Chapitre 17

« Généreux favoris des filles de Mémoire,

Deux sentiers différents devant vous vont s'ouvrir :

L'un conduit au bonheur, l'autre mène à la gloire

Mortels, il faut choisir. »

« La Gloire », Méditations poétiques, Alphonse de Lamartine

Le manoir n'avait plus été aussi beau depuis de longs mois. Les elfes avaient nettoyé l'intégralité des salles de fond en comble et ouvert les hautes fenêtres. L'air chaud estival envahissait le salon, remontait le grand escalier et se perdait dans les chambres. Les draps des lits vacants avaient été changés, les fauteuils dépoussiérés, l'argenterie astiquée, les parquets cirés. Le parc avait été tondu et les buissons taillés.

Les portes-fenêtres du salon étaient ouvertes, un vase de porcelaine blanche rempli de roses rouges ornait la table basse, détonant au milieu du décor gris et vert. Des tables avaient été ajoutées dehors et on avait poussé les fauteuils et enlevé le tapis, de façon à aménager un espace suffisant en cas de mauvais temps. Dans le grand miroir, Aidlinn vérifia sa tenue. Elle avait revêtu une robe grise enserrée à la taille, discrète et chaste comme son père le voulait. Grâce à un ruban, elle avait attaché ses longs cheveux, dégageant son visage.

Elle avait beau s'être habillée du mieux qu'elle avait pu, elle devinait d'avance qu'un certain garçon, convié à la réception, ne remarquerait rien de ses efforts.

Les invités se présentèrent dès midi. Aidlinn devait les attendre dans le hall, en compagnie de Stinx. L'elfe, curieusement joyeux malgré la surcharge de travail qui l'attendait, trépignait d'impatience. La jeune fille, au contraire, avait le ventre noué à l'idée d'accueillir tous ces inconnus. Il y eut d'abord les Lestrange, très ponctuels. La mine courtoise mais fermée, ils saluèrent Aidlinn et enlevèrent leurs pardessus pour les donner à Stinx. Aidlinn adressa un sourire à Rodolphus mais celui-ci, visiblement fatigué, parut à peine s'en apercevoir. Quant à Rabastan Lestrange, le plus jeune, il n'était pas en vue et Aidlinn aurait demandé pourquoi si Andrew Wilkes, la mine joviale, ne sifflotait pas déjà à l'entrée. Sa vue réchauffa le cœur d'Aidlinn et elle aurait aimé le serrer dans ses bras. Il avait un paquet rouge rayé de blanc dans les mains.

-Où est ton cher frère ? J'ai quelque chose pour lui.

-Dans le salon. Avec mon père, ajouta Aidlinn en lui lançant un regard entendu.

Gordon Rowle n'était pas du genre à plaisanter. Il ne fallait pas que Wilkes, qui était parfois d'humeur farceuse, offrît quoi que ce fût en sa présence.

-Dans ce cas, je devrais peut-être lui donner ça plus tard, répondit-il avec un clin d'œil. Tu pourrais me le garder ?

Aidlinn hocha la tête et alors qu'il s'éloignait, elle ordonna à Stinx d'aller le poser dans le vestibule. Les Avery arrivèrent ensuite, plus expressifs que leurs prédécesseurs. Le chef de famille promenait un regard d'acier autour de lui et les histoires qu'Edern lui avait racontées sur son géniteur revinrent en mémoire à Aidlinn. L'homme dégageait une onde palpable de nervosité malveillante. La femme, en revanche, avait un visage doux et de beaux yeux bleus dont ses fils avaient hérité. Elle semblait beaucoup plus avenante que son mari et ce fut elle qui parla quand Aidlinn les eut salués :

-Aidlinn ! Comment vas-tu ? Tu excuseras Jared, il n'a pas pu venir aujourd'hui. Il est débordé de travail, le pauvre ! Tes B.U.S.E. se sont bien passées ? Edern ne veut rien nous dire.

La jeune Rowle acquiesça et échangea des paroles aimables tandis que le fils Avery restait à l'écart. Ils passèrent ensuite tous dans le salon, Edern lançant une mimique malicieuse à Aidlinn.

-À plus tard, très chère.

Mulciber se présenta quelques minutes après. Ses parents n'étant pas de sang pur ni mangemorts, Isaac avait dû insister pour que leur père le rajoutât à la liste.

-Dis-moi qu'Edern et Andrew sont déjà arrivés !

En venant tout seul, Mulciber devait redouter la confrontation face aux adultes. Plus que les autres, il devait faire ses preuves.

