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Chapitre 29

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent

D'une proie entre eux un instant tenue

Sauras-tu jamais ce que leur silence

Un éclair aura connu d'inconnu

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Donne-moi tes mains que mon cœur s'y forme

S'y taise le monde au moins un moment

Donne-moi tes mains que mon âme y dorme

Que mon âme y dorme éternellement.

Les Mains d'Elsa, Louis Aragon

Une main lui barrait la route, plaquée contre le mur crème poli du corridor. C'était une main masculine, à n'en pas douter, même si elle restait élégante – son propriétaire n'était visiblement pas accoutumé aux travaux manuels. Aidlinn avait commis l'erreur de rentrer seule du cours d'arithmancie – à bien y réfléchir, elle n'avait pas eu le choix, Avery étant le seul ami avec qui elle partageait ce cours. Ils ne s'étaient pas assis à côté cette fois non plus et le cours avait été d'autant plus ennuyeux. Ils avaient étudié dans la vieille salle baignée de la lumière du jour avec pour seuls compagnons le grattement des plumes et les particules de poussière qui se posaient lentement autour d'eux telles la neige.

-Est-ce que tu m'évites ?

Rosier l'observait, légèrement amusé de ses vains efforts, ainsi qu'un adulte regarderait sa progéniture s'ébattre et tomber dans un parc. La jeune fille aurait dû se méfier davantage, prévoir qu'il n'abandonnerait pas aussi facilement. Elle avait oublié à quel point il prenait plaisir à piéger les autres dans sa toile quand ils pensaient être encore libres et à les regarder lentement prendre conscience de la réalité qu'il leur imposait.

-Pas spécialement.

Elle ne pouvait soutenir son regard brûlant alors elle fit mine de s'intéresser aux rares élèves passant devant eux, tout à leurs conversations. Ils évoluaient en groupes, plus ou moins rapidement, et leurs visages offraient un dégradé d'expressions allant de l'ennui au ravissement.

-C'est encore à propos de cette histoire de meurtre ? Bon sang, Aidlinn… Tu veux que je sois honnête avec toi et ensuite tu prends peur.

Il s'adossa contre le mur de pierres à côté d'elle, sa bonne humeur partiellement chassée par une sorte de découragement. Aidlinn le regarda sans comprendre sa réaction qu'elle jugeait inhabituellement spontanée. Était-il vraiment découragé à cause d'elle ?

-Je n'ai pas peur de toi.

C'était vrai et elle aurait dû s'interroger sur son comportement évitant dont elle oubliait le sens quand elle se retrouvait avec lui. Il se mit à l'étudier avec plus d'intérêt.

-Dans ce cas, tu m'accompagneras ce samedi ?

-Où donc ?

Elle chercha confusément son regard, attendant le moment où il avouerait que c'était une plaisanterie. Un sourire en coin illumina ses traits et fit scintiller ses iris.

-C'est une surprise.

Rosier lui donnait un rendez-vous. Elle avait peine à le croire et le doute et la crainte durent troubler sa figure car il reprit, plus sérieusement :

-Vois ça comme une sortie éducative.

-Éducative ?

La perplexité d'Aidlinn laissa place à de la méfiance. Elle s'imagina avec angoisse abandonnée dans un repère de criminels moldus, puis dans une tanière de loups-garous et enfin dans une rue débordant de sorciers douteux. Elle se voyait déjà devoir se défendre alors que la silhouette de Rosier derrière elle observerait ses compétences pour les rapporter à son père à elle ou au Maître ou à n'importe qui que cela pourrait intéresser et ils lui donneraient la Marque des Ténèbres si elle survivait. Rosier remarqua son expression affolée et éclata d'un rire franc :

-Détends-toi, il ne t'arrivera rien. Alors, c'est d'accord ?

Ses visions romanesques cessèrent et elle acquiesça avec un sourire, sans plus songer dans quoi elle s'embarquait et Rosier eut l'air satisfait.

Les jours la séparant du samedi s'écoulèrent doucement puis plus vite, s'emballant comme les grains d'un sablier renversé à mesure qu'ils tombent. Aidlinn n'avait osé parler à personne de sa future escapade avec Rosier – qu'auraient dit Sylvia ou son frère en l'apprenant ? Elle avait élaboré de nombreuses suppositions, pensé maintes fois à la façon dont elle allait s'habiller et surtout aux traits d'esprit qu'elle pourrait faire si leur conversation venait à retomber et que le silence devenait inconfortable. Elle avait beau s'être rassurée en se disant qu'elle avait déjà eu l'occasion de se retrouver en tête à tête avec le garçon, son inquiétude et son excitation l'emportaient. Peut-être s'intéressait-il vraiment à elle en lui proposant une excursion à deux ? Comment était-elle censée réagir ? Était-ce bien convenable ? Et dans d'autres moments, elle se trouvait folle d'attendre avec autant d'espoir une journée avec un être aussi imprévisible et violent que Rosier.

