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Chapitre 28

Dans l'avenir gris comme une aube incertaine,

Quelqu'un, je le crois, se souviendra de nous,

En voyant brûler sur l'ambre de la plaine

L'automne aux yeux roux.

Pour une, Renée Vivien

Andrew Wilkes était penché sur sa lunette astronomique. Au-dessus de lui, le firmament d'un noir d'encre était constellé d'étoiles que ne venait cacher aucun nuage : c'était une parfaite soirée d'observation. Il interrompit son étude du ciel pour griffonner sur son parchemin déjà noirci d'inscriptions. Le devoir d'Astronomie qu'il devait rendre était long et fastidieux mais cela lui occupait l'esprit -il avait toujours besoin de s'occuper l'esprit. Il jeta un coup d'œil à la fille à côté de lui. Elle le regardait faire en silence, ses cheveux blonds encadrant son visage innocent, ses yeux brillant d'un éclat un peu triste et vague qu'il connaissait par cœur malgré la pénombre.

Vague.

C'était la meilleure façon de décrire l'étrange lueur qui s'allumait régulièrement dans les yeux d'Aidlinn Rowle, comme si elle se réveillait soudainement d'un rêve et qu'elle ne savait pas ce qu'elle faisait vraiment là.

-Tu ne parles pas beaucoup, pour quelqu'un qui souhaitait m'accompagner, dit-il avec un clin d'œil qu'elle ne vit pas.

-Je ne veux pas te déranger.

Plus tôt dans la soirée, il avait prévenu ses amis qu'il se rendait à la tour d'astronomie pour terminer son exposé sur la constellation de Cassiopée. A sa grande surprise, Aidlinn s'était levée et avait déclaré qu'elle l'accompagnait. Andrew avait essayé d'ignorer le regard jaloux qu'Isaac avait posé sur lui – après tout, ce n'était pas sa faute si les deux Rowle n'étaient pas très proches.

-Tu me fais penser à Henrietta, reprit Andrew.

Devant le silence sceptique d'Aidlinn, il expliqua en rigolant :

-C'est plutôt un compliment. De mes cinq sœurs, c'est elle la plus douce.

-Je n'ai pas vraiment envie d'être douce.

Il haussa les épaules devant le ton catégorique d'Aidlinn.

-Ce n'est pas plus mal de l'être, tu sais. Tu n'es pas obligée de finir comme Bellatrix ou Narcissa, je veux dire.

Lui-même n'appréciait ni Bellatrix et ses excentricités, ni Narcissa avec sa politesse et son sourire sans chaleur. Il les côtoyait aux réceptions, leur adressait quelques paroles aimables, mais saisissait la moindre occasion pour s'éloigner d'elles. Il imaginait avec peine son ami Rodolphus épouser Bellatrix ; Rodolphus avait beau être une personne réservée et hautaine, il avait déjà démontré posséder un large panel d'émotions inconnues de Bellatrix. Aidlinn ne répondait rien alors il reprit son étude et l'oublia un moment. Peut-être avait-elle besoin de passer un peu de temps sous les étoiles. Lui-même adorait venir ici et chasser l'ennui ou bien l'anxiété qui le saisissait quand il réfléchissait trop.

L'ennui.

Tout avait commencé avec lui. Andrew se considérait comme un être optimiste, conciliant et surtout très curieux. De tous les septième année de Serpentard, il était celui qui s'entendait avec le plus de monde. Il se demandait parfois pourquoi le Choixpeau l'avait placé à Serpentard plutôt qu'à Serdaigle ou à Poufsouffle – peut-être qu'il avait finalement certaines prédispositions qu'il refusait de voir. Quand il avait rencontré Evan, Isaac et Rodolphus en première année, il avait été fasciné. Lui qui avait toujours glissé dans une existence légère et facile s'était retrouvé au milieu de ces futurs mages noirs, ces enfants aux regards déjà graves et défiants. Il n'était même pas de sang-pur – sa famille comportait des sang-mêlé – mais ils avaient fini par l'accepter. Il avait rejoint l'élite que ses parents ne connaîtraient jamais, il allait accomplir de grandes choses par lui-même. Et surtout, surtout, il ne s'ennuyait plus autant qu'avant. Il n'avait plus besoin de commettre de pitreries pour vivifier son existence ordinaire, il lui suffisait de penser à la guerre pour se sentir à la fois débordé et extraordinaire.

