Pour continuer dans l'esprit des fêtes, voici un petit OS tout doux.
En espérant que vous apprécierez...
Bonne lecture !
Drago Malefoy se redressa avec un soupir épuisé en se massant les reins. Il avait passé la journée enfermé dans une salle d'archives sombre et poussiéreuse et il n'avait qu'une seule envie : rentrer chez lui et prendre une douche chaude.
Un bref instant, il laissa son esprit s'égarer et il se demanda si son collègue lui rendrait visite dans la soirée, après qu'ils soient libérés de leurs obligations.
Ils se connaissaient depuis toujours ou presque. Ils avaient été à Poudlard ensemble et ils avaient pensé qu'après leur dernière année, ils ne se reverraient pas. Cependant, le destin en avait décidé autrement.
À la fin de la guerre, Drago avait voulu voler de ses propres ailes et ne plus dépendre de la fortune familiale. Il voulait faire ses preuves et montrer que les erreurs qu'il avait commises ne le définissaient pas.
Alors, il avait postulé au Ministère, quelques mois après la bataille de Poudlard, tête haute. Il savait à quoi il s'exposait après tout : il avait eu son compte de regards noirs, de réflexions acides et de bousculades soi-disant accidentelles. Cependant, il n'avait jamais baissé la tête. Il avait conscience du poids qui pesait sur ses épaules — la culpabilité ne le laissait pas vraiment en paix — mais il restait fier et déterminé. La marque sur son bras n'était que le signe qu'il avait été prêt à tout pour survivre… Après tout ce qu'il avait fait pour s'en sortir indemne, il n'allait pas se laisser mourir pour expier.
Il avait obtenu un poste administratif, il était un genre d'analyste. Son rôle était de fouiller les archives pour répondre aux demandes des différents services. Que ce soit les antécédents d'un sorcier pour les Aurors ou les derniers projets de loi présentés au Magenmagot pour la justice magique, il cherchait et répondait aux mieux à leurs demandes.
Pour son premier jour de travail, il avait été effaré de découvrir que son collègue serait Harry Potter en personne. À l'époque, le sauveur avait été affecté aux archives parce qu'il se remettait des blessures récoltées lors de la bataille de Poudlard. Sa condition physique ne lui permettait pas d'intégrer le programme des Aurors, et après quelques mois à travailler ensemble, le brun lui avait avoué qu'il était soulagé de ne pas pouvoir faire ce que tout le monde exigeait de lui.
C'était à cette période qu'ils avaient noué une étrange amitié. Ils avaient fait la paix sur leur passé, évoquant à demi-mot leurs batailles incessantes. Ils avaient appris à travailler ensemble, et lorsque Harry avait enfin été déclaré guéri, il avait refusé de rejoindre les Aurors, préférant garder son poste.
Il y avait eu pas mal de protestations, mais le jeune homme était incroyablement buté et il était resté campé sur ses positions, comme si les reproches glissaient sur lui. Finalement… le monde magique semblait s'être résigné à ce qu'il ne devienne jamais Auror.
Après une réflexion de plus sur ses choix professionnels, Harry était revenu dans leur bureau fou de rage. Il était resté un moment à marmonner, visiblement à bout de nerfs et Drago avait ricané. Il aimait le pousser à bout, le faire réagir. En général, ils se disputaient quelques minutes avant de se mettre à rire et d'oublier le sujet de la querelle. Cependant, en voyant que cette fois, il ne parviendrait pas à déclencher une de leurs joutes amicales, il avait invité Harry à boire un verre pour oublier les idiots.
Pour oublier… ils avaient tout oublié. Ils avaient bu jusqu'à l'ivresse, vidant les bouteilles d'alcool que Drago possédait. Ils avaient ri, raconté n'importe quoi, s'étaient bousculés parfois. Avant de se resservir, sans se préoccuper de leur état.
Et puis, à un moment donné, ils s'étaient embrassés.
Ils s'étaient laissés aller, passant le reste de la soirée à échanger des baisers de plus en plus passionnés, sans se poser la moindre question dans la brume de leur ivresse.
Ils s'étaient endormis, enlacés, collés l'un à l'autre dans le sofa minuscule de l'appartement de Drago.
Le réveil avait été gênant. Il y avait eu un moment de flottement, le temps que les souvenirs de la veille leur reviennent, puis un long moment de gêne. La gueule de bois monumentale n'aidait pas, et ils avaient été incapables de se regarder dans les yeux. Pour le bien de leur étrange amitié et surtout pour pouvoir continuer de travailler ensemble.
Ils avaient tenté en premier lieu d'oublier, prétextant que l'alcool leur avait fait faire n'importe quoi avant de se rendre compte qu'il y avait toujours cette attirance entre eux. À chaque frôlement, à chaque regard, le souvenir de leurs baisers leur revenait en mémoire et même s'ils refusaient de l'avouer, ils en avaient encore envie.
Ainsi, ils avaient entamé une relation à l'approche de Noël. C'était une relation étrange, tenant plus de la liaison illicite. Ils se disaient l'un et l'autre célibataire, ils ne parlaient à personne de leurs rencontres. Ils n'avaient pas le moindre geste ambigu en public. Pour des yeux extérieurs, ils étaient juste collègues, voire amis. Rien de plus.
Drago avait vite compris qu'il resterait dans l'ombre, que Harry n'aurait jamais le courage de s'exposer à ses côtés et de faire face aux reproches de ses amis. Il tenait trop à ses proches, à ceux qu'il désignait comme sa famille, pour oser les vexer en se montrant au bras d'un ancien Mangemort.
Si au début ça ne lui posait pas le moindre problème, il s'était rendu compte après quelques mois qu'il était tombé stupidement amoureux. Ou au moins, qu'il tenait bien trop au sauveur pour son propre bien.
Il n'avait jamais rien dit, il n'avait jamais rien demandé, se contentant de ce que Harry lui offrait. De leurs rendez-vous clandestins et de l'indifférence affichée dès qu'ils n'étaient plus dans le cocon de leurs appartements. Au moins, Harry était le premier à vouloir multiplier leurs rendez-vous si bien qu'ils se voyaient pratiquement tous les soirs. Sans les amis un peu trop envahissants du sauveur, ils auraient probablement emménagé ensemble, compte tenu du peu de temps où ils étaient séparés.
En cette période de Noël, trois ans après le début de leur relation exactement, Drago avait un cadeau tout prêt pour Harry. Il lui avait trouvé une gourmette en or blanc, sur laquelle il avait fait graver leurs initiales entrelacées. La gravure était discrète, presque invisible et il fallait regarder de près pour comprendre ce que c'était. Il craignait que Harry n'apprécie pas l'initiative, mais c'était une façon de lui montrer qu'il tenait à lui, qu'il porte ou non son cadeau.
Ils ne s'étaient pas vus depuis quelques jours, puisqu'en cette période Harry passait beaucoup de temps chez les Weasley. Cependant, Drago savait par expérience qu'il finirait par débarquer avec son insupportable sourire ravi, un plat cuisiné par Molly Weasley dans les bras et des yeux de chien battu en prétendant qu'il y avait bien trop pour lui tout seul. Harry passerait la soirée à lui raconter ce qu'il avait fait — joué au Quidditch avec les enfants Weasley, mangé comme quatre parce qu'il était trop maigre, décoré le sapin dans un terrible désordre et aidé à faire la cuisine pour toute la famille — avant qu'il ne se décide à le bâillonner en l'embrassant.
Avec un léger sourire, alors qu'il quittait enfin les archives en massant son dos endolori, Drago pensa qu'une soirée de ce genre valait bien une journée dans la poussière. S'il manœuvrait bien, s'il arrivait à glisser qu'il souffrait du mal de dos après avoir fouillé dans des cartons pleins de paperasse, il parviendrait peut-être à obtenir un massage.
