Harry se rendit à la zone de transplanage du ministère en appelant son second. Le visage de Pritchard s'afficha sur l'écran alors que ce dernier répondait d'une voix grave.
— Pritchard. Ah, Harry. Un problème chez les Malefoy ?
L'homme n'avait visiblement eu qu'à jeter un coup d'œil au décor qui défilait dans le dos de Harry pour comprendre où ce dernier était en train de se rendre. Le Commandant des Aurors se contenta donc de répondre par l'affirmative et de donner ses instructions pour le reste de la journée : il reviendrait au plus tôt, d'ici-là on ne devait le contacter que pour les urgences. Avec de la chance, il pourrait repasser au bureau dans l'après-midi et rejoindre sa femme pour dîner à l'heure convenue. Ou alors, et c'était plus probable, il entendrait son ventre gargouiller aux alentours de 21h et se verrait proposer une barre chocolatée par un Owen amusé.
La perspective du sandwich fade et froid sur un bout de trottoir, qu'il avait refusé une heure plutôt, lui semblait maintenant bien agréable, et inatteignable. Il pensa qu'il aurait dû proposer à Hermione de discuter en déjeunant, mais eut tôt fait de se rendre à l'évidence : il aurait faim bientôt et il n'y pourrait pas grand-chose. Le tout était de garder son professionnalisme même lorsque son estomac crierait famine. Après tout, ce n'était pas comme si Drago était connu pour proposer des petits gâteaux à ses invités, surtout après une attaque.
Puisqu'il connaissait déjà bien l'endroit, Harry n'aurait eu aucun mal à transplaner directement chez les Malefoy. Cependant, il pensa plus judicieux de se rendre d'abord à Sainte-Mangouste, pour s'éviter un aller-retour inutile. Il bifurqua donc pour se diriger vers le hall empli de cheminée. Il avait déjà tenté de transplaner directement à l'hôpital et s'était retrouvé à un poil de rougarou d'atterrir dans un infirmier paniqué. Il ne prenait donc plus ce risque, même dans l'urgence.
Il se glissa sur les bûches crépitantes d'une cheminée libre. Un jour, il écrirait tout un plaidoyer pour la disparition et le remplacement de ce moyen de transport. Il n'en pouvait plus de cette posture instable, qui lui cassait le dos et le forçait à jouer aux équilibristes sur des bûches rendues fragiles par les passages consécutifs et le feu qui les rongeait de l'intérieur. Harry prit une petite poignée de poudre de cheminette – ça aussi il voulait que ça disparaisse, c'était salissant, ça laissait une odeur de souffre sur les mains et le principe même était de s'en mettre partout sur la robe – puis il prononça le nom de l'hôpital d'une voix claire.
Quand il rouvrit les yeux, après le tourbillon désagréable habituel qui lui donnait la sensation d'être balloté d'un côté et de l'autre d'un toboggan aquatique, il était dans la zone dédiée aux arrivées. Comme toujours, l'endroit était dans un étrange chaos, déstabilisant et inquiétant. Harry n'avait jamais été très à l'aise dans cet endroit, il avait du mal avec le fait d'être confronté à ce genre de décor. Les blessés, les personnes titubantes, le bruit de la toux résonnant dans les couloirs sonnant comme vides alors même qu'ils étaient pleins à s'en marcher sur les pieds. Il inspira profondément et quitta la protection de l'âtre de la cheminée – ce qui finalement donnait une raison de garder ce moyen de déplacement – pour se diriger vers l'accueil.
Il se sentait étonnamment lourd. C'était comme s'il marchait sur la lune, ses pas lui semblaient pesants, lents, comme si le monde tournait trop vite autour de lui. Finalement, Harry s'arrêta devant l'infirmière qui tenait l'accueil et qui le salua d'un sourire.
— Bonjour Monsieur Potter. Je peux vous aider ? Rien de grave j'espère, ajouta-t-elle avec un air soucieux.
Harry ne savait toujours pas s'il détestait un peu ou beaucoup cette façon qu'avaient les inconnus de se soucier de lui comme s'ils étaient proches. À chaque fois, il avait l'impression de devoir se montrer aimable et reconnaissant alors que, franchement, il aurait préféré qu'on le laisse tranquille et qu'on fasse comme s'il était un parfait inconnu. Ce qu'il était censé être pour la plupart des gens.
— Bonjour, Mademoiselle, commença-t-il en baissant les yeux sur son badge pour y lire son nom. Lachau. Je viens voir Astoria Malfoy, vous pouvez m'indiquer sa chambre ?
La jeune femme le fixa un instant. Il pouvait presque lire ses interrogations dans ses yeux tant elle ne faisait rien pour le cacher. « Comment ? Potter et Malfoy, amis ! » ou encore « Non bien sûr ! Malfoy sûrement un criminel qu'un Auror comme Potter devrait arrêter ». Il ignorait pourquoi cette dernière alternative l'agaçait particulièrement. Drago et lui étaient loin d'être des amis, mais il n'aimait pas la façon dont certains le percevait. Malgré toutes ses erreurs, ses comportements, ses dérapages, ses stupidités, ses malveillances… Bien, il comprenait parfaitement d'où venait le problème, mais il ne pouvait pas nier que Drago avait évolué. Enfin, plutôt changé. Grandi ? Peut-être bien que c'était là le terme le plus approprié. Tous deux avaient simplement gagné en maturité.
— Chambre 304.
Harry hocha un peu la tête et remercia la jeune femme avant de tourner les talons pour se diriger droit vers les escaliers. Tiens ça aussi, il faudrait que ça évolue : trois étages passaient encore, mais ses jambes se souvenaient parfaitement des sept étages de Poudlard, montés et descendus plusieurs fois par jour. Bien sûr il y avait l'ascenseur, mais il le trouvait bien trop rude quand il changeait de direction ou s'arrêtait. Il arriva au troisième étage rapidement, et la chambre ne fut pas difficile à trouver. Drago se trouvait devant, les bras croisés, visiblement agacé par un Owen bien loin de faire le moindre effort pour que les choses se passent mieux.