-Elles ne te manquent pas, tes sœurs ?

Andrew cligna des paupières, sorti de ses réflexions.

-Si, assurément. Mais elles sont bien mieux à Beauxbâtons qu'ici, du moins c'est ce que disent mes parents. Et de toute façon, elles m'envoient des lettres toutes les semaines.

Il sourit à la pensée de ses terribles petites sœurs. Elles étaient épuisantes, incorrigibles, chamailleuses ; elles lui envoyaient chacune une lettre par semaine, détaillant du mieux que possible tous les évènements de leur scolarité et boudaient si elles n'obtenaient pas toutes une réponse personnalisée. Et pourtant, il les aimait et c'était aussi pour elles qu'il se battait pour un monde meilleur. Il ne supportait plus de les voir vivre dans le petit univers étriqué qui était le leur.

-Je ne pense pas qu'Isaac aimerait que je lui écrive des lettres toutes les semaines, l'année prochaine, songea tout haut Aidlinn.

Andrew eut beau réfléchir, il dut admettre qu'il n'avait aucune idée de la façon dont Isaac réagirait si cela devait advenir.

-L'année passera vite, assura-t-il. Si j'avais le choix, je resterais un an de plus aussi.

Il devinait qu'elle appréhendait leur départ autant qu'il angoissait à l'idée du sien. D'une certaine façon, ensemble au sommet de cette tour alors que le reste du monde semblait les avoir oubliés, cette peur commune les rapprochait.

-Et tes parents ? poursuivit Aidlinn.

-Mes parents ?

-Qu'est-ce qu'ils pensent de… Enfin, tu sais bien. La guerre. Les sang-pur.

Andrew avait compris mais il s'autorisa à méditer.

-Ils sont de notre côté, j'imagine. Je n'en ai jamais vraiment parlé avec eux. Ils ne soutiennent pas les moldus, si c'est que tu veux savoir.

Andrew hésita à reprendre son observation, s'interrogeant sur le point auquel Aidlinn voulait en venir, mais tout bien considéré, elle ne semblait vouloir en venir nulle part. Il se relâcha, soulagé ; il avait toujours tendance à être un peu sur la défensive quand on lui parlait de son ascendance.

-Comment c'était ? Quand tu as reçu ta marque.

-Eh bien, commença-t-il, un peu désarçonné par la brutalité de la question. C'était assez intimidant, je dirais.

Lui d'habitude si bavard venait ici économiser ses mots.

-Pourquoi personne ne veut en parler ?

-C'est que ce n'est pas facile à décrire. Je pense qu'il faut le vivre pour comprendre. Tu verras quand ce sera ton tour.

Aidlinn sembla se redresser à ses paroles et il se demanda ce qu'il avait bien pu dire. Sa voix vibra d'espoir quand elle demanda :

-Tu le penses vraiment ? Tu penses que je serai conviée à le rejoindre ?

-Je ne vois pas pourquoi tu ne le serais pas.

Elle lui offrit un sourire qui perça les ténèbres et le fit sourire aussi. C'était vraiment dommage, songea-t-il, qu'Aidlinn n'eût pas une famille plus attentive. Il sentait qu'elle manquait cruellement de confiance en elle. Et il avait vu comme Rosier profitait de la situation, faisant d'elle son pantin préféré. Peut-être n'étaient-ce pas ses affaires, mais il souhaitait donner une chance à cette fille.

-Tu devrais croire davantage en toi, dit-il tout de même. C'est à toi de choisir qui tu veux devenir.

-Tu ne crois pas au destin ?

-Absolument pas. Et même si ça existait, je pense que ce serait quand même bien plus amusant de ne pas y croire.

Voyant qu'elle demeurait silencieuse, il reprit, devinant ce qui la taraudait :

-Tu sais, si tu ne voulais vraiment pas participer à cette guerre, tu pourrais partir. Partir loin, à l'étranger - aux Etats-Unis peut-être ? Tu n'as aucune obligation, tu ne portes pas la Marque, tu ne dois rien à personne. Je te promets que je ne te détesterais pas. Je ferais semblant pour être comme tout le monde, mais au fond de moi, je ne t'en voudrais pas.

