S'il avait eu un peu plus de temps devant lui, et non pas une enquête aussi urgente qu'incompréhensible à mener, Harry se serait sans doute laissé aller au luxe de prendre le train. Depuis qu'il n'avait plus à emprunter le Poudlard Express deux fois par an, il était devenu quelques peu mélancolique de ce mode de transport. Il aurait aimé prendre le train seul, pour la première fois, plutôt qu'avec ses amis. Pas que les trajets avec eux aient été désagréables, mais il aurait simplement aimé découvrir autrement les vibrations des roues sur les rails, résonnant dans sa tête posée contre la vitre.
Hélas, Harry n'avait pas le temps et devait donc enfermer ses fantasmes de roman de gare dans sa malle de voyage, remisée au grenier de la maison dont il avait hérité. Au lieu d'un train lancé à vive allure sur les voies ferrées d'Angleterre, il allait avoir le droit à un trajet en cheminée, une fois de plus. Cette dernière devrait le faire déboucher à quelques rues de son lieu de rendez-vous, au sous-sol d'une papeterie moldue que la propriétaire, Geneviève Dalors, une cracmole très investie, avait proposé au ministère lorsqu'il avait été question d'installer de nouvelles cheminées pour les employés pressés.
Malgré tout, Brighton n'était pas vraiment connu pour être un lieu fréquenté par les sorciers, même le petit village au nord, dans lequel s'étaient réunis quelques familles, n'était pas vraiment visité par la communauté magique. On y trouvait donc uniquement des commerces moldus et, si sorciers il y avait, ces derniers se faisaient discrets.
Comme prévu, Harry déboucha bientôt dans le sous-sol poussiéreux du magasin. Les briques au sol, d'un rose qui avait dû être rouge un jour, étaient usées et noirâtres par endroit. Le papier peint au mur ne tenait que par la volonté même de Merlin et, s'il avait dû être blanc à un moment, il arborait maintenant un jaune laiteux, sur lequel il valait mieux ne pas s'attarder si l'on voulait éviter une nausée particulièrement puissante. Le commandant des Aurors s'en détourna donc bien vite et repéra l'escalier de bois qui disparaissait derrière un mur décrépit. Il s'y engagea, et les marches se mirent immédiatement à grincer sous chacun de ses pas. S'il avait voulu être discret pour ne pas alerter d'éventuels clients, c'était raté maintenant. Il tira sa baguette malgré tout et jeta sur le bois pourri un sortilège qui, à défaut de lui rendre sa jeunesse envolée, le fit taire.
L'escalier débouchait sur un magasin désordonné, qui lui rappelait le chaos maîtrisé du magasin de George. Hélas, ici, le chaos était présent sans la maîtrise et Harry se fraya difficilement un chemin entre les présentoirs de cartes postales, de casquettes à l'effigie de l'université, et de sweats distendus. Il croyait arriver dans une papeterie, mais l'endroit ressemblait plutôt à un magasin de souvenirs. Il atteignit la porte sans avoir croisé le moindre client, ni même la propriétaire qu'il lui semblait pourtant avoir aperçu entre deux rayons de magazines people. Il était d'ailleurs très heureux d'apprendre qu'un acteur qu'il ne connaissait pas était maintenant marié à une actrice qu'il n'avait jamais vue.
La rue devant le magasin était de ces petites rues pavées discrètes, dont on percevait aussi bien le potentiel que le moment où cela avait mal tourné. Le pâté de maison respirait la richesse ratée, les pavés au sol n'étaient plus nettoyés que par le passage ponctuel d'un jet d'eau et par les seaux vidés dans le caniveau par les propriétaires des magasins. Certains avaient décoré leur porche de pots de fleurs massifs, mais la plupart ne semblaient pas vouloir faire plus d'efforts que cela. Les façades des maisons étaient sales, poussiéreuses, certaines même couverte d'humidité. En somme, c'était comme si tout le monde faisait semblant de vivre dans un cadre agréable, tellement bien qu'on aurait pu tromper des passants pas trop regardants, mais rien de plus. Harry fut par conséquent ravi d'arriver au bout de la rue en quelques grandes enjambées. Il sentit des regards le suivre, mais savoir que ça n'avait rien à voir avec son identité lui faisait du bien. Sans doute attirait-il l'attention à cause du long manteau brun qu'il portait.
L'hôtel où il avait rendez-vous avec Audrey était reconnaissable de loin. C'était un bâtiment assez cubique, dont la couleur semblait se situer entre le gris et le marron. Le mur du premier étage était percé de plusieurs fenêtres hautes, modernes, qui donnaient au haut du bâtiment des airs de loft industriel. Le rez-de-chaussée, lui, était cerné de fenêtres en forme d'arche dont les pourtours noirs, assez épais, semblaient avoir plutôt leur place dans un café français. En bref, ce mélange laissait Harry assez perplexe, de même que le choix des néons pour éclairer le nom de l'hôtel qui, composé de quatre lettres seulement, se payait le luxe de s'étaler sur deux lignes.