Et quel massage ! Il n'avait pas honte d'avouer que Harry avait des doigts de fée…
Il entra dans son bureau, l'esprit déjà occupé à imaginer sa soirée, pour y récupérer ses affaires quand il s'immobilisa devant la Gazette, jetée négligemment sur ses dossiers. Visiblement, le journal avait été distribué pendant qu'il fouillait dans les archives, et pour une fois personne n'était venu se servir. Leurs collègues des bureaux alentour semblaient penser que puisqu'il avait été en disgrâce à une époque, ils pouvaient se servir dans ses affaires sans qu'il se plaigne. Habituellement, c'était Harry qui intervenait, piquant des colères terribles face au comportement enfantin de ceux qui s'amusaient à ses dépens.
Harry faisait la une. Encore une fois.
Son visage s'étalait en gros plan, souriant, ses cheveux impossibles masquant sa cicatrice et ses yeux semblant briller de malice, même sur le papier de mauvaise qualité. Drago hésita, pressé de rentrer chez lui, mais dévoré par la curiosité, il déplia le journal.
Le titre le fit vaciller.
« Un mariage de Noël ». Le journaliste annonçait que le sauveur avait enfin trouvé la stabilité et qu'il avait trouvé le courage de demander son amie de toujours, Ginny Weasley, en mariage. Les noces étaient prévues pour le jour de Noël, organisées à la hâte et en petit comité. Outre le rappel des exploits de Harry et de ses liens avec la famille Weasley, une petite remarque eut l'effet d'un coup de poignard en plein cœur pour Drago. Le journaliste, en effet, constatait la hâte avec laquelle le mariage était organisé et se demandait si ce n'était pas le signe d'un heureux évènement à venir dans un futur très proche…
Drago resta un long moment immobile, perdu dans ses pensées, tourmenté.
Il soupira, avec l'impression que tout s'effondrait autour de lui. Il toucha la photo du doigt et ferma les yeux, refusant de s'apitoyer sur son sort. Depuis le début, il savait que ce n'était que provisoire. Lui s'était attaché, mais Harry continuait à le traiter comme un petit secret honteux. Il n'y avait jamais eu de mots posés sur leur relation, il n'y avait jamais eu de promesse ou de projet d'avenir. Ce n'était que des rendez-vous, sans certitude qu'il y aurait un lendemain. Finalement, il semblerait qu'après trois années merveilleuses pour Drago, tout prenait subitement fin, sans que Harry ait eu la délicatesse de le lui dire.
Il hocha la tête après un long moment, comme s'il venait de prendre une décision capitale. Lorsqu'il quitta enfin son bureau, conscient qu'il avait perdu plus d'une heure dans ses pensées, il était déterminé, mais aucune de ses émotions ne s'affichait sur son visage.
Il se rendit en premier lieu dans le bureau de son supérieur, et l'affaire fut conclue en moins de dix minutes. Visiblement, se débarrasser de lui était un rêve et toutes ses conditions furent acceptées sans la moindre hésitation.
Il n'avait pas la moindre affaire personnelle dans son bureau — rien qui n'ait d'importance en tout cas — aussi il quitta le Ministère sans même y repasser. Il laissait le soin à son successeur de vider son bureau.
Lorsqu'il arriva chez lui, il ne prit même pas la peine de passer sous la douche alors qu'il en avait rêvé quelques heures à peine plus tôt. Il sortit juste un sac de voyage et entassa des vêtements pêle-mêle. Il fit le tour de l'endroit, rassemblant le peu de choses qui avait de l'importance pour lui. Il rangea le reste soigneusement, décidant de garder son appartement prêt à l'accueillir s'il avait besoin de revenir en Angleterre.
Avec une légère hésitation, il laissa le cadeau pour Harry en évidence, son nom soigneusement calligraphié sur l'emballage. Il ne doutait pas qu'il viendrait, au moins pour récupérer les quelques affaires qu'il avait laissées, au fil de ses visites. Une porte fermée ne le retiendrait pas, alors il n'avait pas besoin de lui laisser une clé.
Il laissa son regard errer sur l'appartement minuscule dans lequel il vivait depuis près de quatre ans, puis il se détourna résolument et transplana vers le Londres Moldu.
Il arriva à l'aéroport moldu moins d'une demi-heure plus tard et grâce à un léger sort de confusion il embarqua dans le premier avion en partance pour les États-Unis.
Drago s'attendait à beaucoup de choses pour sa nouvelle vie à l'étranger, mais certainement pas à voir Harry débarquer chez lui quelques jours seulement après son départ précipité. Son nouvel appartement était encore vide, il avait simplement posé son sac sur une chaise et ne s'en était plus préoccupé.
Lorsque quelqu'un avait frappé à la porte, il avait pensé que c'était le propriétaire venu s'assurer qu'il n'avait besoin de rien. Il avait ouvert rapidement pour tomber nez à nez avec Harry.
Le revoir lui avait donné l'impression de prendre un coup et il avait eu un mouvement de recul. Harry s'était mépris sur sa réaction et il était entré sans hésitation, avec un petit sourire timide inhabituel chez lui, toujours si sûr de lui.
Drago était resté silencieux, mais Harry n'avait pas tardé à prendre la parole.
— Tu es parti vite.
L'ancien Serpentard se redressa, remerciant son passé trouble de lui avoir appris à soigneusement cacher ses émotions. Il haussa les épaules comme si c'était un détail et il murmura.
— Et bien… rien ne me retenait en Angleterre après tout.
Il put voir une émotion trouble passer sur le visage de Harry, mais il n'arriva pas à déterminer ce que c'était. Il enterra la moindre parcelle d'espoir qu'il pourrait avoir au sujet de Harry Potter et il se dépêcha de sourire, pour ajouter tranquillement.
— C'était une occasion en or pour quelqu'un comme moi. Travailler pour le Macusa, là où… personne ne saura qui je suis.
Les épaules de Harry s'affaissèrent légèrement, et il secoua la tête. Un bref instant, il sembla prêt à protester puis il finit par abdiquer.
— C'est vraiment ce que tu voulais
Drago cligna des yeux et se força à afficher un sourire factice, à mimer un enthousiasme qu'il ne ressentait pas.
— Évidemment !
Ils se dévisagèrent, Drago gravant les traits de Harry dans sa mémoire, conscient qu'il allait sortir de sa vie d'ici peu de temps. Le brun soupira, se mordilla la lèvre avant de finalement oser un bref sourire gêné, les pommettes rosissant.
— J'ai trouvé le cadeau que tu as laissé pour moi. Chez toi… Enfin. Dans ton ancien appartement.
Drago se força à laisser échapper un léger rire, comme si ce n'était rien d'important. Comme s'il n'avait pas dépensé la moitié de ses économies pour lui.
– Harry. C'est juste une babiole. C'est ce que font les amis, non ? Échanger des cadeaux ?
Harry eut un sourire hésitant.
– Bien sûr. Mais…
Drago l'interrompit une fois de plus. Il ne voulait entendre aucune explication, rien qui puisse le faire changer d'avis. Harry était doué pour percer ses défenses et pour le pousser à changer d'avis, juste en le fixant de ses yeux verts ensorcelants.
— Ça me fait penser… Je ne t'ai pas félicité. J'ai appris que tu…
Harry sembla soudain terriblement mal à l'aise, prêt à l'interrompre, mais encore une fois, Drago l'empêcha de se justifier en l'attirant dans une étreinte maladroite sans terminer sa phrase, incapable de parler de son mariage avec la fille belette. Lorsqu'ils s'écartèrent, Harry semblait presque résigné. Il se passa une main dans les cheveux et murmura.
— Alors tu es décidé ? Tu ne reviendras pas en Angleterre ?
Drago secoua la tête, essayant de repousser de son esprit les raisons de son exil si soudain.
— Et bien, ce n'est pas à l'ordre du jour.
— Drago…
— Pourquoi es-tu venu jusqu'ici, Harry ? Tu dois avoir d'autres choses en tête, non ?
L'ancien Gryffondor s'empourpra légèrement, puis il haussa les épaules.
— Je voulais m'assurer que tu allais bien. Que… que personne ne t'avait forcé à partir.
