Harry et Hermione s'engagèrent sur le pont de pierres qui menait à Poudlard. Comme chaque fois que l'un d'eux passait par ici, souvent Harry il fallait bien l'avouer, leurs pensées étaient habitées par la guerre. Le pont détruit, en miettes, qui semblait se jeter dans le vide. L'écho des explosions qui ne cessait de venir torturer leurs esprits. Et au bout de tout ça, de ce tunnel qui n'était que capharnaüm, les morts trop nombreux.
Ils s'arrêtèrent un instant, juste pour regarder le paysage. Harry se souvenait s'être tenu là, épuisé, éreinté, avec la sensation d'être mort plus d'une fois en une nuit, incapable encore de réaliser pleinement que tout était fini. Il regarda au loin, là où se dessinait le lac noir, plus loin il apercevait le stade de Quidditch, et évidemment, l'ombre de Poudlard, encore. Car ça avait toujours été ça, finalement. Cette guerre, ces morts, ces souvenirs, tout ce qu'ils avaient fait depuis ce jour-là, ça avait toujours été dans l'ombre de Poudlard. Tout parfait d'ici. Tout partait toujours d'ici.
Ils se remirent en marche et arrivèrent bientôt devant les lourdes portes de bois et d'acier. Harry ouvrit celle, plus petite, qui avait été taillé pour plus de praticité. Une fois entrés, les odeurs de la grande salle vinrent leur chatouiller les narines, et ils comprirent qu'ils devaient s'éclipser rapidement pour ne pas tomber sur les élèves qui finissaient leur repas. Ils montèrent tous les deux les escaliers principaux, puis ceux qui menaient à l'entrée du bureau du directeur.
— Est-ce qu'il t'a donné le nouveau mot de passe ?
— Oui, répondit Hermione avant de le prononcer distinctement. Phénix Incandescent.
Ils avancèrent d'un pas, pour se mettre sur l'une des marches de l'escalier qui commença à sortir du sol en tournant, pour les guider jusqu'à la porte du bureau. Hermione, qui était devant, toqua. Moins d'une dizaine de secondes plus tard, Harry refermait la porte derrière eux et ils saluaient le Directeur, Aristote Brocklehurst. Il semblait fatigué, peut-être même plus que Harry, avait les traits tirés et les yeux cernés.
— Je suis très heureux de vous voir ici, Monsieur Potter et Madame Weasley. En quoi puis-je vous être utile ?
Hermione et Harry prirent place devant le bureau, sur les lourds fauteuils que leur avait indiqué le directeur. Ce dernier s'assit également et sembla en être particulièrement soulagé, comme s'il n'avait fait que tourner en rond dans son bureau toute la journée, tel que le faisait parfois Dumbledore lui-même. Les tableaux, d'ailleurs, semblaient quelque peu soucieux. Harry ne les avait pas salués en arrivant, car il lui avait semblé que tous tentaient de regarder ailleurs.
— Merci de nous accueillir aussi rapidement, remercia Hermione. Vous devez être terriblement occupé. En réalité nous venons vous demander l'autorisation de parler aux fantômes du château… Nous pensons que l'un d'entre eux pourrait nous être d'une grande aide.
Le Professeur Brocklehurst paru surpris et ne répondit pas immédiatement. Sans doute essayait-il de comprendre en quoi les fantômes de Poudlard pourraient être utiles au Commandant des Aurors et à la Directrice du Département de la Justice Magique. C'était une question tout à fait légitime, que Harry était loin de trouver idiote : leur présence ici, pour ce genre de choses, n'avait pas beaucoup de sens. Surtout qu'ils n'avaient pas vraiment besoin d'être deux pour ça, mais Harry ne résistait jamais longtemps à une occasion de revoir son école.
— Bien sûr, vous pouvez essayer, fini-t-il par répondre. Je ne peux pas les obliger à vous répondre, mais je suis sûr qu'ils seront ravis de vous aider, en souvenir du temps où vous arpentiez ces couloirs.
Hermione le remercia, et Harry et elle se relevèrent pour aller, en effet, arpenter les couloirs. Le Directeur les raccompagna jusqu'à la porte et leur demanda de revenir le voir avant de partir, car il avait quelque chose à leur demander et qu'il préférait que ça n'attende pas leur prochaine visite. Harry aurait presque pu dire que le Professeur aurait préféré que ça n'attendre pas du tout, mais puisqu'il ne le disait pas clairement, ce n'était pas à lui de s'en préoccuper.
Il suivit Hermione dans les couloirs, alors qu'ils se questionnaient sur le choix le plus judicieux à faire pour obtenir les informations qu'ils cherchaient. Après avoir pesé le pour et le contre, ils établirent que le plus simple était de commencer en s'adressant à Sir Nicholas de Mimsy-Porpington, que tout le monde appelait bien sûr Nick Quasi-Sans-Tête. S'ils ne pensaient pas qu'il aurait un nom à leur donner, ils estimaient qu'il pourrait avoir quelques pistes intéressantes.
