Chapitre 48
J'ai vu l'éternité l'autre nuit
Comme un immense anneau de lumière pure et infinie
Tout de calme autant qu'éclatant,
Et dessous fait d'heures, de jours et d'ans,
Entraîné dans la ronde des sphères, le temps
Pareil à une ombre immense se mouvait
Où le monde et son cortège se ruaient.
Henry Vaughan, The World
La demeure des Moon consistait en une belle et vaste maison d'architecte aux colonnades de marbre construite à flanc de colline. Contrairement à bon nombre de maisons de sorciers, elle n'était pas isolée au milieu de la campagne, mais entourée par des villas moldues de belle facture. Seul un haut mur magique de briques blanches clôturait le large parc arboré de la demeure. Mr Moon racontait à qui voulait l'entendre qu'il avait totalement insonorisé sa propriété et que ses voisins, bien que moldus, n'étaient pas dérangeants ; il ne pouvait cependant s'empêcher de jeter quelques regards inquiets en accueillant ses invités.
Les sorciers richement parés affluaient alors qu'il n'était pas encore midi. Aidlinn était arrivée en avance et attendait à l'ombre d'un peuplier, plus bas dans la rue déserte. Elle avait transplané maladroitement, inquiète à l'idée de ne pas réussir, et se retrouvait désormais à scruter le haut de la rue dans l'espoir d'apercevoir une silhouette familière. Elle pouvait distinguer la silhouette de Mr Moon et ses éclats de voix chaleureux, le portail ouvert sur une allée de cailloux blancs encadrée de parterres fleuris, le pan d'une toile de tente qui flottait au vent. Le soleil tapait fort et l'atmosphère était lourde ; la jeune fille devait fréquemment essuyer ses paumes moites sur les plis de sa robe. Un craquement remua l'air à côté de sa cachette et un sorcier apparut. Elégant, droit et élancé, Edern Avery se tourna immédiatement vers le peuplier où ils s'étaient donné rendez-vous. Il lui lança un sourire alors qu'elle s'extirpait de sa cachette et consulta sa montre.
-Tu es en avance, je suis pile à l'heure. Je savais que tu mourais d'envie de revoir Melyna.
-Où est Mulciber ? demanda plutôt Aidlinn en ignorant la pique.
-Il vient avec Andrew.
Ils marchèrent jusqu'au portail où Mr Moon discutait avec un couple de sorciers au fort accent russe. Derrière l'hôte, deux molosses aux yeux rouges étaient assis de chaque côté de l'entrée, la bave pendant de leurs crocs apparents. Moon jeta un rapide coup d'œil aux deux adolescents :
-Edern Avery ! Comment vont tes parents ? Ils ne sont pas encore arrivés, il me semble… Et tu dois être la fille de Mr Rowle, hmm.
-Aidlinn, compléta l'intéressée.
-Aidlinn Rowle ! Ton père va venir aussi, n'est-ce pas ? Il n'a jamais répondu à ma lettre, j'imagine qu'il doit être très occupé.
Les deux sorciers russes échangèrent un rictus alors qu'Aidlinn acquiesçait maladroitement – elle ignorait où son père se trouvait, leurs rapports s'étant raréfiés depuis la fugue d'Isaac. Malgré la chaleur, ils portaient des vêtements en peau d'animaux. Tous les deux étaient de carrure imposante ; la femme portait un rouge à lèvres écarlate qui tranchait avec son teint pâle, l'homme avait les cheveux si blonds qu'ils paraissaient blancs sous la lumière du jour.
-Tatiana et Vassili Orlov, souffla Avery à Aidlinn quand ils s'éloignèrent. Pas vraiment le genre de personnes qu'on a envie de se mettre à dos.
Dans le jardin, des tentes avaient été dressées pour garantir de l'ombre aux invités. Il y avait une estrade à l'ombre de deux grands arbres qui accueillait un groupe dont les membres jouaient une musique populaire. Des banderoles colorées pendaient entre les hautes branches.
Aidlinn et Edern rejoignirent Mulciber, Andrew et Rodolphus qui s'étaient postés dans un coin, légèrement tendus en dépit de l'atmosphère détendue de la fête.
-Ton frère n'est pas encore arrivé ? demanda Rodolphus à Aidlinn.
Il ne savait pas, bien sûr, qu'elle ne l'avait pas revu depuis des jours, depuis qu'il s'était disputé avec son père et avait disparu dans la nature sans penser à elle.
-Je ne sais pas s'il viendra, maugréa-t-elle avant de pivoter vers Avery qui lui avait mis un coup de coude.
-Regarde Aidlinn, il y a ton cher cavalier…
Il désignait Dan Heston, qui, l'air solennel, discutait avec des sorciers aux expressions éminentes.
-Il travaille au département de la justice magique, maintenant, indiqua Rodolphus.
-On devrait lui dire de venir, reprit Avery avec un sourire arrogant.
A ces mots, il fit un grand signe de la main en direction de Dan. Ce dernier le vit et ne sembla tout d'abord pas y accorder d'importance, mais lorsque sa conversation sembla terminée, il s'approcha d'eux pour les saluer.
