Pendant une réunion de meute, Au loft de Derek,
A la suite des Evènements précédents.
Pendant le repas, Stiles resta étonnement silencieux, écoutant attentivement Scott lui raconter l'arrivée d'Amélia dans la meute et l'emménagement des parents de la petite dans la ville d'à côté. Malheureusement, Mason et Corey durent partir plus tôt en raison d'un partiel qui les attendait le lendemain. Leena et Malia lui racontèrent le premier râteau de Lydia, avec un homme fraîchement marié. La rousse s'énerva à peine, se contentant de pester en rigolant au souvenir, Parrish lui adressant un clin d'oeil complice qui n'échappa pas a l'œil expert de Stiles. Hayden, qui n'était pourtant pas très proche du garçon, lui raconta la victoire départementale de son petit ami en tant que capitaine de lacrosse dans le lycée. C'était amusant comme chacun voulait lui raconter quelque chose. Il avait l'impression d'avoir manqué les meilleures années de Beacon Hills, même si Liam et Théo lui expliquèrent les conflits réguliers avec des Change-formes qui migraient vers la Californie à cause de l'omniprésence de Monroe dans les autres Etats. Il restait bien quelques états épargnés comme l'Utah mais il n'y faisait pas bon vivre pour les espèces qui vivaient dans des milieux plus frais.
Leena et Mike, inséparables, expliquèrent également la sombre prophétie qui s'étaient abattue sur la ville quand un riverain avait touché à un objet hanté par l'esprit d'une banshee. D'après leurs dires, le fantôme de cette femme les avaient enfermés un à un dans les même songes horrifiques auxquels les banshee faisaient toujours face. Dans ces phases, ils tombaient dans les pommes durant des jours et il ne restait plus que Lydia d'éveillée, seule membre de la meute à savoir se débarrasser de ses visions. A entendre ce qu'ils racontaient avec des étoiles dans les yeux, on comprenait directement leur admiration envers la rousse. Scott détailla quelques combats, précisant qu'il tentait lui aussi de se transformer complètement. D'après les moqueries de Jackson et Ethan, cet entrainement ne devait pas vraiment porter ses fruits. Puis toute la meute écouta Isaac et Cora, qui étaient arrivés le même jour que lui, en provenance de France. Stiles sourit à leurs histoires, heureux de ne pas avoir a répondre aux questions et d'avoir passé une bonne soirée. Même Lydia n'avait pas relancé le sujet d' "Elle".
Après le repas, les nouveaux parents durent quitter le groupe en premier, très vite suivis par les derniers lycéens du groupe. Ceux qui n'avaient pas leur permis furent raccompagnés par l'adjoint du Shérif. Et, alors que le reste de la meute se saluait, Lydia eut un arrêt sur image. Elle ne cria pas mais elle dut se retenir au buffet de l'entrée pour ne pas s'écrouler. Elle avait les yeux rivés sur les bougies allumées sur le chandelier face à elle. Son regard était vitreux, comme si elle voyait sans les voir les petites flammes danser sur leur mèche. Derek ne se rappelait pas avoir allumé le chandelier mais il supposa qu'un autre membre de la meute l'avait peut-être fait à sa place.
Durant sa vision Scott s'était approché pour l'aider a tenir debout, tandis que Malia attrapait un verre d'eau sur la table de salle a manger en se mordant la lèvre. Apparemment, depuis que la meute au complet avait subit les visions terrifiantes des créatures messagères de la mort, ils faisaient d'avantage attention au bien être de la banshee. Complètement ailleurs, Lydia serrait tellement le bois sous ses doigts que ses ongles se mettaient a saigner. Ses joues étaient envahis de larmes noires et épaisses et ses lèvres tremblaient en murmurant des mots sans queue ni tête.
