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Chapitre 23
« Par-dessus l'horizon aux collines brunies,
Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,
Se penchait sur la terre à l'heure du couchant ;
Une humble marguerite, éclose au bord d'un champ,
Sur un mur gris, croulant parmi l'avoine folle,
Blanche épanouissait sa candide auréole ;
Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur,
Regardait fixement, dans l'éternel azur,
Le grand astre épanchant sa lumière immortelle.
«Et moi, j'ai des rayons aussi !» lui disait-elle. »
Unité, Victor Hugo.
-Bien Rowle, approuva le professeur Flitwick de sa voix aiguë en voyant la plume grise léviter au-dessus de son bureau.
L'enseignant s'arrêta devant Mulciber et regarda sa plume s'élever avec grâce dans les airs avec stupéfaction.
-Excellent, Mulciber. Vingt points pour Serpentard.
Aidlinn retint un sourire en voyant le visage ravi de son camarade. Grâce à l'enseignement d'Isaac l'année dernière sur les sorts informulés, ils étaient désormais les meilleurs de la classe. Autour d'eux, les autres élèves fixaient avec fureur leurs objets qui restaient désespérément immobiles. La jeune Rowle vit Smith, un Poufsouffle de leur année, murmurer le sort quand Filius Flitwick s'approcha.
-Tricher ne vous sera pas possible pour vos A.S.P.I.C., Smith. Je vous conseille de vous entraîner sérieusement.
Le garçon devint tout rouge et son rouleau de parchemin s'écrasa sur la table.
-Comment tu fais ? Je n'y arrive pas du tout, se lamentait Sylvia à côté d'elle.
Aidlinn ne pouvait que compatir à la détresse de son amie. Elle-même avait mis un temps considérable à jeter les sortilèges les plus simples sans prononcer la formule. Elle était désormais reconnaissante envers son frère de l'avoir obligée à s'entraîner. Avery, assis devant les deux filles, se retourna vers Sylvia :
-C'est pourtant simple !
Autour de lui lévitaient deux plumes et plusieurs rouleaux de parchemins. Sylvia lui lança un regard noir et son sourire goguenard s'agrandit.
-Avery, essayez plutôt un autre sort avec votre voisin, voulez-vous ? Pourquoi pas les sortilèges de disparition ? le gronda Flitwick. Rowle, allez travailler avec eux.
Il semblait que Flitwick avait des yeux partout. Aidlinn, avec un regard d'excuse à sa camarade, porta sa chaise à côté de Mulciber et ils se mirent à essayer de faire disparaître leurs manuels sans prononcer la formule. La tâche n'était pas aisée et ils n'y arrivèrent qu'à la fin du cours. Leur professeur, impressionné, les dispensa tous les trois de devoir et ils sortirent de la classe d'excellente humeur. Edern s'étira en baillant :
-On a une heure de libre avant manger, Aidlinn. Qu'est-ce qu'on fait ?
Sylvia, qui affichait une mine sombre, les quitta : elle avait une leçon de musique. Mulciber grogna :
-Je dois y aller aussi, j'ai cours de soins aux créatures magiques. À plus tard.
Les deux Serpentard se regardèrent, indécis.
-Le parc ? suggéra Aidlinn.
Edern hocha la tête et ils se dirigèrent en silence vers la sortie du château, se mêlant à la foule. C'est avec surprise qu'ils aperçurent Isaac, Andrew et Evan allongés sous un chêne. Ils allèrent s'asseoir à côté d'eux.
-Vous n'avez pas cours non plus ? demanda Edern en s'installant.
Il s'allongea et posa la tête sur son sac Aidlinn s'assit en tailleur à côté. Le soleil était haut dans le ciel et diffusait une chaleur bienvenue en ce jour de Septembre. Aucun d'eux n'avait hâte de voir le froid et l'humidité revenir.
-Non, répondit Isaac. On était en train de parler des essais de Quidditch de samedi. Maintenant que Heston est parti, il nous faut un nouveau gardien.
