Le matin arriva bien trop vite au goût de Harry qui avait laissé un rêve délicieux le submerger. Ils étaient simplement en plein repas dominical, ses deux fils et sa fille étaient là, Ginny aussi bien sûr. Et il y avait Ron, Hermione, Molly, Arthur, Charlie, Percy, Bill, tout ça était évidemment tellement normal. Mais il y avait Fred et George aussi. Et il y avait Rémus et Tonks. Et il y avait Sirius et Severus. Il aurait aimé, en ouvrant les yeux, que la réalité ne soit pas trop prompte à se rappeler à son bon souvenir.
Les yeux ouverts, mais le corps encore profondément ancré dans son lit, Harry prit le temps de faire le point sur la journée qui l'attendait. Pour commencer, il devait aller voir Madame Malefoy, il avait fui trop longtemps cette responsabilité qui devenait particulièrement déraisonnable. Ensuite, il devrait retourner interroger Blake Scarletwound, aussi désagréable que ça puisse être pour lui. Au moins, il se sentait mieux, prêt à attaquer cette expérience qui promettait d'être difficile pour sa capacité désastreuse de contrôle des émotions.
Il avait passé déjà cinq bonnes minutes à lister ses trop nombreuses obligations quand il se décida enfin à se lever. Avec prudence, pour ne pas faire bouger le lit et risquer de réveiller Ginny qui dormait encore, il enfila sa chemise de nuit et quitta enfin la chambre pour aller s'habiller dans la salle de bain. Devant la glace, il se rasa, se brossa les dents, et tenta de dompter pour la énième fois cette tignasse qui refusait d'obéir à quiconque. Sans qu'il ne sache vraiment pourquoi, car ce n'était pas arrivé depuis longtemps, son regard remonta sur son front et s'arrêta, comme tant de regard avant lui, sur la cicatrice. Il l'effleura du bout des doigts, se remémorant la douleur de la sentir brûler de mille feux des années durant. A la fin, il ne s'en plaignait plus vraiment la plupart du temps. Depuis la fin de sa quatrième année à Poudlard, pourtant, la douleur ne l'avait plus quitté. Elle restait là, assommante, et se renforçait parfois pour ne pas être oublié.
Mais Harry avait déjà traîné trop longtemps. Il posa ses lunettes sur son nez et quitta la salle de bain pour se rendre au salon, où il ne prit pas vraiment le temps de s'arrêter. Il descendit, salua les deux Elfes de Maison qui s'affairaient déjà, s'excusa auprès d'eux de rater une nouvelle fois le petit-déjeuner, et s'engouffra finalement dans la cheminée. « Car une mauvaise journée ne devrait jamais commencer sans un voyage en cheminée », pensa-t-il amèrement.
L'arrivée au Ministère se fit dans la cohue habituelle des débuts de journées : les employés se succédaient comme une masse informe de costard-cravates, même si l'expression appropriée serait sans doute « masse informe de robe de travail ». Comme tous ceux qui arrivaient en même temps que lui, Harry n'accorda d'attention à personne, n'échangea qu'un regard et un hochement de tête poli avec ceux qui partagèrent son ascenseur, puis il arriva finalement au seul endroit de ce maudit bâtiment où il se sentirait toujours le bienvenu, malgré un démarrage difficile : le bureau des Aurors.
L'équipe de nuit était encore là, et Harry prit plaisir à saluer ceux qu'il ne voyait que trop rarement. On lui indiqua que la nuit s'était passée sans accroc, bien que Blake ait été particulièrement insistant en termes d'insultes de ses gardes. Harry s'en excusa, même s'il n'avait pas vraiment à le faire, et rejoignit son bureau pour y consulter les comptes-rendus qui y avaient été déposés en son absence. Ce n'était pas la tâche la plus désagréable qui soit, mais avoir autre chose en tête l'empêchait de se concentrer convenablement.
Stanislas Pritchard arriva une trentaine de minutes plus tard. Comme d'habitude, il était rasé de frais mais avait volontairement laissé un léger duvet sur sa mâchoire. Une nouvelle coupe, si l'on peut dire, qu'il avait adopté quelques semaines plus tôt pour essayer de « changer de tête ». Malgré quelques taquineries sur le fait que c'était simplement parce que son passé d'enquêteur sous couverture lui manquait, l'affaire avait été totalement oublié.
— Bonjour Harry. Tu es arrivé il y a longtemps ?
— Une trentaine de minutes environ. J'ai à peine eu le temps de commencer à lire les comptes-rendus.
Ils n'échangèrent pas plus que cela et, moins de dix minutes plus tard, Pritchard quittait le bureau. Il revint rapidement avec deux tasses de café fumante dont l'une trouva sa place sous les yeux de Harry qui l'en remercia avec une grande sincérité. Peut-être qu'avec ça, il arriverait enfin à se concentrer sur ces comptes-rendus.
Il attaquait enfin le deuxième quand l'équipe de jour commença à remplacer l'équipe de nuit. Pendant une heure environ, la plupart des bureaux restèrent vides, car plusieurs Aurors avaient directement repris leur enquête, sans prendre la peine de passer par le Ministère, ce que Harry ne pouvait pas leur reprocher.
