Le Médicomage se présenta à eux rapidement, comme on pouvait s'y attendre lorsque Harry Potter demandait des soins. C'était à la fois agaçant et arrangeant, ce qui avait le don d'agacer encore plus le Commandant des Aurors. Il détestait y trouver son compte après avoir si longtemps lutté contre tout ce que représentait son image, et surtout l'image qu'on lui apposait constamment.

— Occupez-vous de mon collègue en priorité, s'il-vous-plaît.

Si l'homme paru déçu un instant, cela changea quand Owen ouvrit légèrement sa chemise et dévoila la marque rouge sombre qu'il avait dans le cou en expliquant qu'il s'y trouvait sans doute quelques morceaux de verre.

— Rien d'énorme, un morceau de peut-être deux ou trois centimètres, maximum.

— Asseyez-vous.

Le médecin l'avait dit avec une voix où perçait l'urgence de la situation, faisant comprendre à Harry qu'il avait eu raison de s'inquiéter. Dire qu'ils avaient failli commencer par passer voir Madame Malefoy...

Armé d'une pince et de sa baguette, qu'un Lumos illumina, le Médicomage se mit au travail. Owen grimaçait, les yeux fermés, essayant sous doute de faire comme si de rien était alors même que Harry voyait parfaitement la pince s'enfoncer sans sa chair, déclenchant de nouveau saignement qui brillait à la lueur de la baguette.

Il avait vu des blessures atroces, ne serait-ce que quand Ron avait été désartibulé à la suite d'un transplanage dangereux. Pourtant la vision lui provoqua une désagréable sensation de nausée qui sembla ne plus vouloir le quitter. Il crut vomir pour de bon quand le Médicomage ressorti avec prudence et lenteur un long morceau de verre. Il le fit tomber dans un récipient en inox qui avait la forme d'un haricot, puis écarta au mieux la plaie avec deux doigts pour regarder à l'intérieur.

— Je crois qu'il n'y a plus rien. Vous avez de la chance que l'éclat ne se soit pas brisé sous la chair, ça aurait pu être dramatique. Avez-vous une idée des dégâts que peuvent faire des bris de verre dans les veines ?

Les deux hommes ne répondirent pas. Ils avaient l'impression d'être deux enfants grondés pour avoir voulu grimper à un arbre trop haut pour eux. Harry tourna les yeux vers le morceau de verre et grimaça légèrement, ce qui poussa Owen à regarder aussi.

— Sans vouloir en rajouter une couche, docteur, il en reste encore. Le morceau manquant était en forme de L, et là... c'est un I.

Le Médicomage releva des yeux ahuris sur Owen qui avait parlé sans la moindre appréhension, comme s'il n'avait toujours pas compris que la situation pourrait être grave.

— Levez-vous et enlevez votre chemise.

L'homme quitta la pièce alors qu'Owen retirait sa chemise avec un soupir. Visiblement, il considérait que tout le monde ici exagérait un peu concernant son état de santé : il n'allait pas mourir d'un simple bout de verre, de toute façon. Même si l'idée d'un minuscule bris se baladant dans son sang l'inquiétait un peu d'une certaine manière.

Le Médicomage revint avec une infirmière, et Harry décida de s'écarter pour leur laisser le champ libre. Owen, maintenant droit comme un piquet, laissa l'infirmière passer derrière lui avec un regard inquiet pour Harry qui ne pouvait pas vraiment le rassurer, car il n'avait jamais rien vu de tel.

— Lumos Maxima.

Prononça la jeune femme d'une voix fluette, qui contredisait la puissance de son sortilège. Harry fut forcé de plisser les yeux sous sa puissance mais il les rouvrit en grand quand il comprit à quoi servait cette manœuvre. À présent, le creux de l'épaule d'Owen était si bien éclairé, par derrière, que l'on devinait chaque veine, la forme des muscles et l'ombre des os, sans aucune difficulté.

Le Médicomage posa le bout de sa baguette sur une forme sombre.

— C'est ici. Je vais devoir couper.

— Allez-y.

Owen grimaça un peu quand la baguette fit une entaille dans sa peau, juste assez profonde pour que les pinces puissent atteindre le morceau de verre sans avoir à se frayer un chemin trop loin entre les chairs. Une fois ce nouveau bris de verre dans le haricot, le médecin examina de nouveau la zone avec attention. La baguette de l'infirmière bougeait lentement, comme aimanté avec celle du médecin qui descendait et remontait régulièrement.

— Vous êtes un homme chanceux, Monsieur Harper. C'est une casse nette, vous ne risquez plus rien à présent. Si vous comptez de nouveau passer à travers une vitre à l'avenir, il serait plus prudent de bouger le moins possible et de venir vous faire soigner immédiatement, et non pas une fois votre sang coagulé autour de la plaie.

— J'y penserais la prochaine fois que je fais une cascade héroïque.

Une fois le saignement arrêté, le Médicomage utilisa un sortilège de soin qui referma les deux plaies. Bientôt, il n'en resta rien, pas même une légère boursouflure où une trace sanguinolente. Ce fut alors au tour de Harry qui avait pris soin de ne surtout pas sortir sa main de sa poche depuis leur arrivée. Quand il le fit enfin, il comprit qu'il avait bien fait :

— Par la barbe de Merlin, Monsieur Potter ! Les Aurors sont-ils donc tous totalement inconscients !

