Harry et Charlie descendirent la petite butte qui les séparaient de la rue menant à l'est de l'Abbaye. Ils s'engagèrent ensuite dans une petite rue dont les trottoirs étroits peinaient à contenir deux hommes de leur stature. En grandissant, Harry avait vu ses épaules s'élargir sans devenir particulièrement musculeux. Charlie, en revanche, devait à son travail une musculature fine qui élargissait tout de même sa stature. La plupart du temps, l'un d'eux marchait simplement sur la chaussée.

Ils longèrent un mur de pierre et de gravier pendant environ trois-cents mètres, avant qu'il ne soit remplacé par des champs ouverts et des petites propriétés entourées de barrières et de pierres, distillés ça et là sur leur chemin. Ils descendirent ainsi jusqu'au pied de la colline, ce qui leur prit environ une dizaine de minutes comme l'avait estimé Harry. Ils tournèrent ensuite à gauche, dans une rue composée principalement de larges maisons de deux étages, toutes en briques plus ou moins rouges.

La route suivante, qu'ils suivraient pendant encore une dizaine de minutes, étant en pente. Même Harry, bien entrainé, et Charlie qui venaient visiblement ici souvent et avait l'habitude de l'effort physique, la pratiquèrent avec difficulté. Les riverains passaient près d'eux en voiture, leur lançant des coups d'œil interrogateur, comme s'il semblait totalement absurde que deux jeunes gens traversent leur ville à pied. Etant donné de sa structure, elle semblait après tout avoir été construite sur plusieurs collines distinctes, Harry compris que tout le monde ici se déplaçait en voiture, ce qu'il ne pouvait pas leur reproché.

Ils arrivèrent enfin devant une pente descendante et Harry cru revivre, mais Charlie le tira par le bras alors qu'il avançait tout droit, pour le faire tourner à gauche, vers une nouvelle pente. Moins rude, certes, mais qui finirait par l'achever.

— Tu viens ici souvent ? questionna finalement Harry alors qu'ils tournaient maintenant sur la droite.

— Une a deux fois par semaine en ce moment, ça dépend de ce dont j'ai besoin. Comme ce sont des livres rares que je n'ai pas les moyens de me payer, je me contente de les consulter sur place. Je n'ai jamais été très doué pour les études comme tu le sais, alors retenir plusieurs pages…

Ils rirent un peu. Charlie semblait se détendre à mesure que leur route avançait, et que leurs mollets les faisaient souffrir. Harry avait pratiqué les montagnes et les roches, les forêts et les plaines, alors qu'il n'avait que 17 ans. Exactement vingt ans plus tard, il avait honte de fléchir le dos devant de simple pentes urbaines, même mal aménagées.

Les deux hommes s'engagèrent enfin dans Heather Drive, et Harry ne put s'empêcher de remarquer qu'il s'agissait d'un quartier strictement résidentiel. Il lui rappelait Privet Drive, avec ses rues herbeuses, ses maisons propres et clôturées, et ses barreaux aux fenêtres. Même si ici, cela semblait plutôt être un genre de rideau à la forme étrange, lui-même n'aurait jamais eu l'idée d'acheter ce genre de choses, et Ginny l'aurait de toute façon dissuadé de le faire s'il avait été assez fou.

— Tu es sûr qu'on est au bon endroit ? Je n'imagine pas vraiment un magasin ici…

— Certain.

Charlie le fit tourner une dernière fois à droite et lui montra la maison au bout du chemin, droit devant eux. Ils s'avancèrent sans que Harry ne voie autre chose qu'une nouvelle habitation, conforme aux autres, bien que celle-là ait une petite véranda fort charmante. Charlie s'arrêta devant la porte et sorti sa baguette avant même que Harry ne soit dans la petite allée de pierre qui menait au porche. Quand il posa le pied dans ce qui délimitait le début de la propriété, tout changea sous ses yeux. La ravissante petite maison de brique était maintenant une structure en bois sombre, aux vitres sales, derrière lesquelles s'entassaient des piles de livres qui semblaient servir de rideaux tant ils camouflaient tout de l'intérieur. Le sortilège de dissimulation était puissant, et visiblement associé d'un repousse-moldue pour pouvoir s'implanter dans une zone si familiale sans s'attirer de soupçons.

Le Dragonologiste posa sa baguette sur la serrure et prononça le sort de déverrouillage. Un cliquetis se fit entendre et il tourna la poignée en fer poli avant d'entrer, sa baguette de nouveau dans sa poche.

Un homme, qui devait être à peine moins vieux que Harry, sorti de derrière une imposante bibliothèque, remplie de livres plus ou moins épais, mais aux couvertures de cuir soigneusement entretenu. Il faisait un peu frais, dans la boutique, et Harry eut la sensation que l'air était un peu plus sec qu'à l'extérieur. Il se douta que cela avait à voir avec la conservation de ces livres anciens, sans savoir si cela lui serait utile.

En tous les cas, si on en croyait l'analyse du Professeur Everett, il ne s'agissait pas de l'auteur de la lettre, ce qui frustra légèrement Harry. Un sentiment qui s'évanouit quand il regarda le vendeur plus en détail. Il portait, sur sa veste brune, une broderie identique au dessin de la lettre.