" Les liens, les fils, les mains ! OUVRE LA TOILE ! "
Alors qu'elle hurlait ces derniers mots en boucle, Cora et Isaac s'affairèrent a glisser un crayon et une feuille de papier sous la main de la jeune femme qui tremblait. A peine la mine de stylo a portée de ses doigts que la jeune fille se mit immédiatement à former une multitude de petits cercles incomplets, tous disposés de manière a former une série de cercles concentriques semblables à une cible. Le dessin dura plusieurs secondes durant lesquelles Scott, Malia, Cora, Isaac, Stiles et Derek se sentirent terriblement inutiles et largués, tous penchés au dessus de l'épaule de la jeune femme. Puis sa tête retomba lourdement sur le bois du meuble. Les bougies du chandelier s'éteignirent soudainement en répandant une épaisse fumée blanche dans l'entrée. L'odeur du brûlé rappela d'ailleurs celle qu'Ethan et Jackson portaient toute à l'heure à cause de l'incendie. Puis Lydia se redressa brusquement en prenant une longue inspiration, comme si elle sortait tout juste de l'eau.
Elle attrappa alors Stiles par le col de sa veste rouge en s'écriant :
- Stiles ! Tu es en danger !
Scott la rattrapa avant qu'elle ne tombe en avant.
- Calme toi, Lydia. Tout va bien. Stiles va bien, personne n'est mort. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-il doucement.
- Je ... je voyais Stiles... Il était seul dans la neige, et... Pour se concentrer la rousse avait figé ses yeux dans ceux neutres et rassurants du fils du shérif. Il avait ces cicatrices sur tout le corps... Tellement de cicatrices. C'était... la terreur qui brillait dans ses yeux suffisait pour définir les mots qu'elle cherchait.
Le regard de Derek fut attiré par la main de Stiles qui brisa son bâtonnet de cannelle. D'apparence, il gardait un air neutre et il rassurait Lydia en lui caressant le dos avec son autre main.
- Il... T'étais sur une montagne et il y avait du feu tout autour de toi, même s'il y avait de la neige partout. Le feu avançait comme des serpents. Elle piochait les mots au hasard, comme si elle avait du mal a décrire la scène dans l'ordre. Tu avais une trentaine de fils blancs plantés dans le dos et c'était comme des mèches de bougies, comme les chandeliers : Tu... tu allais brûler vif, c'était sûr. Le feu allait vite ! Mais tu étais si calme, si... vide. Comme si t'étais déjà mort. Et puis il y a eut ce loup. Il s'est jeté sur toi et.. Je me suis réveillée, je ne-...
Une seconde plus tard et le téléphone de Derek vibra dans sa poche, coupant Lydia dans son récit. Il décrocha immédiatement, encore sur les nerfs. Ses épaules étaient si tendues qu'il semblait prêt a bondir à tout instant.
- Oui Peter ?
- Derek, l'hyperactif est là ? Le gamin fait une crise, je sais pas ce qu'il fout ! Je fais quoi ?
- Le gamin ? répéta Derek en jetant un oeil à Stiles, qui, accroupit devant Lydia, releva la tête vers lui en fronçant les sourcils.
- C'est Jallen, je suppose ? le noiraud opina du chef, silencieux. Passe-moi le téléphone.
Stiles laissa Lydia aux mains expertes de Malia et Cora qui rassuraient leur amie et il se leva en s'exilant vers le salon, une pièce plus loin. Personne ne le suivit.
- Peter ?
- Ah ! Stiles ! Ton pote est hystérique, il fait des transformations sur transformations, qu'est-ce que je dois faire ?
Stiles commença par faire abstraction de la voix désorientée du loup garou plus âgé. Dès que ce fut fait, il entendit très clairement la voix du blond crier " Papá ! " dans un espace restreint qu'il devinait être une chambre du mobile-home. Il grimaça en pensant à la caution que les crises de Jallen allaient débourser.
- Bonne idée de l'avoir enfermé. Laisse le portable dans la chambre et part avec les autres faire un tour, Jallen doit être seul.
