Harry fit les cent pas pendant de nombreuses minutes. Il faisait tout pour ne surtout pas regarder sa montre, même s'il en mourrait d'envie : il avait bien trop peur de voir que le temps passait sans que rien ne se passe. Alaric était calme, même si l'impatience commençait à se faire voir chez lui aussi, au mouvement régulier de son pied. Il s'était assis, les jambes croisées, et semblaient tout faire pour ne pas regarder Harry aller et venir inlassablement.

Vingt-cinq minutes passèrent, puis Owen apparu derrière le voile qui les dissimulait aux yeux des passants. Il sembla hésiter sur l'endroit exact où il devait entrer mais se retrouva rapidement face à Harry qui fondit sur lui comme un rapace.

— Tu as tout ce que je t'ai demandé ?

— Oui, tiens.

Owen s'accroupi en posant par terre son sac à dos. Il l'ouvrit, dévoilant son contenu : empilées, des fioles remplies de différents contenu. En dessous, un chaudron de voyage renversé, dans lequel Owen avait glissé les ingrédients qui n'avaient pas besoin de fioles. Alaric les rejoignit et regarda rapidement le sac avant de hocher la tête.

— Y a tout. Installez le chaudron là-bas et laissez-moi m'occuper du reste en silence.

Si, en temps normal, Harry se serait opposé à cette façon de le traiter, il n'en avait absolument aucune envie actuellement. Il était déjà 16h30, ils n'avaient plus qu'une heure trente pour forcer le passage, trouver Drago, lui administrer la potion et sortir. Si cela semblait simple, Harry ne pouvait s'ôter de l'idée qu'il ignorait ce qui les attendait.

Ils installèrent le matériel tel que l'avait demandé Alaric, gardant seulement avec eux les quelques fioles de potions tue-loup qu'avait pu se procurer Owen.

— On fait face à une sacrée pénurie de potions tue-loup, Harry, indiqua Owen avec inquiétude. Avec l'approche de la pleine lune, la plupart des loups-garous viennent faire leurs achats et tous n'en auront pas. On essaye d'en préparer de nouveau mais peu de personnes connaissent vraiment la recette…

— Evidemment. Je n'y pensais plus, mais puisque plusieurs petites villes n'ont plus aucun stock, elles ont dû faire appel aux apothicaires des villes voisines, ça a dû entraîner des répercussions dans tout le pays…

Owen hocha la tête, et expliqua que la solution la plus répandue, pour le moment, était de revenir à l'ancienne version de la potion. De plus, le ministère avait mis en place des centres de protection, dans lesquels les loups-garous inquiets pouvaient se rendre pour être surveillés lors de la pleine lune. Tout cela prenait des proportions inquiétantes… Les journaux allaient se régaler, surtout la Gazette. Harry était en train de se demander comment tout ça allait lui retomber dessus quand son miroir vibra.

C'était Ron, qui avait trouvé une solution pour lui. Harry lui indiqua où il pouvait le trouver, et alla l'attendre sur place. Il était inquiet à l'idée de s'être trompé sur Alaric, mais il faisait confiance à Owen pour l'immobiliser en cas de problème. Oui, Alaric était un sorcier puissant, ça ne faisait aucun doute. S'en était effrayant. Mais Owen était un Auror, un fonceur, un homme de terrain. Face à un intellectuel, il avait toutes ses chances.

Son meilleur ami arriva rapidement, époussetant sa robe couverte de suie. Il sourit à Harry et lui serra fermement la main.

— Merci d'avoir été si rapide Ron.

— Il faut dire que ça avait l'air urgent. On peut en parler ici ?

— Non, suis-moi.

Ils montèrent les escaliers en colimaçons dont les marches de pierres irrégulières manquèrent de les faire trébucher deux ou trois fois. L'endroit n'était décidément pas entretenu. Était-ce comme ça que l'Organisation avait choisi ce village ? Les sorciers venaient si peu ici, que c'était devenu un endroit idéal pour ne pas se faire remarquer ? Peut-être, après tout. De là à installer leur repaire juste à côté d'une cheminée publique, dispositif du ministère de la Magie, c'était tout de même… Disons assez culotté, à défaut d'un terme plus péjoratif.