Aidlinn ne dit rien mais son sourire timide brillait de gratitude, comme s'il l'avait soulagée d'un poids devenu trop lourd à porter, comme s'il lui avait permis d'espérer.

oOo

Quand Andrew rentra à son dortoir, il eut la surprise de trouver Rosier assis sur son lit, occupé à fouiller dans sa valise.

-Te voilà rentré ! Ça devenait long sans toi.

Evan se redressa et lui offrit un sourire ironique.

-A t'entendre, on croirait que je rentre de vacances.

-Echapper à deux cours de McGonagall, c'est déjà des vacances.

Rosier grimaça mais n'ajouta rien. Il se leva et rangea son bagage à sa place initiale au bout de son lit, puis entreprit d'enlever son pull. Andrew ne put que remarquer l'épais bandage qui couvrait encore ses côtes. Une fois changé, le jeune homme se tourna vers lui.

-Tu étais à la tour d'Astronomie, non ?

-Oui, avec Aidlinn.

Il avait anticipé la question suivante de Rosier. Si celui-ci lui parlait de son escapade, c'était seulement car Aidlinn l'accompagnait. Andrew était curieux et observateur de nature, il aurait donné cher pour savoir ce que son ami cherchait.

-De quoi vous avez parlé ?

Evan l'observait fixement, ses yeux semblant le découper sur place. Andrew haussa les épaules, déstabilisé par l'attitude de son ami.

-De rien en particulier. Elle voulait juste un peu de compagnie.

Finalement Rosier se détourna dans un grognement méprisant pour ranger les affaires qui étaient sur son lit et Andrew ne put retenir la question qui lui brûlait les lèvres :

-Qu'est-ce qu'elle a cette fille, à la fin ? Je ne t'ai jamais vu amoureux et je sais que tu ne l'es pas, mais si tu crois que je n'ai pas remarqué comme tu lui tournes autour…

Evan suspendit son geste et se retourna lentement vers Andrew, le visage impénétrable :

-Elle fait partie de notre groupe, nous devons prendre soin les uns des autres.

-Je n'aurais jamais cru que ce serait toi qui dirais ça un jour…

Son compagnon haussa les épaules et Andrew reprit :

-Tu sais que tu peux tout me dire, Evan ? Je veux dire, si jamais tu avais besoin de parler, sur ton absence ou autre…

Le jeune homme se retourna et ses yeux bruns et froids le traversèrent. Il finit par sourire mais aucun sentiment n'éclairait ses yeux :

-Bien sûr que je sais que je peux compter sur toi, Andrew.

Et leur discussion s'arrêta là. Les deux garçons se mirent au lit. Rodolphus les rejoignit plus tard, arguant qu'il avait passé trop de temps à lire et déclarant qu'Isaac devait être en train de « rôder dans le château en compagnie de la fille », ce qui eut le mérite de faire beaucoup rire Andrew. Rodolphus mettait un acharnement admirable à désapprouver les liaisons de ses amis et même Evan, qui n'hésitait pas à montrer son désintérêt croissant quand le sujet s'orientait sur la gent féminine, était loin d'égaler Lestrange quand il s'agissait de moraliser les autres. En effet, l'aîné des Rowle rentra après une heure du matin, l'esprit embrumé par l'alcool et réveillant ses camarades en allumant les bougies et en se cognant contre sa commode.

-Éteins cette lumière, grogna Evan en mettant sa tête sous l'oreiller.

-Où tu étais ? demanda Andrew en se redressant.

Il était de moins mauvaise humeur que les autres malgré ce réveil soudain.

-Pas loin, marmonna Isaac d'une voix pâteuse en s'asseyant sur sa couchette.

Il essayait maladroitement de délacer ses chaussures.

-T'étais encore avec elle ? insista Andrew.

-Qu'est-ce que ça peut faire ?

-Ça fait que tu ne te concentres ni sur tes études, ni sur les affaires du Maître quand elle est là, les coupa Rodolphus.

Isaac se redressa difficilement en s'appuyant contre un des piliers de son lit à baldaquin, ses yeux habituellement gris vif étaient flous et brouillés.