— Bienvenue, dit l'homme d'une voix profonde et étonnamment douce avant que son regard ne se pose sur Charlie et que son intonation se durcisse. Ce n'est que toi. Qu'est-ce que tu veux ?

Harry ne put s'empêcher de tourner les yeux vers son beau-frère. L'interaction semblait assez froide, et ce dernier avait l'air de s'être fait renverser un seau d'eau glacée sur la tête, tant il avait un air dépité. Sa curiosité le piqua de nouveau, et le Commandant des Aurors réalisa qu'il n'avait même pas envisagé cette option. Ce n'était peut-être qu'une dispute avec un ami auprès duquel il essayait de faire bonne impression, après tout.

— Mon ami avait besoin de passer ici pour une enquête. Il est Auror.

— Que ce soit personnellement ou professionnellement, tu t'es donc mis en tête de m'attirer des ennuis, grogna-t-il avant de tourner la tête vers Harry. Que puis-je pour vous, ami de Weasley ?

L'Auror n'avait pas besoin de le regarder pour comprendre que Charlie avait ostensiblement levé les yeux au ciel, et il ne pouvait pas lui en vouloir pour ça. Si Ron s'était soudainement mis à l'appeler Potter avec autant de mépris, il aurait eu la même réaction. Mais étaient-ils aussi proches qu'il l'était de Ron ? Si c'était le cas, le sujet de cette dispute devait au moins être le meurtre.

— Daegal Onyx, se présenta Harry en tendant la main au vendeur. Travaillez-vous seul ici ?

— Non, nous sommes trois. Il y a un autre vendeur, et une conservatrice.

Harry bloqua dans sa gorge un soupir de soulagement. Il y avait une femme ici, si quelqu'un avait pu écrire cette lettre… Ce serait elle.

— Pourrais-je m'entretenir avec elle ?

— Attendez une minute.

L'homme, qui ne s'était toujours pas présenté maintenant que Harry y pensait, tourna les talons pour se diriger vers une porte qui se trouvait derrière la caisse. Il descendit les escaliers et disparu un moment de leur vue. Pendant ce temps, Harry fit de son mieux pour ne pas regarder Charlie qui restait immobile à côté de lui, un peu trop immobile pour que ce ne soit pas une volonté de sa part. La situation semblait le mettre incroyablement mal à l'aise. Harry était sur le point de lui parler pour tenter de le soulager quand le vendeur remonta du sous-sol et indiqua à Harry qu'il pouvait descendre. Il les laissa donc seuls tous les deux, en se demandant si les deux seraient encore en vie à son retour.

L'escalier qui descendait au sous-sol était sombre et mal éclairé, si bien que Harry dut tirer sa baguette et lancer un Lumos silencieux pour avant sans risque. Il se sentait, de toute façon, bien plus en sécurité avec sa baguette en main. L'escalier était étonnamment long, et il ne parvint à son extrémité qu'au bout de trois minutes d'une descente prudente. Au bout se trouvait une lourde porte en fer sous laquelle filtrait, timidement, une lumière blanche.

Harry toqua et, une seconde plus tard, la porte s'ouvrait sur une jeune femme. Elle avait de longs cheveux noirs bouclés, attachés en queue de cheval, des yeux marrons cernés et une peau pâle, mais elle ne ressemblait pas pour autant à l'image que l'Auror s'était fait d'elle. Il s'attendait à un visage émacié et un corps frêle, des cheveux sales mal coiffés, mais non, une fois de plus Harry avait laissé des préjugés l'habiter et se retrouvait comme un imbécile, face à une femme épuisée et pâle, mais en bonne santé.

— Bonjour, Madame, commença-t-il. Excusez-moi de vous déranger, je suis l'Auror Onyx, j'aurais quelques questions à vous poser…

Elle le regarda de haut en bas, le détaillant, avant de fixer ses yeux sur sa baguette encore allumée. Harry fit cesser immédiatement le sortilège et, pour prouver a bonne foi, rangea la baguette dans la poche qu'il lui réservait.

La jeune femme le laissa entrer sans s'être présentée, ce qui finissait par laisser penser que c'était une habitude de la maison. Harry pénétra dans la pièce et fut assez surpris par ce qu'il découvrit : les murs et le sol étaient d'un blanc éclatant, au point que l'on pourrait peiner à les distinguer si les meubles, tous en fer, ne projetaient pas leurs ombres. Les lumières venaient toutes d'épais néons blancs au plafond, rendant la pièce extrêmement brillante. Rien à voir avec une personne ayant écrit dans le noir.

— Désolée pour ça.

Il avait à peine fini sa réflexion que la jeune femme plaqua une main agacée sur le mur, ou plutôt sur l'interrupteur étant donné que les lumières s'éteignirent brusquement, rapidement remplacé par la lueur vacillante de bougies gardées sous verre.

— Le patron veut toujours que j'allume quand je travaille, mais ça me déconcentre, c'est trop blanc, ça me nique les yeux.

Harry haussa un sourcil, surpris par le vocabulaire de la jeune femme. Elle avait eu l'air réservé, il semblait qu'elle était plutôt mise mal à l'aise par la lumière. Il passa une main dans sa nuque, un geste qu'il espérait arrêter de faire bientôt tant il finirait par devenir reconnaissable, et lui sourit très légèrement.

