La fatigue commençait à le gagner dangereusement, si bien que Harry se demanda un instant s'il avait vraiment dormi chez lui cette nuit. Passer constamment d'une boîte à l'autre puis à la rangée suivante lui donnant la sensation d'être bloqué dans une boucle infinie. Owen, de son côté, n'en menait pas large non plus. S'il avait commencé de manière tout à fait ordonnée, le chaos avait pris le dessus dès qu'il avait compris qu'un sort de rangement remettrait tout en place.

Il déplaçait donc les boîtes sans aucun scrupule pour accéder à celles qui se trouvaient derrière, ou tout simplement pour lire la date de celles qui étaient mal orientées.

Une vingtaine de minute passa avant qu'ils ne comprennent enfin le système de rangement, qui n'avait pas beaucoup sens. Ils revinrent à l'avant de la salle pour essayer de déterminer par la logique où se trouvait la décennie qui les concernait.

— Donc, commença Harry, chaque couloir vertical correspond à une année. Les étagères de gauche correspondent aux mois impairs, celles de droite aux mois pairs. Il y a chaque fois une décennie, puis on passe à la ligne de rangée suivante, séparée par un couloir horizontal. Vu que le premier couloir vertical correspond aux années cinquante...

— On doit avancer de cinq couloirs horizontaux ?

— Je crois, oui.

Ils se lancèrent, en espérant avoir vu juste. Ils passèrent donc les années cinquante, puis les années soixante où Owen ralentit un peu, son attention attirée par un nom qu'il se souvenait avoir entendu un jour au détour d'une conversation.

Quand ils traversèrent les années quatre-vingt, Harry fut ravis qu'Owen regarde sur sa gauche et non pas du côté où se trouvaient les dossiers datant d'Octobre, le mois où James et Lily Potter avaient été tués, et où Voldemort avait été détruit.

Ils arrivèrent dans les années quatre-vingt-dix, et Harry ne put s'empêcher de chercher du regard la boîte CD950624, indiquant le 24 juin 1995. Les lettres du début étaient bien entendu pour Cédric Diggory. Ils devaient continuer à avancer, mais Harry se promit de chercher la bonne rangée dès qu'ils en auraient fini ici, pour savoir à quel point l'enquête avait été bâclée à l'époque dans le seul but de ne pas admettre que Lord Voldemort était de retour.

Finalement, les années 2000 étaient là, et Harry et Owen s'arrêtèrent.

— On a dix colonnes à fouiller, ça fait vingt étagères. On ferait mieux de se séparer. Tu commences en 2000, je prends 2009.

Ils se mirent à chercher mais, puisqu'ils ne connaissaient pas la date exacte, c'était compliqué. Ils ignoraient comment la boîte avait pu être nommée : avec le nom de l'organisation ? De l'un des criminels arrêtés ? y avait-il une boîte par criminel ?

Les recherches furent donc longues et compliqués, Harry eut envie d'abandonner une ou deux fois et se disait que ça devait être la même chose pour Owen. Plus ils se rapprochaient, plus Harry se demandait si un quelconque dossier existait vraiment pour cette affaire. Puis Owen poussa un cri de victoire :

— Je l'ai Harry ! Ramène-toi !

L'espace d'une seconde, Harry se dit que ce n'était pas vraiment une façon de parler à son Commandant, mais il écarta rapidement cette pensée de son esprit. Si Owen avait trouvé le dossier, il pouvait bien se servir de lui comme d'un paillasson pour le reste de la semaine.

Il trouva Owen penché sur une boîte ouverte, il ne l'avait évidemment pas attendu. Sur le couvercle, qui avait été reposé sur l'étagère, Harry lu ODPL040404, voilà qui serait facile à retenir. Cependant, la date du 4 avril 2004 lui faisait écho sans qu'il n'arrive à savoir pourquoi. Il fit signe à Owen de le suivre. Quelques instants plus tard, ils étaient dans le couloir horizontal qui séparait les années deux-mille des années quatre-vingt-dix. Ils s'assirent à l'une des tables en fer qui avaient été prévues pour consulter les documents et entreprirent de vider la boîte de son contenu.

Ainsi, ils se retrouvèrent face à trois comptes-rendus, qui semblaient constituer les dépositions des trois suspects arrêtés et jugés par la suite. Il y avait également un compte-rendu de procès assez sommaire qui résumait les faits reprochés et le verdict, sans plus d'information sur le déroulement de l'audience. En dehors des papiers, ils trouvèrent également quelques pièces à conviction dans des sachets opaques.

Harry ouvrit le premier, et n'y trouva qu'une montre cassée, sans doute pendant un combat. Le second renfermait une bague et un collier, qui n'avaient rien de particulier. Il retourna le dernier pour faire tomber son contenu sur la table. Owen se figea à côté de lui, et Harry baissa les yeux sur ce qu'il venait de dévoiler.

Il s'agissait de trois insignes de préfets appartenant à Poudlard. Toutes trois aux couleurs de Poufsouffle. Harry déglutit avec difficulté et posa le sachet qu'il avait toujours dans la main. Ils s'étaient évidemment attendus à ce que les personnes concernées aient fait leur scolarité à Poudlard. Mais qu'ils aient été Préfets ?

