La dernière fois qu'ils avaient utilisé le pacte comme excuse avait été atroce. Non sérieusement c'était un truc traumatisant. Stiles n'avait aucune idée de ce que faisait Derek près de chez lui à ce moment-là, mais il lui avait vraisemblablement sauvé la mise.

En fait, Derek était arrivé près de la maison des Stilinski dans l'après-midi. Comme il n'y avait pas de place de libre pour sa voiture, il s'était garé à deux rues d'écart et avait fait le reste à pied. Il venait pour manger chez le shérif, parce que celui-ci lui avait envoyé des SMS passifs-agressifs pour partager un repas avec eux.

Apparemment Stiles était plus souple sur l'alimentation de son père quand ils avaient des invités ou un truc du genre. Derek ne voulait pas être mêlé à cette histoire, mais il ne voulait pas non plus se prendre une balle dans le cul. Et puis, il devait une faveur au père de Stiles depuis que ce dernier, sous l'impulsion de son fils, avait falsifié son casier judiciaire pour que seule la mention "création de sépulture sauvage" apparaisse à la place d'"homicide involontaire". Et comme ce n'était pas vraiment reluisant d'être accusé du meurtre de sa propre sœur, il lui en était un peu reconnaissant.

Donc quand le père de Stiles lui demandait de manger chez lui pour qu'il puisse manger des pizzas spéciales viandes XXL, Derek obtempérait et venait manger. C'était un deal tacite entre eux.

Sauf qu'en arrivant ce jour-là devant la maison de l'homme de loi, Derek rencontra leur voisine. Si le noiraud se référait à ce que disait Stiles à propos de cette femme, c'était une commère insupportable qui avait pour seule qualité de leur donner des tartes chaque dimanche. Il soupçonnait Stiles de la de n'avoir aucune objectivité depuis qu'elle avait taillé en forme de boule le buis qu'il s'était lui-même appliqué à tailler en forme de masque d'Ironman. En bref, c'était une vieille mégère nommée April qui aurait été plus efficace que n'importe quel espion de film d'action. Derek n'avait toujours pas compris comment elle avait procédé pour obtenir son numéro de téléphone portable (elle lui souhaitait bonne année tous les ans, peu importe le nombre de fois où il se procurait un nouveau portable prépayé)

- Oh, mais ça ne serait pas le jeune Hale ! S'extasia la vieille femme qui arrosait une herbe trop verte et des hortensias déjà gorgés d'eau.

- Bonjour Madame. Salua-t-il poliment.

Il était en quelques sortes le Bad boy/loup-garou (pour les intimes) solitaire du coin mais rien n'y faisait, sa mère lui avait offert une éducation où on restait poli avec les ancêtres quelques soient les circonstances (excepté peut être en cas de vie ou de mort).

April lui demanda des nouvelles de sa jeune sœur, de son oncle, (comment savait-elle qu'ils étaient de retour ?) et Derek réussit tant bien que mal à discuter avec elle des dégâts d'une tempête dans une des villes voisines et de la crise économique qui touchait la région depuis que le secteur du tourisme avait perdu de l'influence. Ça dura peut-être une dizaine de minutes à tout casser mais Derek n'avait pas encore grogné ou dit un truc bizarre alors il était fier de lui.

-...Merde !

Seulement, un bruit l'alerta derrière la vieille dame. Ça venait de la chambre de Stiles : une injure quelconque -soit rien de choquant de la part de l'ado-. Se forçant à ne pas froncer les sourcils, Derek chercha à se reconcentrer sur l'échange. Mais la seconde d'après, entre deux formules de politesse de vieille dame, le noiraud entendit un miaulement étranglé qui venait cette fois ci de la maison en face de lui. April était en train de lui raconter les études d'infirmier qu'avait pris son petit-fils quand Derek compris ce qu'il clochait. Le vieux chat de son interlocutrice était perché sur le rebord de la fenêtre du premier étage, laquelle se fermait en oscillo-battant. L'animal s'était pris pour un équilibriste hors-pair mais le poids de son âge et l'arthrose venait de le rattraper : coincé dans l'ouverture, il se débattait en couinant et la fenêtre menaçait de se refermer sur lui complètement. Seulement, plus il bougeait plus le piège improvisé se refermait sur lui.