-Ça fait un moment. Bravo pour la Coupe de Quidditch, Williams m'a raconté, j'aurais aimé être là pour voir ça.
Les garçons refirent le match, racontant des anecdotes qu'ils avaient déjà énoncées des dizaines de fois à leurs camarades de maison. Heston hochait la tête avec politesse et, s'il semblait déçu de ne pas avoir pris part à la victoire et gêné de les retrouver ici, il se montra parfaitement amical. De temps en temps, il lui arrivait de jeter des coups d'œil vigilants autour de lui et Aidlinn ne pouvait s'empêcher de se demander s'il redoutait la venue d'Evan Rosier.
Dan tenta plusieurs fois de se placer près d'Aidlinn, la pressant de questions auxquelles elle répondait évasivement, l'esprit bien loin de la dernière soirée qu'ils avaient passée ensemble. Elle aussi parcourait régulièrement les alentours du regard, en quête de visages familiers. Ce fut ainsi qu'elle croisa les yeux d'onyx d'Ozarine Shafiq, qui la fixait à l'ombre d'un pommier du Japon. Elle se tenait debout au milieu des pétales vives recouvrant l'herbe verte et rase, sa tête effleurant une branche basse, un mystérieux sourire aux lèvres. Elle lui fit un petit signe de la main et s'enfonça dans la foule.
Réselda Beurk et Séphronie Parkinson s'étaient approchées pour saluer leurs anciens camarades de Poudlard.
-Salut les filles, les salua Andrew avec bonne humeur. Alors comment se sont passés les A.S.P.I.C. ?
-Très bien pour ma part, j'ai tout obtenu à l'exception de la métamorphose, disait Beurk en fronçant le nez alors que Séphronie confirmait aussi que tout s'était bien déroulé. Et pour vous ?
Elle leur avait décerné un regard sévère qui signifiait qu'elle en doutait profondément.
-Plutôt bien aussi, répondit tranquillement Andrew. Rodolphus a été excellent en potions et en botanique, pas vrai Rod' ? Mais je crois que celui qui a le mieux réussi était Isaac, il a même reçu les félicitations de ses professeurs.
Aidlinn, qui avait assisté à l'échange avec grand intérêt, tenta de ne pas afficher sa surprise. Son frère n'avait jamais mentionné ses résultats aux examens avant de disparaître.
-Surprenant, quand on connaît le nombre d'heures qu'il passait à vagabonder dans les couloirs, reprit Réselda d'un air sceptique. Je lui aurais volontiers adressé mes félicitations, mais je ne l'ai pas vu aujourd'hui, pas plus que Rosier d'ailleurs.
Il était toujours surprenant de constater qu'Evan n'avait jamais créé de lien assez étroit avec les élèves de sa propre maison pour qu'ils osassent l'appeler par son prénom.
-Oh il me semble que ça a été pour Evan aussi, répondit Andrew d'un air amusé.
-C'est incroyable comme il a toujours eu le don de s'en sortir, reprenait Réselda, partagée entre admiration et agacement.
-Je ne sais pas si un quelconque don pourrait avoir quelque chose là-dedans.
A la mention d'Isaac et d'Evan, Heston se rembrunit et s'éloigna en compagnie de Beurk et Parkinson, qui semblaient ravies de le voir et voulaient tout connaître de son nouvel emploi.
-Réselda peut se montrer tellement agaçante, marmonna Rodolphus en fronçant ses épais sourcils.
-C'est marrant que tu dises ça, Rod', car elle produit exactement le même effet que toi, souligna Avery d'un air goguenard.
-C'est dommage que les Bulstrode soient aussi mal considérés, j'aurais été content de revoir Théomantine. Elle m'a dit qu'elle avait envie de s'enrôler, reprit Andrew.
-Il faudrait déjà qu'elle apprenne à tenir sa bouche fermée, ricana Avery.
-Oh non, regardez, même Rachel Minchum est venue, soupira Mulciber.
-Evidemment, qu'elle est venue, c'est la fille du ministre.
Aidlinn tourna la tête avec intérêt pour apercevoir l'ancienne élève de Serdaigle s'adresser avec assurance à deux sorcières qui devaient avoir le double de son âge. Elle fut curieusement heureuse de l'apercevoir, leurs rapports avaient toujours eu une agréable touche de fraîcheur, un étrange goût d'inconnu, comme leurs deux mondes entraient en collision avec fracas à chaque entrevue.
-Voilà Evan, signala Mulciber.
-On devrait te transformer en tour de guet, ça t'irait à merveille, se moqua Avery.
Effectivement, Rosier était apparu à l'entrée de la propriété, sur laquelle les jeunes gens avaient une vue parfaite. Il remonta dignement l'allée de graviers, s'arrêta régulièrement une fois dans le parc pour serrer les mains de sorciers qui se présentaient devant lui.
-Un vrai ministre, le railla Avery, qui était décidément d'humeur irritable.
-Son père mort, il ne reste que lui comme représentant des Rosier, rappela Rodolphus avec sagesse. On dit que sa mère ne va pas fort, mais ne le répétez pas devant lui. Les autres doivent se frotter les mains en pensant pouvoir l'abuser – j'ai entendu qu'Abraxas Malefoy et Crabbe le harcelaient à propos d'un projet immobilier.