Harry s'arrêta à côté de la porte le temps de jeter un œil aux panneaux qui s'étaient intercalés entre les fenêtres et vendaient l'établissement. Il lui sembla que, pour un hôtel, le Ruby vantait beaucoup sa retransmission des matchs de football. Quand il entra, il fut assez surpris et satisfait de découvrir un intérieur typiquement anglais, le genre que l'on retrouvait dans tous les pubs. Le sol était clair, le fond de la pièce arborait un mur de briques usées, une portion du mur à droite, accueillant le menu sur une longue ardoise noire, était couverte de bois. Le tout mettait en valeur des tables noires rondes, assorties à des chaises tout à fait classiques. Audrey était sur l'une d'elle, un verre plein d'un liquide bleu posé devant elle, ainsi qu'une panière pleine de pilons de poulet visiblement épicés.
Elle fit signe à Harry quand elle le vit et lui offrit son habituel sourire : entre confiance en elle et intimidation face à la magie et l'un de ses « plus puissants représentants », comme elle avait pris l'habitude de le dire pour taquiner Harry. Il aimait qu'elle soit si à l'aise avec lui et avec la famille Weasley, même si Percy lui jetait parfois des regards durs quand la jalousie le rongeait. Il avait été surpris de découvrir cette facette si peu contrôlée de son beau-frère, mais ça n'avait pas été pour lui déplaire : être vu comme un rival par un homme brillant était loin d'être une insulte.
Harry prit place en face d'elle et la salua d'une voix tranquille. Sans doute aurait-il été plus poli de demander à la jeune femme comment elle allait et si tout se passait bien pour elle ici, mais il était trop préoccupé pour prêter attention à ce genre de choses. Il accepterait donc la remarque quand, dimanche prochain, on lui ferait gentiment remarquer qu'il avait été un peu trop rude. Tout en le sachant, il tira de la poche de son manteau l'enveloppe qui l'avait mené ici.
— Nous avons reçu ceci au ministère, c'était adressé à un autre département qui me l'a fait parvenir. Je sais que ça ne fait pas vraiment partie de tes compétences, mais est-ce que tu t'y connais un peu en analyse d'écriture ?
Audrey grimaça très légèrement quand elle comprit où Harry voulait en venir. Malgré tout, elle prit la lettre qu'il avait faite glisser sur la table et, après avoir jeté un coup d'œil autour d'eux pour s'assurer que personne ne la lirait par-dessus son épaule, elle la parcourut rapidement. Elle ne parut pas s'alarmer le moins du monde, même si elle prenait tout cela avec beaucoup de sérieux.
— Très franchement Harry, la graphologie n'a jamais été mon fort… J'ai quelques cours là-dessus, si tu veux les parcourir.
— Oui, ça m'aiderait beaucoup. Est-ce que tu pourrais me dire quelque chose sur la lettre juste en surface ?
La jeune femme ne paru pas enchantée par cette demande, mais, sans doute parce qu'elle voulait sincèrement aider, elle se plia à l'exercice et lut une nouvelle fois les quelques lignes qu'elle avait sous les yeux. Son regard s'attardait parfois sur une lettre ou une autre.
— Je dirais que c'est écrit par une personne qui a l'habitude de vivre coupée du monde, et qui n'écrit pas de lettres de manière générale : les traits sont maladroits, comme un enfant, mais l'absence de marges aurait tendance à me faire penser que l'auteur a quitté l'école depuis un moment.
Elle fit une pause pour se mordiller la lèvre, alors que Harry restait littéralement suspendu à ses mots. Il tentait de se raccrocher à tous les éléments possibles, juste pour essayer d'effleurer, du bout des doigts, une piste.
— Je ne suis pas sûre, mais l'écriture m'a l'air un peu trop aéré, comme si chaque lettre avait été tracées avec plusieurs secondes d'écart… Je crois que ça a quelque chose à voir avec le tempérament, une question d'isolement peut-être…
— Donc on chercherait une personne isolée, adulte, peu habitué à écrire ? C'est un peu…
— Vague, compléta Audrey à regret. J'en ai conscience, mais je crains de ne pas pouvoir faire mieux. C'est un peu risqué, mais je connais quelqu'un dont c'est la spécialité. Seulement, elle ne connait pas l'existence de…
Pendant une seconde elle sembla gênée de ne pas savoir comment formuler sa pensée. Sans doute craignait-elle de se montrer ridicule si elle ne choisissait pas bien ses mots, mais, puisque Harry avait déjà compris où elle voulait en venir, il put se plonger dans ses pensées en attendant qu'elle trouve comment finir sa phrase. Pouvait-il, donc, confier cette lettre à un moldu ? Sans doute pas, elle contenait bien trop d'éléments compromettant. Il faudrait une excuse incroyablement rigoureuse pour se le permettre et, pire, il lui faudrait l'accord du ministre. Après la conversation musclée de ce matin, il doutait d'obtenir quoi que ce soit de la part d'Adrian avant un bon moment.