Derek allait réagir et couper le discours d'April pour aider le chat quand il vit Stiles sortir de la fenêtre de sa chambre, seulement vêtu d'une serviette de bain et sortant visiblement de sa douche. Il s'élança d'un pas assuré sur le toit de son garage, comme s'il était habitué au trajet, et une fois arrivé au bord, presque à portée de la fenêtre du premier étage, il s'agrippa au rebord. Ça n'était pas assez haut pour être véritablement dangereux mais Hale avait rarement vu le jeune homme prendre autant de risques.

- Attends ici, Derek, il me reste de la tarte, je vais t'en ramener ça fera ton dîner ! proposa April, laquelle était visiblement trop sourde pour entendre ce qui se passait entre les deux maisons presque mitoyennes, juste derrière elle.

Ledit Derek sursauta en même temps que Stiles. Ce dernier dû s'apercevoir non seulement de la présence de sa voisine mais aussi de celle de Derek. Voyant la vieille mégère s'apprêter à se tourner vers sa maison (et par conséquent vers l'adolescent en serviette de bain suspendu à sa fenêtre), Derek s'enquit d'un ton pressé :

- Pas besoin, Madame ! C'est vraiment gentil a vous mais je vais manger chez le shérif... Il attendit qu'elle s'arrête dans son geste pour reprendre. Il m'a invité.

- Ooh ! Invité chez notre Shérif, Monsieur Stilinski ? Et qu'est-ce qui vous y amène ?

Derek eu un eyes-contact avec l'hyperactif perché à son mur. Celui-ci lui fit des gros yeux. Ok, message reçu, 5 sur 5. Gagner du temps. Oui mais comment ? Derek était trop mauvais en improvisation.

- ... La douche...Je viens réparer leur douche.

Pire argument. Est-ce qu'il avait seulement l'air crédible en prétendant être capable de réparer des lavabos ? Il n'avait même pas de foutue boîte à outils et il portait une putain de pantalon beige. Qui porterait ce genre de fringue pour faire des travaux ?

- Leur douche ? Ils ont eu des dégâts des eaux ?

Apparemment, si. Il était crédible.

Le garçon sembla soulagé d'entendre sa voisine tomber dans le panneau. Il reprit sa respiration et se concentra sur le sauvetage du chat. Faisant appel aux moindre fibres musculaires de son dos et de ses épaules, il se hissa en traction sur le rebord pour surélever le chat du piège où il continuait de miauler.

- Pas encore, mais ça ne saurait tarder leur tuyauterie commence à fatiguer, et je m'y connais un peu alors je viens donner en coup de main.

Stiles posa tant bien que mal le chat dans le creux de son cou, sur son épaule. Il se rattrapa rapidement sur le rebord avec sa deuxième main -désormais libre-, parce que la première commençait à fatiguer de supporter tout son poids en se tenant comme ça. Derek réalisa en quelques sortes que Stiles avait de la force, et même des muscles. Il ne pensait pas le jeune homme capable de rester aussi longtemps en suspension au-dessus du vide.

- Ah bon ? Et tu accepterais de jeter un œil à ma chaudière ? J'ai demandé à mon petit neveu de la réparer mais depuis 2 mois, je suis obligée d'attendre plusieurs minutes pour que l'eau chauffe ... Non mais vraiment quel gaspillage !

Derek tiqua parce que depuis le début de leur discussion, elle arrosait une seule plante qui n'avait rien demandé et qui risquait la noyade. L'eau ruisselait jusqu'aux chaussures du noiraud.

- Bien sûr, pas de soucis. Je ne sais pas trop quand est-ce que je pourrais passer-...

Distrait, le loup garou fut déconcentré de la discussion qu'il menait presque d'une main de maitre en s'inventant des compétences de plombier lorsque le vieux chat décida que le cou ou il se trouvait n'était pas assez confortable. Stiles, perturbé par les mouvements de l'animal s'immobilisa dans ses gestes alors qu'il apprêtait à descendre sur son garage. Mais le félin, paniqué, finit par dégringoler le long du dos du gamin à l'aide de ses griffes. Derek ferma les yeux pour ne pas grimacer. Quand il les rouvrit, le chat atterrissait souplement au sol.

Et la serviette de Stiles aussi.

- Bordel. Toussa Derek pour étouffer son juron. April lui donna des coups dans le dos, l'air inquiète.

- Tu vas bien, petit ? Un coup de froid ?

- Oui, oui, désolé, je m'étouffais avec ma salive, ça arrive.