— Oh par pitié Potter ! Je n'ai pas assez d'importance pour que quiconque se donne autant de mal ! Même s'ils étaient plutôt contents de me voir enfin quitter les lieux…
Harry gloussa au ton agacé et à l'emploi de son nom de famille, vivant rappel de leur scolarité agitée.
– OK. Je voulais être sûr. Dans ce cas, si… enfin. Si tu es… décidé à rester ici…
Drago hocha la tête, le cœur au bord des lèvres, s'obligeant à cacher son mal-être. Sa voix pourtant ne laissait pas deviner son mal-être ni la douleur qui lui tordait le ventre.
– Je suis décidé. Sinon je ne serais pas venu ici.
Harry laissa échapper un gloussement nerveux.
— Je sais. Après tout, tu es toujours tellement organisé. Tu n'es définitivement pas du genre à agir sur un coup de tête… Je regrette que tu ne m'en aies pas parlé, c'est tout. Je croyais… Enfin… qu'on s'entendait bien, tous les deux.
Un lourd silence plein de non-dits plana entre eux, alors que leurs regards s'accrochaient longuement. Le souvenir des soirées passées ensemble, à s'embrasser, les nuits dans les bras l'un de l'autre, les moments de tendresse lorsqu'ils étaient seuls, sembla se réveiller.
Cependant, Drago s'obligea à se souvenir de la Une de la Gazette et de la volonté de Harry à toujours garder leur relation — quel que soit le nom qu'il donnait à ce qu'ils vivaient — secrète.
Alors il se força à rire, un rire léger et joyeux, se détachant des yeux verts qu'il aimait tant.
— Bien évidemment ! Ça ne change rien à notre amitié, que vas-tu imaginer ?
Harry sembla déstabilisé, comme s'il espérait une autre réponse. Mais il se passa nerveusement la main dans les cheveux.
– Génial. Je… devrais rentrer. J'ai… profité d'une faveur pour obtenir un portoloin et… le retour ne va pas tarder. Je devrais…
Drago hocha la tête, soulagé. Harry allait partir, il allait retourner à sa vie de héros du monde magique et lui pourrait commencer à l'oublier.
Avant de quitter l'appartement de Drago cependant, Harry se pencha et déposa un baiser sur sa joue, presque à la limite de ses lèvres. Un baiser tendre, comme un regret de ce qu'ils avaient eu et de ce qu'ils perdaient.
Immobile, Drago regarda Harry partir, ne montrant aucun sentiment. Il cacha soigneusement sa détresse alors qu'il pensait que son cœur se déchirait. Il lui sourit juste, agita la main d'un air nonchalant.
La première larme coula lorsque la porte se referma et il s'autorisa quelques minutes de chagrin. Quelques minutes à regretter la perte de Harry, à regretter de ne pas avoir eu le courage de se battre.
Cependant, il avait changé. La guerre et ses erreurs l'avaient changé, profondément. Il gardait certains traits de son ancienne personnalité, mais il aimait à penser qu'il était finalement devenu quelqu'un de bien. Qu'il avait appris.
En posant le pied sur le sol anglais pour la première fois depuis cinq ans, Drago regarda autour de lui, un peu surpris de ne rien ressentir de spécial. Durant son exil volontaire, il avait souvent imaginé qu'il serait ému en retrouvant son pays, sa terre natale.
Finalement… il était juste fatigué du voyage et il avait hâte de prendre une bonne douche.
Comme cinq ans plus tôt, il avait pris l'avion plutôt que d'utiliser un portoloin. Sauf que cette fois, il n'avait pas eu besoin de tricher pour obtenir une place : il avait réservé son billet dans les temps.
Et comme dans le passé, il arrivait seul, sans que personne ne soit présent pour lui.
Son minuscule appartement n'avait pas changé. En y entrant, Drago eut l'impression d'y sentir le parfum de Harry, mais il repoussa vivement cette idée. Il refusait de penser à lui, pas alors qu'il venait de revenir en Angleterre. Il avait finalement cédé aux suppliques de ses parents et il rentrait pour s'occuper des affaires familiales. Il avait aimé travailler pour le Macusa, mais après quelques années, il s'était rendu compte qu'il s'ennuyait. Sa vie l'ennuyait. Et la solitude permanente ne lui convenait plus. Il ne s'était lié à personne aux États-Unis, refusant de laisser quiconque entrer dans sa vie.
Les appels incessants de sa mère qui rêvait de le revoir l'avaient décidé. Puis son père lui avait présenté la gestion des entreprises Malefoy comme un nouveau défi à surmonter, comme une aventure qui mettrait un peu de piment dans sa vie trop rangée, et il n'avait pas su résister.
De ce qu'il en savait, Harry était marié et probablement père désormais. Harry avait sa vie, loin de lui. Ils avaient gardé le contact la première année, s'envoyant des courriers régulièrement. Drago racontait sa nouvelle vie, et Harry le bombardait de questions. Il parlait du Ministère. De l'Angleterre. Mais jamais de sa vie personnelle. Il n'y avait jamais rien de personnel, juste des banalités, comme si l'océan entre eux les avait fait redevenir des inconnus.
Puis, au fil des mois, la correspondance s'était espacée. Il n'y avait plus de nouveauté, plus vraiment de sujet de conversation sans que ça ne devienne gênant. Plutôt que d'aborder des sujets sensibles — et il y avait beaucoup de sujets sensibles avec leur passif — ils avaient juste cessé de s'écrire.
Ainsi, Harry ne savait pas qu'il était rentré au pays. Et il ne le saurait probablement pas, puisqu'il ne comptait pas faire parler de lui. Il n'avait pas besoin de se montrer dans le monde magique et il avait exigé de ses parents la plus totale discrétion sur son retour.
Avec le recul, Drago devait avouer qu'il s'était montré un brin optimiste en pensant qu'il n'aurait pas l'occasion de croiser Harry Potter. C'était un vœu pieux et il aurait dû se douter que la réalité serait bien moins accommodante avec ses souhaits.
Il venait d'arriver dans le Manoir de ses parents moins de vingt-quatre heures après son retour sur le sol anglais, il était encore en train de les saluer, lorsque des coups violents furent frappés à la porte. Avant même qu'il ne comprenne ce qui se passait, un groupe d'Aurors était entré, le visage fermé, baguettes en main.
L'expression furieuse de son père lui laissa penser que ce n'était pas la première fois que ça arrivait, mais il resta silencieux, préférant attendre qu'ils soient de nouveaux seuls pour en parler. Cependant, il ne s'attendait certainement pas à croiser un regard vert familier au milieu du groupe d'Aurors.
Harry Potter en personne. En uniforme d'Auror, baguette en main lui aussi. Ce dernier le fixait et Harry semblait enfin avoir appris à masquer ses émotions puisqu'il n'arrivait pas à deviner si le jeune homme était surpris de le voir ou s'il était totalement indifférent à sa présence.
Soudain, Harry sembla hésiter, comme s'il voulait lui parler. Mais le chef du groupe commença à se montrer menaçant, accusant Lucius d'avoir dissimulé des objets de Magie noire en vue de ramener le Seigneur des Ténèbres à la vie. L'accusation justifiait visiblement leur intervention musclée et une fouille totale du Manoir.
Malgré lui, Drago laissa échapper une exclamation méprisante. Il avait suffisamment parlé avec Harry de la guerre pour savoir que le mage noir était annihilé. Pour de bon. Que rien ni personne ne pourrait le faire revenir à la vie.
Il devina sans peine que c'était un prétexte pour harceler les anciens Mangemorts, une façon de leur rappeler qu'ils étaient les perdants de la guerre.
Son intervention mit le feu aux poudres.
Avant qu'il ne comprenne ce qui se passait, il fut plaqué au mur brusquement, une baguette collée contre sa gorge, l'empêchant de respirer correctement. Il entendait des cris et des bruits de lutte autour de lui alors que l'air commençait à lui manquer et qu'il avait l'impression de voir des points noirs dans son champ de vision. Il ne pouvait penser qu'à ses parents, espérant qu'ils ne feraient rien de stupide. Il avait dans l'idée que si son père faisait juste le geste de vouloir sortir sa baguette, il serait la cible des sorts les plus vicieux des Aurors un peu trop zélés qui avaient envahi le manoir.
