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Chapitre 33

Dans un instant secret, cet éclair de lumière

A enflammé ma vie, morose et routinière

Me sortant pour toujours de ce mortel ennui

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Depuis, dans le visage des ombres fugitives

Je cherche ces yeux pers, dont mon âme est captive

Et je les vois parfois, dans le ciel de mes nuits.

Antoine Livic, Étoile de mes nuits

-Merci Filwy, tu peux m'attendre ici.

L'elfe s'inclina et Aidlinn continua son chemin en solitaire sur les pavés. Le temps était pluvieux et elle avait rabattu le capuchon de sa cape, précaution inutile car au moment où elle s'engagea, les gouttes cessèrent de tomber et le ciel s'éclaircit. Elle fit halte un instant pour vérifier le nom de la rue : Bury Lane. Ce n'était pas un nom rassurant pour Aidlinn mais l'endroit ne semblait pas mal fréquenté. Les bâtisses aux briques noires et rouges ignoraient les passants dans toute leur stricte indifférence, les pelouses des minuscules jardins étaient parfaitement tondues et leurs buissons taillés, chaque son s'évanouissait sans écho dans le paisible voisinage. Un chat tigré surgit d'un jardin, faisant sursauter Aidlinn. Il l'observa de ses grands yeux ambrés puis lécha son poil hérissé avec fébrilité. Elle s'arrêta au numéro six, comme indiqué sur le papier qu'Evan lui avait donné.

La maison était semblable à ses voisines, sa voie d'accès barrée par une basse grille de fer ; il y avait une faible lumière émanant du deuxième étage. Aidlinn monta sur le perron et toqua. Il n'y avait pas de nom sur la porte.

Elle attendit plusieurs minutes jusqu'à ce qu'une jeune femme vînt lui ouvrir. L'inconnue lui adressa un sourire éclatant qui contrastait avec sa peau cuivrée et ses iris de charbon.

-Bonjour ! Tu dois être Aidlinn Rowle, n'est-ce pas ? Tu as les yeux de ton père. Je suis Ozarine Shafiq.

A cet instant, le chat tigré se faufila entre les pieds d'Aidlinn pour aller se frotter contre les jambes d'Ozarine.

-Ne fais pas attention, c'est mon chat Asmet, il t'attendait. Entre, je t'en prie.

Aidlinn se garda de demander comment un chat pouvait l'avoir attendue et elle pénétra dans la maison. L'intérieur était décoré dans un style oriental, un parfum d'encens régnait dans l'atmosphère. Les couleurs des rideaux, des tapisseries murales et des lourds tapis étaient chaudes et chatoyantes, les meubles à motifs d'acajou et d'ébène luisaient de cire. Ozarine Shafiq portait une longue robe de soie rose et ses cheveux noirs ondulaient le long de son dos. Elle ne devait avoir que quelques années de plus qu'Aidlinn, mais sa prestance lui donnait un air plus mature. Son hôtesse la guida jusqu'à un salon où étaient disposés plusieurs énormes coussins de velours colorés sur une épaisse moquette autour d'une table basse. Une théière fumante attendait, ainsi que deux tasses et une assiette de pâtisseries orientales.

-Assieds-toi, dit gentiment Ozarine. Laisse Tark prendre ton manteau et tes chaussures, le temps est affreusement humide dehors, tu dois être gelée.

Aidlinn tendit ses affaires à un elfe de maison apparu de nulle part au regard particulièrement éveillé, puis s'assit près de la table.

-Merci, on dirait que la pluie s'est calmée.

Ozarine éclata d'un rire modéré, cachant ses traits charmants derrière sa main aux ongles peints.

-Pardon, tu ne pouvais pas savoir. Notre rue est ensorcelée, il ne pleut jamais ici. C'est le paradis artificiel de mon père.

Elle désigna du doigt le soleil qui pointait derrière la fenêtre.

-Il aime vivre entouré d'illusions ; le dimanche, il se persuade que le monde ne connaît ni la pluie ni les nuages. Les elfes doivent arroser les jardins très souvent pour qu'ils ne se dessèchent pas, cela leur fait beaucoup de travail.

Elle eut un sourire vague et amusé, comme si ses paroles étaient drôles pour elle seule.

-Alors, il n'y a que des sorciers qui vivent dans cette rue ?

