Chapitre 14


Hélas ! j'ai eu dans ma vie assez d'amis, d'excellents, fidèles et très chers amis, pour savoir que l'amitié humaine n'est le plus souvent que la culture d'une domination ou l'exploitation usuraire d'un intérêt, d'une candeur, d'une confiance.

Octave Mirbeau


— Reprenons, Edern. Donne-moi les ingrédients du philtre de paix.

Avery détourna le regard de la grande fenêtre d'un air ennuyé. Il faisait un temps magnifique dehors et Aidlinn ne pouvait que comprendre l'irritation de son ami. Elle l'avait traîné à la bibliothèque pour réviser leurs B.U.S.E. qui commençaient dans un peu moins de deux semaines.

— Facile, intervint Mulciber.

— Surtout quand on a la réponse devant soi, siffla Edern.

Étudier le rendait irritable. Il se reprit néanmoins de lui-même.

— Poudre de pierre de lune et sirop d'ellébore.

— Et son utilisation ?

Avery eut un sourire ironique :

— Faire la paix ?

— Edern…

— Calmer l'anxiété et réduire l'agitation du patient.

Aidlinn hocha la tête, tourna la page :

— Effets secondaires ?

— Si la potion est mal dosée, elle peut plonger son buveur dans un sommeil profond et même parfois irréversible.

— Bien.

Edern s'étira.

— Bon j'ai répondu correctement à quinze questions d'affilée. Il est temps d'honorer ton pari, Aidlinn.

— Tu m'avais dit que tu n'avais pas révisé, protesta l'intéressée, inquiète à l'idée de s'essayer au Quidditch.

— C'est le cas, je n'ai pas révisé le cours de potions cette semaine.

— C'est de la triche.

— Tu te dégonfles, peut-être ? sourit Edern.

— On dirait bien qu'elle a peur, renchérit Mulciber.

— Je n'ai pas peur !

Les trois camarades rangèrent leurs affaires et quittèrent la bibliothèque.

— Le premier arrivé au terrain ! cria Mulciber.

Aussitôt, il s'élança en courant dans les escaliers, suivi par Edern. Aidlinn leva les yeux au ciel mais commença à dévaler les marches à son tour. Elle n'osait pas aller aussi vite qu'eux, de peur de tomber. Le temps était délicieusement chaud et de nombreux élèves s'étaient installés dans la cour ou près du lac pour réviser. Les trois Serpentard foncèrent vers le terrain de Quidditch désert. Les longues jambes d'Avery lui permirent de dépasser rapidement Mulciber et une fois arrivé, il leva les bras en signe de victoire, tandis que ses deux amis le rejoignaient, essoufflés.

Ils posèrent leurs affaires dans les gradins et Edern partit chercher des balais volants. Aidlinn jeta un coup d'œil aux anneaux situés aux deux extrémités du terrain. Depuis le sol, ils apparaissaient aussi hauts que des montagnes.

— La remise était ouverte ? demanda Mulciber avec étonnement quand il revint les mains pleines.

— Bien sûr que non.

Edern agita sa baguette d'un air entendu. Aidlinn, se maudissant d'avoir accepté ce pari stupide, prit un des balais au hasard, prête à l'enfourcher, mais Avery le lui en tendit un autre.

— Prends plutôt le mien.

Elle saisit le manche en bois orné d'une écriture en or indiquant Nimbus 1000 et décolla. L'air s'engouffra dans ses cheveux, assaillit son visage, emplit ses narines et sécha ses yeux alors qu'elle prenait de l'altitude. Sa crainte diminua tandis que le balai s'éloignait du sol avec douceur. Avec une légère appréhension, elle freina et regarda en-dessous d'elle. Elle devait se situer à une bonne dizaine de mètres au-dessus du sol. Edern et Mulciber la rejoignirent. Avery tenait un Souafle sous le bras.

— Attrape.