Aussi vite que ça avait commencé, il fut libéré, toussant et essayant de reprendre son souffle, massant sa gorge douloureuse. Une main apparut dans son champ de vision pour l'aider à se redresser, une main qu'il connaissait parfaitement. Cependant, peu lui importait la sollicitude de Harry en cet instant.
Il se sentait trahi.
Il se redressa en ignorant la main tendue, évitant le regard de celui qui n'avait jamais quitté ses pensées. En voyant sa mère, catastrophée, les mains plaquées sur sa bouche, et son père, blême, les poings serrés, visiblement frustré de ne pas pouvoir défendre son fils sans aggraver les choses, il se crispa.
Une vague de fureur déferla sur lui alors qu'il brossait ses vêtements, pour reprendre une contenance. Aussi, il attaqua le premier, la voix encore rauque de l'agression qu'il venait de subir.
— Si je comprends bien, Potter, pendant que tu m'envoies des courriers en m'appelant ton ami, tu en profites pour venir torturer mes parents avec de fausses accusations ? Pour quelqu'un qui ne voulait pas être Auror, tu sembles plutôt… bien intégré.
Harry eut un mouvement de recul, pâlissant brusquement. Celui qui semblait diriger tout le monde s'avança, menaçant, visiblement décidé à le faire taire, mais Harry s'interposa, les sourcils froncés.
— Ça suffit.
L'homme sembla prêt à protester, mais Harry ne montra pas la moindre crainte, le fixant juste longuement. Après un long moment, il finit par abdiquer et grogna, visiblement vexé d'avoir été sèchement rappelé à l'ordre par un subalterne — même s'il s'agissait du Sauveur en personne. Il marmonna, mais finit par lever le bras pour ordonner le départ, fusillant Harry du regard au passage. Le jeune homme resta de marbre, comme s'il s'en moquait.
Une fois le calme revenu, Narcissa avança.
— Je vous remercie, monsieur Potter…
Drago renifla, furieux.
— Le remercier ? De quoi ? D'être venu ici avec ces brutes ? Tu devrais plutôt le mettre à la porte, mère.
Harry baissa la tête, ne cherchant pas à se défendre. Narcissa pinça les lèvres, mécontente.
— Il suffit, Drago ! La politesse…
Il la coupa, les poings serrés, oubliant toute son éducation pour laisser la fureur couler en lui, bloquant les souvenirs heureux, protégeant son cœur brisé.
— La politesse serait de ne pas débarquer comme des brutes. Entre autres. Tu m'excuseras, mère, mais j'ai à faire ailleurs. Je reviendrais à un autre moment.
Avant même d'avoir une réponse, il quitta la pièce à grands pas et transplana.
Drago se réfugia dans son appartement, amer. Revoir Harry, même dans ces circonstances, lui avait rappelé leurs moments ensemble. Les nuits de passion, les gestes tendres, leur complicité. Tout ce qu'ils avaient et qui avait pris brusquement fin, sans le moindre signe avant-coureur.
Le jeune homme se détestait de l'aimer encore, de ressentir le manque après tout ce temps. Harry semblait gravé en lui, comme s'il était le seul à pouvoir le rendre heureux.
Lorsqu'il se sentait seul, trop seul, il lui arrivait de rêver à leurs retrouvailles. Dans ses songes les plus fous, ils s'embrassaient avec passion et Harry lui avouait qu'il n'aurait jamais dû le laisser partir, qu'il regrettait leur séparation.
Dans la réalité, Harry était venu tourmenter ses parents alors qu'il le pensait encore loin de l'Angleterre. Harry était devenu Auror alors qu'il jurait qu'il ne voulait pas de cette vie. Harry avait épousé la fille Weasley alors qu'il appréciait leurs étreintes, hurlant le prénom de Drago dans la jouissance.
En cet instant, Drago aurait aimé avoir le pouvoir de faire disparaître Harry de chacune de ses pensées. Il aurait aimé pouvoir lui dire qu'il le détestait de toute son âme, en le regardant droit dans les yeux. S'il avait pu se jeter un oubliette à lui-même, il aurait retiré chaque trace de ses yeux verts de son esprit. Chaque souvenir de la douceur de sa peau, de son rire, de ses baisers.
Il tourna longtemps en rond, incapable de se concentrer sur quoi que ce soit, trop énervé, trop inquiet. Il laissait le temps passer, suffisamment de temps pour être certain que Harry Potter ne serait plus au Manoir Malefoy lorsqu'il y retournerait.
Il tint deux heures. Deux heures à se ronger les ongles, à imaginer le pire. Finalement, il repartit pour le manoir, fou d'inquiétude.
Ses parents allaient bien. Ils buvaient tranquillement le thé, seuls, l'air détendu, bavardant comme si rien ne s'était passé. Drago ne put cacher une pointe d'agacement, à bout de nerfs, et il grogna, définitivement de mauvaise humeur.
— Qu'est-ce qui se passe ici ?
Son père renifla, n'étant visiblement pas aussi détendu qu'il voulait le laisser croire. Sa mère roula des yeux et prit le temps de poser sa tasse et de tapoter ses lèvres d'une serviette délicatement brodée avant de lui répondre calmement.
– Un regrettable incident. Fort heureusement, ton ami est intervenu.
Drago cligna des yeux, et secoua la tête.
— Mon ami ?
Lucius grimaça, comme s'il venait de mordre dans un citron et il cracha, à mi-voix.
– Potter.
Drago resta un instant silencieux. Puis, il secoua la tête.
— Il n'est pas mon ami.
Sa voix ne sonna pas aussi assurée qu'il l'espérait, mais il décida que ça n'avait pas d'importance. Personne ne savait ce qui s'était passé entre eux et surtout, personne ne savait ce qu'il éprouvait encore pour l'ancien Gryffondor.
Narcissa secoua la tête, ses yeux gris lançant des éclairs.
— Ne sois pas stupide, Drago. Bien sûr qu'il est ton ami. Il est intervenu, il me semble ? Je sais que vous avez travaillé ensemble et tu semblais tellement heureux à cette époque.
Il y eut un lourd silence, puis Drago grogna.
— Conneries !
Son père claqua la langue, mécontent.
— Ton langage !
Le jeune homme ricana, laissant la colère l'envahir.
— Mon langage ? Bon sang, comment pouvez-vous rester calmes tous les deux alors que des Aurors ont débarqué ici pour vous accuser de n'importe quoi ? Je suppose que ce n'était pas la première fois en plus ?
Si Lucius grogna, Narcissa haussa tranquillement les épaules.
— Ce sont les conséquences de nos erreurs passées, mon chéri. C'est un faible prix à payer. Nous avons échappé à Azkaban, ne l'oublie pas.
— Mais…
– Drago. Ce ne sont rien que des incidents isolés. Ils viennent, menacent, fouillent un peu puis repartent. C'est une façon… de nous rappeler que nous sommes sous surveillance.
Il secoua la tête, abasourdi. Cependant, avant qu'il ne puisse donner son avis sur la question, sa mère reprit, tranquillement.
— Tu devrais le contacter. Il semblait vraiment blessé que tu puisses penser qu'il était lié à toute cette mascarade. Monsieur Potter est un jeune homme… adorable.
Drago plissa les yeux, agacé.
— Potter était avec eux, non ? Ne lui cherche pas d'excuses, mère, il est bien plus retors que tu ne peux le penser.
Son père prit la parole, avec une grimace écoeurée, comme s'il ne parvenait pas à croire qu'il prenait la défense de Harry Potter.
— Il ne s'attendait pas à ce genre de mission, d'après ce qu'il nous a dit. Et j'aurais tendance à le croire, puisqu'il est intervenu et qu'il nous a juré que ça ne se reproduirait plus. J'imagine que notre famille aura une dette supplémentaire envers lui…
Draco secoua la tête, effaré. Il avait l'impression d'être dans une dimension parallèle, un monde étrange où ses propres parents le poussaient dans les bras de Harry. Têtu, il haussa les épaules.