— Je vous en prie, vous avez raison de travailler dans l'environnement le plus agréable pour vous.

— Ouais, ouais, répondit-elle avec lassitude. Vous voulez quoi ?

Elle s'assit à son bureau, sur une chaise pivotante qui grinça légèrement à l'arrivée de son poids. Une fois qu'elle fut installée, les jambes croisées, Harry put la détailler un peu mieux. C'était une jeune femme en pleine forme. Ça ne faisait aucun doute. Et cette soudaine révélation n'avait rien à voir avec la vue soudainement plongeante qu'il avait sur son décolleté. Il ignorait pourquoi elle avait eu l'air si frêle il y a une seconde alors que, maintenant, elle lui rappelait Ginny dans ses moments d'agacement et d'arrogance qu'il trouvait chaque fois si charmeurs.

Harry tira la lettre de sa poche, et décida de ne pas faire le moindre détour, puisque son interlocutrice semblait ne pas avoir de temps à perdre.

— Êtes-vous l'auteur de cette lettre ?

— Autrice. Ça vous échappe peut-être, mais je suis une femme. C'est gentil de ne pas présumer de mon genre, mais tout mettre directement au masculin c'est tellement… masculin.

L'Auror, décontenancé, ouvrit un peu la bouche avant de la refermer. Il avait la sensation de perdre totalement le contrôle de la situation, et y penser lui faisait réaliser qu'il n'avait jamais eu le moindre contrôle de quoi que ce soit ici. Maintenant, il se sentait comme un animal en cage et sa baguette le brûlait littéralement tant il voulait s'en saisir, ne serait-ce que pour être rassuré par le contact du bois entre ses doigts.

— Navré, je ne voulais pas me montrer grossier. Malgré tout, je me dois de réitérer ma question… Êtes-vous l'autrice de cette lettre ?

— Tout à fait, oui.

Là encore, Harry fut décontenancé. Elle le confirmait si rapidement que s'en était déstabilisant. Elle était l'autrice de la lettre alors pourquoi, par tous les diables, ne correspondait-elle absolument pas au portrait du Professeur Everett ?

Certes, elle avait entre 25 et 30 ans, Harry lui en donnait peut-être 27, mais cette femme n'était pas sans éducation malgré sa rudesse, elle était loin d'être simple comme l'avait laissé entendre le Professeur. Alors pourquoi diable…

— Comment m'avez-vous trouvé ? Même en imaginant que vous ayez mal analysé mon écriture, vous auriez dû mettre bien plus d'une demi-journée pour trouver la boutique. Notre logo n'est pas vraiment connu.

— L'un de mes amis est un de vos clients réguliers.

— Ah, Charlie ! dit-elle avant de fournir des explications supplémentaires, devant le regard surpris de Harry. C'est notre seul client régulier. Généralement les gens se contentent de venir pour un livre et de repartir en se disant qu'on est tous plus étranges les uns que les autres et qu'ils ne reviendraient plus jamais ici.

Elle le disait avec un tel détachement que Harry se sentait perdre un peu plus pieds. Evidemment que cette lettre était totalement tordue et si ridicule à déchiffrée, évidemment que rien n'avait de sens et que ça partait dans trente-six direction à la fois : la seule personne qui semblait au courant de quelque chose avait visiblement totalement déraillée à force de rester dans ce sous-sol, à s'étouffer avec ses vieux livres et ses bougies parfumées. D'ailleurs, l'odeur de cannelle et de pomme qui s'échappaient de tous ces bocaux tranchaient de façon mémorable avec le lieu.

— D'accord. J'aimerais qu'on reprenne depuis le début si vous le voulez bien, Madame…

Il s'attendait à obtenir son nom de cette façon, mais elle se contenta de dire « Madame, oui, vous avez bien retenu mon genre », ce qui laissa Harry encore plus perplexe. Il tira vers lui un tabouret sur roulettes et s'assit à côté de la femme pour poser la lettre sur le bureau. Elle l'avait exténué, en seulement quelques minutes de conversation. Presque autant que pouvaient l'exténuer ses fils quand ils se chamaillaient pendant des heures, et elle n'avait pourtant fait que répondre à ses questions.

— Par Merlin, dit-elle dans un léger rire. J'avais totalement oublié que j'avais écrit comme ça, quelle carnage… Je suis ambidextre pour la plupart des tâches, mais pour l'écriture c'est vraiment compliqué.

— Vous avez écrit avec votre main faible ?

— Bien sûr. Je n'aime pas être analysée, et je savais qu'un Commandant des Aurors soucieux d'en appeler aux méthodes moldues ne tarderait pas à s'intéresser à la graphologie. Vous avez aimé Sophie ? C'est comme ça que je l'ai appelé, elle a été harcelée quand elle était en école primaire moldue et sa phobie scolaire l'a empêché d'aller à Poudlard, une histoire vraiment émouvante.

— Qu'en est-il de la vôtre, d'histoire ? demanda Harry en essayant de ne pas se laisser perdre par les détours que prenait la femme.