Harry et Ron passèrent le voile ensemble, et ce dernier ne fut même pas surpris de voir apparaitre Owen et Alaric. Il s'était habitué à cette magie même si elle lui rappelait encore de bien mauvais souvenirs. Ce n'était plus le cas de Harry, qui l'utilisait souvent dans le cadre de son travail, mais il ne comprenait que trop bien cette sensation désagréable.

— Ron ! salua Alaric d'une voix enjouée.

— Salut Alaric.

Le Commandant des Aurors haussa un sourcil, son regard passant de son meilleur ami à son conjureur de sorts à deux reprises, avant que Ron ne lui donne une explication.

— C'est un client régulier. Toujours avec des demandes un peu particulières, comme toi. Tu pourras le remercier, ajouta Ron. C'est grâce à lui que j'ai pu trouver une solution aussi rapide, il m'a demandé de trouver un moyen de faire une seringue i peine un mois.

Harry avait beaucoup de questions à poser à Alaric, à ce sujet et à bien d'autre, mais il se contenta de le fixer un instant avant de reconcentrer son attention sur Ron, qui ouvrait une boîte en ferraille sous ses yeux. Elle était remplie de petites tiges, que Harry reconnu comme des épines de hérisson. A une extrémité se trouvait trois plumes rigides, qui donnait à la base des airs de fusée prête au lancement.

— Que je t'explique. Tu vas pouvoir imbiber les épines de potion. Comme on sait tous les deux que ça pourrait changer les propriétés de la potion, j'y ai mis un sortilège qui devrait empêcher ça, une invention d'Alaric quand on travaillait sur les seringues, vu qu'on les a faites avec des épines de hérisson creusées. Bref. Ensuite les moldus utilisent des genres de fusils pour tirer les leurs, nous on va devoir se servir de la magie.

Ron tira sa baguette de sa robe, et Harry se rappela soudain l'époque où le jeune Weasley avait dû passer une année entière avec une baguette cassée. Ils n'avaient eu de cesse, avec Hermione, de répéter que c'était le signe d'une grande maitrise de la magie, car il n'avait pas raté l'intégralité de ses sorts, seulement ceux qu'il avait jeté sous le coup d'une émotion trop négative.

L'inventeur mit la boite de fléchettes fermées dans sa poche. Il montra à Harry que des trous de la taille des aiguilles étaient percés sur la tranche, qu'il orienta vers le haut. Un Accio fit sortir une fléchette, qui s'aligna immédiatement sur la baguette de Ron.

— Acunpug !

La fléchette partie vivement vers l'avant et alla se ficher dans la pierre. Elle y resta plantée un instant avant de retomber doucement au sol.

— On a évité de faire un truc trop rapide pour pas transpercer la cible. Ça devrait suffire pour transpercer les vêtements et la peau, et entrer directement en contact avec le sang. Essaye.

Harry leva sa baguette et demanda à Owen de faire de même. Il vit qu'Alaric se redressait pour les imiter mais ne l'en empêcha pas. Il comptait lui demander de rester ici évidemment, il ne prendrait pas le risque d'emmener avec lui une personne dont il n'était pas totalement sûr de la loyauté, mais mieux valait retarder le moment où il le lui annoncerait.

Un Accio commun fit s'élever trois fléchettes de la poche de Ron. Elles s'alignèrent devant les baguettes des trois hommes. En cœur, ils prononcèrent la formule suivante et les flèches allèrent percuter la pierre avant de retomber par terre. Ron récupéra les quatre fléchettes et les remit dans la boîte en fer qu'il donna à Harry.

— Bon courage avec tout ça. Je dois commencer à m'inquiéter à quelle heure ?

Le Commandant des Aurors leva les yeux vers son ami et lui sourit. C'était devenu une question habituelle, avant même le début de la guerre. Lorsqu'il partait seul, Ron lui demandait toujours quand il avait le droit de commencer à s'inquiéter de son absence. C'était sa façon à lui de lui témoigner son inquiétude, sans être trop démonstratif. Harry regarda vers la pierre abimée où devait se trouver l'entrée.