Même en ayant passé des années à Poudlard, il était toujours difficile de savoir où se trouvait exactement Nick : s'il était souvent dans la tour de Gryffondor le soir, les heures du repas étaient plus énigmatiques. S'il était dans la grande salle, ce serait compliqué d'aller le voir directement. L'arrivée du Commandant des Aurors et de la Directrice du Département de la Justice Magique risquait de provoquer bien trop de rumeurs.
— Je pourrais me métamorphoser et me faire passer pour, heum. Je ne sais pas. Un représentant des Chasseurs sans Tête ?
— Outre que Nick sera effroyablement déçu d'apprendre que tu as mentit, je ne suis pas sûre que le fait qu'un vivant se présente comme ça puisse fonctionner…
Elle avait raison, bien sûr. Seulement, Harry avait réussi à venir à bout du Seigneur des Ténèbres, alors il n'allait tout de même pas être mis à mal par des étudiants qui mangeaient simplement leur repas. En tant que Commandant des Aurors, il pouvait bien aller où bon lui semble.
— Très bien, dans ce cas j'y vais seul. Je dirais que ça concerne une enquête.
— C'est faux, répondit Hermione avec une mine réprobatrice.
— Pas vraiment, plaida Harry. J'enquête sur l'identité du fantôme anglais le plus légitime pour représenter les esprits du pays.
Après un instant de réflexion, Hermione le lui concéda et il inspira profondément. Entrer, se diriger d'un pas ferme vers la table des Gryffondor. Et si Nick n'était pas là ? Il aurait l'air totalement stupide. Devant ses fils. Il y avait ça aussi, surtout, ses fils étaient là-dedans. Voyant qu'il ne bougeait pas, Hermione attira son attention en posant sa main sur son bras.
— On peut aussi attendre que la salle se vide, tu sais. En se cachant derrière une tapisserie.
Harry rit un peu à cette proposition, et elle fit de même. En effet, ils auraient pu se cacher, mais ça aurait été pire encore. Non, Harry devait y aller, ne serait-ce que pour se prouver à lui-même qu'il avait encore sa place à Poudlard, même si ce n'était qu'en tant que visiteur. Puis il lâcha une petite exclamation alors qu'une solution lui revenait en tête :
— Passons par l'antichambre ! Elle donne directement sur la table des professeurs, je n'aurais qu'à demander à Minerva si Nick est dans la salle.
— Excellente idée Harry, allons y.
Ils se détournèrent de la porte de la grande salle et contournèrent les escaliers pour se diriger vers une autre porte. Elle donnait sur un couloir assez large, par lequel passaient tous les premières années en chemin pour leur répartition. Quand ils furent devant, Harry ajusta au mieux sa robe de sorcier, sa chemise blanche et son pantalon de ville noir. Il se sentait un peu intimidé de repasser par ici, mais espérait pouvoir faire un passage discret.
Harry poussa la porte, doucement, en espérant que les gonds ne feraient pas de bruit. Ils n'en firent pas en effet, mais cela n'empêcha pas son entrée d'être remarqué étant donné que les professeurs se tournèrent tous vers lui en même temps, attirant l'attention des élèves. Le Commandant des Aurors se fit violence pour ne pas chercher ses fils dans la salle. Il avança d'un pas un peu raide jusqu'à la professeure McGonagal qui s'était levée pour venir à sa rencontre. Elle lui fit une légère accolade, réservée mais sincère.
— Ravie de vous voir Harry. Que puis-je pour vous ?
— Ravi également, Minerva. J'ai besoin de m'entretenir avec Sir Nicholas.
Elle sembla surprise, mais ne fit aucun commentaire à ce sujet, ce pour quoi Harry aurait bien eu envie de la remercier. Le regard de la femme embrassa la salle, et plus précisément la table des Gryffondor. Harry fit de son mieux pour ne pas l'imiter, de peur que ses yeux ne se posent sur James et Albus. Mais il finit par craquer. Son regard tomba rapidement sur son fils ainé, mais il eut beau cherché, il ne trouva pas Albus à la table. Alors il tourna la tête à l'exact opposé, parce que son instinct tout entier semblait savoir exactement où regarder. Et il le vit en effet. La tête baissée sur son assiette, dans sa robe aux couleurs d'émeraude. Albus semblait éviter à tout prix le regard de son père… Mais à cet instant, Harry sentit son cœur se gonfler de bonheur et de fierté. Il aurait voulu le prendre dans ses bras et le serrer de toutes ses forces. Il aurait voulu lui dire à quel point il était fier de le savoir dans la maison Serpentard.
D'ailleurs, il sentit qu'il avait fait un pas en avant quand la main de Minerva se posa sur son bras, ferme mais douce, pour l'arrêter. Elle lui sourit, alors que Nick glissait jusqu'à eux avec un air interrogateur.
— Harry Potter, s'exclama-t-il. Quel plaisir de vous revoir mon cher ! Si je puis me permettre, vous venez ici plus souvent que pendant vos dernières années d'étude.
