L'immortelle n'a pas d'odeur
De rouge vêtue, Candice arriva le sourire aux lèvres à la BSU. Elle salua les quelques officiers matinaux présents à l'accueil et grimpa les escaliers, un sachet de croissant à la main. La commandante se dirigea vers la salle de repos, sortit un plateau du placard et déposa deux tasses dessus. Elle enclencha le bouton de la machine à café dans l'idée de faire une petite surprise à son partenaire.
Le plateau à la main, elle marcha vers le bureau de son commissaire. Comme à son habitude, elle frappa deux coups à la porte et entra dans la foulée sans attendre son autorisation. À peine la porte refermée, Candice se retrouva face au vide. C'est particulièrement déçue qu'elle partit s'asseoir à la place de son supérieur. Dépitée, la blonde perdit son sourire et sortit son téléphone de sa poche. Elle composa le numéro d'Antoine et attendit qu'il décroche.
Assis dans la salle d'attente du docteur Levallois, Antoine sentit son portable vibrer. Machinalement, il le sortit de sa poche. Il constata l'appel entrant de Candice mais décida de le ranger sans prendre le temps de lui répondre.
Pour la deuxième fois depuis ce matin, Candice se heurta à sa messagerie. Pantoise, cette dernière lui laissa un message :
« Oui Antoine. Bon bah c'est encore moi… Est-ce que tu aurais la gentillesse de bien vouloir me rappeler ? Merci ! » lâcha-t-elle d'un ton sec. Elle verrouilla son téléphone, le posa violemment sur le bureau et se renfonça dans son siège en l'attendant.
Le commissaire entendit soudainement crier son nom à travers la pièce. Il se leva et se dirigea vers le médecin qui l'entraîna dans son bureau.
« Bien Monsieur Dumas ! Donc d'après ce que je vois, vous réagissez bien au traitement. Comment vous sentez-vous ?
- Bien ! Je vais mieux je crois ! C'est plutôt bon signe non ?, mentit-il légèrement.
- C'est positif certes. Mais il ne faut pas crier victoire si vite. Le caractère fluctuant de vos crises vous met en danger au quotidien.
- Je sais. Mais je fais attention.
- Mais c'est imprévisible Monsieur Dumas… Que l'on fasse attention, ou non. Je reconduis votre ordonnance et je vous laisse avec l'infirmière pour faire une nouvelle IRM. On en reparle la semaine prochaine, comme d'habitude. »
Antoine le remercia et sortit du bureau pour rejoindre le service d'imagerie.
Candice jouait à tourner sur sa chaise, toujours dans l'espoir de voir arriver son partenaire. Elle releva brusquement la tête en entendant quelqu'un pénétrer dans le bureau :
« Antoine ! Tiens, voilà le dossier que… Ah bah c'est toi ? Qu'est-ce que tu fais là ?»
Candice perdit de nouveau son sourire et récupéra sa moue boudeuse. Nathalie déposa le dossier sur le bureau et prit place face à la commandante :
« Oh toi ! Y a quelque chose qui va pas…
- Je suis en manque d'affection, voilà ce qui ne va pas !, s'agaça Candice face à son amie.
- C'est pas vrai ! Me dis pas que vous vous êtes encore engueulés avec Antoine ?, s'écria la responsable de l'IJ.
- Rooh ! Mais tu veux pas crier plus fort aussi ? J'te signale que t'es pas censée être au courant en plus…
- Oh ça va ! Y a personne, il est à peine 8h30.
- Quand même…
- Allez je t'écoute. Qu'est-ce qu'il y a ?
- J'en sais rien… J'ai l'impression qu'en ce moment, toutes les excuses sont bonnes pour éviter de passer du temps avec moi…
- N'importe quoi ! Tu te fais des idées j'suis sûre.
- Noooon !, rétorqua Candice avec vivacité, J'te jure… En trois semaines on a dû se voir… quoi ? Allez, 5 fois à tout cassé.
- Mais vous avez vu vos emplois du temps de ministre aussi ? C'est normal ! C'est juste une mauvaise passe à surmonter.
- Une mauvaise passe au bout d'un mois de relation ? Beh ça promet… Candice fit mine de réfléchir, Mais tu vois, je sens que y a un truc mais j'arrive pas à trouver quoi…
- Bon c'est vrai qu'il était un peu bizarre ces derniers temps mais bon… Tu lui en as parlé ?
- Il me dit que tout va bien…
- Tu lui fais confiance ?
- Bah oui !
- Eh bien, c'est réglé. S'il te dit que ça va, c'est que ça va !
- Mouais.
- Allez ! Haut les cœurs !