-Et un nouveau capitaine, ajouta Wilkes avec un sourire.
Il lança la balle de cuir qu'il tenait à la main à Rosier, qui la rattrapa facilement. La rapidité de son geste contrasta avec sa mine ennuyée.
-Je vote pour Evan, dans ce cas, ricana Edern en levant un bras.
-Je n'ai pas dit que je voulais être capitaine, grogna l'interpellé.
-Allez, si on prend quelqu'un d'autre, tu ne vas pas arrêter de le contredire, le tança Isaac.
Evan se retourna sur le dos, observant la petite balle de cuir à la lumière du soleil. Des tâches de lumières éclairaient son visage et doraient ses iris.
-Très bien, comme vous voudrez. Mais cette année, on gagne.
-Ça me va, sourit Isaac.
-Heston ne devait pas nommer quelqu'un ? intervint Aidlinn.
Normalement, c'était le capitaine qui nommait son successeur.
-Il a nommé Williams, ricana Wilkes. Mais évidemment, Williams laissera le poste à Evan.
Williams était en sixième année, comme Aidlinn et Edern. C'était un garçon calme et discret qui jouait comme poursuiveur à Serpentard depuis l'année précédente. Il était évident qu'il n'aurait pu s'opposer aux jeunes Mangemorts, pas plus qu'il ne l'aurait voulu. A présent que Heston et ses partisans étaient partis, les quatre septième année régnaient en maîtres sur leur maison et adoraient ça.
-Vous savez ce que Moon m'a proposé tout à l'heure ? reprit Isaac avec un sourire mutin.
Avery se frotta la mâchoire, pensif :
-Moon ? La nouvelle de ton année ? Sang-pur ?
-Oui, celle-là.
Edern éclata de rire, suivi d'Isaac et des autres garçons. Aidlinn leva les yeux au ciel, tentant de dissimuler son malaise. Dans des moments comme celui-là, elle aurait préféré être avec Sylvia et Maria.
-Alors, qu'est-ce qu'elle t'a dit ?
Isaac s'apprêtait à répondre, mais ses yeux gris se fixèrent sur sa sœur, comme réalisant enfin sa présence. Pour une fois, au moins, il feignait de la remarquer.
-Très bien, je m'en vais, déclara Aidlinn en se levant. Je n'ai pas du tout envie d'entendre ça.
Alors qu'elle remontait vers le château, elle entendait les rires gras des Serpentard derrière elle et se demandait s'il n'aurait pas mieux fallu qu'elle fût un garçon.
Après le déjeuner, Aidlinn se rendit en cours de Potions avec Sylvia. Les corridors étaient engloutis par une marée mouvante d'élèves bruyants, si bien qu'elles pouvaient parler sans le risque d'être écoutées.
-Tu crois qu'il voudrait bien changer les binômes cette année ? demande son amie avec espoir. Peut-être que je pourrais être avec Jones, cette fois.
Richard Jones était un garçon de Gryffondor que Sylvia surveillait depuis un moment, mais c'était avec Aidlinn qu'il travaillait depuis plusieurs années, au grand désespoir de la Prewett. Elle avait déjà demandé à changer de partenaire de travail l'année dernière, mais Slughorn avait refusé.
-Richard n'est pas si incroyable, tu sais, répliqua Aidlinn.
Elle-même trouvait que Jones faisait pâle figure à côté de Rosier et ne pouvait imaginer que quelqu'un pût penser différemment.
-Ça, c'est car tu traînes trop avec les amis de ton frère.
Aidlinn se retint de lever les yeux au ciel. Sylvia lui faisait souvent ce reproche, mais Aidlinn ne comptait pas renoncer à passer du temps avec les garçons uniquement pour contenter sa camarade.
-Ce sont aussi mes amis… Et je ne vois pas le rapport.
-C'est pourtant simple. Ton standard, ce sont les garçons belliqueux et imbus d'eux-mêmes. Jones n'est pas du tout comme ça.