- Oh, tu veux un peu d'eau ?

Non, de la javel, pour mes yeux.

Il l'a retenu dans son mouvement vers la maison en s'appuyant sur l'avant-bras de la femme a moitié sourde, feintant une autre quinte de toux.

- Non, non, merci ça va mieux. Il se racla la gorge et la repoussa poliment. Il fit semblant de regarder dans son portable pour vérifier son agenda et il releva la tête au moment où Stiles rentrait précipitamment dans sa chambre, complètement à poil. Je peux venir voir votre chaudière samedi prochain, ça vous va ?

Derek n'avait aucune idée de comment il avait réussi à éluder les questions de la grand-mère lorsqu'il dû passer par le jardin du shérif plutôt que par la porte d'entrée (pour ramasser la serviette Spider-Man de Stiles), mais lorsqu'il entra enfin dans la maison des Stilinski, Stiles était torse nu, en jogging, et il était assis dans le canapé avec le regard dans le vide.

Sans un mot, Derek le rejoignit sur le sofa. Un ange passa entre eux le temps qu'ils se rendent compte de ce qui venait de se passer. Après de longues minutes, Derek tendit la serviette vers Stiles.

- Tiens.

L'autre s'en saisit sans piper mot. Leurs regards se croisèrent.

- ... Mec, on peut prétendre que ça ne s'est jamais passé ?

Derek se contenta de détourner le regard et de hocher la tête mais Stiles insistait, livide. Il se leva soudainement et se mit à faire les cent pas :

- Non mais est-ce que tu pourrais genre le jurer ? Sur le pacte, la bible ou une notice de Doliprane si tu veux mais sérieux-...

- Ça ne sortira pas d'ici. Promit Derek en virant ses yeux dans ceux du plus jeune.

Les secondes s'étiraient entre eux et Stiles finit par se rasseoir en se jetant de tout son poids dans le canapé, expulsant par la même tout l'air de ses poumons. Ils restèrent immobiles pendant un moment. Mais le premier à exploser de rire, ce fut Derek. Stiles lui jeta la serviette au visage.

- Ne ris pas, Connard !

- Oh arrête, t'es bien foutu ! Se moqua Derek alors que Stiles venait de s'armer d'un coussin pour l'attaquer.

- Oh, tu veux peut-être que je mentionne ce fameux incident avec ta douche et ta voisine ?

Stiles se raidit, lâcha sa manette, se leva et poussa Derek vers la fenêtre, soudainement pressé de le suivre.

- Non, c'est bon, allons-y ahah, je te suis.

- c'est quoi l'histoire de la douche ? Demanda une dernière fois Lydia en plissant les yeux.

- Il m'a demandé de venir l'ai-... commençait Derek mais il ne put finir sa phrase parce que Stiles venait de le pousser par la fenêtre.

Un petit bruit souple de vêtements les avertis que Derek s'était réceptionné dans problème.

- Bye les gars c'était fun ! Déclara Stiles avec un faux sourire alors qu'il se glissait aussi sur le toit de Scott, suivant visiblement Derek.

Stiles retira un bout de mousse qui s'était coincée dans la ceinture de son jean en sautant du toit de la maison de Scott. Comme il ne voulait pas montrer aux autres qu'il était assez à l'aise avec les hauteurs pour se balader tranquillement sur les côtes des toits, il descendait des maisons sur le cul, comme un enfant qui descendait des escaliers. Parfois il demandait à Elle s'il n'était pas un chat, parce que c'était ridicule de savoir aussi bien se déplacer sur des fils ou des lignes. Elle se foutait souvent de sa gueule en lui disant que c'était bien une remarque d'humain, parce que les loups des montagnes passaient leur temps à longer des falaises sans que ça ne leur fasse ni chaud ni froid. Et aussi parce que toutes les meutes marchaient en ligne dans les traces des uns et des autres pour éviter de s'épuiser dans la neige. Il fallait visiblement être stupide pour croire qu'il n'y avait que les chats qui étaient capables d'être des équilibristes.

Stiles avait, suite à cette découverte, comparé la démarche des chats à la sienne quand il était un loup et s'était aperçut, un peu bizarrement -par le biais de Lydia en fait-, qu'il s'était mis à rouler du cul sous forme humaine depuis qu'il était capable de se transformer. C'était la raison pour laquelle il trébuchait tant au début : puisqu'il n'était pas encore habitué à marcher sans chaussures et surtout à marcher sur une ligne imaginaire comme les loups, les chats, voire comme les renards le faisaient, il passait son temps à se faire des croches-patte à lui-même et honnêtement, c'était foutrement ridicule. Maintenant, il était habitué à placer ses pieds l'un derrière l'autre, et ça lui donnait à la fois un air de mannequin et un équilibre hors pair.