— Pour le moment je vais devoir me contenter de tes cours, fini par répondre Harry sans se soucier qu'Audrey ait terminé sa phrase ou non. Est-ce que tu peux me les faire parvenir rapidement ?
— Je ne les ai pas avec moi, ça va devoir attendre que je rentre à Londres, expliqua-t-elle avec regret, avant que son visage ne s'illumine subitement. Quelle idiote, je n'y pensais plus ! Il y a un expert en graphologie à l'université, je l'ai rencontré ce matin. Je pense qu'il pourra nous aider : il est consultant sur des plateaux de tournages, si on fait passer la lettre pour un accessoire… Je pense qu'on peut obtenir une réponse sans te compromettre.
C'était risqué. Là encore, Harry aurait besoin de l'accord d'Adrian. Était-ce bien prudent ? il ne savait toujours pas si cette lettre était liée à son affaire ni si elle devait être prise au sérieux. De plus, comment pourrait-il obtenir toutes les réponses dont il avait besoin sans se trahir ? Tout ça était bien trop dangereux… Mais ne devait-il pas, pour le biais de son enquête, donner une chance à cette idée ?
— Je vais appeler le bureau pour avoir une autorisation. Je reviens tout de suite.
Audrey hocha la tête et referma la lettre qu'il récupéra. Une fois sorti de l'établissement, Harry trouva un coin tranquille, dans une petite ruelle à gauche de l'hôtel, et tira son miroir de sa poche. Qui devrait-il appeler en premier ? Hermione ? Pritchard ? A moins qu'il ne contact directement le ministre ? Non. Il avait besoin de l'avis de quelqu'un d'extérieur avant ça, et il s'en voulait que cette personne se trouve une fois de plus être Hermione. Harry soupira profondément puis il lança la communication.
Hermione lui répondit avec un sourire bien plus radieux que le matin même. Elle semblait moins fatiguée, ou plutôt moins éprouvée. Sans doute lui dirait-on dimanche qu'il aurait pu demander pourquoi elle rayonnait soudain mais là encore, son esprit tout entier était tourné vers son enquête.
— Salut Harry. Tu es bien arrivé ?
— Oui, j'ai vu Audrey. Elle m'a proposé une solution, mais j'aurais besoin de ton avis.
— Bien sûr, je t'écoute.
Comme si elle savait déjà que la situation était tendue, Harry la vit lancer une bulle de confidentialité autour d'elle avant de lui faire signe de continuer. Il lui exposa donc les trois propositions d'Audrey : les cours qu'il pouvait consulter, l'intervenant sur des plateaux de tournage et l'expert en graphologie de la police moldu. Hermione réfléchit quelques secondes avant de répondre :
— Tu es à l'université du Sussex c'est ça ?
— Oui, c'est ça.
— L'intervenant dont elle a parlé, ce ne serait pas Aubéron Everett ?
Harry fronça les sourcils. Il aurait sincèrement aimé être surpris, mais Hermione l'avait décidément trop habitué à connaître bien plus de choses qu'un être humain normal. Il lui semblait parfois que la jeune femme était le narrateur omniscient de son histoire. Cela étant dit, si tel était le cas, il aurait quelques reproches à lui faire sur toutes les informations qu'elle leur avait cachées, à Ron et à lui, pendant leurs années de lutte contre Voldemort.
— Elle ne m'a pas donné son nom. Tu le connais ?
— Oui, enfin… Pas personnellement, mais je connais un peu son fils ainé. Il était à Poudlard en même temps que Charlie je crois, ils ont à peu près le même âge.
— Donc il connait déjà l'existence des sorciers ?
— Si c'est bien lui, oui, sans aucun doute. Mais tu ferais bien de vérifier, évitons de créer une faille dans le secret magique. Le ministère t'a déjà à l'œil à ce propos, depuis que tu accordes du crédit aux moldus.
Evidemment, le Commandant des Aurors avait bien conscience qu'on l'observait de loin, mais il n'avait pas réalisé jusque là que les choses étaient à ce point évidentes. Il devrait être prudent et, en même temps, l'occasion était bien trop belle. Il remercia Hermione avec un sourire et raccrocha rapidement. Puisque l'homme connaissait déjà l'existence de son monde, il n'était pas nécessaire de contacter le Ministre à ce sujet.
Un instant plus tard, Harry était de retour dans le pub. Il n'y avait déjà presque plus de poulet et Audrey essuyait ses mains un peu précipitamment après l'avoir vu passer la porte.
— L'homme dont tu m'as parlé, comment s'appelle-t-il ? demanda Harry
— Everett. Pour son prénom je ne suis plus trop sûre... Hubert ? Non, se coupa-t-elle, c'était bien plus bizarre que ça. Orion ?
— Aubéron ?