Aidlinn eut un pincement au cœur en pensant à tout ce qu'Evan devait affronter et dont elle n'avait pas idée. L'espace d'un instant, elle s'en voulut de le juger si sévèrement lorsqu'il se montrait égoïste ou indélicat, mais elle était incapable d'oublier un seul des sentiments, bons ou mauvais, qu'il avait fait naître en elle toutes ces années. Il finit par les rejoindre, l'air plus vieux dans son costume admirablement coupé, avec ses boutons de manchette en or véritable, sa montre incrustée de diamants noirs, ses chaussures cirées pour la circonstance. Ils se saluèrent sans cérémonie et il y eut un silence.
-Tu as raté Réselda, l'informa Andrew. Elle voulait absolument comparer ses résultats aux A.S.P.I.C. aux tiens, mais je lui ai sous-entendu qu'elle perdait son temps.
Rosier n'eut pas l'air surpris.
-Elle peut toujours revenir me voir si elle le désire.
Tout le monde rigola, car il était évident qu'elle ne reviendrait pas. Réselda avait toujours critiqué Rosier dans son dos – elle s'était mise à le détester dès leurs premières années à Poudlard – mais n'avait jamais osé l'affronter directement.
-Vous avez vu que Mr Moon a invité Robert McGonagall ? renifla Rodolphus, l'air sérieux. Il ne doute de rien à inviter des progressistes. Ça ne lui suffisait pas d'inviter Minchum ?
-Je pense que c'est plutôt nous qui sommes invités en plus des têtes d'affiche du Ministère, remarqua Andrew. On pourrait voir ça comme une infiltration.
-Parle pour toi, ma famille a ses entrées dans toutes les sphères. Si mon père croise McGonagall, il va être furieux.
-McGonagall comme dans Minerva McGonagall ? demanda Aidlinn en faisant le lien avec leur professeur de métamorphose.
-C'est son frère, je crois, les informa Andrew. C'est lui là-bas.
Il montrait au milieu de la foule un homme à mi-chemin entre la trentaine et la quarantaine, le front légèrement dégarni.
-Robert McGonagall n'a rien d'un invité de marque, c'est un auror, siffla Rosier avec hostilité. Ce n'est sûrement pas le seul que Moon ait engagé pour que tout se passe bien. Je ne suis pas sûr que cet homme parviendrait à retrouver un éléphant dans une galerie des glaces, mais restons sur nos gardes.
-Tu dis ça, mais tu lui as serré la main, dit Mulciber.
-Bien sûr, maintenant il sait que je l'ai vu.
Les garçons finirent par se disperser pour profiter de la réception. Avery et Mulciber étaient partis saluer les Greengrass, Wilkes avait aperçu le fils McMillian dans la foule.
-Je dois vous laisser, mon père me fait signe. Il a sûrement envie de me présenter à ses associés de manière plus officielle, maintenant que je suis diplômé, déclara Rodolphus d'un air résigné.
Aidlinn sonda la foule du regard à la recherche de son propre père, mais en déduisit qu'il n'était toujours pas arrivé. Elle se tourna vers Rosier, mais celui-ci fixait un homme qui tentait de s'arracher à la foule pour les rejoindre.
-Allons par ici, dit-il en lui indiquant les nombreuses silhouettes regroupées autour d'une fontaine qui crachait un jet d'eau clair. Crabbe va encore vouloir me parler affaires. Il s'est mis en tête de créer des logements sorciers de luxe dans Kelsington et veut absolument mon appui.
-Qui voudrait habiter en ville au milieu des moldus ? demanda Aidlinn en pensant à toutes les demeures cachées des sorciers les plus riches qu'elle connaissait.
-Aucun sorcier digne de ce nom, confirma Rosier. Dans tous les cas, je lui ai déjà dit que cela ne m'intéressait pas.
-Alors pourquoi insiste-t-il ?
-Il se bat pour obtenir ce qu'il veut – c'est ce que nous faisons tous, non ?
Ils avaient réussi à se frayer un chemin jusqu'au pied de l'imposante fontaine. Au centre du grand bassin, une dryade à genoux crachait de l'eau vers le ciel et les gouttelettes ruisselaient sur sa chevelure figée. D'autres jets jaillissaient des pieds de la statue, créant un bruit d'écoulement assez puissant pour protéger une conversation. Aidlinn saisit l'occasion que lui offrait Rosier :
-Tu sais où est mon frère, n'est-ce pas ? Il est venu te voir, c'est évident.
Rosier garda le silence, visiblement pris au dépourvu.
-Il n'a même pas daigné me laisser un message, continua-t-elle, la gorge soudainement serrée.
Elle avait cru qu'elle pourrait s'exprimer sans mal sur le sujet face à Rosier, mais la tristesse et l'incompréhension de la désertion de son frère lui brouillèrent la vue. Pourquoi était-il parti ainsi, sans même une pensée pour elle, la laissant derrière lui comme si elle ne comptait pas ? Evan la dévisagea avec une certaine compassion, ses yeux de bronze plus doux qu'à l'accoutumée.