Puisqu'il aurait été difficile de nier qu'il avait été, effectivement, inconscient, Harry ne répondit pas et se contenta de tendre sa main. Depuis leur départ du Ministère, elle avait viré au violet et les zones jaunâtres s'étaient étendues. De plus, ses doigts étaient étrangement tordus et ce n'est pas le sortilège de l'infirmière illuminant sa paume qui lui permit de comprendre qu'il s'était cassé un peu plus que les articulations.

— Qu'avez-vous donc frappé pour avoir la main dans cet état ? Vous avez plusieurs fractures, Monsieur Potter, il faudra un peu de temps pour vous soigner. Regardez.

Le Médicomage, pour une raison qui échappait à Harry, entreprit de lui expliquer un peu plus en détail ce qu'il avait fait subir à sa main et, plus globalement, à la plupart des os de ses doigts.

— Vous avez deux fractures articulaires, au niveau de l'index et du majeur. En plus de ça, une fracture comminutive au pouce et pour couronner le tout, une fracture diaphysaire à l'auriculaire et une fracture déplacée au majeur. Autrement dit, aucun de vos doigts n'est épargnés, c'est assez inédit.

Il lui était difficile de s'en réjouir, mais Harry ne voyait pas vraiment quelle réaction on attendait de lui. Il se contenta donc d'un sourire un peu bancal, sans grande motivation, et laissa l'infirmière et le médecin s'affairer sur sa main. Une dizaine de minutes plus tard, on avait replacé la fracture de son majeur - expérience détestable s'il en est - et il avait maintenant la main intégralement bandée.

— Vous allez devoir éviter d'utiliser votre main pendant quelques temps. Même avec les potions, il faudra deux bonnes semaines pour que vous puissiez stopper les traitements, et encore deux autres semaines pour que vous retrouviez une pleine mobilité de vos doigts.

— N'y a-t-il pas un moyen d'accélérer les choses ?

— Oh bien sûr, répondit le Médicomage avec une pointe d'ironie dans la voix. Rappelez donc à votre corps que vous êtes Le Survivant, je suis sûr qu'il fera une exception.

Ce n'était évidemment ni ce que Harry avait voulu dire, ni ce qu'il avait voulu qu'on lui réponde, mais il comprenait l'idée. Même pour lui, un temps de guérison était un temps de guérison, et on ne lui cachait pas une potion miraculeuse qui le remettrait sur pieds avant son café avec Hermione et Owen. Il abandonna donc et se contenta de remercier le médecin avant de quitter la pièce avec son équipier. Enfin, son collègue.

Une fois la consultation et les soins payés, Harry glissa les deux fioles de potions qu'on lui avait prescrit dans sa poche, de sa main valide. Le fait que ce soit la droite, qui se retrouvait dans cet état, risquait d'être réellement problématique. Surtout qu'il enquêtait en ce moment sur une affaire importante. Il commençait à regrette amèrement de s'être laissé aller à la colère de cette façon, même s'il avait s'agit d'une explosion plus que d'un relâchement.

— On a vraiment déconné, soupira Owen alors qu'ils se dirigeaient vers les ascenseurs.

— C'est moi qui ai merdé, pas toi.

— J'aurais pu te stopper, j'avais ma baguette.

Harry sourit un peu et tourna la tête vers Owen qui marchait derrière lui. En effet, Owen aurait eu la capacité de l'arrêter, un sortilège bien placé aurait mis fin à tout ça.

— Je sais que tu ne me jetterais jamais un sort, même pour me sauver la vie.

Owen ralentit, et ils finirent par s'arrêter. Harry était quelques marches plus haut que lui, et il ne redescendit pas pour se mettre à sa hauteur, car il savait que ce n'était pas nécessaire. Cette conversation, ils auraient dû l'avoir il y a longtemps. Alors pourquoi pas, finalement, dans la cage d'escalier de l'hôpital, alors que sa main lui donnait la sensation d'être coincée dans un engrenage qui insistait pour continuer sa ronde ?

— Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

— Simplement la vérité, Owen. Même si on est de très bons amis, et même si on s'apprécie énormément, ce n'est pas pour rien que tu n'as pas été surpris par ma perte de contrôle. Je ne dirais pas que tu as peur de moi, mais tu penses que si tu m'attaquais, je pourrais avoir des réflexes malheureux.

Ils se fixèrent, dans le blanc des yeux. Owen était étonnamment calme, pour quelqu'un dont l'esprit devait s'être mis en alerte. Preuve, si c'était encore nécessaire d'en trouver, qu'il était parfaitement entraîné. Finalement, Harry vit le moment où son ami relâcha le souffle qu'il avait bloqué un instant.

— C'est vrai, répondit-il enfin. Tu es Harry Potter, et je ne serais jamais assez stupide pour croire que ça ne laisse pas de marque. Je ne crois pas que tu m'attaquerais, mais, je ne sais pas... Je te vois un peu...

— Comme un animal blessé, compléta Harry sans s'offusquer.

— C'est ça. Désolé, je ne veux pas avoir l'air médisant ou quoi, mais tu as toujours l'air sur le point de t'exploser la main contre un mur.

