.
Chapitre 74
Inspire-moi l'effort qui fait qu'on se relève,
Enseigne le courage à mon cœur éploré,
Sauve-moi de l'ennui qui me rend effaré,
Et fourbis mon espoir rouillé comme un vieux glaive.
L'Ange gardien, Maurice Rollinat
Les entrailles de L'Impulsion vibraient comme le ventre d'un énorme tambour. C'était indubitablement la plus luxueuse boîte de nuit sorcière de Londres et ce samedi-là, la clientèle se pressait sur les deux pistes de danse autant qu'aux comptoirs. Aidlinn se tenait dans un des confortables fauteuils du carré VIP et observait des jeunes gens inconnus se déhancher sur la piste. Les globes lumineux magiques tourbillonnaient et étincelaient de milliers de nuances différentes ; en levant la tête, il était facile de confondre le plafond pailleté avec un réel ciel de nuit étoilé et de se laisser griser par l'impression de danser à ciel ouvert.
Toutefois, Aidlinn ne voulait pas danser. Elle avait ingurgité plusieurs cocktails, peut-être trop, et sentait la chaleur agréable qui se répandait dans ses membres et dans son crâne. Elle écoutait vaguement Théomantine Bulstrode à côté d'elle, qui lui parlait de la robe à la dernière mode qu'elle portait. C'était une tenue confectionnée par un styliste américain destinée à cacher le fait que Théomantine ne pouvait simplement pas se payer les services d'un couturier réputé de leur côté de l'Atlantique. Et pourtant, elle rayonnait, car depuis qu'elle s'était engagée chez les mangemorts, son bannissement avait pris fin : tant qu'elle risquerait sa vie pour la cause sang-pur, on lui pardonnerait et on l'inviterait aux réceptions et aux sorties.
Ce n'était pas le cas de sa sœur, malheureusement, et Aidlinn regrettait un peu la présence rassurante d'Ettie. Elle se rappelait encore ses paroles à Wolford, sa suggestion d'accepter de laisser certaines choses imparfaites et elle était certaine qu'elle ne parlait pas de s'enivrer comme Aidlinn était en train de le faire.
C'était en effet une soirée imparfaite et Aidlinn ne voyait pas ce qui aurait pu la satisfaire. De l'autre côté de la table, son frère discutait avec Fanny Yaxley, qui avait les mains agrippées à sa jupe trop courte pour tenter de la faire descendre de quelques centimètres. A côté d'eux, il y avait Andrew, Evan et Cyrelle Flint ; le trio semblait s'amuser bien davantage qu'elle-même et Théomantine. Edern Avery aussi était venu avec une jolie fille de leur promotion de Poudlard – Lei Wáng – et ils dansaient à proximité d'eux, déjà totalement ivres alors que minuit venait à peine de sonner.
L'alcool faisait enrager silencieusement Aidlinn, décuplait son agacement ; elle avait dépensé une fortune dans une nouvelle robe dès qu'elle avait appris par son frère qu'Evan viendrait, mais rien ne s'était déroulé comme prévu. D'abord, Edern lui avait jeté un regard réprobateur en détaillant le déshabillé suggestif dans son dos, la jupe inhabituellement courte, les chaussures étincelantes qui la réhaussaient de presque dix centimètres et était parti se saouler avec son invitée ; elle avait tenté de ne pas y accorder d'importance, mais elle avait eu envie d'aller se changer immédiatement. Malgré cela, elle avait gardé le sourire, avait tenu bon ; sa toilette était plus osée que ce qu'elle mettait d'habitude, mais c'était le genre de choses que portaient les filles les plus remarquées de la boîte de nuit et elle en avait plus qu'assez de ne pas être remarquée.
Le désastre avait continué avec l'apparition d'Evan Rosier en compagnie de Cyrelle Flint. Aidlinn avait blêmi en les voyant arriver ensemble, incapable de déterminer s'il s'agissait ou non d'une coïncidence et incapable de se renseigner aurpès de Théomantine ; cette dernière savait tout sur tout et elle devinerait en une seconde le secret d'Aidlinn. Rosier ne lui avait accordé qu'un salut rapide, insensible aux efforts qu'elle avait faits et elle en avait été réduite à le contempler écouter Flint tout en buvant verre sur verre, condamnée à écouter Théomantine.
La colère.