Lorsqu'il atterri plus ou moins souplement au sol, Scott se pencha par la fenêtre pour le traiter de suceur de chien, ce à quoi il répondit par un majeur bien haut. Le fait qu'il se soit mis à utiliser la défenestration-contrôlée pour faire ses allées et venues en forêt ne voulait pas dire qu'il défendait la cause.

Quand il arriva à la hauteur de Derek -qui avait continué à avancer sur le trottoir depuis que Stiles l'avait poussé de la fenêtre-, ils étaient au niveau d'un lampadaire. Derek rangeait son téléphone dans sa poche et Stiles vint frôler naturellement son bras. Depuis le pacte, et surtout le mois qui l'avait suivi, ils étaient à l'aise avec le contact. Stiles était en quelques sortes heureux de leur relation. Elle fit remarquer narquoisement à Stiles qu'ils étaient très bien sans Derek - l'esprit nourrissait une rancune pointue pour l'auteur des cicatrices sur les côtes de Stiles- mais le jeune homme décida de l'ignorer parce que Derek avait une odeur tranquille et dénuée de colère, et ça voulait dire qu'il était de bonne humeur.

- Où est-ce que tu m'emmènes ? Dans ta tanière, ton repère de loup garou grincheux ?

Derek ne roula même pas les yeux et Stiles se demanda s'ils passaient déjà trop de temps ensemble. Il n'y avait que Scott et Lydia qui le connaissait depuis assez longtemps pour ne pas rouler les yeux.

- Au loft. On va prendre des affaires là-bas, et on part dans l'Oregon.

Stiles trébucha sur un caillou imaginaire.

- Dans l'Oregon ? Tu réalises que c'est à une dizaine d'heures de route et que je ne suis même pas en vacances ?

Ils étaient arrivés à la hauteur de la voiture noire et Derek se retourna vers Stiles de façon à ce que le jeune homme puisse voir un sourire narquois se peindre sur son visage. Stiles se figea quelques secondes, parce que les lampadaires jaunâtres semblaient tomber directement dans les yeux de Derek et ça lui donnait un regard transcendant alors même qu'il ne faisait pas flasher ses yeux.

- Etonnement, commença Derek en se glissant dans sa Camaro, quand j'ai parlé à ton père d'aller finir un truc important pour la meute dans l'Oregon, il m'a supplié de t'emmener.

- Mon père t'a supplié de m'emmener dans l'Oregon pendant les cours ?

- Il était heureux que "ça se finisse bientôt."

Ok, parfait. Son père était persuadé que ses magouilles nocturnes allaient prendre fin bientôt et que dès qu'il rentrerait, son fils serait redevenu le bon vieux Stiles pépère qui a seulement quelques cauchemars la nuit, pas une consommation astronomique de piafs et de lessives. Il jeta un coup d'œil à Elle en grimaçant. L'animal, assit sur ses pieds, avait relevé la tête en arrière pour le regarder aussi dans les yeux.

- Nop', dit-il en appuyant excessivement sur le "p". Laisse tomber, Stillégal, Voyage en Oregon ou pas, je reste dans ta tête mon pote.

Comme Stiles était en face de Derek, il ne pouvait pas rouler les yeux à son tour, parce que Derek tenterait probablement de lui refaire le portrait. D'ailleurs, Derek. Derek qui avait demandé à son père pour partir dans l'Oregon. Derek qui avait parlé à son père tout court ! Oh, Merde.

Stiles dégluti : son père avait probablement dit à Derek qu'il sortait la nuit et c'était moyennement bon signe. Derek n'était pas un type stupide et a vrai dire, il aurait voulu lui expliquer ça de lui -même, pas que le shérif lui coupe l'herbe sous le pied. Le noiraud lui jeta un coup d'œil quand le brun entra à son tour dans le véhicule de Derek, attendant visiblement une réponse.

Derek avait une expression ouverte sur le visage, et il affirmait indirectement sa fierté d'avoir réussi à mettre le doigt sur l'un des nombreux mystères autour de Stiles. Mais celui-ci n'en reflétait pas un seul morceau, et son odeur avait dû se faner parce que le noiraud se rembruni assez rapidement.