Le Commandant des Aurors s'arrêta à côté d'eux, lança un regard sévère à Owen, puis tourna la tête vers Drago.
— Comment va-t-elle ?
— Très bien, elle adore se prendre des expelliarmus quand elle sort de la verrière.
Harry eut un sourire forcé. Tout à coup, il comprenait et songeait à soutenir le pauvre Owen qui avait dû endurer ce caractère depuis l'attaque. En même temps, cette dernière avait eu lieu sous sa surveillance, ce qui était un problème en soi. Avec de la chance, cette question pourrait être traitée un peu plus tard.
— Est-ce que l'un de vous peut me dire ce qui s'est passé exactement ? Ou est-ce que je dois aller demander directement à Madame Malefoy pour que vous puissiez finir de geindre ?
Le regard d'Owen, entre amusement et réprimande, et celui de Drago qui semblait sur le point d'exploser, lui firent réaliser ce qu'il venait de dire. Et en même temps, il lisait autre chose que de la colère dans le regard de son vieil ennemi. Comme une lueur d'amusement, bien loin dans ses yeux, mais présente au moins. Il pourrait y réfléchir plus tard, mais cela lui laissait comme un sentiment de satisfaction étrange, déplacé et inattendu.
— Je vais cesser de geindre avec plaisir, Potter, répliqua finalement Drago d'une voix froide. Tu comptes former tes hommes ou celui-là est déjà au maximum de ses compétences ?
— Eh, coupa Owen. Je ne peux pas être partout et, en l'occurrence j'étais dans le salon avec toi quand ta femme a été attaqué.
— Et tu as mis environ trois cents ans à réagir une fois qu'on a entendu l'intrusion.
— Oh bien sûr, trois cents ans rien que ça ? C'est à peine exagéré !
Harry passa sa main dans sa nuque. Est-ce que c'était à ça qu'ils ressemblaient quand ils étaient jeunes, aux yeux des professeurs ? Pas étonnant que leurs conflits n'aient jamais été pris au sérieux, c'était parfaitement ridicule. Il retrouvait parfaitement le Drago de l'époque, tout en exagération et en hyperbole. Et il retrouvait en Owen son propre comportement, tout en décrédibilisation et en arrogance. Là-dessus, Severus Rogue avait eu souvent raison : il s'était montré arrogant de bien des façons, même si ça ne lui était jamais apparu aussi clairement.
— Bon, ça suffit, coupa enfin le Survivant. Owen, es-tu capable de me faire un rapport concis avant que j'entre dans cette chambre pour interroger Madame Malefoy, en la présence silencieuse de son mari ?
— Bonne chance pour le faire taire.
Cette fois-ci, s'en était trop. Harry fixa sur Owen son regard le plus dur et sans doute le plus froid. Il ignorait ce qui se passait, ce qui rendait Owen aussi irresponsable, mais il dépassait largement ses prérogatives. Après un silence qu'il espérait pesant, il se contenta de donne un ordre unique :
— Rentre au QG. Je prends la suite. Je veux ton rapport sur mon bureau quand je rentre.
Il était inutile de le menacer en le disant immédiatement, mais ils allaient avoir une conversation difficile dès son retour, rapport parfait ou pas. Harry avait beau savoir que Malfoy était du genre difficile, il ne pouvait pas pour autant laisser Owen se comporter d'une façon aussi immature. Mais quelque chose clochait, c'était certain, parce que jamais son coéquipier ne s'était montré sous ce jour. Il y avait forcément une explication, et Harry espérait sincèrement qu'elle serait suffisante pour, sinon l'excuser, au moins le comprendre. Cela devrait attendre.
Owen tourna les talons et Harry suivit le bruit de ses pas qui résonnaient dans le couloir. Il avait l'impression de pouvoir mesurer son agacement à la façon dont ses talons claquaient sur le sol.
— Je suis désolé pour son comportement. Habituellement, il est plus modéré. Je tirerai ça au clair et veillerai à ce que ça ne se reproduise pas.
Malefoy resta silencieux. En tournant les yeux vers lui, Harry s'aperçu qu'il fixait encore la silhouette d'Owen qui devait s'effacer maintenant à l'angle du couloir. Il y avait dans le regard de Drago un genre de malaise, non pas du fait de l'altercation, mais plutôt comme une lueur de doute et d'incompréhension. Harry décida qu'il ne s'en préoccuperait pas pour le moment, ce qui ne l'empêchait évidemment pas de classer soigneusement cette nouvelle information, même s'il ignorait totalement à quoi elle pourrait bien servir.
— Peux-tu me dire ce dont tu te souviens, concernant l'attaque ? Où étiez-vous avec l'Auror Harper ?
Il apparut soudain à Harry qu'il n'aurait tout simplement pas dû envoyer Owen seul au manoir Malefoy. Il était le partenaire de Hilliard Hobday à présent et, même si Harry peinait à accepter de n'être plus pleinement sur le terrain – officiellement du moins –, il n'aurait pas dû oublier l'importance d'être deux pour ce genre de mission. Pourquoi avait-il été si incompétent ? Tout tourné qu'il était vers ses colères administratives, il avait oublié jusqu'à l'intérêt d'un coéquipier sur ce genre de mission. Il sentit le frisson bien connu de la culpabilité faire frémir son échine et il dû s'armer de toute sa volonté pour se focaliser de nouveau sur Drago, qui avait commencé à lui répondre.
— Dans le salon. On était sur le point de rejoindre ma femme, après avoir discuté quelques minutes.
Harry fronça légèrement les sourcils. Quelques minutes ? Entre le départ d'Owen et de Drago et l'appel du premier, il y avait eu près de deux heures de délais. Même en imaginant qu'il ait été compliqué de transporter Madame Malefoy et que les cheminées aient été encombrées au départ du Ministère, il y avait encore au moins une heure à occuper.