Harry fut forcé de rire un peu cette fois. Il ne pensait pas que c'était si flagrant, mais peut-être était-ce simplement parce qu'Owen le connaissait bien, à présent. Au tout début de leurs relations, il n'avait pas vu cette peur chez lui, ça s'était construit lentement, après qu'ils eurent été coéquipiers.

— Allons-y, on a du travail. Et ne t'en veux pas, repris Harry après avoir monté quelques marches. Tu n'avais pas à m'arrêter, et j'aurais pu me retourner contre toi.

Il n'était pas ravi de le lui confirmer, mais il aurait été idiot de le nier. Il avait encore à l'esprit l'épais brouillard visqueux qui avait noyé son esprit quelques deux heures plus tôt. Il ressentait encore le sentiment étrange de flotter et d'être en même temps trimballé d'un bout à l'autre de ses mouvements. Harry devait admettre que cette perte de contrôle avait quelque chose d'alarmant mais, en même temps, c'était la première fois que ça arrivait et ça devait donc signifier qu'il était capable de tenir un moment avant d'exploser littéralement.

Si ça avait été le résultat des sentiments négatifs qu'il accumulait depuis la Bataille de Poudlard, alors il n'aurait pas à s'en inquiéter de nouveau avant deux décennies.

Owen reprit également la montée des marches, et il sembla à Harry que le sujet était maintenant clos. La conversation avait été moins compliqué qu'il ne l'avait pensé, car il redoutait ce moment depuis plusieurs semaines déjà, quand il avait commencé à remarquer la façon dont Owen semblait toujours se préparer à se défendre, non pas juste des autres, mais aussi de lui. En y pensant, ça avait dû être éprouvant d'être constamment sur ses gardes et au lieu de le rassurer, Harry avait dû avoir l'air de lui confirmer qu'il devait surveiller ses arrières en sa présence. C'était effroyablement maladroit de sa part. Ce n'était pas forcément nécessaire, mais ils pourraient régler ça plus tard, dans la mesure du possible.

Un instant plus tard, Harry toquait à la porte de Madame Malefoy. Il entra quand elle le lui permit, et Owen le suivit de près, refermant la porte une fois qu'ils furent tous les deux à l'intérieur.

— Bonjour Madame Malefoy, dit Owen. Comment vous sentez-vous ?

— Astoria. Inutile de me donner du « Madame ».

Elle leur sourit et les invita à s'asseoir, mais les deux Aurors préférèrent rester debout bien qu'ils la remercièrent. Owen se mit un peu en retrait, comme à son habitude lorsque Harry prenait la tête des événements. Ce qui arrivait un peu trop souvent au goût de celui-ci.

— Astoria, je me dois de vous informer que nous n'avons, à ce jour, pas pu retrouver votre époux.

Le sourire de la jeune femme se fana sur ses lèvres. Elle baissa les yeux sur ses doigts qui ne cessaient de tordre la couverture en de petits plis réguliers. Elle ne répondit pas, et Harry attendit quelques secondes pour lui laisser le temps de se faire à l'idée qu'ils ignoraient où se trouvait son mari.

— Nous avons pu trouver une piste, grâce à un interrogatoire, mais la suivre sera un peu long. Pour le moment, nous ne pouvons affirmer que Drago n'a pas choisi de disparaître de son propre chef.

Harry n'avait pas dû paraître très convaincu dans ses propos, car Astoria releva les yeux vers lui, les sourcils légèrement froncés dans une expression soucieuse.

— Harry, tu ne penses pas une seule seconde que Drago ait simplement pris la fuite, n'est-ce pas ?

Il fut pris de court par le changement de comportement d'Astoria. D'autant qu'elle se mettait à le tutoyer alors qu'il avait tenté de rester le plus professionnel possible. Mais franchement, le Commandant des Aurors se tenait devant elle avec une main bandée, derrière lui l'un de ses collègues craignait de mourir s'il osait l'attaquer, et moins de deux heures plus tôt il avait réduit à néant une salle d'interrogatoire. Comment aurait-il pu encore prétendre à du professionnalisme aujourd'hui ? Dire qu'il n'était que onze heures et demie.

— En effet. Je pense qu'il a été enlevé, parce que le Drago que nous connaissons n'est pas un criminel.

Il sentit Owen bouger derrière lui et décida donc de se corriger, au moins un peu :

— Du moins, il ne l'est plus.

Astoria ne releva pas vraiment, elle se contenta de hocher la tête. Penser que son mari avait été enlevé semblait plus facile à vivre pour elle que de le savoir libre mais en fuite. Était-ce parce qu'elle espérait, au fond, que Drago soit un homme bien ? Sans doute. Harry l'espérait lui aussi.

— Quelles sont les pistes ? Qui est la personne que vous avez interrogée ?

— Nous pensons qu'il aurait pu être enlevé à cause de la potion tue-loup qu'il a créé.

La jeune femme poussa un soupir agacé, allant même jusqu'à lever les yeux au ciel. Owen et Harry échangèrent un regard surpris, mais elle ne leur laissa pas le temps de l'interroger.