Le début du trajet se fit dans le silence, et au fur et à mesure, l'humeur d'abord amusée de Derek s'aigrit. Il s'était attendu à ce que Stiles prenne directement la perche qui lui était tendue et qu'il avoue ce qui avait provoqué la réaction de son père. Qu'il avoue ses petits secrets, maintenant qu'il avait été pris la main dans le sac. Mais l'adolescent était muet comme une carpe, et il regardait la route en silence, l'air de rien.

Stiles fut à moitié surpris lorsque la Camaro se gara sur le parking du loft et que Derek en verrouilla les portières, fixant longuement Stiles. Celui-ci, la main posée sur la poignée, n'essaya même pas de l'ouvrir. Il se tourna vers Derek comme s'il faisait face à la mort. Il détestait cette situation : tout se passait bien jusque-là et il n'avait pas envie de casser quoi que ce soit. Surtout la presque bonne ambiance entre eux. La dernière fois qu'il avait tenté de parler de ça, Derek et lui c'étaient engueulés au point qu'Elle et lui se soient dissociés.

- Depuis quand tu sors en pleine nuit ? Demanda de but en blanc le loup garou, sans être spécialement agressif. Ou en tout cas moins que d'ordinaire.

Stiles ne répondit pas tout de suite et Elle se moqua de lui sur la banquette arrière.

- Ce n'était pas toi qui voulais faire ami-ami avec Derek pour tout lui dire, Stiles ?

L'adolescent aurait voulu fusiller le loup du regard. Mais il resta immobile et silencieux. Perdant patience, Derek soupira et sortit de la Camaro, mâchoire serrée. Stiles en sortit précipitamment à son tour, rattrapant le loup garou à la hâte.

-Ok, je vais t'en parler.

Derek se tourna vers lui avec un sourcil relevé, attentif. Hagard, Stiles commença à chercher ses mots pour trouver les plus justes.

-Alors, ça va peut-être te paraitre un peu soudain et probablement te prendre au dépourvu, mais-... Oh mon dieu, il ne faut pas que tu penses que c'est une menace ou un truc dans le genre, c'est juste là, et ce n'est pas comme si j'y pouvais grand-chose. Enfin, si, je pourrais probablement rester à la maison, mais honnêtement, ce n'est pas comme si j'en avais envie et-... Il y a vraiment une méthode précuite pour dire ça à quelqu'un ? Je ne sais même pas par quoi commencer...

- Le début ? Proposa Derek en plissant les yeux

- Huh ? Quel début ? Y'a un début ? Demanda Stiles à haute voix. Elle, assit à côté de lui, haussa les épaules.

La réponse rebuta le noiraud qui leva les yeux au ciel avec la vague impression d'être prit pour un con.

- Tu sais quoi, Stiles ? Laisse tomber.

- Non, attend ! J'ai envie d'en parler, je te jure, mais c'est juste que je n'y connais pas vraiment grand-chose, et je n'ai pas envie que toi ou les gars interprétiez mal la situation. Vous êtes tous super protecteurs et tout, et normalement quand la meute ne pige pas bien un truc ou un danger, c'est à moi d'éclaircir la situation. Mais dis-toi que là, même moi j'ai du mal à la comprendre. C'est juste... pas encore le moment.

- Je me demande quand ça sera le bon moment, grinça sarcastiquement Elle.

Stiles avait envie de lui foutre un poing. Ils avaient déjà beaucoup réfléchi à la manière de l'annoncer à la meute. Mais peu importe comment, l'issue tournait toujours au cauchemar. Ils avaient même tenté de faire des crash test de coming out sur des forums bizarres sur internet et globalement soit les gens le prenaient pour un possédé soit il lui assimilait des caractéristiques de TDI ou de schizophrénie. Et bon dieu. Stiles avait déjà été possédé, et sa mère était morte de dégénérescence fronto-temporale, alors si même des inconnus le prenaient pour un fou, qu'est-ce qu'il en serait de ses potes qui connaissaient ses passifs ? Ce n'est pas comme s'il existait un manuel pour dire aux gens qu'on entend des voix. Bien sûr que c'était flippant. Et s'il existait un truc encore plus flippant c'était bien Eichen House.

Derek regarda Stiles en silence, le détaillant longuement.