-Je suis désolé. Il le fera.
C'était l'aveu le plus précis qu'il pouvait lui faire. Aidlinn sentit une horrible bouffée de jalousie l'envahir à l'encontre de Rosier. Isaac était venu le voir lui, alors qu'il n'avait eu aucune pensée pour elle, alors qu'il l'avait abandonnée ; il avait préféré son meilleur ami à sa sœur. Elle recula, écœurée. Evan fronça les sourcils en remarquant sa réaction.
-Ce n'est pas aussi simple que tu le penses. Et ça ne sert à rien de m'en vouloir.
Aidlinn hocha froidement la tête, consciente que sa réaction était puérile, mais incapable de faire bonne figure.
-Tu pourrais m'emmener le voir.
-Impossible, rétorqua Rosier. J'ai promis de le laisser tranquille.
Le ton de sa voix était si implacable que la jeune fille soupira.
-Tu vas te fâcher contre moi alors même que tu portes mon cadeau ? enchaîna-t-il, ses yeux effleurant la petite pierre rouge reposant contre la clavicule de la jeune fille. Il te va bien.
Aidlinn le remercia, incapable de rester insensible aux inflexions joviales de la voix d'Evan, incapable d'ignorer un compliment de sa part. Son frère pouvait attendre, non ? C'était lui qui était parti, elle-même n'y était pour rien. Ils restèrent quelques minutes à discuter de sujets plus légers, des projets d'Evan maintenant qu'il était diplômé – il avait eu d'excellents résultats à ses A.S.P.I.C. mais n'avait pas l'intention de s'employer quelque part-, des choses qu'Aidlinn devrait faire à Poudlard, selon Evan, ou plutôt ce qu'elle ne devrait pas faire – ne pas suivre Avery dans ses plans délirants, ne pas se faire remarquer, ne pas se confier à qui que ce fût.
Aidlinn écoutait en se demandant si elle y arriverait. Aujourd'hui, ses recommandations avaient un aspect rassurant et elle appréhendait l'année à venir sans son aura protectrice. Elle ne savait même plus ce qu'elle pouvait éprouver pour lui, après tout ce qui s'était passé. Les horribles souvenirs attendaient toujours dans un coin de son esprit et si la présence de Rosier avait le don de les faire remonter à la surface, il possédait aussi le pouvoir de les tenir un peu à distance. Elle pensa à ce qu'elle lui avait dit, le soir de son anniversaire : je ne vois pas comment les gens pourraient t'oublier, se demanda s'il y songeait aussi. Mais ils se trouvaient dans la maison de Melyna Moon, Melyna qui avait su charmer Rosier alors qu'Aidlinn n'avait pas réussi, et Aidlinn ne pouvait pas rivaliser.
-Aidlinn Rowle, Evan, quel plaisir d'enfin vous rencontrer en même temps.
Ozarine Shafiq était apparue en silence et les observait avec malice. Un jeune homme de taille moyenne, habillé d'une chemise bleu ciel et qui possédait la même peau cuivrée et les mêmes iris noirs que la jeune femme, l'accompagnait.
-Aidlinn, je te présente mon frère Xalème.
Le jeune homme hocha la tête avec gravité, le visage parfaitement lisse.
-Ozarine, toujours là où on ne t'attend pas, fit Rosier avec courtoisie.
Aidlinn fut surprise de lire un certain respect sur son visage, tandis qu'il s'adressait à la jeune femme, mais aussi de constater le même respect sur le visage d'Ozarine. Xalème Shafiq, en revanche, ne réagit pas.
-Mr Moon m'avait promis que ce serait une grande réception, expliqua Ozarine. Je ne pouvais pas rater ça. Vous avez vu sa volière, à l'arrière du parc ? Elle est remplie de vivets dorés.
-Je ne savais pas que tu te passionnais pour les oiseaux, répliqua Evan avec ironie.
-Je les préfère en liberté et heureux.
Les deux jeunes gens échangèrent un sourire froid, tandis que Xalème et Aidlinn demeuraient interdits.
-Mon frère Xalème poursuit ses études à Durmstrang, poursuivit Ozarine. Voilà pourquoi vous ne vous êtes jamais croisés à Poudlard.
Aidlinn tenta d'imaginer la fille Shafiq au milieu des élèves de Durmstrang, dans un château glacial au milieu des forêts enneigées, vêtue d'une robe rouge sang, elle qui semblait si distinguée. Ozarine intercepta son regard et sourit :
-Moi, je n'ai pas eu le droit d'y aller, mon père disait que ce n'était pas un endroit pour une jeune fille.
-Et il avait raison, compléta Xalème sans l'ombre d'un sourire.
-Peu importe, il est vrai que j'étais très bien avec mon précepteur, mais parfois je vous envie, vous tous qui avez bénéficié de tant d'heures de liberté.
Elle prit un air rêveur alors que Rosier se tournait vers Xalème :
-Tu dois sûrement connaître un certain Igor Karkaroff, non ? Il étudiait là-bas, mais il a terminé il y a plusieurs années.
