— Alors c'est à ça que ça ressemble, commenta Alaric. C'est un genre totalement différent, mais je crois que je pourrais préférer ça à Beauxbâtons...

— Poudlard étant de loin la meilleure école de sorcellerie du monde, ce n'est pas étonnant. Je croyais que vous étiez déjà venu ?

— Une seule fois, et je n'ai vu que le sous-sol.

Ils avancèrent sur le pont sans que personne ne vienne les accueillir. C'était assez logique puisqu'ils n'avaient pas prévenu de leur arrivée et qu'ils avaient décidé de venir en début d'après-midi. A cette heure, tous les professeurs étaient occupés avec des élèves. Cependant, il était certain que le Directeur Brocklehurst les regardait avancer depuis la fenêtre de son bureau. Harry en eut la confirmation quand ils arrivèrent en bas des escaliers mouvants.

Aristote finissait de descendre les marches quand ils mirent un pied dans l'immense salle qui renfermait les escaliers. Le conjureur de sort regardait autour de lui avec intérêt, mais il sembla ne pas bien saisir l'intérêt d'escaliers têtus au sein d'une école. Il était difficile de lui donner tort.

— Monsieur Potter ! Je ne pensais pas que vous trouveriez mon remplaçant si rapidement !

— Remplaçant ? questionna Alaric.

— Désolée, Professeur, ce n'est pas le cas. Je vous présent Alaric Keeling, il m'assiste sur une enquête en tant que conjureur de sorts.

— Oh, je vois, répondit le Directeur sans cacher sa déception. Enchanté de faire votre connaissance. En quoi puis-je vous aider ?

Harry lui expliqua rapidement la situation une fois qu'Alaric et lui se furent serrer la main. Le Directeur leur donna l'autorisation d'entrer dans la salle de bain des préfets et semblait sur le point de proposer de les y accompagner avant de regarder Harry :

— J'imagine que vous savez déjà où elle se trouve, il n'y a pas vraiment de lieux que vous n'ayez pas fouillé dans cette école.

Il le regarda avec intensité et le Commandant des Aurors compris très facilement ce qu'il avait en tête. Il se contenta donc de confirmer et de monter les premières marches sans attendre.

— Je viendrais vous voir quand nous aurons terminé professeur, merci pour votre aide.

— Merci vieux ! lança le conjureur de sort

Alaric monta quelques marches en trottinant, alors qu'Aristote le regardait avec une certaine incrédulité. Harry s'excusa du regard, à défaut de mieux, et emboîta le pas à son collègue éphémère.

— Comment ça fonctionne ?

— Les escaliers ? Ils n'ont pas de schéma précis, il faut juste saisir sa chance.

— C'est absurde, et totalement contre-productif. C'est un maléfice, il doit y avoir un moyen de le conjurer.

— Je ne me suis jamais vraiment posé la question, avoua Harry. A ma connaissance, ça a toujours été comme ça, peu importe pour quoi ça a l'air plutôt fixé.

Mais le conjureur de sorts semblaient ne pas être d'accord avec Harry. Il le suivait dans les différents escaliers, arrivant sur certains juste avant que l'accès ne se ferme et qu'il se remette à bouger. Finalement, Alaric sorti à baguette et Harry faillit faire de même, se croyant attaqué, avant de comprendre ce qu'il faisait.

— Vous ne serez pas payé pour essayer de conjurer un sort qui ne dérange que vous.

— Peu importe, c'est plutôt un challenge personnel.

— Vous ne devriez pas faire ça, ces escaliers sont aussi importants que Poudlard.

— Mais ils sont contre-productifs. L'idée de ne pas arriver à l'heure à cause d'un escalier doit être stressant, sans compter les nouveaux venus, qui se retrouvent face à un obstacle ridiculement complexe.

Difficile de lui donner tort, là encore, mais pour Harry ces escaliers étaient l'identité même de Poudlard. Une partie de son identité en tout cas. Ils arrivèrent finalement à l'étage qui les intéressait, et Harry quitta l'escalier avant de se tourner vers Alaric qui était resté dessus.

La portion de l'escalier se décala lentement, mais Alaric ne bougea pas. Il pointa sa baguette sur une marche, inspira profondément...

— Econtra.

L'escalier s'immobilisa soudain, avec difficulté, comme s'il luttait pour échapper au sortilège. Puis il se remit à tourner dans le sens inverse et c'est avec un sourire victorieux qu'Alaric posa le pied sur le même palier que Harry.

— Ce n'est pas encore ça, mais je pense avoir compris comment ça fonctionne.

— En si peu de temps ?

Alaric lui jeta un regard surpris et rangea sa baguette.

— En si longtemps tu veux dire, c'est la première fois que je galère autant.

L'homme haussa les épaules et devança Harry dans le couloir qui desservait la salle de bain des préfets. Le Commandant des Aurors ne le rejoignit qu'après avoir constaté que l'escalier reprenait sa course comme si de rien était. A sa connaissance, pourtant, personne n'avait jamais soumis ces escaliers à sa volonté, pas même Dumbledore, si du moins il avait essayé.

Harry rattrapa le conjureur de sorts, et ils entrèrent ensemble dans la salle de bain des préfets, heureusement totalement vide à cette heure. Alaric regarda un instant autour d'eux avant de soupirer un peu.