- ... Tu es en danger ? Demanda-t-il d'une voix calme.

- Non. Affirma Stiles derechef en appuyant sa réponse d'un mouvement de la tête

- Tu nous demanderais de l'aide si c'était le cas ?

- Evidemment !

- Ok. Articula lentement Derek en fermant les yeux une seconde de plus.

Le plus jeune observa son visage calme et serein, et il senti à quel point le loup garou lui remettait toute sa confiance.

- Okay ? Répéta Stiles, surpris.

- Hm. Si y'a pas de danger, tu ne me dois pas vraiment d'explication. Il disparut dans le hall du loft en laissant Stiles, muet, à l'entrée.

Il ne resta pas longtemps seul dehors, a vrai dire, parce que Derek ressortit aussitôt avec une autre clef de voiture dans les mains.

- Argent m'a prêté un SUV pour le trajet.

- Argent ? Chris Argent ? Pour aller dans l'Oregon ?

- Hm.

Un sac de sport sous le bras, Derek se dirigea vers un SUV gris garé un peu à l'arrière du loft.

- Et qu'est-ce qu'on va y faire ? Dans l'Oregon, je veux dire, pas dans la voiture.

- Garton ne m'a pas répondu depuis 3 semaines, ça m'inquiète.

- Oh. Le loup qui s'est fait mordre par un loup garou évolué, c'est ça ?

- Ouais.

- Et de tous les membres de la meute, je suis vraiment le type le plus apte à cette mission ? Non mais parce que je crois que je suis humain, et qu'en fait, un loup garou évolué, c'est genre un gros machin avec des dents, des griffes et tout le tintouin, Derek.

- Certes.

- Comment ça, "certes" ? Ce n'est pas une réponse, "certes" !

- C'est un oméga évolué qui en a après les loups garous et tu es un humain qui connait les omégas, les évolués et qui sait comment utiliser les herbes que j'ai pris du caveau. Donc oui, tu es le plus qualifié.

Il ouvrit le coffre pour y déposer le sac de sport en plus, lequel contenait des vêtements pour Stiles. Il désigna ensuite un carton dans lequel plusieurs bocaux étaient entreposés

- Liam aussi sait comment utiliser ces trucs-là.

- Mais Liam est un idiot, et il a des examens à préparer.

- Moi aussi j'ai des examens à préparer ! Protesta le plus jeune.

- Mais toi tu n'es pas un idiot.

Stiles ne sut pas quoi répondre à ça.

- On part pour 3 jours. Je vais faire en sorte de conduire la nuit, histoire d'éviter le gros des bouchons.

- Mon père est vraiment d'accord avec ça ? Demanda Stiles en se glissant sur le siège passager.

Pour toute réponse Derek s'assit au volant et désigna une sacoche aux pieds de Stiles dans laquelle son Adderral, son PC et ses chargeurs avaient été fourrés à l'arrache. Il n'y avait que son père pour connaitre ses indispensables. Même Scott oubliait toujours sa lampe torche Batman qui faisait des faisceaux lumineux en forme de chauve-souris.

La première partie du trajet prit fin quand Stiles commença à insulter Derek de tous les noms d'oiseaux qu'il connaissait. Mais littéralement. Alors quand ils en vinrent à traverser une petite ville de campagne, Derek pila quand Stiles le traita de Bergeronnette malgache, rendant les armes par la même occasion. En fait, ils avaient commencé un débat autour du fait qu'on ne pouvait pas faire 11 heures de route d'affilée sans faire de pause ni dormir, ce que Derek contrecarrait par un grognement et par des flashs lumineux. Stiles s'était d'abord engagé dans une diatribe sur les vertus du sommeil, et sur la part humaine des loup garous. Aussi sur le fait que même un loup dort, alors si un loup et un humain doivent dormir, un loup garou aussi. Il était en train de commencer un exposé de sécurité routière au bout de la 4ème heure de trajet quand Derek avait commencé les hostilités en l'insultant.

Depuis, ça faisait presque 2 heures que Stiles lançait un nom d'oiseau du fin fond de Tanzanie et d'arctique a intervalle plus ou moins régulière. Mais quand il en vint a la bergeronnette malgache, s'en était trop pour Derek visiblement. Alors ils avaient fait une pause. Et pendant que Stiles avait réservé un hôtel pour la nuit, Derek avait profité du silence. Ils partirent ensuite à pied chercher de quoi faire des sandwichs, tout en réapprenant à utiliser leurs jambes suite aux 5 heures de trajet qu'ils avaient avalé. Comme ils étaient partis tard dans la soirée hier, ils n'avaient pas dormi de la nuit et ils étaient exténués.