-En effet, ce nom me dit quelque chose, répondit prudemment Xalème. C'est un de tes amis ?
-Une connaissance, plutôt. Il m'avait parlé de votre école.
A l'air sombre de Rosier, Aidlinn déduisit qu'il ne devait pas beaucoup apprécier cet homme, pas plus que Xalème. Les deux jeunes hommes échangèrent sur l'école, Rosier paraissant assez curieux et même envieux des enseignements que Xalème pouvait suivre.
-Il est regrettable qu'on ne forme pas davantage sur la magie offensive à Poudlard, mais peut-être est-ce mieux de ne pas rendre ce savoir accessible à n'importe qui, disait Rosier. Karkaroff m'a dit que Durmstrang n'accueillait pas les nés-moldus.
-C'est vrai, confirma Xalème. Cela évite tous ces problèmes que vous pouvez avoir à Poudlard, avec ces gens qui ne respectent pas leur place.
Xalème leur raconta aussi l'ambiance glacée du château entouré de montagnes hostiles et de forêts profondes, la sévérité des professeurs, les courtes journées d'hiver où ils finissaient d'étudier après que la nuit fût tombée, mais aussi les belles escapades estivales durant lesquelles ils partaient survoler le parc à dos de balais, se baignaient dans l'eau fraîche des lacs sauvages où se miroitaient les hauts sommets blancs, la beauté de la voûte étoilée lorsqu'ils grimpaient au sommet des tours et qu'ils se trouvaient si près. Le fils Shafiq s'exprimait bien et Aidlinn était sensible à ses descriptions élégantes ; quand elle jetait un regard à Rosier, elle était incapable de dire si les récits lui plaisaient aussi. Ozarine les écoutait religieusement, un sourire aux lèvres, quand son visage s'assombrit soudainement. Ses lèvres fines se crispèrent comme si elle était en proie à une terrible nausée, elle porta une main à son cœur, vacilla dangereusement. Cela ne dura que quelques secondes avant qu'elle ne se reprît, mais les autres s'étaient arrêtés pour la fixer avec inquiétude.
-Tout va bien ? demanda Xalème avec inquiétude.
-Je pense qu'on devrait s'éloigner un peu du buffet, sourit-elle faiblement.
Son frère se tendit, ainsi que Rosier et Aidlinn les interrogea en vain du regard.
-Allons vers les tentes, les poussa Rosier.
En regardant derrière elle, en quête d'un élément anormal, Aidlinn ne vit que les yeux dorés de Lothaire Selwyn rivés sur elle alors qu'il se tenait de l'autre côté de la fontaine, un verre de vin blanc dans la main.
oOo
Près d'une longue table surchargée de plats en argent remplis d'amuse-gueules, Melyna Moon surveillait ses doigts qui tremblaient autour de son verre.
-Tu as l'air nerveuse, remarqua la voix de Lothaire Selwyn. Tu devrais sourire aux invités, ton père ne sera pas content.
Il se tenait à côté d'elle depuis un moment, se délectait de sa peur et de son impuissance.
-Arrête ça. J'ai fait tout ce que tu voulais.
-Peut-être que j'ai d'autres exigences.
-Va-t'en. S'il te plaît.
Elle se sentait au bord de l'évanouissement ; la chaleur lui montait à la tête et son estomac se contorsionnait de terreur. La présence de Lothaire lui était devenue insupportable. Dire qu'elle l'avait trouvé séduisant autrefois ! Elle avait aimé ses iris d'or et leur profondeur insondable, leur calme plat au milieu des tempêtes ; elle avait été intriguée par le dédain qu'il lui offrait, par ses longues absences injustifiées et son désintérêt pour ses semblables. Comme elle avait été naïve ! Il n'y avait rien derrière ce qu'elle avait cru n'être qu'un masque. Comme elle avait été stupide ! Elle avait accepté le pacte qu'il lui avait tendu sans réfléchir. Il avait fait d'elle cet être faiblard et craintif qu'elle méprisait, elle qui avait toujours été si fière, si courageuse - il ne se passait pas un jour sans qu'elle regrettât cette folie.
Tout à coup, elle se sentit gelée de l'intérieur, incapable de faire le moindre geste, alors qu'une conscience étrangère s'insinuait dans la sienne. D'horribles pensées l'envahirent, pleines de douleur et de mort ; elle eut l'irrépressible envie de prendre le couteau à pain sur la table et de s'ouvrir les veines. Elle avança, tendit la main alors même que son esprit cherchait à se rebeller, que sa bouche tentait de hurler. Les invités ne remarquaient rien, ils étaient trop loin, inattentifs, sourds à sa détresse. L'arrêteraient-ils à temps ?
Puis la force étrangère disparut et Melyna reprit le contrôle. De grosses larmes inondèrent ses yeux.
-Arrête, répéta-t-elle.
Il se mit à rire. Elle avait envie d'appeler son père à l'aide, mais elle était pétrifiée.
-C'est tellement facile d'entrer dans ta tête ! Ton père ne t'a jamais appris l'occlumancie ?
Il l'inspecta du regard alors qu'elle ne répondait pas et reprit :
-Mon père m'en a parlé quand j'étais plus jeune, mais comme il ne la maîtrisait pas, il me forçait ensuite à lui jeter un sort d'oubli.