— C'est ça ! s'exclama Audrey
Harry soupira de soulagement. Puisqu'elle avait dit son nom de famille sans hésiter et qu'elle se souvenait vaguement de son prénom, il n'y avait pas de doute : c'était bien lui. Tomber sur un homonyme exerçant le même métier au même endroit serait un peu exagéré et on lui pardonnerait sans doute l'erreur si c'était le cas. Même si ce n'était pas l'idéal, et même si Harry aurait aimé ne pas impliquer une personne de plus dans ce qui ressemblait fortement à une impasse, il choisit de suivre la piste un peu plus longtemps.
— Il semblerait qu'il ait un fils qui…
L'Auror se coupa en croisant le regard du serveur qui venait déposer un nouveau pichet d'eau sur leur table. Il dut le regarder un peu plus froidement qu'il ne l'aurait voulu, car ce dernier s'excusa d'une voix faible et recula un peu précipitamment. Au moins, se dit Harry, il protégeait le secret d'un simple regard. Être forgé au combat lui donnait des armes bien utiles, même face aux Moldus. Par précaution malgré tout, il préféra omettre le nom de Poudlard.
— Un fils, je disais, qui a fréquenté la même école que moi. Est-ce que tu pourrais me le présenter ?
— Bien sûr !
Audrey regarda sa montre et se leva en prenant le dernier pilon de poulet. Harry n'aurait pas su dire quand elle avait englouti les autres tant cela avait été rapide. Quand elle se fut une nouvelle fois essuyé les mains et qu'elle eut avalé un grand verre d'eau, elle proposa qu'ils se mettent immédiatement en route. Harry la suivit dehors, et ils marchèrent côte à côte jusqu'à l'université.
Cette dernière se trouvait à une vingtaine de minutes de marche de l'hôtel. En sortant de la rue du pub, ils durent longer une autoroute pendant plusieurs centaines de mètres avant de se retrouver dans une zone un peu plus boisée où les trottoirs variaient entre bien trop étroits et totalement absents. Sur le coup, Harry, ne put s'empêcher de s'inquiéter à l'idée d'une Audrey, toute pimpante, rentrant seule la nuit. Il savait qu'il ne devrait pas, et que cela serait un peu déplacé s'il l'exprimait à haute voix, mais elle faisait maintenant partie de la grande famille qu'il s'était construit grâce à Ron et à Hermione et… la simple idée de la savoir peut-être en danger suffisait à faire ressurgir la sourde colère qu'il n'avait jamais vraiment su enterrer depuis le retour de Voldemort.
Ils passèrent sous un pont de béton dont les murs étaient en partie couverts de graffitis, et cela n'aida pas Harry à relativiser : l'endroit était mal éclairé et les petites barrières en bois et en buissons qui séparaient les voies n'enlevaient rien à l'aspect glauque de ses couleurs froides.
Un bus les dépassa et s'arrêta après quelques mètres, déversant sur le trottoir étroit les étudiants qu'il avait transporté depuis le centre-ville. Ils parlaient joyeusement ou lassement, en fonction des groupes, et se mirent à marcher d'un seul bloc. Un peu plus loin, certains se séparèrent pour entrer sur le parking et attendre d'autres camarades qui les rejoindraient bientôt. Harry et Audrey continuèrent leur marche, un peu derrière les autres.
Quelques minutes plus tard, un gros bloc de béton, assez bas, annonçait en lettres capitales « UNIVERSITY OF SUSSEX ». Etrangement, Harry sentit son estomac se tordre. Tout était si différent de Poudlard. Il réalisait maintenant qu'après l'école primaire, il n'avait plus jamais mis les pieds dans une école moldue. Il était parti du principe que toutes devaient ressembler à ce qu'en disait parfois Dudley : des prisons où l'on empêchait les gentils garçons de s'amuser – même si dans son cas il s'agissait plutôt d'empêcher des délinquants de harceler leurs camarades.
Entre les arbres se dessinèrent finalement les bâtiments qui composaient l'université : il s'agissait de structures imposantes, toutes en briques rouges et beiges, en arches, en eaux et en dalles de bétons. A dire vrai, l'endroit était assez beau et, pour Harry qui n'avait vu que les murs froids et sombres du ministère ces derniers temps, c'était même au-delà de ça. Il s'arrêta une seconde, pour observer le flot des étudiants qui se déversait autour d'eux et hors des bâtiments. Audrey s'arrêta après quelques pas, réalisant sûrement qu'elle parlait toute seule depuis plusieurs secondes, et elle lui sourit.
— C'est beau, n'est-ce pas ? J'aime beaucoup cet endroit. Mais j'imagine que comparé à Poudlard, ça doit être assez fade.
— C'est différent, plutôt que fade, répondit Harry en la rejoignant. Poudlard est moins structuré, plus naturel, mais cette université a du charme quand même.