Quand Owen se présenta à la porte de son bureau, Harry eut envie de se lever immédiatement et de le suivre. Hélas, l'interrogatoire devrait attendre encore une bonne heure s'il voulait en finir avec la relecture de ces documents. Il lui indiqua donc qu'il viendrait le chercher plus tard, avant d'être coupé par Pritchard.
— Harry, je me disais, tu m'as embauché pour que je gère la paperasse n'est-ce-pas ?
— Oui, effectivement, répondit l'intéressé sans saisir où il voulait en venir.
— Très bien, alors lâche ma paperasse et va interroger cet homme.
Harry le remercia une nouvelle fois avec toute sa sincérité. Il lui donna quelques indications supplémentaires, notamment au sujet d'un compte-rendu à lire avec plus d'attention car son auteur avait tendance à ne pas être très appliqué dans ses rapports.
Cinq minutes plus tard, il franchissait la porte qui menait aux différentes salles d'interrogatoire avec Owen. Il demanda que Blake Scarletwound soit amené dans la troisième, et ils allèrent s'y installer en l'attendant. Même s'ils étaient tous les deux calmes d'apparence, Harry sentait qu'Owen était déjà sur les nerfs, ce qui ne le rassura pas par la suite. Il avait l'air sous pression depuis son altercation avec l'un des « Drago Malefoy » après lesquels ils courraient.
— Comment tu te sens, Owen ?
— Sincèrement ? Irrité, répondit l'Auror. Agacé. Frustré.
— Des émotions ma foi très positives. Et partagées.
Ils échangèrent un regard amusé et un sourire juste avant que la porte ne s'ouvre. Blake était entouré de deux sorciers, les mains liées dans le dos par un fil magique qu'il lui aurait été impossible de briser. Il fut assis en face des deux Aurors. Harry prit place également mais Owen préféra rester debout, derrière l'épaule droite de son Commandant. Ce dernier ne put s'empêcher de se demander si c'était à dessein qu'il s'était placé là, sachant que Harry était droitier et qu'il lui serait donc difficile de l'arrêter s'il décidait de sortir sa baguette. Owen dut sentir qu'il était sur ses gardes, car il se déplaça légèrement pour se retrouver à sa gauche. Il risquait d'entendre parler de l'importance de la confiance dans une équipe dans très peu de temps.
— Bonjour, Monsieur Scarletwound. Comment était votre nuit ?
— Allez-vous faire foutre.
— Très bien, ravi, j'ai excellemment dormi moi aussi, répliqua Harry sans se départir de son sourire factice. Je vais être clair, mon collègue et moi-même n'avons pas envie de passer trop de temps ici. Les salles d'interrogatoires sont loin d'être accueillantes, et le café est meilleur à notre étage. Par conséquent, je n'irais pas par quatre chemins. On peut commencer ?
— Allez-vous faire foutre.
— Voilà qui va être fort constructif. Donc, nous sommes d'accord sur le fait que vous appréciez le groupe auquel vous appartenez ? Raison pour laquelle il serait désastreux qu'ils se croient trahis.
L'homme fronça légèrement les sourcils, et Harry se dit que puisqu'il ne l'invitait pas de nouveau à aller se faire foutre, c'était une avancée. Il avait au moins su attirer son attention. Comme il le pressentait, l'important pour ce Blake semblait être de garder sa place au sein de l'Organisation, et ce quelle qu'elle soit.
— Voilà ce que je vous propose. Si vous parlez, je ferais courir le bruit que nous n'avons rien pu obtenir de vous. Si vous refusez de parler, je dirais que vous nous avez beaucoup aidé et que vous serez grassement récompensé pour ça. Évidemment, pourquoi me croirait-t-on ? Raison pour laquelle, vous serez réellement grassement récompensé. Que diriez-vous de 100 galions ?
Il le regarda intensément. L'homme, dont les épaules s'étaient affaissées, semblait faire de son mieux pour ne pas craquer dès maintenant. Alors Harry se tourna vers Owen, comme il se serait tourné vers un ami dans un bar.
— 100 galions ça te semble assez ? Ça fait un peu pingre pour toutes ces informations qu'il nous a donné.
— Tu as raison, concéda Owen. Disons plutôt 150. On a le budget pour ça non ? On pourra toujours piocher dans la cagnotte pour les anniversaires.
— Excellente idée, on peut bien se contenter de gâteaux à la vanille quelques temps pour ruiner la réputation d'un terroriste.
Les deux Aurors se tournèrent de nouveau vers Blake Scarletwound avec un sourire entendu. Harry fit mine de rassembler ses papiers, même si ce n'était même pas ceux du dossier sur l'affaire, qui étaient des documents bien trop sensibles.
— Puisque c'est entendu, allons prendre un bon café.
— Attendez, coupa précipitamment Blake. Vous jurez de faire comme si j'avais filé aucune info ?
— Bien sûr. On peut vous faire un contrat signé à ce sujet.
— OK, répondit-il le suspect après un instant d'hésitation. OK, on fait ça. Apportez-moi le contrat signé, et je vous dirais ce que vous voulez entendre.