Tout lui paraissait tellement injuste. Elle avait envie de se lever et de secouer Evan, de lui hurler qu'il n'avait pas le droit de faire cela, de crier à Cyrelle que c'était à elle qu'Evan avait proposé une mission en commun, qu'il l'avait déjà embrassée, qu'ils avaient grandi ensemble à Poudlard, qu'il l'avait protégée, aidée et qu'elle, Cyrelle, n'avait aucun droit sur lui. L'ivresse associée à la fatigue la rendait amère et jalouse, elle était révoltée en pensant qu'elle devait subir le harcèlement de Macnair alors que les autres s'en sortaient si bien. Elle avait le sentiment d'avoir fait tout ce qui était en son pouvoir pour s'en sortir au mieux et de quand même ressortir perdante.
C'était terriblement frustrant.
Andrew se mit soudainement à siffler d'un air goguenard, donnant un coup de coude à Evan à côté de lui et désignant la piste du doigt. Edern embrassait à pleine bouche Lei Wáng au milieu de la foule, ses doigts emmêlés dans la chevelure d'encre de sa partenaire, et Aidlinn se détourna en grimaçant.
— Il faudrait que quelqu'un aille leur dire de ne pas se donner ainsi en spectacle, ne put-elle s'empêcher de marmonner à Théomantine.
— Ils s'amusent, c'est tout, sourit Théomantine. Ils iraient bien ensemble.
— Ce n'est pas s'amuser, ça. Et elle n'est même pas de sang pur.
— Comme tu peux être vieux jeu !
Bulstrode se mit à rire et Aidlinn se retint de répliquer durement que tout le monde savait que c'était elle qui avait des manières déplacées avec les hommes et qu'une fille bien élevée n'aurait pas fait ce genre de chose. Merlin, sa propre mère se serait retournée dans sa tombe si elle avait eu l'idée de faire ce que Lei Wáng était en train de faire ! Elle préféra se rapprocher de Fanny Yaxley, qui partageait certainement son avis.
— Tu apprécies la soirée ? lui demanda poliment Fanny.
La douceur de ses manières ne réussit pas à apaiser Aidlinn, qui ne cacha pas son sarcasme :
— Oui, une soirée fantastique.
Isaac, qui avait entendu, eut un sourire narquois :
— Elle n'est pas contente que personne ne remarque sa magnifique robe qu'elle a payée si cher.
— Elle est très belle, je trouve, intervint gentiment Fanny.
— Tu dis n'importe quoi, rétorqua Aidlinn à son frère.
— Si c'était pour rester assise à bouder toute la soirée, tu aurais mieux fait de garder ton argent, insista Isaac.
— Ce n'est pas mon intention. Je vais y aller. Avec Fanny.
L'interpellée eut un sursaut de surprise.
— Avec moi ? Enfin…
— Très bien, amusez-vous les filles. Fanny, mon ange, si tu peux empêcher ma sœur de reprendre un verre, je t'en serai éternellement reconnaissant.
Aidlinn adressa un regard noir à son frère et emmena Fanny sur la piste. La musique était vivante, le rythme entraînant et au milieu des autres, il était facile de se laisser aller. Pendant un moment, elle oublia sa frustration et se laissa porter par l'ambiance. Elle crut comprendre ce que voulait dire apprécier l'instant pour ce qu'il était, comme le lui avait dit Ettie ; il lui semblait qu'elle venait d'être transportée dans un autre monde, au milieu de ces corps mouvants qui ondulaient autour d'elle sans lui prêter attention. Elle n'était plus Aidlinn Rowle, elle était une fille anonyme qui dansait parmi d'autres filles anonymes au cœur d'une nuit qui ne se finirait peut-être jamais. Puis elle croisa le regard avide d'un homme ; pas très grand, les yeux noirs, il lui rappela Macnair et tout bien-être la quitta. Elle se sentit étouffer au milieu de la foule, sale, prise au piège et regagna le carré VIP sans attendre Fanny.
— Tout va bien ? lui demanda la fille Yaxley en la rattrapant.
— Oui, j'avais seulement la tête qui tournait.
Non, l'homme n'était pas Macnair. Macnair n'était pas là, il ne l'avait pas suivie, il n'aurait pas osé. Elle ne put s'empêcher de scruter les silhouettes avec inquiétude. Fanny revint avec un verre d'eau, Cyrelle Flint à ses côtés.
— Il faut faire attention si l'on ne tient pas l'alcool dans ce genre de soirée, observa Cyrelle avec un petit air supérieur.
Aidlinn se mordit la langue pour ne pas répliquer et se contenta de prendre une gorgée d'eau fraîche. Le liquide lui éclaircit légèrement les idées, chassa sa panique momentanée. Fanny et Cyrelle discutaient à côté d'elle sur la façon dont Cyrelle avait reçu la Marque l'été précédent.