Cette remarque fit rire les professeurs qui pouvaient l'entendre, et Harry aurait pu rosir de honte s'il n'avait pas eu conscience que ce n'était qu'une taquinerie, relative à sa période d'absence pour mener une chasse aux Horcruxes.
— C'est un plaisir de vous revoir également, Nick. Est-ce que nous pouvons vous parler en privée ? Hermione est là également.
— Par la barbe de Merlin, me serais-je attiré des ennuis ? Le club des Chasseurs sans Tête s'est-il plaint de mon insistance ?
— Non, non, tout va bien. Même s'ils venaient à le faire, vous savez bien que vous avez des amis haut placés au Ministère.
Harry ne pouvait pas s'empêcher de jeter des coups d'œil vers Albus, qui continuait à se ratatiner sur son banc comme s'il avait voulu disparaitre. Il voulait vraiment lui parler. C'est la voix de Minerva qui le ramena à la réalité une fois de plus.
— J'ai envoyé un Hibou ce matin, j'imagine que Ginny va apprendre la nouvelle très bientôt elle aussi. Vous pourrez lui parler après le dîner, je lui dirais de vous attendre dans mon bureau.
— Merci, Minerva. Je ne serais pas long.
Il quitta la grande salle, suivit de Nick Quasi-Sans-Tête qui semblait absolument ravi de revoir Hermione. Il lui demanda de ses nouvelles et de celles de Ron, avant de leur parler longuement de leurs enfants qui, à Gryffondor, « semblaient suivre les traces de leurs parents ». Ce qui n'avait évidemment rien de rassurant et les confortait dans l'idée qu'il devenait urgent de s'occuper de la Cabane Hurlante.
Quand ils furent dans la salle de métamorphose, car c'était juste à côté du bureau de Minerva et qu'elle ne leur en voudrait pas de l'utiliser pour leur discussion, ils en vinrent au vif du sujet. Il ne fallut pas moins de vingt minutes à Nick pour cesser de parler d'Ethelbert I Casmurail, qu'il qualifiait de « dandy idiot » ou encore « d'incapable spectral », quoi que ça ait pu vouloir dire. Hermione parvint finalement à lui expliquer que celui-ci n'était plus joignable depuis longtemps et que, par conséquent, le Ministère n'avait plus d'interlocuteur pour s'adresser aux esprits et représenter leurs droits et exigences.
Nick se méprit évidemment sur leur demande, ce qu'ils avaient anticipés. Persuadé qu'ils lui demandaient de prendre ce rôle, il commença à les remercier de toutes les façons possibles, tout en s'excusant de ne pas pouvoir les aider, car il ne souhaitait pas quitter Poudlard et n'en avait de toute façon pas la possibilité. Hermione fit mine d'être déçue, plutôt que de le contredire, et lui demanda s'il avait en tête un autre nom pour ce rôle.
Le fantôme réfléchit intensément pendant plusieurs minutes. Au bout d'un moment, il sembla parvenir à arrêter son choix sur une personne. Il se mit cependant à en citer plusieurs et Hermione dut prendre de quoi noter et lui demander de recommencer.
Ainsi, elle avait le choix entre Maximilien Deloffre, un philosophe mort en 1479, Marc-Antoine Maurice, un peintre mort en 1584, Côme Guillaume, un poète qui s'était donné la mort en 1322, Gustave de Guignes, un cordonnier mort d'une gangrène au pied en 1651 ou bien Alexis de Villepin, mort dans des circonstances mystérieuses en 1203. Son choix se porta instinctivement sur ce dernier, car elle songea que celui qui avait passé le plus de temps en tant qu'esprit serait le plus au courant de leurs besoins.
Ils remercièrent Nick pour son aide précieuse, assez surpris en réalité qu'il ait été si rapidement disposé à leur donner une liste précise de quantité. Il n'avait pas vraiment expliqué ses choix, mais ils espéraient que ces derniers avaient été fait de façon objective, en ayant en tête le bien de l'entente entre les esprits et le Ministère.
Quand Nick eut traversé le mur pour retourner dans les couloirs et, sans doute, dans la grande salle, Hermione se tourna vers Harry.
— On retourne voir le Directeur ?
— Pas tout de suite, je voudrais d'abord parler à Albus.
— Il s'est passé quelque chose ?
— Rien de grave, sourit Harry en se gonflant de fierté. Il est à Serpentard, je voudrais le féliciter.
— C'est une excellente nouvelle pour sa maison.
Harry hocha un peu la tête, sans se détacher de son sourire. Son garçon, son Albus, était à Serpentard. Bien sûr, il était également fier de James, son ainé, qui était allez à Gryffondor. Seulement, c'était Gryffondor. La maison ne souffrait d'aucun préjugé et, surtout, Albus n'avait pas eu peur d'y entrer. Il espérait qu'il était heureux, tout de même, mais Harry se doutait bien qu'il devait être un peu déçu. Alors, ce soir, il lui parlerait de Rogue et de Regulus aussi longtemps que nécessaire. Autant qu'il le faudrait, et avec des mots bien choisi, pour qu'Albus comprenne que la maison Serpentard était, au même titre que les autres, une maison propice à la grandeur et au bien.