Audrey hocha la tête et reprit sa marche, le guidant à travers les étudiants pour rejoindre un bâtiment qui se trouvait encore un peu plus loin. C'était visiblement celui que l'administration avait dédié à tous les métiers touchant au légal et à la criminologie. Les étudiants parlaient de cours de psychologie, de droit, et finalement un petit groupe se pressa en prononçant le nom d'Aubéron Everett. Ils leur emboîtèrent le pas mais bifurquèrent avant eux pour entrer dans une salle vaste mais encombrée, où plusieurs professeurs discutaient.
— Ah, mademoiselle Giordiano, interpella joyeusement un homme près de la machine à café. Serait-ce votre époux ?
— Non, c'est mon beau-frère, sourit-elle poliment. Harry, je te présente le professeur Andrew Hipps, il enseigne le droit.
— Plus précisément, je suis spécialisé en droit des affaires.
Il lui tendit la main, et Harry la serra avec fermeté, une habitude du Commandant des Aurors qu'il était. Evidemment, une angoisse s'éveilla en lui : que dire si on lui demandait dans quoi il travaillait ? il n'avait pas pris le temps de se préparer à cette éventualité, et il s'inquiétait que ça puisse poser un problème à l'avenir.
— Harry, donc ?
— Potter, oui, répondit Harry.
— Dans quoi travaillez-vous ?
Harry ne put s'empêcher d'afficher un sourire quelque peu ironique à cette question. Il lui semblait parfois que la vie aimait se jouer de lui, comme pour ne pas lui faire perdre les bonnes vieilles habitudes : rien ne s'était jamais passé comme il l'aurait voulu, pourquoi cela commencerait-il maintenant ?
— Harry est inspecteur de Police, dans le nord du pays. Il est venu pour s'entretenir avec le professeur Everett.
— Ah, bien entendu. Vous devriez vous dépêcher, son cours commence dans une trentaine de minutes, répondit le professeur Hipps. Je crois qu'il est près de la bibliothèque.
Audrey le remercia, de même que Harry qui n'avait pu cacher efficacement son soulagement à l'intervention de la jeune femme, et ils se dirigèrent vers une bibliothèque en bois clair, plutôt fine, qui ne semblait pas très remplie. En arrivant à côté, Harry comprit pourquoi il avait eu cette impression : mise à part quatre ou cinq livres peu épais, la bibliothèque servait plutôt de rangement hasardeux pour tout ce qui ne trouvait pas sa place ailleurs.
A côté, tourné vers la fenêtre, se trouvait un homme d'une cinquantaine d'années. Ses cheveux grisonnants étaient impeccablement coiffés, son costume gris parfaitement défroissé et ses yeux bleus perçants à peine dissimulé par des lunettes rectangulaires. D'une certaine façon, l'homme rappela à Harry la McGonagall qu'il avait connu du temps de ses études.
— Professeur Everett ?
— Madame Giordiano. Bonjour.
Il lui avait offert un sourire aimable et sincère, qui tranchait avec son apparence quelque peu austère. Ses yeux bleus se tournèrent vers Harry qui sentit son échine frémir légèrement : c'était ce même bleu perçant, pénétrant, que celui d'Albus Dumbledore. Pendant un instant, il resta silencieux. Comment aurait-il pu faire autrement alors que le flot des souvenirs le noyait littéralement ? C'était comme si la cascade des voleurs faisait s'écrouler sur lui des centaines de litres d'émotion. Heureusement, il se reprit suffisamment vite pour que son silence ressemble à de la politesse. Il tendit la main à l'homme.
— Harry Potter, enchanté Professeur Everett. Pourrions-nous parler en privé ?
La façon dont l'homme leva les yeux vers son front ramena immédiatement Harry sur terre. Excepté la couleur des yeux, il n'avait rien à voir avec son vieux mentor, et il s'en voulait de s'être laissé perturber aussi facilement. C'était toujours le cas, lorsqu'il se sentait un peu trop dépassé. Tout, même une ombre dans une impasse, lui donnait l'impression de l'avoir de nouveau devant lui, prêt à répondre à des questions qu'il ne se posait même pas par des énigmes qui n'avaient de sens que pour de rares élus.
— Bien entendu. Mon fils a-t-il causé du tort ?
— Rien de tel, rassurez-vous.
Le professeur hocha la tête puis leur fit signe de le suivre en dehors de la salle. Ils marchèrent quelques mètres dans le couloir, dépassant cinq portes et dix fois plus d'étudiants, avant qu'Aubéron Everett les fasse entrer dans ce qui semblait être son bureau. Ici, la bibliothèque en bois brut était chargée d'ouvrages relatifs, Harry le déduisit à leurs titres alambiqués, à l'étude de l'écriture.
— Asseyez-vous, je vous en prie.