— Quelques minutes seulement ? Tu en es certain ?
Drago fixa son regard dans celui de Harry. Les secondes s'égrenèrent, lentement, pesamment. C'était l'un de ces moments étranges où le corps de Harry ne lui permettait pas le moindre doute. L'un de ces moments où le résultat apparaissait bien avant l'opération. Le regard de Drago se fit froid et Harry porta la main à sa baguette. Il venait de le voir. C'était imperceptible, presque inexistant, mais il avait comme vu le frémissement qui avait parcouru le visage pâle de son ennemi de toujours quand il avait pris la décision de l'attaquer.
— Expelliarmus !
A cette distance, presque à bout portant, Harry ne pouvait évidemment pas rater sa cible. La baguette de Drago vola. Quelque chose interpella le Survivant à ce moment-là, mais il ne fut pas capable de s'y accrocher et se contenta d'agir par automatisme. Sa baguette toujours pointée sur Drago il lança un nouveau sortilège. Il le regretta dès qu'il comprit son erreur : deux choses avaient en fait attiré son attention, la première avait masqué la seconde qui était nettement plus urgente. Drago venait de transplaner, et le sortilège lancé par Harry toucha un infirmier qui passait au fond du couloir.
Le Commandant des Aurors lâcha un juron en se précipitant sur l'homme.
— Tout va bien ? Je suis désolé, c'est un sortilège qui ne vous était pas destiné.
Il l'aida à se relever. L'infirmier n'était pas blessé, juste ébranlé. Le sortilège n'avait touché que le plateau qu'il transportait, renversant au passage nombre de potions destinées aux patients dont il devait vraisemblablement s'occuper. Harry s'excusa encore plusieurs fois, s'assurant que l'infirmier allait bien et qu'il se ferait examiner immédiatement, puis il retourna devant la chambre d'Astoria Malefoy.
Retrouver la baguette qui avait volé ne fut pas bien compliqué, elle avait simplement glissé sous un chariot et Harry mit donc rapidement la main dessus. Accroupit, il l'examina attentivement, comprenant maintenant ce qui l'avait interpellé au moment de l'altercation : ce n'était pas la baguette de Drago. Du moins, ce n'était pas celle qu'il avait vu le matin même, ni lors de la dernière enquête qui l'avait mené à le côtoyer. Quelque chose clochait. Harry se redressa, soucieux. En pareilles circonstances, il n'était plus tout à fait sûr de la marche à suivre. Il aurait bien eu besoin des conseils de Pritchard, mais ce dernier était sans doute déjà en prise avec Owen, après l'avoir vu rentré avec un air revêche. Il soupira profondément et tira son miroir de sa poche pour appeler son second. Les conseils attendraient, il devait agir à l'instinct pour le moment, en espérant que celui en qui il avait placé sa confiance en arrivant à ce poste de chef lui dirait s'il s'égarait.
— Pritchard.
— J'ai besoin que tu envoies une équipe surveiller le manoir Malefoy.
— Très bien, qui ça ?
Harry fit défiler la liste des Aurors dans son esprit. Peu importe sur qui il s'arrêtait, il ne pouvait qu'admettre qu'une équipe ne suffirait pas s'il y avait un problème. Le fait était qu'il ne pouvait pas envoyer Owen, le seul à connaitre réellement le manoir, ce qui le forçait à grossir les rangs.
— Branstone et Yodel d'abord, avec Corner et Synthol.
— Entendu. Autre chose ?
— Oui. Il faut rechercher Drago Malefoy. Il est désarmé, mais pourrait être dangereux malgré tout s'il trouve une autre baguette.
— Combien de personne sur le coup ?
— Tous ceux qui n'ont pas d'affaires urgentes, répondit Harry après une hésitation.
Malgré ses directives, Harry ne pouvait pas empêcher une pensée passablement absurde d'aller et venir dans son esprit, bien décidée à s'inscrire dans la moindre de ses réflexions. Il y avait une chance, improbable – mais étonnamment arrangeante en fin de compte – que son assaillant ne soit pas réellement celui qu'il semblait être. Cependant, il ne pouvait pas courir le risque de voir se déchaîner un Drago Malefoy, authentique ou non, dans le monde sorcier. Qu'importe ce qui se passait, il y avait un problème, et il fallait le régler rapidement. Harry raccrocha et inspira profondément. Deux équipes au manoir. Ce serait suffisant, n'est-ce pas ? Il passa sa main dans sa nuque, profitant du calme du couloir pour reprendre ses esprits. Visiblement, attaquer un infirmier était le meilleur moyen d'avoir la paix dans un hôpital.
Après quelques instants, l'esprit de Harry retrouva son habituelle clarté. Il se redressa, quittant le mur sur lequel il s'était appuyé, et toqua à la porte de la chambre d'Astoria Malefoy. Il obtint une réponse après une seconde ou deux d'un silence qui avait fait grimper son inquiétude en flèche. Sur l'invitation de la femme de Drago, il entra.
Elle était assise sur un lit simple, les jambes étendues sous une couverture bleue sur le dessus et blanche sur le dessous. Dans son dos, deux oreillers épais semblaient peiner à la maintenir dans la position qu'elle avait choisi, la forçant à prendre appui également sur le mur blanc qui se trouvait derrière elle. Harry ferma la porte en silence avant de la saluer avec un sourire poli. Il ne pouvait pas vraiment faire semblant d'être tranquille cette fois-ci : il ignorait totalement si Astoria Malefoy allait l'attaquer. Et il ignorait surtout pourquoi Drago l'avait fait. Et pourquoi il avait une baguette qui n'était pas la sienne. Et à qui était cette baguette. Harry coupa court à toutes ces pensées qui commençaient à tourbillonner, essayant désespérément de s'emboîter avec une autre pour prendre un peu de sens.
— Comment vous sentez-vous, Madame Malefoy ?
— Bien, je crois. Je suis désolée, je sais que vous devez vouloir que je vous dise ce qui s'est passé mais… Où est Drago ? se coupa-t-elle soudain en regardant derrière Harry.