— Peu importe. Je ne compte pas le revoir.
Sa mère avait laissé échapper un rire de gorge moqueur, comme si elle doutait de cette affirmation. Même s'il était déterminé à éviter Harry Potter, Drago aurait dû savoir que les choses ne seraient pas aussi simples.
Il le revit moins de deux jours plus tard, sur le chemin de Traverse.
Il n'avait pas la moindre intention de fréquenter les boutiques du monde magique, mais sa mère lui avait demandé de faire quelques courses pour elle, prétextant qu'elle était épuisée. Il n'avait pas été dupe, mais sur le moment il avait pensé que sa mère voulait échapper aux insultes et aux remarques que sa venue sur le chemin de Traverse provoquait.
En se retrouvant face à face avec Harry, Drago pensa immédiatement que c'était un coup monté. Il se jura de ne plus céder aux suppliques de sa mère : la prochaine fois, il lui dirait d'envoyer un elfe faire ses courses.
Il ne montra pas son trouble de l'avoir face à lui avec ce regard suppliant et plein d'espoir, avec son sourire un peu crispé, lui donnant l'air d'un enfant qui aurait fait une bêtise. Sans montrer le moindre sentiment, Drago le dévisagea un court instant, puis il s'écarta pour poursuivre son chemin, comme si c'était un banal inconnu.
Vif comme l'éclair, Harry lui attrapa le bras pour le retenir, mais Drago le fusilla du regard, ses joues s'empourprant sous la colère.
— Drago ?
— Lâche-moi, Potter.
— S'il te plaît, je voudrais…
Drago dégagea son bras brusquement et répondit sèchement.
— Je suis pressé, Potter. Je suis attendu.
Harry eut un mouvement de recul et son visage se ferma. Sans attendre, Drago repartit, résistant à la tentation de se retourner. Il écourta sa visite sur le chemin de Traverse, cachant son trouble et ses mains tremblantes de son mieux.
Il se retrancha dans son appartement, refusant de se laisser aller à se lamenter. Un bref instant, il caressa le projet de repartir à l'étranger. N'importe quel pays pourvu que Harry Potter n'y soit pas.
Seulement, il ne voulait pas donner l'impression de fuir.
Il pensa stupidement qu'en restant loin du monde magique il serait tranquille.
Il eut une semaine de répit. Une semaine à se tenir sur ses gardes à chaque fois qu'il devait sortir de chez lui, à chaque fois qu'il allait chez ses parents.
Il commençait juste à se détendre, à se dire que Harry avait compris et qu'il resterait loin de lui. Qu'il ne le reverrait plus, pas après qu'il se soit montré si froid et si distant. Même si Harry était têtu, il l'était tout autant, et il ne céderait pas face à lui, même s'il en crevait d'envie.
Drago craignait toujours que Harry débarque au Manoir, mais il semblait avoir tenu parole : aucun autre auror n'était revenu et ses parents avaient même reçu un courrier d'excuses, terriblement formel, du département de la justice magique, déplorant l'excès de zèle d'un petit nombre de ses Aurors.
Sa mère s'entêtait à le pousser vers lui, mais après une mémorable dispute où il avait menacé de quitter l'Angleterre de nouveau, le sujet avait été oublié. Provisoirement, il s'en doutait, mais il souhaitait juste passer le Noël qui arrivait aussi sereinement que possible.
Il sortait juste de la douche, une serviette autour des reins, encore humide lorsqu'il se trouva face à Harry, au dernier endroit où il pensait le trouver.
Il se figea, les yeux écarquillés, ne pensant même pas à se montrer gêné. Il se rendait surtout compte qu'il avait toujours eu l'impression de sentir la présence de Harry chez lui, comme s'il n'était jamais vraiment parti. Il prenait conscience que ce n'était pas vraiment une impression : Harry avait continué de venir chez lui en cachette, même s'il avait du mal à comprendre pourquoi.
En temps normal, s'il avait eu sa baguette sur lui, il lui aurait probablement jeté un sort. Ou il lui aurait hurlé dessus.
Cependant, Harry était blessé et tenait à peine debout. Il était là, planté au milieu de son salon, se vidant de son sang, vacillant et à peine conscient.
Drago jura, masquant son inquiétude sous de la colère et avança brusquement, agrippa Harry par le bras pour le traîner jusqu'au sofa, sans tenir compte de sa plainte de douleur. Il repoussa les souvenirs de leurs étreintes à ce même endroit, pour se concentrer sur le blessé.
Il déchira son tee-shirt brusquement, ignorant le regard de Harry fixé sur lui, exposant son torse ensanglanté.
Il siffla entre ses dents en voyant les lacérations et attrapa un plaid sur l'accoudoir qu'il pressa contre la blessure pour endiguer la perte de sang. Face à la passivité de Harry, il attrapa sa main pour la poser sur le plaid.
— Tiens ça. Je reviens.
Malgré son inquiétude, il quitta la pièce sans le regarder. Dans la salle de bains, il regarda ses mains tremblantes et ensanglantées. Avec un sanglot silencieux, il se lava les mains, les frottant sous le lavabo, regardant le sang se diluer peu à peu.
Il ôta sa serviette et enfila un jogging, avant de fouiller son placard pour en tirer une trousse de premiers secours.
Il ferma les yeux un bref instant, essayant de se reprendre. Puis, il hocha la tête, décidé, et rejoignit Harry dans le salon.
Bien évidemment, il n'avait pas bougé. Pâle, il avait fermé les yeux, mais sa poitrine se soulevait régulièrement.
Drago serra les poings, refusant de se laisser distraire par ses émotions. Il allait le soigner, puis il le reverrait à sa vie, vers sa tendre épouse. Et il lui demanderait de sortir de sa vie, une bonne fois pour toutes. Il avait besoin de pouvoir l'oublier, définitivement, pour pouvoir espérer reprendre une vie normale.
Il le rejoignit ensuite en focalisant son attention sur ses blessures, même s'il sentait le poids du regard vert familier sur lui. Il ôta le plaid et grogna en voyant le sang qu'il avait perdu. Il nettoya sommairement ses blessures pour s'assurer qu'il n'y avait aucun corps étranger, avant de saisir sa baguette.
Harry ne se crispa pas un seul instant, comme s'il avait confiance en lui, le laissant pointer sa baguette sur lui et lui lancer des sorts de guérison.
Drago observa chacune des entailles se refermer, les lèvres pincées, constatant que Harry reprenait déjà des couleurs. Pour autant, il ne bougeait pas et ne parlait pas.
Quand il eut terminé de le soigner, il soupira et se redressa.
— D'autres blessures ?
Harry gémit légèrement avant de murmurer sa réponse.
– Merci. Non pas d'autre blessure.
Drago ne put s'empêcher de poser la question qui le taraudait depuis qu'il avait vu Harry devant lui.
– Très bien. Je peux savoir pourquoi tu débarques ici après un sort de découpe particulièrement vicieux au lieu d'aller à Sainte-Mangouste ou chez toi ?
Il le fixa cette fois, se perdant dans ses yeux verts et il s'assit près de lui attendant patiemment.
Harry resta silencieux si longtemps qu'il crut qu'il ne répondrait pas. Finalement, il murmura, la voix cassée, encore en état de choc.
— Tu es parti si vite. Je… Je croyais que tout allait bien entre nous et pourtant tu es parti quand même.
Drago cligna des yeux, perplexe, avant de comprendre de quoi parlait Harry. Il soupira, résigné à avoir la conversation qu'il avait évitée toutes ces années.
— Tu t'attendais à quoi, Potter ? Tu allais te marier !
Harry grogna, se redressant avec peine et Drago le repoussa sans ménagement, en claquant la langue, agacé de le voir s'agiter alors qu'il était si faible. Cependant, le Gryffondor marmonna, d'un ton boudeur qui amusait autrefois Drago.
— Ne m'appelle pas Potter. Et de quoi tu parles ?
— Oh pitié ! J'ai trouvé sur mon bureau la Gazette avec l'incroyable mariage de Noël du Sauveur en une. Tu aurais juste pu m'en parler, non ?