— Ils ont l'air vieux, fini par dire Owen. Je veux dire, ça date de bien avant notre époque. Quel âge ils avaient, les gars arrêtés ?

Harry ramena les procès-verbaux vers lui et les survola.

— Le plus jeune avait 31 ans, les autres avaient 38 et 45 ans.

Owen ferma les yeux une seconde, les sourcils froncés, avant de reprendre calmement :

— Donc, le plus jeune a quitté Poudlard quand on y est entré. Celui d'avant a quitté Poudlard quand le plus jeune en est sorti, et celui encore avant quand le second est arrivé. Ils n'ont logiquement pas pu se croiser.

— Les trois badges sont tous les trois différents, donc ça semble cohérent... Enfin je crois. L'apparence des badges change bien tous les sept ans ?

Owen leva un sourcil, surpris que Harry lui pose une question pareille. C'était évidemment une question dont la réponse devait se trouver dans l'Histoire de Poudlard, qu'ils n'avaient évidemment pas lu. Harry soupira en réalisant que ça lui faisait une question de plus pour Hermione, à moins qu'il ne mette très vite la main sur un exemplaire de ce livre.

— Tu penses que ça a vraiment un lien ?

— Oui, confirma Harry. C'est trop gros pour ne pas en avoir, tu ne penses pas ?

— Si, sans doute.

Harry n'était franchement pas certain de ce qu'il pourrait faire de cette information, mais il avait une sensation amère dans la gorge, que Owen ne fit qu'amplifier.

— On pourrait parler aux Préfets suivants, non ? Pendant qu'on y était, c'était Hannah Abbot et Ernie Macmillan je crois...

— Il y avait aussi Gabriel Truman et Cornelia Summers.

— Cornelia Summers ? Ce n'était pas la fille de Christopher ?

Owen parlait bien sûr de Christopher Summers, l'un de leur collègue Auror qui avait décidé de les quitter pour se reposer avec sa femme, dans une campagne reculée. Il avait perdu sa fille, Cornelia, lors de la Bataille de Poudlard. Harry ne l'avait appris que très tardivement, et avait été assez bouleversé par cette nouvelle qui était arrivée dans la conversation sans qu'il n'ait le temps de s'y préparer.

— Si, c'est bien ça.

— Délicat, du coup... Et après, c'était qui ?

— Aucune idée pour ceux qui ont suivis Truman et Cornelia, mais en 2014 c'était Teddy.

— Ton neveu ? Le fils de Remus Lupin et Nymphadora Tonks ?

— C'est ça, soupira Harry qui voyait déjà Owen arriver avec ses gros sabots.

— Tu pourrais lui demander de l'aide ?

— J'imagine que je peux lui poser quelques questions...

Pour être tout à fait sincère, ça ne le ravissait pas. Lorsqu'il retrouvait son neveu chez les Weasley, le week-end, il aimait lui parler de totalement autre chose que son travail d'Auror. Seulement, le reste du temps, il évitait de le contacter de lui-même, préférant que Teddy fasse personnellement le choix de lui parler. Il lui avait évidemment signifié qu'il était disponible pour lui à tout moment mais les hiboux se faisaient rares, et il n'avait pas envie de créer un précédent.

— Je l'appellerais tout à l'heure. Pour le moment, lisons les comptes-rendus.

Comme Harry s'y était attendu, il n'y avait pas grand-chose de pertinent dans ces documents. Du moins, pas dans les deux premiers. Quand ils passèrent à celui de Daniel Gorst, le plus jeune des trois, ils durent admettre qu'ils pourraient bien y trouver quelque chose d'intéressant. Comme toujours dans ces prises de notes rapides assurées par la plume à papote, les acteurs de l'interrogatoire étaient indiqués en début de phrase par leurs initiales.

CS : Commencez par décliner votre identité.

DG : Daniel Gorst.

CS : Savez-vous pourquoi vous êtes ici ?

DG : Parce que je suis un loup-garou récalcitrant.

CS : Je vais vous poser des questions, auxquelles vous allez devoir répondre avec autant de précision que possible. Avez-vous compris ?

DG : Compris.

CS : Êtes-vous membre de l'Organisation pour le Droit à la Pleine Lune ?

DG : Je le suis, en effet. Sans vouloir me vanter, j'en suis le leader suprême, un genre de divinité pour mes pauvres adelphes.

CS : En quoi votre position diffère-t-elle des deux autres Leaders de l'ODPL, Kaspar Craft et Finn Fadington ?

DG : Officiellement, en rien. Nous sommes égaux devant l'éternel. Officieusement, c'est une autre histoire. Ils se plient à mes ordres, comme de braves toutous. En gros, je suis le leader des leaders.

CS : Est-ce que ce sont eux qui vous ont donné ce rôle ?

DG : Bien sûr que non. Je l'ai pris, c'est tout. Ils l'avaient laissé traîner là, quelle idée... Il m'a suffi d'être, comment dit-on déjà ? Force de proposition !