— Dix-neuf heures. Si tu n'as pas de nouvelles de ma part à dix-neuf heures… Va voir Ginny. S'il-te-plait.

Ron hocha la tête. Il le vit hésiter mais il savait ce qu'il allait lui demander et l'en empêcha donc en l'invitant à retourner travailler avant d'avoir perdu sa fin d'après-midi. Non, il ne pouvait pas l'accompagner. Cette époque où ils étaient trois à se mettre en danger continuellement étaient révolues. Pendant toute sa vie, Harry avait voulu lutter contre ça, être le seul sur le front pour les garder en sécurité. A présent, il pouvait dire que c'était son travail, et qu'ils ne devaient pas s'en mêler, c'était un avantage non-négligeable.

Il avait cru, alors, qu'il n'aurait plus à s'inquiéter autant. C'était faux, évidemment : il ne s'inquiétait plus pour Ron et Hermione mais pour Stan, Owen, Seamus, Eleanor, Michael, Chad, Althea, Yann, Primrose, Caelean, Vicky, Vince, Anthony, Horacius, Hilliard, Albert, Augustin, Angelina, Ilena, Daya, Alicia, Clancy, Kevin, Demelza et Ed. Chacun d'eux était devenu précieux. Certains, il devait l'admettre, bien plus que d'autres. Mais tous comptaient, comptaient comme avait compté chaque personne qui avait combattu à ses côtés un jour.

Au début de l'été prochain, Primrose, Horacius, Hilliard, Clancy et Albert prendraient leur retraite. Stan partirait lui aussi, quelques mois plus tard. Il faudrait les remplacer, et Harry détestait cette idée. Malgré les différents qu'il avait eu avec certains d'entre eux, il aurait aimé les garder encore quelques temps à ses côtés. A l'origine, tous n'étaient pas censés partir en même temps mais il semblait évident qu'ils devaient cesser d'être sur le terrain. La plupart d'entre eux avaient déjà exprimer le souhait de se retirer dans leur bureau et une conversation difficile avec le Ministre avait mené à l'évidence : les Moldus avaient un système de retraite, il était temps que ce dernier soit applicable aux Sorciers.

Dans les fonctions d'action, comme chez les Aurors et dans la Police Magique, on avait décrété que 55 ans serait dorénavant l'âge limite de départ à la retraite. Tous ceux qui avaient dépassés cet âge disposait de six mois à compter de la fin de l'année 2017 pour partir. Juste assez pour entamer la formation des nouveaux, qui commencerait bientôt. Pour les autres fonctions, jugées moins risqués, l'âge était fixé entre 60 et 65 ans, au bon vouloir de l'employé.

L'idée de s'occuper bientôt de la formation de cinq petits nouveaux, et de devoir trouver quelqu'un pour remplacer Stanislas, laissa Harry dans une humeur encore plus maussade. Ron était parti, Alaric retourné à ses potions, et Owen avait commencé à imbiber les flèches de potion tue-loup. Harry n'avait pas grand-chose d'autres à faire qu'attendre. Il allait s'éloigner un peu pour s'isoler quand la voix de Owen, en tailleurs par terre, le retint.

— On peut discuter trente secondes ?

Harry hocha la tête et s'installa en face de lui. Il attrapa l'une des fioles de potions : Ron avait vu les choses en grand, ils avaient quatre boites de cinquante fléchettes. Ce serait long à préparer mais, avec une centaine de fléchettes chacun, ils devraient être capable de s'en sortir. Après tout, l'important était seulement d'éviter des transformations pendant l'intervention, ce qui serait particulièrement dangereux.

— Nous allons y aller tous les deux, n'est-ce pas ?

— C'est préférable, confirma Harry. Nous devons être discrets, ce qui empêche une action d'envergure. Et nous ne pouvons évidemment pas prendre Alaric avec nous. C'est avant tout une mission d'extraction, on doit sortir Drago de là en urgence. Le reste attendra.