Aidlinn saisit la grosse balle rouge de justesse, manquant de tomber. Prenant quelques instants pour se stabiliser, elle évalua rapidement la distance qui la séparait des trois grands anneaux faisant office de buts. Quarante mètres. Inspirant un grand coup, elle accéléra, passant entre ses deux amis qui poussèrent des exclamations indignées. Le Nimbus 1000 fila avec aisance vers les buts. La jeune fille n'était pas très à l'aise mais elle savait que sa seule chance de marquer – donc de clouer le bec d'Avery et Mulciber – était d'arriver en premier et de se rapprocher autant que possible des poteaux. Elle se pencha en avant et sentit le balai fendre l'air de plus en plus vite. Arrivée au plus près des anneaux, elle n'eut qu'à lancer le Souafle dans le cercle du milieu tandis que les garçons arrivaient en protestant.

— Voilà, j'ai tenu le pari, sourit Aidlinn.

— On n'avait pas lancé le match, objecta Mulciber tandis qu'Avery revenait avec le Souafle.

Edern sourit, ses yeux bleus pétillant de malice :

— Très bien, j'imagine que je l'ai cherché. On se fait un deux contre un ?

Ils passèrent le reste de l'après-midi à jouer au Quidditch. Si, au départ, le pari d'Edern ne lui avait pas plu – elle n'était pas remontée sur un balai depuis plusieurs années et avait misé sur le fait qu'il n'avait pas appris ses leçons de potions – elle finit par s'amuser, oubliant sa crainte de chuter. Tantôt Aidlinn faisait équipe avec Avery et Mulciber n'avait alors aucune chance de gagner, tantôt elle et Mulciber devaient essayer de battre Edern et les scores devenaient plus serrés. Lorsque Aidlinn était face aux deux garçons, en revanche, la partie était gagnée d'avance pour eux.

La journée déclinait quand, éreintés mais heureux, ils rentrèrent à la salle commune pour se changer avant le dîner. Edern blaguait sur ses compétences discutables au Quidditch, Mulciber renchérissait, et elle riait de bon cœur avec eux. Tout était à sa place, brillant et neuf comme après le passage d'un orage d'été, mais l'air restait chargé d'électricité.

Plus tard, sur le chemin de la Grande Salle, Aidlinn remarqua la manière dont Avery regardait sa montre, avec cet air concentré, affûté, qu'il réservait aux choses qu'il considérait comme importantes. Elle en profita pour le taquiner :

— Qu'est-ce qu'il y a, Edern ? Tu as peur d'arriver en retard au dîner ?

Il lui fit un sourire, mais au même moment son regard harponna un élève de Gryffondor posté à l'angle d'un couloir.

— Je vous rejoins.

Il se dirigea vers l'adolescent et Aidlinn, s'éloignant en compagnie de Mulciber, vit seulement Avery lui glisser quelque chose qu'il sortait de sa poche.

Au dîner, les autres avaient aussi des mines réjouies. Le surlendemain aurait lieu l'ultime match de Quidditch, opposant Serpentard à Gryffondor. Si les joueurs de Gryffondor arboraient des mines concentrées, leurs adversaires nageaient avec euphorie dans l'atmosphère chargée de tension. Placé au centre de toutes les attentions, Heston rayonnait, assurait à tous que l'entraînement de la veille au soir s'était déroulé à merveille et que l'équipe était en pleine forme. Isaac arborait un air assuré et accueillait les louanges de ses camarades avec des paroles aimables, débordantes d'espoir. Même Evan, d'habitude insensible à l'admiration timide que lui réservaient les autres élèves, se laissait aller à sourire aussi. Cela troublait beaucoup Aidlinn, qui préféra se tourner vers Wilkes. Celui-ci était en train de pronostiquer le match à haute voix, prédisant la chute de Roy, une collision mortelle entre Potter et Black et la victoire des Serpentard trois cents à zéro sous les rires hilares des plus jeunes. Même Rodolphus affichait un certain enthousiasme, lui d'habitude si grave, et rassurait Williams sur ses talents de joueur. Le garçon, moins enjoué que les autres, se tenait en bout de table. Aidlinn s'était assise en face de lui et vit Mulciber lui donner une claque amicale dans le dos.