-Oui, ils sont déjà dans le jardin. Tu n'as qu'à traverser le salon.

-C'est pour Isaac… Je dois te le donner aussi ?

Il lui tendit un paquet mal emballé et s'éloigna du pas raide et nerveux qui lui était caractéristique.

Après cela, les Black se présentèrent. Richement habillés, ils toisèrent Aidlinn avec sévérité puis les grosses lèvres mauves de Walburga Black s'étirèrent en une grimace :

-Ma chère petite ! Comment vas-tu ?

Aidlinn savait qu'elle ne se souvenait pas de son prénom mais elle répondit de bonne grâce. Tandis que son mari Orion s'éloignait, Walburga s'attarda, refaisant sa coiffure. Ses mains gonflées et vieillissantes recouvertes de bijoux d'or et de diamants tremblaient de fébrilité au-dessus de sa tête.

-Les Rosier sont-ils déjà arrivés ?

Elle se faisait toujours un point d'honneur à arriver la dernière.

-Je crains que non, Mrs Black, répondit affablement Aidlinn.

Dans un grognement réprobateur, sans même remercier son hôtesse, elle tourna les talons.

Les invités continuèrent d'affluer. Il y avait des collègues de Gordon Rowle, des mangemorts et même quelques membres du Ministère de la magie. Plus tard, ce fut au tour des Rosier. Avec déception, Aidlinn n'accueillit que les parents. Ils portaient d'élégants habits et leurs mines hautaines s'adoucirent à peine à sa vue. Mr Rosier surplombait fièrement la jeune fille et celle-ci ne pouvait s'empêcher de percevoir la ressemblance avec son fils. Il avait cette même mâchoire rigide, ce même nez droit et ce même visage impénétrable qu'elle n'arrivait pas à déchiffrer. Mrs Rosier, grande elle aussi, avait des boucles châtains et des yeux vert forêt. Elle avait un port de tête haut et digne qui lui conférait une élégance admirable, même au sein des sang-pur. Elle posa un regard curieux sur Aidlinn, quoique lointain :

-Notre fils Evan ne va pas tarder à arriver, j'imagine.

Le léger pincement de lèvres de Mr Rosier trahit son mécontentement et sans plus attendre, Aidlinn les orienta vers le salon. Mrs Rosier avait raison car quelques minutes plus tard, Evan se tenait dans l'encadrement de la porte. L'air un peu échevelé, il était en simple chemise et avait retroussé ses manches jusqu'aux coudes, laissant apparaître une peau légèrement hâlée. L'été lui allait bien. À la vue d'Aidlinn, il haussa un sourcil :

-Bien le bonjour, mademoiselle la maîtresse de maison. J'espère que je ne suis pas trop en retard ?

Pétrifiée à sa vue, Aidlinn se ressaisit :

-Non, ne t'inquiète pas. Tes parents sont arrivés il y a quelques minutes.

Il sourit :

-Je suppose que mon cher père n'a pas hésité à faire une remarque bien sentie sur ma ponctualité ?

-Il n'a rien dit, répondit Aidlinn.

Evan, étonné, se tourna vers le large miroir accroché au mur du hall.

-Dans ce cas, faisons en sorte qu'il n'ait rien à dire sur ma tenue.

Il épousseta son pantalon sombre, réajusta sa chemise et redescendit ses manches, recoiffa ses cheveux.

-Evan…

Il la regarda dans le miroir, haussant un sourcil :

-Ta chemise est tâchée. Il y a du… Rouge, dessus.

Du sang. Était-ce le sien ? Probablement pas. Rosier baissa les yeux vers la tache et lui adressa un sourire désabusé.

-C'est embêtant, en effet.

Aidlinn essaya de ne pas penser à ce qu'il avait fait juste avant de venir et se racla la gorge.

-Tu n'as qu'à emprunter une de celles d'Isaac. Viens.

Elle monta l'escalier, Evan à sa suite, un peu honteuse à l'idée de ce que son père pourrait penser s'il les voyait. Arrivés au premier étage, ils s'enfoncèrent dans le couloir en silence jusqu'à la chambre d'Isaac où Aidlinn partit chercher une chemise. Autrefois, elle venait souvent dans la chambre de son frère, mais cela faisait un moment qu'elle n'osait plus. La pièce ne semblait pas avoir changé, bien qu'elle parût plus sombre. Les rideaux étaient à moitié tirés et l'on distinguait avec difficulté les posters montrant différents joueurs de Quidditch. Dans l'angle, le bureau en bois foncé était encombré par une pile de livres épais et par plusieurs lettres ; la grande armoire en acajou était entrouverte. On apercevait une quantité importante de vêtements soigneusement pliés ou délicatement suspendus à des cintres. Leurs parents avaient toujours voulu qu'ils apparussent présentables.