— Je lui avais dit que ça ne plairait pas à tout le monde, mais il n'a pas arrêté de me répondre qu'il avait l'habitude d'être détesté, et que si ça pouvait aider ceux qui le souhaitaient, ça lui suffisait.

Il y eut un silence pesant, pendant lequel Harry ne put s'empêcher de repenser à ce qu'avait dit Owen la veille. Et les mots résonnaient dans son esprit, cherchaient une prise à laquelle se raccrocher. « 800 rumeurs courent sur le fait que Drago soit un loup-garou ».

— Astoria, je suis désolé mais je dois te poser une question. J'ai conscience que Drago serait contre le fait que tu me répondes, mais j'ai besoin de cette information pour saisir l'urgence de la situation.

Elle le fixa, droit dans les yeux, et Harry comprit qu'elle savait exactement ce qu'il allait lui demander. Était-ce, alors, nécessaire de poser la question ? Oui, sans aucun doute, parce qu'il avait besoin d'une réponse claire pour que les mécanismes de son esprit se mettent pleinement en marche. Il soupira, et passa sa main dans sa nuque comme pour tenter de se donner du courage.

— Drago est-il un lycanthrope ?

— Depuis qu'il a 17 ans.

Harry sentit sa gorge se serrer. Dix-sept ans. Leur sixième année à Poudlard. Drago paraissait fatigué, il était pâle. Tout le temps. Après avoir découvert la mission que lui avait confié Voldemort, Harry avait choisi de penser que c'était simplement le contre-coup d'un ordre impossible à satisfaire.

Il revoyait Drago dos à lui dans les toilettes des filles, ses deux mains fermement accrochées à l'évier devant lequel il se trouvait. Il revoyait son dos et ses épaules trop étroites secouées par les sanglots et la douleur. Il revoyait sa détresse. Et il se souvenait exactement de la pensée qu'il avait eu à cet instant précis. Ce « il ressemble à Remus » qui lui avait traversé l'esprit et l'avait rendu fou de rage. Puis le combat. Le Sectumsempra. Le sang qui se répandait dans l'eau. Severus qui avait accouru pour lui venir en aide, pour le sauver. Pour sauver lequel d'entre eux, finalement ? Drago qui se vidait de son sang, ou Harry qui n'aurait jamais supporté l'idée de l'avoir tué ?

— Quelqu'un...

La voix de Harry était enrouée. Il eut besoin de tousser avant de se remettre à parler, juste pour que ses cordes vocales qui s'étaient trop resserrées sur elles-mêmes se remettent à fonctionner presque normalement.

— Quelqu'un d'autre est-il au courant ?

— Personne de vivant. Dumbledore, Severus et Remus le savaient. Ils n'ont pas pu l'aider à l'époque, et ils sont finalement morts avant d'en avoir la possibilité...

De nouveau, Astoria baissa la tête, sincèrement désolée pour son époux. Elle expliqua que par la suite, il avait dû apprendre seul à le supporter. Avant la bataille, il avait été poussé par Greyback à attaquer, mais Drago avait toujours réussi à se procurer de la potion tue-loup et à rester conscient pendant la pleine lune. Comme les attaques entre deux lycanthropes transformés n'étaient pas rare, ils le laissaient seul avant la tombée de la nuit. Elle lui révéla qu'il se réfugiait alors dans la Cabane Hurlante, comme le lui avait conseillé Severus.

Puis la Bataille avait eu lieu. Severus et Remus étaient morts à leur tour et Drago s'était retrouvé seul. Il s'était appuyé sur le peu qu'il avait pu apprendre en secret avec eux. De Severus, il avait appris à préparer sa potion et à trouver ses ingrédients. De Remus, même s'ils n'en avaient parlé que deux fois, il avait appris à accepter de ne pas pouvoir s'accepter. À accepter que tout serait à jamais différent. À accepter que cela ne le condamnait pas à la cruauté.

Quand elle eut terminé ses explications, sommaires mais empruntes de douleur, Astoria releva la tête sur Harry.

— S'il-te-plaît, Harry. Trouve-le avant la pleine lune. S'il venait à transformer et à tuer quelqu'un à cause de sa nature... Je ne crois pas qu'il serait capable de s'en remettre...

Harry hocha la tête, légèrement, sans vraiment savoir s'il arrivait ou non à comprendre la situation. Tout était assez flou. Trop flou. Tout ce qu'il savait, pour le moment, c'était qu'il avait besoin de sortir d'ici, de respirer le grand air. Il en avait assez de cette sensation de vivre sous terre. Il sortait de chez lui par la cheminée, se retrouvait directement au ministère, puis transplanait ou utilisait encore une cheminée... Il avait besoin d'air. Heureusement, toute la rage qu'il avait en lui avait explosée plus tôt. Cela étant dit, n'avoir plus la force que lui donnait la colère le plongeait dans une émotion morose, comme un abattement qu'il n'arrivait pas à surmonter. Owen prit la relève.

— On va s'en occuper. On fera tout ce qui est en notre pouvoir pour vous ramener Drago, sain et sauf.