— Je sais ce qu'il te faut, déclara Avery à leur camarade avec un sourire rusé.

— Je ne sais pas si c'est une bonne idée, Edern, songea Rodolphus.

— Au contraire, il a raison, se réjouit Mulciber en se frottant les mains.

Aidlinn, fronçant les sourcils, tenta de se faire entendre :

— Mais de quoi vous parlez ?

— Tu verras.

Edern se leva, abandonnant son assiette à moitié pleine, et alla souffler quelque chose à Isaac et Rosier, qui approuvèrent avec un sourire. Tandis qu'Avery quittait la table, ils transmirent l'information à Dan Heston, qui, sceptique au premier abord, parut se faire à l'idée et se pencha en hâte vers ses camarades de septième année. L'information fit le tour de la table et tous les élèves se dépêchèrent de finir de manger puis se levèrent, visiblement excités.

Rodolphus soupira et daigna enfin, avec un certain amusement, expliquer à Aidlinn l'agitation des élèves :

— Edern pense que c'est l'occasion idéale de faire un peu la fête.

En effet, quand ils rentrèrent à la salle commune, celle-ci avait été transformée. Des élèves avaient poussé les tables et les fauteuils et installé un poste de radio magique qui diffusait une musique entraînante ; Avery revenait chargé de Bièraubeurres et de Whisky pur feu et les disposait dans un coin. Quelqu'un ramena des gobelets d'un dortoir et rapidement tout le monde eut un verre plein.

Les joueurs de Quidditch eurent droit au plus grand canapé et les autres élèves se pressaient autour d'eux, tentant de leur glisser un mot malgré le bruit qui régnait dans la salle. Aidlinn, à l'écart, avala une gorgée du mélange que lui avait concocté Wilkes et retint une grimace quand le liquide lui brûla la gorge. Sylvia la rejoignit :

— Je n'aime pas beaucoup Edern, mais je reconnais qu'il a eu une bonne idée.

Aidlinn hocha la tête, amusée. Les septième année étaient les plus heureux, car c'était pour eux l'occasion de décompresser avant les examens qui les attendaient. Les préfets étant Sylvia et Edern, personne ne vint gâcher la fête. Même les plus jeunes purent rester, bien qu'on les fît monter se coucher quand leurs yeux se mirent à se fermer tout seuls. Un garçon entraîna Sylvia dans un rock endiablé et Aidlinn les observa évoluer sous les acclamations. La fille Prewett avait récemment cessé de voir Steve, son précédent petit ami, et si elle avait refusé d'en discuter, il était évident qu'il lui manquait.

Ce fut Edern qui l'arracha à sa solitude discrète. On lui avait passé une banderole verte autour des épaules, mais il n'en tenait pas compte et se présentait devant elle un verre plein à la main, avec la décontraction insolente de quelqu'un qui a déjà assez bu. C'était l'occasion de lui soutirer des informations.

— Tu en veux une ?

Il avait sorti de sa poche plusieurs cachets blancs et en mit un sur sa langue. Aidlinn reconnut la tablette de médicaments qu'il avait volée à l'infirmerie, lorsqu'ils avaient dérobé le dossier de Mary McDonald.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle avec méfiance.

— Fais-moi confiance. Avec ça, tu vas t'amuser.

Edern glissa deux comprimés dans sa main et docilement, elle les prit avec une gorgée de sa boisson. Elle attendit, anxieuse, que les cachets agissent, mais rien ne se passa.

— Qui es-tu allé voir, tout à l'heure ?

Il lui fit un clin d'œil, s'adossant au mur.

— Tu verras demain. Je ne veux pas te gâcher la surprise.

Il se tut et regarda leurs camarades s'amuser. Aidlinn se demanda vaguement s'il préparait un autre mauvais coup, mais en apercevant Rosier, ses pensées dérivèrent vers d'autres sujets. Elle repensa à Délia Abbott dans la Salle sur Demande, à Edgar Bones, à Rogue et à sa promesse. Pourquoi tout devenait-il si compliqué ?