Cependant, il n'était jamais trop menaçant avec elle et se montrait en général agréable et sécuritaire – à défaut d'être foncièrement bienveillant – et il est dans la nature des jeunes filles de fermer les yeux sur certaines inconstances quand le personnage peut se targuer d'une charmante apparence et d'une accommodante situation.

Il était près de midi quand ils se rejoignirent le samedi venu ; il l'attendait dans un des canapés près du feu, lisant La Gazette du Sorcier d'un air insondable. Il semblait l'avoir guettée car ses yeux luisants se rivèrent aux siens lorsqu'elle apparut dans la salle commune. Il jeta aussitôt le journal sans ménagement sur une table basse et se leva, plus joyeux et vivant que d'ordinaire.

-Nous pouvons y aller ?

Il examina sa tenue sans manifester de réel intérêt - elle avait revêtu une jupe noire et un joli pull gris perle recouvert d'une cape, rien de trop élégant ni ostentatoire. Elle avait eu peur qu'il remarquât ses efforts si elle mettait trop d'application à choisir son accoutrement – après tout, il avait insisté sur le fait que ce n'était pas un rendez-vous et cela la rassurait autant que cela la décevait.

Rosier l'emmena dans une partie des cachots où personne ne se rendait jamais. Tout était austère et sombre, les portes de mystérieuses salles étaient verrouillées et la brise froide chargée d'humidité qui soufflait en discontinu leur faisait penser à l'haleine putride d'un monstre tapi dans les entrailles du château. Evan s'immobilisa devant un large placard à balai usé et miséreux, ouvrit les battants et sans attendre sortit sa baguette qu'il appuya contre le panneau de bois du fond. Aussitôt, ce dernier glissa sur le côté, dévoilant un tunnel étroit et obscur. Aidlinn s'abstint de tout commentaire, elle ne désirait pas vraiment s'aventurer dans ce passage. Rosier quêta un moment son approbation, comme si la découverte de ce passage aurait dû l'impressionner, mais n'en trouvant pas, il dit simplement :

-Je passe en premier.

Il s'engouffra dans le souterrain sans plus de cérémonie et Aildinn se hâta de le suivre, par peur que le chemin se refermât. Rosier devait se courber de moitié pour progresser et le sommet de son crâne frôlait la voûte de pierre.

-C'est Greengrass qui m'avait montré cette galerie, expliqua-t-il. Il l'utilisait pour aller à Pré-au-lard en cachette.

Greengrass, ancien Serpentard ayant quitté Poudlard et sans aucun doute responsable d'une partie de la méprise d'Evan et de ses camarades quant au règlement de Poudlard, avait toujours été astucieux dès qu'il s'agissait de trouver de nouvelles distractions et il était de nature publique qu'il connaissait excessivement bien l'école à force de vagabonder la nuit. Ils marchèrent encore pendant de longues minutes avant de sentir le sol du souterrain remonter en pente douce. Finalement, après que l'inclinaison eut été plus forte, ils firent halte devant une trappe de bois que Rosier poussa d'un geste ferme.

Ils émergèrent du passage secret et Aidlinn comprit qu'ils étaient dans l'orée de la forêt interdite. Les arbres étaient clairsemés et l'on pouvait apercevoir la route menant à Pré-au-lard. Des oiseaux chantaient et si la matinée était froide, le ciel était clair et pur. Rosier lui tendit une main.

-Prête ?

-Tu ne veux toujours pas me révéler notre destination ?

-Nous nous rendons à Inverness.

Aidlinn fronça les sourcils en pensant à la petite ville située sur la côte nord-est écossaise. Son frère lui en avait parlé, une fois, et lui avait montré son emplacement sur une carte dépliée sur son bureau. Elle se rappelait son commentaire sur la petite taille et la banalité de l'endroit.

-Il n'y a pas grand-chose là-bas.

-J'en fais mon affaire.

Il lui fit un clin d'œil et elle consentit à poser sa paume contre la sienne, qui était chaude et plus douce qu'elle ne l'aurait cru. Un instant plus tard, ils transplanaient. Ils n'apparurent pas dans le village même, mais dans un joli verger clôturé par un petit muret de pierres grises. L'herbe grasse, haute et humide chatouilla les chevilles d'Aidlinn alors qu'elle regardait autour d'elle. Les arbres s'étalaient en longues rangées disciplinées et leurs branches s'écartaient en forme de cœur comme pour les accueillir.

-Il ne faudrait pas attirer l'attention, s'excusa Rosier.

Il sortit du verger en enjambant le petit mur qui lui arrivait à peine plus haut qu'au niveau des genoux et s'engagea sur une route de terre. Il se dirigeait à l'opposé du village, en direction d'une colline boisée dont on ne voyait pas le sommet car le bois était trop dense. Aidlinn peinait à suivre Evan et il ne ralentissait pas pour elle. Ils gravirent la pente en silence, pénétrant sous le couvert des arbres. La route était boueuse et Aidlinn, ne voulant abîmer ses jolis souliers, devait faire des détours pour éviter de les souiller.