Harry fit signe à Owen d'aller s'en occuper. Ce dernier revint peu de temps après, car le dit contrat avait déjà été préparé le matin-même pas Pritchard, à la demande de Harry. Ils ne l'avaient pas fait certifié, et Owen lui annonça donc qu'il avait demandé à un représentant du Département de la Justice Magique de les rejoindre.
Scarletwound venait de finir de relire le document quand Hermione ouvrit la porte. Elle salua ses deux collègues avec beaucoup de professionnalisme, puis elle prit quelques instants pour relire rapidement le contrat. Comme il avait été rédigé par un non-professionnel, elle appliqua quelques modifications de rigueur. Il ne s'agissait que de choses mineures, notamment des termes qui prêtaient à confusion. Lorsque ce fut fait, elle apposa le sceau du Département de la Justice Magique, et prit congé non sans avoir lancé un regard à Harry. Il reçut parfaitement le message : il lui devait un café, le plus tôt possible.
De nouveau, le suspect - qui se transformerait bientôt en informateur - relu le document en entier, les cinq pages, puis il hocha la tête.
— C'est entendu.
Harry eut un sourire satisfait, qu'il fit passer pour un simple sourire de courtoisie. Il posa devant l'homme un stylo, et ce dernier signa avec empressement, non sans avoir d'abord marqué une certaine hésitation. Il n'était sans doute pas encore sûr de lui, mais maintenant que c'était acté... Le Commandant des Aurors signa à son tour, puis il glissa le contrat dans le dossier factice. Il en tira ensuite une feuille blanche, et tira de sa robe une plume à papote.
— Pour vous assurer que vos propos ne seront pas déformés, cette plume va s'occuper de reporter chacune de nos paroles sur cette feuille.
Il lança le sortilège, puis il reprit :
— Monsieur Blake Scarletwound, consentez-vous à ce que notre conversation soit retranscrite dans le but d'être utilisée, dans le respect des termes de notre contrat, pour l'avancée de notre enquête sur l'Organisation du Droit à la Pleine Lune ?
— Ouais, répondit l'homme d'une voix mauvaise avant de reprendre. J'y consens, ouais.
— Très bien. Pouvez-vous décliner vos identité, emploi, et place au sein de ladite organisation ?
— Je m'appelle Blake Scarletwound, je suis sans emploi. J'ai pas de rôle précis dans l'Organisation, mais je fais partie des membres les plus actifs.
— Avez-vous déjà pris part à des actions menées par l'Organisation ?
L'homme déglutit, et tourna les yeux vers le dossier où avait disparu le contrat. Il y était mentionné qu'aucune charge ne serait retenu contre l'homme. Aucune charge concernant ses activités au sein de l'Organisation, bien sûr, pour ce qui était des traitements qu'il infligeait à sa femme, Harry sauterait sur la moindre occasion de le faire arrêter une fois son enquête terminée.
— Avez-vous besoin que je répète la question, Monsieur Scarletwound ?
— Non, non c'est bon. J'ai pris part à des actions de l'ODPL, ouais. Mais pas la dernière, j'pouvais pas, c'était que pour les membres importants.
— Il y a donc un système de rangs au sein du groupe ?
— Évidemment. Y a les chefs, ils sont six. Et après y a les sous-chefs, ils sont douze.
Harry ne put s'empêcher de sa rappeler sa conversation avec Hailey. L'Organisation semblait vraiment fonctionner comme une Hydre : ils avaient coupé trois têtes il y a dix ans, et il y en avait maintenant six. Si ces dernières étaient coupées, il y avait fort à parier que les têtes des douze bras-droits viendraient les remplacer.
— Qui sont les chefs de l'Organisation ? Connaissez-vous leurs noms ?
— Personne les connais, à part leur bras-droit je crois. Nous on a seulement le droit à leurs surnoms.
— Et quels sont ces surnoms ?
— Y a Le Messager, L'Envoyé, Le Porteur, L'Emissaire, Le Présage et l'Augure. Les quatre premiers ont les voit souvent, ils viennent nous parler, ils ont tous un rôle bien défini.
— Et les deux autres ? demanda Harry en relisant rapidement les notes prises par la plume. Le Présage et l'Augure ?
— Eux, on les voit pas. Et c'est bien. Parce que si on les voit, c'est un Présage de mauvaise Augure. C'est pour ça, leur nom.
Le commandant des Aurors hocha la tête. En d'autres circonstances il se serait sûrement permis de rire. Tous ces noms ressemblaient à des titres que ce seraient donnés des prophètes. Quant à ce jeu de mot final... S'en était bien trop pour qu'il puisse prendre l'Organisation réellement au sérieux.
— Pourquoi ces deux-là sont-ils différents ?
— Je sais pas. Je sais juste qu'ils sont différents.
Harry savait quand il n'était pas nécessaire d'insister, et c'était le cas ici. Ce n'était pas que l'homme ne voulait rien dire, au contraire, maintenant qu'il était lancé il n'y aurait plus de problème avec son silence. Non, c'était juste que l'homme ne savait pas. Il suivait simplement l'ordre établit, sans doute bien avant son arrivée.
— Très bien. Pourriez-vous me donner le nom des douze bras-droits ?