— Oh vous savez, le schéma classique. Parents abusifs, crimes mineurs, gang de filles en jupe longue, tag « mort au patriarcat », prison pour ado…

— Très bien, j'ai compris, pas de questions personnelles. Pouvez-vous m'en dire plus sur vos soupçons ?

La jeune femme eut un sourire satisfait. Elle n'avait toujours pas de prénom, alors Harry décida qu'elle s'appellerait Sophie dans son esprit, pour se faciliter les choses. Il y avait bien assez d'inconnus dans son équation, il avait besoin d'au moins un chiffre ou deux pour la résoudre.

— Comme je l'ai dit dans la lettre de Sophie, je pense que mon beau-frère fait partie du groupe de Résistant composé de loups-garous.

— De quel groupe parlez-vous ?

— Vous êtes totalement à la ramasse, n'est-ce pas ? Le Ministère croit toujours avoir des yeux partout, mais vous n'envisagiez pas l'existence d'un groupe organisé de loups-garous qui n'apprécient pas vos changements.

— Arrêtez une seconde de me prendre de haut pour m'expliquer la situation, s'il-vous-plait.

Elle soupira profondément, mais cette fois-ci Harry n'en avait rien à faire de la froisser ou de s'attirer ses foudres. Il devait savoir. Comprendre. Evidemment, le ministère savait que certains loups-garous étaient réfractaires à la direction que prenaient les lois récentes. Beaucoup d'entre eux avaient déjà manifesté leur intention de ne pas prendre leur potion tue-loup, ni la nouvelle version, ni l'ancienne. Mais de là à parler d'un groupe organisé de résistants ? Et puis, « résistants » ça avait une connotation tellement positive… Mais c'était sans doute ce qu'on se disait quand on était dans l'autre camp, qu'il soit bon ou mauvais, ce n'était qu'une histoire de perspective.

— Très bien. Je soupçonne mon beau-frère de faire partie de l'Organisation pour le Droit à la Pleine Lune, un groupe de loups-garous qui militent depuis des décennies pour avoir le droit de se transformer et de vivre sa transformation tel que l'a prévu la nature : avec violence.

— Ce groupe a été dissous il y a des années, en 2007, lors d'une affaire de morsure.

— Non, vous avez juste arrêté les têtes pensantes de l'époque. Vous connaissez le principe de l'Hydre ? Coupez une tête…

— Et deux autres pousseront, compléta Harry avec effarement.

La jeune femme sourit et se pencha ostensiblement vers lui. Ses lèvres charnues étaient étirées dans ce qui ressemblait à un rictus moqueur. Elle posa ses deux mains sur les genoux de Harry et d'une voix amusée mais néanmoins profonde et douce, elle demanda :

— Dites-moi, Monsieur Potter, combien de tête avez-vous coupé cette fois-là ?

Harry se releva d'un bond et recula de trois pas, ressortant sa baguette sans une once d'hésitation pour la pointer sur la jeune femme. Cette dernière partie dans un grand éclat de rire et leva les mains en signe de reddition.

— C'est bon, c'est bon, pas de panique ! Charlie nous a parlé de son beau-frère, j'ai juste tenté le coup, je n'étais pas sûr. Mais franchement mon vieux, vous manquez cruellement de sang-froid.

— J'ai eu une rude journée.

— Courage, il n'est que 16h.

Elle eut un sourire amusé et posa son coude sur son bureau, avant de venir mettre son menton dans sa main. De l'autre, elle tapota le tabouret que Harry avait quitté en hâte. Son calme et ses rires déstabilisaient de plus en plus Harry. Il détestait cette situation. Il détestait se rendre compte de toutes les informations qui lui manquait. Charlie était plus qu'un client ici, cette femme en savait bien plus qu'elle ne le disait pour le moment, distillant ses informations au compte-gouttes, et bon sang Drago n'était pas coupable, mais il n'arrivait pas à comprendre pourquoi son instinct s'acharnait à le lui hurler dans les oreilles.

— Allez mon beau, assis, je vous promets de ne plus me moquer de vous, dit-elle avec un sourire moqueur avant de reprendre. Enfin, à partir de maintenant.

Harry revint s'assoir, le cœur palpitant encore, la baguette brûlait entre ses doigts du sortilège informulé qu'il avait bien faillit lancer. Cette jeune femme n'avait donc aucune conscience du danger ? Elle provoquait un Auror et, qui plus est, elle le provoquait lui. Il détestait se vanter mais ses prouesses en duel n'étaient plus à prouver depuis longtemps et il avait l'habitude que son nom suffise amplement à le signifier. Elle semblait sur une autre planète. Un autre univers dans lequel Harry n'était qu'un orphelin, élevé par une famille abusive, avant de se retrouver dans une merveilleuse école où il grandit tranquillement. Cet univers-là avait l'air merveilleux.

— En 2007, reprit Sophie, vous avez arrêté trois personnes. Ils étaient tous les trois chefs, et avaient tous les trois deux bras droits. Du coup, je me suis un peu trompé, l'expression devrait être « coupez une tête et il poussera deux bras droits », mais c'est moins effrayant, voir complètement ridicule. A l'heure actuelle, ces six bras droits ont pris la tête de l'Organisation. Du coup, l'Organisation est un genre de mante religieuse : les 6 pattes la guide, mais la tête se compose de tous les neurones. Ces neurones se sont les membres, et si vous pensez les Mantes Religieuses stupides, vous faites fausse route.

