La lieutenante s'exécuta et alla prévenir Antoine qui ne tarda pas à entrer dans l'openspace. Candice débuta d'emblée son discours.
« Cette petite matinée shopping s'est avérée plutôt intéressante… La vendeuse nous a donné la liste des clients fidèles de la boutique et nous a parlé d'une certaine Virginie Demontoux. La jeune femme venait souvent dans leur boutique avant de se suicider y a deux mois. Mais après sa mort, son mari est revenu acheter de la lingerie. Donc c'est super bizarre on est d'accord ?
- Euh… Ouais…, répondit Mehdi un peu perdu.
- Donc avec Val on est allées voir son médecin. Et il était vraiment sympa en plus…
- Attend mais… Avec quelle commission vous êtes allées le voir ?, la coupa Antoine.
- Ah oui. J'avais oublié ce détail. C'est bien que t'en parles parce que justement, comme officiellement on en avait pas bah j'ai fait croire que tu l'avais oublié et…
- Non mais Candice ! Tu te rends compte que ce que vous avez découvert n'est pas recevable là ?
- Mais c'est pas grave ! Attend que je termine et tu vas comprendre. Antoine souffla et s'appuya contre le bureau. Donc nous sommes arrivées au service obstétrique et le médecin nous a simplement dit que son suicide était dû à sa quatrième fausse couche. À mon avis, elle n'a pas supporté devoir tout recommencer une cinquième fois. Elle devait être épuisée en plus.
- Ok. Et ?
- Bah voilà c'est tout.
- C'est bien triste comme histoire hein. Mais quel rapport avec notre affaire ? , lâcha Marquez.
- Roooh ! Mais faut vraiment tout vous expliquer à vous… Je récapitule, essayez de deviner. On a une femme qui achète toute sa lingerie dans cette boutique, donc qui la met au quotidien. Cette même personne n'arrive pas à avoir d'enfants, épuisée moralement et physiquement, elle se suicide en laissant son mari seul. Mari qui retourne acheter de la lingerie après sa mort. Vous faites pas le lien ?
- Donc tu penses que ses problèmes de grossesse seraient dus au produit toxique retrouvé dans la lingerie et que son mari l'aurait compris, tenta Antoine.
- Exactement ! Qu'est-ce qu'on a sur lui ? Il s'appelle Olivier Demontoux.
- Alooooors !, commença Mehdi en lançant une recherche sur son ordinateur, A priori pas grand-chose… À part des excès de vitesse. Il a l'air clean.
- Ok. Alors rentre l'adresse renseignée sur le compte de fidélité de Virginie voir, demanda Candice en lui donnant la feuille.
- C'est un restaurant.
- Un restaurant ?
- Oui ! Je crois qu'ils en sont les propriétaires.
- Un restaurateur... qui tue avec un couteau… L'hypothèse se confirme de plus en plus. C'est parti, lâcha Candice en enfilant son manteau. On y va !
- A tout à l'heure !, les salua Antoine. »
Arrivés sur place, Candice envoya ses hommes faire le tour du restaurant. Elle entra dans le café et demanda après Olivier Demontoux. Celui-ci était seul. Elle se présenta et le restaurateur se plaça instinctivement sur la défensive. La commandante s'approchait dangereusement de lui… Il s'empara du couteau et la menaça. Intérieurement la blonde priait pour que l'un de ses trois collègues reviennent rapidement. Face à l'homme armé, elle tenta le tout pour le tout :
« C'est avec cette arme que vous avez tué Arnaud Jouarre ?
- Taisez-vous !
- Posez votre couteau… Vous ne faites qu'aggraver la situation, dit-elle en s'approchant, convaincue qu'elle pouvait le calmer.
- TAISEZ-VOUS !
- Je suis au courant… Pour… Pour votre femme. »
Soudain, Marquez ouvrit la porte du restaurant pour rentrer. La clochette située en haut de la porte retentit et déconcentra Candice qui se retourna vers son collègue. Apercevant le brassard « police » et voyant la blonde inattentive, il tenta de planter Candice qui parvint à se décaler au dernier moment. Malgré tout, elle chuta au sol dans un cri de douleur. Olivier Demontoux l'avait touché au bras droit. Instantanément, le coupable pris la fuite vers la cuisine mais se retrouva nez-à-nez avec Mehdi qui l'attrapa et lui passa les menottes. Marquez était resté avec Candice et lui proposa de l'emmener à l'hôpital vu la taille de sa coupure. La blonde accepta en le priant de ne pas prévenir Antoine. Ils partirent à deux voitures, Marquez déposa sa collègue à l'hôpital et remonta dans celle de Val pour rentrer au commissariat.
Les trois collègues interrogèrent leur suspect qui, au vu des éléments, ne put qu'avouer rapidement les faits. À la suite des nombreuses fausses couches de sa femme, il avait essayé de comprendre les raisons de ses problèmes. Les analyses médicales n'avaient rien donné et le restaurateur était tombé sur un article dénonçant la toxicité de certains textiles. Désespéré, il avait demandé à son ami laborantin d'analyser les vêtements de sa femme qu'il avait gardés. Les résultats lui avaient fait comprendre que sa lingerie était gorgée d'Éthoxylates de nonylphénols, un produit très nuisible pour la fertilité humaine. Afin d'en être certain, le restaurateur était retourné acheter des produits dans la boutique pour comparer les résultats d'analyses. Ceux-ci étaient sans appel. Il avait donc confronté le gérant de la boutique qui avait nié. Remonté contre lui, Olivier Demontoux l'avait menacé avant de le planter à cinq reprises pour venger sa femme.