— Euh, ouais, hésita un peu Blake. Enfin pas les douze, j'ai pas assez de mémoire pour ça, mais je me souviens de certains.
— Nous vous écoutons.
— Ouais, OK. Alors, ceux du Messager c'est Daisy Morelli et Elfed Wolf. L'Envoyé, je sais qu'il a Belladonna Quinn, le deuxième j'm'en souviens pas. Le Porteur c'est Goran Rathmore et Erik Sephiran ou Seloran, un truc du genre. Puis L'Emissaire il a une femme, on l'appelle Sirène Hook mais je crois que ce n'est pas son vrai nom de famille. C'est plutôt un truc genre Delajesaispasquoi.
Ils avaient bien assez de noms pour avoir des pistes à fouiller, c'était une belle avancée. Leur restait le problème principal, bien supérieur aux autres.
— Parlez-moi de l'opération en cours actuellement.
Cette fois-ci, l'homme garda le silence bien plus longtemps, les yeux rivés sur la plume qui finissait de prendre en note l'intervention de Harry. Il commençait à réaliser ce qui était en train de se passer, il réalisait qu'il était en train de dénoncer le groupe qu'il avait suivi avec ferveur aux Aurors. Pendant un moment, Harry cru qu'il allait refuser de continuer, et Owen devait le croire aussi car il avait amorcé une approche, d'à peine un pas. Mais Blake se reprit, et il répondit comme si aucun temps ne s'était écoulé.
— On appelle ça la Mission Pleine Lune. C'est un peu le truc massif de l'Organisation, genre la quête finale.
Il releva enfin la tête sur Harry et Owen. Il ne semblait plus avoir la moindre marque d'hésitation dans le regard, comme s'il était soudainement bien décidé à tout déballer.
— Vous savez moi j'ai rien contre la potion tue-loup. C'est cool si ceux qui veulent pouvoir vivre normalement le peuvent. C'est juste que j'aime bien, vous savez, la sensation. Quand je me transforme je veux dire. Mais pas n'importe comment hein, pas comme ils veulent eux. J'aime juste la sensation de liberté, mais pour ça faut que je garde ma lucidité alors j'ai jamais oublié de prendre ma potion, jamais. Seulement, depuis qu'il y a la nouvelle... on trouve plus trop l'ancienne, vous voyez. Je suis pas un as des potions, alors la préparer c'est pas vraiment envisageable. C'est un peu... ça me donne l'impression qu'on m'empêche d'être moi-même, alors je comprends pourquoi les gars sont pas contents. Avant c'était soit on se transformait et tout allait bien, soit on se transformait et on devenait totalement taré. Mais là, on a le choix entre ne pas se transformer ou se faire tuer, au final, parce que les lycanthropes qui se transforment maintenant, on peut que les tuer, ça veut dire qu'ils refusent de vivre avec les autres en sécurité.
Harry ne s'était pas attendu à ça. En fait, il ne s'était pas attendu à ce qu'un loup-garou lui confirme un jour qu'il aimait la liberté que lui procurait la transformation. Il n'avait connu, dans sa vie, que deux genres de lycanthropes : ceux comme Greyback, qui agissaient pour tuer et se délectait de leur violence, et ceux comme Remus qui détestaient tout ce qu'impliquait leur situation. L'idée qu'un troisième genre apparaisse, là, sorti de nulle part, lui semblait à la fois logique et aberrant. Il n'avait jamais songé au fait que l'absence de la potion d'origine puisse être mal vécu par certains lycanthropes. La remettre en vente serait-il efficace ? Ceux qui l'achèteraient ne seraient-ils pas stigmatisés ? Il allait devoir y réfléchir en profondeur et en discuter avec Drago.
— Enfin bref, se coupa finalement Blake. Du coup, La Mission Pleine Lune, c'est de viser les Apothicaires qui vendent la potion, pour trouver le créateur. Ils pensent qu'ils peuvent lui faire changer la recette sans que personne s'en aperçoive. Mais je crois pas que ce soit ça en vrai, le but. Ils tuent personne, et ils blessent personne, c'est un ordre de la Prophétie, c'est comme ça qu'on appelle le Présage et l'Augure entre nous. Bref, La Prophétie est contre la violence. Mais je crois pas qu'on puisse modifier la potion comme ça, vous voyez ? Et si moi qui suis pas très malin je le sais, je vois pas trop comment ils le sauraient pas...
Harry se tendit légèrement cette fois. Ce n'était pas ce qu'il avait envie d'entendre. Des leaders qui demandent à ne pas tuer, à ne pas user de violence, ça aurait dû être politique. Mais Blake Scarletwound avait raison : ce n'était que de la poudre aux yeux, pour plaire aux membres les plus nombreux de l'Organisation, ceux qui ne savaient pas vraiment ce qui se passait en coulisses. Et en coulisse, actuellement, se trouvait son meilleur ennemi. Drago Malefoy.
— A supposer que l'Organisation doive enlever quelqu'un pour la réussite du plan, comme le ou la créatrice de la potion, où est-ce que cette personne serait enfermée ?