Aidlinn revint à Edern, Edern et son visage pensif, sa chemise froissée, à des lieues de se douter de ce qu'elle savait désormais. Comment aurait-il réagi dans le cas contraire ? Elle décida de saisir cette opportunité pour l'interroger :

— Tu as déjà entendu parler de l'Ordre du Phénix ?

Son ami fronça les sourcils, marquant une profonde réflexion :

— Non. Qu'est-ce que c'est ?

Aidlinn, déçue, haussa les épaules.

— J'avais entendu mon père en parler, une fois.

Edern se mit à ricaner, soupçonneux :

— Et tu choisis de m'en parler maintenant, alors que je suis déjà trop éméché pour me rappeler de ça demain ? Ce n'est pas très fair-play.

Il n'ajouta rien et elle ne répondit pas. S'il n'en avait jamais entendu parler, ce devait être une information importante. Il était bien sûr inutile d'en parler à Isaac, son frère ne lui dirait rien.

Edern se retourna subitement vers elle :

— Tu es trop sérieuse, ce soir.

Il la traîna jusqu'à la piste et saisissant ses poignets, la fit bouger sur ce qu'il estimait être le rythme de la musique. Aidlinn finit par pouffer, se sentant ridicule tandis qu'Edern lui lançait :

— Fais un effort sinon je vais être obligé d'aller danser avec Tempel.

Tempel était une fille de quatrième année à l'air morose qui était réputée pour son très mauvais caractère. L'image d'Avery en train de se faire gifler par une Tempel courroucée fit sourire Aidlinn et elle consentit à rester un moment avec lui.

Lorsqu'une heure sonna, la musique rythmait toujours la soirée et quelques personnes dansaient encore. Plusieurs verres avaient été abandonnés sur les tables ou même par terre. L'équipe de Quidditch était toujours assise dans les sofas, ainsi que d'autres sixième et septième années. Plus loin, un groupe de quatrième et cinquième années jouaient aux cartes. Aidlinn aperçut Maria qui riait aux éclats, accrochée au cou d'Adamson, un garçon de leur année. Elle-même s'était assise dans un coin avec Sylvia. Son amie déprimait d'une voix pâteuse :

— Je n'arrive pas à croire que Steve m'ait lâchée.

La pièce tanguait légèrement autour d'Aidlinn, si bien que les lamentations de sa camarade l'atteignaient difficilement.

— Tu devrais laisser tomber, tu sais, articula-t-elle avec effort.

Mais son amie poursuivait, ses grands yeux troubles et humides brillant à la lumière des chandeliers :

— Tu sais ce qu'il a dit ? Qu'il n'y avait plus d'étincelles entre nous. Tu le crois, toi ? Je vais lui en faire voir, des étincelles.

Aidlinn ne savait pas quoi dire. Elle n'était sortie brièvement qu'avec un garçon de Poufsouffle lors de sa quatrième année, ce qui avait surtout consisté à se promener avec lui dans le parc durant les beaux jours et à échanger occasionnellement quelques baisers légers derrière les arbres, mais ils s'étaient éloignés progressivement, inéluctablement, entraînés par des courants contraires. Aidlinn, déjà obsédée par Rosier à cette époque, n'avait pas accordé d'importance à l'événement. À voir Sylvia se morfondre de la sorte, Aidlinn doutait de vouloir réellement fréquenter quelqu'un d'autre un jour.

— Aidlinn ! appela une voix.

C'était Isaac qui lui faisait signe ; elle prit la main de son amie.

— Viens. Ce garçon n'en vaut pas la peine.

En plus, il n'est même pas de sang pur, pensa Aidlinn. Non vraiment, plus vite la fille Prewett oublierait son ancien petit-ami, mieux ce serait. Elle et Sylvia s'approchèrent et s'assirent comme il leur faisait de la place à côté de lui.

— Ah, un peu de présence féminine ! fit Wilkes.