-T'es juste frustré car t'as personne à baiser à part Bella, Rod'. Alors ton avis, mets-le-toi où je pense.

Lestrange se redressa sur son matelas en fronçant exagérément ses gros sourcils, lui donnant un air d'oiseau de proie.

-Tu devrais boire moins Isaac, l'alcool ne te réussit pas.

-J'ai rien bu, laisse-moi tranquille, putain !

Il avait donné un coup de pied dans le flanc de son lit, faisant trembler l'ensemble du meuble. Andrew décida qu'il était temps d'apaiser les esprits.

-Eh Isaac, pourquoi tu ne nous raconterais pas ce que vous avez fait avec Melyna ? Ça devait être sympa.

Le garçon se détendit en souriant d'un air malicieux et partit s'asseoir sur sa couche.

-Rêve Andrew, t'as qu'à te trouver une copine.

Rodolphus émit un grognement dégoûté qu'heureusement Isaac n'entendit pas. Le silence se fit épais et lourd alors que les garçons s'endormaient. Il était amusant de constater qu'aucun d'eux ne ronflait. La dernière pensée d'Andrew fut qu'un sommeil peuplé de cauchemars était un trop grand prix à payer pour dormir sans bruit.

oOo

Le lendemain matin, Andrew buvait un thé en assistant avec amusement aux regards noirs que se lançaient Isaac et Rodolphus, séparés par la lourde table des Serpentard.

-Vous n'avez pas bientôt fini ?

-Il m'a insulté, j'attends ses excuses, rétorqua Lestrange en faisant comme si Rowle n'était pas là.

-Je n'ai dit que la vérité, je n'ai rien à me reprocher, répliqua aussitôt Isaac. J'en ai assez de ses leçons débiles.

Andrew chercha à capter l'attention d'Evan qui remuait son café d'un air absent, le regard plongé dans un vieux manuscrit, mais abandonna rapidement. Rosier ne verrait sûrement pas l'intérêt de s'immiscer entre les deux garçons. En fait, il semblait ne s'intéresser qu'à ce qui le touchait personnellement, contrairement à Andrew, qui adorait se mêler de ce qui ne le regardait pas.

-Je me disais qu'on aurait pu recommencer à s'entraîner entre nous, reprit-il pour changer de sujet. Ça avait bien marché l'année dernière.

Avery, qui jusque-là n'avait rien dit mais avait prêté l'oreille avec attention, leva la tête avec un vif intérêt.

-Je suis d'accord avec Andrew. Il y a quelques sorts que j'aimerais bien maîtriser.

Evan leva les yeux de son livre, sondant Edern d'un regard attentif. Ce dernier lui offrit un sourire carnassier en retour.

-Pourquoi pas, finit par dire Rosier. C'est une bonne idée de s'entraîner.

-Melyna pourrait venir, suggéra Isaac. Après tout, elle porte la Marque, elle aussi.

Il avait chuchoté ces derniers mots en jetant des regards suspicieux autour de lui. Rodolphus émit un grognement sceptique, mais ne s'y opposa pas.

-Quand est-ce que tu nous raconteras ce que tu as fait durant ton absence ? demanda Isaac en se tournant vers Rosier.

Le garçon plissa les lèvres mais répondit :

-On en parlera ce soir.

Les autres acquiescèrent, satisfaits. Ils prenaient le pain qu'Evan leur tendait sans se poser de questions et cela attrista Andrew.

En fin d'après-midi, ils se réunirent dans la salle sur demande. La salle avait pris des allures de salon confortable avec ses immenses canapés rouges aux coussins garnis, ses repose-pieds placés stratégiquement, sa cheminée au généreux feu factice et son épaisse moquette. Avery et Mulciber étaient placés d'un côté du demi-cercle, un peu écartés de Roldolphus. Aidlinn s'était pelotonnée non loin d'Andrew, qui était flatté de cette marque de confiance, et elle évitait de regarder en direction des sixième année. A l'autre extrémité de l'arc de cercle fumaient Isaac et Evan.

-Personne n'a vu Severus ? demanda poliment Andrew.