-Oui, toute la rue appartient à mon père. Il loue des habitations aux sorciers de passage ou à ceux qui cherchent un logement. Cependant, par les temps qui courent, nos voisins se font rares.

Ozarine soupira, son beau visage déformé par une forme de dépit. Elle lui servit du thé, l'incita à prendre un makroud – une pâtisserie aux dattes en forme de losange. Asmet, le chat tigré, s'était lové sur un autre siège à bonne distance des deux jeunes filles et étirait ses longues pattes griffues.

-Evan m'avait dit que tu viendrais à sa place. Le pauvre doit faire attention, ces derniers temps. C'est généreux de ta part de l'aider.

Aidlinn attendit dans l'espoir que la fille Shafiq ajouterait quelque chose mais elle se contenta de sourire.

-Oui, je lui devais un service, c'est normal.

Les yeux d'onyx d'Ozarine étincelèrent d'une curiosité mal contenue.

-Devoir un service à ce garçon n'est pas forcément la chose la plus avisée, mais je pense que tu t'en tires bien avec moi.

Elle s'interrompit pour boire une gorgée de thé dans sa tasse en porcelaine mais continua de l'épier derrière son récipient. Aidlinn, mal à l'aise sous ce regard pénétrant, essuya discrètement ses paumes moites sur sa jupe.

-Je dois dire que j'étais curieuse de te rencontrer. Evan n'accorde pas sa confiance à n'importe qui. Je me demande ce que tu as fait pour susciter sa considération.

Aidlinn n'aimait pas les sous-entendus et les questions d'Ozarine. Ce qui pouvait se passer entre elle et Rosier ne regardait pas cette fille. Elle se redressa sur son siège et répondit simplement :

-Je suppose qu'il faudra lui demander directement.

Le visage de la fille Shafiq se fendit d'un sourire ironique, reposa sa tasse avec élégance.

-Pardonne-moi, je ne voulais pas t'embarrasser. Il m'arrive d'être tellement curieuse ! Peut-être que tu n'as rien fait du tout.

Elle fit sonner une clochette dorée, auparavant posée à un coin de la table. L'elfe de maison apparut en s'inclinant.

-Tark, va chercher le paquet de Mr Rosier, je te prie.

L'elfe s'inclina et disparut.

-Je sais ce que tu vas me dire. Il n'est jamais bon d'être trop poli avec ses elfes de maison, autrement ils ont tendance à devenir négligents, mais Tark est un réel confident pour moi, il me sert depuis mon plus jeune âge.

Aidlinn n'eut pas le temps de répondre car Tark revenait avec un paquet de papier craft ficelé de la taille d'une pomme qu'il tendit à sa maîtresse. Ozarine couva le paquet d'un œil rêveur.

-Ça me coûte de me séparer d'un tel objet aussi rapidement après sa découverte, mais j'ai moi aussi fait une promesse à Evan.

Ozarine tendit le paquet à contrecœur à Aidlinn, qui fut surprise par sa légèreté, et son visage était devenu grave, des ombres menaçantes dansaient dans ses yeux noirs et sur les murs de la pièce.

-Si j'ai un conseil à te donner, fais attention aux serments que tu prononces. Beaucoup voudront t'en arracher dans l'entourage du Seigneur des Ténèbres, n'accepte qu'en derniers recours. Ils ne seront pas tous aussi gentils que ton ami.

Aidlinn se tendit à la mention du Seigneur des Ténèbres et automatiquement elle chercha la Marque des Ténèbres sur le bras de son hôtesse, mais les manches cachaient un éventuel tatouage. Elle devait être bien renseignée pour se dévoiler de cette manière. Ozarine sourit ; la lumière se fit plus intense dans la pièce et les ombres disparurent.

-A présent, tu devrais y aller. Mon cher frère Xalème va bientôt rentrer et, il a beau être très raisonnable, il poserait des questions qui ne le concernent pas.

Elle la raccompagna jusqu'à la porte, repassant dans un couloir décoré d'une multitude de miroirs. Leurs multiples reflets se succédaient à leurs côtés et des murmures semblaient provenir de derrière les glaces.

-Nous serons amenées à nous revoir très vite, Aidlinn Rowle, fille de Gordon et amie d'Evan Rosier. En attendant, surveille tes arrières.