— Mes parents étaient si fiers ! s'enorgueillissait Cyrelle. Ils la portent tous les deux aussi ; ils m'ont envoyée à Durmstrang pour être certains que je puisse recevoir une formation correcte pour prétendre être utile à la cause. C'est sûr que ce n'est pas votre faute, mais Poudlard n'offre malheureusement pas la meilleure éducation.
— Oh Aidlinn était à Poudlard, moi j'ai eu un précepteur, j'avais la santé fragile, expliqua humblement Fanny.
— Tout le monde ne peut pas aller au front, il faut des gens utiles à l'arrière-garde aussi, concéda Cyrelle avec hauteur. La guerre n'est pas faite pour les volontés fragiles.
Aidlinn enrageait en l'écoutant se vanter de la sorte. Elle n'avait jamais entendu parler des exploits de Cyrelle aux côtés des mangemorts et était persuadée qu'elle se rajoutait de l'importance. Elle se rendit compte qu'elle détestait Cyrelle Flint et s'agaça davantage qu'Evan pût lui trouver quelque chose ; elle ne la trouvait plus jolie du tout, avec son carré de cheveux noirs qui chatouillaient son cou trop long, ses lèvres sévères, ses yeux noisette remplis d'orgueil, son nez pointu qu'elle levait constamment en l'air. Comment cette fille osait-elle la mépriser ainsi ?
— Moi aussi, je vais m'engager, dit Aidlinn, par pur esprit de provocation.
— C'est formidable que tu veuilles te présenter, mais ce n'est pas aussi facile. Il y a des tests à passer et il faut un parrain qui se porte garant de toi.
— Je suis sûre que je peux réussir. Evan m'a aidée à m'entraîner quand nous étions à Poudlard.
Elle avait lancé la dernière phrase avec triomphe, persuadée que cela ferait enrager Cyrelle, qui semblait beaucoup apprécier Rosier. Elle ne pensa pas du tout aux conséquences de ses paroles – après tout, n'était-ce pas une demi-vérité ? Ils s'étaient entraînés tous ensemble et Evan avait consenti un temps à lui apprendre l'occlumancie.
Une fureur brûlante traversa le visage de Cyrelle, remplacée aussitôt après par une expression cordiale alors qu'elle regardait derrière Aidlinn.
—Oui, je n'en doute pas, Evan va pouvoir confirmer ça, dit Cyrelle avec un air entendu.
Aidlinn sentit un poids tomber dans son estomac alors qu'elle se retournait pour constater que Rosier attendait derrière elles, deux verres à la main. Tandis qu'il posait les deux verres sur la table, elle le regardait faire, mortifiée. Avait-il tout entendu ? A l'expression réjouie qu'avait Cyrelle, il semblait que oui. Dans une seconde, il allait nier et l'humilier devant Fanny et Cyrelle.
— Alors ? s'impatienta Cyrelle, qui était déjà persuadée qu'Aidlinn avait menti. Vous vous êtes beaucoup entraînés, Evan ?
Rosier finit par planter son regard dans celui de Flint, l'expression totalement neutre.
— Ça t'étonne tant que ça ?
L'expression de Cyrelle se décomposa. Aidlinn fixa stupidement Evan sans rien dire, stupéfiée par cette aide inespérée.
— Je suis certain qu'Aidlinn réussira très bien en tant que mangemort… si c'est ce qu'elle souhaite vraiment.
Il avait prononcé ses mots avec une douce froideur qui la caressa comme une brise dans l'atmosphère surchauffée. Elle resta interdite, désarmée par cette gentillesse soudaine. S'était-elle fait des idées en pensant qu'il saisirait la moindre occasion de la trahir ? L'avait-elle diabolisé à ce point ?
Cyrelle, terriblement vexée, déclara qu'elle devait aller se rafraîchir et Fanny l'accompagna. Aussitôt qu'ils furent seuls sur le coin de la piste, l'expression de Rosier se durcit :
— Alors tu vas t'engager ?
Elle avait été déstabilisée par cette gentillesse soudaine, mais pas assez pour oublier la rancœur qui l'avait rongée toute la soirée par sa faute.
— Peut-être. C'est le moment ou jamais, non ?
Il se mit à ricaner froidement.
— Tu vas simplement réussir à te faire tuer. Qui t'a mis dans la tête l'idée que tu pourrais t'en sortir ? Edern ? Ou est-ce que c'était simplement pour rabattre l'insupportable caquet de Flint ?
Elle eut envie de rétorquer qu'il avait volontairement passé une partie de la soirée avec l'insupportable Flint et semblait se porter merveilleusement bien, mais en disant cela, elle lui céderait l'avantage.