Ils s'excusèrent puis quittèrent la chambre. Pendant qu'ils descendaient les escaliers, Harry ne pouvait s'empêcher de repasser en boucle la même scène. Drago de dos, fragile, hanté, et lui qui venait le prendre en traître. Il avait commis des erreurs, de nombreuses erreurs, à cet instant il lui semblait que celle-ci était la pire. Que ce serait-il passé, s'il avait tendu la main à Drago à ce moment ? Bien évidemment, Dumbledore serait mort malgré tout, le serment inviolable ayant déjà été scellé. Mais il avait la conviction, intime et étrange, qu'il aurait pu changer un pan de l'histoire. Pas forcément la sienne, mais celle de Drago.

Une fois de retour au Ministère, Owen força Harry à le suivre alors que celui-ci se dirigeait déjà vers les ascenseurs pour rejoindre son bureau. Owen leva les yeux sur la grande horloge et décida qu'il était grand temps pour Harry et lui de prendre une pause pour déjeuner. Sans un mot, il l'entraîna vers l'air de transplanage.

— Accroche-toi.

Harry le fit, un peu trop comme un enfant peut-être. La scène ne cessait de repasser encore et encore devant ses yeux, il n'arrivait même plus vraiment à voir ce qui se passait derrière, dans le présent, le vrai monde. Il vit tout de même des ombres floues et des éclats de lumière avant que les couleurs ne reviennent se fixer, stable à présent, sur la toile.

Les mouvements brutaux sortirent Harry de sa torpeur. Il relâcha Owen en avançant, juste de quelques pas, vers la vue qui s'étendait devant eux. Owen le retint par le bras, de peur qu'il ne tombe.

— Fais attention, c'était déjà compliqué de t'emmener en escorte, ne va pas t'écraser en bas.

Londres s'étendait sous leurs pieds, mais Harry n'était pas sûr de comprendre où ils se trouvaient. Le sol en dalle était clair sous ses pieds, et il était sûr d'avoir déjà vu ces arches et ces barrières quelques part, mais c'était lointain. Il était en train de fixer la tamise quand il entendit comme un lourd déclique sous ses pieds. Harry sursauta, et se retourna vers Owen. C'est là qu'il vit les échafaudages qui lui firent relever la tête vers la pointe du bâtiment.

— Tu nous as fait transplaner sur Big-Ben ?!

Il avait crié, peut-être un peu fort, mais il ne risquait pas de déranger qui que ce soit d'ici. Owen haussa un peu les épaules. Il avait l'air plus lassé que vraiment gêné d'avoir pris un pareil risque.

— En réalité, répondit-il très calmement, c'est la tour Elizabeth. Big-Ben, c'est le nom de la cloche.

— Est-ce que tu es en train de me donner un cours d'histoire de l'architecture au sommet de la « Tour Elizabeth » où tu m'as fait transplaner en escorte alors qu'i peine un mètre de large entre le mur et le vide ?

— Tu formules toujours tout de manière tellement catastrophique. Je suis en train de te donner un cours d'histoire de l'architecture au sommet de la « Tour Elizabeth », Harry. Tu veux bien prendre trois secondes pour réaliser à quel point c'est juste... génial ?

Harry leva les yeux au ciel et se détourna de son ami. Il devait l'avouer, c'était juste génial. Mais il ne pouvait pas vraiment le dire à haute voix, il commençait à se demander si le fait d'avoir soutenu Owen dans chaque démarche ne rendait pas les choses de plus en plus dangereuses. Un jour, il le ferait transplaner à la maison blanche et ils auraient bien du mal à expliquer pourquoi ils avaient franchi illégalement les frontières magiques. Ou simplement ce qu'ils faisaient chez le Président du Monde Libre, comme les Américains aimaient à appeler leur leader.

— OK. C'est génial. Mais je ne comprends pas trop ce qu'on fait là, quand même.

— Je viens là quand je me sens dépassé.

— C'est parfaitement illégal.

— Oui, mais je viens quand personne n'est là pour le voir. Les ouvriers sont en pause.

Le Commandant des Aurors regarda vers les échafaudages qui étaient effectivement vides. Le problème n'était par conséquent pas imminent mais, tout de même, Harry se demandait s'ils pouvaient se permettre de rester là. Il allait remercier Owen pour son attention et lui proposer de transplaner vers un endroit moins dangereux quand il le vit s'asseoir, laissant ses jambes pendre dans le vide, devant l'horloge qui égrenait les secondes dans un tintement imposant.

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Déjeuner.

Owen ouvrit un sac de papier kraft tranquillement, comme si le vide à ses pieds n'existait pas. Harry, plus prudent, resta contre le mur de l'horloge qu'il sentait vibrer légèrement quand une minute passait.

— Tu es sûr de toi là ? Et puis d'où tu sors ton déjeuner au juste ?

— Un Accio, pendant que tu regardais en bas. Y en a pour toi, ça ne fera pas énorme mais on pourrait manger tout à l'heure, pendant notre café-interrogatoire.

Harry soupira profondément. Il aurait voulu que l'hésitation suffise à lui faire retrouver la raison, et il aurait voulu qu'Owen reprenne un peu ses esprits lui-même. Même s'il ne pouvait pas vraiment nier que son ami était parfaitement à l'aise en haut de cette tour.

— Tu n'as pas peur de tomber ?

— Si je tombe, répondit Owen, je connais des sortilèges. Et puis je pourrais transplaner, si je le fais assez tôt je n'aurais presque pas mal à l'atterrissage.