-Tu aurais pu me prévenir qu'on allait à la campagne, reprocha-t-elle au dos de Rosier.

-Je te l'ai dit.

-Juste avant de partir.

Il lui jeta un regard un peu agacé et elle regretta sa remarque, tout en étant irritée de son manque de savoir-vivre. Il l'avait invitée à venir avec lui et maintenant il s'agaçait de sa présence ? Néanmoins, toute sa contrariété fondit lorsque des rumeurs de foule leurs parvinrent alors qu'ils passaient sous une guirlande de papiers colorés étendue en travers de la route. Ils avancèrent encore et le bois s'éclaircit pour ne laisser qu'un espace de terre battue avec quelques rares troncs au milieu duquel étaient montées une large arène dont l'ovale était caché par des gradins et tout autour des tentes de toile colorées entre lesquelles circulaient une foule dense.

-Bienvenue à l'unique foire aux dragons d'Angleterre, déclara fièrement Rosier.

Comme pour appuyer ses dires, un terrible rugissement monta de quelque part entre les bois, de l'autre côté de l'arène. Plus loin, les gens n'y prêtèrent pas attention et continuèrent de vaquer à leurs occupations.

-Des dragons ? Mais ce n'est pas…

-Interdit ? Si, effectivement. L'endroit est rempli de trafiquants du marché noir, mais tu verras, c'est bien plus divertissant que le chemin de Traverse.

Rosier consulta sa montre au poignet d'un air préoccupé. C'était une belle montre magique au cadran d'argent et au bracelet de cuir brun.

-On devrait aller s'asseoir, les combats vont bientôt commencer.

Tout en suivant Rosier qui se mêlait à la foule et en regardant partout autour d'elle, elle demanda :

-Des combats ? Des combats de dragons ?

Il haussa un sourcil sceptique, jugeant visiblement son intervention idiote.

-Quoi d'autre ? Bonjour, deux places s'il vous plaît.

Le sorcier au guichet leur jeta un coup d'œil suspicieux mais leur donna deux tickets quand Rosier présenta, au milieu de l'argent, un jeton de cuivre sur laquelle on voyait une tête de dragon. Evan en tendit un à Aidlinn et l'entraîna vers les gradins de bois.

-Ce n'est pas risqué d'être ici ? Tout cela est illégal.

-Détends-toi, profite du spectacle.

Ils s'assirent assez haut – Aidlinn refusa de s'installer aux premiers rangs. Des sorciers imposants vêtus entièrement de noir surveillaient la foule avec attention, circulaient entre les rangées et dans les allées, apostrophaient à l'occasion un passant qui devait alors sortir ses papiers ou vider le contenu de son sac.

-Ils cherchent des infiltrés du Ministère, expliqua Rosier. La seule façon de pouvoir assister aux combats est de présenter une tessère particulière comme celle que j'ai montrée tout à l'heure.

Petit à petit, les tribunes se remplirent. Des bookmakers déambulaient dans les rangées, échangeant papiers contre pièces.

-Dent-de-fer à 3 contre 1 dans le premier combat ! Venez tenter votre chance ! Étoile d'onyx, valeur sûre à 2 contre 1 dans le second ! Si vous êtes joueurs, misez sur Petite Vénus en face de Vassal Rouge !

Rosier leva une main, attirant l'attention d'un bookmaker et paria trente gallions sur Foudre de Mer dans le premier match. Il haussa les épaules à la vue du regard surpris d'Aidlinn :

-Je n'ai pas l'habitude de jouer, mais je suis sûr qu'il va gagner.

La jeune fille regrettait de ne pas avoir pris plus d'argent, elle aurait aimé tenter sa chance aussi. Des bruits de tambour retentirent dans l'arène et le silence se répandit à la manière d'une onde. Aidlinn rendit le cou pour repérer les musiciens : positionnés de part et d'autre de l'arène, ils frappaient des grands tambours de peaux d'un air solennel. L'arène était creusée en profondeur et couverte de sable. Deux grandes grilles clôturaient l'accès à de hauts tunnels barricadés de planches ensorcelées par lesquels devaient passer les dragons pour entrer et sortir de l'amphithéâtre de fortune. Tout à coup, la voix d'un présentateur retentit :

-Mesdames et messieurs, j'ai le plaisir de vous accueillir pour la première journée de la foire aux dragons d'Inverness !

Des acclamations firent trembler les tribunes. Aidlinn repéra l'homme qui avait parlé ; il était installé au sommet de la tribune d'en face, la baguette pointée sur sa gorge pour amplifier sa voix.

-Pour vous aujourd'hui, nous avons regroupé les dragons de combat les plus féroces d'Europe ! Ils viennent d'Ecosse, d'Irlande, de Roumanie, de France, d'Italie… Est-ce que vous êtes prêts à les recevoir ?

Les spectateurs autour d'eux hurlèrent leur assentiment tandis qu'Aidlinn et Evan observaient en silence.