— Donc ici, pour prendre un bain, faut être préfet. C'est bien, faut apprendre le système de caste le plus tôt possible, ça forge le caractère.

— Hein ? Non ce n'est pas ça, c'est juste... Ce n'est pas le sujet, tiens, la bague.

Il tira de la poche intérieure de sa robe la fameuse bague et son collier, tous les deux de retours dans leur sachet opaque. Il le lui tendit et commença à scruter les murs de la pièce. Les remarques d'Alaric le mettaient un peu mal à l'aise. Il n'avait jamais remis en question ce que Poudlard proposait et il avait l'impression que c'était une erreur.

Alaric accepta de se mettre au travail mais il était clair qu'il avait encore beaucoup à dire sur Poudlard et sur son fonctionnement, alors même qu'il n'était là que depuis cinq minutes. En s'accroupissant pour regarder une pierre qui semblait abîmée, mais n'était pas celle qu'il cherchait finalement, Harry se fit la réflexion que cet homme pourrait en réalité être exactement ce dont Poudlard avait besoin. Et il détesta ça.

Plusieurs minutes passèrent dans le silence. Lorsque Keeling était concentré, il était visiblement très silencieux, ce qui n'était pas plus mal. Harry le regardait de loin par moment, il s'était installé sur le rebord d'une des grandes baignoires vides, et examinait la bague qu'il faisait flotter devant lui.

Finalement, Harry se retrouva devant un mur de pierre, tout au fond de la salle de bain des préfets. Sur une brique, à hauteur de sa taille, il vit le blason de Poufsouffle. La pierre était usée et la gravure avait commencé à s'estomper, mais il était sûr de ne pas se tromper. Il s'accroupit pour examiner le trou qui se trouvait en dessous, avec un Lumos, il en examina la forme. Les bords avaient été abîmés, sans doute suite aux essais de Teddy ou d'un autre préfet, alors il n'était pas totalement sûr de lui, mais il semblait qu'il fallait un objet arrondit, aux côtés plats. Il tourna la tête vers Alaric, et l'évidence lui sauta aux yeux.

— Alaric ! J'ai besoin de la bague. Est-ce que je peux l'utiliser ?

L'homme sembla sortir d'une profonde réflexion. Il prit entre ses doigts la bague qui avait continué à flotter et tourner sur elle-même juste en face de lui.

— Aucun problème, elle n'est pas ensorcelée.

Alaric vint le rejoindre à grandes enjambées, mais sans se presser. C'était simplement que sa silhouette était élancée et ses jambes plus longues que la moyenne. Il tendit la bague à Harry sans s'accroupir à côté de lui, ce qui donna au concerné une étrange sensation d'inconfort.

Une fois qu'il eut la bague entre les doigts, Harry l'examina un peu puis l'approcha du trou. La taille semblait parfaitement correspondre. Il se redressa et utilisa un sortilège de lévitation sur la bague.

— Recule. Je ne sais pas ce que ça peut provoquer.

Ils reculèrent tous les deux, Harry s'arrangeant pour qu'Alaric soit légèrement derrière lui, ce qui était un peu ridicule. Techniquement, dans cette situation, ils avaient plus de chance d'avoir besoin d'un conjureur de sorts que d'un Auror. La bague flotta jusqu'à s'encastrer parfaitement dans la pierre.

D'abord, il ne se passa rien. Puis la pierre commença à avancer lentement, peinant à s'extraire du mur. Elle tomba lourdement au sol, et Harry comprit pourquoi il semblait y avoir des traces de choc sur les dalles à cet endroit. La brique avait dévoilé un espace vide, assez profond, que Harry entreprit d'éclairer avec sa baguette.

— C'est totalement vide.

— Vraiment ?

Keeling s'accroupit à côté de lui et se pencha pour regarder dans le trou à son tour. Ce dernier était très clairement vide, mais ça n'empêchait pas le conjureur de sort de pointer sa baguette vers le fond.

— Revelio.

Une forme brillante se révéla mais aucun d'eux ne bougea, chacun attendant que l'autre fasse le premier pas. L'idée d'enfoncer leur main dans ce trou noir ne les enchantait pas. Harry fini malgré tout par le faire et ses doigts entrèrent en contact avec un parchemin enroulé, qui tenait grâce à l'année de fer brillant qu'ils avaient vu. Il l'en tira, et Alaric lui lança un regard plein de déception.

— Franchement Harry, cet objet était caché par un sortilège de dissimulation, au fond d'un trou sombre révélé par l'introduction d'une mystérieuse bague dans une pierre gravée. Pourquoi par Merlin l'as-tu pris à main nue ?

— Tu ne bougeais pas, alors j'ai estimé que c'était bon.

— Ta confiance en moi te perdra, répondit Alaric avec un sourire amusé. Mais effectivement, il n'est pas ensorcelé.

Harry soupira et fit glisser l'anneau. A la lumière, il était très clairement en or, et le symbole gravé à l'intérieur semblait indiquer qu'il avait été forgé par des gobelins. Mieux valait garder ça pour lui pour le moment, histoire qu'on ne vienne pas le lui réclamer.

Il déroula le parchemin, mais rien n'y était inscrit. Habitué à la carte du Maraudeur, il posa le bout de sa baguette dessus.

— Révèle tous tes secrets.