— Il est parti.
Astoria sembla particulièrement surprise par cette nouvelle. Elle fixait sur Harry de grands yeux qui en disaient longs : elle n'avait aucune idée de ce qui venait de se produire et encore moins des manigances de son mari. Ou elle était très bonne actrice, ce qui était possible également. Elle avait épousé Drago, après tout, et ce dernier n'avait peut-être pas changé autant que le pensait Harry.
— Avez-vous une idée de l'endroit où il aurait pu se rendre ?
— Eh bien, non. À part à la maison, je ne vois pas… Mon mari, commença-t-elle avec un sourire fataliste, on ne peut pas dire qu'il sorte beaucoup… Il évite les endroits trop peuplés, pour ne pas… Vous savez. Avec sa réputation et celle de ses parents.
Harry hocha légèrement la tête. Il savait que Drago tendait à se faire discret, et que pour cela il évitait la plupart du temps de se montrer en public, mais il lui semblait n'avoir jamais réalisé autant qu'à ce moment quelle prison ce devait être. Lui-même avait souffert de cela, alors que sa réputation était plus que positive. Comment se sentait-on, quand on portait le nom d'un Malefoy ? Quand même après toutes ces années, on était dévisagé dans la rue pour des erreurs passées ? Mais ce n'était pas le moment de s'épancher sur ce sujet.
— Cela dit, reprit Astoria en tirant Harry de ses pensées, j'avoue avoir été un peu surprise de le voir à la maison. En partant ce matin, il m'avait dit qu'il ne rentrerait pas avant le soir, il voulait passer voir le maître de la guilde des Apothicaires, mais il est finalement revenu étrangement tôt.
— Je vois. Merci. A propos de ce qui vous est arrivé, y a-t-il quoi que ce soit qui vous revienne en mémoire ?
Madame Malefoy secoua la tête avec une expression désolée que Harry ne pouvait que penser sincère. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle ne semblait pas particulièrement inquiétée par la disparition soudaine de son mari. Peut-être n'avait-il pas été assez clair à ce sujet ?
— Votre mari avait-il un comportement étrange avant l'incident ? insista Harry.
— Nous n'avons pas beaucoup discuté à son retour, mais je n'en ai pas eu l'impression. Je suis allée l'accueillir, puis nous avons déjeuner ensemble, sans que rien de particulier ne se passe. Après le repas, Drago est sorti dans le jardin et il est revenu avec votre collègue, l'Auror… Harper, je crois ? Je les ai laissés entre eux et suis allée m'occuper des plantes. Le soleil tape assez fort sur notre verrière et je dois arroser plus souvent qu'à l'habitude. Après cela, j'ai entendu des éclats de voix, mais je n'ai pas vraiment compris ce qui se disait.
Harry resta muet. Drago avait quitté le Ministère juste avant Owen, comment aurait-il pu avoir le temps de déjeuner tranquillement avec sa femme avant l'arrivée de ce dernier ? À moins qu'Owen n'ait commis une erreur aussi énorme que celle de ne pas suivre Drago quand Harry le lui avait demandé ? C'était bien trop improbable.
— Vous souvenez-vous de l'heure à laquelle est rentré votre mari ?
— Je crois qu'il était aux alentours de midi et demi, ou un peu plus tôt. Les elfes de maison pourront sans doute être plus précis que moi sur cette question.
Le Survivant hocha la tête et remercia Astoria Malefoy pour avoir répondu à ses questions. Il lui souhaita un prompt rétablissement, promis de la prévenir dès qu'il retrouverait trace de son mari et tourna finalement les talons. Hors de la chambre, lorsqu'il relâcha la poignée de la porte, tout son corps sembla se contracter.
Il traversa le couloir qui le conduisait aux escaliers dans un état second. Il était entièrement concentré sur le fait de ne rien laisser paraître. Il devait avant toute chose aller interroger les elfes de maison, mais il ne pouvait pas prendre le risque de croiser les Aurors qu'il avait envoyé au manoir alors qu'il peinait à contenir ses tremblements. Harry tira son miroir de sa poche et prononça le nom d'Eleanor Branstone. Elle était Auror depuis plusieurs années maintenant, et digne de confiance. Tout comme son partenaire, Chad Yodel, et tout deux avaient déjà montré leur capacité à s'adresser aux elfes de maison avec respect et ouverture d'esprit.
— Branstone. Ah, bonjour Harry. Tu vas peut-être pouvoir me dire ce qu'on est censés surveiller au juste ? Tout est calme ici, et Pritchard n'avait pas plus d'informations que ça à nous communiquer.
— Je crains de ne pas avoir grand-chose de plus à vous dire à ce sujet. Vous pourriez interroger les elfes de maison ? Je voudrais savoir à quelle heure est rentré Drago Malefoy précisément. Appelez-moi dès que vous avez la réponse.
Le visage de Chad apparu sur le miroir, visiblement un peu perturbé. Eleanor et lui se concertèrent du regard avant qu'il ne réponde :
— On peut te le dire, ça. Il vient d'arriver. Il a transplané droit dans le jardin.
Harry s'arrêta de marcher, juste devant la porte des ascenseurs. Il avait transplané directement chez lui ? C'était totalement absurde. Et n'y avait-il pas des sorts empêchant de transplaner dans le jardin ? Il fit de son mieux pour couper court.
— Pritchard ne vous a pas dit qu'il était recherché ? Dépêchez-vous de l'arrêter !
— Merde !
Un instant, le Commandant des Aurors cru que ce n'était là qu'une exclamation d'Eleanor, se rendant compte qu'elle avait faillit louper l'arrestation d'un individu. Puis il vit la panique dans son regard. Elle lâcha son miroir en tirant sa baguette, et l'écran devint inactif quelques instants, lui renvoyant l'image de ses propres yeux verts, fixant avec anxiété l'appareil. Quand la communication se rétablit, il vit le visage blême de Chad Yodel. Ses yeux bougeaient, mais il semblait incapable de faire le moindre geste. Stupefixé.