Le cinquième année lui faisait un peu pitié à montrer autant de bonne volonté et à se voir rejeté simplement car Evan ne l'aimait pas beaucoup.

-Il doit encore être fourré au club de potions, ricana Avery.

-Peu importe, il n'est pas obligé d'entendre ça, trancha Evan. Je suis d'abord allé à l'enterrement de mon père, commença Rosier.

Il fit une pause, inspirant une bouffée de son cigare comme pour se donner la force de continuer. Andrew chercha une trace de chagrin ou de faiblesse sur le visage de son ami, mais n'en trouva pas.

-Il n'y avait pas autant de monde qu'on pourrait le croire, ma mère voulait quelque chose de privé. Enfin passons, quand je suis rentré chez moi, ma mère m'a montré les souvenirs que mon père avait laissés avant de mourir. Le seigneur des ténèbres avait confié une mission à mon père.

-Quel genre de mission ? le coupa Avery.

-Mon père était à Londres quand il a été pris dans une embuscade. Ce n'étaient pas les aurors du Ministère, non, c'était l'Ordre du Phénix.

Andrew sentit Aidlinn se redresser à la mention de l'Ordre et il se demanda ce qu'elle savait là-dessus.

-Ils ont essayé de le capturer vivant, mais mon père n'était pas de ce genre-là, comme vous le savez…

Cette fois, Rosier fit une pause plus longue, son regard résolument fixé sur la petite table de bois au milieu des canapés.

-Quoiqu'il en soit, il a clairement identifié son agresseur avant de réussir à s'enfuir. Quelqu'un qu'il côtoyait régulièrement pour ses affaires à Londres. Barnabas Nightingal.

Les autres poussèrent des exclamations de surprise.

-Alors, son meurtre dans le journal, c'était toi ? demanda Andrew, éberlué. J'avoue que je n'y avais pas pensé.

-Je n'aurais jamais deviné que cet idiot faisait partie de l'Ordre, renchérit Isaac. Il n'arrêtait pas de faire de la lèche à mon père.

-Il n'en fera plus à personne en tout cas, maintenant, rigola Avery avec une expression extatique.

-Je n'allais pas laisser ce crime impuni, se justifia Evan. Mon père m'avait laissé une lettre dans laquelle il me demandait de le tuer.

Il y eut une pause gênée. Malgré les méfaits qu'ils avaient déjà commis, aucun d'eux n'était encore habitué aux atrocités qu'ils devaient perpétrer et Evan les impressionnait. Andrew se demanda quel genre de père il fallait être pour demander à son fils de risquer sa vie à venger sa mort en pleine guerre au lieu de simplement lui donner sa bénédiction.

-Quelqu'un voudrait bien expliquer ce qu'est l'Ordre du Phénix ? intervint Aidlinn.

-C'est une organisation secrète qui essaie de s'opposer à l'ascension du Maître, expliqua Rodolphus. On ne sait pas qui en fait partie, mais il semblerait qu'elle contienne Albus Dumbledore. Ils défendent les nés-moldus, les moldus et les traîtres-à-leur-sang.

-C'est surtout contre eux qu'on se bat, ajouta Isaac, désireux d'aider lui aussi sa sœur, même maladroitement. Une fois qu'ils seront détruits, le Ministère tombera.

Ils se turent tous, essayant d'imaginer ce jour béni où, enfin, ils vivraient dans un monde gouverné par les sorciers légitimes. Andrew espérait que ce jour viendrait vite, il n'avait pas envie de passer son existence à se battre.

-Maintenant, vous savez, termina Evan d'un air sérieux.

-T'as tué la petite aussi, ne put s'empêcher de commenter Andrew.

Il avait essayé de masquer le ton de reproche qui perçait dans sa voix, en vain. Evan le jaugea, une lueur de défiance dans les yeux, mais son timbre était égal quand il répondit.

-Je ne pouvais prendre aucun risque.

-Tu ne penses pas qu'ils pourraient remonter jusqu'à toi ? demanda Rodolphus.

-Aucun risque. A part l'Ordre, tout le monde croit que mon père est mort de causes naturelles. Et ma mère a dit à tout le monde que j'étais resté avec elle.

-Ta mère sait ce que tu as fait ? s'exclama Mulciber.

