Bonjour ! Voilà le nouveau chapitre avec presque pas de retard. Ah oui aussi, je m'excuse d'avance mais le Evlinn tant attendu n'est pas dans ce chapitre là mais celui d'après (enfin il y en a aussi ici), j'ai coupé en deux, désolée, ne m'en voulez pas trop !
Comme ma boîte de messagerie marche de nouveau, je vous répondrai en MP pour ceux qui ont un compte. En tout cas, merci à ceux qui suivent l'histoire et tout particulièrement merci pour leurs reviews à Zod'a, (Contente que tu aies apprécié le début. :) Oui Lily Evans est la maman de Harry !), Vlad(Haha c'est plus court à écrire que Vladimirette ! Je vois que tu es toujours choquée par la torture de la colombe. xD J'avoue que Devan sonne vraiment mal, ça doit être pour ça. ;) ), mimi70 et SallyWolf(je suis heureuse que tu aies apprécié ! Ça me fait plaisir de pas être la seule à aimer Evan le taré haha.)
Sinon, je voulais vous rappeler que tout est écrit avec le point de vue d'Aidlinn, donc tout ce qui est décrit n'est pas toujours subjectif, je dis ça, je dis rien.
Bonne lecture !
Chapitre 11
Comme l'oiseau des nuits aux yeux lourds et funèbres,
Le Mal veille dans les ténèbres ;
C'est là qu'il tend son piège et grandit son pouvoir.
L'innocence et le jour offusquent sa paupière :
Cache-toi donc dans ta lumière,
Et l'infernal oiseau ne te saura point voir !
L'Oiseau Nocturne, Auguste Lacaussade
Le temps semblait s'être arrêté. Les plaintes de Délia qui s'agitait au sol résonnaient si fortement qu'Aidlinn avait peine à croire qu'on ne les entendît pas de l'extérieur de la salle. Evan tourna des yeux voilés par la ténacité vers Aidlinn et les gémissements cessèrent. Il pâlit légèrement.
— Mais qu'est-ce que tu fais là ? Je t'avais dit de…
— Au secours ! Aide-moi ! appela Délia, qui avait aussi remarqué l'entrée d'Aidlinn.
Evan lui jeta un regard furieux et reporta son attention sur sa victime. Aidlinn, horrifiée, ne savait que faire. Rosier avait-il perdu l'esprit ? Non, c'était impossible. Pas lui.
— Où sont-ils allés ? siffla-t-il. Où se cache Bones ?
Délia, libérée du sortilège, pleurait sur le sol et Rosier se dressait au-dessus d'elle, drapé dans l'inflexibilité d'un exécuteur divin. Une infime part d'Aidlinn éprouvait un certain plaisir à voir Délia tremblante et vulnérable ; la majeure partie d'elle-même, en revanche, persistait à croire que tout cela n'était pas réellement en train d'arriver.
— J'ai été patient jusqu'à maintenant, Délia. J'ai essayé la manière douce, susurra Evan en se penchant vers elle. Mais tu n'as pas été très bavarde, du moins sur ce sujet-là. A présent il me faut des réponses. Où est Edgar Bones ? Je sais qu'il te l'a dit. Endoloris.
Il semblait hors de lui, possédé par une brutalité féroce qu'il aurait muselée trop longtemps. Sa main tenant sa baguette tremblait en réponse aux derniers efforts qu'il fournissait pour conserver un semblant de lucidité, tandis que son poing libre s'ouvrait et se fermait compulsivement. Le supplice reprit. Délia se cabra sur le sol, vaine tentative pour échapper à l'horrible douleur qui la rendit folle pendant d'affreuses secondes. La gorge nouée, Aidlinn était incapable d'émettre le moindre son, ni de faire le moindre geste. Les jambes vacillantes, elle s'accrochait au chambranle de la porte. Devait-elle fuir et aller chercher de l'aide ? Mais qui appeler ? Isaac ? Rodolphus ? Un enseignant ? Ou pire, Dumbledore ? Non, elle ne pouvait pas faire ça à Evan. Déjà, Délia capitulait.
— À Carlisle. Il… Il est à Carlisle, dans le Cumbria. 3, Reed Street.
Sa voix se brisa en sanglots.
— Evan, pourquoi tu…
— Tais-toi.
Aucun sort, sinon la peur, ne força la jeune fille à fermer la bouche, mais elle s'exécuta aussi promptement. Rosier se mit à faire les cent pas, expirant bruyamment, à la manière d'un fauve irrité. L'affreux silence qui s'était installé était plus terrifiant encore que les échos de la souffrance de Délia, Aidlinn avait peur qu'un son suffît à faire sortir définitivement Evan de ses gonds. Le garçon continua de marcher sans faire attention aux deux filles, qui, de toute façon, n'osaient pas esquisser un seul mouvement. Finalement, il revint vers Délia et s'accroupit face à elle.