— Je vous envoie du renfort.
Il raccrocha, et établit immédiatement la communication avec Pritchard. Il dévalait les escaliers avec une certaine dose d'inconscience quand ce dernier décrocha avec sa litanie habituelle :
— Pritchard.
— Envoie d'urgence des renforts au manoir Malefoy, ils se font attaquer. Yodel est à terre, j'ignore la position des autres.
Pritchard raccrocha sans répondre, mais Harry savait qu'il ferait le nécessaire. Il ouvrit la porte de la cage d'escalier à la volée et s'élança dans le hall, sous le regard surpris des infirmiers, infirmières et patients qui le regardèrent passer. Être le survivant avait tout de même un avantage non-négligeable : lorsque vous passiez en courant, tout le monde imaginait systématiquement le pire et personne ne vous dérangeait, de peur de déclencher l'Apocalypse.
Harry dérapa en tournant et manqua de tomber. Il prit le temps de se stabiliser pour transplaner, tout en sachant qu'il était parfaitement idiot de le faire comme ça, sans aucune sécurité, sans aucune protection, avec pour objectif d'atterrir au beau milieu d'une attaque où fuserait des sorts de part et d'autre. Finalement, la seule question à se poser était celle du camp qui le toucherait le premier.
Son corps se stabilisa dans le jardin. Le calme était assourdissant tant il était inattendu. Harry regarda autour de lui. Ses Aurors étaient tous là, sains et saufs, mais il n'y avait pas trace de Drago. Avait-il été emmené, déjà ? Il se dirigea vers ses hommes à grandes enjambées, nerveux. Yodel se relevait avec l'aide de sa coéquipière quand Harry arriva à leur hauteur.
— Que s'est-il passé ? Où est Drago ?
— Quand tu nous as dit de l'attraper, il a attaqué, commença Eleanor. C'était totalement absurde comme situation ! Je jurerais que l'attaque qui a touché Yodel venait de la fenêtre du premier étage, celle qui est ouverte, mais le temps que je me mette à couvert Malefoy était au beau milieu de la porte d'entrée, à tirer dans tous les sens !
Harry passa sa main dans sa nuque. Toute cette histoire devenait anormalement complexe. Il tourna la tête vers la maison, et vit à travers la porte d'entrée, dont le cadre portait les stigmates de nombreux sortilèges, qu'Owen était en train de parler aux elfes de maison, à grand renfort de geste abasourdis. Il ignorait si c'était par manque de confiance ou de compréhension, mais il décida que l'urgence était de superviser cet interrogatoire informel. Il se dirigea donc vers la porte et, lorsqu'il entra dans le salon, Owen semblait sur le point de s'écrouler de fatigue.
— Je suis désolé, mais j'ai besoin d'en être sûr, disait-il. Je vous le demande donc une dernière fois… Où se trouvait Drago Malefoy au moment de l'attaque ?
— Dans les cuisines, répondit le premier elfe avec une voix insistante.
— Dans le couloir du premier étage, coupa le second elfe avec agacement.
Owen releva sur Harry un regard qui l'aurait fait éclater de rire en d'autres circonstances. Seulement, les choses devenaient hélas un peu trop claires, et ça ne lui plaisait pas du tout. À bien y réfléchir, il lui semblait qu'il aurait préféré rester dans le flou quelques heures de plus, juste pour avoir le temps de laisser son esprit arriver seul à la conclusion qui lui sautait maintenant aux yeux.
Il vint se placer à côté d'Owen et salua poliment les deux elfes avant de reprendre la main avec une autre question :
— Drago Malefoy avait-il une baguette ?
— Oui, répondirent les deux elfes d'une même voix.
Harry se redressa en secouant un peu la tête. Sous le regard interrogatif d'Owen, il se sentit forcé de s'expliquer :
— Je l'ai désarmé i peine quinze minutes, devant la chambre d'hôpital de sa femme.
Les deux elfes se regardèrent avec un visage blême et Harry s'en voulu un peu d'en avoir parlé comme si de rien était. Il savait qu'il n'y aurait pas de conséquences à cela mais il n'aimait pas inquiéter inutilement des créatures visiblement attachées à leur maitre par des sentiments complexes. Il leur offrit donc un sourire rassurant, qu'il espérait n'être pas condescendant.
— Je peux vous poser une dernière question ?
— Bien sûr, Monsieur Potter ! répondit l'elfe le plus âgé avec conviction. Le Maître et la Maîtresse nous on dit de toujours vous répondre, qu'importe la question. C'est qu'ils y tiennent vraiment !
Harry masqua sa surprise, efficacement il l'espérait, ou du moins plus efficacement qu'Owen qui avait haussé ostensiblement les sourcils.
— Je vous remercie, reprit-il. Pourriez-vous me dire à quelle heure est rentré Monsieur Malefoy, ce midi ?
Les deux elfes parurent réfléchir un instant, sans doute car ils voulaient être certains de ne pas se tromper de ne serait-ce qu'une minute.
— Il était midi et dix-sept minutes, je venais juste de mettre la soupe sur le feu, répondit finalement la jeune elfe.
Harry les remercia tous les deux puis quitta le manoir, Owen sur ses talons. De nouveau, il dut se faire violence, car aux alentours de midi et demi, Drago était encore dans son bureau au Ministère. Il en était certain, car il se souvenait parfaitement avoir regardé l'heure et s'être demandé s'il devrait l'inviter à déjeuner pour discuter plus calmement des événements ou le laisser partir pour retrouver sa femme.
— Ils ont menti, non ?
Owen avait l'air de préférer cette option, mais même si Harry aurait aimé pouvoir le suivre sur cette voie, il se contenta de secouer la tête.
— C'est également l'heure que m'a indiqué Astoria Malefoy.
— Mais c'est impossible. Ma surveillance a commencé à midi trente-cinq, quand il a quitté ton bureau.