L'image de Severus, jetant ce même sortilège sur la carte des années plus tôt vint s'imposer dans son esprit, lui arrachant un faible sourire. Ce n'était pas une époque à laquelle il appréciait et estimait Rogue et, même avec le recul, savoir tout ce qu'il savait n'aurait pas changé grand-chose. Mais c'étaient des souvenirs de Severus et, en cela, ils étaient précieux.

De l'encre apparue sur le parchemin vieillit, et Harry comprit qu'il avait bien fait de prendre toutes les pièces à conviction avec lui. On pouvait désormais lire « Préfet, présent ton insigne et je te dirais tout. ». Il posa le parchemin le temps de tirer le sachet contenant les différents insignes de sa poche. Il en sorti un, et le posa sur le parchemin.

« Bienvenue, Daniel. »

Une nouvelle fois, Harry posa sa baguette sur le parchemin, et lança le sortilège. Il espérait, ainsi, avoir la suite des instructions. Au lieu de ça, tous les messages s'effacèrent, et Harry comprit qu'il avait commis une erreur quand le message suivant apparu lentement.

« Cette baguette n'appartient pas à Daniel Gorst. Veuillez rendre son insigne à Daniel Gorst. »

C'était un début de piste, en quelques sortes. Il suffisait à Harry de se procurer un insigne de préfet de Poufsouffle, et de l'utiliser sur ce parchemin. Du moins, il l'espérait. Il allait s'y résigner quand il vit qu'Alaric le regardait avec un drôle d'air.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Harry avec un mauvais pressentiment.

— Sérieusement ? Harry ? On m'avait vanté ton intelligence mais là je suis sidéré. Tu as un foutu conjureur de sorts avec toi. Tu es confronté à un sort difficile. Il n'y a rien qui tilte sous tes bouclettes ?

— Je n'ai pas de bouclettes, Alaric. Je me demandais simplement s'il ne valait pas mieux suivre le protocole imposé par ce parchemin au lieu d'essayer de le contourner au risque de déclencher quelque chose de négatif.

— Bien sûr, alors allons de ce pas chercher un insigne de préfet, je suis sûr qu'on pourra rouler le parchemin qui a le pouvoir de scanner des baguettes.

Harry ouvrit la bouche pour répliquer, mais il ne pouvait pas vraiment nier que c'était une pensée passablement idiote. Seulement, il devait tenter le coup, ne serait-ce que par pure fierté. Il se leva en enroulant le parchemin, remis la bague autour de ce dernier, et la glissa dans la poche de sa robe avec le reste.

— Allons voir le Directeur. Si ça ne fonctionne pas, il sera encore temps d'utiliser ta méthode.

— C'est toi le patron.

Keeling se redressa et ils sortirent ensemble de la salle de bain des préfets, sans s'adresser un mot. Alaric avait raison, il aurait dû penser à lui demander d'intervenir dès que le parchemin avait commencé à opposer de la résistance, mais il avait pris l'habitude de s'impliquer seul dans tout ce qui semblait dangereux, et ça... ça semblait dangereux.

Ils s'engagèrent de nouveau dans les escaliers et, de nouveau, Alaric tenta de les contrôler. En arrivant à l'étage qui les intéressait, il avait réussi à immobiliser un escalier pendant quelques secondes, un autre resta coincé dans un seul mouvement répété pendant presque une minute entière, puis tout revint à la normale, mais cela semblait déjà beaucoup satisfaire Alaric.

Devant la statue qui menait au bureau du Directeur, Harry prononça le mot de passe. Ils s'engagèrent sur les marches.

— Tout le monde connaît le mot de passe ?

— Seulement les professeurs.

Lui, il l'avait toujours connu du temps de Dumbledore, mais il savait bien que son cas était bien loin de la généralité. Si Albus n'avait pas eu besoin de lui, il aurait été comme tous les autres élèves : incapable d'aller le voir et lui parler quand il en ressentait le besoin.

— Donc les élèves ne peuvent pas venir parler directement au directeur ?

— Pas sans y avoir été invité, ou sans l'escorte d'un professeur.

Alaric soupira un peu, et Harry comprit que ça aussi, on le faisait différemment à Beauxbâtons. Visiblement, Poudlard avait quelques lacunes et Alaric Keeling semblait vouloir les pointer du doigt une à une, juste pour le plaisir. Peut-être avait-il un esprit un peu trop réformisme pour être le nouveau directeur de l'établissement... Ou peut-être était-ce exactement ce dont Poudlard avait besoin. Ce n'était pas le moment d'y penser, Harry tenta donc de faire reculer ces informations dans son esprit.

Quelques instants plus tard, ils entraient dans le bureau. Il y avait dans l'air une odeur de cannelle et de pomme, qui s'expliquait par le thé qu'était en train de boire le Directeur, visiblement en grande conversation avec deux tableaux. Harry reconnu Albus Dumbledore et Severus Rogue. Il approcha en s'excusant.

— Désolé de vous déranger, Professeur Brocklehurst. Professeur Dumbledore, Professeur Rogue, salua-t-il.