La jeune Rowle voulut protester mais tarda à trouver les mots justes. Elles avaient rejoint la file d'étudiants entrant dans la salle de classe. Richard Jones était déjà assis à leur table et il l'accueillit d'un sourire aimable. En deux ans passés ensemble, ils n'avaient jamais échangé plus que des banalités. Richard détestait Avery et avait donc du mal à comprendre comment Aidlinn pouvait être amie avec lui. Durant le cours, les deux étudiants évitèrent de trop communiquer et se contentèrent de travailler calmement, échangeant seulement quelques informations. Cela convenait à Aidlinn, elle n'était pas du genre bavarde et était à l'aise dans le silence, là où elle pouvait se concentrer sur sa potion et sur ses propres pensées. Son frère l'avait fait entrer dans le club de Slughorn, mais elle devait montrer sa valeur afin d'y rester. Elle repensa une énième fois aux deux lettres qu'elle avait reçues – elle y songeait à chaque fois qu'elle se retrouvait seule – et plus elle réfléchissait et moins elle comprenait l'intérêt que quiconque eût pu avoir à lui envoyer ces lettres. Elle surveillait son frère, mais l'imaginait mal lui envoyer des lettres anonymement qui la rendaient plus triste que joyeuse. Elle doutait que l'émetteur inconnu voulût la réconforter en lui montrant la correspondance de sa mère disparue. L'émetteur était-il le fameux C ? Ou un parent à lui ou elle ? Rien ne faisait sens pour Aidlinn et elle dut se faire violence pour se concentrer sur sa potion.
A la fin du cours, Horace Slughorn se dandina jusqu'à elle.
-Miss Rowle, comme je l'ai dit à votre ami Mr Avery, j'organise une petite réception de rentrée ce soir à vingt heures. J'espère que vous me ferez l'honneur de votre présence ?
Aidlinn acquiesçait à peine qu'il était parti prévenir une Serdaigle du nom de Mildred Arbuthnot.
-Et voilà, il a invité Arbutie, marmonna Edern à l'oreille d'Aidlinn tandis qu'ils sortaient du cours. Elle va encore monologuer à propos de sa collection de coléoptères.
Avery avait surnommé Mildred « Arbutie » en référence aux nombreuses questions qu'elle posait et qu'il trouvait idiotes.
-Tu exagères, elle ne l'a fait que deux fois, l'année dernière, remarqua Aidlinn.
-Non, trois. Et une fois, ça a duré une heure.
Aidlinn sourit en se rappelant le visage furieusement agacé d'Edern à cette fameuse soirée, tandis qu'il était obligé d'écouter Arbuthnot.
Plus tard, Aidlinn et Edern retrouvèrent les autres pour le dîner. Comme en écho aux vantardises d'Isaac, Melyna Moon vint se poster à côté de lui pendant le repas. Elle avait de jolis yeux verts en amande. Isaac, qui jusque-là, était en train de discuter du nouveau gardien de Quidditch potentiel avec Andrew, s'arrêta net. Le malaise ne dura que l'espace de quelques battements de cœur et Isaac se tourna vers la nouvelle venue, un sourire incertain aux lèvres :
-Eh Melyna !
La Serpentard étira ses lèvres joyeusement à son tour, papillonnant des paupières.
-Tu vas à la réception de Slughorn tout à l'heure, Isaac ?
Le garçon rit doucement, passa une main dans ses cheveux.
-Bien sûr.
-On se verra là-bas alors.
La jeune fille sourit, mais ce n'était pas lui qu'elle regardait : c'était Evan. Aidlinn regarda la septième année s'éloigner, abasourdie. Rosier n'avait pas bougé mais ses yeux pensifs l'avaient suivie tandis qu'elle allait s'asseoir un peu plus loin. Personne ne semblait avoir rien remarqué. Avait-elle rêvé la scène ?