- Café croissant ?, proposa Candice se résignant à attendre l'arrivée de son partenaire. »
Ce dernier sortait justement de la salle d'imagerie. Il se dirigea vers le bureau des secrétaires pour récupérer son ordonnance et son prochain rendez-vous. Il marchait d'un pas décidé lorsqu'une grande femme brune l'interrompit :
« Antoine ?
- Euh oui ?, s'exclama-t-il surpris en relevant la tête, Stéphanie ?
- Oh putain ça fait un bail !, s'exclama l'infirmière en lui faisant la bise.
- Beh tu m'étonnes ! Tu bosses ici donc ?
- Ouais ! Je navigue entre le service d'ophtalmo et de neuro. Et toi qu'est-ce que tu fais là ?
- Oh.. Euh… Rien. Enfin, je… Je venais passer des examens, répondit-il gêné.
- En neuro ?, demanda-t-elle en observant l'IRM
- Ouais…
- Qu'est-ce que t'as ? C'est grave ?
- Oh non ! C'est rien de bien méchant.
- Vu l'état de ton crâne sur l'imagerie… J'en doute fort.
- Ok… C'est un angiome, annonça-t-il résigné.
- Merde ! Tu le sais depuis quand ?
- Trois semaines…
- Et euh…, commença à répondre la brune avant d'être dérangé par son bipper, Excuse-moi, j'dois y aller mais on en reparle ? J'y tiens ! Puis comme ça on pourra se raconter nos vies depuis le temps…
- Euh… Ouais ! Ok.
- Parfait !
- Bah tiens, je te donne ma carte, rétorqua-t-il en fouillant dans son portefeuille, Comme ça t'as mes coordonnées.
- Merci... Commissaire! lâcha-t-elle impressionnée avant de renchérir, Je t'appelle ! Ça m'a fait plaisir de te revoir, s'exclama-t-elle en lui caressant le haut du bras avant de s'éclipser dans la chambre d'un patient."
Antoine sortit de l'hôpital et s'installa au volant de sa voiture. Il rangea ses papiers médicaux dans un dossier qu'il glissa sous son siège et sortit son téléphone. À l'écoute du message de Candice, il ferma les yeux. Le commissaire s'était laissé entraîner dans sa maladie, seul. En décidant de se taire et de n'en parler à personne, il avait fait le choix d'affronter la chose en solitaire. S'éloigner d'elle était donc un choix par défaut. Après tout, c'était le mieux pour elle, pensait-il.
Il rangea son téléphone et démarra la voiture en direction de son domicile pour se changer avant d'aller au bureau. Antoine était dans sa chambre lorsqu'il entendit la sonnerie de son téléphone. Il enfila les manches de sa chemise et dévala les escaliers pour décrocher à temps. Un corps venait d'être retrouvé dans une ruelle, non loin de chez lui. Il remercia l'officier et raccrocha. Il grimpa les escaliers à toute allure et se dépêcha d'enfiler ses derniers habits. Dans la précipitation son cerveau vrilla et la vue du commissaire se brouilla. Il s'arrêta quelques secondes en se maintenant le crâne et se reprit doucement, jurant contre cette foutue merde qui lui pourrissait le cerveau.
D'un pas rapide il débarqua sur la scène de crime. Il prit une grande bouffée d'air et essuya son front qui perlait avec sa manche avant de se diriger vers la responsable de l'IJ qui s'affairait autour du cadavre.
« Ah salut Antoine !
- Nathalie !, acquiesça-t-il, T'es toute seule ?
- Affirmatif ! Val et Mehdi arrivent, Marquez est bloqué sur la route et Candice est aux urgences.
Le cœur du commissaire loupa un battement à l'écoute de sa collègue. Un pic de stress qui lui procura un violent mal de crâne. Il s'arrêta brusquement et se reprit quelques secondes plus tard.
- Aux urgences ? Qu'est-ce qui se passe ?, demanda-t-il inquiet.
- Jules s'est ouvert la main en cuisinant… Candice l'a emmené en urgence. Il pissait le sang.
- Elle m'a rien dit…, répondit-il en se frottant les tempes.
- Elle t'attendait ce matin et tu ne l'as jamais rappelé. Ça t'étonne ?
Une voiture de police venait de pénétrer dans la ruelle. La lumière bleue et la sonnerie du gyrophare perturbèrent le commissaire qui ressentit à nouveau un violent mal de crâne.
- Non… Enfin… Je… Je…
- Antoine ? Ça va ?, demanda Nathalie inquiète »
Elle vit son collègue s'écrouler au sol et accouru vers lui. Elle tenta de le réveiller en le secouant en vain.