Pour lui, les mères n'étaient pas censées s'occuper de ce genre de choses.

-Évidemment, qu'est-ce que tu crois ? Elle m'a encouragé à le faire.

Il avait presque une expression dégoûtée, comme si lui-même saisissait l'anormalité de la situation. L'espace d'un instant, Andrew eut pitié d'Evan. Des parents normaux n'auraient pas voulu mettre en danger leur fils de cette façon. Il se demanda si, avec Mulciber, il était le seul à avoir une famille aimante et attentionnée. Ses amis semblaient poussés par la folie de leurs parents qui ne les aimaient pas autant qu'ils aimaient leur cause ou leur nom. L'espace d'un instant, il oublia pourquoi il se trouvait ici.

-Il est presque l'heure, j'ai apporté les crapauds, dit Isaac en tapotant une grosse boîte posée sur le canapé à côté de lui.

-Pas un mot de tout ça à quiconque, reprit sévèrement Evan. Pas même à Melyna ou à Severus.

Tout le monde acquiesça. Isaac s'agita.

-Je peux aller lui ouvrir maintenant ?

-Le sujet est clos, acquiesça Rosier.

Isaac se leva prestement et alla ouvrir précautionneusement la lourde porte de bois, jetant des regards méfiants à l'extérieur. Quelques secondes après, entraient Melyna Moon et Severus Rogue.

-J'ai trouvé Severus sur le chemin, expliqua joyeusement la nouvelle venue.

Rogue arborait un air blasé, comme si subir la présence de Moon avait épuisé toute sa patience. Andrew sourit à cette image et se leva en se frottant les mains.

-Par quoi on commence ?

-Le sortilège d'Imperium, annonça Evan.

Isaac ouvrit la boîte, distribuant des crapauds.

-Je les ai piqués en classe de métamorphose, expliqua-t-il. Si je les remets avant demain, elle ne s'apercevra de rien.

-On va commencer avec des animaux, ce sera plus simple, décida Rosier. On a qu'à former des équipes de deux ou trois.

Isaac se mit avec Melyna, Rosier avec Mulciber, Rodolphus avec Aidlinn. Andrew s'approcha de Rogue et Avery avec l'idée que les prochaines heures seraient épuisantes. Les deux garçons ne s'appréciaient pas spécialement. Wilkes, qui aimait bien Rogue, ne comprenait pas l'acharnement d'Edern.

-Venez les gars, on va se mettre là-bas.

-Super, on a le petit Severus pour s'entraîner, persiffla Edern.

Le « petit Severus » n'était pas si petit, songea Andrew avec amusement. Il était probable qu'un jour Avery regretterait de ne pas avoir été plus gentil avec ses camarades – il comptait un nombre incalculable d'ennemis à Poudlard. C'était impressionnant qu'il ne se fît pas davantage provoquer dans l'école.

Rogue n'accorda cependant aucune attention à l'autre Serpentard et se concentra sur les explications de leur enseignant provisoire. Andrew lui-même adorait expliquer aux plus jeunes, il se disait parfois qu'il pourrait être professeur, une fois la guerre finie.

-N'oubliez pas que vous devez vouloir dominer l'autre, lui imposer votre volonté. Il ne faut pas se contenter de prononcer la formule.

Il lui avait fallu à Andrew longtemps pour maîtriser ce sort – bien plus qu'à ses camarades – car étant d'une nature indépendante et libre, il détestait enjoindre aux autres de ce qu'ils avaient à faire autant qu'il détestait qu'on lui donnât des ordres à lui. Néanmoins ce sortilège était un incontournable pour les Mangemorts et il avait dû s'y habituer. Il observa Avery et Rogue s'exercer sur leurs batraciens. Edern semblait plus intéressé à se moquer de Severus qu'à effectuer l'exercice alors que Rogue démontrait une concentration et une force morale admirables.

-Edern concentre-toi ou Severus va réussir avant toi, menaça Andrew.