La pertinence de sa réjouissance était quelque peu atténuée par la fille perchée sur l'accoudoir à côté de lui. Aidlinn vit Rosier, qui, indifférent à la scène, crachait lentement la fumée de son cigare, alors que Rodolphus lui glissait à l'oreille quelques réflexions, à moitié autant pour lui-même que pour son ami. C'était le moment de la fête où l'excitation retombait, où les esprits enivrés s'égaraient. Toutefois Avery ne semblait pas disposé à laisser les réjouissances retomber ; ses yeux avaient la lueur étrange de ses mauvais jours, il racontait d'une voix forte des blagues à Mulciber et Heston qui se tordaient de rire. Ils étaient ivres.

Isaac resservit un verre aux deux filles. Aidlinn, l'esprit embrouillé par l'alcool, la fatigue et la fumée, ne pouvait s'empêcher de fixer Rosier, sur le canapé d'en face. Il surprit son regard et la fixa en retour. Ses iris bruns tournoyaient étrangement – Aidlinn ne savait pas si sa vue lui faisait défaut ou si le regard du Serpentard était réellement flou. Ce fut Edern qui interrompit leur échange silencieux :

— Qui est partant pour aller visiter les Gryffondor ?

Des exclamations réjouies fusèrent. Syvlia fronça les sourcils, songeant sans doute à ses devoirs de préfète.

— Le couvre-feu est passé depuis longtemps.

— Je suis préfet, je me fiche du couvre-feu, ricana Avery. Et je vous escorte tous jusqu'à la salle commune des Gryffondor.

Andrew Wilkes se leva, enthousiasmé, de même que Mulciber et Isaac. Rodolphus fronça les sourcils, peu convaincu :

— Qu'est-ce que vous comptez faire, une fois là-bas ?

— Mettre le bazar, suggéra Mulciber en se frottant les mains.

— Refaire leur décoration ? proposa un dénommé Huggins en revenant avec un pot de peinture verte.

Il était en septième année et bien décidé à marquer son départ. Une de ses camarades – Fuller – hocha la tête en gloussant.

— C'est entendu, dans ce cas ! Par ici la sortie.

Edern montra du doigt le pan de mur dissimulant la sortie de leur salle commune et les Serpentard sortirent en poussant des cris joyeux. Rodolphus se lança à leur poursuite en marmonnant mi-amusé, mi-réprobateur :

— Ils vont réveiller tout le château… Eh, la préfète ! Viens m'aider à les tenir !

Sylvia courut à la suite de Rodolphus. Dan Heston paraissait hésiter :

— Si l'on se fait prendre…

— Allez, Heston, ne joue pas les timides, l'encourageait Isaac en lui tapant dans le dos.

Mais Heston finit par reculer :

— Ce sera sans moi. D'ailleurs, vous ne devriez même pas y aller.

— Williams ! appelait Avery. Tu viens avec nous ! Et amène ton copain aussi. Adamson ! Qu'est-ce-que tu fais ? Viens !

Le garçon de cinquième année secoua la tête et descendit se coucher, suivi par le groupe avec lequel il était resté. Aidlinn s'était levée, chancelante, l'esprit étrangement vide. Elle jeta un coup d'œil sur le canapé où était toujours assis Rosier, son cigare entamé à la main. Il lui rendit son regard :

— Tu n'y vas pas ?

Elle le regarda sans répondre ; les mots se bousculaient dans son crâne, refusaient de se coller sur sa langue.

— Bien sûr qu'elle vient, déclara Avery, passant un bras autoritaire autour de l'épaule d'Aidlinn.

Elle se contenta d'acquiescer mollement, s'abandonnant contre le torse de son ami. Evan soupira d'un air las :

— Franchement, Edern, je ne sais pas si ça vaut le coup. Nous avons une chance de gagner les deux coupes, cette année… Et tu vas tout faire rater.

— Détends-toi… Ne me dis pas que tu accordes de l'importance à la coupe des quatre maisons ?

Rosier grimaça puis reprit, plus sérieux :

— Il aurait été plus sage de ne pas se faire remarquer, pour changer.