Ozarine lui fit un clin d'œil énigmatique et referma la porte. La chaleur qui émanait de la maison se dissipa brutalement et Aidlinn eut froid. Se sentant soudain épiée, elle se hâta de remonter la rue pour retrouver Filwy et rentrer chez elle.

oOo

Le jour de Noël, il neigeait légèrement sur la campagne du Derbyshire. La longue vallée brune et blanche où se dressait le manoir des Rowle semblait figée dans le temps. En regardant par la haute fenêtre de la salle à manger, Aidlinn admirait les flocons voltiger et s'accumuler au sol, formant de petits monticules. Elle avait l'espoir que la neige tiendrait pour aller s'amuser dehors avec Isaac. En face d'elle, Egelmonde Nott parlait avec fermeté à son beau-fils tout en découpant un morceau de dinde.

-Vous savez Gordon, ne pas faire de politique ne vous dispense pas de vous y intéresser.

L'interpellé avait eu le malheur de répondre évasivement à la déclaration réjouie d'Egelmonde selon laquelle le parti conservateur pourrait prochainement passer majoritaire si le ministre actuel, Mr Minchum, continuait de fournir des déclarations insipides en réponse à la vague d'inquiétude qui se levait sur la communauté née-moldue. Gordon eut un sourire suffisant et se concentra sur son assiette, prenant le temps de composer une réponse.

-Je m'y intéresse, chère belle-mère. Je pense simplement qu'il est inutile de spéculer sur de lointaines élections qui n'auront peut-être jamais lieu.

Hadelin Nott eut un hochement de tête approbateur, quoique ses yeux fussent confus. Le vieil homme semblait savoir et ne pas savoir en même temps.

-Vous devez sûrement parler de votre organisation secrète, reprit Egelmonde avec un soupçon de dédain. Si ce mage noir était aussi puissant que vous l'affirmez, il se serait présenté aux élections comme n'importe quel honnête citoyen, l'année dernière.

Gordon se crispa et ses yeux gris se transformèrent en deux lames d'acier prêtes à découper Mrs Nott. Néanmoins, sa voix était tout à fait calme et conciliante quand il reprit :

-Vous savez qu'il n'aurait pas été élu. Les sorciers dignes de ce nom ne sont plus assez nombreux pour évincer la racaille qui se multiplie, sans compter ces idiots de modernistes bien-pensants qui encouragent la mixité.

Egelmonde s'apprêtait à rétorquer quelque chose, mais son mari Hadelin intervint d'une voix paisible :

-Allons, Egel, laisse donc notre beau-fils diriger ses affaires comme il l'entend. Gordon est un homme tout à fait capable et le passé a montré qu'il savait ce qu'il faisait – notre regrettée Eleanor n'a jamais manqué de rien.

Hadelin avait toujours eu un tempérament doux, contrairement à sa femme qui était plus vindicative. Quand il parlait et que ses yeux bleus brillaient d'une lueur rassurante, Aidlinn avait l'impression de se retrouver face à sa mère. Egelmonde rajusta sa serviette sur ses genoux, le temps de reprendre contenance, puis redressa le menton :

-Soit. Et si nous parlions d'Isaac ? Vous devriez bientôt songer à lui trouver une fiancée digne de ce nom. Notre fils Ulbéric est ravi de son union avec la petite Travers.

-Une jeune personne très bien éduquée, l'appuya son mari.

-Un caractère facile, oui, mais un peu fragile de constitution, si vous voulez mon avis.

-Tu trouverais toujours quelque chose à redire, rigola Hadelin.

Egelmonde releva son nez en trompette d'un air vexé.

-Je voulais simplement le meilleur pour Ulbéric – il est important d'aider nos enfants à choisir quand ils ne sont pas encore au fait de toutes les contraintes de la vie conjugale. Gordon, vous devriez vous préoccuper aussi de cela sans trop tarder.

Gordon, qui restait jusque-là obstinément silencieux à la mention de son beau-frère, Ulbéric Nott, avec lequel il était en froid depuis plusieurs années, finit par répondre :

-Isaac n'a que dix-sept ans, nous avons encore un peu de temps, répondit lentement Gordon.

Son fils, qui avait été d'humeur maussade tout le repas, leva brièvement les yeux vers son père en un remerciement silencieux et replongea le regard dans son assiette.