Ses paroles eurent l'effet escompté. Avery se détourna d'un air dégoûté pour essayer de faire faire des bonds à son crapaud. Sa nature cruelle lui donna l'avantage : il fut le premier des apprentis à réussir à imposer sa volonté à la petite créature, au bout de seulement une heure. En riant, il la fit sauter sur Rogue, qui recula en pestant. Malgré les persécutions d'Edern, Rogue fut le deuxième à rencontrer l'esquisse d'un succès. Son crapaud avait cessé de déambuler d'un air affolé pour rester sage et attentif, sautillant même vers le sorcier quand celui-ci inclinait sa baguette.

Andrew regarda autour de lui. Rosier expliquait à grands renforts de gestes quelque chose à Mulciber. Isaac flirtait avec Melyna, qui avait facilement réussi à faire sauter son crapaud sur le canapé, mais cela n'étonnait pas Andrew – après tout, Moon portait déjà la Marque et était une bonne sorcière.

Plus loin, Aidlinn fixait son batracien d'un air découragé sous la surveillance patiente de Rodolphus. Ses yeux ne cessaient de dévier vers Isaac, qui ne lui accordait aucune attention.

-Je reviens, continuez comme ça, c'est très bien, dit Andrew à Rogue et Avery.

Il se dirigea vers Aidlinn.

-Rod', pourquoi tu n'irais pas canaliser les deux garnements là-bas ? plaisanta-t-il. On dirait qu'Aidlinn a besoin de mes talents pédagogiques.

Rodolphus s'éloigna avec scepticisme – il n'aimait pas spécialement l'idée d'abandonner sa tâche à un autre, mais il ne pouvait résister à apporter son aide à faire régner l'ordre.

-Tu aurais déjà réussi si tu étais plus concentrée, fit Andrew d'un ton fraternel.

Aidlinn baissa un peu la tête, comme prise en faute.

-J'ai mis beaucoup de temps à apprendre moi-même, tu sais. Je n'étais pas comme Evan, ton frère, ou même Rodolphus.

Il fit une pause, mais comme elle ne répondait pas il continua :

-Pourquoi tu n'essaierais pas de le faire sauter vers nous ? Tu n'as qu'à te dire que c'est pour son bien, s'il se retrouve trop près de Rosier, qui sait ce qui pourrait advenir ?

Elle rigola avec lui puis essaya à nouveau. Cette fois, le crapaud obéit, ses gros yeux globuleux voilés par une volonté qui n'était plus la sienne. C'était plus facile quand sa propre conscience ne l'empêchait pas de réussir.

-Tu vois, ce n'était pas si difficile !

Un cri dégoûté les fit tourner la tête. Mulciber était aux prises avec un crapaud qui s'accrochait à sa tignasse sous les éclats de rire d'Avery.

-Edern, arrête ça !

Il se mit à courir dans la salle en secouant la tête, alors qu'un second crapaud lui sautait après. Tout le monde se mit à rire puis Rosier lança un maléfice du saucisson à Avery et aussitôt le batracien harcelant Mulciber sauta de sa tête pour se réfugier sous un canapé.

-Sérieusement Edern, tu exagères. Je déteste ces animaux.

-Je pense qu'on devrait arrêter là, il est déjà tard, proposa Rodolphus.

Les autres acquiescèrent. Tandis qu'ils rentraient, Melyna resta en arrière vers Rosier, qui était près d'Andrew et Aidlinn.

-Evan, au fait, tu as aimé mes lys ? J'espère qu'ils n'ont pas fané trop rapidement.

Elle avait un sourire angélique mais Andrew ne s'y trompait pas, elle avait attendu ce moment et assistait désormais avec délectation à la réaction en chaîne qu'elle avait initiée. Rosier sembla se raidir en la remerciant, toute chaleur ayant déserté son timbre, et il ne manqua pas de lancer un coup d'œil discret à Aidlinn, qui était restée impassible si ce n'était un léger tressaillement de bouche. Andrew, une fois de plus, réfléchit sans succès à ce qu'il se passait entre les deux jeunes gens et quand il revint à la face malicieuse de Melyna, il dut assumer en savoir peut-être moins qu'elle.


Et comme promis le deuxième chapitre, cette fois du point de vue d'Andrew ! Ne vous inquiétez, je ne vais pas tout le temps alterner les points de vue (je sais que ça peut être agaçant pour certains lecteurs). J'espère que vous avez quand même aimé Andrew au moins autant que les autres !

La suite la semaine prochaine ! :)