-On dirait que ton frère va avoir une nouvelle petite amie, déclara plus tard Edern tandis que lui et Aidlinn se rendaient au bureau de Slughorn.
Il avait échangé son uniforme contre une tenue tout aussi sobre : un pantalon noir et un pull de laine brun par-dessus une belle chemise sombre. Aidlinn croisa les bras, mitigée.
-Tu l'as entendu mieux que moi ce matin.
-Il y a une différence entre l'entendre et le voir, fit Avery d'un air goguenard.
Devant eux, Isaac riait et Melyna Moon lui effleurait l'épaule en battant des cils. Le cœur d'Aidlinn se serra. Son frère ne lui souriait même plus et voilà qu'il se montrait ouvert avec une étrangère.
-Il faut reconnaître qu'elle est plutôt séduisante, continua Edern d'un air appréciateur. Aïe ! Quoi ?
Il se tourna vers Aidlinn qui venait de lui donner un coup de coude dans les côtes.
-Sérieusement, Edern ? Il ne la connaît même pas.
-Je crois qu'ils se sont vus à quelques soirées, dit Edern.
Il n'ajouta rien car ils étaient arrivés. La pièce était confortable mais surchargée. Tous les élèves avaient pris place autour d'une large table ronde qui débordait de plats et de confiseries. Au-delà, un feu crépitait dans l'âtre d'une cheminée au-dessus de laquelle reposaient de nombreuses photos de sorciers et sorcières que Slughorn avait aidés à un moment donné de leur carrière. Slughorn présidait, assis dans une chaise confortable, le visage radieux mais un peu rougeaud, engoncé dans un costume mauve dont les boutons d'or semblaient sur le point de céder. Il restait quatre places ; Aidlinn se crispa en se positionnant à côté de son frère, mais ce dernier ne fit aucun commentaire, ni ne lui adressa aucun regard. Slughorn les salua et retourna à sa discussion avec Evan Rosier :
-Mr Rosier, je suis allé séjourner cet été dans l'un des hôtels de votre famille et je dois dire que c'était splendide.
-Lequel, Monsieur ? s'enquit aimablement Rosier.
Il avait un air poli mais ses yeux étaient insondables et opaques, comme si l'on avait tiré un volet barrant l'accès à son âme. D'aussi loin qu'Aidlinn s'en souvînt, il avait toujours été ainsi avec les professeurs.
-J'étais en Grèce, voyez-vous. L'un de mes anciens élèves, Jedediah Grimes, s'est installé là-bas avec sa famille – vous devez avoir entendu parler de lui, il était jusqu'à récemment reporter à La Gazette du Sorcier. Il a toujours aimé que je lui fasse un retour sur ses articles.
Rosier sembla froncer légèrement le nez à la mention du nom de l'ancien reporter, mais Slughorn piocha un macaron dans le plat disposé en face de lui et ne remarqua rien.
-J'ai eu beau insisté et donner votre nom, on a refusé de me donner une des suites du dernier étage, renifla le professeur d'un air vexé. J'espère que la prochaine fois, vous pourrez faire quelque chose pour m'épargner un tel désagrément.
La famille de Rosier, en plus de ses larges actions à Gringotts, possédait la seule grande chaîne hôtelière sorcière de luxe – Les Hôtels Point du Jour.
-Vous m'en voyez désolé, ce devait être une période chargée.
Rosier n'ajouta rien. Il avait un air arrogant qu'il ne prenait pas la peine de cacher à son enseignant, conscient du fait que sa famille avait plus d'influence que Slughorn n'en aurait jamais et que s'il était ici, c'était uniquement selon son bon plaisir.