- Non mais tu plaisantes ?! Je vais pas laisser on portable avec un gamin qui sait même pas se contrôler ! Il ne se demanda même pas comment Stiles savait que Jallen avait été séparé dans une pièce à part. A la place, il préférait crier contre la première personne qui venait. T'es complètement cinglé de ramener une menace pareille sur un lieu de vacances ! Tu te rend compte du danger qu'il représente ?
- Tant que je ne lui aurais pas parlé, évidement que c'est une menace. Et si tu continues de tergiverser, ça en deviendrait une plus grande encore. Donne-lui le téléphone.
le grognement que poussa Peter avant de faire glisser le portable dans la chambre en le passant sous la porte était la digne représentation de l'agacement. Stiles ne s'attendait pas à ce qu'il obtempère aussi vite. Pendant quelques secondes, Stiles n'entendit que des mouvements étouffés et la respiration chaotique de son bêta dans la chambre. Il put deviner ses gestes saccadés proches de l'épilepsie et après un bruissement puissant contre le micro, le son parut étouffé, comme si Jallen s'était réfugié sous une couette. Puis il entendit la voix cassée du garçon s'exprimer dans un espagnol naturel et parfait :
- Papá, Elle está en peligro ! Vas a morir, vas a morir !
(Papa, Elle est en danger ! Tu vas mourir, tu vas mourir !)
Pour le blond, parler en espagnol était quelque chose qui était dans ses gènes. Il était né a côté du Mexique, dans un village qui ne parlait que cette langue. Pour Stiles, par contre, apprendre l'espagnol avait prit un peu plus de temps. Mais il avait passé deux ans à parler cette langue, pour presque les trois quarts de sa meute, c'était devenu une langue courante, qui pouvait parfois se mêler à leur langage natal.
-Mantén la calma Jallen, aplastaré la única amenaza que puede caerme encima, okay?
(Reste calme Jallen. La seule menace qui pourrait me tomber dessus, je l'écraserais, okay ?)
- Esta vez no papá, esta vez no. Il continuait de parler très vite, prouvant qu'il n'arrivait pas encore a se départir de sa panique. Elle va a matarte desde dentro. Ella va a matarte desde dentro.
(Pas cette fois, papá, pas cette fois. Elle va te tuer de l'intérieur. Elle va te tuer de l'intérieur.)
- Respira Jallen, escucha mi corazón. C'était l'une des seules choses qui pouvait cajoler le garçon. Probablement parce qu'il était encore comme un enfant dans sa tête. ¿Lo escuchas latir? Venga, respira.
(Respire Jallen, écoute mon coeur. Tu l'entend battre ? Allez respire.)
- Papá, no podrás vencerle. Va a quemarte. Ya lo ha hecho!
(Papá, Tu ne pourras pas le vaincre. Il va te brûler. Il l'a déjà fait !)
- ¿Crees que soy débil, Jallen? lui demanda doucement Stiles pour le calmer. Le faire sentir en sécurité était son but premier. Pour ce qui était de la vision que le jeune oracle venait de voir, il savait déjà ce qu'il en était avec Lydia.
(Est-ce que tu penses que je suis faible, Jallen ?)
- No! no...
- Si alguien quiere mi muerte, o la tuya, o la de alguien de nuestro manada, lo exterminaré. Como en Venezuela, ¿Ok? Venga, respira Jallen, ten confianza.
(Alors si quelqu'un veut ma mort, la tienne, ou celle de n'importe quelle personne de notre meute, je l'exterminerais. Comme au Venezuela, Okay ? Allez, Respire Jallen, aie confiance. )
- Papá, ten cuidado, ella maneja los hilos. Va a prenderle fuego, como a la telaraña... Sa voix se faisait de plus en plus basse, preuve qu'il n'allait pas tarder à s'endormir, comme a chacune de ses prédictions.
(Papá, fais attention, elle tient les ficelles... Elle va y mettre feu, comme la toile...)