CS : Donc vous avez pris cette place par la force des choses, car vous étiez le seul à en assumer les prises de décision ?

DG : C'est ça. C'était un geste de bonté en quelques sortes, Kaspar et Finn sont tous les deux si... faibles d'esprits. Ils avaient besoin d'un guide. C'est comme pour leurs bras-droits, ils vous ont donné leurs noms n'est-ce pas ? Jamais je ne ferais une chose pareille.

CS : Où vous réunissiez-vous pour vos entrevues ?

DG : Au sommet de ma tour.

CS : Pouvez-vous être plus précis ?

DG : Pas vraiment, non. Je me suis toujours considérée comme une Princesse attendant son Prince charmant en haut de sa tour d'ivoire, tenue captive... Enfin, Princesse, sans tout le délire des cheveux longs, des seins et des règles. Sans compter les talons, ça ne me va pas vraiment. En revanche, je suis canon en robe.

CS : Lors de votre arrestation, vous n'avez pas résisté. Pour quelle raison ?

DG : Je savais que c'était fini. Je n'avais pas d'intérêt à résister, vous auriez résisté aussi, et au final on en serait au même point. Je ne suis pas un sorcier très efficace, j'ai toujours été meilleur à quatre pattes, si vous voyez ce que je veux dire.

CS : Vous êtes accusé d'avoir volontairement transformé dix-sept personnes, d'avoir tué trois sorciers et sept moldus, et d'avoir bâti et entretenu un culte. Confirmez-vous ces affirmations ?

DG : Je ne peux pas faire ça non, ce serait criminel de vous laisser vous tromper à ce point. Prenez votre plus belle plume.

CS : Je vous écoute.

DG : Donc, j'ai volontairement transformé trente-deux personnes, mais hélas, dix-sept n'ont pas appréciées ça. On ne peut jamais savoir à l'avance, c'est un peu un jeu de hasard vous voyez... Ensuite, je n'ai évidemment tué personne, je ne me salis jamais les mains. En revanche, j'ai éventuellement mentionné que certaines personnes devenaient gênantes. Les parents moldus de sorciers sont vraiment agaçants vous savez, ils ont le réflexe très stupide d'appeler la police quand leur enfant se fait attaquer par une créature féroce. Bref, c'est bon pour la mise au point.

CS : Vous ne revenez pas sur la question du culte ?

DG : Hm ? Non. C'est vrai. Enfin, ce n'était pas le but à la base mais j'adore la façon dont ça a tourné.

CS : Bien, nous en avons fini. Merci pour votre collaboration.

DG : Je vous en prie.

CM : Attends Summers, tu oublies quelque chose. La pièce à conviction B.

Là, il y avait une note, mentionnant que Cyprien Muldoon avait posé une pièce à conviction sur la table. Harry et Owen cherchèrent l'étiquette correspondante et il s'avéra qu'il s'agissait de la bague qu'ils avaient trouvé un peu plus tôt.

CM : Que pouvez-vous nous dire sur cette bague ?

DG : Rien.

CS : Pour le compte-rendu, nous tenons à souligner que Daniel Gorst se montre subitement froid et récalcitrant.

DG : Je ne suis pas froid. Je suis toujours chaud comme la braise. Mais cette bague n'est pas à vous, et ce n'est pas beau de voler.

CS : Nous avons de bonnes raisons de penser qu'il s'agit d'une pièce à conviction importante.

DG : Et j'ai de bonnes raisons de penser que vous êtes un connard, mais je ne l'affiche pas devant la Plume à Papote, ça s'appelle la courtoisie.

CS : Eh bien une fois de plus, je vous demande d'être courtois et de nous apporter une réponse. Vous portiez cette bague au moment de votre arrestation, pendue à un cordon à votre cou. Lorsque nous sommes arrivés, vous vous êtes empressé de l'arracher et de la jeter dans la cheminée.

DG : Pas la peine de me faire un dessin, j'étais là.

CS : Pourquoi avez-vous fait ça, Monsieur Gorst ?

DG : Parce que je n'aime pas qu'on touche à mes affaires. Rangez cette bague dans une boîte et ne l'en sortez plus jamais, espèce d'immonde petit...

CM : Continuez, j'ai très envie d'ajouter un nouvel outrage sur votre procès-verbal.

DG : Oh pitié, ça vous fait bander ce petit pouvoir pathétique ?

Le reste n'était qu'une altercation verbale entre les Aurors et le prévenu, et la clôture de la séance d'interrogatoire. Owen et Harry examinèrent la bague avec attention, soucieux.

— La façon dont il dit de la conserver ça fait un peu objet maudit, non ?

— Tu l'as touché ?

— Pas plus que toi, répondit Owen.

Cela signifiait qu'ils l'avaient tous les deux touchés et manipulé pendant plusieurs secondes sans se dire un seul instant qu'elle pourrait être ensorcelée. Cela étant dit, les vérifications de rigueur avaient sans doute été faites... Dans le doute, ils rangèrent avec prudence la bague dans son sachet. Le collier, à côté, devait être celui auquel elle était rattachée à l'origine.