— Transplaner en pleine chute ? Comment ? Il faut pouvoir pivoter !

— J'accepte de répondre à deux conditions : tu ne te moques pas, et tu t'assoies.

Le Commandant des Aurors accepta, et s'assit prudemment à côté de Owen, en prenant le sandwich qu'il lui tendait. Tout son corps lui hurlait de regarder en bas mais il tint bon, et planta son regard sur l'horizon, la ligne des bâtiments, les reflets dans la Tamise.

— Pendant tous les étés quand j'étais à Poudlard, repris Owen après une bouchée de son sandwich, je faisais une colonie de vacances avec ma sœur. Tu vois ce que c'est ?

— Oui. Un voyage avec des enfants de ton âge et des adultes pour encadrer, dans la nature, ce genre de trucs.

— Ouais. Bah là, non. Enfin c'étaient des gens de mon âge et tout le reste mais pas de nature.

Il laissa passer un instant et Harry, qui ne savait décidément pas où il voulait en venir, le pressa de continuer. Owen soupira un peu, mais il souriait. Quels que soient ces souvenirs, ils étaient très loin d'être mauvais. Restait que Harry ne comprenait vraiment pas où il voulait en venir.

— C'étaient des colos de gymnastique.

Harry ne dit rien, parce qu'il avait besoin que l'idée fasse son chemin dans son esprit. Il tourna la tête vers Owen. Il avait passé beaucoup de temps en dehors du monde des moldus, alors il n'était plus tout à fait sûr de ce que le terme signifiait.

— C'est le sport avec les sauts périlleux ?

— Dans les très grandes lignes, oui.

— Cool.

Il ne voyait pas trop quoi dire d'autre. Il avait vaguement conscience que ce n'était pas considéré comme un sport d'homme mais il avait du mal à voir le problème là-dedans. Il vit Owen sourire légèrement, sans doute était-il rare qu'il ne reçoive pas des taquineries à ce sujet. Restait tout de même que cela soulevait une question. Enfin, plusieurs.

— Ce sont tes parents qui t'y forçaient ?

— Non, pas du tout. En fait, on avait une télévision à la maison, et j'ai vu une compétition quand j'avais genre six ans. Ma sœur a trouvé ça cool aussi, alors on a demandé à prendre des cours. Et puis Poudlard est arrivé dans ma vie, alors je me suis contenté des colos. J'étais plutôt bon tu sais ? Enfin, comme dans tout ce que j'entreprends.

Owen eut un sourire fier et amusé. Il se vantait rarement sérieusement, et aurait pourtant eu de nombreuses raisons de le faire s'il l'avait voulu. Aux yeux de Harry, en tout cas, mais il était sans doute difficile pour tout le monde de voir ses propres qualités. Sauf pour quelques rares élus, comme le Professeur Lockhart. Harry regrettait encore la façon dont cette histoire s'était terminée, mais il n'y pouvait plus rien maintenant. Gilderoy n'avait jamais retrouvé pleinement la mémoire et restait donc à Sainte-Mangouste, où ses sœurs venaient lui rendre visite ponctuellement.

— Mais du coup, demanda Harry, comment ça t'aide pour transplaner en pleine chute ?

— Je suis souple. J'ai l'habitude de faire des mouvements pendant des sauts, alors me tourner... Bon, j'ai dû quand même pas mal m'entraîner, mais ça a porté ses fruits.

Il y eut un moment de silence, puis Harry hocha la tête et croqua enfin dans son sandwich.

— On devrait ajouter ça au programme d'entraînement. Ça peut servir. On ne sait pas si le secret de vol de Voldemort et de ses Mangemorts ont été transmis. Si on doit poursuivre quelqu'un qui saurait faire ça... Mieux vaut qu'on puisse tenir le coup en cas de chute.

— Bonne idée. Tant que tu ne dis pas aux autres comment tu as eu cette idée.

— Entendu.

Ils terminèrent leur maigre repas, et restèrent encore un moment en haut de la Tour, à regarder le ciel et la ville qui vivait, ignorant tout ce qui se passait de leur côté du monde. Harry enviait parfois les Moldus, pour leur ignorance, puis il se souvenait qu'il pouvait ranger une pièce dévastée en un coup de baguette et se sentait immédiatement mieux. Il se rappela d'ailleurs que la salle n'était toujours pas intacte, puisqu'il avait encore dans la poche les deux morceaux de verre extraits de l'épaule d'Owen.

— On devrait rentrer. Faut réparer la vitre sans tain. Et je vais devoir faire un rapport détaillé sur tout ce qu'on a appris au reste de l'équipe avant qu'on aille retrouver Hermione...

— Tu n'as pas l'air d'avoir très envie de la voir, si je peux me permettre.

— Oh, tu n'aurais pas envie non plus si tu savais ce qui nous attend.

Le Commandant des Aurors rit légèrement. S'il adorait Hermione, il n'était pas pour autant naïf sur ses intentions : elle avait perçu un problème et elle les ferait parler jusqu'à ce qu'ils commettent une erreur. Harry espérait ne pas la commettre trop tôt, car il voulait repousser au maximum le moment où il devrait lui parler de tout ce qu'il avait appris. D'ailleurs, devait-il lui parler de Drago ?