— Ce ne sont pas tes affaires.
Il franchit la distance qui les séparait en un rien de temps, s'empara de son bras et la traîna à travers la foule, vers l'extérieur. Ils sortirent dans la nuit froide sans prendre de manteau, se retrouvèrent au milieu des quelques personnes qui fumaient sur le trottoir. Il ne s'arrêta pas avant qu'ils fussent hors de portée de voix ; Aidlinn peinait à le suivre avec ses chaussures à talons hauts, sa main lui broyait la chair et elle serrait les dents de douleur, les larmes aux yeux.
— C'est ridicule et j'espère que tu le sais. Tu es incapable de lever la main sur un Sang-de-bourbe. Qu'est-ce que tu crois qu'il va se passer si tu ne fais pas ce qu'on attend de toi ? Petite folle, tu ne peux pas rester à ta place ?
Il semblait véritablement en colère alors qu'il lui lançait ses reproches au visage, le corps penché vers elle, aussi prêt à l'étreindre qu'à la gifler.
— Tu ne sais rien. Je t'interdis de me parler ainsi.
— Très bien, alors explique-moi. Quelle idée si brillante t'a traversée ? persifla-t-il.
Elle hésita, parce qu'elle ne pouvait pas vraiment expliquer pourquoi s'engager chez les mangemorts lui apparaissait comme une brillante idée ; après de longues nuits à ressasser les conseils de Mulciber, puis trop de verres vidés tout en jalousant Flint, l'idée lui était venue naturellement à la seconde où Cyrelle l'avait narguée.
— L'envie de liberté.
Evan se mit à rire, d'un rire amer, méchant, et secoua la tête comme s'il ne croyait pas ce qu'il venait d'entendre.
— Parce que tu crois que le Seigneur des Ténèbres va te libérer ? Quelle inconsciente tu fais. Il va t'enchaîner et tu finiras comme nous tous.
— Je ne veux pas me marier avec Macnair.
La phrase était sortie toute seule ; c'était ce qui l'angoissait tous les jours, toutes les nuits, depuis qu'il était venu la trouver dans le parc désert de Bury Lane.
— C'est à cause de Macnair que cette idée t'est venue ? Il n'y a pas que Macnair, insista Rosier d'une voix tranchante. Il y a plein d'autres hommes avec lesquels tu pourrais faire ta vie et rester tranquillement chez toi. Au lieu de ça, tu veux la gâcher avec cette lubie stupide.
Il ne comprenait toujours pas qu'elle n'avait envisagé un mari que sous ses traits à lui, qu'elle ne pourrait jamais aimer personne d'autre. Était-il aussi aveugle ? Faisait-il exprès de ne rien voir ?
— Alors c'est comme ça que tu décrirais ta loyauté envers le Seigneur des Ténèbres ? Comme une lubie stupide ?
Elle ne fit qu'accentuer sa mauvaise humeur.
— Ne joue pas à ça avec moi. Tu sais que tout a changé. Ce n'est pas un jeu, Aidlinn, des gens meurent et toi tu risques ta vie sur un caprice. C'est méprisable.
— Merci de me rappeler toute l'estime que tu as toujours eue pour moi, Evan.
Il lui lança un regard furieux, sa mâchoire demeurant crispée sur des mots qu'il se retenait de prononcer. Tout à coup, il lui saisit de nouveau fermement le bras.
— Arrête, tu me fais mal.
Mais il ne l'écouta pas et, sans prévenir, transplana, l'attirant avec lui. Aidlinn atterrit brutalement au sol. Ils se tenaient devant une rangée de pavillons résidentiels plongés dans la nuit. Les lampadaires éclairaient faiblement les pelouses parfaitement tondues. Elle n'était jamais venue ici et n'avait aucune idée de l'endroit où Evan l'avait emmenée.
— Tu veux devenir mangemort ? Voici ta première mission. Entre dans cette maison et tue-les. Tue les moldus qui sont à l'intérieur.
Il désignait l'une des petites maisons, identiques aux autres, dont les fenêtres posaient des yeux lumineux dans les ténèbres du quartier. On pouvait apercevoir des formes mouvantes derrière les rideaux malgré l'heure tardive. Elle baissa la tête, vaincue.
— Je ne peux pas.
Elle n'avait jamais lancé de sortilège de mort, pas plus qu'elle ne s'était battue contre quiconque en-dehors des entraînements à Poudlard ; Rosier avait raison, elle n'avait aucune chance. Tout son ressentiment – envers Evan, Cyrelle, son frère – avait disparu. Tout ce qu'elle voulait, c'était rentrer chez elle et mettre fin à cette affreuse soirée. Elle se sentait pitoyable.