— On ne trouvera rien de plus ici, dit Harry. Gardons les insignes et la bague et remontons.

La montre cassée appartenait à l'un des deux autres prévenus et n'avait rien apportée de concluant. Elle avait juste reçu un mauvais sort, et n'était là que pour témoigner de l'altercation entre les Aurors et les trois lycanthropes.

Harry décida qu'il allait faire examiner la bague par un conjureur de sort. Il contacterait ensuite Teddy pour essayer de lui poser des questions et de trouver un lien entre les préfets de Poufsouffle et l'Organisation. Il prendrait également le temps de retourner à Poudlard, le portrait de Dumbledore aurait peut-être des informations à propos de ces trois élèves en particulier, ou des insignes.

Ils rangèrent la salle d'un coup de leur baguette, puis ils la quittèrent non sans un certain soulagement. L'air ici était chargé de poussière et de souvenirs ce qui n'était jamais très agréable. En fermant la porte grillagée qui donnait sur les archives, Harry tourna la tête vers l'endroit où se trouvait sans doute le dossier sur Cédric. Il avait tenu des années sans aller le consulter, mais l'envie était un peu trop forte maintenant qu'il était passé si près...

Les deux Aurors arrivèrent à leur étage et rejoignirent leur bureau respectif. Owen pour faire le compte-rendu de leur recherche, Harry pour trouver un conjureur de sort disponible. Il songea à contacter directement Bill mais il était nerveux à l'idée de se retrouver face à son beau-frère. Il pourrait parfaitement faire une gaffe et parler de Charlie à un moment tout à fait inapproprié. Il se résolu donc à consulter la liste et à la survoler patiemment.

La plupart des noms ne lui inspiraient pas confiance. Ce n'était pas qu'il les jugeait uniquement sur cela évidemment, mais il avait déjà rencontré tous ceux-là et il était peu à l'aise à l'idée de leur confier cette mission. Son regard s'arrêta finalement tout en bas de la liste.

— Stan ? Pourquoi le nom d'Alaric Keeling m'est-il familier ?

— Keeling ?

Stanislas sembla fouiller dans sa mémoire, visiblement le nom lui disait quelque chose à lui aussi mais il n'arrivait pas à remettre le doigt dessus. Ils restèrent silencieux, fouillant leurs souvenirs respectifs sans réussir à retrouver d'où venait ce sentiment. Harry décida de profiter de la fin de la pause repas pour poser la question à l'ensemble du service, les Aurors ayant lentement repris leur place. Il s'arrêta donc à la porte de son bureau, la liste dans la main.

— Votre attention s'il-vous-plaît, interpela-t-il. L'un ou l'une d'entre vous saurait me dire qui est Alaric Keeling ?

Il vit tous ses Aurors afficher, au même moment, la même expression soucieuse que Pritchard et lui un peu plus tôt. Ce Keeling était décidément quelqu'un de connu, mais personne ne semblait le connaître pour autant. Était-ce bon ou mauvais signe ? Difficile à dire.

Cinq minutes plus tard, aucun d'eux n'avait encore trouvé la solution. Chacun y était allé de sa théorie, mais rien ne semblait coller, pas même la supposition d'une ancienne star du rock ayant choisi une carrière radicalement différente. Harry décida donc qu'il était temps de l'appeler. Peut-être qu'il serait un très mauvais conjureur de sort, mais il lui en fallait un et celui-là l'intriguait. De plus, il ne fallait pas être un génie pour détecter si un sortilège était présent sur un bijou.

Harry rejoignit donc son bureau et vérifia comment le conjureur de sorts Keeling aimait à être contacté. Apparemment, tout lui convenait, et Harry ouvrit donc son miroir. Il prononça le nom de l'homme. Un temps passa, puis l'image d'un homme aux cheveux cendrés apparu à l'écran. Il avait des yeux d'un gris particulièrement saisissant dans lesquels flottaient des reflets opalescents, une barbe de trois jours, des taches de rousseur et une expression surprise.

Il fallait toujours une demi-seconde pour que le miroir établisse la communication sonore, et Harry aurait aimé que ce soit plus long. Dès que ce fut fait, il comprit l'air surpris de l'homme : la musique venant de son côté du miroir était assourdissante, au point que les Aurors se tournèrent tous en direction du bureau de leur Commandant.

Keeling releva la tête et demanda avec un sourire tranquille à ce que le son de la musique soit baissé. Comme personne ne semblait l'entendre, il soupira, fit signe à Harry d'attendre en levant un doigt pour le faire taire, ce qui frustra beaucoup l'Auror.

— Eh ! cria soudain Keeling. J'vous ai demandé de la fermer trois secondes, arrêtez de beugler et baissez la musique, j'ai un appel !

Il reçut en réponse quelques insultes, des noms d'Oiseaux-Tonnerre, puis la musique fut baissée à un niveau bien plus acceptable et tout le monde arrêta de parler. Le brouhaha fit place à plusieurs visages venant encadrer celui du conjureur de sort.