-J'imagine, répondit Slughorn d'un air troublé – il n'était jamais très à l'aise avec Rosier. Quant à vous, Mr Lestrange, je n'avais pas encore eu l'occasion de vous féliciter vous et votre famille pour votre investissement judicieux dans La Chaudronnerie. Les chaudrons, voilà un secteur plein de promesses ! Si je puis me permettre, vous auriez tout intérêt à doubler l'épaisseur des fonds de chaudrons scolaires, il y a encore trop d'accidents. Voyez-vous, les première année ne peuvent s'empêcher de mettre le feu trop fort et quand on utilise de la poudre de pieuvre, les chaudrons s'usent prématurément.
-Merci de votre suggestion professeur, mais il me semble que vous parlez des chaudrons premier prix qui ne sont évidemment pas faits pour durer plus de quelques saisons, répliqua platement Lestrange.
Contrairement à Rosier, Lestrange accueillait avec sympathie les flatteries sur sa situation familiale, comme il y était habitué depuis toujours et que ses parents accordaient une grande importance au politiquement correct. En société, ses réponses étaient toujours parfaitement polies et égales et quand il terminait, ses auditeurs n'avaient bien souvent rien appris de ce qu'il pouvait vraiment penser. Slughorn fit mine de n'avoir rien entendu et déjà il se tournait vers Melyna Moon.
-Miss Moon, veuillez me pardonner, c'est votre première soirée en notre compagnie et je manque à tous mes devoirs ! Comment trouvez-vous l'Angleterre ?
Melyna Moon se pencha en avant et sourit d'un air affable :
-J'aime beaucoup. Je suis partie pour le Nouveau Continent quand j'étais assez jeune et revenir ici… C'est comme un retour aux sources.
-Êtes-vous bien reliée à Leonard Spencer-Moon, ancien Ministre de la Magie qui a pris sa retraite en 1948 ?
-Absolument, c'est l'oncle de mon père. Il vient régulièrement nous rendre visite et ne manque jamais une occasion de nous prodiguer des conseils, à ma sœur, mes frères et moi.
Slughorn approuva, le visage gourmand comme s'il lorgnait une pâtisserie particulièrement appétissante.
-Son père a un siège permanent au MACUSA, chuchota Edern à l'oreille d'Aidlinn. Pas étonnant que Slug l'ait invitée.
Aidlinn hocha la tête d'un air distrait car son attention s'était focalisée sur les deux silhouettes se tenant dans l'entrée. Avery suivit rapidement son regard et son corps entier se tendit :
-Dites-moi que je rêve, maugréa-t-il.
-Ah Miss Evans ! Mr Cresswell ! Nous vous attendions, entrez donc !
Il y eut un silence pesant alors que les deux élèves prenaient place. Evans s'assit à côté d'Avery, non sans une œillade méfiante. Si elle savait qu'il avait essayé de la tuer, pensa Aidlinn. Elle regarda ses amis. Rodolphus avait une moue dégoûtée en observant les deux nés-moldus s'asseoir, Isaac les jaugeait d'un air hautain et Evan était si immobile que la lumière des bougies glissait sur lui sans vraiment l'éclairer. En revanche, Severus Rogue, qui participait pour la première fois à une soirée du club, avait une expression avide tandis qu'il fixait Lily Evans d'un regard brillant. Il semblait se repaître de sa présence, comme si à chaque instant, elle aurait pu lui être arrachée.
Horace Slughorn, inconscient du froid qu'il venait d'étendre sur une partie de l'assemblée, reprit joyeusement :
-J'ai invité Miss Evans et Mr Cresswell à se joindre à nous ce soir. Ce sont des élèves tout bonnement brillants ! Mr Cresswell n'est qu'en quatrième année et il sait déjà réaliser un parfait élixir d'Euphorie, n'est-ce pas merveilleux ? Et j'ai entendu dire qu'il était excellent en Métamorphose et en Botanique.
La face ronde du jeune Cresswell rougit de plaisir, mais garda humblement les yeux baissés. Rogue émit un grognement à peine audible, visiblement mécontent de ne plus être considéré comme le seul prodige des potions.
-Cresswell, Creswell… Ce nom me dit quelque chose. Auriez-vous un parent au département de la justice magique au Ministère ?