Les deux tableaux tournèrent leurs yeux peints vers lui. Dumbledore lui offrit un sourire affable, et sa voix profonde le salua en retour. Rogue, lui, se contenta d'un coup d'œil et de sa voix trainante habituelle qui ne prononçait que son nom de famille, comme toujours. Harry ne s'en formalisait pas, il avait appris à apprécier ces échanges un peu froids, car après tout, le tableau avait été peint à une époque où leurs relations étaient difficiles. Elles le seraient sans doute restées par la suite, de toute façon.

— Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez, messieurs ?

Aristote s'assit à son bureau et posa sa tasse fumante sur un coin de celui-ci. Les deux tableaux les regardaient, visiblement bien décidés à suivre la conversation avec attention. Harry et Alaric s'assirent tous les deux.

— Nous avons trouvé, répondit Harry. Pour la suite, j'aurais besoin que vous me fournissiez un insigne de préfet, de la maison Poufsouffle.

— Je suis désolée, Harry, mais je ne peux pas faire ça. Les insignes sont créés spécifiquement pour leur porteur. Ils sont ensorcelés, de façon à ne pouvoir être porté que par la personne à laquelle ils sont destinés.

— Je vois, soupira Harry.

Il détestait donner raison à Alaric mais, à ce rythme, il allait bel et bien devoir demander à son conjureur de sorts de s'occuper de la suite. Il ne pouvait décemment pas demander à un préfet de l'assister dans une mission aussi dangereuse. Il hésita un moment avant de tenter autre chose :

— Pourriez-vous me nommer préfet de Poufsouffle, dans ce cas ?

— Il est évident que non, Monsieur Potter. Même en imaginant que vous soyez encore étudiant ici, vous êtes un Gryffondor. Il faudrait que le Choixpeau vous répartisse dans une maison différente.

Harry leva la tête vers le haut de l'armoire vitrée où se trouvait le Choixpeau. Ce dernier souleva l'un des plis de ses yeux, comme s'il l'ouvrait, puis le baissa en répondant d'une voix amusée :

— N'y pensez même pas, Harry Potter. Vous êtes un Gryffondor, plus encore aujourd'hui qu'à l'époque de votre répartition.

Il en ressentit une certaine fierté, notamment parce que cela lui rappelait que la part de Voldemort qui avait bien faillit l'envoyer à Serpentard était bel et bien partie. Mais ça ne l'arrangeait décidément pas pour la suite.

Alaric, sur le siège à côté du sien, se redressa un peu. Visiblement, il était déjà prêt à partir. Non seulement Harry ne voulait pas lui donner trop facilement la satisfaction d'avoir raison, mais en plus il avait besoin de tester une théorie qui n'avait pas grand-chose à voir avec son enquête. Il aurait le temps de se le reprocher plus tard, en attendant il voulait gagner du temps pour réfléchir, et il voulait des réponses.

— De quoi parliez-vous, avec les Professeurs Dumbledore et Rogue ?

— Il y a eu un nouveau blessé, pendant le premier match de Quidditch de l'année. Un cognard, puis une chute. Evidemment nous avons amorti cette dernière, mais il risque de rester dans le coma un moment.

— Vous n'avez aucune protection ? s'offusqua soudainement Alaric. Êtes-vous totalement inconscient ? Vous laissez des élèves jouer à un sport excessivement dangereux sans aucune protection ?

— N'exagérez pas, ils ont des protège-tibias !

— Oh oui, ils n'ont qu'à apprendre à arrêter les cognards avec !

Alaric leva les yeux au ciel, et Aristote resta silencieux, la bouche entre-ouverte, visiblement assez vexé. Harry, quant à lui, avait eu sa réponse. Il en parlerait avec Ron, Ginny et Hermione ce soir mais il avait pris sa décision. Il ferait tout pour qu'Alaric soit le nouveau directeur de Poudlard, même si pour ça il devait accepter de voir Poudlard d'une façon plus cru, en oubliant sa magie pour se concentrer sur sa fonction.

Il se leva et salua le Directeur actuel, lui serrant la main avec fermeté. Il promit de revenir rapidement avec de bonnes nouvelles pour lui, bien conscient qu'il devait attendre avec impatience qu'il lui envoie un hibou ou le joigne sur son miroir. Il en profita pour lui assurer qu'il était certain que cette crise serait parfaitement gérée, et tourna les talons. Alaric se contenta d'un « A+ » qui, une fois de plus, déstabilisa tous les sorciers présents dans la pièce. Il avait un certain don pour paraître toujours trop à l'aise.

— Donc, reprit Alaric quand ils eurent descendu les marches, on va suivra la méthode conjureur de sorts ?

— Il semblerait qu'on n'ait pas le choix. Cependant, plutôt que de s'en prendre au parchemin qui reste notre seul indice, nous allons nous en prendre aux insignes que nous avons. Tu auras donc trois tentatives, dans le pire des cas.

— Le pire des cas étant que je fasse littéralement exploser les insignes avec mes tentatives, ça devrait aller.

Ils passèrent la lourde porte du château, traversèrent le pont, puis transplanèrent, Harry s'occupant comme toujours de l'escorte. Après quelques minutes, ils se retrouvèrent dans le bureau de Harry, un Owen impatient d'entendre les dernières nouvelles avec eux. Le Commandant des Aurors lui fit un rapide résumé des événements, ne retenant que les éléments principaux, à savoir la découverte du parchemin et la nécessité, pour continuer l'enquête, de trouver très vite un moyen d'en afficher le contenu.