Alors qu'il s'endormait dans un lit attenant à celui de Derek, Stiles sentit sa tête et toute la pièce chauffer. Ses tempes brûlaient et il était pris de maux de tête qui n'arrangeaient rien à sa sensation d'étouffer dans la pièce. Il avait tellement chaud qu'il n'arrivait pas à trouver une position confortable dans les draps, finissant même par les repousser au bout du lit. Il demanda à Elle d'aller dormir dans ses souvenirs parce qu'il crevait de chaud et que sa chaleur sur son flanc lui donnait envie de vomir. Elle lui lécha le visage en lui souhaitant bonne chance pour trouver le sommeil mais si Stiles fut reconnaissant a la bête brune de ne pas avoir opposé de résistance, ce n'était pas pour autant qu'il sut trouver une position qui l'importunait moins.

A moins de 3 mètres de lui, Derek ne s'en plaignait pas alors qu'il aurait pu lui rabrouer plusieurs fois de s'immobiliser. Mais le loup garou s'était visiblement endormi comme une masse après le trajet de 6 heures qu'ils venaient de faire. Et puis, ils avaient veillé toute la nuit. Alors après avoir remué jusqu'à trouver une position plus ou moins confortable, Stiles finit par s'endormir d'épuisement.

S'il était déjà en sueur quand il commença à dormir, il émergea de sa courte période de sommeil en nage, et la main de Derek sur son épaule.

- Tu faisais un cauchemar. Lui dit seulement le noiraud comme pour justifier leur proximité.

Stiles ne répondit pas, sortant des limbes du sommeil en passant sa main sur sa nuque et son visage trempé. Il se redressa en position assise sur le lit. Le soleil venait de se lever, alors ça signifiait qu'il n'avait pas dormi plus de 2 heures. A côté de Derek, Elle était assis avec sa queue sur ses pattes, attentif aux mouvements de Stiles. Il devait vraiment avoir remué dans son sommeil pour avoir réveillé à la fois Derek et l'Esprit Lupin.

- ça va ? Demanda Derek.

Si le loup n'avait pas une trace de son oreiller qui lui barrait la joue, on aurait pu croire qu'il était debout depuis des siècles et Stiles en était un peu jaloux, parce qu'il avait l'impression d'être le seul à ne pas se réveiller parfait et pimpant. Surtout actuellement, trempé de sueur, probablement cheveux en pétard et les joues rouges. L'adolescent se figea un peu à la question. Parce que plus personne ne posait de questions a Stiles sur ses cauchemars depuis le Nogitsune.

- Oui, ça va. Je crois.

- Je pensais que tu n'en avais plus. Dit doucement Derek en s'asseyant sur le coin du lit plutôt qu'accroupi sur le sol.

- De quoi ?

- Des cauchemars.

- Je n'en ai plus. Enfin plus comme avant. Affirma Stiles. Mais je suppose que ça arrive a tout le monde de temps en temps.

Les yeux clairs de Derek étaient plus froids sur sa peau que la sueur qui avait fini par se glacer dans le bas de son dos. Il détourna le regard.

- ... Qu'est-ce que c'était cette fois ?

Stiles massait ses yeux avec ses doigts quand il entendit la question, et il n'ouvrit alors qu'un œil vers Derek, sa main pinçant toujours l'arrête de son nez.

- Euh, tu veux vraiment qu'on parle de mes cauchemars ?

- Je t'ai déjà parlé des miens. Évoqua Derek en haussant les épaules, l'air de rien.

Stiles se souvenait. C'était après la soirée frites chez son père. Ils avaient discuté un peu sur le perron avant que Derek ne rentre chez lui. Son père avait été un enfer sur pattes (encouragé par son fils, évidemment) et il avait passé la soirée avec le téléphone en hautparleur à demander des photos de Derek ado à Cora. Photos que Cora envoyait maintenant une fois par mois sous forme de carte postale pour les coller sur le frigo de la meute. Puis le Shérif avait mis les deux garçons dehors en se désignant pour débarrasser la table et faire la vaisselle.