Lothaire se mit à ricaner.
-Pourquoi tu ne fouilles pas directement dans sa tête ? marmonna Melyna.
Elle chercha des yeux la cause de ses tourments près des hautes tentes dressées pour l'occasion. Aidlinn Rowle discutait en compagnie d'Evan Rosier et des Shafiq d'un air insouciant. Cette fille, qu'elle avait toujours trouvée fade, indigne de l'étrange intérêt que lui portait Evan, était devenue l'emblème de sa souffrance. Selwyn lui avait ordonné, plusieurs mois auparavant, de la surveiller elle et son frère, alors même qu'elle ne fréquentait plus Isaac. La tâche avait été compliquée ; il lui avait fallu garder un œil sur le frère et la sœur ainsi que sur Evan, si intimidant, si secret, puis raconter ce qu'elle voyait à Lothaire, qui fouillait alors douloureusement dans sa tête, lui faisant peu à peu perdre l'esprit, la traquant quand elle se défiait de lui, l'effrayant quand il n'était pas satisfait, se moquant d'elle en découvrant ses états d'âme. Il était même venu la voir à Poudlard, empruntant des passages secrets qu'elle ne connaissait pas ; elle le soupçonnait de l'avoir ensorcelée certains soirs, car il lui arrivait de se réveiller subitement dans un couloir sans se souvenir des dernières heures, comme sortant d'un sommeil abyssal.
-Elle est difficile à approcher, regretta Selwyn. Heureusement que je peux m'entraîner avec toi.
Une bouffée de haine remua faiblement en Melyna, mais elle était trop brisée pour émettre une quelconque opposition.
-Pourquoi tu les surveilles ainsi ?
Lothaire l'étudia avec un sourire pensif.
-Tu veux vraiment le savoir ? Tu es sûre ?
Melyna hocha la tête, sans hésiter. Peut-être aurait-elle dû se méfier de l'expression du jeune homme, mais elle pensait mériter de savoir. Elle avait accepté pour obtenir une longueur d'avance sur ses camarades, pour se venger d'Evan qui l'avait rejetée à la demande d'Isaac sans plus de considération pour elle qu'un chiffon sale, pour se venger d'Isaac qui ne lui avait rien pardonné, pour se venger d'Aidlinn qui était encore la préférée. Lothaire se rapprocha d'elle et lui souffla à l'oreille :
-Le Maître soupçonne les Rowle de trahison. Il y a une taupe dans notre communauté.
Il étudia la réaction de Melyna, qui fronça les sourcils.
-Isaac a toujours semblé loyal.
Elle avait beau l'avoir trompée, lui en vouloir, elle l'estimait quand même. C'était en se détournant de lui qu'elle avait réalisé à quel point il était admirable en comparaison de Rosier, qui était si indifférent. Elle s'en était voulu atrocement.
-Peut-être sa sœur, dans ce cas. Ou leur père, qui sait ? sourit Selwyn.
-Et Evan ?
Lothaire eut une moue de désapprobation.
-C'était à lui de s'occuper de ça, mais le Maître pense qu'il ne fait pas son travail correctement.
Melyna tressaillit, incertaine de la bonne manière de réagir.
-Tu comprends maintenant ? demanda patiemment Lothaire.
Il jouait avec une des fleurs blanches qui décoraient la table, détachant les pétales une à une.
-Je pense.
Elle avait du mal à imaginer les Rowle en agents doubles, mais l'attitude de Rosier prenait sens.
-Je ne vais plus pouvoir les surveiller dorénavant, remarqua avec un certain espoir Melyna en faisant référence à la fin de sa scolarité à Poudlard.
Avec un peu de chance, il la laisserait tranquille.
-Tu as raison, il est temps de nous dire au revoir, acquiesça Selwyn en l'invitant à s'éloigner d'un signe de la main. Ça a été un plaisir.
La jeune fille se tourna vers lui avec incrédulité - elle n'avait pas espéré que ce serait aussi simple. Elle plongea ses yeux dans les prunelles dorées de Lothaire, cherchant en vain une once de bienveillance. Ils n'exprimaient rien.
Un sourire peu assuré se dessina sur son visage alors qu'elle faisait quelques pas pour s'éloigner. Libre. Elle était libre. Elle adressa un sourire rassénéré aux convives qui l'interpellaient, prêta une oreille aux conversations qui avaient gagné en volume à présent qu'elle n'était plus paralysée de terreur. Elle aperçut son père et sa mère, eut envie de les serrer dans ses bras. Ce fut alors qu'elle sentit à nouveau en elle l'horrible conscience, le froid abyssal l'inhibant entièrement. La terreur s'empara d'elle à mesure qu'elle comprenait. Elle vit sa main se tendre inexorablement vers la table et son couteau à pain, étincelant sous la lumière de l'après-midi et se saisir de l'arme. Elle ouvrit la bouche, s'efforçant de hurler sans pouvoir y arriver. Son cœur s'était mis à battre la chamade et elle transpirait, luttait de toutes ses forces. Elle sentait encore le regard brûlant de Lothaire Selwyn dans son dos tandis qu'elle se tranchait la gorge et que la douleur explosait.
oOo
Ils ne s'étaient abrités sous les tentes que depuis une vingtaine de minutes quand un cri de femme déchira l'air, s'élevant par-dessus la musique et la rumeur des conversations. Aidlinn, Evan, Ozarine et Xalème se tournèrent vers le buffet où un mouvement de foule avait démarré. Les gens s'écartaient en criant, appelaient à l'aide. L'orchestre cessa de jouer. Un cercle compact se forma et déroba aux regards la source de l'agitation.