— On peut éviter les métaphores ? C'est déjà suffisamment difficile à suivre, contentez-vous des faits. S'il-vous-plait.

Il avait bien fait d'ajouter ces derniers mots s'il en croyait l'expression agacée de Sophie. Hélas, il n'était pas en état de faire semblant de comprendre, de tout retenir, puis de tout ressortir tel quel à Hermione pour qu'elle fasse le tri pour lui et lui explique toute la conversation.

— Pour le reste franchement, je ne peux pas vous donner beaucoup d'informations. Je sais juste que Blake se vante souvent d'être un cerveau de l'Organisation. Evidemment, c'est des conneries, mettre « cerveau » et « Blake » dans la même phrase c'est déjà se bercer d'illusion.

— Blake ? demanda Harry. Votre beau-frère ?

— C'est ça. Blake Scarletwound, marié à ma sœur, Sophie Scarletwound.

Voilà qui allait compliquer les choses dans son esprit : la Sophie qu'il avait en face de lui allait finir par se mélanger à la vraie Sophie qui était en réalité sa sœur.

— Pourquoi avoir nommé l'autrice de la lettre Sophie ?

La jeune femme, l'ex-Sophie, lui lança un regard surpris. Elle ne s'attendait visiblement pas à ce genre de question assez éloignée de leur sujet. Le fait était que Harry avait besoin de laisser son esprit souffler un instant, et que c'était tout ce qu'il avait trouvé pour ça.

— Parce qu'elle est comme vous avez analysé la lettre. Elle travaille depuis qu'elle a 17 ans, dans la vente dans un magasin de couture. Comme elle est de faible constitution, elle n'est pas allée à l'école. Et elle n'est pas très fûtée, ajouta-t-elle, mais elle sait se tenir.

— Auriez-vous une adresse ?

— Bien sûr.

Ils restèrent immobiles, se regardant l'un l'autre sans qu'aucun d'entre eux ne fasse le moindre geste. Harry attendait l'adresse, et elle semblait attendre autre chose. Harry poussa un profond soupir, de plus en plus agacé à mesure qu'elle devenait amusée.

— S'il-vous-plait, lâcha-t-il de mauvaise grâce.

— Derwent Road, au 28. C'est à l'autre bout de la ville, mais vous devez adorer marcher puisque vous n'avez pas pris l'express pour venir ici.

— L'express ?

Ex-Sophie leva les yeux au ciel en poussant un soupir exagéré, avant de lui faire la grâce de répondre :

— Il n'y a pas qu'à Londres que l'on trouve des transports magiques. Comment vous appelez ça déjà ? Le Magicobus ? Nous, on a un Taxi Volant. Evidemment, il a tous les enchantements et permis requis pour voler en ville et il est conduit par des Sombrals, ce n'est donc pas du détournement d'objet moldu, monsieur l'Agent.

Harry soupira profondément. Evidemment, Charlie n'avait pas jugé bon de lui faire savoir que ce mode de transport existait. Il n'était peut-être pas au courant cela dit, ça vaudrait le coup de lui transmettre l'information.

— Comment on l'appelle ?

— Baguette vers le ciel, Accio Flyingo. Ça vous fera parvenir une pièce qui vous indiquera l'arrêt de Taxi Volant le plus proche. C'est de l'or de farfadet, alors ça disparaitra peu après votre course. Il y a des arrêts un peu partout ici, ce sont juste des zones où il est facile de se cacher des moldus.

— Merci pour tous ces renseignements, madame… ?

Elle rit un peu, mais il n'espérait de toute façon pas de réponse et ne fut donc pas surpris de ne pas en obtenir une. La jeune femme se contenta de se lever et de lui tendre la main pour qu'il prenne congé sans attendre. Il serra donc sa main, récupéra la lettre, et quitta la pièce et cette étrange femme qui le mettait tellement mal à l'aise.

Harry remonta les escaliers sans se guider de sa baguette cette fois-ci. Il s'était habitué à l'éclairage précaire assez rapidement grâce à celui de la pièce qu'il venait de quitter, et pu donc approcher discrètement de la porte qui menait à la boutique. Il n'avait pas l'intention d'espionner évidemment, mais il aurait été impoli d'interrompre une conversation importante, en arrivant sans crier gare. Il poussa très légèrement la porte, juste assez pour voir le comptoir et la scène qui se déroulait là.

Charlie était du côté client du comptoir, et venait visiblement de plaquer ces mains sur ce dernier avec un certain agacement. Le vendeur lui tournait le dos, des livres pleins les bras qu'il rangeait avec soin dans les étagères.

— N'insiste pas, s'il-te-plait. Tu te comportes de façon parfaitement immature.

— Regardez qui parle, trancha Charlie d'une voix que Harry ne lui avait jamais entendu. C'est toi qui boudes depuis deux semaines parce que je t'ai demandé un peu de temps !