Quelques secondes plus tard, Stiles entendait le téléphone tomber par terre, Jallen étant lui même tombé dans un profond sommeil. Le brun poussa un soupir contrarié. Il aurait préféré être avec sa meute pour gérer le comportement de Jallen avec eux. Il était le mieux placé pour savoir que le jeune homme était rarement facile a vivre. Quand il se tourna pour rejoindre les autres, Derek l'attendait dans l'encadrement de la porte.
- Il va bien ? demanda-t-il de but en blanc.
- Ouais, il n'a rien. Peter ne sait juste pas s'y prendre, c'est la première fois pour lui.
- Mais qu'est-ce qu'il s'est passé au juste ?
- Tu te souviens quand j'ai présenté Jallen en disant qu'il avait des dons de voyance, tout à l'heure ?
- Hm. Ouai. Je m'en souviens. Il parut désorienté et posa enfin sa question : ... C'est "une" banshee ? Il a eut la même vision que Lydia ?
- Un oracle, plus précisément. Ajouta le jeune homme. C'est le descendant d'une sibylle. Quand il a été mordu, les pouvoirs de son ancêtre se sont réveillés en même temps que ceux des loups garous. Le problème, c'est qu'être oracle, c'est normalement à plein temps et dans un silence des plus religieux. En tant que demi-loup garou, ce genre de calme est impossible. Alors ses divinations sont juste très très violentes.
- Eh bien, je commençais a croire que tu avais avalé un morceau de ta langue par mégarde.
- Tellement de gentillesse, Derek. ironisa Stiles en levant les yeux au ciel.
- Ça aussi, je pensais que tu l'avais perdu. sourit l'aîné.
Voyant Stiles qui cherchait Lydia du regard dans l'entrée, Derek lui apprit que Scott et Malia l'avaient emmené dans leur voiture pour la laisser rentrer chez elle. Le brun vit alors Isaac s'approcher de lui.
- Scott préfère que tu restes chez Derek. C'est plus prudent, surtout avec ce qu'il vient de se passer. Tu seras en sécurité ici.
- Je sais aussi me défendre, fit remarquer Stiles. Mais bon, je vais pas m'enfuir non plus.
Un malaise s'installa sur les traits d'Isaac et Stiles comprit qu'il faudrait bien plus de temps avant que la meute de Scott ne comprenne vraiment qu'il était un alpha, même sans sentir le loup-garou. Il salua Cora d'un geste de la main et Derek et lui regardèrent les derniers invités quitter la pièce.
- T'es bien calme pour une personne qui viens de recevoir deux menaces de morts imminentes.
Le silence que laissa passer Stiles en ignorant sa question disait clairement que ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait. Il changea alors de sujet :
- Je ne comprend pas vraiment comment on en est arrivés là. Déclara Stiles d'un air circonspect.
- Scott n'a pas dit qu'il préférait t'avoir sous la main ? demanda Derek en rangeant les affaires éparpillées sur la table.
Lors des réunions, c'était souvent Derek qui devait s'occuper de tout remettre en ordre. Aux yeux de l'ex alpha, c'était un mal pour un bien : les gamins venaient chez lui et lui donnaient de leurs nouvelles, lui qui n'osait jamais en demander. Il pouvait bien ramasser leurs crasses quand ils venaient chez lui. Stiles était figé depuis quelques minutes, tapant sur son téléphone. Dés qu'il eut envoyé quelques messages a Elisabeth a propos du camping et de la situation de Jallen, il vint aider Derek à ranger la salle a manger. Quand l'invité reprit la parole, Derek était en train de rassembler les verres a bière sur son coin de table pour essayer d'en prendre le plus possible dans les mains, évitant de faire cinquante allez-retours. A son opposé, Stiles empilait les assiettes.
- J'étais pas forcément obligé de dormir au loft. marmonna Stiles en vidant les restes dans un plat. La maison de mon père est également sur le territoire de Scott. J'aurais pu séjourner chez lui. Mon père va me tuer s'il apprend que je suis passé à Beacon Hills et que je n'ai pas dormi chez lui.