— Désolé, on fête l'anniversaire d'un pote. C'est pour quoi ?

Harry n'était plus du tout sûr de vouloir que cet homme débarque dans son bureau. Il était environ 14h, et il semblait déjà passablement saoul. Cependant, ils en étaient déjà à ce stade et son visage ne lui disait rien alors que son nom raisonnait toujours dans son esprit.

— Je suis le Commandant des Aurors, Harry Potter. J'aimerais vous engager en tant que Conjureur de Sorts pour une courte mission, il ne s'agit que de vérifier la dangerosité d'un objet.

— Désolé mais je ne me déplace pas pour si peu.

Harry le fixa avec étonnement. Il n'avait pas sourcillé en entendant son nom, ce qu'il appréciait. En revanche, il lui refusait ses services avec une aisance particulièrement irritante.

— Vous m'en direz tant. Et pour quoi vous déplacez vous alors ?

— Tout ce qui est mieux qu'une courte mission.

Le commandant des Aurors hésita un instant. Si bien que Keeling le remercia d'avoir appelé et s'apprêtait à raccrocher. Harry n'eut d'autre choix que de tenter autre chose, il ressentait le besoin de l'avoir sous les yeux, pour comprendre d'où lui venait cette impression étrange.

— Très bien. Disons une mission longue, alors.

— Si c'est juste pour que je me déplace et que j'attende trois jours d'avoir un truc à faire, ce n'est pas la peine.

— Non, il ne s'agit pas de ça. J'ai plusieurs objets à vous faire analyser.

— J'espère pour vous qu'il y en a un max, parce que je ne bougerais pas mes honoraires d'une noise.

Ils se mirent d'accord, et l'homme raccrocha le premier sans même lui dire dans combien de temps il arriverait.

— Sa voix te dit quelque chose ?

— Rien, répondit Stan. Il a l'air...

— Original.

Stan hocha un peu la tête. Ils ne savaient définitivement pas à quoi s'attendre, mais Harry se doutait que ce serait stimulant, et il devait bien avouer que la curiosité l'avait emporté sur toutes ses réserves. Cet homme se fichait de son nom et, pour ça, il méritait tout son respect. Il avait l'air d'approcher la trentaine, mais Harry détermina que la couleur de ses cheveux et de sa barbe devait le vieillir un peu, il estima donc qu'il devait être dans le début de sa vingtaine.

Une quinzaine de minute plus tard, Harry entendit l'ascenseur et compris que cela devait être le conjureur. Il se leva, traversa son département, et s'arrêta juste derrière la cascade des voleurs. La silhouette de l'homme se présenta rapidement, et Harry n'eut pas à se retourner pour savoir que tous les Aurors se concentraient maintenant sur son arrivée.

L'homme passa la cascade, et se fut déjà le début des ennuis. Harry l'avait appris à regret, la cascade des voleurs avait la particularité de ne pas pouvoir être évitée. Aucun sortilège ne permettait de la traverser sans être touché. Aussi, lorsque l'eau s'écarta en deux, laissant passer Alaric Keeling sans ne serait-ce que l'éclabousser, tous les Aurors sortirent leur baguette. Harry, lui, n'en fit rien. Déjà, parce qu'il se savait parfaitement en sécurité. Ensuite, parce qu'il venait de se souvenir de qui était cet homme.

Alaric Keeling était tout simplement le Conjureur de Sort qui avait simulé un cambriolage à Gringotts cinq ans plus tôt, alors qu'il avait à peine 17 ans, juste pour montrer que c'était possible. Un genre de lanceur d'alerte. Étant donné qu'il s'était contenté d'ouvrir tous les coffres les plus sensibles et d'attendre sagement dans un wagonnet qu'on vienne l'arrêter, il n'avait pas été inculpé, et les Gobelins avaient préféré étouffer l'affaire.

— Bienvenue, Monsieur Keeling. Puis-je vous demander de vous soumettre au jugement de la cascade pour rassurer mes hommes ?

L'homme jeta un regard oblique à la salle et sembla comprendre le problème. Il lâcha une excuse puis baissa sa baguette. L'eau lui retomba immédiatement dessus et il en ressorti avec les cheveux et la barbe d'un roux presque rouge. Il se sécha d'un coup de baguette, et réajusta la couleur de sa pilosité avant de finalement regarder Harry Potter et de lui tendre la main. Enfin, en réalité, Alaric lui tendit sa baguette et Harry ne sut pas comment réagir.

— Ah, désolée, dit Alaric en changeant sa baguette de main. Enchanté de faire votre rencontre, Monsieur le Commandant des Aurors Harry Potter. Je vous propose qu'on signe le contrat et qu'on s'y mette tout de suite.

Il paraissait parfaitement sobre, mais parfaitement... Original. Harry lui serra la main avec fermeté, une poigne puissante que l'homme lui rendit sans mal. A seulement vingt-quatre ans, il était une légende parmi les conjureurs de sorts et il était certain que tous ses exploits n'étaient pas connus.