— Entendu, dans ce cas on va devoir se mettre d'accord sur ton état psychologique actuel.

Harry fixa Owen. Il détestait ce nouvel aspect de leur relation, mais ne pouvait évidemment pas nier son utilité. Il était important qu'Owen soit protégé et si, pour cela, il devait lui poser des dizaines de fois cette question alors il l'encouragerait à le faire. Harry soupira et ferma les yeux un instant, pour se concentrer sur lui-même, sur ses émotions, sur cette ombre visqueuse qui était encore tapie quelque part, loin dans son esprit.

— Je vais bien. Je suis désolée d'avoir explosé tout à l'heure, j'encaissais depuis des années.

— D'accord, tant mieux. Ensuite, enchaina Owen, on doit parler de ton état physique.

Il avait désigné la main bandée de Harry, qui la regarda à son tour. Il avait fini par presque oublier qu'il était blessé. Ron avait fixé sa main, tout à l'heure, mais n'avait posé aucune question. Alaric non plus, à bien y penser, et Harry ne put s'empêcher de se demander pourquoi cet homme qui se mêlait de tout ne s'était pas mêlé de ça. Il essaya de faire bouger un peu ses doigts, sans grand succès.

— J'utiliserais mon autre main. J'ai déjà dû me battre avec la gauche, ça devrait aller.

— Devrait ? Harry. Là-dedans, je vais devoir compter sur toi pour me couvrir. J'ai besoin de certitudes. Est-ce que je peux compter sur toi ou pas ?

Harry prit sa baguette de sa main gauche et se releva tranquillement. Il se planta dans l'herbe et tourna la tête vers Alaric qui était concentré sur sa potion.

— Alaric ! Nous avons besoin d'un arbitre pour un duel.

Alaric releva la tête vers Harry, avec une expression d'amusement qui agaça profondément le commandant des Aurors. Chaque fois qu'il lui parlait, il avait la sensation de faire exactement ce qu'on attendait de lui, et il détestait cette sensation qui lui rappelait un peu trop l'époque où Dumbledore le testait à chaque occasion.

Malgré tout, le conjureur de sorts approcha en indiquant que sa potion devait justement reposer un peu. Owen s'était levé entre temps. Ils se saluèrent, puis se mirent dos à dos et avancèrent de trois pas. Ils se retournèrent de concert, et Owen eut à peine le temps de créer un bouclier magique pour bloquer le sortilège de désarmement que lui avait jeté Harry en une fraction de secondes. Il enchaina immédiatement sur un sortilège d'immobilisation que son adversaire n'eut aucun mal à bloquer avant d'envoyer un nouveau sortilège de désarmement. Cela aurait pu durer longtemps ainsi, une succession d'attaques se heurtant à des défenses, mais ce ne fut pas le cas. Harry profita de son aisance naturelle dans le domaine pour jeter un sortilège en même temps qu'Owen. Les deux magies se heurtèrent et explosèrent. Surpris, Owen recula d'un pas, une distraction suffisante pour Harry qui attaque de nouveau.

La baguette de l'Auror alla se planter dans l'herbe, quelques mètres plus loin, et il se retrouva par terre quand Harry lança un maléfice du saucisson.

— Je ne suis pas sûr d'avoir besoin de l'annoncer, commença Alaric, mais Harry remporte ce duel.

L'arbitre de fortune tourna les talons, visiblement il n'avait pas été très diverti et était maintenant passablement agacé d'avoir perdu ainsi son temps. Harry leva son sortilège avec un contre-sort et aida Owen à se relever. Ce dernier alla récupérer sa baguette avec un léger sourire.

— Me voilà rassuré. Comme toujours, Harry, dit-il d'une voix solennelle, je mets ma vie entre tes mains.

