsky pour rien ? Et toi, tu t'es enfui comme un lâche !
— C'est bon, je te dis que ça en valait la peine. Et si Chomsky m'avait trouvé avec toi, elle nous aurait tout de suite soupçonnés. Elle me déteste.
Aidlinn soupira et opina. En silence, ils attendirent le retour des autres élèves. Ces derniers se déversèrent par le pan de mur secret en bavardant, sans prêter attention à Aidlinn et Edern. Isaac, en revanche, les remarqua et s'approcha.
— Vous n'étiez pas au dîner ?
— Non, on travaillait pour l'affaire MacDonald, sourit Avery avec un air de conspirateur.
Isaac s'assit à côté d'eux.
— Et ?
— Il n'y a rien dans son dossier médical, soupira le cinquième année.
Il fit une pause.
— Mais ça peut toujours servir, n'est-ce pas ? Merci Aidlinn.
Il tapota le bras de la jeune fille d'un air triomphant.
— Ta sœur est en train de suivre tes traces, Isaac. Elle sera bientôt une vraie délinquante.
Isaac esquissa un sourire indulgent et Aidlinn leva les yeux au ciel.
— Ah. Ah. Très drôle.
Malgré tout, elle se mit à rire avec son ami et son frère. La jeune fille savait que très bientôt, elle devrait à nouveau faire ses preuves, qu'elle n'avait franchi qu'un infime pas vers le cœur de cette étrange et obscure communauté. Elle rit parce qu'ils en avaient besoin et que pour une fois, ce n'était aux dépens de personne. Elle profita de cette fraction du temps où l'insouciance triomphait encore. Combien de temps leur restait-il avant que ce fût interdit ?
Prochain chapitre : les vacances !