Harry tourna les talons et l'invita à le suivre dans son bureau. Les Aurors continuaient à le regarder passer, à l'expression sur leur visage, il était évident qu'ils s'étaient tous rappelé de l'affaire où ils avaient entendu parler de lui. Prichard salua l'homme, et il eut droit à la même poigne ferme et fière.

Ils se penchèrent ensuite tous les trois sur la question du contrat. Alaric demandait principalement à avoir de quoi s'occuper sur la longueur et Harry regretta un peu de lui avoir mentit : à part les badges et la bague, il n'avait pas grand-chose à lui faire vérifier... A moins que Teddy ne lui apprenne, tout à l'heure, quelque chose de très intéressant.

— Il n'y a que ça ? se plaignit-il. C'est un peu court pour me tenir occupé plus de vingt minutes.

— J'en ai conscience, je vous propose donc de me suivre tout au long de l'enquête. J'ai de bonnes raisons de croire que nous aurons besoin de vos services.

En réalité, Harry n'était sûr de rien. C'était plutôt un genre de pressentiment, comme s'il lui semblait tout à fait improbable que rien ne se dresse sur leur chemin. Évidemment, c'était logique, mais de là à dire qu'ils auraient spécifiquement besoin d'un conjureur de sorts... Non, Harry devait admettre que c'était seulement sa curiosité qui le poussait à trouver un prétexte pour emmener avec lui cet étrange personnage.

— Suivre Harry Potter dans une enquête, hein ? dit-il d'un ton songeur, appuyant son menton dans sa main. Oui, ça pourrait être amusant j'imagine... Entendu, faisons ça. Vous avez intérêt à me tenir occupé, quand je m'ennuie j'ai tendance à faire des choses stupides.

— Comme simuler un cambriolage ?

— Ah, non, pour ça j'avais juste perdu un pari. Pas de chance. Enfin, en même temps, je savais bien que j'étais nul au poker...

— Vous avez joué un cambriolage au poker ? Qu'aviez-vous à y gagner ?

— Une occupation.

Les deux hommes se regardèrent un instant. Harry n'était pas sûr de pouvoir comprendre ce genre de comportement... Comment pouvait-il être aussi important de s'occuper ? Comment l'ennui pouvait-il pousser un homme sain d'esprit à prendre de pareil risque ? Non, bien sûr. C'était simplement que Harry n'avait pas encore tout à fait réalisé que cet homme-là n'était pas sain d'esprit.

— Vous étiez à Serdaigle j'imagine.

— Je ne suis pas allé à Poudlard, répondit l'homme. J'étais à Beauxbâtons.

— Ah, je vois. Dans quel ordre ?

— J'ai fait les trois.

Harry leva de nouveau les yeux vers Keeling, imité par Pritchard. Certes, Beauxbâtons et Poudlard ne fonctionnaient pas du tout de la même manière, mais il leur semblait tout de même qu'un ordre ne changeait pas normalement. Alors en changer deux fois ?

— Enfin, j'imagine que c'est à Aloysia que j'ai passé le plus de temps... Quoi que, je suis repassé par Lonicera plusieurs fois... Non, vraiment, conclu-t-il avec un sourire, il faudrait demander à ma Directrice.

— Il me semblait que les Ordres était quelque chose d'assez... fixe, osa Harry.

— Tout à fait oui.

Alaric ne développa pas plus sa pensée, et ne donna aucune explication supplémentaire. Harry comprit que ce n'était plus la peine d'insister et se contenta donc de finir de noter les différents points du contrat.

— Je vais voir Hermione pour faire ratifier ça, informa-t-il Pritchart.

Il se leva et Alaric l'imita. Harry pensa à lui demander d'attendre ici, mais il se douta que ça n'aurait eu aucun effet sur le conjureur de sorts. Il risquait de très vite regretter d'avoir proposé ce contrat, surtout si Alaric continuait à lui servir des demi-réponses à chaque fois qu'ils se parlaient.

C'est donc suivi de Keeling que Harry traversa une nouvelle fois le ministère pour rejoindre Hermione. Il toqua à la porte de son bureau, et il entra dès qu'elle lui en donna la permission. Alaric l'imita, et Hermione posa sur lui un regard surpris.

— Alaric Keeling ?

— En chair et en os. Sauf si vous avez trouvé de nouvelles charges contre moi.

Hermione soupira un peu et se leva, pour les accueillir. Elle expliqua à Harry, qui était un peu perdu, qu'elle avait été contrainte dans la première semaine de son arrivée à son poste, de rédiger des lois uniquement destinées à éviter que quelqu'un tente d'imiter le conjureur de sort.

— Il en a fallu au moins une trentaine, juste pour contrer toutes les possibilités connues. Pourtant, nous savons tous ici que nous n'avons fait qu'effleurer la surface de ce dont cet homme est capable pour nous mettre dans des situations délicates.

— Vous savez bien que ce n'est pas le but, Madame Granger. J'essaye juste de passer le temps.

Il haussa les épaules, et cela sembla agacer Hermione qui, malgré tout, se concentra très professionnellement sur la relecture du contrat. Comme d'habitude, elle remplaça quelques termes, ajouta des clauses oubliées mais légalement obligatoires, puis leur tendit le document.