— Je sais. Et pourtant, il était ici. Du moins, quelqu'un qui lui ressemble était ici.
— Ou était au Ministère.
Ils se regardèrent un moment, puis Harry hocha la tête avec un regard lourd. Qu'importe la façon dont on y réfléchissait, qu'importe la façon dont on tournait et retournait le problème : Drago ne pouvait pas être à la fois chez lui, avec trois témoins l'attestant, et au ministère. L'un des deux, voire les deux, était forcément un imposteur.
— Il va falloir enquêter sur les personnes qui se sont fourni en Polynectar ces derniers jours. Si on ne trouve rien, on élargit aux semaines. Ne nous contentons pas des apothicaires qui en vendent illégalement, il faut aussi s'occuper des personnes qui en ont simplement acheté les ingrédients, tous ou une partie.
— Ça va nous prendre des ressources considérables. On ne devrait pas se concentrer sur le fait de retrouver Malefoy ?
— J'ai de bonnes raisons de croire que les deux seront au même endroit.
Harry leva la tête vers les fenêtres du premier étage et soupira. Soit Drago et son double étaient venus ici et avaient attaqué ses hommes… Soit deux doubles de Drago couraient dans la nature. Il ignorait quelle version de cette histoire il préférait, mais quelque chose au fond de lui ne pouvait qu'espérer une seule et unique chose : qu'il n'ait pas bientôt un message lui indiquant la présence de Malefoy à d'autres endroits que celui-ci, au moment de l'attaque.
⁂
Le retour au Ministère se fit dans un silence pesant, par groupe de deux. D'abord, se fut Michael Corner avec sa partenaire, Althea Synthol. Une fois qu'ils furent sur place, ils attendirent qu'Eleanor Branstone et Chad Yodel les rejoigne, pour aider ce dernier à marcher jusqu'aux ascenseurs qui les mèneraient à l'étage des bureaux. Ils furent suivis de Yann Plumton et Primrose Dagworth, puis d'Antonin Dolohov et de Janice Davenport. Owen et Hillard Hobday furent les derniers à quitter les lieux, laissant Harry seul sur place. Il les rejoignit peu après, non sans avoir lancé un dernier regard vers les fenêtres vides du premier étage du Manoir Malefoy.
Le Commandant des Aurors entra dans l'openspace où ses équipes discutaient, autour d'un Chad Yodel encore déboussolé. Il avait beau être habitué à combattre, il n'avait visiblement pas vu venir ce sort et l'attention que ses collègues lui portaient semblait l'agacer. Pour dissiper ce malaise naissant, Harry tapa dans ses mains, attirant ainsi l'attention de tous les Aurors présents. Il soupira un peu, passant d'un regard à l'autre, avant de secouer la tête.
— Je sais que la situation est difficilement compréhensible, et j'ai bien peur de ne pas avoir d'informations probantes à vous partager, commença-t-il. Je vais avoir besoin de quelques minutes pour faire le tri, puis je vous présenterais cette enquête pendant un brief en bonne et due forme. D'ici là, prenez un café, et prévenez vos familles : vous allez rentrer tard.
Il y eut quelques soupirs mais, dans l'ensemble tous semblaient comprendre dans quelle situation inconfortable se trouvait l'ensemble du service. Sans doute que savoir leur peine partagée les aidait à encaisser de nouvelles heures supplémentaires. Harry aurait aimé leur éviter ça, mais la situation était trop dangereuse. Ou alors elle ne l'était pas. Très sincèrement, il était bien forcé d'admettre qu'il n'avait pas réellement d'idée sur ce qu'était la situation, globalement. Il entra dans son bureau et ferma la porte avant de laisser échapper un lourd soupir.
— Rude journée.
— Je ne te le fais pas dire.
Harry se laissa tomber sur son fauteuil puis tourna la tête vers Pritchard, qui le regardait avec attention. Ce serait le premier à qui Harry donnerait toutes les informations dont il disposait, mais avant ça… Il devait parler à Owen. Comprendre ce qui s'était passé dans le manoir Malefoy, pour qu'Astoria se souvienne d'éclats de voix et qu'il vrille totalement à l'hôpital. Il releva donc la tête vers les vitres qui cerclaient son bureau et profita que le regard d'Owen soit sur lui pour lui faire signe de le rejoindre. Il le vit ramasser un dossier fin sur son bureau avant de le quitter pour se diriger vers le sien.
Après avoir fermé la porte, il s'assit au même endroit que d'habitude, le siège de gauche, le plus éloigné de la porte. C'était stupide sans doute, mais face à un criminel qui usait de polynectar… Harry ne pouvait qu'analyser les comportements de ses collègues pour s'assurer qu'ils soient bien eux-mêmes, cela alors même qu'il savait pertinemment qu'une cascade des voleurs, semblable à celle de Gringotts, marquait l'entrée des bureaux. Il tendit la main au-dessus de son bureau et Owen lui remit son rapport. Harry ne fit pas mine de l'ouvrir. Il posa le dossier cartonné beige à côté de la pile que formait ses autres dossiers et croisa ses doigts sur son bureau.
— Je t'écoute.
Pendant un instant, Owen Harper ne dit rien. Que ce soit parce qu'il cherchait ses mots ou parce qu'il aurait préféré que Harry prenne la peine de lire le compte-rendu qu'il avait soigneusement rédigé, il se résigna bientôt à entamer son laïus :
— Je suis arrivé chez Malefoy juste après lui, même si je n'en suis plus tout à fait sûr maintenant. En tout cas, il était dans le jardin, près de la porte du manoir. Je me souviens m'être dit qu'il avait marché vite, mais rien de plus. Il m'a invité à entrer. En y repensant, c'était un peu bizarre qu'il ne pose pas de question, sur le coup je me suis dit qu'il devait s'attendre à ce que tu lui colles quelqu'un dans les jambes.