-Non, monsieur, ça m'étonnerait beaucoup, répondit Cresswell et la rougeur de ses joues s'intensifia. Mes parents sont moldus.
Slughorn parut un peu décontenancé mais il reprit vite son sourire.
-Dans tous les cas, ce doivent être des gens formidables pour avoir élevé un garçon aussi brillant que vous !
Avery lança un sourire ironique à ses camarades, se retenant de ricaner. Ses yeux étaient d'un bleu de glace et ses longues mains pâles posées à plat sur la table étaient crispées comme des serres.
oOo
À la suite de cette soirée, Moon se mit à tourner autour d'Isaac de manière récurrente. Ce dernier en semblait ravi il n'était pas insensible au charme de sa camarade et semblait moins soucieux depuis qu'il la fréquentait. Aidlinn, en revanche, ne pouvait s'empêcher d'éprouver une pointe de jalousie qu'elle ne s'expliquait pas. Ce n'était pas la première fois que son frère sortait avec une fille. Peut-être était-ce car Isaac s'était déjà éloigné d'elle-même et qu'il semblait être plus complice avec cette fille. Peut-être était-ce car tous les garçons de la bande semblaient l'apprécier. Ou peut-être était-ce à cause des regards qu'elle lançait à Rosier.
-Cette fille me rend nerveuse, avoua Aidlinn à Sylvia alors qu'elles se rendaient au terrain de Quidditch.
Ce samedi matin avait lieu la sélection pour le nouveau gardien de but et les deux amies avaient décidé d'y assister. Le bon côté de l'histoire était que l'apparition de Moon avait favorisé le rapprochement avec ses camarades de chambre.
-C'est normal que ton frère ait ce type de distractions, à son âge, philosopha Sylvia.
Elles s'installèrent seules dans les gradins, à l'écart des quelques autres élèves venus assister à la scène. Placées ainsi en hauteur, il était difficile pour les deux amies de distinguer les différentes silhouettes vertes debout au centre du terrain.
-Je sais, mais avec elle c'est différent, insista Aidlinn.
En silence, elles observèrent les joueurs évoluer sur leurs balais. Ils avaient tous décollé et se dirigeaient vers les buts au fond. Tour à tour, les poursuiveurs – Edern, Evan et Williams – tentaient de marquer face à différents gardiens.
Aidlinn n'arrivait à suivre qu'avec difficulté les essais elle venait d'apercevoir la silhouette élégante de Moon apparaître dans les gradins. Tout à coup, elle ressentit le besoin urgent de rentrer.
-Je vais y aller, on ne voit rien ici, de toute façon.
Sylvia suivit son regard, observa le dos de Melyna Moon assise en contrebas et acquiesça.
-Rentrons.
Aidlinn n'aurait pu éprouver plus grande gratitude envers son amie. Ensemble, elles allèrent travailler à la bibliothèque. La fille Prewett n'avait pas pris les mêmes cours que son amie : elle avait abandonné Défense contre les forces du mal et avait gardé Etudes des runes ainsi que Soins aux créatures magiques. Cette dernière option aurait séduit Aidlinn, mais son père n'avait jamais accepté qu'elle suivît ce cours.
Les joueurs de Quidditch ne revinrent qu'au déjeuner. Aidlinn était déjà attablée en compagnie de Sylvia et Maria Stebbins qui parlaient du cours de sortilèges. La jeune Rowle avait à peine touché à son assiette, l'humeur sombre en pensant à Melyna Moon en compagnie des garçons. Et s'ils l'incluaient dans leur groupe ? Et si elle remplaçait Aidlinn ? Et si Evan s'intéressait à Moon et l'oubliait ?
Un hibou Grand-Duc atterrit dans un bruissement d'ailes à côté de Sylvia, tendant une serre à laquelle pendait une grande lettre cachetée de cire verte avec l'emblème des Prewett. Le visage de la brune s'illumina tandis qu'elle parcourait la lettre.