— Ce n'était pas si difficile.
Et pointant sa baguette sur elle, il murmura :
— Oubliettes.
Délia cligna des paupières alors que tous les remous épouvantés de son regard disparaissaient.
— Evan ? Mais qu'est-ce qu'on fait ici ? Et elle ?
— C'est fini entre nous, Délia.
Dans le flottement qui s'ensuivit, Rosier regarda son ancienne petite amie d'un air encore plus détaché que la simplicité de sa formulation ne le laissait entendre.
— Pardon ? Mais Evan, je…
— Tu as bien entendu.
Délia, encore hébétée, ne réagit pas. Ses yeux se baignèrent de nouvelles larmes, ce qui provoqua le recul hâtif de son tortionnaire.
— Ne pleure pas. Tu sais que je déteste ça.
La Serdaigle, au prix d'un grand effort, retint un hoquet angoissé – Aidlinn ne pouvait qu'essayer d'imaginer ce qu'elle devait ressentir en ce moment. Si sa mémoire avait été effacée, elle devait encore ressentir un profond bouleversement intérieur dû au violent supplice qu'elle venait de subir.
— Pourquoi est-ce qu'elle est là ?
Délia avait confusément froncé les sourcils en direction d'Aidlinn, qui se mit à rougir.
— Elle n'a rien à voir là-dedans, je t'assure, intervint Evan avec nonchalance.
Ce n'aurait pas été une réponse satisfaisante si Délia s'était trouvée en pleine possession de ses moyens, mais, complètement perdue, elle s'en contenta et se releva maladroitement.
— Je ne me sens pas très bien.
— Tu devrais peut-être aller à l'infirmerie, suggéra le garçon.
Il avait à peine bougé sa baguette mais elle s'orienta vers la porte.
— Je crois que je vais aller à l'infirmerie.
— C'est ça.
Elle tituba vers la sortie, essuyant distraitement ses joues trempées de larmes, et claqua la porte derrière elle. Aidlinn, qui avait juste eu le temps de se décaler pour la laisser passer, demeurait sans voix. Un moment s'écoula pendant lequel Evan resta les mains dans les poches à fixer pensivement le parquet. Il finit par se redresser et la toisa d'un air menaçant.
— Tu penses pouvoir tenir ta langue ou il faut que je te jette un sort d'oubli, à toi aussi ?
Encore sous le choc, Aidlinn ne répondit rien. Elle attendait avec effarement la fin de cette mauvaise plaisanterie. Qu'est-ce qui arrivait à Rosier ? Venait-il vraiment de lancer un sortilège impardonnable sur une fille innocente ? C'était encore pire que ce qu'il avait fait subir à Rogue – après tout, ce dernier avait transgressé leurs règles – car Délia n'avait rien fait ; Délia était une sang-pur et, en tant que telle, elle ne méritait pas ce traitement.
Et s'il l'attaquait, là, tout de suite ? Et s'il avait basculé dans la folie à l'insu de tout le monde ?
— Aidlinn.
Le ton presque conciliant de Rosier la figea sur place. Il s'était rapproché et n'était plus qu'à trois pas.
— Tu me fais confiance, n'est-ce pas ?
— Je…
— Je n'avais pas le choix, tu sais.
Elle ne répondait toujours pas, aucune pensée cohérente ne se formait dans son esprit. Lui faire confiance ? En voyant son hésitation, le visage du Serpentard se durcit.
— Tu me prends pour un fou ? Un sadique ? Tu crois que je fais ça par plaisir ?
Aidlinn se contenta de le fixer alors que la fureur du jeune homme croissait de façon inquiétante. Il se remit à arpenter la pièce. Elle n'était même plus très sûre qu'il s'adressait à elle quand il reprit :
— J'avais besoin de ces informations ! Ça fait des semaines que je lui cours après et elle n'est pas fichue de me donner une adresse de son plein gré.
Tout à coup, il se mit à rire.
— Je crois bien que j'aie déconné.
Il se tut un moment, passa une main nerveuse dans ses cheveux. Sa colère disparut aussi vite qu'elle était apparue – mais était-elle réellement partie ?
— Je n'avais pas le choix, tu comprends ?
Ses justifications répétées tombaient platement dans le calme glacé de la salle.
— Il me fallait ces réponses, Aidlinn. Il les voulait.
— C'est lui qui t'a demandé de faire ça ? demanda finalement la jeune fille.
— Plus ou moins.