Le problème étant réglé, ils finirent d'imbiber les différentes aiguilles, ce qui leur prit une quinzaine de minutes supplémentaires. Une fois les boites bien positionnées dans leurs poches, ils approchèrent tous les deux d'Alaric qui était en train de verser une partie du contenu de son chaudron dans une fiole. C'était une potion argentée légèrement lumineuse, visqueuse. Elle ressemblait à s'y méprendre, Harry s'en rendait compte sans vouloir le formuler, à du sang de licorne.

Alaric prit le chaudron par son anse et le tendit à Harry qui le prit sans rechigner, même s'il s'inquiétait que cela soit une manœuvre pour l'empêcher d'utiliser sa baguette. Même si c'était le cas, Owen était là, et Harry mettait sa vie entre ses mains sans aucune hésitation.

— Est-ce que vous êtes prêts ?

— Oui. On peut y aller.

— Très bien, confirma Alaric en regardant sa montre. Il est 16h55, vous aurez donc environ 1h10 pour finir ce que vous avez à faire. Je vous rappelle qu'une fois le passage fermé, environ une minute après le sortilège, je ne pourrais pas le rouvrir. Il faudra donc attendre 18h07 au minimum pour sortir.

— 18h14 en réalité.

Ils tournèrent les yeux vers Owen, qui leur expliqua que si c'était la lumière de la lune sur la porte le déclencheur, alors elle ne la toucherait que vers 18h14 et pas plus tôt, à cause des pierres qui bloquerait les rayons avant cette heure. Ils hochèrent la tête.

— Donc on va vous faire entrer à dix-sept heures tapantes. Vous aurez une heure et quatorze minutes pour finir ce que vous avez à faire. On doit parler d'un dernier problème.

— Quoi encore ? demanda Harry avec agacement.

— Il y a là-dedans un prisonnier important. Des sorciers sont sans doute déjà avec lui mais d'autres pourraient venir par ici. Par conséquent, je vais devoir rester ici.

— Je vais appeler d'autres Aurors, tu ne pourras pas tenir la position seul.

Owen s'en chargea pendant que Harry discutait des derniers détails avec le conjureur de sorts. Mais une pensée ne cessait de revenir sur le devant de son esprit et il finit par se sentir obliger de la poser même si, à ce stade, elle semblait bien dérisoire.

— Tu as dit que la salle n'existait pas actuellement. Comment pourrait-il y avoir quelqu'un dedans dans ce cas-là ?

— Je te l'ait dit, elle existe quelque part. Sur un autre plan. Je te ferais un cours de physique moldue quand nous aurons du temps. Pour le moment, dis-toi que l'univers est divisé en plusieurs plan, nous vivons sur l'un d'entre eux, la salle existe, sans porte, sur un autre. Lorsque la lumière de la lune touche la pierre, elle est ramenée sur notre plan et la porte apparait, comme pour votre salle sur demande.

— Alors comment Drago a-t-il pu y être amené il y a deux jours, sans pleine lune ?

Alaric désigna la pierre d'un mouvement de tête. Il fallut un moment à Harry pour remarquer ce qu'il lui montrait. Au pied du mur, des brins d'herbes légèrement écrasés étaient imbibées d'une potion argentée, fade, certes, mais la ressemblance ne laissait aucun doute.

— C'est comme ça que j'ai pensé à cette potion. Je ne suis pas le seul à la connaître mais, pour être tout à fait sincère, j'ai eu l'arrogance de croire que j'étais le seul à savoir la préparer.

Owen revint vers eux et la conversation en resta là. Il était déjà 16h58, le temps pressait. Alaric plongea deux doigts dans la potion visqueuse et commença à tracer un symbole sur la pierre. C'était une forme à la fois simple et complexe. D'un premier cercle plein, en haut, partait un autre cercle qui s'arrêtait quelques centimètres avant de se fermer. Un trait partait vers l'intérieur et traçait un troisième cercle qui, lui aussi, s'arrêtait quelques centimètres avant de s'achever. De nouveau, un trait partait vers l'intérieur, suivant un demi-cercle, un nouveau trait et, bien au milieu du symbole, un nouveau cercle incomplet et un trait qui venait s'arrêter en son centre. Alaric poursuivit le dessin, qu'il avait fait étonnamment vite, avec un dernier cercle, plein comme le premier, au centre du motif. Enfin, il fit un nouveau cercle plein, entre les deux plus grands cercles.