- Pour tout t'avouer, je suis a peu près certain que Scott n'a pas encore réalisé que tu étais vivant. Il doit penser que s'il te laisse partir, tu vas disparaitre pour de bon.
- C'est pas commun pour un mort de remuer, pourtant.
- Stiles, s'arrêta Derek avant de le fixer droit dans les yeux, extrêmement sérieux. Est-ce que tu comptes me raconter, au moins à moi, ce qu'il s'est vraiment passé pour que tu t'exiles pendant trois ans ? Et ce qu'il s'est passé durant ces trois années là ?
- J'essayerais, au moins. lui sourit Stiles avec un air gêné. Je te dois bien ça, hein ?
3 ans plus tôt, dans la petite ville de Beacon Hills,
Au début des événements de la cinquième saison,
Dans une salle de classe du lycée.
Stiles fronça le nez, fixant le tableau avec un certain dégoût. Ils étaient en cours de mathématiques et la nouvelle professeure du lycée était aussi accueillante qu'une porte de prison. C'était un des seuls cours où il était séparé de ses amis, étant donné qu'ils bossaient tous assez dur pour être dans le groupe des plus forts. A part peut-être Malia qui prenait des cours de rattrapage complètement différents. Lui, il faisait partie du juste milieu. Ni bon, Ni mauvais, il ne mettait juste pas le cœur à l'ouvrage et ses notes le montraient bien. Il pourrait être meilleur, mais il n'avait pas envie de fournir plus d'efforts pour une matière qui ne l'intéressait pas. En temps voulu, il savait faire des calculs et ça lui était amplement suffisant. En plus, comme ils étaient à moins de trois semaines de la fin du lycée -les épreuves se faisant plus en amont, il restait toujours quelques jours de cours avant d'atteindre les vacances- et qu'il était certain d'avoir eu son diplôme, il ne faisait plus vraiment attention aux heures. Là encore, il n'écoutait pas la correction du devoir qu'ils avaient fait il y a une semaine, se contentant de dessiner des nuages et des maisons minimalistes sur un coin de page, écoutant distraitement tout ce qui se passait dans sa tête.
- C'est bon, t'es pas obligé de me décrire une scène d'horreur. Finit-il par lâcher alors que personne ne lui parlait dans la classe.
- Mais t'y es pas du tout, Stilounet. Là, c'est un repas de rêve ! Répondait cette fameuse voix.
Personne ne pouvait entendre celle-ci, et pour cause : c'était une chose qui ne vivait et ne parlait que dans sa tête. Si on n'avait jamais été fervent défenseur de l'occulte et du surnaturel, on aurait pu dire qu'il était fou, schizophrène et qu'il avait plus sa place à Echen House que dans l'équipe de crosse du Lycée de Beacon Hills. Mais quand on avait un loup garou en guise de meilleur ami et que notre premier crush pouvait tuer quelqu'un en criant, on se disait juste qu'on était différent.
- Bah oui, des cerfs égorgés, des chats au barbecue, une bouftaille de roi, tout ça ! répondit sarcastiquement Stiles en se souvenant de tout ce qu'avait énuméré la bête dans sa tête.
Une bête, parce que s'en était une, qui aimait particulièrement les banquets de gibiers en pleine forêt où les mots « assiette » « couverts » et même « table » n'existaient pas. Bref. Une bête sauvage squattait son cerveau en lui vantant les bienfaits d'une cuisse de biche fraîchement tuée.
- C'est sûr que toi et ta salade césar, à côté ... maugréa l'animal face au peu d' enthousiasme que laissait paraître son hôte.
- Ne juge pas les légumes, Elle. Les légumes sont tes putains d'ancêtres. J'suis certain que les loups garous sont des mutants dû à l'ingestion d'un champignon mal fagoté.