Harry s'installa, mais Audrey resta près de la porte. Elle s'excusa de devoir les laisser, son cours commençant dans quelques minutes, et proposa à Harry de passer la saluer dans sa salle, la 406, quand il aurait terminé. Quelques secondes plus tard, ils étaient seuls, et Harry sentit son corps se détendre légèrement. Il détestait le réaliser mais, en présence d'Audrey, dans ce monde qui n'était pas le sien, il se sentait atrocement nerveux. Le fait était que, dans le monde sorcier, Harry était puissant, capable de se défendre contre tout et n'importe quoi, tandis qu'ici… Tous ses sens étaient en alerte, guettant le moindre danger, mais son esprit avait bien conscience qu'il ne pourrait rien faire si, effectivement, on s'en prenait à elle. Pas sans trahir le secret magique.
— Ainsi, Madame Giordiano connait l'existence de votre monde ?
— En effet. Sa sœur est sorcière, de même que son époux.
Ils se sourirent poliment, pendant que Harry analysait l'espace dans lequel il se trouvait. Deux grandes fenêtres dans le dos du professeur lui donnaient une silhouette plus impressionnante qu'elle ne l'était en réalité, et suffisait à inonder la pièce de lumière. S'il était venu quelques heures plus tard, il était sûr qu'il aurait eut le soleil directement dans les yeux, ce qui aurait rendu l'entrevue particulièrement désagréable. Sur le bureau, du même bois que la bibliothèque, se trouvaient quelques liasses épaisses de feuilles qui devaient être des devoirs, peut-être même des thèses. A côté, un cadre simple laissait voir une photo de famille : le professeur, à gauche, était habillé d'un t-shirt gris et d'un bermuda, ce qui tranchait drastiquement avec son style professionnel. À côté de lui, une femme en robe d'été jaune à fleurs rouges souriait de toutes ses dents. Deux garçons complétaient cette image parfaite : l'un aux cheveux noirs arborait des yeux gris espiègles. Il semblait que c'était l'ainé. Son frère cadet, à côté de lui, semblait plus timide mais tout aussi avide de jeu. Cependant, s'il était vrai que le plus grand avait l'âge de Charlie… Alors cette photo devait avoir été prise il y a vingt ans de cela. Que c'était-il passé dans la charmante petite famille pour que deux décennies ne passent sans mériter d'être représentées dans ce bureau ?
Après environ trois secondes d'un silence analytique, où les deux hommes se jaugeaient, le professeur reprit la parole :
— En quoi puis-je vous être utile, Monsieur Potter ?
— Pour une enquête. Voyez-vous, mon département essaye de plus en plus de prendre exemple sur les méthodes moldus pour renforcer ses dossiers. Il se trouve que nous avons reçu un courrier qui a retenu toute notre attention, mais nous n'avons personne pour l'exploiter réellement.
De nouveau, Harry tira l'enveloppe de sa poche. Il hésita un instant, car il n'arrivait pas à se détacher de la photographie sur le bureau, de ces sourires radieux, si loin de l'homme qu'il avait en face de lui. Malgré tout, il avait conscience de n'avoir rien de tangible pour justifier sa méfiance, il posa donc l'enveloppe sur le bureau, entre eux. Le professeur ouvrit un tiroir et enfila des gants en latex avant de la prendre, ce qui rassura immédiatement Harry sur les compétences de son consultant.
Une fois la lettre dépliée, il la parcouru une première fois rapidement, puis plus lentement. Harry pouvait voir son regard glacé s'arrêter régulièrement, revenir en arrière, descendre en bas de la page pour ensuite remonter. C'était une expérience intéressante car elle faisait prendre conscience à l'Auror de la complexité de cette expertise. Il lui semblait dorénavant capital de former les sorciers à la graphologie, du moins certains d'entre eux qui se destinaient aux métiers de la loi, ne serait-ce que pour ne pas avoir à débusquer des moldus aussi spécialisés que le professeur Everett.
Plusieurs minutes passèrent, puis l'homme posa la lettre, ouverte, au centre de son bureau. Il attrapa un stylo et, pendant un instant, Harry cru qu'il allait griffonner sur son indice. Heureusement, le professeur le garda fermé et s'en servit simplement pour guider le regard de l'Auror sur les différents éléments dont il comptait lui parler.
— Pour commencer, la personne qui a écrit ça n'a pas reçu une grande éducation. À vrai dire, je pense qu'elle n'a jamais mis les pieds dans une école. Malgré tout, je dirais que c'est un adulte, plutôt une femme, qui devrait avoir entre 25 et 30 ans. Elle travaille dans la vente, je dirais, car on en retrouve des formulations utilisées généralement dans le contact clientèle.
Il pointa certaines expressions comme « mise en relation », « pendant la mise en rayon », et tout simplement l'introduction de la lettre : « Bonjour, je souffre de lycanthropie et j'ai des informations à vous transmettre ».
— Je pense qu'elle a commencé à travailler très jeune, cela expliquerait ses lacunes en écriture tout en expliquant son semblant d'éloquence. Elle utilise principalement ce que l'on appelle la zone médiane. On est sur une personne sentimentale, sensible, mais l'utilisation presque forcée du jambage dénote qu'elle a les pieds sur terre et fait preuve de réalisme. J'aurais tendance à pencher vers une personne qui lutte entre son attachement à la loi et son inquiétude pour ses proches. Ce qui renforce donc ses propos, concernant son beau-frère.