Une fois dehors, Derek avait remercié subtilement Stiles. Sans jamais dire merci, mais en disant qu'il ne savait même pas qu'il restait des traces de sa famille avant l'incendie. Il avait complètement oublié que les drives et les boîte mail existaient déjà à l'époque et que sa famille avait l'habitude de s'envoyer des clichés horribles après leurs sorties de groupe. Puis il avait ajouté à demi-mot que tout ce qu'il gardait de sa famille, c'était l'odeur des cendres, les 3 SMS qui se battaient en duel entre Cora et lui, et ses cauchemars. Des cauchemars de l'incendie et de sa famille qui disparaissait sous son regard impuissant. Stiles avait collé son épaule à celle de Derek d'une manière un peu moins maladroite et bizarre que ce qu'il avait imaginé et après de longues minutes de silence, le loup garou s'était levé et était rentré chez lui.

Stiles décida de lui en parler. C'était Derek. C'était ok.

- C'était un arbre énorme en pleine montagne. Expliqua Stiles. Un arbre qui aurait pu être ce que le Nemeton de Beacon Hill serait s'il n'était pas une souche. Je courrais vers lui dans la neige, poursuivi par des flammes... Il y avait des gens qui attendaient que j'atteigne ce foutu arbre pour être sauvés mais j'étais si lent. Et le feu avançait si vite.

Il était assez facile de se rendre compte qu'il ne disait pas tout, et que courir dans la neige n'était pas un cauchemar en soit, même si le feu pouvait être ennuyant. Mais personne n'avait vraiment besoin de l'entendre pour savoir qu'il y avait sûrement des morts autour de lui dans ce rêve. Surtout pas Derek.

C'est d'abord Elle qui grimpa en premier sur le lit, utilisant les pieds de Derek pour se hisser dessus. Mais très vite, Derek s'installa correctement sur le matelas du garçon à son tour, sans pour autant aller jusqu'à se glisser sous la couette. Mais il était assis à côté de Stiles sur un lit trop petit et leurs épaules se touchaient. L'hyperactif se sentait un peu intimidé, mais la chaleur du loup garou contre son épaule avait quelque chose de plus rafraîchissant que la moiteur de ses cauchemars. Il ne savait pas trop pourquoi.

- Tu as déjà vu de la neige ? Demanda Derek d'un ton calme et bas. La Californie n'a pas vu de neige depuis pas mal d'années. En fait, je ne me souviens même pas de la dernière fois.

- Eh bien, j'ai longtemps cru que c'était un complot du gouvernement, commença Stiles avec beaucoup de reconnaissance pour l'effort que faisait Derek en commençant une conversation a sa place. Mais un jour je suis parti en vacances avec mon père, Mélissa et Scott. C'était un peu avant les vacances de Noël, y'a 3 ans. Je m'en souviens parce que j'ai raté un cours d'anglais avec une prof vieille et aigrie, et cette connasse m'a fait rattraper l'interrogation dès la rentrée en début d'année.

Il était en train de parler de la recette de sa pizza préférée quand le sommeil le happa à nouveau, une vingtaine de minute plus tard. Derek se laissa bercer par sa respiration et s'endormit aussi, plus serein. Elle monta la garde pour eux, allongé sur les jambes de Stiles.


Moi ? En retard ? Vous exagérez ! (Non pas du tout).

Je suis tellement désolée de revenir après littéralement un an de pose (Pourquoi j'ai l'impression que cette année a duré 2 jours ?). Si vous passez encore par ici et que vous n'avez pas perdu espoir entre temps, j'espère que vous apprécierez ce chapitre qui a mis tant de temps à venir.

(Promis, je ne vous ferais pas poireauter un an la prochaine fois ;-; )

Review :
Angelyoru : Alors déjà, je suis vraiment désolée pour le retard de réponse ( je n'ai aucune idée de comment j'ai pu ne pas me rendre compte que je n'avais rien posté pendant 1 an alors même que je continuais à écrire) Ensuite merci infiniment de continuer à lire (il en faut du courage !). Je suis tellement contente de voir que le Badass!Stilette que j'ai essayé d'écrire te plaît hehe ... et pour ce qui est de la relation de Derek et Stiles : ça avance, ça avance ! (j'ai hâte de publier)
Un coeur sur tous les petits fantômes qui sont passés par là ! Merci pour vos fav (je les mérite pas ;-;)

à Bientôt,
Werikyu
(Promis cette fois je prends pas des plombes ! è-é)