Elle était son prénom, un surnom, plutôt. Il y a quelques semaines, au détour d'une conversation où Stiles ne connaissait et n'acceptait pas encore la présence de quelqu'un d'autre dans sa tête - c'est qu'il ne payait ni loyer ni taxe d'habitation, ce bougre-, le sujet du « qu'est-ce que t'es ? » fut abordé.
Ce fut assez comique. D'une part, parce que la bête était assez complémentaire à Stiles sur leur caractère pour le faire tourner en rond et le piéger, et d'autre part, parce que même Elle n'était pas sûr de savoir ce qu'il était. Tout ce que Stiles savait, c'était que Elle était un loup. A la base, il vivait dans la vraie vie, même qu'il avait un corps, de la fourrure et qu'il grognait pour parler. Et un jour il s'était réveillé dans sa tête, enfermé dedans depuis maintenant des années.
Avant, Stiles ne l'entendait et ne le voyait pas. Puis, avec la conscience du surnaturel qui était arrivée avec la morsure de Scott, le loup y avait trouvé une brèche et avait tenté de se faire entendre, d'affirmer sa présence. La première fois qu'il l'avait sentit c'était grâce a Peter, la deuxième fois à cause du Nogitsune et la première fois qu'il comprit que la chaise qui bougeait dans sa chambre n'était pas seulement dû a ses névroses d'hyperactif, c'était le soir de l'épidémie au lycée. Et pour cause. Ce jour là, il parla pour la première fois avec un loup qui vivait dans sa tête ( et qui lui avait -un peu- sauvé la vie ).
A la fin de leur discussion, la bête fut appelée « Esprit Lupin ». Car c'était un loup, mais n'ayant pas de corps physique, il ne pouvait qu'être un esprit hantant le corps et la tête de Stiles. « Elle » était le diminutif qui prenait les deux mots en un seul sigle. C'était également un moyen détourné de rabaisser la virilité de l'animal de la même manière que le loup lui attribuait tous les surnoms affectifs les plus idiots du monde.
Trouver un nom à ce loup avait été une des plus grandes priorités de Stiles -après le régime de son père-. Jusqu'à aujourd'hui, il n'en avait pas trouvé qui collait à l'image de l'animal. Souvent, il parcourait des sites de femme enceintes pour trouver la perle rare. Et si Elle avait été réticent au début - quel loup voudrait d'un nom ? il n'était pas un chien ! - , il avait finit par comprendre la démarche du fils du shérif :
L'affection. Il ne voulait pas rabaisser la bête. Il voulait lui donner une identité. Parce qu'il l'appréciait. D'une certaine manière, même s'ils ne se parlaient vraiment que depuis un ou deux petits mois, Elle était la seule « personne » à comprendre tous les non-dits dans les actions de Stiles. Il le comprenait vraiment, même s'il n'était pas toujours d'accord. Et pour cause : il vivait dans sa tête. Alors il voulait donner un nom, une importance a cette personne.
- Ta voisine a peur de toi, Stilimignon. Tu parles trop fort. Fit remarquer Elle avec un ton goguenard.
- Oh c'est bon, ta gueule. Je pourrais très bien t'ignorer comme d'habitude et te laisser parler aux murs de mon cerveau comme à toutes les autres heures de cours.
- Oh non, pitié. J'ai vraiment pas envie d'écouter un cours de mathématiques.
- Comme si je pouvais l'écouter pendant que tu récites tes putains de poèmes à la con.
- Hey ! n'insulte pas Baudelaire, c'est aussi un de tes ancêtres !