Quelques minutes plus tard, elle présentait une chemise blanche à Rosier.

-Tu peux te changer dans sa chambre si tu veux. Si tu me donnes ta chemise, les elfes pourront la laver.

Quelques minutes plus tard, Evan sortit. Cette chemise-ci était plus tendue aux épaules, le jeune homme étant un peu plus grand et plus solide qu'Isaac. Cela faisait ressortir sa carrure athlétique. Il lui tendit sa chemise et Aidlinn savoura le contact du tissu encore chaud entre ses mains. Ils redescendirent et Rosier, la remerciant rapidement, se mêla à la foule.

-Stinx ? Il faudrait que tu laves cette chemise pour Evan Rosier.

L'elfe s'inclina et disparut avec le vêtement. Au bout d'un moment, quand il fut clair que personne ne se présenterait plus à la porte d'entrée, Aidlinn sortit dans le parc, à l'arrière de la maison. Un orchestre jouait des musiques typées jazz et des couples dansaient en riant.

Aidlinn chercha du regard son frère : il était occupé avec des membres du Ministère de la Magie. Plus loin Edern et Mulciber étaient postés dans un coin, l'air maussade. Ils tâchaient de se redresser et de faire bonne figure, mais elle les connaissait trop bien. Elle les rejoignit.

-Cette fête est ennuyeuse, Aidlinn, se sentit obligé de remarquer Avery.

-Je ne connais pas la moitié des gens qui sont ici, renchérit Mulciber.

Il se passa une main sur le visage, visiblement dépassé par les évènements. Aidlinn haussa les épaules.

-La plupart sont des hommes d'affaires. Je suppose que mon père en profite pour renforcer ses relations.

-Vous savez quoi ? J'adore faire partie des privilégiés, mais ce côté-là craint. Quand je serai adulte, j'organiserai des réceptions dignes de ce nom.

L'air rêveur apparu sur son visage dissuada Aidlinn d'en savoir plus. Connaissant le garçon, cela devait sûrement inclure de la violence, des substances illicites ou même des créatures dangereuses.

-Faites un effort, cela vient à peine de commencer, tenta la jeune Rowle.

La suite de la réception donna néanmoins raison à Avery. Il n'y avait rien d'amusant pour les jeunes gens à faire la discussion à d'éminents sorciers ou même à de riches criminels qu'on ne pouvait pas interroger sur leurs méfaits. Ces manifestations dans lesquelles anciennes familles pures et parvenus du Ministère aux nouveaux idéaux se côtoyaient n'étaient pas sûres et il ne s'y passait jamais rien d'extraordinaire. Aidlinn passa beaucoup de temps auprès de son père, qui la présentait à différentes connaissances. La conversation se déroulait invariablement de la même manière. L'adulte se penchait vers elle et disait : « Comme tu as grandi ! » ou « Elle a vos yeux, Gordon, ça ne fait aucun doute ! » puis, s'adressant à elle : « Comment se passent tes études ? Que voudrais-tu faire plus tard ? » Aidlinn répondait « Très bien, je vous remercie. » et « Je ne sais pas encore. ». L'adulte, satisfait d'avoir rempli les présentations d'usages, retournait à sa conversation avec le chef de famille. Elle restait ensuite à côté, écoutant vaguement les propos échangés. Une fois, elle s'échappât en direction du buffet, espérant croiser un de ses amis mais ils étaient introuvables.

-Tu cherches les autres ? demanda une voix familière.

Son cœur fit un bond. Rosier s'était approché silencieusement et se tenait désormais à deux pas. Elle s'empressa d'acquiescer.

-Ils sont partis offrir leurs cadeaux à Isaac.

Le jeune homme fit un signe de tête en direction de la maison.

-Tu ne les rejoins pas ?

Il haussa les épaules, la mine fermée. Même par ce temps magnifique, alors que le soleil répandait ses rayons tout autour de lui et nimbait d'or ses prunelles, il apparaissait glacé. Les ombres le suivaient.

-J'ai déjà offert le mien à ton frère.

Aidlinn n'osa pas lui demander ce qu'il avait acheté.

-Aidlinn !

L'intéressée se raidit. Un jeune homme d'une vingtaine d'années au catogan blond caractéristique passa brutalement un bras autour de ses épaules. Son Eau de Cologne piqua les narines de la jeune Rowle.