Il se releva prudemment, le regard cette fois-ci bien orienté vers le bas de la Tour. C'était effroyablement haut, et il s'empressa donc de reculer pour se mettre contre le mur. La prochaine fois que Owen lui dirait de s'accrocher, il refuserait tout net, c'était décidé.

Les deux hommes transplanèrent, ce fut encore une fois Owen qui mena l'escorte car il avait l'habitude de transplaner dans cet espace réduit.

Comme prévu, Harry et Owen passèrent d'abord par la salle d'interrogatoire. Par chance, une fois les deux morceaux remis en place, elle était comme neuve. Personne ne pourrait se douter qu'ils l'avaient détruite environ deux heures plus tôt. Ils sortirent et firent signe à l'agent que la salle était de nouveau utilisable. Chacun d'eux espérait que les officiers n'avaient pas été trop curieux, ou à défaut qu'ils n'aient pas remarquer le trou d'environ cinq centimètre dans la vitre.

Ils empruntèrent l'ascenseur pour rejoindre leur étage. Etant donné que la plupart des employés étaient partis déjeuner, car seul les Aurors et la Police Magique avait tendance à décaler leurs horaires, ils n'eurent pas à faire d'arrêts inutiles et arrivèrent donc rapidement à leur destination.

Les bureaux des Aurors étaient partiellement vides, certains partis prendre leur déjeuner, d'autres encore en mission à l'extérieur. Owen rejoignit son poste pour se plonger dans sa paperasse en attendant que Harry ne l'appelle pour la suite des événements. Ce dernier retourna dans son bureau, où Pritchard leva sur lui un regard quelque peu agacé.

— Que tu disparaisses avec Harper ne me pose aucun soucis Harry, mais pourrais-tu faire en sorte que les dossiers confidentiels, comme, par exemple l'interrogatoire d'un membre de l'Organisation que nous poursuivons, ne me soit pas apporté par un putain d'officier ?

Harry resta bouche-bée. Comment avait-il pu être aussi stupide ? Il se voyait parfaitement lancer le sortilège pour ranger la salle. Il voyait parfaitement le dossier se recomposer et venir se poser sur le bureau. Et après ça, il se voyait parfaitement quitter la salle avec Owen sans le moindre regard en arrière.

— Putain de merde.

— Comme tu dis. Que s'est-il passé en bas ?

— Tu ne l'as pas lu, constata Harry avec surprise.

— Non, j'attendais que tu me confirmes que je le pouvais. Nous travaillons ensemble mais je ne suis pas toi, certaines informations pourraient ne pas me concerner.

Le Commandant des Aurors soupira profondément. Il se disait parfois qu'il ne méritait vraiment pas d'avoir un adjoint pareil, faisant à ce point passer le professionnel avant toute chose. Il aurait aimé être capable de la même prouesse, mais il passait la plupart de son temps à ne penser qu'à lui. La raison même de l'embauche de Stan était parfaitement égoïste : il ne voulait pas rester dans son bureau. On l'avait qualifié d'altruiste et Pritchard l'avait longuement remercié de le remettre au travail, mais la réalité était totalement différente. Il voulait juste être sur le terrain.

Harry prit place à son bureau et Pritchard se leva pour déposer le dossier devant lui. Malgré toute sa volonté, et malgré la façon dont la vie l'avait forgé depuis longtemps, Harry ne parvint pas à l'ouvrir. Il se contentait de fixer la couverture beige, et de redouter les quelques coins de feuilles qui dépassaient, en haut à gauche. Il leva la tête pour regarder Owen à travers la vitre du bureau. Son ami n'en avait rien montré depuis qu'ils étaient sortis de la salle, mais lui aussi semblait perturbé par tous ces évènements. Cette enquête les confrontait à bien trop de choses.

De nouveau, il posa les yeux sur le dossier et se fit violence pour en extraire la déposition de Blake Scarletwound. Les quelques mots qui apparurent sous ses yeux suffirent à lui faire revenir la bile dans la gorge, mais il se fit violence, et il poussa les feuilles vers Stanislas, de l'autre côté du bureau.

— Lis-les. Moi, je ne peux pas, j'ai eu ma dose. Je vais prendre un café.

Il quitta son bureau sans attendre que Pritchard lui réponde. Il sentait le fourmillement de la colère dans son estomac, et il détestait la savoir déjà présente alors qu'il ne l'avait expulsé que quelques heures plus tôt. Il se servit un café, et décida de le boire lentement pour laisser à son adjoint tout le temps dont il avait besoin.

Un peu moins de dix minutes plus tard, il retourna donc dans son bureau et s'assit sans un mot. D'un mouvement de sa baguette, il ferma la porte, ce qui attira quelques regards vers eux. Ils ne cessèrent de les regarder que lorsque Stan, resté parfaitement immobile jusque-là, ne redresse enfin ses épaules. Il avait l'air de sortir d'une lutte d'une semaine. Son corps tout entier était las.

— J'étais là, pour leur arrestation. Ils n'arrêtaient pas de dire qu'ils recommenceraient autant de fois qu'il le faudrait pour que tous les sorciers aient la chance de goûter à la transformation. Je ne comprends pas. À .l'époque, l'Organisation avait fait des dégâts mais à notre connaissance elle ne comptait même pas une centaine de membres.