-C'est une lettre de mes cousins. Fabian avait promis de m'écrire quand il serait disponible.
Aidlinn repensa avec amusement à son cousin Thorfinn et à sa propre expression si jamais elle devait un jour recevoir une lettre de lui. Sylvia s'exclama finalement :
-Fabian et Gideon veulent venir me voir à Pré-au-lard cet hiver ! Ils me demandent les dates de sortie…
-Il me semble qu'elles n'ont pas encore été affichées, intervint Maria. J'espère que ça ne va pas tarder, je n'ai plus rien à lire.
Maria Stebbins adorait lire des romans le soir dans la salle commune, en particulier ceux qui mêlaient romances interdites et dangers surnaturels. Cela lui avait donné une imagination fertile et une tendance à dramatiser le moindre évènement.
-Tu pourrais aussi lire ton manuel d'Histoire de la magie, suggéra Aidlinn avec un sourire taquin.
-Sûrement pas. Cette année, on va commencer par étudier les carrières des précédents ministres de la magie. Croyez-moi, les guerres de géants étaient beaucoup plus intéressantes…
-Binns, Stebbins… Tu es destinée à devenir aussi ennuyeuse que le vieux, Maria, intervint Avery.
Il rentrait visiblement tout juste des sélections de Quidditch et était encore en tenue.
-Moi au moins, j'ai un avenir dans la société magique, Edern, rétorqua l'intéressée en fronçant le nez.
Edern fut mine d'être touché au cœur, s'affaissant à moitié sur le banc puis s'esclaffa et se tourna vers Aidlinn, l'air joyeux.
-Tu n'es même pas restée jusqu'au bout ?
-Qui est le nouveau gardien ? préféra demander Aidlinn.
-C'est Gavin Hill, l'ami de Neil.
En effet, un garçon de sixième année aux cheveux blonds mi-longs et au sourire avenant parlait avec animation à Neil Williams tout en marchant jusqu'à leur table. Gavin était le genre de personne qui s'entendait bien avec tout le monde.
-Je ne te raconte pas l'humeur de Mulciber, ajouta Edern en rigolant.
Mulciber détestait Gavin depuis plusieurs années pour une raison obscure du point de vue d'Aidlinn. Leur ami avait en effet l'air lugubre en s'installant en face d'eux. Il ne dit rien et attaqua férocement son plat.
L'après-midi, les trois filles retournèrent à la bibliothèque et Avery les rejoignit après avoir pris sa douche. Le garçon prenait un malin plaisir à taquiner Maria, si bien que personne n'arrivait à travailler. Il en était arrivé à lui demander si elle préférait être une marguerite ou une rose dans un champ de roses.
-C'est simple, Maria. Si tu choisis la marguerite, tu espères secrètement te distinguer des autres et que quelqu'un t'apprécie pour ce que tu es vraiment – ce qui n'arrivera jamais, désolé de te décevoir, il faut arrêter d'être aussi... Niaise.
Un regard noir de l'intéressée l'avait fait hésiter mais il sourit largement en continuant.
-Si tu choisis la rose, ton vœu le plus cher est de te fondre dans la masse et d'être acceptée comme membre de la communauté à part entière, mais tu manques singulièrement d'ambition.
-Faites-le taire, je n'en peux plus, gronda Maria.
-Je pense que tu serais parfaite en marguerite, continua Avery en faisant mine de ne rien entendre.
-Et toi, tu n'es rien qu'une mauvaise herbe.
-Qu'as-tu contre les marguerites, Stebbins ? On ne peut pas tous être une rose comme Moon.
Edern avait haussé la voix tandis que Melyna Moon passait à côté de leur table. Elle se retourna en secouant ses cheveux et il lui fit un clin d'œil.
-Edern, quel flatteur ! rit-elle en lui rendant sa mimique. J'ai quelque chose à faire, on se voit tout à l'heure ?