Il attendit devant la porte du bureau de Minerva pendant environ une dizaine de minutes, avec Hermione. La professeure de métamorphose arriva finalement, suivi du jeune Albus qui semblait particulièrement mal à l'aise.
— Comme convenu, je vous laisse mon bureau, indiqua Minerva en leur ouvrant la porte. Venez, Hermione, allons discuter dans ma salle de vos nouveaux projets.
Harry entra dans le bureau avec son fils, alors que Hermione disparaissait avec le professeur McGonagall, deux portes plus loin. Albus ne semblait définitivement pas à l'aise, ce qui attristait un peu Harry. Il n'aurait pas pensé qu'aller à Serpentard soit un tel choc pour son fils, alors qu'ils en avaient justement parlé avant son embarquement dans le Poudlard Express. Peut-être, à ce moment-là, n'avait-il pas su trouver les mots juste.
Malgré le silence et la honte qu'il semblait ressentir, Harry s'agenouilla pour prendre son fils dans ses bras, avec fermeté mais tendresse. Il embrassa sa tête et, quand il le relâcha, se fut pour capter son regard du sien et lui transmettre toute la joie qu'il ressentait, autant qu'il le pouvait.
— Je suis fier de toi Albus. Tellement fier.
Il caressa doucement sa joue, et il vit que les yeux d'Albus se remplissaient de larmes. Sans doute pour le cacher, le garçon recula et se détourna pour venir frotter ses yeux de la paume d'une main.
— Est-ce que tu es triste, d'être à Serpentard ?
— Non… J'ai juste… J'ai peur d'être tout seul. Tout le monde est à Gryffondor sauf moi !
— Pas tout le monde, répondit Harry après une hésitation. Tu ne le connais pas mais je suis sûr que Scorpius Malefoy pourrait être un très bon ami si tu lui laisses sa chance.
Albus se tourna vers son père en haussant légèrement un sourcil, la proposition le laissant très clairement dubitatif. Il avait peu entendu parler des Malefoy mais, quand ça avait été le cas, souvent par des conversations qu'il n'était pas censé écouté, il n'en avait rien retenu de bon.
— Mais son père et toi vous passiez votre temps à vous battre non ?
— Pire que ça même ! Mais je regrette un peu, maintenant. Je suis sûr qu'on aurait pu être amis, si on avait appris à se parler quand on avait votre âge à tous les deux. Et puis, même si c'était le cas, tu n'es pas comme moi, n'est-ce pas ?
— Non, bien sûr, je suis moi.
— Tout comme Scorpius n'est pas son père.
Le jeune Serpentard paru comprendre où son père voulait en venir, et lui concéda de mauvaise grâce qu'il pourrait faire un effort avec lui, au moins pour ne pas être seul. Harry comprenait ses inquiétudes, malgré tout. Lui-même ne savait pas comment il aurait tenu le coup si la chance ne l'avait pas poussé devant les Weasley ce jour-là. Et que seraient-ils devenu si Hermione ne les avait pas rejoints ? C'était si mal parti qu'il était évident que quelque chose de grand les liais. Plus fort, peut-être, que les prophéties elles-mêmes.
— Je ne peux pas rester très longtemps. Je dois parler au directeur, et toi tu dois rejoindre ta salle commune.
Albus hocha la tête et déposa un bref baiser sur la joue de Harry, à sa demande express, avant d'aller vers la porte du bureau. Planté devant, il hésita un instant avant de se retourner vers son père qui le regardait, attentif, attendant déjà sa prochaine question. Il pensait entendre parler de Scorpius, d'une nouvelle farce de James ou encore de Rogue, mais non, ce n'était que la maladresse d'Albus qui s'exprimait.
— J'ai oublié comment on va à la salle commune.
— Par chance pour toi, ton père est allé dans toutes les salles communes au moins une fois pendant ses études ici.
Au regard admiratif et impatient de son fils, Harry compris qu'il aurait mieux fait de lui épargner ces détails-là. Maintenant, c'était presque certain qu'il recevrait bientôt un hibou l'informant que son cadet était en retenu pour avoir pénétré dans une salle commune autre que la sienne. Enfin, ça, c'était seulement s'il se faisait prendre. S'il avait son talent, il devrait s'en sortir une ou deux fois avant qu'on ne le surprenne.
Il alla prévenir Hermione et Minerva qu'il raccompagnait Albus à sa salle commune, et proposa à Hermione de le rejoindre dans le bureau du Directeur, une petite dizaine de minutes plus tard. Ils traversèrent ensuite les couloirs et descendirent les escaliers jusqu'à atteindre le sous-sol. En marchant à ses côté, Harry se revoyait à la même époque, et cette sensation était ce qu'il y avait de plus précieux en cet instant. Il regrettait parfois, souvent, ces périodes d'études. Mais comment l'admettre ? Ça revenait à regretter une période où l'ombre de Voldemort ne faisait que croitre au-dessus de leurs têtes. Une période où des innocents étaient tués pour la folie des grandeurs d'un seul homme.