— Ecoute Charlie, commença plus calmement le vendeur sans pour autant se retourner. Tu es un homme de 45 ans qui n'assument pas d'avoir des vues sur une personne du même genre que lui. Je n'ai sincèrement pas de temps à perdre avec une histoire de secrets, je n'ai pas signé pour être acteur dans une série pour adolescent.

— J'ai juste besoin de temps, Kean. S'il-te-plait. Laisse-moi une semaine pour trouver comment en parler à ma famille.

Harry s'était littéralement figé sur place. Pas qu'il ait des aprioris, ou des réticences. Pas qu'il soit contre les relations de ce genre ou même que cela le perturbe – bien qu'ils ne comprennent pas réellement comment ça fonctionnait – mais il n'avait jamais pensé Charlie… Disons qu'il avait collectionné tellement de femmes qu'il semblait parfois ne pas avoir de place pour quoi que ce soit d'autre. Et encore moins pour une relation avec un homme, visiblement suffisamment sérieuse pour qu'ils doivent en parler à sa famille.

Le vendeur, Kean semblait-il donc, se tourna enfin vers Charlie et posa les livres qu'il avait encore dans les bras sur le comptoir. Ils cachèrent un peu la vue à Harry, mais le mouvement de leurs bras semblait indiquer que Charlie venait de prendre ses mains.

— Je sais que c'est compliqué, Charlie. Je suis désolé de t'en demander autant. Seulement, ça fait trois mois qu'on sort ensemble, je crois que ça se passe plutôt bien, alors j'aimerais qu'on officialise enfin les choses, et je refuse de le faire en cachette de ta famille. Je veux dire, il y en a des milliers, comment veux-tu qu'on ne mette pas les pieds dedans dès qu'on sort ?

Charlie rit un peu, et l'expression jusque-là sévère et soucieuse de Kean s'apaisa. Harry les vit soupirer tous les deux, puis Charlie reprit la parole d'une voix peu assurée que, là encore, l'Auror ne lui avait jamais entendu. Il commençait à se sentir mal à l'aise, caché ici, à les espionner, d'autant qu'il venait définitivement d'apprendre quelque chose qu'il n'était pas censé savoir et dont il ne pourrait parler à absolument personne.

— Tu as raison. Je dois leur dire. Je crains juste de décevoir ma mère.

— Tu sais, après avoir passé 25 ans à ne lui présenter absolument aucune femme et à lui répéter que tu n'aurais jamais d'enfants, je pense qu'elle ne compte pas trop sur toi pour le côté généalogie.

Charlie rit encore une fois, et Harry se dit que c'était étrange la facilité avec laquelle il exprimait son amusement. Même pendant les repas dominicaux, Charlie souriait de toutes ses dents mais ne riaient finalement pas tant que ça, et pas d'une façon si douce et tendre. C'était comme voir une autre facette de lui, une facette plus réelle. C'était ça, Harry venait de mettre le doigt dessus. C'était comme si le personnage en arrière-plan, au fond de la peinture, à peine esquissé, avait cessé de n'être là que pour harmoniser la structure et venait de bondir au centre du tableau pour la réduire à néant.

Harry décida qu'il était temps pour lui de se montrer. La conversation s'était calmée et il hésitait maintenant à relever les yeux sur eux de peur de les voir s'embrasser. Il n'aurait pas su où se mettre, il lui avait déjà fallu un moment pour embrasser Ginny devant sa famille, et autant de temps pour voir Ron et Hermione s'embrasser sans être mal à l'aise. Il inspira profondément, redescendit prudemment quelques marches, et lança un Lumos maxima sans un mot. La lumière était assez forte pour être rapidement repérée et, quand il passa la porte, Kean était de nouveau en train de ranger les livres, et Charlie était simplement adossé au comptoir, feuilletant un ouvrage.

Le Commandant des Aurors ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire. Maintenant qu'il avait conscience des enjeux, c'était comme si chaque petit élément était un signe. Charlie leva les yeux vers lui puis les tourna vers la porte pour voir s'il était suivi.

— Tu as eu les réponses que tu voulais ? Hailey peut se montrer un peu difficile.

— Ah, donc elle a un prénom, je n'ai pas réussi à le lui tirer pendant toute la conversation.

— Si ça peut te rassurer, il a fallu que je vienne ici une fois par jour pendant trois semaines pour l'avoir, et c'est seulement parce que je suis tombée sur une enveloppe qui lui était destinée. Je crois que sans ça, ajouta Charlie avec un air songeur, je ne connaitrais toujours pas son nom aujourd'hui.

Charlie reposa le livre et se redressa, avant de proposer à Harry de le raccompagner à la cheminée pour qu'il puisse rentrer, à moins qu'il ne préfère transplaner directement.

— Ça ira, j'ai encore à faire en ville, une autre personne à interroger. Je m'en sortirais tout seul alors, tu n'as qu'à rester là.

Harry ne put s'empêcher d'esquisser un sourire qui en disait un peu trop long sur ce qu'il pensait. Heureusement, Charlie ne pouvait pas soupçonner qu'il les avait entendus et ne s'en formalisa donc pas. Il se contenta de hocher la tête sans un regard pour Kean.

— Merci pour votre aide, monsieur.

— Vous pouvez m'appelez Keanu, monsieur Potter.