Harry devait admettre qu'il avait un peu de mal à suivre, d'autant que la plupart des termes lui étaient étrangers, mais il parvenait à s'y retrouver grâce aux indications visuels que lui montrait le professeur. Ainsi, le jambage correspondait à l'interligne inférieur, utilisé par les lettres comme le « q » ou le « p », tandis que la zone médiane se situait juste au-dessus. Il n'était pas sûr de comprendre comment on pouvait moins utiliser cette dernière, qui servait à toutes les lettres, mais préféra ne pas poser la question. L'analyse semblait précise, même s'il ignorait comment il pourrait l'utiliser, et cela lui suffisant.
— Pour ce qui est de l'espacement, j'ai l'impression qu'il est en pleine évolution. La personne que vous cherchez n'est pas habituée à être isolée mais l'est de plus en plus. Regardez comme l'écart entre les lettres et les lignes augmente au fur et à mesure de la lettre, au point qu'à la fin le nombre de mots par ligne a diminué de moitié.
Le professeur continua ainsi pendant de nombreuses minutes, indiquant de nouveaux éléments auxquels Harry n'aurait jamais prêté la moindre attention, même s'il l'avait voulu. Le tout semblait si vague pour lui… En réalité, le professeur aurait pu lui dire n'importe quoi, il aurait été forcé de le croire. Cela le convainquit de lire les cours d'Audrey, au moins pour être capable de comprendre, un peu, le cheminement qui avait permis à Aubéron Everett d'en arriver à dépeindre un tableau si précis et pourtant si vague de l'auteur de la lettre.
Harry recherchait donc une sorcière de 25 à 30 ans, qui n'avait pas fréquenté les bancs de Poudlard malgré ses pouvoirs, qui travaillait sans doute dans une boutique en tant que vendeuse, et qui venait de perdre un proche ou de rompre des liens, ce qui expliquerait son isolement. Le professeur avait ajouté qu'il s'agissait sûrement d'une personne très consciencieuse, ayant sans doute des tocs assez marqués impliquant ses doigts. Il estimait par ailleurs que la personne avait dû écrire de nuit, ou du moins dans un endroit sombre, à la lueur d'une bougie, car certaines lignes se frôlaient de plus près que d'autres. Pour finir, il estimait que l'autrice de la lettre était convaincue par ce qu'elle écrivait, et qu'elle s'était hâtée de faire parvenir ces informations aux autorités. Autrement dit, la lettre que Harry aurait voulu pouvoir écarter, risquait d'être précieuse très prochainement.
— Mon cours va commencer, je dois vous laisser. J'espère vous avoir été utile.
Ils se levèrent d'un même mouvement et se serrèrent fermement la main au-dessus du bureau. Même si Harry ne voyait pas trop ce qu'il pourrait faire de ces nouvelles informations, car s'il était sincère un instant il voyait bien qu'elles étaient trop vagues. C'était malgré tout quelque chose de plus sur lequel s'appuyer. Aurait-il préféré que la lettre se révèle mensongère et peu fiable ? Oui. Cependant ce n'était pas le cas, et il ferait donc de son mieux pour donner à ce courrier l'importance qu'il méritait à présent.
— Merci beaucoup pour votre aide. Ces informations nous seront précieuses dans nos recherches.
Après avoir quitté le professeur Everett, devant la porte de son bureau, Harry se mit en quête de la salle que lui avait indiquée Audrey. Il n'était pas sûr de vouloir interrompre un cours simplement pour dire qu'il partait, mais il se voyait mal quitter l'université sans un mot alors qu'Audrey avait tellement insisté. Arrivé au quatrième étage, il dépassa quelques portes et s'arrêta finalement devant celle qui portait le numéro 406. Il jeta un coup d'œil à l'intérieur par la vitre encastrée et soupira. Audrey semblait très animée, exposant visiblement ses arguments à grands coups de gestuelles exacerbées. Il sourit un peu en l'observant, amusé par le dynamisme qu'elle imposait à des étudiants légèrement perturbés.
Il allait revenir sur ses pas et se contenter de lui laisser un message dans la salle des professeurs quand elle tourna la tête vers la porte. Elle afficha immédiatement un immense sourire en interrompant l'un de ses mouvements. Puisqu'il n'avait plus le choix, Harry inspira et toqua légèrement à la porte, par reflexe plus que par nécessité. Il l'ouvrit doucement, et réalisa qu'il était particulièrement mal à l'aise : se savoir estimé dans le monde sorcier, par sa position et son histoire, lui avait permis de se présenter la tête haute devant des assemblées. Mais ici… il n'était personne, et ce sentiment qui lui était étranger lui était très inconfortable, alors même qu'il avait passé sa vie de jeune sorcier à espérer n'être qu'un élève dans la foule.