Avery acquiesça et elle partit. Aidlinn, qui avait assisté à cet échange avec l'impression d'être un élément du décor, haussa un sourcil sarcastique en direction du Serpentard.
-Tout à l'heure ?
Le garçon haussa les épaules avec un air malicieux :
-Elle veut que je lui montre un truc.
Il se leva de son siège, revigoré, avec visiblement un nouvel objectif en tête.
-On se voit plus tard, les filles.
Aidlinn regarda son ami s'éloigner, déçue de constater qu'il ne l'avait même pas regardée. Ignorant l'expression lourde de sens de Sylvia, elle se replongea dans ses notes. Il était évident qu'Edern n'avait pas voulu en parler car ses deux camarades de dortoir étaient avec eux. Si la jeune fille lui posait la question en privé, Edern lui répondrait très certainement. Après tout, il était son meilleur ami, n'est-ce pas ?
Ainsi, après le dîner, elle alla le retrouver alors qu'il lisait un livre près du feu, dans la salle commune. Il n'y avait pas grand monde les élèves essayaient encore de se coucher tôt en ce début d'année. Avery lui adressa un signe de tête distrait mais la jeune Rowle ne se laissa pas démonter.
-Alors, avec Moon ?
Edern se redressa, interdit.
-Oui ?
-Eh bien… Qu'est-ce que vous avez fait ?
Il rigola :
-Comme je te l'ai dit, c'est entre elle et moi, Aidlinn.
-Mais…
Malicieux, il se leva.
-Non, pas cette fois. Je vais me coucher et tu devrais en faire autant.
Lui tapotant l'épaule, il la laissa seule. Un poids tomba dans l'estomac de la jeune fille. Elle repensa aux paroles de Rosier dans le Poudlard Express. Tu ne devrais pas parler autant à Edern. Et si, en fin de compte, son ami la laissait tomber ?
Le reste du week-end et les semaines suivantes, Aidlinn resta une grande partie du temps en compagnie de Maria et Sylvia. Les deux filles semblaient former une sorte de cocon protecteur contre la désagréable réalité des événements. Elle ne supportait pas de voir Melyna Moon s'accrocher au cou d'Isaac, minauder à la moindre de ses paroles, discuter passionnément d'anciennes théories magiques avec Rodolphus, échanger des remarques malicieuses avec Wilkes ou faire rougir Mulciber avec de gentilles paroles. De surcroît, elle était encore vexée du nouveau lien qui s'établissait entre Edern et l'intruse. Comme si sortir avec son frère ne suffisait pas, voilà que la septième année s'appropriait son meilleur ami ! Edern venait moins voir Aidlinn et, lorsqu'ils avaient cours ensemble, il était plus distant, plus réservé. Il ne l'observait plus comme il le faisait avant, ne lui proposait plus d'activités après les cours. A présent qu'il n'était plus là pour elle, Aidlinn prenait conscience du vide que son absence créait dans son quotidien. Elle aurait donné cher pour qu'il revienne.
Cependant, ce furent les regards que lançaient Moon à Rosier qui firent Aidlinn détester Moon. Le jeune homme était le seul qui ne semblait pas s'émouvoir de la présence ou de l'absence de la sulfureuse jeune fille. Il avait tendance à s'éloigner quand elle apparaissait et ce fut lors d'un de ces épisodes qu'Aidlinn surprit le regard admirateur que Moon portait sur Rosier. Quelqu'un d'autre n'y aurait pas prêté attention mais Aidlinn connaissait mieux que personne la soif que pouvait provoquer Evan chez quelqu'un. Un regard avide de saisir le moindre des faits et gestes du sujet, de capturer son essence. Ce jour-là, la jeune Rowle aurait juré que Melyna Moon n'était intéressée que par Evan Rosier.
Que ferait Evan le jour où il s'en apercevrait ?
Salut, voilà un nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. Merci à Zod'a, RhumFramboise et Mudy Judy pour vos reviews, c'est ce qui m'encourage à poster la suite !