Blake était devenu étonnamment docile, sans doute car il avait pu exprimer sans être coupé ou jugé ce qu'il ressentait vis à vis de la nouvelle potion et des activités du groupe auquel il appartenait. Il prit donc le temps d'y réfléchir avec une certaine intensité, avant de finalement proposer une piste :
— Ils parlent souvent d'un genre de château. Ils l'appellent Les Ruines, et apparemment c'est là-bas que les réunions importantes se passent. Genre, celles où y a que les Prophètes.
Harry manqua de s'étouffer. Ce n'étaient pas seulement des appellations de prophètes, ils se faisaient littéralement appeler les prophètes. Il savait que les moldus avait un genre de checklist des signes d'appartenance à une secte, est-ce qu'avec ça ils n'en cochaient pas déjà une bonne moitié ?
— Merci, ces informations nous seront précieuses. J'ai encore quelques questions, si ça vous va.
— Au point où j'en suis, allez-y...
— Pour commencer, où vous réunissez vous habituellement ? J'imagine que vous obtenez des informations sur les activités assez régulièrement ?
— Tous les mois. On a un genre de journal en interne, on le reçoit par des postiers spéciaux qui appartiennent à l'Organisation.
— Des postiers spéciaux ?
— Ouais. Euh, c'est un peu bizarre. Enfin vous êtes passé en ville alors vous avez dû les voir, c'est les gars des taxi volants.
Harry sentit son sang se figer dans ses veines. Comme ça, subitement. Il sentit qu'Owen était dans le même état. Même à cette distance, il avait entendu son cœur rater un battement. Le Commandant des Aurors tenta de déglutir le plus discrètement possible avant de reprendre, de sa voix la plus posées.
— Vous dites que certains cochers, responsables des taxis volants de Whitby sont des membres de l'ODPL, chargés de transmettre un genre de gazette mensuelle à ses membres ?
— Certains cochers ? Tous plutôt. Et puis c'est pas seulement à Whitby, pour ce que j'en sais en tout cas. C'est plutôt dans les villages, dans les villes ils utilisent autre chose je crois.
— A votre connaissance, combien de villages sont concernés par ces livraisons ?
— J'peux pas dire, répondit l'homme en haussant les épaules. Enfin, c'qui est sûr c'est qu'il y a au moins Lancaster, Saint Ives, Whitstable, Buxton et Dorchester, ils en ont parlé dans le dernier journal.
C'étaient les villages dans lesquels des attaques avaient eu lieu à la fin du mois d'Août. Whitby en premier, le 14, puis avaient suivi Lancaster le 18, Saint Ives le 21, Whitstable le 28, Buxton le 30 et finalement Dorchester le 31.
— Monsieur Scarletwound, combien de membres compte cette Organisation...?
— J'sais pas, peut-être un truc comme quarante mille personnes ? On a les chiffres dans le journal, mais j'lis pas.
C'était comme tomber dans un gouffre. Quarante mille personnes. Comment était-ce seulement possible ? Le chiffre lui donnait le vertige. Le Royaume-Uni comptait environ soixante-sept millions d'habitants, 7% d'entre eux étaient des sorciers. Sur ces quatre millions six-cent quatre-vingt-dix mille personnes dotées de pouvoir, au moins quarante mille seraient des lycanthropes ? Alors pourquoi, par tous les mages du Magenmagot, pourquoi le Ministère n'en avait recensé qu'un petit millier à tout cassé ?
— Je vois. Merci, répondit Harry en essayant de ne rien laisser transparaître de son désarroi. J'ai encore une question pour finir.
— Je serais libre, après ?
— Libre comme l'air. Je préfère vous prévenir malgré tout que deux Aurors vont être envoyés chez vous pour perquisitionner votre appartement et nous ramener les journaux dont vous parlez. Évidemment, ils diront n'avoir rien trouvé.
— Ouais, OK... Bref, c'est quoi votre question ?
— A votre connaissance, les membres du groupe pratiquent-ils la transformation à but de transmission de la lycanthropie ?
— Vous me demandez si on se transforme près des sorciers, juste pour les mordre ?
Harry acquiesça. Il s'attendait à ce que l'homme s'emporte et s'offusque en criant haut et fort que c'était une insulte à ce qu'ils étaient, et à leur image. Il n'en fut rien. En réalité, Blake Scarletwound demandait simplement confirmation avant de répondre à la question, avec une certaine fierté.
— Évidemment. Comment on pourrait être aussi nombreux sinon ? On est pas tous autorisés à le faire, quand même. Moi je peux pas, pourtant j'aimerais bien, une morsure de Lycanthrope c'est un putain de cadeau des Dieux. Mais c'est réservé aux membres Supérieurs. Ils sont en dessous des bras droits dans notre hiérarchie, c'est genre quoi... cinq cents membres à peu près ?
Le Commandant des Aurors hocha la tête. Il se sentait mal, nauséeux. Dans un état second, il remercia Blake Scarletwound pour sa coopération, et lui réitéra ce que disait le contrat : il serait libéré à la fin de sa garde à vue, et une information sur l'échec des Aurors dans cet interrogatoire fuiterait bientôt dans la Gazette du Sorcier.