Il ouvrit ensuite sa chemise, et Harry se détesta de penser qu'il était bien trop athlétique pour un simple intellectuel comme il l'avait pensé. Ses vêtements cachaient simplement à la perfection une musculature bien dessinée qui, sans être abusive, montrait un homme un peu trop sportif pour n'avoir jamais besoin de se battre sans magie.

De nouveau, Alaric plongea les doigts dans la potion. Il en appliqua un premier point sur son front, qui coula légèrement le long de son nez, puis un second entre ses pectoraux, marquant l'emplacement de son cœur. Un dernier point marqua son estomac, au centre de ses abdominaux légèrement visibles. Il trempa ensuite le bout de sa baguette dans la potion, prit la fiole qu'il avait rempli peu avant et l'avala d'une traite. Il posa le bout de sa baguette sur le premier point.

— Mentis meae.

Harry vit sa jugulaire ressortir étrangement, signe qu'une première douleur devait l'avoir traversé. Il restait pourtant stoïque en traçant une ligne qui passa sur son nez, ses lèvres, son menton et sa gorge pour venir rejoindre le second point.

— Cor meum.

Encore une fois, la douleur qui crispa cette fois-ci Alaric jusque dans ses muscles. Harry le vit serrer plus fort sa baguette au point d'en blanchir ses articulations. Il fit descendre sa baguette jusqu'au point argenté sur son ventre.

— Mea magica.

Alaric ferma les yeux sous le coup d'une nouvelle douleur. Il inspira profondément et releva sa baguette, sur sa bouche cette fois.

— Sacrificium lunae offero, prononça-t-il avec difficulté avant qu'une boule lumineuse naisse devant ses lèvres entrouvertes. Ut luceat ante tempus… Suum in… corpore…

Le conjureur de sorts déglutit difficilement et Harry cru que s'en était fini, mais il dû fournir encore un ultime effort. Le souffle coupé, la vue trouble, le corps tremblant de douleur, il tomba à genoux en prononçant le dernier mot.

— Contrito !

D'un mouvement libérateur de sa baguette, il projeta la boule de lumière sur la pierre. Le symbole s'illumina brutalement, de même que les traces de potion sur le corps d'Alaric. Les yeux de ce dernier se mirent à briller de la même lumière, et il ouvrit la bouche dans un hurlement silencieux. De sa gorge, la même lumière vive jaillissait. Harry n'eut pas le temps de s'inquiéter pour lui : Owen le poussait déjà vers la pierre et ils la traversèrent comme ils l'avaient fait pendant de nombreuses années pour rejoindre le quai 9 ¾. Juste avant que sa vue ne change, Harry vit Semus, Caelean, Albert et Augustin passer le voile, sans doute suivit d'autres Aurors. Ils aideraient Alaric.

Ils arrivèrent dans un couloir sombre. Les murs en pierres autour d'eux étaient légèrement humides, ils le sentirent en y posant la main. L'endroit sentait la poussière et le temps qui passe, du moins c'était la seule définition que Harry avait en tête à ce moment-là. Le sol, en dalle, était en parfait état, tranchant totalement avec l'état réel du château. C'était sans doute ce que ça ferait à un moldu, s'il voyait Poudlard en ruines puis passait la barrière qui le camouflait.

Harry fit signe à Owen de rester silencieux, en tendant son indexe devant ses lèvres. Ce n'était évidemment pas nécessaire, l'Auror avait déjà tiré sa baguette et regardait au loin avec prudence. Ils n'utilisèrent pas de sortilèges pour éclairer leur route, se contentant d'avancer prudemment, pas après pas. Harry laissa sa main droite abimée glisser sur le mur, tandis que Owen faisait de même à gauche.