Des éclats de voix surexcités retentirent dans le couloir, bientôt étouffés. Les prunelles brunes d'Evan effleurèrent Aidlinn.

— On dirait bien que ce sera pour une autre fois.

Il se leva et Avery claqua dans ses mains, heureux.

— Evan vient avec nous ! clama-t-il en entraînant Aidlinn avec lui.

Ils rejoignirent le groupe, qui trépignait d'impatience. Neil Williams, enrôlé de force par Avery, semblait peu désireux de rôder dans les couloirs en pleine nuit. Avec lui venait son camarade Gavin Hill et les deux se demandaient visiblement dans quoi ils s'étaient embarqués. Maria Stebbins pouffait aux côtés de Sylvia. Cette dernière avait abandonné Rodolphus, qui s'évertuait à faire taire les septième année Huggins et Fuller, complètement soûls.

— Suivez le guide, murmura Avery.

— Comme si on ne savait pas où se situait leur salle commune, ricana Isaac.

En pouffant les Serpentard se mirent en route, s'efforçant d'être discrets bien qu'ils fussent tous sérieusement éméchés. Même Rodolphus n'arrivait pas à garder son sérieux. La main de Rosier s'abattit sur l'avant-bras d'Aidlinn alors qu'elle marchait difficilement, appuyée à Avery.

— Qu'est-ce que tu lui as donné, Edern ?

— Rien. Laisse-la s'amuser...

— Prenons un raccourci, marmonna alors Evan. Je n'ai pas envie de me faire prendre dans les couloirs.

Il leur fit prendre un escalier tortueux dissimulé derrière un tableau représentant un grand dragon endormi, puis plusieurs passages dérobés. De nuit, le château résonnait étrangement, les sons filaient dans les couloirs, dévalaient les escaliers, s'engouffraient dans les pièces vides qu'ils dépassaient. Les murs de pierre paraissaient écouter, chaque porte semblait prête à s'ouvrir à la volée, les portraits ronflaient et marmonnaient quand la lumière projetée par les baguettes les effleurait. Aidlinn ne savait pas si le trajet était réellement plus rapide ainsi, elle avait perdu toute notion du temps et sans Avery pour la soutenir, elle aurait été incapable de tenir le rythme. D'étranges ombres se mouvaient dans les coins de sa vision, lui chuchotaient des choses, mais dès qu'elle tournait la tête, elles disparaissaient. Ils arrivèrent finalement devant le portrait d'une dame endormie, vêtue d'une large robe rosée.

Facéties, déclara Rosier.

Aidlinn sentit Edern reculer, bien que, dans l'obscurité, il était peu probable que le portrait pût les distinguer.

Facéties, répéta plus fort Evan.

— Vous êtes de Gryffondor, vous ? demanda une voix ensommeillée qui devait être celle de la Grosse Dame. En voilà une heure pour rentrer !

Cette fois, le tableau pivota dans un léger grincement. Les Serpentard s'entre-regardèrent, l'esprit embrouillé et penauds, ne croyant pas à leur chance. Le portrait avait dévoilé un passage ovale. Le mur semblait lancer un cri muet. Personne n'osa parler pendant un court instant, tendant l'oreille. Une partie de la salle commune plongée dans la pénombre était visible depuis l'autre côté. Edern, pressant Aidlinn contre lui, s'engagea en premier dans la tour de Gryffondor.


Eh oui je sais, j'ai énormément de retard, pardonnez-moi. :( J'ai bloqué sur ce chapitre pendant longtemps... Puis il y a eu les examens etc... Mais le voilà ! :D Je posterai le prochain en fin de semaine ou la semaine prochaine je ne sais pas encore ! (Enfin pour ceux qui seront encore là. :') )

Merci beaucoup à ceux qui ont lu et pour leurs reviews à Zo'da (Merci beaucoup pour ta remarque ! J'ai corrigé le chapitre précédent, honte à moi !), Vlad, mimi70 et SallyWolf (alors il y a du riz au lait au menu aujourd'hui ? ;) ) .