L'homme fut emmené. La porte se referma sur les deux officiers de police qui étaient venus le chercher. Pendant un moment, il n'y eut que le silence. Harry se sentait si mal. Il tremblait maintenant, de rage, de haine, de colère, des émotions qu'il n'avait plus ressenties aussi intensément depuis qu'il avait cessé d'être un Horcruxe. D'être ce huitième de Voldemort. Il avait les mains crispées sur la table au point que ses doigts commençaient à devenir blanchâtres.
Owen, qui voyait la colère de son Commandant croître de plus en plus, l'appela de sa voix la plus calme et la plus contenue. Ce fut comme le déclencheur d'une explosion. Harry renversa sa chaise en se levant brusquement, puis tout ce qui était présent sur la table. Il se saisit de cette dernière et la retourna brutalement, dans un hurlement de rage. Les boules de lumières qui servaient à éclairer la pièce explosèrent à leur tour, comme un enchaînement de feux d'artifice.
L'Auror avait reculé sous le coup de la surprise, et Harry restait planté au milieu de la salle, le souffle court, écumant de rage, les yeux écarquillés. Il hurla encore, et cette fois-ci il se saisit de l'une des deux chaises restantes et l'envoya contre le mur dans un bruit métallique sourd. La seconde chaise eut le droit à un traitement similaire. Puis Harry serra le poing, et l'envoya avec une puissance maladive dans le mur le plus proche, un mur de pierre et de béton qui fit irradier la douleur dans tout son corps, de ses phalanges jusqu'au plus petit nerf qui parcourait ses pieds.
La douleur ne le calma pas. Et Owen, de son côté, ne chercha pas non plus à le calmer. Il regardait son Commandant exploser. Jamais il n'aurait pensé que Harry soit capable d'une telle rage, d'une telle colère, d'un tel manque de contrôle. Owen sentit sa gorge se serrer, si fort, si violemment, qu'il crut ne plus jamais pouvoir respirer. Il se tendit, et les larmes lui montèrent aux yeux, brûlantes, envahissantes, brouillant sa vue au point qu'il ne voyait même plus Harry qui se déchaînait encore et encore.
Le calme retomba, et Owen hurla à son tour, de toutes ses forces, autant que ses poumons le lui permettaient. Il hurla, de rage, de peur et de tristesse. Il hurla parce qu'il pensait à tous ceux qui avaient été sur la route de cette Organisation. Il hurla parce qu'il pensait à ce simulacre de sécurité qu'il croyait pourtant acquise. Il hurla parce qu'il pensait à Harry qui n'en pouvait plus, à Drago enfermé, à ces Aurors qui avaient perdus la vie, à ceux qui avaient perdu espoir, à ces enfants qui vivaient avec un loup en eux et à ses propres filles, sa chère Elliana qui venait à peine d'avoir 8 ans et sa petite Wihnhilda qui naîtrait dans 8 mois dans un monde où des fous croyaient avoir le droit de choisir pour elle. Et Harry hurla avec lui.
Une heure passa, avant qu'ils ne parviennent à retrouver leur calme. Assis par terre, au centre de la pièce, dos contre dos. Ils avaient basculé leur tête en arrière de façon à s'appuyer sur celle de l'autre. Les yeux clos, le souffle rauque, ils restèrent longuement silencieux.
— Je vais avoir une deuxième fille, prononça difficilement Owen d'une voix encore brisé par les sanglots et les cris. On va l'appeler Wihnhilda. Enfin, je voulais l'appeler Lila, mais Eloïse a décrété que ça se ressemblait assez pour que je la surnomme comme ça.
Harry sourit légèrement à cette anecdote, et à cette nouvelle qu'il trouvait formidable malgré tout ce qui s'était passé, tout ce qu'il avait appris. Il aurait voulu serrer Owen dans ses bras, mais il était encore épuisé pour le moment, bien trop pour bouger le moindre muscle.
— Félicitations, Owen. Je suis sûr que tu vas encore une fois être un père merveilleux.
— Ouais. J'espère pouvoir au moins t'arriver à la cheville sur ce terrain, un jour.
— Crois-moi, tu y parviens déjà...
Ils ouvrirent les yeux et se redressèrent un peu, sans que leur dos ne cessent de se toucher. Il leur fallut quelques secondes à tous les deux pour évaluer les dégâts. La table et deux des chaises étaient fichues. Les murs portaient des traces d'impact dû au mobilier, et une fissure que Harry s'étonna avoir pu provoquer d'un seul coup de poing. La vitre sans tain, qui avait été remplacé il y a peu, était brisée, et la troisième chaise se trouvait de l'autre côté. Prévue pour résister aux sortilèges, mais pas à deux Aurors qui se balançaient des chaises à la figure, apparemment.
— Comment va ta main ?
— Affreusement mal. Je crois qu'elle va me faire un procès.
Ils eurent un bref rire, puis Owen se tourna vers Harry sans se lever pour autant, et ce dernier fit de même. En tailleur l'un en face de l'autre, le Commandant des Aurors - du moins ce qu'il en restait à cet instant - tendit sa main endolorie. Elle était rouge et gonflée, il sentait le sang pulser dans ses veines. On y voyait déjà le marques bleues et jaunes caractéristiques d'un trauma important.