— Relisez le tous les deux.

Elle avait demandé plusieurs fois à Harry de s'associer à un des juristes du bureau pour la rédaction de ses contrats, mais celui-ci avait refusé. Il tenait à pouvoir discuter de toutes les clauses en amont avec les personnes concernées, et un juriste aurait forcément essayé de privilégier le Ministère. Hermione, elle, prenait grand soin de respecter les choix de Harry pour chaque document. Y compris quand, pour cela, elle devait préparer par précaution quelques lois alambiquées lui permettant de faire passer comme parfaitement légal des aspects qui jouait avec un flou juridique.

— Est-ce que ça vous convient, Monsieur Keeling ?

— On va passer un moment ensemble Harry, appelle moi Alaric. Enfin, tu peux aussi essayer un surnom mais je te préviens, je suis très susceptible.

Il signa le contrat, et Harry fit de même. En seulement quelques minutes, Alaric était décidément très à l'aise, au point de l'appeler par son prénom et de le tutoyer. Il n'était pas sûr de savoir si cela lui déplaisait ou le confortait dans son idée de l'avoir près de lui jusqu'à la fin de l'enquête. Cela promettait d'être intéressant, et en même temps... sans doute très gênant dans certaines situations.

— Quand est-ce qu'on va prendre ce café ? J'attends toujours des explications, pour ça.

Hermione avait désigné la main de Harry, toujours bandée. Il avait eu de la chance que personne ne lui pose la question jusque-là... Pritchard était énervé à son retour, ses Aurors intrigué par le nom de Keeling, aucun d'eux n'avait donc vraiment remarqué qu'il était blessé. Mais bien sûr, il s'agissait de Hermione.

— Cool, un café, répondit Alaric à sa place. Allons-y maintenant !

— Je dois d'abord débriefer mes équipes. Je dois aussi appeler quelqu'un pour l'affaire, et vous vous avez des bijoux à passer en revu.

— Tu sais, ça va être un peu bizarre si je te tutoie et que tu me vouvoies, ça ressemble à une relation de domination un peu bizarre.

— Tu as des bijoux à passer en revue, corrigea Harry avec précipitation.

Hermione, de son côté, affichait un sourire amusé. L'inconfort de Harry était de toute façon presque toujours un sujet d'amusement pour ses amis. Elle proposa qu'ils se rejoignent dans l'après-midi, aux alentours de seize heures, avec Owen également. Harry confirma tout en précisant qu'il ignorait comment se déroulerait la suite et devrait peut-être annuler. Ce n'était pas vraiment la peine d'en faire mention à Hermione, il le faisait surtout pour éviter qu'Alaric ne tente de revenir sur le sujet en cas d'urgence.

L'Auror et son conjureur de sorts retournèrent à l'étage où se trouvaient les bureaux. Sans attendre, Harry annonça qu'ils allaient commencer le débrief de leur affaire principale. Il avait bien évidemment ajouté une clause de confidentialité au contrat, de façon qu'Alaric ne puisse pas répéter ce qu'il allait inévitablement voir et entendre.

Toute l'équipe se réunit devant le tableau en liège, et Pritchard s'installa devant avec de nouvelles punaises et documents à y accrocher. Harry revint sur les récents événements.

« Comme vous le savez tous maintenant, hier soir nous avons appréhendé Blake Scarletwound. Son interrogatoire a eu lieu ce matin, je l'ai mené avec Owen. Le suspect nous a révélé beaucoup d'informations précieuses mais hélas très imprécises sur le fonctionnement de l'Organisation au Droit à la Pleine Lune.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, cette Organisation existe depuis plusieurs décennies. Elle avait été assez calme jusqu'en 2004, année durant laquelle certains de ses membres ont commencés à se montrer plus actifs, mordant sous leur forme lycanthropique plusieurs sorciers. Ils ont également entraîné la mort de nombreux parents moldus, dont ils avaient pris les enfants sorciers pour cible.

Cette année-là, les Aurors Muldoon et Summers ont procédés à trois arrestations : celles de Kaspar Craft, Finn Fadington et de leur leader, Daniel Gorst. Les trois hommes étaient liés par le fait d'avoir été préfet de Poufsouffle à un moment de leur scolarité, nous le savons car ils avaient tous les trois leur insigne lorsqu'ils ont été arrêté. De plus, il semblerait que le leader ait été très attaché à une bague dont nous n'avons pas encore déterminé l'importance. Alaric Keeling, ici présent, s'occupera de l'analyser en sa qualité de conjureur de sorts.

A l'heure actuelle, nous estimons que Drago Malefoy a pu être enlevé par ce groupe et qu'il serait retenu dans un lieu tenu secret. Nous espérons trouver bientôt suffisamment d'informations pour déterminer avec exactitude l'endroit où se trouve leur cachette.

Il est également important que vous sachiez que l'Organisation pour le Droit à la Pleine Lune a été particulièrement active ces dernières années. En treize ans, son nombre de partisans est passé d'une petite centaine à, d'après Monsieur Scarletwound, quarante mille.