-Poussez-vous, par Merlin, poussez-vous ! C'est ma fille ! Faites quelque chose, appelez un médecin ! se lamentait Mr Moon.
Aidlinn, le ventre noué, s'avança timidement en direction de l'agitation. Elle avait besoin de savoir ce qu'il se passait, tandis qu'un affreux pressentiment enflait dans sa poitrine. Rosier la dépassa pour aller voir, ainsi que Xalème. Seule Ozarine ne bougea pas de l'abri des tentes. L'intégralité des invités s'était réunie en masse autour des tables, de petits groupes se formaient, les gens chuchotaient avec empressement, les lèvres tremblantes.
-Je crois qu'elle est morte.
-Elle a la gorge ouverte, il y a du sang partout.
-Pauvre petite ! Avec quelle arme ?
-Il y avait un couteau. Elle l'aurait fait elle-même, Sandy l'a vue.
-Elle-même ? Un suicide ?
Aidlinn se contentait de fixer le dos de Rosier qui se frayait un chemin devant elle et de le suivre en dépit de sa peur de ce qui se trouvait au-devant. Evan finit par s'arrêter et elle attendit. Il se tourna bientôt vers elle, le visage fermé.
-Faisons demi-tour.
-Mais, je…
-Crois-moi, tu n'as pas envie de voir ça, marmonna-t-il.
Mais alors qu'il parlait, des silhouettes se décalèrent et elle aperçut une forme féminine étendue sur le sol. Elle reconnut la chevelure brillante de Melyna, sa robe verte tâchée de sang. La vision ne dura qu'un instant avant qu'Evan ne la prît par les épaules. Ils retournèrent vers Ozarine qui n'avait pas bougé.
-Est-elle morte ? demanda-t-elle avec hésitation.
Evan haussa les épaules.
-La pauvre créature… Je n'ai eu l'occasion de lui parler que deux fois. Une personnalité éclatante.
Mais en repensant aux derniers mois, Aidlinn n'avait plus rien remarqué d'éclatant chez Melyna Moon.
-Tout à l'heure, quand tu parlais de t'éloigner du buffet, commença Aidlinn.
-Ce n'est pas le lieu pour ce genre de conversation, protesta Rosier.
Il avait jeté un regard méfiant à Aidlinn, ce qui vexa cette dernière. Ne lui faisait-il pas confiance ? Ozarine leva une main apaisante.
-Si tu me demandes si je l'avais pressenti, la réponse est oui, il m'arrive d'avoir des visions exactes de ce qui sera.
-Alors tu es voyante ?
La fille Shafiq eut un sourire désolé :
-L'art divinatoire est une discipline très nébuleuse. On ne sait jamais ce qui finira par se réaliser.
-Tu sais donc ce qu'il s'est passé ? insista Aidlinn.
-Nul besoin d'être devin pour constater qu'elle s'est tranché la gorge, intervint sèchement Evan.
Xalème Shafiq finit par émerger de la foule.
-Elle vit encore. Ils vont l'emmener à Sainte-Mangouste.
Les autres affichèrent des mines graves. Aidlinn fronçait les sourcils, incapable d'imaginer Melyna se trancher la gorge en public à la réception de son père. Au loin, elle vit des mages en uniformes blancs accourir vers la blessée avec une civière.
-Il va y avoir une enquête n'est-ce pas ? insista Aidlinn en cherchant Ozarine du regard. Elle ne peut pas… Elle n'aurait pas…
-Il y a des fréquentations à éviter, même quand on fraye avec le Seigneur des Ténèbres, répondit Ozarine. Melyna aura de la chance si elle survit à cette journée.
Xalème posa une main sur l'épaule de sa sœur :
-Nous devrions rentrer, Père n'aimerait pas nous voir associés à ce désastre.
Ozarine acquiesça et tout en suivant son frère vers l'entrée du domaine, se retourna vers Aidlinn et Rosier :
-Prenez soin de vous.
Ils disparurent aussi vite derrière les murs ensorcelés. Rosier jeta un œil à sa montre, regarda l'allée de graviers blancs menant au portail puis Aidlinn.
-On devrait y aller aussi, finit-il par dire d'un air peu convaincu.
La jeune fille n'avait pas réellement envie de rentrer, mais elle acquiesça, accompagnant le jeune homme à l'extérieur. Ils retrouvèrent Wilkes, Avery, Mulciber et Rodolphus Lestrange qui attendaient près de l'entrée, visiblement en pleine indécision.
-Vous avez vu ce qui est arrivé à Melyna ? Quelqu'un l'a agressée ? demanda Andrew aux nouveaux arrivants.