— Tu vas devoir aller à Sainte Mangouste, c'est plus sûr. Je ne suis pas mauvais en sort de guérison, mais là je crois que tu t'es brisés des os...
— C'est bien ce que je craignais.
Owen soupira un peu, et regarda de nouveau autour d'eux. Il s'appuya sur ses mains, pour se laisser aller légèrement en arrière. Il faisait sombre, la lumière qui filtrait depuis la petite fenêtre de la porte les éclairait à peine, mais leurs yeux s'étaient apparemment habitués à cette obscurité.
— Je crois, commença Harry, que je comprends pourquoi les moldus sont violents quand ils sont dépassés.
— On serait mal placés pour le leur reprocher maintenant, hein ?
— Carrément.
Ils laissèrent passer un nouveau silence, comme s'ils avaient voulu ancrer un peu plus ce moment dans leur pensée. Aucun d'eux ne regrettait, mais ils savaient que cela ne devrait pas se reproduire, c'était trop risqué de laisser ainsi exploser leur colère. Aujourd'hui, ils n'avaient pas sorti leur baguette et étaient enfermées dans une pièce sécurisée. Mais la prochaine fois ? Si une intervention les touchait si intensément qu'ils explosaient encore ? Harry ferma les yeux un instant, puis il se fit violence pour se lever. De sa main saine, du moins de celle qui était seulement coupé par des éclats de verres, il tira sa baguette.
— Reparo.
Owen l'imita. Les éléments se remirent lentement à leur place, mais après vérification ils se retrouvèrent tous les deux devant la glace sans tain, dans laquelle il restait des éclats vides. Ils se regardèrent, puis s'examinèrent avec attention.
— Ah... Trouvé.
Harry tourna la tête vers Owen qui avait tiré sur le col de sa chemise. Une coulée de sang, qui avait commencée à sécher heureusement, partait du creux de son épaule pour se répandre jusqu'à sa ceinture.
— Je comprends mieux pourquoi je me sens aussi vaseux.
— Les bouts de verres doivent être coincés. Tu es bon pour Sainte Mangouste toi aussi.
— On va avoir l'air fins. On accorde nos versions ?
Ils essayèrent de se mettre d'accord sur quelque chose mais, au final, rien ne concordait. Par conséquent, ils décidèrent que Sainte Mangouste et ses médecins devraient se contenter d'un « c'est confidentiel », tandis que leurs collègues et famille... Eh bien, ils auraient le temps d'y réfléchir.
Ils vérifièrent une fois de plus que tout était en place, mais le problème de la vitre demeurait et ils décidèrent de revenir ici une fois les morceaux extraits du cou d'Owen, quitte à les faire passer pour des pièces à conviction afin de les récupérer plus facilement. Harry était tout de même inquiet pour son collègue et ami, car il lui semblait que la blessure était plus grave qu'ils ne le pensaient. L'adrénaline et le chaos de leurs esprits avaient pour le moment pris le dessus sur leur logique et ce n'était pas plus mal, la panique n'aurait pas aidé Owen.
Ce dernier nettoya sa chemise du sang qui la tâchait avant de sortir de la salle d'interrogatoire, et remonta son col sur la blessure pour pouvoir passer inaperçu. Harry, de son côté, enfouit ses mains dans ses poches même si cela fit passer un nouvel éclat de douleur dans tout son corps. Ils demandèrent que la salle ne soit pas utilisée, ni même ouverte, avant leur retour. Bien que la demande soit étrange, les officiers acquiescèrent et les saluèrent.
— On doit passer prévenir Pritchard qu'on va à Sainte Mangouste, rappela Harry.
— Dans notre état ? On va se prendre toute la brigade...
— Tu as raison, je vais me contenter de l'appeler.
Harry voulu saisir son miroir, dans un réflexe qu'il maudit d'un juron craché les dents serrées. Evidemment, le miroir était dans sa poche droite, au contact de sa main mal en point. Il demanda donc à Owen de s'en charger, et ce dernier s'assura que son col soit bien ajusté dans le reflet que lui renvoyait son miroir avant de prononcer le nom de Pritchard.
Ce dernier apparu rapidement sur l'écran, les sourcils froncés. Visiblement, il était assez mécontent, et Harry comprit pourquoi quand son regard se posa distraitement sur la pendule derrière son adjoint. Ils avaient passés près de trois heures en salle d'interrogatoire, et Pritchard avait dû être informé du moment où Blake Scarletwound avait quitté la salle pour retourner en cellule.
— Désolé Stanislas, on a eu besoin de débriefé pas mal, expliqua Harry. Tu comprendras en voyant le compte-rendu tout à l'heure.
— Et pourquoi pas maintenant ?
— On ne peut pas là, répondit Harry après avoir échangé un regard gêné avec Owen. On doit passer à Sainte-Mangouste, voir Madame Malefoy.