Aidlinn était complètement déroutée. Evan sourit légèrement, un air hagard sur le visage.
— Cette idiote a un jour mentionné le nom d'Edgar Bones dans un couloir. Il était tard, bien sûr. Elle ne pouvait pas savoir que quelqu'un l'entendrait… En fait, je ne suis même pas sûr qu'elle sache…
Aidlinn se sentait exploser d'ignorance et d'impatience.
— Qu'elle sache quoi, Evan ?
Il la considéra un instant sans rien dire, comme se rappelant de son identité et se demandant, peut-être, ce qui lui prenait de lui parler. Il sembla mener un débat intérieur assez important, à l'issue duquel il se détendit et consentit à lui répondre :
— Qu'il fait partie de l'Ordre du phénix. Je me souvenais avoir entendu son nom à une réunion. Il est marié à sa sœur.
Il marqua une pause, soupira.
— Je pensais vraiment qu'elle me le dirait sans que j'aie à user de sortilèges si près de Dumbledore. Tant pis. Si cette information se révèle juste, j'acquerrai une place de choix auprès du Seigneur des Ténèbres.
Aidlinn n'aimait pas la tournure que prenait la soirée, et encore moins les ombres qu'elle jetait sur son avenir à Poudlard, mais il lui aurait été impossible de refuser le petit morceau d'aventure que lui offrait Evan, il fallait qu'elle comprît. Si elle saisissait la logique des derniers évènements, tout rentrerait dans l'ordre.
— Qu'est-ce que l'Ordre du Phénix ?
Il lui décocha un regard ennuyé, se retenant visiblement de recommencer à marcher de long en large. Aidlinn pouvait sentir la tension nerveuse qui émanait de lui, c'était la première fois qu'elle le voyait dans cet état de fébrilité. Était-ce le remord ? Ou la violence du sort l'avait-elle finalement ébranlé ? Les mots de Rosier claquèrent avec brutalité :
— Rien. Ça ne te regarde pas – pour l'instant, en tout cas. Oublie que je t'en ai parlé, veux-tu ?
Elle pensa qu'ils ne pouvaient pas se quitter comme cela, après une telle scène et sans davantage d'explications. Il se dirigeait déjà vers la porte quand elle l'interrogea, d'une voix où perçait autant d'incertitudes que de désillusions :
— Alors tu t'es servi de Délia pendant tout ce temps ?
Cela lui semblait tellement invraisemblable, tellement fou. Avait-il jamais aimé Délia ? Il eut une moue moqueuse et supérieure, la toisant comme s'il savait détenir une éternelle longueur d'avance sur elle – peut-être était-ce le cas.
— Ce n'était pas si désagréable.
Aidlinn baissa les yeux, gênée. Évidemment.
— Cet Edgar Bones… Pourquoi le cherche-t-il ?
Evan haussa les épaules, comme si la question était sans importance.
— Pour le tuer, quoi d'autre ? Peut-être pour avoir des informations, je ne sais pas. Les deux se rejoignent toujours avec lui. Avec un peu de chance, c'est moi qui le lui apporterai.
Ils sortirent en silence et Evan entraîna Aidlinn à travers plusieurs passages secrets. La jeune fille avait les pensées trop embrouillées pour émettre une quelconque objection.
N'est-il pas complètement fou ? Oser ce genre de choses à côté de Dumbledore, s'interrogeait avec angoisse une voix dans sa tête.
C'est un mangemort. À quoi t'attendais-tu ? ripostait une autre.
Il n'a jamais réellement aimé Délia, s'enthousiasmait une troisième.
C'est un vile manipulateur prêt à tout pour parvenir à ses fins, avertissait une autre.
Qui sait s'il ne se joue pas de toi en permanence ?
Taisez-vous, répondait Aildinn. Evan ne l'utiliserait jamais de la sorte, ils étaient alliés.
Ils atteignirent le passage secret menant à leur salle commune, mais au lieu de prononcer le mot de passe, Rosier se rapprocha d'elle, s'adossant au mur glacé. Ses yeux bruns la fixaient avec une froide intensité, l'évaluaient ; au fond de lui, il débattait à nouveau de son cas.
— Est-ce que je peux compter sur toi pour garder le secret ?
— Je…
Voyant son hésitation, il se rembrunit :
— Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous, tu ne l'oublies pas j'espère ? Les Abbot se sont positionnés aux côtés des Sang-de-bourbe. Il est temps qu'ils en subissent les conséquences.
Dans le couloir peu éclairé, Rosier continuait de braquer sur elle son lourd regard d'obsidienne. Avait-elle le choix ?
— Je ne dirai rien, lui assura Aidlinn.