Owen s'arrêta le premier, faisant signe à Harry de faire de même en levant le poing. Ils restèrent parfaitement silencieux. La main de Owen avait rencontré un renfoncement et tâté, plus loin, une surface en bois. Il s'agissait vraisemblablement d'une porte. Ils restèrent silencieux un instant, tendant l'oreille pour s'assurer qu'ils n'entendaient rien, puis Owen murmura.

— Hominum revelio.

Rien ne se passa, Owen décida donc de poser sa baguette sur la serrure et de jeter le sortilège de déverrouillage. Le loquet de la porte se leva, et ils purent la pousser doucement, silencieusement. Owen entra le premier, en glissant contre le mur. Un regard à gauche puis à droite. Il ne voyait pas grand-chose, comme si les fenêtres donnaient sur le vide de l'espace. Il fit signe à Harry d'approcher et ce dernier ferma lentement la porte derrière eux. Sans se concerter, ils déplacèrent l'un des lourds rideaux de soie qui dissimulait une fenêtre, pour le placer devant la porte et en calfeutrer le moindre petit espace.

Les deux Aurors allumèrent immédiatement leur baguette et Harry plaqua sa main sur la bouche de Owen qui allait pousser une petite exclamation. Ils s'étaient tous les deux retrouvés face à la reproduction grandeur nature d'un loup-garou. Habitué à croiser ce genre de spécimen dans le bureau du Professeur Lupin, Harry avait immédiatement compris qu'ils n'avaient rien à craindre.

Owen soupira profondément en écartant la main de Harry, mais il avait repris son calme. Ils explorèrent la pièce en silence, méthodiques mais rapides. En moins de cinq minutes, ils avaient déterminé que cela ne servirait à rien de rester plus longtemps ici. Il semblait s'agir d'un genre de stockage, dans lequel se trouvaient des ouvrages sur la lycanthropie, sur l'art des potions, de vieux chaudrons au fond troué et quelques fioles brisées.

Ils sortirent de la pièce, Harry prenant cette fois-ci la tête. De nouveau dans le noir, car ils ne voulaient pas prendre le risque que la lumière ne les trahisse, ils avancèrent à tâtons. Ils avancèrent une trentaine de minutes de cette façon, fouillant des pièces vides et inutiles, ou pleines et inutiles, avant d'arriver au bord d'un escalier. Un couloir partait à droite, un autre à gauche. Ils allaient décider de se séparer quand ils entendirent un bruit sourd venant d'en bas.

Des bruits de pas. Quelqu'un montait. Harry poussa Owen dans la pièce la plus proche, qu'ils venaient tout juste de fouiller. Il avait peu de temps, mais Harry restait calme, il avait l'esprit clair. Il ouvrit sa robe de sorcier pour y attraper une petite bourse en cuir qui ne payait pas de mine. Il l'ouvrit et pointa sa baguette dessus. Une seconde plus tard, sa cape d'invisibilité sortait avec difficulté par l'ouverture. Il plaqua Owen contre le mur et les en enveloppa.

Les bruits de pas s'arrêtèrent devant la porte qui s'était malheureusement mal refermée. Aucun d'eux ne respirait vraiment. Harry sentait l'odeur d'Owen, un mélange de cèdre et de poudre de cheminette, et son souffle dans son cou. Le temps sembla s'étirer, interminable, et Harry ne pouvait pas s'empêcher d'être de plus en plus mal à l'aise, incapable de ne pas imaginer Charlie et Keanu dans ce moment qui ne méritait pourtant pas d'être romantisée.

La porte s'ouvrit. Un homme d'une quarantaine d'année l'éclaira un peu de sa baguette sans rien remarqué d'anormal. Il haussa les épaules et recula, refermant la porte dans un claquement sec. Les pas s'éloignèrent dans le couloir, et Harry lâcha un soupir de soulagement en se décollant enfin de son coéquipier. Owen ne semblait pas le moins du monde perturbé.

— Bonne idée, la cape dans la bourse, murmura-t-il avec reconnaissance.