— J'image qu'on a plus qu'à attendre, dans ce cas, dit Owen.

— Non, en fait, je crois qu'on a encore une piste à explorer.

Harry fit venir à lui le dossier de l'enquête. Il en tira deux comptes-rendus d'interrogatoire : celui de Daniel Gorst et celui de Blake Scarletwound.

— Pendant son interrogatoire, Daniel a parlé d'une tour. Sur le coup, j'ai pensé à un délire monomaniaque mais si on regarde l'interrogatoire de Blake, tout semble prendre racine à Whitby. Et qu'est-ce qui se trouve à Whitby ?

— Les ruines du château.

Le Commandant des Aurors hocha la tête. Ils discutèrent encore quelques minutes et il devint vite évident qu'ils approchaient de la fin de l'enquête mais allait se retrouver confronté à un obstacle de taille : même s'ils étaient à peu près sûrs que le QG de l'Organisation se trouvait à Whitby, dans les ruines du château, ils ignoraient totalement comment y accéder. Pire encore, ils n'avaient que leur raisonnement avec eux, aucune preuve. Il fut donc décidé qu'Owen, Hilliard et Harry iraient sur place pour espionner les allés et venus, en espérant y voir des comportements suspects.

Il fallut que Harry promette à trois reprises à Alaric de le contacter s'il y avait de l'action pour que ce dernier accepte de travailler à l'abri des regards, dans le bureau de Harry, plutôt qu'au beau milieu d'un site touristique. Il n'était pas encore tout à fait sûr qu'il l'appellerait, car il lui semblait qu'Alaric serait du genre à faire rater même la meilleure formation de ses Aurors.

Moins de dix minutes plus tard, Harry était dans les ruines, ayant revêtu le visage d'un parfait inconnu. Owen, tout aussi bien déguisé, s'était mis dans une voiture du Ministère, camouflée en une petite voiture citadine pour l'occasion, à l'ouest du château. Hilliard, anonyme également, traînait avec un chien autour du monument, faisant mine de le promener. C'était d'ailleurs le sien, un adorable lévrier qui prenait plaisir à sauter au-dessus des murets de pierres.

Après une trentaine de minutes environ, sans que rien ne se passe, Harry sentit son miroir vibrer. Il se déplaça à l'abri des regards et ouvrit l'appareil. Pour l'occasion, il l'avait transformé en téléphone portable. Assez maladroitement car, même s'il excellait maintenant en métamorphose, il n'avait que très rarement vu de vrais téléphones.

— Salut Stan. Du nouveau ?

— Les agents de police à qui tu as demandé de perquisitionner Scarletwound sont revenus avec les journaux qu'on cherchait.

— Quelque chose d'intéressant ?

— Je crois, oui.

Stanislas orienta son miroir autrement, de façon à ce que Harry puisse lire ce qu'il avait sur son bureau. Il s'agissait d'un journal daté du mois dernier. On y lisait, en grosse lettre « La Tour de la Lune » et en plus bas « Un accès tenu secret pour votre propre bien ». Le reste de l'article revenait sur le fait que seuls les leaders de l'Organisation avaient le droit de pénétrer la Tour, et que son accès n'était révélé qu'aux bras-droits, par leurs leaders respectifs, mais que ces derniers n'avaient pas pour autant le droit de s'y rendre.

Harry remercia son adjoint, puis il raccrocha et passa sa main dans sa nuque. Cette surveillance ne servirait sans doute pas à grand-chose : ils ignoraient tout des leaders, et n'avait que les noms des bras-droits. Il fallait changer de stratégie, et le faire très rapidement. Harry regarda rapidement l'heure. Il était déjà seize heures, et l'affaire ne faisait que du surplace depuis les révélations de la matinée. Cela le frustrait énormément car il avait la sensation que chaque avancée ne faisait que les confronter à un nouveau problème. La voix de Hailey lui revint en mémoire : coupez une tête, il en repoussera deux. C'était la même chose, avec les leaders de cette maudite organisation comme avec les problèmes que cette enquête soulevait.

Il fit l'inventaire de tous les questionnements qui demeuraient sans réponse, et chacun d'entre eux en amenait d'autre. A force, il commença à sentir une étrange sensation de vertige lui saisir le ventre. C'était interminable, et le stress commençait sérieusement à le gagner. Il ne pouvait pas s'empêcher de s'en vouloir et d'imaginer Drago, emprisonné on ne sait où. La pleine lune aurait lieu dans la nuit du 6 au 7 septembre, ce qui signifiait qu'ils devaient résoudre cette enquête avant le lendemain soir. En étaient-ils seulement capables ?

Le Commandant des Aurors releva la tête, et il crut que le ciel lui envoyait un signe, comme rarement il l'avait fait. Juste avant de partir, pendant qu'Owen et Hilliard finissaient de revêtir leurs nouveaux visages, Harry avait discuté avec Alaric et ce dernier avait, volontairement ou non, glissé une information intéressante. Les objets ensorcelés tiennent généralement les chiens à distance. Or, depuis trente minutes, le brave lévrier d'Hilliard évitait avec soin un mur complet de sa zone de jeu.