Encore une fois, Harry s'immobilisa en tournant la tête vers le vendeur. Il eut le réflexe un peu idiot de lever la main sur sa cicatrice mais il ne sentit absolument rien sous ses doigts. Puisque c'était toujours la première chose à réapparaitre, cela signifiait que sa métamorphose était encore intacte. Il tourna donc son regard, accusateur mais amical, sur Charlie qui leva les mains en signe de défense.

— Je n'ai rien dit. Mais je n'ai pas cent mille Auror dans mon entourage, du coup il a deviné tout seul.

— Je vois, soupira l'Auror. Dans ce cas, appelez-moi Harry.

Ils allaient visiblement devenir une famille bientôt, alors ce serait malvenu de faire des manières maintenant. Ils se saluèrent en bonne et due forme, Charlie assura qu'il serait là au repas dominical bien qu'il eût l'air stressé à cette simple mention, et Harry quitta l'établissement. Avant de sortir de la zone du sortilège, Harry pointa sa baguette vers le ciel et prononça la formule que lui avait donné l'ex-Sophie. Hailey.

Un instant plus tard, une pièce en or tombait directement dans sa main, et il n'eut qu'à lire les inscriptions qui y étaient gravées pour comprendre que l'arrêt le plus proche se trouvait juste derrière le magasin. Sans doute profitait il de la couverture parfaite qu'offrait le sortilège de repousse-moldu.

Il se rendit donc à l'arrière et, pendant qu'il attendait, il sorti de sa poche son miroir et contacta Pritchard. Il ne devait plus y avoir grand monde au bureau, mais il ne serait pas prudent pour lui de se rendre là-bas seul, surtout si le beau-frère, ce Blake Scarletwound, était bien un criminel membre d'une Organisation secrète que tout le monde croyait disparue depuis une décennie. Quand sont adjoint répondit, Harry lui exposa rapidement la situation, en évitant de mentionner la présence de Charlie, le fait qu'il avait été reconnu par deux personnes, ou encore le comportement ambigu et franchement énervant de l'ex-Sophie. Hailey. Décidément, ça ne voulait pas rentrer.

— Tu ne devrais pas y aller seul, confirma Pritchard en levant les yeux, sans doute pour voir quels Aurors étaient disponibles. Seulement je n'ai pas grand monde de disponible ici… Tu devrais demander à Owen et Hilliard de te rejoindre, c'est eux qui sont le plus proche d'une cheminée je pense.

— Entendu. Tu peux les contacter ? Dis-leur de passer à Gringotts prendre quelques Gallions pour le taxi.

Pritchard haussa un sourcil, visiblement dubitatif.

— Le taxi ?

— Je t'expliquerais.

L'adjoint abandonna très facilement et se contenta de hocher la tête et de confirmer qu'il ferait passer le message. Harry raccrocha et, quelques minutes plus tard, le Taxi Volant se posait devant lui, ne devenant visible qu'une fois bien à terre. Il s'agissait d'une calèche de taille imposante, totalement noire, et dont la forme faisait étrangement penser aux taxis londoniens, ce que Harry ne pouvait s'empêcher de trouver sympathique. Elle était conduite par un cocher, habillé d'un costume à queue de pie et d'un haut de forme, signe qu'il en faisait visiblement beaucoup trop pour cadrer à l'image qu'il devait se faire de sa propre profession.

Harry le salua poliment, bien sûr, avant de se glisser près des Sombrals pour caresser leur encolure, tour à tour. Il n'en avait pas vu depuis si longtemps… Les avoir là, devant lui, lui rappelait tout à la fois des jours sombres et heureux qu'il espérait ne jamais oublier complètement. Ne plus y penser, oui. Mais oublier ? Ce serait comme trahir tous ceux qui avaient soufferts de cette guerre qui n'en finissait pas.

— Ah, c'est rare que les clients voient ces belles bêtes. Ils pensent que la calèche vole toute seule ! Enfin, quand même, désolé de savoir que vous les voyez Monsieur, condoléances.

— C'est loin maintenant, il n'y a plus besoin d'en être désolé.

Le commandant des Aurors sourit au cocher puis il alla prendre place dans la calèche. L'intérieur ressemblait également beaucoup à un taxi londonien et Harry fut bien forcé de se demander s'il ne s'agissait vraiment pas de détournement d'artisanat moldue… Très clairement, cette voiture avait été métamorphosée pour ressembler à une calèche, et non l'inverse.

— J'aimerais passer récupérer deux personnes à la cheminée publique, puis nous irons en ville si cela vous convient.

— C'est vous le patron, Monsieur !

Le cocher éperonna les rênes, et la calèche s'envola, se dérobant à la vue des moldus. Harry l'espérait, tout du moins, car autrement il aurait beaucoup de compte à rendre à ses supérieurs. Et il n'avait vraiment pas envie d'arrêter ce cocher qui semblait très sympathique.

Il avait fallu trente minutes à pied mais, en volant, dix minutes suffirent amplement. Ils arrivèrent sur place, dans un lieu de stationnement non loin du château, juste au moment où le miroir de Harry l'alerta d'un appel. C'était évidemment Owen, qui, devant la cheminée du Chaudron Baveur, discutait tranquillement avec Hilliard en attendant que son commandant ne réponde.