-Comment va ma cousine préférée ?

Il rigola, l'enserrant plus fort.

-Ta seule cousine, Thorfinn.

Elle soupira et reprit :

-Evan, voici Thorfinn Rowle, mon cousin. Thorfinn, je te présente Evan Rosier.

Elle avait volontairement fait les présentations à Evan en premier pour signifier à son cousin qu'il n'était pas le bienvenu. Thorfinn sembla se redresser à la mention du nom de famille d'Evan. Il plissa les yeux et fronça son nez trop long d'un air méfiant. Rosier, imperturbable, se contenta de lui tendre la main.

-Enchanté.

Les deux jeunes hommes se serrèrent la main.

-Comment vont les affaires ? demanda poliment Rosier.

Aidlinn chercha en vain une trace de raillerie dans l'expression du Serpentard mais seuls ses iris scintillèrent légèrement. Il était connu que l'ancienne affaire de Thorfinn avait coulé et qu'il avait désormais des problèmes d'argent.

Ce dernier jeta un regard venimeux à son interlocuteur et retira son bras de l'épaule d'Aidlinn.

-Ne fais pas le malin avec moi, Rosier.

Il baissa la voix et ses menaces prirent la forme d'un sifflement :

-Dans certains domaines, l'argent et la renommée ne suffisent pas. Tu es encore très loin d'être quelqu'un d'important à ses yeux.

Il s'éloigna d'un pas vif et Rosier ne broncha pas.

-Thorfinn est un peu susceptible, s'excusa Aidlinn.

Elle sentait qu'elle ignorait trop de choses pour vraiment comprendre la mise en garde de son cousin.

-Je suppose que c'était mérité.

Le jeune homme avait plissé les lèvres - le même geste qu'avait eu son père – mais son expression était neutre. La jeune fille comprit qu'elle n'aurait aucune explication.

Ils se séparèrent et Aidlinn partit à la recherche des garçons. Se laissant guider par l'écho de plaisanteries, elle les trouva dans la salle à manger. Isaac était assis devant plusieurs paquets colorés : certains déchirés, d'autres encore intacts. Il avait un air réjoui enfantin qui réchauffa le cœur de sa sœur. En s'approchant, elle aperçut son propre paquet : une longue boîte recouverte de papier bordeaux et d'un nœud noir, avec un papier d'argent où l'on lisait « Pour mon frère que j'aime de tout mon cœur. » Il ne l'avait heureusement pas ouvert sans elle.

-Je l'ai trouvé chez Barjow et Beurk. C'est un des derniers exemplaires dans le monde, affirmait fièrement Wilkes en tendant son cadeau.

Il s'agissait d'un livre en cuivre noir. Il n'y avait aucun titre apparent sur la couverture mais Isaac sourit d'un air vague, semblant savoir de quoi il s'agissait. Il feuilleta l'ouvrage et un courant d'air glacé parcourut la salle. Tout le monde se tut. L'endroit parut plus hostile, les ombres s'allongèrent, la maison entière retint son souffle. Le phénomène ne dura qu'un instant, mais Aidlinn en frissonna toute entière.

-Eh bien, que personne ne m'offre ce genre de choses à mon anniversaire, souffla Mulciber d'un air inquiet. Ma mère aurait sûrement une attaque.

-Il n'est pas destiné à quelqu'un de nos âges, objecta Rodolphus, ses épais sourcils froncés de méfiance.

-Merci Andrew, c'est parfait, sourit Isaac, qui ignora superbement Lestrange.

Le clin d'œil qu'il offrit à Wilkes ne rassura pas Aidlinn. Ce livre était la preuve que son frère avait commencé à étudier la magie noire et cela n'augurait rien de bon. Elle avait appris à se méfier de ses effets sur les sorciers. Isaac avait-il tout oublié ?

Aidlinn toquait à la porte de la chambre de son frère.

-Isaac, laisse-moi entrer.

Aucun bruit ne lui parvenait, mais elle sentait sa souffrance. Elle devinait le sel de ses larmes sur ses lèvres, elle imaginait le tremblement de ses membres devenus brindilles. Elle savait qu'il pleurait contre son oreiller, ses poings crispés sur les draps. Elle se rappelait le regard apeuré de son frère lorsque Père avait ouvert la lettre du directeur, un peu plus tôt dans la soirée. Ils étaient tous assis dans le grand salon, prenant le thé et célébrant le retour d'Isaac à la maison. Aidlinn demandait à son frère de lui raconter comment était Poudlard. Eleanor Rowle riait aux anecdotes de son fils, une lumière fière dans les yeux. Puis Père avait parcouru le courrier, posé sur un coin de la table basse. Il avait pris un air sévère :

-Pourquoi Mr Slughorn m'écrit-il ? Tu n'as pas fait d'idioties, j'espère ?