Père et fils arrivèrent rapidement devant le morceau de mur qui menait à la salle commune des Serpentard. Ils se dirent au revoir puis Albus prononça distinctement le mot de passe qui lui permettait d'entrer. Un instant, Harry put jeter un coup d'œil à l'intérieur et constater que la salle, si elle était toujours tout en longueur, avait eu le droit à une nouvelle décoration. Elle semblait moins sombre et à la place des vitres noires à barreaux qui donnait sur le lac, il crut comprendre qu'un simple sortilège retenait l'eau, dans laquelle des élèves de première année mettaient les mains sans grande prudence. Sans doute une bulle de protection, autour des murs de la salle, empêchait les divers êtres de l'eau d'approcher trop près.
Le mur se referma, et se fut comme s'il ne s'était jamais ouvert, rien ne permettant de comprendre qu'une entrée se trouvait là si ce n'est le tapis qui s'arrêtait là, légèrement retourné par le passage précipité d'une horde d'étudiant.
⁂
Comme prévu, Harry était devant le bureau du Directeur environ une dizaine de minutes après avoir quitté Hermione et Minerva. Son amie était déjà là, sur le point de monter, et elle attendit qu'il soit près d'elle pour énoncer le mot de passe qui ferait monter les escaliers en colimaçon. Un instant plus tard, ils étaient de nouveau assis dans le bureau et le Directeur Brocklehurst, plus agité encore qu'une heure auparavant se décida à s'asseoir en face d'eux.
— Merci d'être revenu, Monsieur Potter, Madame Weasley.
— En quoi pouvons-nous vous aider ?
La question de Harry resta en suspens un instant puis le Directeur sembla soudainement se dégonfler. Il exhala un long soupir, et c'était comme si tout le stress emmagasiné le quittait enfin. Il croisa ses mains encore légèrement crispées sur le bureau avant de se décider à répondre enfin.
— Je compte démissionner.
Harry haussa les sourcils et s'en voulut immédiatement de n'être pas un peu plus discret. Visiblement, c'était une décision difficile pour Aristote et il serait mal venu de lui donner son avis sur la question, d'autant que les tableaux des anciens directeurs semblaient l'avoir déjà fait à sa place. Une démission… Y en avait-il jamais eu, à ce poste ? Des renvois et des morts, oui, mais des démissions ?
— Si je peux me permettre… pour quelle raison souhaitez-vous partir ?
— Disons que les choses se sont compliquées. Enfin, le travail en lui-même est très plaisant bien sûr et j'aime aider mes élèves. Seulement, j'ai dépassé les cinquante ans et je me rends compte que beaucoup de choses que je souhaitais sincèrement accomplir ne sont restées qu'à l'état d'ébauche. Vous comprenez ?
Harry comprenait, un peu trop sans doute. Il y avait tant de choses qu'il aurait voulu vivre, dans le cadre d'une vie normale, et dont il avait été privé. Il trouvait que quitter son poste pour cela était irresponsable, mais il ne serait pas celui qui empêcherait un homme d'accomplir ses rêves. Cela étant dit, il ne voyait pas vraiment ce qu'il avait à voir là-dedans. Il demanda donc des éclaircissements et Aristote Brocklehurst paru quelque peu mal à l'aise.
— Eh bien, je ne partirais bien sûr pas avant la fin de l'année mais il me faut réfléchir à ma succession, car le Ministère s'attendra à ce que je propose un nom. J'espérais que vous pourriez m'aider à choisir mon remplaçant.
Le Commandant des Aurors ne cacha pas sa surprise une fois de plus. Était-il vraiment bien placé pour choisir le prochain directeur de Poudlard ? Ceux qu'il avait connu n'étaient pas vraiment… Enfin, bien sûr, Albus avait été un excellent directeur à bien des égards, mais Harry n'oubliait pas qu'il avait également pris des risques inconsidérés plus d'une fois.
D'abord, il avait choisi de garder la pierre philosophale dans l'enceinte même du château, la croyant à l'abris d'une simple menace de mort sous la forme d'un chien, alors que Fred et Georges passaient déjà des heures dans la forêt interdite à la nuit tombée. Ensuite, il n'avait pas fait fermer l'école alors même qu'un basilic se baladait dans les murs, en l'attente d'un repas à regarder – et on ne lui retirerait pas de la tête que Dumbledore avait parfaitement conscience des risques. S'y ajoutaient évidemment d'autres petites choses propices à mettre en danger les élèves, et son laxisme total vis-à-vis des actions de Harry, Ron et Hermione. Si, à l'époque, cela les avait bien arrangés, ils avaient réalisé en grandissant que ça avait été là un pari effroyablement risqué de la part du directeur.
Alors certes, humainement, Dumbledore avait été pour lui un formidable directeur. Mais pour les autres ? Il ne pouvait oublier qu'il avait bénéficié d'un certain traitement de faveur. Par la suite, il y avait eu Rogue, et cela ne valait pas vraiment la peine de parler de cette époque, car en lieu et place du professeur de potion, on imaginait bien que se trouvait l'ombre menaçante de Voldemort. Après cela, Minerva avait été temporairement Directrice, en l'attente d'une nouvelle recrue, et Aristote s'était finalement présenté.