Elle est français. Un loup sauvage pure race. Il n'a connut aucun zoo, aucun croisement dans sa lignée. Pas même une courte captivité. Mais un loup qui connaissait quand même Baudelaire. Avant de se retrouver dans le corps de Stiles, il ne savait pas lire. Mais quand sa meute d'antan passait proche des chaumières d'un village des Pyrénées, il écoutait souvent aux portes. Il n'a plus beaucoup de souvenirs de sa meute mais parfois, il chantonne, proclame et récite des textes qu'il a entendu lorsqu'il passait à côté d'une salle d'école. D'un coup, il peut se mettre à hurler une déclaration de guerre ou un discours qui l'a marqué dans son ancienne vie. Le peu de souvenirs qui lui reste de cette partie de son existence les ont tous les deux amenés à la conclusion qu'il avait vécut vers les années 1870, après l'époque de la bête du Gévaudan, avant la mort de Baudelaire et surtout durant la guerre franco-prussienne.
- Avec le peu de chance qu'il avait dans sa vie, c'est surement Baudelaire qui a mangé ce putain de champignon pendant qu'il écrivait les Fleurs du mal.
- Mmmh. Sacré bouftaille. Maugréa la voix dans sa tête. Elle, en tant que carnivore, avait une aversion totale envers tout ce qui était vert, végétal et non sanglant.
- Qu'est-ce qu'il y a, Elle ? Tu n'a pas envie de déguster de la fermentation comestible ? le taquina Stiles avec un sourire en coin.
- Pitié, tu me fais bouffer assez de radis pour que je fasse des cauchemars à leur effigie.
- Attend, tu peux rêver, toi ? demanda Stiles, soudain intéressé.
Il n'avait pas pensé à la possibilité qu'Elle puisse rêver dans sa tête. Il se demanda comment ça marchait mais il sentit vite l'agacement d'Elle dans son crâne. Quand il se posait trop de questions, le loup ressentait une étrange pression autour de lui et ça lui était désagréable. Un peu comme lorsqu'on attrapait de la fièvre, son corps s'engourdissait et ses idées n'étaient plus claires. C'est pour cela que les examens étaient une épreuve agaçante pour l'un comme pour l'autre.
- Bah bien sûr, tout le monde dort. Donc tout le monde rêve. Répondit la bête comme s'il était un idiot.
- Ouais. Enfin tout le monde ne vit pas dans la tête de quelqu'un d'autre.
- Ta binôme flippe sa mère, c'est drôle. Ricana encore l'esprit, savourant l'influence de sa non-présence dans le monde réel, tout en ignorant la remarque de son hôte.
Après tout, d'extérieur, Stiles parlait tout seul et ça avait de quoi faire peur à des tonnes de gens normaux. Surtout quand il parlait de Baudelaire, de champignons et de chats au barbecue. Il reçut un commentaire de sa professeure de Mathématiques alors qu'il ricanait tout seul. Le garçon en profita pour lâcher une remarque bien sentie sur la probable inscription de ce cours dans le registre des tortures modernes puis il retourna à son occupation première. C'est-a-dire déchiffrer le livre ancien qu'il avait déniché dans la bibliothèque du lycée. Il avisa d'abord les petites maisons au bic sur sa feuille et rajouta une fenêtre à l'une d'entre elles avant de vraiment se concentrer.
- ça serait plus facile de lire ce bouquin si une prof n'utilisait pas des mots comme "x" ou "diviser" en pénétrant dans mon espace vital. marmonna-t-il alors qu'il se focalisait en vain sur l'objet.
- Hey, si tu veux je peux couper tes sens. déclara Elle.
- Ouais, fait-ça. Mais prévient moi quand ça sonne. j'ai promit à Lydia de l'accompagner pour son shopping. Elle veut trouver un costume pour Scott, puisqu'il n'a pas les moyens de s'en acheter. ça serait con qu'il vienne en jogging pour la remise des diplômes.
- C'est un fait. Approuva le loup, amusé par l'image.
- Bon. Concentrons-nous. reprit Stiles d'un ton plus sérieux, alors que les sons autour de lui se coupaient pour n'être qu'un bruit de fond. Il sentit même sa voix disparaitre, pour seulement résonner dans sa tête.
Dans cette sorte de bulle d'insonorisation, Stiles ressemblait juste à une personne qui lisait attentivement un livre. Ses lèvres ne bougeaient pas d'un poil.