-J'avais cet âge-là quand on m'a promise à Hadelin, rétorqua Egelmonde, et je n'aurais jamais songé à me plaindre. Si Eleanor était là, elle aurait sûrement déjà dressé une liste de jeunes filles acceptables pour votre fils.

-Eleanor n'est plus là, voilà qui règle la question.

Les yeux d'acier de Gordon étaient si durs qu'ils firent taire Egelmonde. Aidlinn se demanda si c'était de la colère, de la douleur ou un mélange des deux qui crispaient les traits de son père. Sa propre poitrine se serra de chagrin ; les dîners de familles avec les Nott convergeaient irrémédiablement vers cet instant douloureux où Egelmonde faisait référence à sa défunte fille. Un silence inconfortable s'étirait toujours ensuite et ce jour-là ne fit pas exception.

Si père avait su ce que mère faisait, songea Aidlinn avec appréhension. Comment aurait-il réagi ? Elle ne souhaitait jamais le découvrir, son père semblait déjà suffisamment chagriné par la disparition de sa femme, il était inutile de remuer les fantômes du passé.

Après le repas, ils distribuèrent les cadeaux, laissèrent de côté les innombrables cartes de vœux courtoises – autrefois, c'était toujours Eleanor Rowle qui se chargeait de les lire et d'y répondre. Aidlinn reçut un énième collier de son père, un bracelet de ses grands-parents, une nouvelle plume colorée provenant d'une espèce exotique rare de son frère Isaac eut droit à une montre de la part de son père, une nouvelle cape de voyage aux boutons d'argent de leurs grands-parents et une écharpe offerte par sa sœur. Aidlinn reçut avec surprise un paquet de la part d'Edern Avery qui était arrivé le matin-même par hibou et que les elfes avaient posé au pied du grand sapin lourdement décoré. Il y avait un mot lui souhaitant un joyeux Noël accompagnant le présent. En déchirant le papier brillant, elle découvrit un globe de verre de la taille de son poing à l'intérieur duquel une neige continuelle tombait sur une forêt de sapins frémissante. Elle le monta dans sa chambre et le posa sur sa table de chevet, charmée malgré elle par ce joli présent, et se sentit coupable de ne lui avoir rien envoyé cette année et se promit de lui acheter quelque chose avant la fin des vacances. En remarquant une petite statuette représentant un cheval ailé – un cadeau de Sylvia - elle eut un pincement au cœur en pensant qu'elle n'échangerait sûrement plus jamais aucun cadeau avec son ancienne amie.

Quand elle redescendit, elle vit qu'Isaac lisait une carte de Noël d'un air glacial, ses mains crispées à l'extrême tordant le carton. Il finit par la jeter dans le feu et resta à la regarder brûler.

-De qui elle était ? demanda timidement Aidlinn au bout de quelques minutes.

-De Melyna.

Il ne fournit pas de plus amples explications à sa sœur. Les jours suivants, il ne rendit visite à personne et arbora l'air lugubre et revêche qu'il affichait depuis la veille de Noël. Lui et Aidlinn jouèrent aux échecs, à la bataille explosive, au Quidditch ; ils partirent pour de longues balades dans la campagne engourdie de froid sous les nuages lourds et gris, firent un bonhomme de neige qu'Isaac ensorcela ; ils reçurent Andrew et la plus âgée de ses trois sœurs, Rose, qui était très polie et modérée en société, mais qui devenait délicieusement effrontée en privé. Tous les quatre, ils firent des batailles de boules de neige et s'essayèrent au Quidditch, mais Isaac et Andrew étaient bien meilleurs que leurs sœurs et ces dernières perdirent l'envie de jouer.

Un soir qu'Isaac et Aidlinn étaient assis seuls, plongés dans leurs lectures respectives, la cadette osa demander à son aîné ce qu'il s'était passé avec Melyna. Elle avait remarqué les nombreuses lettres d'elle qui étaient arrivées mais qu'Isaac avait soigneusement jetées.

-Cette garce s'est moquée de moi. On croit pouvoir faire confiance aux autres et il se produit toujours la même chose, on est déçus. Crois-moi, Aidlinn, reste sur tes gardes ou tu seras déçue.