-Elle se l'est fait toute seule, je l'ai vue, marmonna Mulciber, le visage livide.
Les garçons semblaient profondément ébranlés et Aidlinn partageait leur choc – elle avait beau ne pas porter Melyna dans son cœur, elle n'avait jamais souhaité sa mort.
-C'est insensé, elle n'aurait jamais fait ça, dit Rodolphus. Elle n'est pas dramatique à ce point.
-Dramatique, elle l'est, mais pas suicidaire, intervint Andrew.
-Puisque je vous dis que j'ai tout vu, insista Mulciber d'une voix faible. Elle a pris le couteau elle-même, elle s'est avancée et elle s'est tranché la gorge.
Personne, à part Aidlinn et Edern, ne l'écouta.
-Peut-être que quelqu'un voulait se venger de son père, hasarda Andrew. Après tout, c'est un politicien. Et un libéral, qui plus est.
-Peut-être qu'elle était droguée ?
Les jeunes gens continuèrent à échanger des théories sur l'affreux accident, mais, constatant qu'ils ne parvenaient à aucune conclusion satisfaisante, ils finirent par se séparer. Ils arboraient tous des expressions hantées et vides, comme si le ciel leur était tombé sur la tête. Seul Rosier n'avait rien dit et Aidlinn se demanda ce qu'il ressentait – après tout, il avait été proche de Moon, bien plus qu'il ne l'aurait lui-même admis. Elle n'eut pas de réponse ; Rosier fut le premier à disparaître des lieux, suivi par les autres.
-Melyna qui se suicide, ça ne tient pas le route, tu es d'accord, non ? insista Aidlinn auprès d'Edern alors qu'il ne restait qu'eux.
-Je ne sais pas, Aidlinn. On ne sait jamais de quoi les gens sont capables. Melyna n'était pas aussi confiante que tu le penses. Et puis, tu as entendu Mulciber, elle était seule quand c'est arrivé.
Ils restèrent silencieux quelques secondes.
-Sale affaire, en tout cas, conclut Avery.
Il transplana à son tour et Aidlinn, après un dernier regard à la maison des Moon, bien moins gaie que quelques heures auparavant, rentra chez elle aussi. A son arrivée, le manoir était vide et silencieux. Les elfes l'accueillirent de bon cœur mais elle les congédia pour monter au premier étage. Angus, le petit labrador, jusque-là endormi dans un coin, accourut avec joie, lui offrant son plus beau sourire canin et elle se pencha pour lui flatter le poil. Les rayons de la fin d'après-midi n'atteignaient pas le corridor obscur et les anciens portraits de famille dormaient sans bruit– ils ne se réveillaient que rarement. Au lieu de s'arrêter à sa chambre, la première sur la gauche, Aidlinn continua de longer le couloir jusqu'à la chambre de son frère, Angus sur ses talons. Elle tourna lentement la lourde poignée d'étain, s'attendant presque à trouver Isaac derrière son bureau, mais la pièce était vide et glaciale. Elle écarta les lourds rideaux pour faire un peu de lumière, s'assit sur le lit froid. Les elfes avaient nettoyé la chambre, changé les draps, peut-être avec l'espoir que son frère reviendrait. Sur l'étagère, il y avait encore ses anciens livres d'école, son vieux jeu d'échec en argent et quelques cartes postales que ses amis lui avaient envoyées quand ils étaient plus jeunes. Au mur on voyait des posters de Quidditch et un large tableau représentant un lac au pied d'une montagne, dans lequel s'avançaient deux cerfs pour s'abreuver. La peinture était un cadeau de leur mère Eleanor, Isaac l'avait toujours adorée.
Où était-il en ce moment ? Aidlinn l'imaginait dans une chambre d'hôtel impersonnelle, posté à la fenêtre alors que la nuit envahissait le ciel. Pensait-il à elle ? Lui manquait-elle autant qu'il lui manquait ? Même s'ils ne se croisaient pas tous les jours lorsqu'ils habitaient sous le même toit, Aidlinn aimait sa présence discrète et rassurante, de l'autre côté du mur de sa chambre, le bruit de ses pas dans l'escalier quand il rentrait tard dans la nuit. Maintenant, elle avait l'impression d'être seule. Gordon s'absentait souvent, restant dormir dans leur appartement à Londres et quand il était là, il semblait amer et abattu. Sa fille ne pouvait que s'interroger sur la cause de leur violente querelle. Elle avait pensé qu'Isaac reviendrait au bout de quelques jours – il avait déjà fugué par le passé – mais il n'était pas réapparu après plus d'une semaine, n'avait pas donné de nouvelles. Aidlinn commençait à se demander s'il reviendrait un jour.
Me revoilà avec trois chapitres !
J'espère qu'ils vus auront plu - les choses vont bientôt s'accélérer... Comme d'habitude, je tiens à remercier tous ceux qui prennent la peine de lire cette histoire et plus particulièrement leleMichaelson, feufollet et Baccarat V pour leurs retours toujours aussi rafraîchissants sur les derniers chapitres.
A très bientôt pour la suite.