Harry hocha la tête. Il faudrait qu'il se plonge dans ces dossiers pour essayer d'y trouver autant d'éléments que possible, mais d'ici-là, il ne pouvait que composer avec ses vagues souvenirs de l'enquête. Il y avait tellement à faire. Harry avait laissé passer suffisamment de temps, n'est-ce pas ? Il avait promis à Blake de faire comme s'il n'avait eu aucune information, et cela passait par le fait de ne pas suivre immédiatement les pistes qu'il leur avait donné. Il devait bien pouvoir faire quelque chose, pourtant.

— Tu ne pourras pas utiliser ces pistes-là avant demain. Mais tu peux commencer les recherches.

— Tu as raison, approuva Harry. Il faut que je lise les dossiers de l'époque, et que je trouve les personnes qu'il a cité. Est-ce que certains de ces noms te disent quelque chose ?

— Rien. Mais... On avait le nom de certains des bras-droits des premiers leaders. Je crois qu'on avait réussi à récupérer quatre noms sur les six, l'un des gars qu'on a arrêté, Daniel Gorst, a refusé de les nommer.

— Pourquoi n'ont-ils pas été arrêté à l'époque ?

— On n'avait pas de preuve qu'ils aient fait quoi que ce soit d'illégal. Sur le papier, c'étaient des gardes du corps, tous à leur compte, mais il y avait un contrat et ils n'avaient rien fait de répréhensible à notre connaissance. En réalité, je ne crois pas qu'on ait eut réellement confirmation de leur lycanthropie.

C'était malin, surtout s'il était prévu depuis longtemps que les bras-droits remplacent les têtes pensantes de l'organisation le moment venu. Harry savait que ses cibles principales étaient Le Présage et L'Augure. Comment les appelaient-ils déjà ? La Prophétie ? Quelque chose dans l'esprit de Harry lui murmurait avec un sourire sadique que ce serait, comme par hasard, les deux noms manquants.

— Est-ce que tu as souvenir d'un lieu où ils se réunissaient ?

— Aucun. Je ne crois pas qu'il ait été question de ça, mais je n'avais pas la charge de l'enquête.

— Qui s'en occupait ?

— De mémoire, c'était Muldoon et Summers.

Harry soupira en fermant les yeux un instant. Évidemment, il fallait que ce soit deux Aurors de l'ancienne génération, qui avaient quittés les bureaux quasiment en même temps quelques années plus tôt. Il ignorait totalement où les retrouver... En attendant, il allait devoir espérer qu'ils aient correctement rempli leurs rapports, mais c'était si peu la norme à l'époque qu'il ne s'attendait pas à grand-chose.

— Tu penses pouvoir me les retrouver ? En attendant je vais éplucher leurs notes sur l'affaire.

— Entendu.

Stanislas se releva, encore perturbé, cela se voyait à son regard hanté, mais près à se reprendre en main et à reprendre le travail par extension. Harry quitta de nouveau son bureau. Il avait encore un peu de temps avant de devoir faire un rapport aux autres Aurors, et Owen était encore là, lui jetant des coups d'œil en coin de manière régulière.

— Tu m'accompagnes ? Je vais essayer de retrouver des notes prises par des Aurors qui sont parti il y a des années, concernant une enquête qui date d'une époque où on ne voyait pas l'intérêt de s'appliquer à écrire des comptes-rendus.

Owen grimaça et Harry pensa que, même lui, allait refuser de faire ça. Mais non, son ami se leva et le rejoignit, prêt à le suivre. Il ne put que le remercier pour ça, car il ne se sentait vraiment pas de s'occuper de tout ça tout seul.

Quelques minutes plus tard, Harry ouvrait la porte de la pièce mal aérée et mal éclairée dans laquelle se trouvait tous les dossiers de leurs enquêtes. Elles se mêlaient toutes ici, rangées chronologiquement, et Harry n'aurait pas été capable de dire à quelle année commençait ces archives. Il tira sa baguette.

— Heum... Accio Dossier Organisation du Droit à la Pleine Lune ?

Rien ne se passa, même s'ils l'espérèrent pendant un moment. Visiblement, ce n'était pas comme ça qu'ils allaient s'en sortir. Aucun d'eux ne connaissait la date exacte à laquelle les trois hommes avaient été jugés, autrement dit... ce serait une fouille sur au moins deux années de dossiers, en espérant trouver le plus tôt possible ce qu'ils recherchaient.

Harry soupira profondément et avança vers la première boîte. Il s'éclaira de sa baguette, et grimaça un peu en voyant la date à moitié effacée qui s'y trouvait.

— 1954. On va en avoir pour des heures juste pour trouver la bonne décennie.

— Il va falloir s'y mettre alors. Allez.

Owen releva ses manches et Harry ne put s'empêcher de se demander comment il pouvait être aussi motivé face à une charge de travail aussi frustrante. Evidemment, ce serait peut-être utile finalement... Mais comment se faisait-il qu'aucun système de recherche plus efficace n'ait été mis en place ici ? Il allait devoir se pencher sur le problème, peut-être que Ron aurait une idée pour lui.