Pour ce que nous en savons, seuls les membres dits Supérieurs ont l'autorisation de transformer des sorciers. Par la suite, ils doivent les garder à l'œil et faire en sorte qu'ils rejoignent l'Organisation. Vous l'aurez compris, toutes leurs victimes ne les rejoignant pas, ils sont sans doute à l'origine d'un nombre inquiétant de transformation. Tant que nous n'aurons pas mis un terme à cette histoire, je vous demande de ne pas en parler. Cette affaire nous montre que le nombre de loups-garous dans notre pays est bien plus élevé que ne le laisse entendre nos recensements. Il est inutile de provoquer un mouvement de panique.

Je vous remercie pour votre attention. Si vous avez des questions, je vous encourage à vous adresser à Owen jusqu'à mon retour. »

Ce fut la première fois qu'un briefing se termina sans une blague d'Owen ou de Seamus Finnigan. Les Aurors arboraient maintenant tous la même expression grave. Ils retournèrent à leur place, et Harry se permit de relâcher un peu la pression qu'il emmagasinait toujours pendant ces moments. Il devait maintenant appeler son neveu... Ou bien devrait-il aller le voir directement ? Non, il ne voulait pas le déranger plus que de raison alors qu'il travaillait. Il retourna à son bureau, suivit par Alaric qui n'avait, étrangement, pas fait le moindre commentaire sur l'affaire.

Harry ferma la porte de son bureau, cette fois-ci, car il préférait éviter de passer un appel à moitié privé devant l'ensemble de sa brigade. Devant Stan, ce n'était pas un problème, il l'avait déjà vu se faire remonter les bretelles par Ginny au moins une dizaine de fois à cause d'heures supplémentaires excessives. Quant à Alaric... Eh bien, il était simplement clair que le mettre à la porte de son bureau n'apporterait absolument rien de bon.

— Je vais devoir passer un appel à mon Neveu pour l'affaire, essaye de ne pas intervenir.

— Je ferais de mon mieux, répondit Alaric avec un sourire amusé alors qu'il s'asseyait.

L'appel aboutit presque immédiatement. Teddy était en plein travail, dans l'atelier où il passait maintenant le plus clair de son temps. Il sourit en voyant Harry.

— Salut Harry. Tu vas bien ?

— Très bien, et toi ? Le travail se passe bien ?

— Oui, ça va. Je crois que je ne me débrouille pas trop mal maintenant... Tu voulais me dire quelque chose ? Je n'ai pas beaucoup de temps pour les appels persos.

— Désolé, je ne serais pas long. Je travaille sur une affaire qui pourrait avoir un lien avec les préfets de Poufsouffle, est-ce que tu aurais remarqué quelque chose d'anormal quand tu l'étais ?

Ted resta silencieux un instant, visiblement songeur. Comme souvent quand il était plongé dans une intense réflexion, ses yeux virèrent au jaune. Il finit par hocher légèrement la tête.

— Ce n'est sans doute pas grand-chose, mais y a bien un truc. Dans la salle de bain des préfets, y a une brique avec une gravure dessus. C'est clairement le blason de Poufsouffle, mais je n'ai jamais bien compris ce que ça faisait là. Y a un trou en dessous, pas bien gros, peut-être de la taille d'une Mornille.

— Est-ce que tu as déjà essayé d'y toucher ?

— Harry, je suis ton neveu. Évidemment que j'ai essayé, et pas qu'une fois ! Tous les jours pendant environ un mois et après j'ai lâché l'affaire. Sincèrement, je pense que c'est juste une gravure faite par un ancien élève un peu trop fier de sa maison.

Le Commandant des Aurors n'en était pas si sûr. Il le remercia, et lui souhaita bon courage pour le reste de sa journée. Teddy promis, comme d'habitude, de l'appeler s'il avait besoin de quoi que ce soit puis il raccrocha. Harry resta songeur un instant, puis il soupira. Il comptait se rendre à Poudlard de toute façon, alors Alaric n'aurait qu'a étudié la bague pendant qu'il fouillerait la salle de bain des préfets.

— Il semble que tu vas aller à Poudlard, finalement.

— Hm ? J'y suis déjà allez. Tu te rends compte du nombre de passage secret qu'il y a dans cette école ? un vrai gruyère. À se demander pourquoi il est interdit d'y transplaner, ça rend les choses à peine plus difficiles.

Harry soupira mais il n'arrivait pas à être étonné. Seulement, Alaric mettait le doigt sur quelque chose d'effectivement important : il serait grand temps de faire fermer ces passages. Étudiant, il avait pris grand plaisir à les utiliser, et ils lui avaient même permis d'infiltrer l'école pendant la guerre, mais maintenant que ses enfants étudiaient là-bas... l'idée qu'ils puissent être en danger à cause de ces multiples points d'entrée le mettait un peu mal à l'aise.

Cette fois-ci, Harry ne prit pas la peine de prévenir le Directeur Brocklehurst de son arrivée. Ils se rendirent donc directement à l'air de transplanage et se retrouvèrent quelques minutes plus tard devant le pont qui menait à l'école.