— Je ne crois pas avoir beaucoup plus d'expérience que vous à ce sujet, hélas. Peut-être les autres directeurs pourraient vous aider.
— Je le leur ai demandé des dizaines de fois, et la réponse est toujours la même : leurs potentiels candidats sont soit malheureusement décédés, soit occupés par des causes plus grandes et plus nobles. Commandant des Aurors ou Directrice de la Justice magique, notamment.
Hermione et Harry se regardèrent. Ils n'auraient jamais envisagé de prendre le poste, même maintenant que l'idée était lancée. En revanche, ils se demandaient qui avait bien pu les recommander eux. Ils levèrent la tête vers les différents tableaux, mais tous restaient parfaitement imperturbable. Heureusement, Aristote compris leur curiosité et leur apporta une réponse :
— Harry a été bien sûr recommandé par le Professeur Dumbledore. Vous, Hermione, vous avez été recommandé par le Professeur Rogue.
Si Harry avait eu peu de doute quant à l'identité de celui qui avait parlé de lui, c'était une surprise concernant Hermione et leur regard à tous les deux se portèrent sur le tableau dans lequel Severus Rogue, imperturbable, prenait garde à ne surtout pas les regarder. C'était une marque de confiance formidable, qu'ils ne seraient pas près d'oublier. Ou de lui faire oublier si l'occasion d'en parler se présentait.
— Je ne peux pas vous demander de me donner un nom tout de suite, bien sûr, repris Aristote. Mais si vous pouviez y réfléchir, et m'envoyer un hibou lorsqu'un nom vous vient à l'esprit… je vous en serais infiniment reconnaissant.
— Avez -vous demandé à Neville Londubat ? questionna Hermione.
— Oui, une dizaine de fois, et il a refusé deux fois plus.
Leurs options épuisées, assez rapidement ils devaient bien l'admettre, Harry et Hermione décidèrent de prendre congé en promettant qu'ils feraient au mieux pour trouver de potentiel candidats au poste. Seulement, Directeur de Poudlard, ce n'était pas n'importe quoi. Cela demandait le sacrifice d'une vie, sacrifice qu'Aristote Brocklehurst n'était pas prêt à faire, mais comment lui en vouloir pour ça ?
Les deux amis se retrouvèrent rapidement sur le pont menant à l'extérieur de Poudlard. Ils étaient restés silencieux jusqu'ici, et c'est Harry qui reprit la parole après avoir poussé un bruyant soupir.
— Je ne pensais pas qu'on me demanderait un jour de trouver un nouveau Directeur pour Poudlard.
— C'est assez logique pourtant, répondu Hermione. Tu es sans doute l'élève qui a le plus été en contact avec les anciens directeurs.
— En effet, mais ça veut justement dire que je suis la plus mal placé pour en choisir un autre.
— Au contraire, tu es très lucide. Il a fallu du temps, mais aujourd'hui tu es capable de reconnaitre que même le Professeur Dumbledore n'était pas parfait. Ce qui fait de toi la personne la mieux placée pour trouver la perle rare.
Il fut bien obligé d'admettre que Hermione avait raison, au moins en partie, et cessa donc de lutter pour lui prouver le contraire. Cependant, une question demeurait : qu'est-ce qu'il fallait pour être le candidat idéal ? Hermione proposa qu'ils prennent le temps d'y réfléchir dès maintenant, puisqu'il n'était que vingt-heures. Harry accepta, et ils décidèrent ensemble de se rendre à Square Grimmaurd. Harry appela Ginny pour la prévenir qu'il rentrait avec Hermione et qu'ils auraient besoin de son aide pour une nouvelle mission captivante, avant de préciser qu'il exagérait un peu pour se faire pardonner de rentrer tard. Hermione, de son côté, appela Ron et lui proposa de les rejoindre pour une conversation sur l'avenir de l'éducation des enfants ce qui, d'après Ron que Harry entendait répondre, « avait l'air aussi assommant que vital ».
Une fois hors de la zone d'anti-transplanage qui se trouvait autour de Poudlard, Hermione prit le bras de Harry et il l'emmena, en escorte, jusqu'au perron de sa maison. Ils entrèrent ensemble et trouvèrent Ginny, dans le salon, qui avait demandé aux elfes de leur préparer du thé et de quoi grignoter. Harry l'embrassa sur la joue, en enserrant doucement sa taille. C'était comme s'il ne l'avait pas vu depuis une éternité.
— Alors comme ça, commença Ginny, quand je ne suis pas là vous vous amusez à nous trouver de nouvelles quêtes palpitantes ?