Voyant l'air stupide de Harry, Drago grogna et se leva brusquement. Il ne fit pas attention à la main qui se tendait vers lui, trop occupé à fouiller dans un tiroir du bureau dans un coin de la pièce, jusqu'à sortir le journal qui avait bouleversé sa vie et qu'il avait soigneusement rangé avant son départ.
Il se rapprocha de Harry et le lâcha sur son torse, avec une grimace méprisante.
— Voici ce qui était sur mon bureau après une journée passée à me briser les reins dans les archives, à fouiller dans la poussière. Juste avant Noël.
Harry écarquilla les yeux.
— C'est… une plaisanterie ?
— J'ai l'air de plaisanter ?
Ils se dévisagèrent en chiens de faïence, puis Harry se passa la main dans les cheveux.
— C'est pour ça que tu es parti si brutalement ? Sans une explication ?
Plutôt que de répondre et d'avoir à se justifier sur les raisons de sa fuite précipitée, Drago attrapa le poignet de Harry. Il resta figé un long moment alors qu'il fixait le bijou. Le dernier cadeau offert à Harry, celui qu'il avait laissé dans son appartement.
Loin de sembler gêné, Harry sourit.
— Je ne l'ai jamais ôté, tu sais. Ce cadeau… il était parfait. J'aurais aimé pouvoir te remercier vraiment.
Drago ferma les yeux, le cœur au bord des lèvres. Il ne savait pas quoi répondre, Harry avait toujours été celui qui le laissait à court de mots. La main de Harry sur sa joue le fit tressaillir et il recula brusquement, repensant à toutes les raisons pour lesquelles il avait quitté l'Angleterre. À toutes les raisons pour lesquelles il l'avait quitté.
Il ignora l'air blessé de Harry et désigna le numéro de la Gazette du menton.
— Considère que nous sommes quittes.
Harry se redressa, avec une grimace.
– Drago. Ce truc… je ne l'avais jamais vu avant aujourd'hui. Je n'ai jamais…
— Ce n'est pas parce que tu n'avais jamais vu la une que tu n'étais pas au courant de ton… mariage. C'était bien au moins ? Madame Potter doit être inquiète de ton absence non ? C'est pour elle que tu as changé d'avis et que tu as accepté d'être Auror alors que tu ne voulais pas ?
Harry grogna et l'attira à lui pour l'embrasser. Drago se figea, débordé par ses émotions, envahi de souvenirs du passé. Il était proche de se laisser aller, de tout oublier pour se fondre dans l'étreinte. Il en avait rêvé tant de fois, depuis tout ce temps… Cependant, il le repoussa en se souvenant des moments où il avait eu l'impression que son cœur se brisait encore et encore.
Il s'éloigna maladroitement et Harry eut un rire presque triste.
— Ça a toujours été mon moyen préféré de te faire taire. Drago… Je ne suis pas marié. Il n'y a jamais eu de mariage ou même de projet de mariage.
— Mais…
Harry leva un sourcil moqueur.
— Je peux t'embrasser à nouveau s'il faut ça pour que tu me laisses terminer.
Drago croisa les bras sur sa poitrine, boudeur.
— Dépêche-toi. Je t'écoute.
Harry soupira et devint nerveux. Puis il se passa la main dans les cheveux.
— L'année… quand tu es parti si brutalement, je n'étais pas au Terrier. Enfin pas tout le temps.
— Bon sang, Potter ! Une fois dans ta vie, est-ce que tu pourrais te montrer clair ? Je ne comprends rien.
Ils se défièrent du regard puis Harry haussa les épaules.
— Je suppose que c'était… censé être à mon intention. Le journal.
— Il était sur mon bureau.
Harry ferma les yeux et soupira, épaules basses.
— À chaque fois que j'allais au Terrier, j'avais des… insinuations de moins en moins discrètes sur… enfin, sur le fait que je devais me fixer. De préférence en épousant Ginny, qui m'attendait pleine d'espoir. Tant que c'était… discret, je faisais celui qui ne comprenait pas. Ils sont comme ma famille, tu sais.
Drago hocha la tête sans faire la moindre réflexion. Il n'avait jamais apprécié la famille Weasley, mais Harry les adorait et tant qu'il n'avait pas à les côtoyer… Harry lui sourit, triturant la gourmette offerte par Drago, puis il reprit doucement.
— Cette année là, quand je suis arrivé au Terrier… Ginny m'attendait. Et bien évidemment, elle comptait à terminer la soirée avec la bague au doigt et la promesse de devenir madame Potter.
Il eut un rire moqueur et il secoua la tête.
— Elle a été très déçue. Inutile de te dire que… Que nous sommes passés près de nous jeter des sorts, mais finalement je lui ai hurlé que… Que j'avais déjà quelqu'un dans ma vie. Toi.
Drago hoqueta et Harry lui jeta un petit coup d'œil moqueur.
— Tu aurais adoré voir ça, elle… j'ai cru qu'elle allait tout détruire. Bref. Je suppose que ce truc est sa façon de… me faire payer. Elle pensait probablement qu'on se disputerait.
Drago se frotta le visage.
— Elle a dû être ravie de mon départ.
Harry haussa les épaules.
— Je l'ignore. Je ne l'ai pas revue. Je… Je vais voir Molly et Arthur quand je sais qu'elle est absente. Le reste du temps, je rencontre ses frères ailleurs. Loin d'elle.
— Mais…
— Après cette soirée désastreuse, j'étais perdu et… Ron et Hermione m'ont embarqué chez eux pour que je me calme. Et probablement pour avoir des explications. Hermione… Elle m'a traité d'idiot. Elle m'a fait comprendre que… j'avais été horrible avec toi.
Voyant l'air perplexe de Drago, il rougit légèrement, puis haussa les épaules.
— Elle n'avait pas vraiment tort. Je me rends compte qu'on n'a jamais… parlé de ce qui se passait entre nous. Je pensais que c'était suffisant, mais finalement tu es parti.
Harry marqua un silence, le front plissé, réfléchissant visiblement à ce qu'il allait dire. Drago n'osait pas l'interrompre, statufié, n'étant pas certain de ce qu'il essayait de lui faire comprendre.
Harry plissa le nez.
— J'ai été idiot, parce que je crois que je le savais déjà plus ou moins. Je manquais juste de courage, tu vois ? Tant qu'il n'y avait pas d'obstacle entre nous, je ne voulais pas me poser de questions. Et là… Hermione m'a… Fais exploser tout ça au visage, en me disant que j'allais… Bref. Je suis rentré chez moi pour digérer tout ça. Je suppose que Ginny a voulu semer la discorde entre nous en pensant que… Je serais avec toi.
Drago secoua la tête.
— Que tu allais quoi ? Harry… ça n'a aucun sens !
— Quand je me suis décidé à venir te parler, tu étais parti. Sans laisser le moindre message. J'ai été chez toi, partout où tu avais l'habitude d'aller et j'ai pensé que tu étais juste chez tes parents. J'ai pensé qu'on se retrouverait au bureau. Que je pourrais te parler. Et j'ai appris que tu avais été muté.
Harry laissa échapper un rire incrédule.
— J'ai fait un scandale dans le bureau du ministre. Je pense que Kingsley ne me pardonnera jamais d'ailleurs, il me jette toujours ce regard furieux lorsqu'il me croise. Je l'ai accusé de t'avoir… poussé à partir, et il m'a dit que c'était toi qui voulais partir. Alors… Je suis allé te voir. Et tu… tu m'as dit que c'était ce que tu voulais. Tu m'as laissé croire que tu avais planifié ça depuis longtemps.
Drago haussa les épaules.
— Tu voulais que je dise quoi, Harry ?
— Me dire la vérité sur ton départ aurait été un bon début.
— J'ai essayé ! J'ai cru que tu comprenais, tu avais l'air tellement gêné.
Harry grogna.
— Bien évidemment ! Je pensais que tu me quittais sans vouloir le dire ! La dernière chose que je voulais c'était que… tu te sentes obligé de revenir, pour de mauvaises raisons.