— Salut Owen. C'est à Whitby, Yorkshire. Quand vous arrivez, montez les escaliers en colimaçon et sortez. Faites attention, c'est un lieu touristique. Ensuite vous sortez des ruines, vous descendez à votre gauche, et vous coupez à travers champs jusqu'à me voir.

Les instructions étaient claires, mais visiblement Owen ne pouvait pas s'empêcher de se dire que ça paraissait bien complexe pour un simple point de rendez-vous. Malgré tout, il confirma, raccrocha, et Harry ne dut pas attendre longtemps avant de voir les deux Aurors avancer dans les champs, sous le regard curieux des moldus qui se demandaient sans doute pourquoi deux adultes bien construits s'enfonçaient comme ça en direction de nulle part.

— Je ne le vois pas, dit Hilliard avec un soupir.

— Il a dit que c'était par-là, alors c'est par-là, répondit Owen sans se démonter.

— Ta confiance m'honore.

Harry esquissa un sourire alors que Owen et Hilliard sursautaient tous les deux. Un pas plus loin, ils traversaient le champ d'invisibilité qui protégeait l'arrêt du taxi volant. Owen ricana un peu, visiblement satisfait par l'effet que Harry avait su mettre dans leur rencontre.

— Désolé pour les instructions chaotiques, ce n'est pas évident de s'y retrouver par ici.

Pour la première fois depuis leur arrivée, Owen et Hilliard prirent le temps de regarder autour d'eux. La ville, toute en brique, en rivière et en ruines, s'offraient à leurs yeux, se répandant à leur pied comme une toile. Harry les laissa admirer la vue un moment parce qu'il savait parfaitement que les deux agents étaient plutôt entrain de cartographier l'environnement du mieux qu'ils le pouvaient, situant les points notables visibles de loin, ou simplement assez remarquables pour être indiqués sur la route.

Deux minutes à peine plus tard, ils avaient terminé et se tournaient de nouveaux vers Harry. Comme d'habitude, c'était Owen qui était le plus à l'aise pour lui poser des questions directes, et le commandant des Aurors ne pouvait qu'apprécier que leur amitié soit intacte après tout ce temps, et tous ces conflits.

— Alors, deux choses, commença-t-il. Où on va, et c'est quoi ce truc ?

Harry leur expliqua donc très vaguement la situation : un individu à interroger, assez bas pour ne pas être entendu du cocher à moins que ce dernier ne tende l'oreille. Il leur expliqua ensuite le fonctionnement du taxi volant et ce ne fut qu'une fois l'adresse donnée, alors qu'ils volaient au-dessus de la ville, que Harry appliqua à l'habitacle un sortilège de silence pour pouvoir expliciter la mission.

Il leur résuma donc tout ce que l'ex-Sophie, Hailey, lui avait expliqué. Une fois de plus, il omit volontairement la présence de Charlie car il n'était pas certain de pouvoir parler normalement de lui, surtout à Owen qui semblait tellement plus ouvert et habitué à ce genre de questions qu'il ne l'était lui-même. De toute façon, il devrait le mentionner dans son rapport, mais ça pourrait attendre.

Quand il eut terminé, les deux Aurors hochèrent la tête, se regardèrent, puis regardèrent de nouveau Harry. Si ce fut encore Owen qui parla, il était évident que c'était avec l'accord et l'impulsion de son partenaire.

— Je crois qu'il est important que tu saches quelque chose avant qu'on y aille.

— Je t'écoute, répondit Harry.

Ils se jetèrent encore un coup d'œil, puis Owen soupira, étira ses doigts en les faisant craquer légèrement et, finalement, lâcha :

— Nous avons de bonne raison de croire que Drago Malefoy a été enlevé.

Harry accusa le coup en fermant les yeux. Il s'y attendait, pour être tout à fait sincère, mais il ne s'attendait pas à ce que cela lui pèse autant. Drago s'était fait enlever entre le moment où il avait quitté son bureau, et le moment où Owen était arrivé au manoir. Ça s'était sans doute passé là-bas, autrement Owen l'aurait vu. La seule possibilité, c'était que quelqu'un ait attendu son retour près de la cheminée et l'ait emmené dès qu'il était arrivé, juste avant que Owen n'arrive à son tour et se retrouve face à un autre Drago.

Sans doute parce qu'Owen resterait éternellement maladroit avec ses blagues, ou parce qu'il sentait Harry prêt à décrocher à tout moment, il dit d'une voix parfaitement assurée :

— Je propose qu'on parle de Dragonapping. Une situation très particulière de kidnapping où tu dois forcément être Drago.

— Je suis désolé Owen, dit Harry en rouvrant les yeux, mais il est temps que je t'avoue quelque chose d'important : je ne t'ai jamais trouvé drôle.

Si c'était quelque peu déplacé, et assez peu amusant au final, ça avait au moins eu le mérite de détendre l'atmosphère. Hillard ne semblait pas approuver, mais n'était pas pour autant étonnant que Harry ne réprimande pas Owen pour cela.

Ils passèrent le reste du trajet dans un silence complet, le temps pour chacun d'eux d'intégrer que Drago Malefoy était bel et bien en danger.