— Exactement, on sait bien qu'en dehors du Ministère la vie est d'un ennui mortel ! Que feriez-vous si Hermione et moi n'étions pas là pour vous trouver une raison de vous lever le matin…
Ils étaient tous les trois en train de rire quand Ron sorti de la cheminé, dans la cuisine. Ils l'entendirent saluer les elfes de maison, leur demander comment ils allaient et converser quelques minutes avant de monter les rejoindre. Là, il embrassa Hermione du bout des lèvres, fit une accolade légère à Harry et fit une bise rapide à sa sœur.
— Alors, que puis-je faire pour vous aider à sauver nos enfants de l'illettrisme ?
Il ne fallut pas bien longtemps pour que tout le monde en soit au même stade de connaissance. Si Ron fut sincèrement surpris d'apprendre que le Professeur Brocklehurst souhaitait laisser sa place, ce n'était pas le cas de Ginny qui avait parlé longuement avec ce dernier, au sujet de voyages et d'expérience qu'il souhaitait faire avant de mourir. Elle leur apprit qu'il avait même une liste bien précise de toutes ces choses, qu'il gardait toujours sur lui.
Hermione prit finalement les choses en main et ils eurent rapidement sous les yeux un tableau tracé magiquement dans les airs, avec des lignes dorées. Le thé arriva alors qu'elle finissait de nommer les deux colonnes : « requis » et « rédhibitoire ». À la demande de Ginny, elle ajouta une troisième colonne qu'ils nommèrent « les petits plus », à défaut de trouver un terme plus approprié. Après avoir fait le point et confirmé que tout le monde était sur la même longueur d'onde, à savoir qu'ils avaient besoin d'un directeur qui favorise la bonne éducation des sorciers et pas d'une star donnant une bonne image à l'école, ils commencèrent.
— Déjà, commença Ron pour ouvrir le bal, il faut qu'il apprécie éduquer les jeunes. Je veux dire, ça a l'air flagrant mais regardez Rogue… Et ce n'est sans doute pas le premier professeur à prendre un poste parce que rien d'autre n'est accessible.
Ils confirmèrent l'idée, et Hermione ajouta donc l'information dans la colonne de gauche. Ils se rendirent rapidement compte que c'était bien plus difficile qu'il n'y paraissait, car aucun d'eux n'était vraiment sûr de ce que devrait être un bon directeur. Plusieurs idées se mêlaient sans que rien n'en ressorte réellement. Finalement ils décidèrent de prendre les choses autrement, sur une idée de Ginny :
— On devrait peut-être simplement trouver quelqu'un qui saura nous dire ce qui cloche à Poudlard à l'heure actuelle.
Leur tableau, qu'ils avaient réussi à remplir au moins partiellement, ne fut dès lors plus utile. Hermione l'effaça, et ils convinrent que la meilleure chose à faire était tout simplement de rencontrer des gens, et de leurs demander ce qu'ils pensaient de l'école. Évidemment, c'était un pari risqué en termes de temps, et même si quelqu'un leur apportait une réponse parfaite, rien ne garantissait que la place l'intéresserait.
— Il faut quand même avoir des premiers filtres. Ou au moins une idée des endroits où chercher des candidats.
— Le musée ?
Ginny l'avait proposé d'instinct, et il sembla aux trois autres que c'était une bonne idée : même s'il était surtout adressé aux personnes qui souhaitaient en apprendre plus sur la magie, beaucoup de sorciers expérimentés s'y rendaient par curiosité, ou simplement pour le plaisir d'être dans un endroit chargé de connaissance. C'était donc un premier lieu prometteur.
— On pourrait aussi demander à Parvati d'en faire mention pour le courrier des lecteurs.
— Pas certain, répondit Harry à Ron. On risque d'éveiller les soupçons, je ne crois pas que le Professeur Brocklehurst tienne à ébruiter son départ pour le moment. Et si on demande simplement ce qu'il faut améliorer, on va faire penser que l'école a un problème.
— C'est vrai, répondit Hermione. Cela étant dit, on peut aussi profiter du courrier des lecteurs. Les questions changent à chaque numéro, pourquoi ne pas en faire un sur « votre opinion sur l'école de magie où vous avez étudié » ? Ce sera moins centralisé sur Poudlard, même si la plupart des réponses y seront liée.
Ils en discutèrent encore quelques minutes avant de décider que c'était une excellente idée. Comme ils savaient que l'heure de proposer les questions de la semaine approchait, ils décidèrent d'appeler immédiatement Parvati Patil, qui se chargeait de la rubrique en question.
Elle apparut rapidement sur le miroir de Harry, et fut assez surprise de voir le visage de ses quatre amis apparaitre soudainement.
— Bonsoir. J'imagine que ce n'est pas un appel de courtoisie ?
Hermione s'en excusa, car les autres s'étaient contenté d'échanger un regard gêné, et lui expliqua rapidement la situation, en précisant que cela devait évidemment rester confidentiel. Parvati leur assura qu'elle ferait le nécessaire, et qu'elle en parlerait elle-même à la rédaction dès le lendemain matin. Ils la remercièrent, et raccrochèrent.