Drago plissa le nez, avant de souffler.
– Imbécile. Quand ai-je fait quelque chose contre mon gré ? Je me moque bien que tu sois le sauveur ou n'importe quelle autre connerie, Potter.
Harry laissa échapper un rire, presque soulagé et il se précipita contre lui, l'embrassant une fois encore. Cette fois cependant, Drago ne le repoussa pas. Il se laissa aller et répondit au baiser, avec l'impression qu'ils ne s'étaient jamais séparés.
Harry le garda contre lui dans ses bras, picorant sa bouche de baisers tendres avant de soupirer.
— Tu m'as manqué.
Drago se laissa aller contre lui, fermant les yeux, essayant de ne pas penser à l'avenir. Il avait conscience que cette mise en point ne réglait pas tous les problèmes, loin de là. Mais c'était un soulagement de découvrir que Harry ne s'était pas marié sans le lui dire et que leur relation avait eu de la valeur à ses yeux. Assez pour le rejoindre aux États-Unis et essayer de le ramener.
Après quelques instants contre Harry, il lui lança une bourrade dans l'épaule, assez fort pour le faire grimacer.
— Et donc, une explication sur le fait que tu sois devenu Auror alors que tu avais juré que tu ne voulais pas ?
Harry rougit légèrement. Avec un soupir, il reprit son récit, sans pour autant lâcher Drago.
— Hermione a vu que je portais toujours ton cadeau. Je sais que tu m'as dit que c'était une babiole, mais je ne suis pas totalement stupide. J'ai bien vu que ça avait de la valeur. Et il y avait nos initiales dessus. Je… J'espérais que… enfin, je me disais que ça devait avoir une signification pour toi. Elle… Hermione est enceinte et… Ron dit que les hormones la rendent infernale. En bref, elle m'a hurlé dessus. Elle me disait que soit je devais tourner la page et quitter ce bijou, pour refaire ma vie et trouver quelqu'un d'autre, soit je devais te retrouver et avoir une bonne explication avec toi.
— Je ne vois pas le rapport.
Harry eut un léger rire.
— Je suis retourné aux États-Unis. Sauf que ton logement était occupé par quelqu'un d'autre. Et qui ne savait pas où tu étais. Je… Je ne pensais pas que tu reviendrais ici, je…
Drago se redressa soudain, les yeux écarquillés.
— Je n'ai pas rêvé alors ! Tu revenais ici ! J'avais l'impression de sentir ton parfum ou ta présence, et…
Harry rougit un peu.
– Oui. Je venais faire le ménage de temps en temps. Parfois, je venais dormir quand… tu me manquais trop. Mais en revenant des États-Unis, je ne suis pas passé ici, j'ai directement été au Ministère pour intégrer les Aurors. Bien sûr, le chef des Aurors, Robards, était ravi et il n'a pas posé de questions. Je pensais que j'aurais la possibilité de te chercher plus facilement.
Drago roula des yeux.
— Si tu étais venu, tu aurais trouvé mes affaires. Ou moi.
Harry hocha la tête.
— Je pensais que tu avais encore trouvé le moyen de me filer entre les doigts et je voulais être certain de te trouver cette fois.
Drago fronça les sourcils et lui frappa l'épaule.
— Donc, attaquer mes parents était une de tes idées ? Tu pensais qu'ils te diraient où j'étais en les menaçant ?
Harry écarquilla les yeux et parut horrifié.
— Non ! J'ai été affecté sur cette mission et je ne savais pas ce qui se passait ! Avant même de te voir sur place, j'avais prévu de faire un rapport pour que… Pour que ça cesse. Ça n'avait rien d'une mission, c'était juste de l'intimidation !
Drago soupira et Harry continua, sa voix se brisant soudain.
— Quand ils t'ont attaqué, j'ai cru devenir fou. Et tu avais l'air si furieux. Tu avais le même regard qu'à Poudlard, quand on… se détestait. J'ai pensé que je t'avais perdu Drago, pour de bon. J'ai compris que tu étais en Angleterre et je suis resté avec tes parents un peu pour… m'assurer qu'ils allaient bien et que toi aussi.
Il ferma les yeux et posa son front sur l'épaule de Harry, réprimant un gloussement.
— Et ma mère t'a conseillé d'aller te balader sur le Chemin de Traverse pour prendre de mes nouvelles. Puis, elle m'a appelé et m'a ordonné d'aller faire ses fichues courses.
Harry passa la main dans les cheveux de Drago, laissant échapper un rire amusé.
— Ta mère est surprenante. Très perspicace. Ton père semblait sur le point de faire une attaque, mais Narcissa semblait s'amuser follement.
Drago grogna.
— Je vais lui tordre le cou. Elle ne peut pas s'empêcher de… Bon sang, elle a forcé mon père à chanter tes louanges !
Cette fois, Harry eut un véritable rire, et Drago ne put s'empêcher de sourire. Il retrouva tout son sérieux en repensant à l'arrivée de Harry, blessé et ensanglanté.
– Donc. Tu es devenu Auror pour me localiser. Tu m'as localisé et pourtant tu es resté Auror ? Pourquoi ? Tu as vu dans quel état tu es arrivé ici ?
Face au silence de Harry, il leva la tête pour le découvrir légèrement empourpré et le regard fuyant.
— Harry ?
Le jeune homme souffla, avant de répondre à mi-voix, comme honteux.
— Après notre rencontre sur le chemin de Traverse, je… Tu m'as dit que tu étais attendu et j'ai cru que tu avais quelqu'un dans ta vie. Quelqu'un d'autre. Tu semblais tellement froid et distant et… je ne voyais pas de raisons de lutter. Autant faire ce qu'on attendait de moi, non ?
Drago ne put retenir un hoquet horrifié.
— Attends, tu… Tu allais… Tu allais te laisser tuer parce que je t'avais repoussé ?
Harry força un sourire factice sur ses lèvres.
— Ne sois pas si dramatique ! J'allais juste rester Auror, pas me mettre en danger !
Sans s'éloigner de Harry, Drago tendit le bras pour attraper le tee-shirt déchiré de Harry et le brandit devant lui, exposant le sang qui maculait le tissu.
— Heureusement que tu n'avais pas prévu de te mettre en danger ! Tu appelles ça comment ?
Harry gonfla légèrement les joues, mal à l'aise.
– Un instant d'inattention.
Drago ricana, même si son cœur se serrait en pensant qu'il était passé près de le perdre pour de bon.
— Voilà pourquoi les Gryffondor ne devraient jamais être Auror. Pas assez concentrés.
Harry gloussa.
— De toute façon, je vais probablement être viré. J'ai été touché et quand je suis tombé, j'ai transplané instinctivement. Je voulais te revoir. Je pensais juste que je voulais te voir et je les ai abandonnés là-bas.
Drago grogna et le serra un peu plus dans ses bras.
— Je ne sais pas si je devrais t'embrasser ou te frapper, idiot. J'hésite entre dire que c'est terriblement romantique d'avoir voulu venir me voir alors que tu étais dans cet état ou te trouver flippant au possible d'avoir pensé que te vider de ton sang sur mon tapis serait une bonne idée !
Harry ricana.
— Je préfère que tu m'embrasses. Et j'avoue que je ne regrette pas, parce que même si tu m'avais laissé me vider de mon sang, je t'aurais vu une dernière fois sortant de la douche.
Ils se chamaillèrent légèrement, sans pouvoir masquer leurs sourires. Rapidement cependant, Drago retrouva son sérieux.
– Harry. Ça ne change rien au fait que nous deux… c'est terminé depuis des années. On ne peut pas juste faire comme si ces cinq dernières années n'avaient pas existé. Je ne peux pas recommencer…
Harry leva les yeux au ciel.
— Ces cinq dernières années, je t'ai cherché. Je t'ai attendu. C'était juste… le temps qu'il fallait pour que je comprenne à quel point tu étais important pour moi.
— Ne fais pas semblant de comprendre Harry.