Heureusement, Audrey ne lui imposa pas de venir au beau milieu de la salle pour lui parler. Elle vint le rejoindre à la porte, après s'être excusée auprès de ses élèves, et lui sourit en baissant la voix pour n'être entendu que de lui.
— Le professeur Everett a pu t'aider ?
— En quelque sorte. Disons qu'une fois qu'on aura des suspects on pourra utiliser ces informations, mais je crains qu'elles ne nous servent pas beaucoup en dehors de ça…
— Est-ce que tu as la lettre ?
Harry hocha la tête et jeta un coup d'œil vers les élèves. Comme Audrey, toute prudente qu'elle était, semblait ne pas s'en préoccuper il décida de lui faire confiance et tira simplement l'enveloppe de sa poche, une fois de plus. Audrey la déplia puis la retourna en fronçant les sourcils.
— Je suis sûre que c'est là pourtant…
Elle tournait et retournait la lettre dans tous les sens sous le regarde perplexe du Commandant des Aurors, et de tous les élèves. Finalement, Audrey poussa un petit soupir exaspéré et s'avança dans la salle pour brandir la lettre au-dessus d'elle, à la lumière. Elle plissa les yeux avec intensité et Harry, immobile sur le pas de la porte, pria pour qu'elle ne lui dise pas de la rejoindre.
— Je l'ai ! Regarde, Harry !
Audrey se tourna et fut visiblement surprise de ne pas le trouver à côté d'elle. Son beau-frère, qui maudissait de plus en plus le sens de l'humour de son existence, se composa une attitude assurée avant de traverser la pièce à grandes enjambées, le dos droit, le regard sûr, l'air pressé et sérieux. Il espérait que cette attitude ferait ses preuves, car il n'en avait pas d'autres en stock dans l'immédiat.
— Regarde, quand on l'oriente bien, on voit un filigrane.
Harry haussa les sourcils sous le coup de la surprise. Il oublia immédiatement la présence des dizaines d'étudiants silencieux, qui commençaient pourtant à chuchoter. Il prit la lettre des mains d'Audrey et regarda le filigrane avec attention. C'était un dessin qui ressortait légèrement plus clair que le reste du papier, qui semblait assez usé par ailleurs maintenant que Harry y prêtait attention.
— J'ai cru le remarquer tout à l'heure au pub, mais je n'étais pas sûre. Ça te dit quelque chose ?
L'Auror observa le dessin un bon moment, le tournant dans l'autre sens au cas où le papier ait été utilisé à l'envers, mais il devait se rendre à l'évidence : ce marquage ne lui disait absolument rien, et il avait pourtant passé beaucoup de temps dans les boutiques sorcières depuis le début de son adolescence.
— Rien du tout, je vais mettre mes équipes là-dessus. Merci, Audrey. Comme d'habitude, tu nous as été d'un grand secours, j'espère que Percy se rend compte de la chance qu'il a.
Elle rit un peu et lui assura que c'était le cas et qu'il n'avait de cesse de le lui prouver chaque jour. Harry la remercia encore, tentant de nouveau d'occulter la pesante présence des étudiants. Il replia la lettre et la rangea, sans vraiment savoir comment prendre congé sans paraitre trop rude : d'un côté il aurait voulu juste partir sans un mot, de l'autre il entendait déjà Hermione lui dire qu'agir comme ça attirerait encore plus l'attention sur lui. De plus, il trouvait que le repas dominical avait déjà bien assez d'exemple pour aborder la question de son manque de sociabilité.
— Sur ce, je vais te laisser reprendre ton cours. On se voit dimanche.
Il lui sourit et elle le raccompagna jusqu'à la porte, qu'elle referma derrière lui. Harry avança de quelques pas avant de s'immobiliser de nouveau pour inspirer profondément. Cette journée devenait décidément bien trop longue, et elle semblait ne jamais vouloir se terminer. Il aurait voulu transplaner directement au ministère, mais il savait que c'était une mauvaise idée de le faire au beau milieu du couloir d'une université. Laissant sa lassitude et sa fatigue de côté, il parcouru le couloir, descendit les trois étages qui le séparaient du rez-de-chaussée, puis il traversa à grandes enjambées l'immense parvis de l'université.
Rendu sous le pont qu'il trouvait toujours aussi glauque qu'à l'allée, il s'arrêta et regarda autour de lui avec attention. Il était apparemment seul, pas un bruit ne se faisait entendre et aucune voiture ne semblait approcher. Personne ne pourrait lui reprocher de couper court à ces vingt minutes de marche aux abords d'une route. Il visualisa le sous-sol de la papeterie, le manteau de la cheminée, puis il pivota.
Ça ne se voit pas, mais ce chapitre est un poil plus court que les précédents... ne vous y habituez pas, j'écris beaucoup Merci encore de m'avoir lu, n'oubliez pas de laisser une review si ça vous a plu !