Le reste de la soirée passa tranquillement. Lily était encore chez Molly, où elle avait passé le week-end et où elle resterait encore quelques jours pour profiter des plats de sa grand-mère et de l'éducation de son grand-père. Évidemment, la maison était bien vide sans elle, mais c'était bien pour ça que Ginny et Harry étaient si heureux d'avoir Ron et Hermione avec eux.
— Au fait, lança soudain Ron. Vous avez eu des nouvelles d'Albus ? Il est dans quelle maison ?
— Serpentard, répondirent en cœur les deux parents de l'intéressés avant de se regarder.
— J'ai eu le hibou du Professeur McGonagall il y a une petite heure. Et toi, alors ?
Au sourire moqueur qu'elle arborait, Harry se doutait qu'elle avait déjà une réponse à sa question. Pourtant, il avait réellement eu une bonne excuse pour se rendre à Poudlard. Hermione aurait évidemment pu se débrouiller toute seule mais quel genre d'ami l'aurait abandonné ? Non, décidément, Harry n'avait été trainé à Poudlard que par son infinie bienveillance. Il venait de finir de l'expliquer quand il réalisa que personne ne le croyait, pas même Ron qui avait pourtant l'habitude de le soutenir même quand il s'embourbait.
— Très bien, très bien, j'ai sauté sur l'occasion. Aristote voulait me parler, de toute façon, alors j'aurais fini par devoir y aller à sa demande. Albus n'est pas triste d'être à Serpentard, seulement inquiet de ne pas se faire d'amis.
— Pauvre garçon, soupira Ginny. C'est vrai que ça ne va pas être évident pour lui, d'autant que James ne sera pas d'une grande aide…
— Je lui ai suggéré quelqu'un.
Les regards se tournèrent vers Harry qui regretta, un peu tard hélas, d'avoir mentionné ça. Il hésita une seconde avant de décider que de toute façon, Albus rentrerait bien assez tôt et qu'avec de la chance il aurait un meilleur ami à leur présenter.
— Scorpius Malefoy.
— Harry, est-ce que tu es devenu totalement fou pendant qu'on regardait ailleurs ? questionna Ron avec un sourire amusé.
— Je pense que ça pourrait marcher. Scorpius n'a pas l'air d'être un mauvais garçon et… il va justement avoir besoin de soutien, ces prochains jours.
— Pour quelle raison ?
Harry soupira. Encore une fois, il aurait peut-être mieux fait de se taire. Seulement, il avait affreusement besoin d'en parler à des personnes qui comprendraient son trouble, et les sentiments contraires qui l'animaient. Même si Ron ne ressentait que de l'amertume pour Drago, il savait que Ginny et Hermione, elles, avaient réussi à se détacher un peu de l'image de l'adolescent cruel qu'ils avaient connu. Et après tout, avait dit Ginny, si Harry avait pu pardonner à son cousin, alors pourquoi pas à Drago ?
— Sa mère est à Sainte-Mangouste, elle a été attaquée alors qu'elle se trouvait au manoir.
— Par Merlin, s'inquiéta Hermione. Comment va-t-elle ?
— Bien, pour le moment. Hélas, ça risque de changer quand je devrais lui annoncer que son mari a été vraisemblablement enlevé.
Il y eut un silence pesant et c'est finalement Ron qui réagit le premier. Pas forcément parce qu'il était moins touché que les autres, mais plutôt parce qu'il devait avoir conscience d'être le seul à pouvoir mettre des mots sur ce qui se passait à ce moment. Il posa sa main sur le genou de Harry et le serra légèrement entre ses doigts.
— C'est bon Harry, t'as rien à te reprocher. Tu vas le retrouver. En plus, à tous les coups ses ravisseurs n'en pourront plus de l'entendre répéter que son père en entendra parler et ils le relâcheront.
Il y eut des rires qui n'enlevèrent en rien sa gravité à la situation. C'était simplement une façon de se décharger un peu de toute cette pression, et de toutes ces questions qu'aucun d'eux ne formulait mais qui tournoyaient au-dessus de leur tête, comme un orage prêt à exploser.
Ron et Hermione partirent une heure plus tard environ, sans que le sujet de l'enlèvement de Drago ne soit abordé de nouveau. Tous avaient compris, sans que Harry n'ait à le dire, que cela touchait à une enquête dont il ne pouvait pas encore leur parler. Il leur avait assuré qu'il tirerait bientôt tout ça au clair et ils s'étaient promis d'inviter Drago et sa femme à venir dîner avec eux dans quelques jours, pour tenter de recoller des morceaux qui n'avaient jamais vraiment tenus ensemble, dans l'espoir qu'ils s'emboîtent enfin.
L'idée n'enchantait évidemment pas Ron qui avait levé les yeux au ciel mais avait malgré tout accepté. Hermione et Ginny, qui n'aimait pas beaucoup plus cette idée, n'avaient pas pour autant cherché à s'y opposer, pensant sans doute que cela permettrait à Harry de tenir le coup. Il leur en était infiniment reconnaissant, car il comprenait comme il était difficile, pour chacun d'eux, d'envisager que Drago puisse être autre chose qu'un vieil ennemi laissé derrière eux.