-Excellent ! Passons à notre premier match et pas des moindres ! Il nous vient tout droit d'Irlande, mesdames et messieurs, applaudissez bien fort Dent-de-fer !

Des sorciers situés de l'autre côté de l'arène, entièrement vêtus de vert, se levèrent et jetèrent leurs chapeaux. Dans un terrible grincement, la grille se releva l'obscurité et les battements de tambour redoublèrent. Aidlinn retint son souffle en apercevant deux yeux jaunes cligner dans la pénombre. Tout à coup, le dragon bondit à l'intérieur de l'arène dans un rugissement de défi. Aidlinn cria et porta la main à sa bouche.

-Ses ailes !

Rosier acquiesça d'un air grave. Le dragon aux écailles grises agitait vainement de petits moignons là où auraient dû se trouver ses ailes. Amputé, incapable de voler, il se contentait de sauter contre les parois de terre et de bois de l'arène, claquant des dents en-dessous des gens qu'il ne pouvait pas atteindre.

- Et maintenant, veuillez accueillir le Français Foudre de Mer !

Sans émettre le moindre son, un dragon aux écailles d'un beau bleu cobalt déboula, fonçant droit sur la gorge de Dent-de-fer. Mais ce dernier l'avait vu venir et se dressa sur ses pattes arrière en rugissant, offrant son ventre à son adversaire qui fonça sur l'ouverture, babines retroussées sur ses énormes dents. Les deux monstres entrèrent en contact et roulèrent ensemble dans le sable dans un nuage de poussière et un concert de grondement. Le dragon bleu avait accroché le coude du gris et s'évertuait à tirer sur le membre tandis que l'autre plongeait encore et encore ses crocs dans le cou de son ennemi, ses yeux jaunes exorbités de douleur et de colère. Tout à coup le bleu recula et alors que le gris retombait sur ses pattes en frissonnant d'effroi, il plongea vers la jugulaire. Dent-de-fer se jeta sur le côté malgré sa patte blessée, dévoilant son flanc et Foudre de Mer fondit à nouveau. Le combat s'étira pendant d'interminables minutes. Les créatures, immenses et terrifiantes, trébuchaient, chargeaient et sifflaient ; le sang coulait de leurs blessures et ruisselait sur leurs écailles poussiéreuses ; leurs queues fouettaient l'air avec fureur. Aidlinn était pétrifiée devant ce combat de titans et une part d'elle éprouvait une grande pitié à les voir se déchirer ainsi pour le plaisir des sorciers. Ces bêtes étaient cruelles et sanguinaires mais elles avaient appris à leurs dépens que les hommes étaient encore plus cruels et sanguinaires. La foule hurlait quand le sang giclait, tempêtait contre l'un ou l'autre des animaux, s'égosillait quand les deux bêtes s'écartaient l'une de l'autre pour reprendre leur souffle. Aidlinn était frappée de mutisme, glacée d'effroi, incapable de se cacher les yeux et Rosier était lui aussi muet mais son silence était d'une nature différente et ses yeux brillaient de fascination comme il admirait la scène.

Finalement, le bleu jeta le dragon gris à terre et celui ne se releva pas. Il semblait à bout de forces, dégoûté, résigné et ses flancs se soulevaient rapidement alors qu'une vague fumée sortait de ses narines. Le vainqueur l'observa un instant dans l'expectative, prêt à parer une nouvelle attaque tandis qu'il reprenait lui-même son souffle, puis, voyant que rien ne venait, lança un ultime rugissement. Il allait fondre sur la tête de sa victime quand un son de cloche retentit et que des sorciers se précipitèrent dans l'arène pour faire reculer le dragon bleu. Celui-ci défia un moment les nouveaux-venus car il avait oublié sa condition de captif dans le feu du combat et son cœur de dragon battait de nouveau puissamment, insufflait de nouveaux rêves de grandeur et d'évasion à son propriétaire. Puis ses yeux bleus s'éteignirent quand il avisa la grille de l'arène qui s'était relevée, il abandonna et s'en retourna dans son enclos en boitant. Les spectateurs hurlaient de joie ou de protestation, selon leurs paris, et le commentateur reprit la parole :

-Et c'est Foudre de Mer qui l'emporte ! Quel combat mesdames et messieurs !

Les gens échangeaient de l'argent. Aidlinn regarda Rosier se lever d'un air content pour aller empocher l'argent qu'il avait gagné. Quand il revint, il se tourna vers elle et son visage avait perdu son avidité bestiale pour redevenir insondable et indifférent.

-C'est vraiment violent. Et ces gens qui forcent ces dragons à s'entretuer - c'est cruel et injuste pour ces pauvres bêtes.

Il rigola en allumant un cigare.

-Le monde est cruel et injuste.

Il n'ajouta rien et promena son regard dans les gradins, comme si sa remarque n'avait aucune importance. Il semblait chercher quelqu'un ou quelque chose.