Isaac avait soudainement bafouillé et Père avait explosé.

Quelques instants plus tard, Aidlinn avait vu la ceinture de Père se dresser dans les airs tel un serpent furieux et s'abattre sur le dos juvénile de son frère. Elle avait vu les horribles marques rouges sur sa peau claire.

Et voilà qu'il ne voulait pas la laisser entrer. Elle força encore sur la poignée en vain.

-Laisse-le chérie. Il reviendra quand il ira mieux.

Mère la prit doucement par les épaules, son doux visage peiné à moitié caché par l'ombre du couloir.

-Viens plutôt m'aider à cueillir un bouquet pour la table du dîner.

Aidlinn la suivit car elle aimait beaucoup les fleurs. Elles descendirent doucement l'escalier, passèrent devant le salon en chuchotant pour rejoindre le jardin. La petite fille se crispa à la vue du paternel, toujours assis dans le fauteuil. Les échos de sa fureur tourbillonnaient encore autour de lui. Il ne fallait pas le déranger.

-Il ne faut pas en vouloir à ton père de s'être énervé comme ça, lui dit plus tard Mère en lui tendant une rose blanche. C'est la sorcellerie qui lui ronge le cœur.

Quelqu'un éclata de rire et Aidlinn battit des paupières. L'Isaac actuel tenait un tee-shirt à l'effigie d'un groupe de musique sorcier. Sur le vêtement gris, le logo s'étirait en lettres sombres au-dessus des membres du groupe qui avaient pris des poses originales.

-Mon père me tuerait si je le mettais maintenant, mais merci Mulciber.

Aidlinn observa son frère sourire, à la recherche d'une trace de méchanceté ou de violence. S'intéressait-il à la magie noire depuis longtemps ? C'est la sorcellerie qui lui ronge le cœur. Deviendrait-il comme leur père : impulsif et violent ? Personne, excepté Eleanor Rowle, n'avait suggéré à Aidlinn que la magie pût opérer un changement chez quelqu'un. Mais si c'était le cas ? Et s'ils changeaient tous ?

Pourquoi donc penses-tu à tout cela ? se rabroua Aidlinn elle-même. La moitié des gens présents ici pratiquent la magie noire et ce ne sont pas des monstres pour autant…

Elle songea à Lily Evans suffoquant dans son foulard multicolore. Pas des monstres pour elle.

Ressaisis-toi.

Elle chassa ces folles pensées de son esprit et tira son paquet vers son frère. Isaac le déballa avec curiosité. Ôtant le papier, il effleura du doigt les inscriptions sur la boîte en carton, reconnaissant le nom du magasin.

-Tu n'as pas…

Il ouvrit la boîte, dévoilant un balai brillant de cire.

-C'est un Nimbus 1001, dit Aidlinn. Pour ta dernière année, j'ai pensé…

Isaac se leva et la serra dans ses bras enthousiastes. Son parfum familier apaisa la jeune fille. Cette étreinte surprise l'émut tant qu'elle sentit les larmes piquer ses yeux et elle prit un instant pour se ressaisir.

-J'ai la meilleure petite sœur !

-Tu l'essayes maintenant ? proposa Edern, impatient.

Il s'était déjà levé, prêt à foncer dans le jardin.

-Ce ne serait pas correct, le tempéra Rodolphus. Les invités…

-Il a raison, soupira Isaac. Mais je vous promets que nous l'essaierons tous à Poudlard.

Les autres acquiescèrent de bon cœur.

-Avec ça, impossible que la Coupe nous échappe, se réjouit Andrew.

-C'est vrai, la Coupe, murmura Isaac avec un sourire.

Un voile de regret passant dans son regard serra le cœur d'Aidlinn. Elle comprenait tant ce qu'il pensait en cet instant ! Elle s'inquiétait pour la même chose. Elle aussi avait peur qu'ils grandissent.


Presque un an que je n'avais pas posté... Le temps passe vite. Sachez que je n'abandonne pas cette histoire ! Le prochain chapitre arrivera demain ou après-demain. Merci pour ta review, Constance Alinor, ça me fait toujours plaisir de recevoir des retours. :)