Faisant fi de sa planque, lassé d'attendre alors que les heure étaient comptées, Harry avança à grandes enjambées jusqu'à la zone où se trouvait l'Auror et son chien. Sans donner la moindre explication, il posa sa main sur le mur. Il n'était pas sûr. C'était faible, et, surtout, c'était fluctuant. Harry était relativement puissant, disons par rapport à la moyenne des sorciers du moins, mais il n'avait jamais vraiment eu le don lui permettant de ressentir la magie dans chaque pore de sa peau. Il avait rencontré peu de sorciers qui l'avaient, pour être honnête. Pourtant, il sentait sous ses doigts un étrange frémissement.

Sans attendre, il contacta Alaric. Ce dernier ouvrit son miroir assez rapidement, et Harry marqua une pause en voyant l'état dans lequel il avait réussi à mettre son bureau en seulement une demi-heure. Des papiers étaient éparpillés partout, de même que des morceaux de bois et de tissus dont il n'arrivait même pas à imaginer la provenance.

— J'ai besoin de toi. Imaginons qu'un chien évite un mur, et qu'en touchant ce mur un sorcier sans aucune prédisposition au Ressenti Magique sente... un genre de frémissement. Est-ce que ce serait un début de preuve ?

— Sans aucun doute. Tu n'es pas sensible au Ressenti Magique ? J'aurais pensé, pourtant, vu que tu sais... tu es Harry Potter.

— Eh bien, être moi ne donne pas ce genre de pouvoir. Rejoins-nous. Tu sais transplaner juste en voyant une image du lieu ?

— Aucun soucis avec ça.

— Attends, dit précipitamment Harry en le voyant tourner sur lui-même. Tu dois aller dans la salle de transplanage ! C'est illégal de...

— Oups.

Harry se tourna et se retrouva nez à nez avec Alaric, qui affichait une mine à la fois amusée et gênée.

— Illégal, hein ?

— Peu importe.

Le Commandant des Aurors s'écarta du mur, et Alaric s'en approcha immédiatement, comme aimanté par sa surface. Il fit courir ses doigts sur la pierre vieillit mais, au lieu de s'arrêter à l'endroit où le mur était détruit, il continua sa route vers le haut, touchant un mur invisible.

— Fascinant. Il y a un mur ici.

— Il y avait un mur.

— Non, Harry, il y a un mur. Enfin... Il y aura un mur, je dirais.

Cela n'avait absolument aucun sens, et la façon dont Alaric prenait plaisir à ne pas donner de réponse claire tombait particulièrement mal à cet instant. Cependant, il sembla à Harry que ce n'était pas la raison de son silence. Le Conjureur de sorts Keeling semblait en réalité en pleine réflexion, lui-même ne savait sans doute pas encore précisément à quoi ils avaient affaire.

— Il me faut des protections pour travailler, mieux vaut que je ne sorte pas ma baguette au beau milieu de la foule, et on ne peut pas vraiment ramener ce mur dans ton bureau.

Harry fit signe à Hilliard d'aller chercher Owen. A trois, ils érigèrent des murs de protection autour du mur. Les moldus s'en éloignaient très naturellement, sans même y penser, alors que les quelques sorciers - ils étaient très peu nombreux - passaient simplement sans rien voir de leur côté du voile.

Après environ une dizaine de minutes, pendant laquelle Owen avait dû empêcher plusieurs fois Harry de déranger leur conjureur de sorts, Alaric baissa les mains. Il fixait encore le mur, mais les trois Aurors se redressèrent en l'attente du verdict.

— Comment formuler ça... Harry, tu m'as bien dit que tu voulais régler ça avant la pleine lune ?

— Ouais. C'est important.

— OK, OK, OK... Alors du coup, Harry, est-ce que tu ne voudrais pas qu'on aille prendre une petite camomille ?

— C'est bon, dis-le. C'est foutu ?

— C'est foutu. Même si vous trouvez quelqu'un pour vous faire transplaner directement dans la salle qui leur sert de repaire, vous seriez juste coincés dans le voile. Cette salle n'existe pas pleinement pour le moment. Enfin… C'est très métaphysique, je vous expliquerais ça une autre fois.

Il y eut un silence, pendant lequel seul Alaric était parfaitement conscient de ce dont il parlait. Owen fixait le mur en essayant de donner du sens à ces informations. Harry, de son côté, regardait plutôt Alaric qui soutenait son regard avec un grand sérieux. Ce n'était pas une blague, il n'essayait pas de le taquiner, donc cette formulation était en effet la plus proche de la réalité, aussi étrange soit-elle.

— C'est un genre de salle sur demande.

— De salle sur quoi ? questionna Alaric, un peu perdu.

— La salle sur demande, répéta Harry. On l'appelle aussi la salle va et vient. Il y en a une à Poudlard, elle n'apparait que si on a besoin d'elle, et elle contient ce dont on a besoin. Quand elle n'est pas là, il n'y a qu'un simple mur de pierre.

— Hm, alors effectivement, c'est un genre de Salle sur Demande. Chez les Conjureurs, on appelle ça une Porte Éphémère. Je vous passe le détail sur les sortilèges pour en créer une.

— Comment s'ouvre celle-là ?

Alaric regarda de nouveau le mur puis il leva la tête vers le ciel. Il semblait ne pas avoir très envie de répondre, peut-être parce qu'il savait que la réponse allait poser problème. Après un soupir, il écarta les bras, vaincu, et les laissa retomber le long de son corps. Harry fut surpris par la tonalité presque plaintive de sa voix.