-Nous ne sommes pas obligés de le rendre pire qu'il ne l'est, insista-t-elle mais il ne l'entendit pas.

Elle l'étudia avec insistance, refusant d'abandonner, car elle lui en voulait de l'avoir amenée ici.

-C'est pour ça que tu m'as amenée ici ? Pour me montrer que la seule manière de vivre c'est d'être plus fort que les autres ? C'est ça, la leçon que tu veux m'enseigner ?

Il fut surpris, prit le temps de regarder le cigare qu'il tenait entre les mains et les cendres qui rougeoyaient légèrement à son bout car il ne se souvenait plus de l'avoir allumé.

-J'aurais pu, c'est vrai. Si tu es ici c'est parce que j'ai besoin de ton aide. Nous verrons cela tout à l'heure, le deuxième combat commence.

Deux autres dragons se rencontrèrent dans l'arène. Un petit vert rapide et un imposant rouge. Le ballet recommença. Les créatures tournaient et roulaient et grondaient dans un nuage de poussière, de sang et d'écailles arrachées et la foule criait et gémissait et le présentateur riait et les musiciens frappaient sans regarder les dragons et les tambours roulaient. L'affrontement était inégal et l'énorme rouge prit vite le dessus et manqua de tuer l'autre. Le dragon vert finit par se relever et promena autour de lui un regard hébété et incrédule ; il avait failli mourir et avait peut-être souhaité mourir, si du moins un dragon pouvait penser une telle chose, et il se trouvait encore dans l'enfer qu'il avait cru quitter comme si la boucle infernale ne s'arrêterait jamais pour lui.

Rosier ne paria pas pour le troisième duel non plus ; il semblait moins absorbé que précédemment par le combat. Le duel fut semblable aux deux précédents mais lorsque l'un des dragons s'écroula, un dragon gracieux dont les écailles étaient d'un blanc brillant sous les rayons de soleil filtrant des feuilles de la forêt, son adversaire se précipita pour le tuer aussitôt et les sorciers eurent le plus grand mal à écarter son assaillant. Il sembla que le dragon immaculé maintenant souillé de sang et de sable et dont on apercevait la peau plus foncée là où les écailles avaient été arrachées ne se relèverait jamais. Il bougeait faiblement sa grosse tête baignant dans son propre sang et ses yeux ambrés essayaient de se raccrocher à quelque chose mais autour de lui il n'y avait que des arbres, du sable et des hommes qu'il avait appris à craindre et à détester alors il finit par abaisser ses paupières. Il fut traîné à l'aide de chaînes et en suivant du regard ce grand corps majestueux qui refusait de se relever, Aidlinn se rendit compte qu'elle pleurait ; elle se hâta d'essuyer ses larmes car Rosier n'aurait pas compris, pas plus que les gens autour d'elle qui discutaient avec animation sans regarder la trace dans le sable laissée par le départ du dragon blanc. Elle se rendit compte qu'elle ne savait même pas s'il était parti vivant ou mort car il lui semblait avoir vu sa queue remuer faiblement.

Sans répondre à sa question, le commentateur annonça un entracte. Rosier se pencha vers elle, profitant du fait que personne ne les écoutait dans la foule se levant et se bousculant pour aller chercher des rafraîchissements.

-Je vais avoir besoin de toi pendant les prochaines minutes. Ce ne sera pas dur. Tu vas jouer ma petite-amie et nous ferons comme si je voulais t'offrir quelque chose. Nous parcourrons les boutiques, tu feras ce que je te dis, c'est clair ?

-Tu ne veux pas plutôt que je joue ta servante ? ironisa Aidlinn, mais elle se tut devant l'expression intransigeante de Rosier. Oui, très clair.

-Quoiqu'il se passe, tu ne dois pas sortir du rôle et tu ne dis rien. Si je te dis de t'en aller, tu t'en vas. Si l'on en vient à être séparé, tu m'attendras dans le petit verger.

Et ils se dirigèrent vers les tentes colorées qui étaient en fait des stands où se pressaient une multitude de marchandises : bijoux, amulettes, vêtements, mobilier, vaisselle, peintures et autres objets d'ornement. Rosier passa un bras autour de sa taille, l'attirant contre lui et Aidlinn se raidit à ce contact, rougissant comme une pivoine. Il pinça les lèvres :

-Détends-toi, c'est ridicule.

Elle était contente de ne rien avoir à dire car elle se sentait encore bouleversée par la chute du dragon blanc et par le vide de l'existence des autres. Ils passèrent devant les premiers stands sans s'arrêter quand soudainement Rosier la dirigea habilement vers une bijouterie, écartant la foule de passants d'un bras autoritaire. Il ne perdit pas de temps, négligeant de saluer le vendeur :

-Mon amie cherche un anneau, pourriez-vous nous montrer ce que vous possédez s'il vous plaît ?

Le vendeur l'évalua du regard, méfiant et Rosier pressa sa main libre contre sa poche de pantalon où un renfoncement indiquait l'emplacement d'un portefeuille bien garni.