— Tu sais ce qu'il se passera si tu refuses, si tu le mets en colère ? Il te torturera. Il te torturera jusqu'à ce que tu oublies ton propre nom, jusqu'à ce que tu le supplies de mourir, jusqu'à ce que toute volonté t'abandonne. Il t'enfermera au sous-sol et te laissera dépérir ; il te regardera te faner et mourir comme une fleur en manque de soleil. Et ensuite ce sera à l'un de nous d'enterrer ton corps – peut-être qu'il trouvera ça drôle de demander à ton frère de le faire, pour voir s'il ose refuser. C'est cette fin que tu veux ? Idiote. Retourne chez toi.
Elle frissonna à l'horrible description de la colère du Seigneur des Ténèbres. Evan semblait dégoûté et furieux, mais elle était dans l'incapacité de revenir sur sa décision, elle se sentait monter dans un train qui se mettait déjà en marche.
— Tu ne comprends pas. Macnair me traque, il est partout, il me surveille avec ses yeux noirs et son air de vautour. Je ne peux pas le supporter plus longtemps. Il ne m'aura pas. Jamais.
C'était étrange pour elle d'admettre ses tourments à voix haute. Elle n'avait parlé à personne de la terreur qui la prenait aux tripes à la moindre mention de l'horrible mangemort.
— Ce n'est pas pour ça que tu dois t'engager. Trouve-toi quelqu'un d'autre. Macnair n'est pas idiot au point de provoquer un autre prétendant. Je t'avais mise en garde.
Elle ne pouvait pas admettre qu'elle n'envisageait personne d'autre. La pluie commença à tomber et elle serra les points. Elle ne répondit pas, de peur d'éclater en sanglots.
— Je t'avais proposé mon aide, dit froidement Evan. Je t'avais offert de travailler avec moi pour éloigner Macnair, mais tu as refusé.
Il n'avait jamais mentionné qu'il faisait cela pour éloigner Macnair et elle ne savait pas s'il disait la vérité, ou s'il voulait simplement la faire culpabiliser. L'eau ruisselait sur le front d'Aidlinn, emmêlait ses cheveux, glaçait sa nuque.
— Tu ne m'avais pas tout dit, c'est injuste.
Rosier secoua la tête avec froideur face à son ton plaintif.
— Tu as refusé de prendre la main que je te tendais.
Aidlinn éclata en sanglots, car elle déplorait d'avoir rejeté Rosier. Elle pleura parce qu'elle regrettait affreusement de l'avoir repoussé, parce qu'elle était blessée qu'il n'eût rien fait de plus pour la sauver, parce qu'elle n'arrivait plus à établir un lien avec lui, parce qu'Edern lui reprochait un élan qu'elle ne pouvait pas réprimer, parce qu'elle était exténuée par les tourments infligés par Macnair et parce qu'elle avait peur, sans lui.
— Je suis désolée, Evan. Je vais t'aider. Je t'en prie, ne me laisse pas. Je ferai tout ce que tu veux si tu éloignes Macnair. S'il te plaît.
Evan la contempla un moment sans rien dire. Il apparaissait terriblement insensible au désespoir d'Aidlinn et elle était sûre qu'il allait refuser, qu'il allait prendre la fuite ; pourtant il s'avança et lui tendit une main pour l'aider à sortir de la pelouse boueuse. Ses paumes étaient douces et chaudes, très différentes des serres sales et rugueuses de Macnair.
— Ne fais pas de promesse que tu ne pourrais pas tenir.
Il leva sa baguette et fit apparaître un parapluie à son bout, les protégeant tous les deux de l'averse qui s'intensifiait. Soudain il fit moins froid.
— Je vais t'aider, cette fois encore. Et en échange, tu m'aideras pour Sloane Vaughn. Mais ce sera la dernière fois.
Le soulagement envahit Aidlinn, mais une pointe de terreur perça à la fin des propos d'Evan.
— La dernière ?
Une ombre de chagrin parcourut le visage d'Evan, si rapidement qu'Aidlinn crût l'avoir imaginée.
— Je ne pourrai pas toujours être là pour toi.
Me revoilà avec trois chapitres ! :) J'espère qu'ils vous auront plu, moi j'ai beaucoup aimé les écrire.
Un énorme merci Zod'a, LeleMichaelson, Baccarat V, feufollet, MarlyMcKinnon, RhumFramboise et Worz pour vos reviews, je ne sais pas où en serait cette histoire sans vous !
On se retrouve dans deux semaines pour un peu plus d'Evlinn (entre autres), vous vous en doutez.