Du côté de Candice, la commandante venait d'être prise en charge. Sa blessure était superficielle mais il fallait impérativement lui poser un bandage. Elle sortit de l'hôpital, et grimpa dans sa voiture. Elle attacha sa ceinture en lâchant un chuchotement de douleur et s'apprêta à démarrer lorsque ses yeux se posèrent sur l'entrée de l'hôpital. Elle s'arrêta brusquement et observa la scène devant ses yeux. Son compagnon était au téléphone.
« Préfet mon cul oui. Et en plus tu vas la chercher au travail… Mais quelle conne ! » s'agaça-t-elle face à la situation.
Antoine raccrocha et monta dans sa voiture. Il boucla sa ceinture et alluma le moteur de sa voiture. Candice le vit reculer de sa place de parking. Elle alluma le moteur à son tour et se décida à le suivre. Vingt minutes plus tard, elle se gara sur le parking où Antoine venait de s'arrêter. Elle le vit sortir de sa voiture et se diriger sur le sable.
Depuis le parking de la plage, Candice observait Antoine fixer l'horizon, les mains dans ses poches. Elle hésita à sortir et le rejoindre, consciente que quelque chose d'anormal se passait. Mais une silhouette féminine heurta son attention et interrompit son mouvement. Son visage se figea. Son regard s'embrouilla. Elle était dans ses bras, à sa place. La commandante n'arrivait pas à y croire. C'était donc vrai. Antoine Dumas la trompait.
Les pieds ancrés dans le sable, Antoine fixait l'horizon. Les paroles du médecin résonnaient dans sa tête. Il devait faire un choix, seul, et l'assumer. Il avait tellement envie de tout déballer, de lui dire. Mais sa fierté l'en empêchait. Le commissaire se contentait du soutien de son ancienne amie qui prenait son rôle très à cœur. Il la vit s'approcher. Il ravala sa salive, les larmes aux yeux. Elle lâcha son sac sur le sol et le prit dans ses bras en guise de soutien. Il était dans ses bras, en s'imaginant dans les siens.
Un flot de haine s'empara du corps de la commandante. Elle ouvrit sa portière, sortit de la voiture, claqua la porte et se dirigea d'un pas déterminé vers eux.
« Ça va je vous dérange pas ?, lâcha-t-elle hargneusement.
- Candice ?, s'étonna-t-il en lâchant Stéphanie.
- Dis-donc il a bien changé le préfet. Putain mais quelle conne quoi !
- Attends ! Je…
- Je quoi ? Ça fait des jours que tu me mens putain ! Je comprends mieux pourquoi tu me fuyais comme ça !, s'énerva-t-elle dans un flot de larmes.
- Dis pas n'importe quoi ! Je vais t'expliquer.
- Mais arrête de me mentir Antoine ! Je vous ai vu au restaurant hier soir.
- Mais c'est pas ce que tu crois ! Je te jure !, lui promit-il en tentant de s'approcher.
- Lâche-moi !, le repoussa-t-elle en se reculant.
- Non mais c'est la vérité. Vous devriez…, tenta Stéphanie avant d'être coupée par la blonde.
- Oh toi je t'ai pas sonné hein !
- Candice !, tenta-t-il à nouveau en lui attrapant le bras.
- Aïe !, grimaça-t-elle lorsqu'il frôla son bras blessé.
- Qu'est-ce que t'as à ton bras ?, tenta-t-il à nouveau en s'approchant.
- Tu me touches pas !, cria-t-elle en se reculant, Je veux plus te voir, conclut-elle en courant vers le parking. »
De nouveau seuls sur la plage, Antoine interrogea Stéphanie du regard.
« J'y vais ?
- Je crois pas que ce soit une bonne idée…
- Putain mais je suis vraiment trop con !, s'énerva-t-il contre lui-même, Je fais quoi ?
- Attend qu'elle redescende et essaye de lui expliquer calmement.
- Elle va me détester…
- Si tu veux mon avis… Je pense que ça pourra pas être pire que maintenant... »
Candice était remontée dans sa voiture en pleurant. Jamais elle n'aurait pensé qu'il était capable de la trahir, pas Antoine. Elle ressentit la même douleur que celle infligée par son premier mari. Ses larmes n'arrêtaient pas de couler sur ses joues. Elle tenta de les essuyer en vain et quitta le parking en voiture pour rentrer chez elle. Elle passa la porte de sa maison et se retrouva face à sa fille. Elle vit sa mère en pleurs et couru la prendre dans ses bras.
Antoine et Stéphanie restèrent une petite demi-heure sur la plage à discuter. Elle avait enfin réussi à convaincre son ami de lui parler. La situation s'était beaucoup trop envenimée pour laisser les choses telles qu'elles étaient actuellement.
Les deux femmes étaient assises dans les bras l'une de l'autre dans le canapé du salon. Emma tentait de consoler sa mère qui ne parvenait à faire cesser ses larmes de couler. Elle lui en voulait tellement de la faire pleurer. Soudain, la sonnette retentit. Emma releva la tête et s'apprêta à aller ouvrir : « Si c'est lui, je veux pas le voir. » lâcha Candice pour prévenir sa fille.
Emma ouvrit la porte et se retrouva face à Antoine :
« Ta mère est là ?
- Je crois pas que ce soit une bonne idée., lâcha durement la jeune femme.
- Je veux juste lui parler cinq minutes, lui demanda-t-il suppliant.
- Elle veut pas te voir Antoine. Fallait réfléchir avant...
- Mais je…
- Désolée., déclara-t-elle en lui claquant la porte au nez. »
Le commissaire resta pantois devant la porte fermée. Il posa la tête contre la porte et ne put retenir ses larmes. Antoine Dumas avait définitivement tout perdu.