— A la lumière de la pleine lune.

— Putain.

Harry se détourna de la scène en grognant, il décroisa les bras et Owen se redressa en tirant sa baguette. Il l'avait vu. C'était étrange, car jusque-là Owen n'avait jamais été capable de percevoir les signes, de voir la lueur dans ses yeux au moment où l'Autre reprenait le dessus. Le mouvement de sa main attira le regard du Commandant.

— Harry...

— C'est bon, Owen. Je suis calme.

Owen hocha un peu la tête mais ne rangea pas sa baguette, ce que Harry ne pouvait décemment pas lui reprocher. Lui aussi il l'avait senti surgir, heureusement il avait déjà déchargé suffisamment d'émotions négatives comme ça, tout irait bien pour le moment. Cependant, Harry n'était pas stupide, il savait qu'il devrait bientôt faire face à cette réalité qui avait soudainement explosée en lui. Il avait tout de même tenu longtemps, n'est-ce pas ? Dix-neuf ans. C'était énorme, avec toute cette rage qui le rongeait inlassablement. Dix-neuf ans d'une vie normale. Dix-neuf ans de répit.

Quand le Commandant releva enfin la tête, il croisa le regard d'Alaric. Le même regard que face à l'énigme des escaliers. Il allait devoir esquiver bien des sujets de conversations s'il voulait éviter de l'intriguer un peu trop. Keeling semblait être du genre à ne pas lâcher une énigme avant de l'avoir résolue. Une qualité, dans ce milieu... un énorme défaut, pour travailler avec Harry et ses proches.

— Explique-moi comment ça fonctionne. La pièce existe et elle est masquée, ou elle n'existe pas et se crée uniquement quand les conditions sont réunies ?

— C'est un mélange complexe de sortilèges de métamorphose et d'invocation, expliqua Alaric avec calme. La plupart des Portes Éphémères donnent en effet sur des pièces qui existent. Dans ce cas-là, il suffit de faire sauter le verrou, ce n'est pas très complique...

— Mais là, c'est autre chose, n'est-ce pas ?

— Oui. Cette salle est réellement inexistante sur notre plan tant que les conditions ne sont pas réunies. La notion est complexe et je ne pourrais pas vous l'expliquer en quelques secondes… Disons que cette pièce existe quelque part, et qu'elle sera téléportée ici quand le verrou sautera. En quelques sortes.

Harry resta silencieux un moment, les yeux fixés sur le mur en ruine. Ils avaient trouvé. Ils étaient jute devant la porte, et ils ne pouvaient pas l'ouvrir. Quand est-ce que cette enquête cesserait d'être un enchaînement absurde de situations improbables ?

— Est-ce que tu peux changer les conditions ?

C'était une sensation étrange, que celle de faire exactement ce que quelqu'un attendait de vous. Harry avait tourné les yeux vers Alaric en posant sa question, et il avait vu son sourire s'élargir, dans une expression indescriptible. C'était comme s'il avait vu son plan s'accomplir sous ses yeux. Un réflexe poussa Harry à glisser les doigts sur sa baguette en se redressant. Il recula de deux pas.

— Alaric Keeling, dit-il d'une voix autoritaire. Veuillez déposer votre baguette à vos pieds.

Alaric eut l'air surpris. Il tourna les yeux vers Hilliard et Owen, qui avaient également levé leurs baguettes vers lui. Le conjureur de sorts soupira profondément et laissa sa baguette tomber à ses pieds sans grande précaution. Il mit ses mains en évidence, et son expression était cette fois bien plus clair : un mélange entre de la lassitude et du désabusement.

— J'admets que je suis parfois limite, mais je ne fais pas parti de cette organisation.

— Alors pourquoi cet air de satisfaction, Alaric ?

— Parce que j'adore avoir raison quand je juge quelqu'un au premier regard, Harry. J'ai donc adoré te voir arriver exactement à la conclusion que j'attendais. Oui, je peux changer les conditions. Et tu vas détester savoir comment.

Harry détendit ses doigts autour de sa baguette, Owen et Hilliard restaient parfaitement immobiles, sérieux, calmes. Ils n'étaient pas aussi troublés que Harry, sans doute car il avait déjà passé bien trop de temps avec Alaric.

— Dis-moi.

— Deux solutions. Une qui ne nous servira à rien, trop long. L'autre... Faisable. Dangereuse. Mais c'est bien, non ? Ce sont ces solutions-là, les plus satisfaisantes. Quand tout explose autour de nous, que la peur empêche de respirer, que le cœur se met à battre au point de tout assourdir autour de nous...

— Sois clair. C'est quoi, la solution ?

Il avait ressenti l'étrange frisson de l'excitation monter le long de sa colonne vertébrale. Il en avait parlé avec Ginny un jour de faiblesse, où il s'était demandé s'il allait pouvoir rester calme. Elle lui avait dit, en caressant ses cheveux avec patience, que ça ressemblait à un genre de syndrome post-traumatique. Harry avait détesté cette appellation, il ne se sentait pas traumatisé, simplement... incomplet.