Elle sentait qu'elle n'aurait jamais pu le trahir, même si elle l'avait voulu. Il lui fit un demi-sourire éclatant et s'écarta prestement, lui laissant le champ libre pour rentrer dans la salle commune.
— Je devrais aller m'assurer qu'Abbot ne fait pas de bêtise... Elle avait l'air toute retournée, la pauvre.
Aidlinn l'entendit rire méchamment, tandis que sa haute silhouette s'enfonçait dans l'obscurité.
oOo
Le lendemain, au petit déjeuner, Aidlinn tâcha de faire comme si tout allait bien. Elle mangea normalement, bien qu'elle fût sans appétit. Autour d'elle, les conversations s'élevaient en sourdine sans jamais transpercer son hébétude. Elle n'avait presque pas dormi de la nuit, les cris de Délia résonnant en boucle dans son esprit. Pourtant la Serdaigle était assise à la table de sa maison, sans qu'aucune trace de douleur ou de peur ne fût restée sur son visage. Aidlinn se prit à espérer qu'elle avait rêvé.
Mais lorsque Rosier apparut, avec l'air sombre et inquiétant de ses plus mauvais jours, ses espoirs furent anéantis. Il adressa à peine un signe de tête à ses camarades avant de se servir un bol de café – visiblement, il ne s'était pas beaucoup reposé non plus. La jeune fille ne pouvait détacher ses yeux de son profil ; ce n'était plus simplement de l'intérêt ou de la curiosité, c'était aussi de la crainte.
Evan aurait pu être arrêté et enfermé à Azkaban pour avoir usé d'un sortilège impardonnable. Pire, s'il était déjà capable de cette violence au sein de l'école, pourtant surveillée, qu'adviendrait-il une fois dehors ? Était-ce l'entrée chez les mangemorts qui l'avait rendu ainsi ? Aidlinn avait été déçue par Avery, Mulciber, Sylvia et même par Isaac, son propre frère. Elle ne supportait pas l'idée de ne pas pouvoir compter sur Evan, mais si elle se devait d'être réaliste. Elle n'était rien qu'une connaissance pour Rosier, pas même une amie, ils se côtoyaient peu. Comment pouvait-elle être choquée par quelqu'un d'aussi imprévisible à ses yeux ?
— Ça va ? Tu es toute pâle, remarqua Edern en s'asseyant près d'elle en cours d'arithmancie.
Un instant, Aidlinn envisagea de lui raconter l'enquête secrète d'Evan. Seulement, cela en serait revenu à semer la discorde dans leur petit groupe d'amis. Lorsque Sylvia, à son tour, lui demanda si elle avait mal dormi lors du deuxième cours de la matinée, Aidlinn se contenta d'acquiescer – elle ne pouvait mêler la jeune Prewett à cette histoire. L'évidence s'imposa brutalement. Elle n'avait personne à qui se confier, elle était seule. Et l'unique personne avec laquelle elle aurait pu aborder le sujet était Evan lui-même.
Ce fut alors qu'elle réalisa la confiance que Rosier avait placée en elle. Il ne lui avait pas jeté de sort d'oubli, ne l'avait pas réellement menacée ; il s'était contenté de sa parole et elle avait passé la journée à songer à le trahir, alors qu'ils étaient censés être dans le même camp, alors même qu'elle pensait s'être entichée de lui.
Il était temps de choisir de quel côté de la guerre elle voulait se tenir. Peut-être avait-elle tort de faire confiance à Rosier. Il avait fait du mal autour de lui, comme Isaac, son père, Edern et les autres. Mais cela faisait partie de la guerre, de la condition de mangemort. Peut-être, en fin de compte, fallait-il lâcher prise et l'accepter. Son propre monde avait toujours été cerné par la violence, sa famille et son entourage en avaient fait une raison de vivre. Peut-être fallait-il l'accepter et évoluer. Aidlinn n'avait ni la force ni l'envie de se rebeller contre tout ce qui l'entourait, cela aurait été comme renier ses racines, son identité. Les seuls à lui avoir tendu la main étaient du côté du Seigneur des Ténèbres : ses parents, son frère, ses amis à Poudlard et leurs belles familles si respectables ; les autres l'avaient déjà reléguée comme une personne infréquentable, bizarre ou pire, malveillante. Ces gens qu'elle côtoyait lors de charmantes réceptions et qui se masquaient ensuite pour répandre la terreur, ces gens qui se montraient si bons envers elle, n'étaient-ils pas aussi bons que d'autres ? Tout ce dont elle était sûre, c'était que ses amis l'accueillaient à bras ouverts de leur côté et s'ils restaient ensemble, elle pensait que rien ne pourrait leur arriver.