-L'argent n'est pas un problème ; montrez-nous tout.

L'homme sélectionna tous les anneaux de sa vitrine, les posant sur un présentoir de velours qu'il posa sur le comptoir. Rosier avait sorti de son veston une belle loupe au manche d'argent et observait minutieusement chaque anneau.

-Peut-être votre amie voudrait-elle en essayer quelques-uns, proposa le vendeur en jetant un regard à Aidlinn qui se contentait d'observer à distance. Ces modèles-ci sont ensorcelés pour épouser la forme de votre doigt. Et ceux-ci scintillent dans la nuit comme des petits soleils.

Il pensait sûrement avoir plus de chance de vendre en s'adressant à elle. Aidlinn eut un sourire forcé mais ne répondit rien, pas plus que Rosier qui examinait chaque anneau avec attention. Il se redressa finalement, rangeant sa loupe dans sa poche.

-Merci beaucoup, je n'ai pas trouvé ce que je cherchais.

-Vous êtes sûrs ? Et une bague avec un diamant ? J'en ai plusieurs ici, miss, regardez je vous en prie.

Mais Rosier entraînait déjà Aidlinn hors de la tente du vendeur dépité.

-Qu'est-ce qu'on cherche exactement ?

-On a dit pas de question, tu te souviens ?

Ils réitérèrent le procédé chez les deux bijoutiers suivants. Evan ne s'intéressait qu'aux anneaux, délaissant bagues et colliers et inspectant chaque élément à la loupe sans s'occuper des regards circonspects. Il repartait en provoquant l'irritation des magasiniers, qui ne comprenaient pas pourquoi un homme restait aussi insensible à leur orfèvrerie.

Rosier n'accorda aucune attention aux nombreuses tentes abritant les différents commerces, mais après qu'ils eurent écumé toutes les boutiques, il sembla perdre toute énergie et s'arrêta.

-Tu en veux ?

Il désignait un marchand de popcorn qui distribuait de grands cartons rayés de rose et de blanc aux odeurs sucrées. Aidlinn accepta et ils s'assirent sur deux chaises autour d'une petite table blanche et ronde devant le stand, le popcorn entre eux. C'était le magasin le plus joyeux et il rassemblait les sorciers les plus ordinaires ; la foule semblait constituée en grande partie de sorciers douteux, désœuvrés ou misérables – il n'y avait que très peu de familles et beaucoup portaient des tenues rapiécées ou de longs manteaux qu'ils entrouvraient parfois pour troquer un objet contre un autre. L'endroit était indubitablement mal famé mais l'ambiance était festive et l'on remarquait ici et là des sorciers richement parés qui semblaient vouloir se faire discrets. Aidlinn se sentit un peu mieux ; la quête de Rosier lui avait fait oublier en partie les dragons.

-Sers-toi.

Rosier ne semblait pas vouloir manger et surveillait les alentours. Malgré la volonté infaillible qui semblait émaner de tout son être, ses gestes avaient perdu une partie de leur vigueur et une onde de lassitude tremblotait au fond de ses iris.

-Tu ne veux toujours pas me dire ce qu'on cherche ?

Il soupira.

-Je cherche des artefacts magiques pour Lui. Le Maître cherche à posséder ou à détruire tout ce qui pourrait s'opposer à son pouvoir.

-Alors tu cherches un anneau magique ?

-L'anneau du Nibelung, oui. Mais ce n'est pas la seule chose que je cherche.

-Je n'en ai jamais entendu parler.

-C'était la mission de mon père et il me l'a confiée à sa mort.

Il marqua une pause, la regarda. Il paraissait vieux et grave à la mention de cette tâche.

-Je compte sur ta discrétion.

Aidlinn hocha la tête. Elle n'avait de toute manière jamais entendu parler de cet anneau et se promit de faire des recherches à ce sujet.

-Pourquoi tu as besoin de moi ? Cette mise en scène est-elle vraiment nécessaire ?

-On me fait suivre.

-Le Ministère ? L'Ordre du Phénix ?

Elle avait pris soin de chuchoter mais il la foudroya du regard.

-Surveille tes paroles. Non, ce sont des gens de notre côté.

-Mais comment est-ce possible ? dit-elle en guettant un individu anormal dans le flot de passants.

-Tu es tellement ignorante. Les faveurs du Maître se disputent, chacun veut être le plus près possible du pouvoir ; ils préparent déjà le jour où Il accèdera au gouvernement. Mon père était bien placé, il était un de ses premiers fidèles mais il avait aussi beaucoup d'ennemis. Maintenant qu'il est mort, ma position est plus compliquée. Les Carrow me détestent uniquement car mon père les a ridiculisés devant le Maître, Dolohov poursuit la même mission que moi et Travers veut me voir échouer car il est jaloux depuis… Enfin, ça n'a pas d'importance.

Il semblait si soucieux qu'Aidlinn eut pitié en s'imaginant les tourments qui devaient le ronger. Toutefois l'air gêné et incrédule qu'avait eu Rosier à la fin de sa phrase piqua sa curiosité.