— Je peux reproduire la lumière de la lune pour ouvrir la porte. Ça va me demander un peu de temps, et surtout... une fois entré, vous ne pourrez pas ressortir avant que la vraie pleine lune se lève. Je ne pourrais pas reproduire le sortilège deux fois.

— Pourquoi pas deux ? demanda Harry un peu sèchement

— Parce que ça me tuerait. Je t'aime beaucoup Harry, mais j'aimerais plutôt donner ma vie à la science, tu vois...

Harry baissa sa baguette, imité par Owen et Hilliard quelques secondes plus tard. Aucun d'eux ne semblait vraiment rassurés. Comment être sûr qu'Alaric était un homme de confiance ? Il était sur la liste des conjureurs de sorts du ministère, ce qui signifiait que son passé avait été vérifié et validé. Mais sa personnalité semblait... Disons qu'il avait l'air de pouvoir les trahir à tout moment, si les choses devenaient plus drôles dans le camp opposé au leur.

— Merci, c'est quand même plus sympa de parler quand on n'est pas menacé.

— Contente toi d'expliciter ton idée.

— Oui, oui. Donc, je ne peux pas trafiquer le sortilège en si peu de temps. En revanche, la pleine lune se lèvera aux alentours de 18h, ce qui me laisse assez de temps pour créer un sortilège permettant de reproduire sa lueur.

Alaric avait l'air sûr de lui. Même si Harry ne savait pas comment il pourrait s'y prendre, il décida de lui faire confiance et regarde l'heure sur sa montre. Il était déjà seize heures. En admettant qu'il y parvienne, il faudrait entrer là-dedans, trouver Drago et lui donner sa potion avant 18h03 précises.

— En combien de temps ça peut être près ?

— Il me faut au moins une heure.

— Entendu. On s'y met maintenant. De quoi tu as besoin ?

Le conjureur de sort commença à lister des ingrédients de potion, ce qui laissait Harry particulièrement dubitatif. Il demanda ainsi de l'aconit, du crin de licorne, de l'asphodèle, du dictame, de la poudre de pierre de lune et, enfin, de l'eau de lune.

— De quoi est-ce qu'il s'agit ?

— Demandez à un apothicaire de plus de cinquante ans. On en fait plus maintenant, trop long pour trop peu d'avantage. C'est un liquide ensorcelé à la pleine lune. Il y a dedans de l'eau, de la salive de loup-garou et du sang de chauve-souris.

— C'est répugnant.

— Et alors ? Ce n'est pas toi qui vas la boire.

Harry soupira, mais sa décision était déjà prise. Qu'il le veuille ou non, il n'avait plus d'autres solutions que celle de faire pleinement confiance à Alaric pour ne pas les trahir, d'abord, mais aussi pour tenir les délais affreusement serrés qu'ils s'imposaient. Il était impossible de savoir de combien de temps ils auraient besoin à l'intérieur pour trouver Drago et lui apporter la potion.

— Entendu. Nous allons te trouver tout ça. Owen, Hilliard, vous vous en chargez. Je reste avec Alaric. Ramenez également de la potion tue-loup. Par précaution.

Il ne voulait pas dire trop fort qu'elle était destinée à Drago en priorité. Il y réfléchit une seconde, pendant qu'Owen et Hilliard disparaissaient en transplanant. Ils furent à peine au Ministère que le miroir d'Owen sonnait déjà.

— On a oublié quelque chose ? demanda-t-il à Harry.

— Ramenez autant de potion tue-loup que possible. On ignore combien de loups-garous on pourrait croiser.

— Comment tu comptes les obliger à en boire ?

— J'en fais mon affaire.

Il coupa la communication. C'était plus facile à dire qu'à faire : il n'avait aucune idée de la façon dont il pourrait effectivement forcer le moindre loup-garou à ingérer la potion. Alaric s'était assis sur le rebord d'un muret, attendant patiemment que sa commande lui soit livrée. Harry tourna la tête vers lui. Pourquoi avait-il besoin d'une potion pour jeter un sort ?

Il était sur le point de poser la question quand il se souvint d'un article moldu qu'il avait lu quelques semaines plus tôt. Un animal échappé d'un zoo avait été endormi à l'aide de fléchettes. Le produit s'était rependu dans son organisme. Harry ouvrit son miroir et prononça le nom de Ron. Ce dernier répondit après quelques secondes.

— Salut Harry. Tu es où là ? demanda-t-il en regardant le château en ruines derrière son ami.

— Whitby. Une petite ville, un grand village, appelle ça comme tu veux. J'aurais besoin de ton avis.

— Je t'écoute.

— Imaginons que je veuille forcer quelqu'un à ingérer une potion, est-ce que je pourrais utiliser des genres de fléchettes ? Elles seraient remplies de la potion, et plantées dans la peau.

Ron y réfléchit un moment. C'était tout à fait possible, il le savait déjà, mais il allait falloir fournir rapidement cela et Ron ne savait pas s'il avait quoi que ce soit de ressemblant. La plupart des potions étaient faites pour passer dans le sang, ce ne serait pas difficile de ce côté, mais les fléchettes...

— Tu en as besoin rapidement ?

— Dans l'heure.

— D'accord. Je te trouve une solution.

Le cadet des Weasley raccrocha sans rien ajouter, et Harry laissa filer un soupir de soulagement. Si Ron prenait les choses en mains, il aurait une solution bien assez tôt.