Heureusement, l'excuse était plausible. Pritchard soupira un peu mais il confirma que c'était sans doute la meilleure chose à faire, car on ne pouvait décemment pas cacher à cette femme la disparition de son mari éternellement. Elle devait déjà s'inquiéter suffisamment de ne pas l'avoir revu depuis l'après-midi de la veille. Après avoir signifié qu'ils seraient de retour au plus vite, ils mirent fin à l'appel et se regardèrent de nouveau. Owen venait de réaliser qu'il allait également devoir s'expliquer auprès de Hilliard, qui lui reprochait déjà de « regarder son ancien coéquipier d'un air mélancolique. »
Ce n'était bien sûr qu'une taquinerie, mais Owen était forcé d'admettre qu'elle avait un goût désagréable de vérité : travailler avec Harry lui manquait souvent, même si Hilliard était un agent d'une efficacité indéniable.
Malgré ces questionnements, les deux hommes se mirent en route pour la zone qu'ils auraient préférés éviter dans leur état : celle des cheminées. Dans les couloirs et dans l'ascenseur, ils durent saluer plusieurs personnes. Harry, qui avait soigné sa main gauche qui ne souffrait que de quelques coupures superficielles, n'utilisa que celle-là pour serrer celle de ses interlocuteurs, ce qui les prenait de court. Il indiqua qu'il s'était simplement déclenché une tendinite à force de rapport à rédiger et qu'il préférait reposer son poignet. Heureusement, personne ne réfléchissait suffisamment pour remettre en cause cette version.
S'ils étaient tombés sur Hermione, ça aurait été une tout autre affaire. Harry venait tout juste de formuler cette pensée quand il se retrouva face à son amie, Owen manquant de la heurter en sortant de l'ascenseur. Elle leur sourit et demanda à Harry quand ils iraient prendre ce café qu'il lui avait promis d'un regard, dans la salle d'interrogatoire.
— Cette après-midi ? On doit aller à Sainte Mangouste pour le moment.
— Entendu, ça me convient.
Il pensait s'être tiré d'affaire quand son miroir commença à vibrer, un peu trop bruyamment, dans sa poche. Outre la douleur que lui provoquèrent les vibrations à répétition contre sa main, le bruit était un problème, car Hermione le regardait maintenant curieusement.
— Tu ne prends pas l'appel ?
— Je ne peux pas, répondit Harry.
— Et pourquoi ça ?
— Une tendinite, intervint précipitamment Owen.
— Une terrible tendinite, surenchérit Harry.
Le miroir ne cessait de vibrer, et il était clair à son expression que Hermione était très loin d'avoir été convaincu par leur excuse. Alors Harry commit une erreur supplémentaire, rendue possible par son cerveau qui libérait une quantité anormale d'endorphines pour lutter contre la douleur qui irradiait son corps à chaque fichue vibration de ce maudit téléphone. Par tous les Mages du Magenmagot, qui avait eu l'idée d'inventer cet instrument du diable ? Il eut évidemment envie de s'auto-flageller en se rappelant qu'il en était le principal responsable.
— Enfin, ça, et la probable confidentialité de cet appel, évidemment.
— Évidemment, répondit Hermione d'un ton sarcastique.
— Bon, sur ce, le devoir nous appel. A tout à l'heure, Hermione.
— Oui, ajouta Owen, à tout à l'heure, Hermione.
— A tout à l'heure, les garçons.
Ils se détournèrent, mais elle les arrêta en disant d'une voix où perçait une certaine satisfaction :
— Vous avez bien conscience que vous allez devoir tout m'expliquer autour de ce café ?
— Parfaitement conscience, soupira Harry. Promis, on te dira tout.
Harry se maudit de n'avoir pas été capable de mentir un peu plus convenablement. Certes, il s'agissait de Hermione et il n'avait jamais été réellement capable de lui cacher quoi que ce soit. Mais à ce point ? Il faisait décidément un piètre Commandant des Aurors. Quant à Owen, il s'était comporté de façon si peu naturelle qu'on l'aurait cru revenu à ses premières semaines en poste. Il n'était cependant pas nécessaire de le lui faire remarquer, l'accablement se lisait déjà sur son visage.
Ils n'échangèrent pas un mot jusqu'aux cheminées. Là, ils décidèrent de voyager ensemble pour ne pas risquer de se retrouver bloqués et séparés, comme ça arrivait trop souvent avec les cheminées de Sainte-Mangouste, à cause de l'afflux constant de visiteurs. C'est Owen qui dut s'occuper de la poudre de cheminée, car Harry n'en était définitivement pas capable. Arrivés sur place, il lui demanda d'ailleurs son aide pour sortir son miroir de sa poche et vérifié qui avait bien pu l'appeler. C'était Parvati Patil. Comprenant que cela devait avoir à voir avec le courrier des lecteurs qu'ils avaient proposés, il décida que ça pourrait attendre.
Les deux Aurors se dirigèrent donc vers l'accueil. Comme d'habitude, être Harry Potter réduisit considérablement le temps d'attente. Ils furent installés tous les deux dans l'une des pièces réservées aux consultations, bien qu'ils eussent insisté sur le fait qu'ils pourraient très bien se contenter d'un bout de couloir dans la zone des urgences. C'était un avantage pour la confidentialité, mais Harry avait l'impression d'attirer encore plus l'attention avec des privilèges qu'avec une conversation déplacée au beau milieu des blessés.