Harry hocha un peu la tête et lui fit signe de continuer. Owen s'humecta les lèvres. C'était comme s'il cherchait à tout dire en un minimum de temps, pour s'en débarrasser et ne plus avoir à se sentir responsable de tout ce qui s'était passé. Pourtant, à moins d'une altercation importante, le Commandant des Aurors avait du mal à voir comment il pourrait passer outre le comportement qu'avait eu son collègue une heure plus tôt.
— On est passé dans le salon, et Malefoy a demandé à son elfe de nous servir du thé. Il s'est assis, et il n'a rien dit pendant un moment. Moi j'étais là en surveillance alors je me suis mis près de la fenêtre pour prendre mon poste, tout simplement. Après un moment, l'elfe est revenu avec un plateau. J'ai pris une tasse histoire de m'occuper les mains, tu sais bien que je l'aurais balancé au moindre signe de danger, précisa-t-il rapidement comme pour obtenir l'approbation de Harry qui la lui donna d'un signe de tête compréhensif. Bref, y a encore eu un silence, pendant quelques minutes, et puis Malefoy a commencé à parler, je ne sais pas trop pourquoi. Il voulait juste faire la conversation à première vue, il ne disait rien de très intéressant. On a parlé de Poudlard, à l'époque où on y était. Au début c'était assez attrayant, une bonne dose de mélancolie, comme de vieux étudiants qui discutent, classique. Et puis je ne sais pas pourquoi, il a commencé à parler de toi, de l'Ordre du Phénix, de l'Armée de Dumbledore, de Tu-sais-qui.
— Voldemort, le coupa Harry.
C'était une vieille habitude. Aujourd'hui encore, des années et des années plus tard, alors que ça ne devrait plus avoir la moindre importance, il ne pouvait pas s'empêcher de reprendre ceux qui n'osaient pas dire son nom en entier. C'était totalement idiot, de continuer à en avoir peur, même si dans le cas d'Owen cela ressemblait plus à une habitude qu'à une superstition.
— Oui, Voldemort, reprit Owen. Il disait que, sans ton intervention, les choses se seraient mieux passées pour lui. Que si tu n'avais pas survécu cette nuit-là, la nuit où tu l'as tué, alors sa famille et lui s'en serait tiré à bon compte. Je me suis emporté, il refusait d'en démordre. Il a dû répéter une dizaine de fois qu'il aurait voulu piétiner ton cadavre avec les autres mangemorts. Le fait de savoir qu'il était dehors, en liberté, alors qu'il était ouvertement…
Owen soupira, s'interrompant, et Harry ne le força pas à continuer. Il était songeur, perdu dans ses pensées. Il avait beau avoir des différents assez importants avec Malefoy, il ne voyait pas pourquoi il avait dit ça, surtout à un Auror. Une parole contre une autre, c'était celle de l'agent que l'on aurait écouté quoi qu'il en soit. Non, cette conversation n'en avait pas été une. Ç'avait plutôt été une manœuvre. A quoi cela avait-il bien pu servir ?
— Combien de temps s'est écoulé entre le début de cette conversation et l'attaque ?
— Quasiment une heure je dirais. Je te jure que j'ai essayé de calmer le jeu, mais c'était impossible.
— Est-ce que Drago se comportait bizarrement ? En dehors de ce qu'il disait.
— Pas vraiment, répondit Owen en jetant un regard interrogateur à Pritchard, comme s'il se disait que le dialogue avait été une bizarrerie bien suffisante. Enfin, il y a eu un truc si, reprit-il finalement. Juste avant l'attaque, il s'est arrêté de parler. Ça faisait une heure qu'il enchainait, et là il a fait une pause anormalement longue, juste avant qu'on entende Madame Malefoy crier.
Harry resta silencieux un moment, essayant de faire le tri dans ce qu'il venait d'entendre. Plus il avait d'éléments, plus il avait de puzzles différents. Il remercia Owen en essayant de se montrer le plus neutre possible et l'invita à aller se reposer le temps qu'il finisse de mettre sa présentation à plat pour informer tout le monde. Quand Owen fut parti, il se laissa retomber lourdement sur son fauteuil. Il aurait voulu rester fier et digne, faire honneur à Dave Faucett et à Kinsley Shacklebolt qui avaient eu confiance en lui pour ce rôle. À la place, il laissa tomber sa tête sur le bureau, ses bras pendant dans le vide, et Stanislas Pritchard lâcha un petit ricanement bien mérité.
— Toute cette journée n'a aucun sens, Stan.
— Tu devrais avoir l'habitude, non ? Ce qui t'arrive depuis que tu es né n'a pas beaucoup de sens.
Harry releva la tête en lui lançant un regard mauvais, mais il comprenait où son bras-droit voulait en venir et ne pouvait pas lui reprocher de commencer par ce genre de formulation pour le stimuler. Le Commandant des Aurors, il lui semblait ne se souvenir de sa fonction qu'à cet instant, se releva et tourna le dos à l'Openspace où ses collègues continuaient à parler des événements à voix basse en jetant des coups d'œil réguliers dans sa direction. Les bras croisés, appuyé contre son bureau, Harry s'efforça de faire le vide et d'organiser dans son esprit les différents éléments. Une plume se dressa sur le bureau de Pritchard, prête à prendre note de tout ce que dirait le Commandant. Il commença donc son rapport :
— Onze heure trente, nous recevons un message du département de contrôle des créatures magiques, signé de la main de son directeur. Je suis dans le bureau de ce dernier quinze minutes plus tard, en compagnie de Drago Malefoy. À l'heure actuelle, je ne suis pas capable de décréter s'il s'agissait du vrai ou d'un usurpateur, mais j'ai la conviction que la première option est la plus viable car j'ai souvenir d'avoir aperçu sa baguette, que je connaissais pour l'avoir vu lors d'une enquête précédente.