-Pourquoi est-il jaloux ?

Il eut l'air ennuyé.

-Sa femme m'apprécie un peu trop. Il ne s'est rien passé, ajouta-t-il en voyant la mine soupçonneuse d'Aidlinn, pour qui me prends-tu ?

Elle sourit devant sa mine indignée.

-Je te prends pour quelqu'un qui sait très bien charmer les gens dont il a besoin.

-Tu me prêtes plus de talent que je n'en ai.

Il lui lança un regard oblique et reprit avec un sourire complice.

-Je n'avais pas besoin d'elle de toute façon.

Ils éclatèrent d'un rire léger. Le changement d'attitude d'Evan était radical et cela surprenait agréablement Aidlinn.

-Tu sais, tu peux parler de moi, mais tu n'es pas blanche non plus, reprit Rosier. Tu es sortie avec ce Poufsouffle en fin de quatrième année pour énerver ton frère, mais lui était vraiment amoureux de toi.

Elle pouffa à ce souvenir.

-Tu te souviens de ça ?

-Bien sûr, ton frère était furieux, et moi j'étais plutôt stupéfait.

-Alors j'ai réussi à stupéfier le grand Evan Rosier ?

Il rigola encore et elle se surprit à aimer ce son grave et un peu rauque.

-Je n'aurais jamais pensé que tu le choisirais, voilà tout, dit-il simplement.

-Il est plutôt aimable, beau garçon et sa famille est entièrement sorcière.

-Ce n'est pas ça. Il est sans substance, effacé. Même Heston était un meilleur choix, fit-il avec un clin d'œil.

Il étudia sa réaction mais elle se contenta de rire – Rosier ne semblait pas soupçonner qu'elle n'avait vu que lui toutes ces années.

-Je ne vois pas ce que tu me reproches, toutes les filles dignes de ce nom ont eu un jour un faible pour Dan Heston.

Étrangement, cela ne la dérangeait pas tant que ça de parler de Dan. Elle avait dans l'idée qu'en parlant de lui, elle affirmait son indifférence pour Evan.

-Pas toutes. Ettie Bulstrode n'a pas porté son dévolu sur lui.

-Comment ça ? Qu'est-ce que tu sais d'Ettie, toi ?

Il la toisa avec un sourire supérieur.

-Tu ignores beaucoup de choses de ta camarade de chambre, on dirait. Elle avait – et a toujours, il me semble – un penchant pour ton frère. Elle lui a envoyé de nombreuses lettres d'amour dès la troisième année et ça n'a pas cessé.

-Comment ? Tu te moques de moi, Ettie ne s'intéresse à personne.

-Tu lui demanderas, dans ce cas.

-Quand je pense qu'il ne m'a jamais rien dit !

Aidlinn eut un sourire à la pensée d'Ettie penchée sur son bureau, les joues enflammées par la passion, se mordant la lèvre en pensant aux mots justes témoignant de son admiration pour Isaac. Il était étrange pour la jeune Rowle de penser à Ettie de cette façon et non comme la fille grincheuse et indépendante qu'elle côtoyait.

-Tu ne remarques rien, soupira Rosier.

Il semblait sincèrement affligé, comme si Aidlinn présentait une défaillance fâcheuse. Elle sourit malgré tout car elle avait le sentiment qu'il lui offrait pour une fois son vrai visage et qu'il lui parlait sans détours. Ils continuèrent à plaisanter, leurs cœurs plus légers sans vraiment savoir pourquoi. Lorsqu'un roulement de tambours annonça la reprise des duels de monstres, Rosier surprit la crispation d'Aidlinn :

-Nous ne sommes pas obligés d'y retourner. Pauvre cœur, tu ne supportes vraiment pas la vue du sang.

Il avait presque un ton affectueux et Aidlinn ne lui dit pas que ce n'était pas le sang qui la gênait mais plutôt tout le reste et qu'elle se sentait un peu dragonne elle-même.

Ils flânèrent le long des présentoirs, s'arrêtant lorsque quelque chose les interpellait. Il y avait encore des badauds qui faisaient comme eux, si bien qu'ils pouvaient parler sans être écoutés et sans attirer l'attention. Rosier et elle s'amusèrent à trouver les pires décorations pour leurs habitations respectives, ils essayèrent des accessoires et vêtements divers, affrontant leur reflet dans les miroirs sales installés à la disposition des clients. Aidlinn faisait mettre des chapeaux à Evan qui prenait invariablement un air sceptique, ce qui la faisait rire mais elle ne pouvait se moquer de lui bien longtemps car tout semblait lui aller à ses yeux. Il se prêtait au jeu avec un air patient, un demi-sourire flottant sur ses lèvres qui s'élargissait légèrement quand elle riait plus fort. Finalement, les combats cessèrent et la foule se fit plus dense et ils décidèrent de rentrer à l'école quand Rosier se renfrogna.

-Pars devant, je te rejoins.