— Justement, je comprends. Tu iras remercier Hermione à ce sujet d'ailleurs. C'était le sujet de sa première dispute contre moi. Elle m'a fait comprendre qu'en voulant te garder pour moi, en voulant te protéger de ce que les autres pourraient dire je t'avais traité comme un secret honteux.
Drago hoqueta, stupéfait.
— Quoi ?
Harry afficha un sourire fier et leva le bras pour montrer la gourmette qui lui était si précieuse.
— Ce bijou… tu avais fait attention à ce que nos initiales soient discrètes, n'est-ce pas ? Pour que je puisse continuer à te cacher si c'était ce que je voulais.
Lorsqu'il ouvrit la bouche, Drago crut qu'il ne pourrait pas sortir un son tant sa gorge était serrée. Il finit par souffler, incrédule.
— Et qu'est-ce que tu veux ?
— Je pensais que tu le savais, Drago. C'est toi que je veux. Et je n'ai pas l'intention de mentir à notre sujet ou de prétendre que je suis célibataire comme avant. Si tu veux que… si tu crains des réactions, on prendra le temps dont tu auras besoin. On ira à ton rythme, on fera comme tu voudras. Je veux juste que tu nous laisses une chance.
Drago ferma les yeux, perdu. C'était ce qu'il avait toujours rêvé d'entendre et ça semblait tellement parfait qu'il ne pouvait pas y croire. Soit il rêvait, soit c'était une monstrueuse plaisanterie.
Il sentit les bras de Harry se refermer sur lui, et ses lèvres se poser doucement sur sa tempe. Ils étaient affalés dans le sofa, et l'étreinte paraissait si naturelle qu'il n'avait pas la moindre envie de bouger.
Il marmonna soudain, se tendant légèrement.
— Harry… tu es sûr de toi ? Je ne pourrais pas supporter ça encore une fois… Te perdre une fois encore.
L'étreinte de Harry se resserra, caressant doucement son torse nu, il déposa des baisers de sa tempe en direction de son oreille pour y chuchoter tendrement.
— Tu ne me perdras pas. Je n'irais nulle part. Pas sans toi.
Avec un léger soupir, Drago finit par ouvrir les yeux et regarder Harry. Le regard vert le fixait et il pouvait y lire tout l'amour du monde. Il espéra que c'était également ce que voyait Harry dans ses yeux d'orage…
Il lui sourit, et approcha son visage pour un léger baiser.
— Je n'ai pas réussi à t'oublier. J'avais terriblement peur de te revoir en revenant en Angleterre, mais mes parents insistaient tellement… Je ne voulais pas te voir marié et heureux de l'être. Heureux sans moi…
Harry attrapa ses joues pour le regarder droit dans les yeux.
— Je ne me serais pas marié. Je n'aurais pas été heureux sans toi, Drago. C'est de toi dont j'ai besoin. Ça a toujours été toi. Depuis le début.
Cette fois, Drago se laissa aller totalement, abandonnant toute résistance. De toute façon, Harry avait toujours été présent dans ses pensées, il ne l'avait jamais quitté. Penser qu'il pourrait l'oublier serait se voiler la face. Il savoura leurs retrouvailles, enlaçant Harry à son tour pour se coller un peu plus contre lui, pour retrouver cette sensation qui lui avait tant manqué.
Après de longues minutes de félicité, Drago se gratta la gorge.
— Harry ? Tu te sens mieux ?
Le jeune homme enfouit son visage dans ses cheveux, souriant, avant d'acquiescer.
– Bien mieux. Tu as un talent certain de guérisseur.
Drago étira ses lèvres en un sourire amusé, retrouvant le Harry joueur qu'il connaissait. Il se redressa légèrement, en levant un sourcil moqueur, et le bouscula.
— Dans ce cas, tu vas aller sous la douche pour te nettoyer et enfiler des vêtements qui ne soient ni déchirés ni couverts de sang. Ensuite, tu écriras ta lettre de démission parce que je refuse de te voir risquer stupidement ta vie une fois encore, alors que tu n'aimes même pas ce boulot.
Harry gloussa.
— Tout ce que tu veux.
Alors qu'il allait se relever, Drago le retint un instant, une ombre dans le regard.
— Harry… Tu penses vraiment que tous les deux… c'est possible ?
Loin de lui en vouloir de son instant de doute, Harry eut un rire malicieux. Le Harry qu'il avait revu, sérieux et éteint, était redevenu son Harry d'autrefois, rieur et heureux. Sa joie était contagieuse et même s'il était inquiet, il ne pouvait pas s'empêcher d'espérer.
Le brun se releva, encore un peu faible, mais l'air plus vivant que jamais et il se pencha au-dessus de lui avec un sourire moqueur. Il se rapprocha jusqu'à faire haleter Drago, jusqu'à ce que leurs lèvres s'effleurent presque.
Puis, il murmura lentement, avec une satisfaction non dissimulée.
— Possible, impossible… tous les deux ça fonctionnera si on le décide. N'oublie pas que j'ai fait plus de choses impossibles que n'importe qui, alors ça ne m'effraie pas.
Puis, il scella leurs lèvres dans un baiser dévastateur et Drago sut que Harry était sincère. Et son cœur se gonfla d'espoir comme jamais.
Drago repoussa ses dossiers étalés devant lui en bâillant. Il avait repris les affaires de son père depuis deux années déjà et il y avait des jours où il le regrettait. Lorsqu'il était petit garçon, il pensait que son père avait un travail excitant, quelque chose de palpitant où il ne s'ennuyait jamais. Contrairement à lui, Lucius était fasciné par la finance, il avait donc probablement aimé toutes ces années de dur labeur pour faire fructifier leur fortune.
Il avait vite déchanté en se rendant compte que ses journées se passaient toutes de la même manière, plongé dans la paperasse, à aligner des colonnes de chiffres et à tenter d'en décrypter le sens.
Cependant, dès qu'il aurait terminé de boucler ce dossier, il serait enfin en vacances. De vraies vacances de Noël, pour une fois.
Cette année ne serait pas comme les autres années. Cette année, ils avaient prévu des vacances avec Harry. Des vacances en amoureux, à l'étranger, juste tous les deux. Harry rêvait de neige et de sapins, alors Drago avait décidé de l'emmener au pays du Père-Noël, à Rovaniemi, en Laponie pour voir l'émerveillement dans ses yeux, lui qui n'avait jamais eu d'enfance.
Il avait prévu de lui faire traverser le cercle polaire magique, de loger dans un chalet décoré et illuminé. Il espérait pouvoir tenir Harry dans ses bras alors qu'ils regarderaient une aurore boréale. Il avait réservé un créneau pour une randonnée en traîneau tiré par les rennes du père Noël, et réservé dans un restaurant entièrement en glace.
Enfin, il avait prévu une autre expédition en traîneau cette fois tiré par des chiens, pour atteindre un lieu féérique selon la brochure, juste à temps pour lui offrir son cadeau. Une bague avec leurs initiales, cette fois-ci parfaitement visibles.
Harry ne savait rien de ces projets, juste qu'ils allaient voyager. Il était excité comme un gosse avant même d'avoir découvert ce que Drago tramait et le jeune homme adorait voir ses yeux brillants, sa façon de faire la moue en espérant lui extorquer ce qu'il avait prévu…
Deux ans qu'ils s'étaient retrouvés et qu'ils avaient repris une relation. Deux années parfaites.
Il y avait eu des disputes, mais surtout beaucoup de réconciliations. Il y avait eu des rires et des larmes, il y avait eu des projets par milliers. Ils avaient fait face ensemble, tous les deux, aux remarques du monde magique.
Le soutien de Harry n'avait jamais faibli, il n'avait jamais vacillé. Il fixait juste Drago avec une confiance totale.
Ils étaient restés discrets sur leur relation, mais ils avaient cessé de se cacher comme avant. Et contrairement à ce qu'avait craint Drago, ça n'avait rien changé entre eux. Hormis peut-être renforcer leurs liens.
Tous les deux, il leur avait fallu du temps, mais cette fois, ils avaient enfin réussi. Ils étaient heureux pour de bon.