Il lui serra la main brièvement et elle fut émue de cette étreinte, mais ses pensées dérivèrent vers un certain garçon qui détenait sa dévotion. Elle était persuadée que son frère avait tort et qu'il existait des gens fidèles et honnêtes.

oOo

On s'annonça chez les Rowle la veille de la rentrée alors que le soleil n'était pas encore à midi. Gordon Rowle lisait avec Aidlinn dans le salon vert – le plus proche du hall d'entrée. Les grandes fenêtres à la française baignaient la pièce d'une claire lumière hivernale, un feu vif avait été allumé dans la cheminée. Aidlinn était allongée dans le canapé en corbeille qui était autrefois la place favorite de sa mère, et lisait un livre de géographie qui la transportait dans les grands déserts américains. Elle s'imaginait parcourir le désert de Sonora avec au-dessus d'elle un azur infini, à ses pieds le sable chaud et les plantes desséchées de ces régions arides et entre les deux les cactus et les arbustes courbés sous le soleil brûlant – tout serait si différent de son pays où tout était gris et humide.

Un des elfes de maison – Stinx, le plus âgé – apparut et s'inclina face à Gordon.

-Mr Evan Rosier attend dans le hall, monsieur.

Gordon haussa un sourcil, à peine intéressé.

-Eh bien ? A-t-il annoncé l'objet de sa visite ? S'il vient voir mon fils, dites-lui de repasser plus tard. Isaac est parti à Gringotts selon ma volonté.

-Il souhaite voir votre fille Aidlinn, monsieur.

Rowle père jeta un long regard inquisiteur à sa fille, qui tâcha d'avoir l'air surprise. La vérité était qu'elle avait espéré être seule quand Rosier viendrait.

-Tu sais ce qu'il te veut ? Je devrais être au courant de certaines choses ?

Aidlinn rougit légèrement au sous-entendu de son père. Rosier n'était évidemment pas venu lui faire la cour, mais elle ne pouvait pas non plus expliquer le motif de la visite.

-Je ne sais pas ce qu'il peut bien vouloir, répondit-elle finalement en se levant.

Gordon l'étudia quelques secondes avec attention puis acquiesça et retourna à sa lecture, clôturant la question. Elle sortit en hâte du salon, fermant la porte derrière elle et débouchant dans le hall. Rosier l'attendait en examinant le lustre du plafond, les mains dans les poches. Elle ne l'avait pas vu depuis seulement une semaine, mais son cœur tressauta de surprise et de joie. Il ne lui rendit pas son regard pétillant et son excitation retomba.

-Tu n'aurais pas pu choisir meilleur moment, commenta-t-elle sarcastiquement en regardant derrière elle.

Il haussa les épaules, indifférent.

-Je t'avais dit que je passerais après Noël.

Elle soupira et lui demanda de patienter, le temps d'aller chercher le paquet. Quand elle revint, il l'étudiait avec une prudence qu'elle ne lui connaissait pas, comme s'il s'attendait à la voir exploser. Elle lui tendit l'objet emballé et le considéra, à mi-chemin entre étonnement et émerveillement. C'était un spectacle singulier que de le contempler dans son environnement à elle alors que le manoir était quasiment désert.

-Merci. Ozarine ne t'a pas causé de soucis ?

-Non, elle a été très aimable.

Il se fendit d'un demi-sourire sans joie.

-Ne te fie pas aux apparences avec elle.

Il y eut un silence et Rosier continuait de la scruter d'une manière excessivement attentive sans paraître spécialement heureux de la voir.

-Ton frère est là ? finit-il par demander.

-Non, il est sorti faire des courses pour mon père. Tu veux que je lui dise que tu es passé ?

Il la surveilla d'un œil sceptique en formulant lentement sa réponse :

-Non, ça ira, je le verrai bientôt.

Puis il s'assombrit et ne la regarda plus du tout.

-Je vais y aller. Merci encore.

Il s'éclipsa en hâte, sans un mot de plus. Aidlinn contempla sa silhouette élégante descendre l'allée d'un pas vif et disparaître après le portail avec une pointe de déception. Elle avait espéré qu'il aurait été plus heureux de la voir. Elle s'était trompée une fois de plus.


Me revoilà !

J'ai du retard, désolée... Pour me faire pardonner, je poste deux chapitres !
Merci infiniment à Zod'a, leleMichaelson, RhumFramboise, Lilemesis, Baccarat V et Laura cht pour vos reviews qui m'ont fait comme toujours très plaisir et qui étaient très intéressantes à lire ! J'espère que vous aimerez la suite.