- Qu'est-ce qu'on sait sur Théo, déjà ?
- Qu'il sort de nulle part en prétendant vouloir être ton pote à toi et Scott.
- Et il est complètement différent du Théo que je connaissais étant petit.
- Il a clairement une odeur anormale. C'est un loup-garou, ok. Mais y'a clairement quelque chose qui cloche.
- Pas une cloche. je suis sûr que ça sonne creux dans sa tête.
- Ton humour se détériore de jours en jours, Stilette.
- Shhhht. Tout ça c'est ta faute. Donc on disait. Théo. Qui débarque en même temps que les médecins de l'horreur. Qui est clairement transformé. Et qui joue clairement un rôle.
- Pas plus étrange que Mr Douglass. nota Elle. Honnêtement, je ne sais pas lequel est le plus bizarre entre les deux.
- Tu vois des ennemis partout, Elle. Hier t'a eu peur de la prof d'anglais parce qu'elle s'est mouchée neuf fois durant le cours.
- C'était clairement suspect. réfuta le Loup en haussant les épaules.
- C'était un rhume.
- Suspect. répéta l'animal en plissant les yeux.
Sa voix fit sourire Stiles. Ils avaient presque le même caractère et c'était surement dû au fait qu'Elle vivait dans son cerveau depuis plusieurs années. D'une certaine manière, c'était comme un grand frère ou un jumeau qui vivait dans sa tête. C'était agréable et amusant. Jamais il n'aurait put pensé que ce genre de choses lui arriverait. Il était en cohabitation avec un loup et il était même, par définition, ce qui se rapprochait le plus du vrai loup garou. Comme la grande majorité de ses proches, il avait aujourd'hui la légitimité d'appartenir au monde surnaturel. Il était un peu comme eux, tout en étant diamétralement opposé. Et c'était grâce à Elle. Il n'avait eut besoin de l'aide de personne d'autre pour le devenir.
Hello !
Alors oui, j'ai modifié un peu la trame ( la saison 5 étant d'un charabia impossible avec tous les flashback à l'intérieur) En effet, dans la saison 5, normalement Théo apparaît après la terminale. D'ailleurs Stiles est stressé que tous ses amis partent à des endroits différents et qu'il ne gardent pas contact après les vacances. Mais j'ai décidé de faire arriver Théo juste avant la fin des cours ( durant le dernier mois ) pour qu'on comprenne bien comment Elle et Stiles ont fait connaissance durant les années de lycée.
Sur ce, qu'est-ce que vous pensez d' "Elle" ?
Ariadanae : Hehe j'espère que tu vas aimer les prochains, alors ! J'adore quand Stile est badass dans les fictions, alors quand j'aurais l'occasion, grrr je vais prendre mon pied ! Il va falloir être très patient pour cette scène, j'ai hâte de vous la faire lire c; La meule de Stiles aura son importance dans l'histoire, mais j'ai pas envie de vous bassiner avec l'existence de perso d'arrière plan trop impliqués... J'espère que j'arrive a peu près a doser les descriptions, je veux pas vous saouler avec eux. Et moi, j'ai hâte d'en écrire encore plus ! Merci pour tes encouragements et tes compliments, comme toujours ! x) Heureusement, avec la situation actuelle de la France, je vais avoir un peu de temps libre pour écrire ;)
Love-Fiction-2000 : Hello ! J'espère que ce chapitre a pu t'éclairer au moins sur la chronologie de l'histoire. Normalement, a partir de maintenant les chapitres seront beaucoup plus centrés sur le Stiles d'avant ( c'est à dire dans l'ordre chronologique) alors j'espère que ça t'aidera à t'y retrouver. Si t'as des questions sur un événement ou un personnage en particulier, n'hésite pas ! ;) Je suis contente que le prologue t'ai plu, c'est une scène clef... alors j'espère que la suite te plaira aussi !