-Quoi ? Mais pourquoi ?

-Fais ce que je te dis. Ne te retourne pas.

Il la poussa en avant et elle trébucha au milieu des badauds. Elle marchait d'un pas hésitant, n'osant pas désobéir à Rosier et regarder en arrière. Quand elle arriva à l'orée du bois, elle fit une pause et jeta un regard dans la foule encore dense au pied de l'arène. Il lui fallut un moment pour repérer Evan aux prises avec deux individus encapuchonnés. Ils faisaient de grands gestes avec les bras et le jeune homme était excessivement droit. Elle fut tentée de faire demi-tour, de rester soutenir Rosier, mais elle se ravisa. Tout irait bien pour lui. Tout allait toujours bien pour lui.

Une autre pulsion s'empara d'elle et elle fit le tour de l'arène, remontant le flot de sorciers à contresens, jouant des coudes contre les uns et s'écartant promptement des autres. Elle arriva aux enclos à l'intérieur desquels se trouvaient les dragons et il y en avait un d'ouvert qui contenait une lourde forme blanche immobile. Elle s'approcha le cœur serré. La créature avait le cou enroulé de bandages et son œil ambré à demi fermé ne bougeait pas. Elle regarda les moignons de ses ailes, ses épaules couvertes de cicatrices, les épines brisées de son dos et ses flancs bandés qui se soulevaient régulièrement. Un homme qui venait pour fermer l'enclos la surprit.

-C'est interdit au public.

-Est-ce qu'il va mourir ?

-Peut-être, ou peut-être pas.

-Il n'y a rien d'autre à faire ?

-Je vois pas ce qu'on pourrait faire de plus.

Elle sortit et la porte lui barra la vue. Elle fit le chemin en sens inverse, chercha Rosier sans le trouver et quitta la foire en compagnie de quelques autres sorciers. Certains attendaient un portoloin à l'abri dans le bois et d'autres se contentaient de s'éloigner à pieds ou de transplaner. Elle retrouva le petit verger et attendit en silence, les mains un peu tremblantes. Elle pensa au dragon blanc qui ne verrait peut-être pas l'aube ou qui peut-être la verrait et finalement elle se demanda ce qui serait le pire pour lui. Le soleil passa derrière les collines et le ciel prit une teinte orangée. Des bruits de pas se firent entendre. Rosier surgit de derrière les rangées d'arbres, ses yeux étincelant malgré un cocard à l'œil droit. Aidlinn eut une exclamation étouffée.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

-Rien, dit-il en s'écartant avec humeur. Rentrons.

Elle ne comprenait pas ses brusques changements d'attitude ; elle ne comprenait pas pourquoi il détestait à ce point qu'elle s'inquiétât pour lui.

-Alors, tu ne vas rien me dire ? Ça doit faire une heure que je t'attends.

-Tu m'excuseras, j'étais un peu occupé, répliqua-t-il, ironique, en se tamponnant l'arcade avec un mouchoir.

Elle soupira, abandonnant la lutte.

-Tu veux me laisser regarder ? Peut-être que je pourrais diminuer la blessure.

Il lui jeta un regard ombrageux, visiblement récalcitrant à se laisser aider. Elle eut un sourire désolé.

-J'ai dû apprendre à cacher le mien, l'été dernier. Ça mettait mon père de mauvaise humeur.

Il sembla s'apaiser un peu, acquiesça et s'assit sur une souche.

-Vas-y. J'aimerais autant éviter les questions à notre retour.

Aidlinn s'approcha et inspecta l'arcade qui saignait et la chair violacée autour de l'œil. Rosier avait fixé son regard au loin, raide comme un piquet, la mâchoire serrée. Elle effleura à peine son front qu'il se contracta davantage et se racla la gorge, grognant :

-Fais ce que tu as à faire.

Elle eut un temps d'arrêt, gênée. Était-elle si repoussante pour qu'il refusât tout contact non prémédité avec elle ? Elle murmura un sortilège de décongestion, puis un autre sortilège qu'elle connaissait, normalement utilisé pour faire disparaître les bleus et les cernes. Ensuite, elle se redressa, satisfaite. Le résultat n'était pas parfait, mais il faudrait regarder Evan à deux fois avant de voir qu'il avait pris un coup. Elle sortit un petit miroir de son sac à main.

-Voilà, c'est mieux non ?

Il fixa son reflet sans rien dire puis se releva, lui tendant la main.

-Pas un mot de notre escapade, c'est d'accord ?

Elle approuva, prit sa main et il l'arracha à la douceur chaude et sucrée du verger et du soleil couchant. C'était comme s'ils n'étaient jamais venus.


Désolée, un peu de retard... J'espère que vous avez aimé quand même ! Merci infiniment à Zod'a, leleMichaelson, RhumFramboise et Lilemesis pour vos reviews ! Si je n'avais pas vos retours, je ne sais pas si je continuerais. haha
La suite en fin de semaine ou début de semaine prochaine ! :)