Il continua ainsi pendant bien plus de temps qu'il ne l'aurait pensé. Les feuilles commençaient à s'empiler et chaque fois que son esprit tentait de faire un lien, occasionnant des paragraphes entiers de propos inutiles, il lâchait un grognement que la plume, ne sachant retranscrire, prenait pour une fin de rapport. Chaque fois, Pritchard devait l'ensorceler de nouveau, et chaque fois Harry marmonnait une excuse avant de reprendre d'une voix de plus en plus agacée.
Quand il put enfin parcourir les notes, il n'arriva qu'à une seule conclusion : il ignorait totalement si les attaques auxquelles la guilde des apothicaires faisait face étaient liées à l'affaire dont il s'occupait actuellement. Il ignorait aussi si Drago était victime ou complice. Il était sur le point de relativiser la situation quand il se rappela la présence de la lettre qui avait tout déclenché. Il la tira de la poche de sa veste et soupira profondément.
— Je vais voir Audrey.
Il sorti de son bureau, les muscles tendus et le dos en vrac. Il avait tellement envie de se reposer que la pensée de se rendre du côté moldu le ravissait subitement. Il indiqua rapidement à ses équipes qu'il devait lancer une demande d'analyse et serait de retour dans une heure pour leur faire le résumé de la situation. D'ici-là, ils étaient libres de vaquer à leurs occupations, ou de rentrer chez eux pour ceux que l'aller-retour ne dérangeaient pas.
Quand il fut dans l'ascenseur, il tira son miroir de sa poche pour contacter Percy Weasley. Audrey Giordiano étant son épouse, il pourrait peut-être lui indiquer où elle se trouvait à cette heure-là. Le chef du département du commerce international magique répondit avec son expression fatiguée habituelle. Il semblait à Harry que son rythme n'avait pas beaucoup changé depuis que, au sortir de Poudlard, il s'était retrouvé avec la dure mission de rendre compte de la diminution de l'épaisseur des fonds de chaudrons.
— Bonjour Percy, je ne te dérange pas ?
— Je pourrais être moins occupé, mais je peux trouver une minute à t'accorder. De quoi as-tu besoin ?
— Est-ce que tu sais où est Audrey en ce moment ? J'aimerais son avis sur une enquête.
Percy prit le temps d'évaluer la question, ou bien de formuler sa propre réponse, avant de lui indiquer qu'elle se trouverait normalement à Brighton, à l'université du Sussex.
— Elle intervient dans un cours de criminologie. Apparemment c'est une science moldue, sur la façon d'appréhender des criminels ou quelque chose comme ça. Elle risque de ne pas rentrer avant demain, mais je pense que tu peux aller sur place si tu l'appelles avant. Hermione a son numéro de portable.
— Merci Percy. À dimanche.
Il mit fin à la communication et, quand les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, il en relança une autre, avec Hermione cette fois-ci. Elle accepta rapidement l'appel et lui sourit.
— Re-bonjour Harry. Ta conversation avec le Ministre s'est bien passée ?
Tout ça lui semblait incroyablement loin maintenant. Pourtant, c'était i peine deux heures qu'il sortait du bureau de Hermione, bien décidé à dire de la façon la plus courtoise possible à son Ministre comme ses choix d'embauche étaient mauvais. Il répondit assez vaguement qu'il avait obtenu d'Adrian qu'il parle au Directeur, et qu'il ne pouvait pas vraiment espérer une quelconque suite à cet incident. Quand Hermione lui eut expliqué que c'était déjà une grande avancée, il se permit de changer de sujet. La situation avait beau être urgente, il ne lui serait jamais venu à l'esprit d'interrompre le chemin de pensée de Hermione, on ne savait jamais ce qui pouvait en ressortir de parfaitement adapté à la situation.
— Percy m'a dit que tu avais le numéro d'Audrey ? Est-ce que tu pourrais l'appeler pour moi ?
— Bien sûr. De quoi tu as besoin ?
— De savoir si je peux venir la voir dans le Sussex.
Hermione haussa les sourcils, surprise, mais elle eut la gentillesse de ne pas le questionner. Elle savait, de toute façon, qu'elle en saurait plus dès qu'ils auraient un moment pour parler, autour d'un repas dominical ou avant, si l'occasion se présentait. Elle accepta et indiqua à Harry qu'elle le rejoindrait dehors, du côté de l'entrée moldue : elle ne pouvait pas utiliser son téléphone portable au sein du Ministère, la magie environnante empêchait toute communication.
Quelques minutes plus tard, ils se retrouvaient devant la cabine téléphonique rouge par laquelle Monsieur Weasley avait un jour fait passer Harry, alors qu'il se rendait à son audience disciplinaire. Si quelqu'un, à ce moment, lui avait dit « tout ira bien, tu vas tuer Voldemort et devenir commandant des Aurors » … Il l'aurait sans doute cru en réalité : tout le monde connaissait mieux sa vie que lui, à l'époque.
Il ne fallut que quelques secondes à Hermione pour joindre Audrey. Elles échangèrent quelques politesses avant que la Moldue, bien consciente que l'appel ne devait pas être anodin, demande en quoi elle pourrait être utile au monde sorcier. La formulation fit légèrement sourire Harry car il semblait que la jeune femme prenait maintenant la pleine mesure de l'intérêt qu'elle représentait pour ce monde complexe qui cherchait encore l'équilibre entre efficacité moderne et méthodes traditionnelles. Bien que les deux ne soient évidemment pas toujours en opposition, cela allait de soi.
Une fois que Hermione lui eut expliqué la situation, Audrey s'empressa d'accepter la visite de Harry. Ils établirent ensemble de se retrouver au Ruby, l'hôtel où séjournait Audrey et qui comportait également un pub. Il doutait cependant d'être rentré dans une heure et passa donc un appel à Pritchard pour le prévenir. Il s'en voulait de faire attendre ainsi ses agents mais, outre ceux qui avaient encore une mission urgente, les autres pourraient au moins profiter de ce temps pour se reposer.
Merci d'avoir lu ce second chapitre ! 3 Comme pour le premier, n'hésitez pas à laisser un commentaire :)