Harry hocha la tête et ils quittèrent de nouveau la pièce, qui ne regroupait que de vieux meubles et quelques tissus abimés par le temps. En haut des escaliers, ils tendirent de nouveau l'oreille. Ils n'étaient pas sûr, mais il semblait bien y avoir du bruit, quelque chose de répété, d'étouffé. Harry ferma les yeux, faisant de son mieux pour tenter d'analyser les sons avant de foncer tête baissée.

Au bout d'un moment, une image floue et incertaine commença à s'imposer dans son esprit. Des chaines. Aucun doute. Des chaines que l'on tirait, plus avec lassitude qu'avec une vraie volonté de les briser. Il parla de son intuition à Owen, toujours à voix basse, et ils décidèrent de descendre prudemment.

Un nouveau sortilège de révélation de présence humaine leur apprit qu'il y avait bien plusieurs personnes en-dessous. Owen grimaça un peu et tourna les yeux vers Harry. Avec ses doigts repliés, il indiqua le nombre de personnes : trois coups avec son index et son majeur repliés, soixante donc. Puis il tapota sept fois avec son annulaire. Soixante-sept sorciers. Histoire de se rassurer, Harry se dit que ce n'était en réalité que soixante-six : l'un d'entre eux était Drago, après tout. En espérant qu'il soit bien de leur côté, c'était un loup-garou après tout… Mais Harry refusait de penser de cette façon, il s'en blâma intérieurement et repoussa la pensée le plus loin possible.

Harry glissa la cape d'invisibilité sur ses épaules et parla tout bas.

— Je descends le premier. Tu ne descends pas tant que je ne t'ai pas donné le signal.

Ils définirent ensemble le signal en question, car les Aurors en changeaient souvent pour ne pas risquer d'être piégé de cette façon. Ce serait un sortilège d'attraction, jeté sur l'une des fléchettes que portait Owen.

Harry se couvrit totalement. La cape lui semblait bien courte maintenant qu'il avait grandi, mais s'il faisait attention il n'y avait aucune raison qu'elle trahisse sa présence. Il descendit lentement, prudemment, à l'affût du moindre bruit. Il savait qu'il devait faire vite, pour ne croiser personne dans les marches. Même en se serrant contre l'un des murs, il ne pensait pas être capable de se montrer suffisamment discret pour échapper à la vigilance du pire des gardes.

Il arriva en bas sans avoir croisé personne, ni entendu le moindre son. Malgré tout, il resta prudent et observa les alentours avant de prendre le moindre risque. Il percevait toujours le cliquetis des chaines au loin. Maintenant qu'il était descendu, il percevait par moment des éclats de voix mais personne ne semblait s'approcher des escaliers. Il lança donc le signal.

Quelques secondes après que la fléchette se soit arrêtée devant la baguette de Harry, Owen l'avait rejoint. Ils restèrent silencieux le temps que Harry range sa cape, il préférait ne pas s'en encombrer si jamais il devait combattre. Ils décidèrent de garder tous les deux une fléchette devant leur baguette, pour n'avoir plus qu'à utiliser le nouveau sortilège qu'ils avaient appris quelques minutes plus tôt.

Harry regarda sa montre. Ils étaient entrés à 17h03, et il était déjà 17h40. Il ne leur restait que très peu de temps, et il n'était pas sûr de toucher au but. Malgré tout, le temp pressait, il fallait donc avancer. Ils se firent un signe de tête et se mirent à marcher lentement, silencieusement. Ils passèrent une première porte d'où s'échappait des voix, mais ils décidèrent de vérifier le couloir entier avant de lancer une attaque. Harry aurait voulu qu'ils repèrent Drago avant toute chose… Il devait absolument lui administrer la potion…

Le bruit de la chaine était encore loin, ils décidèrent donc de prendre le risque de jouer un peu plus contre la montre. Ils retournèrent à la première salle, se redressèrent. Leur écoute leur permis de déterminer qu'il y avait trois hommes à l'intérieur. Ils ne pourraient pas se faire discrets en entrant et décidèrent donc de faire retourner les fléchettes dans leur boitier pour le moment. Harry leva trois doigts, qu'il baissa l'un après l'autre.

Quand son point fut fermé, Owen ouvrit doucement la porte. A l'intérieur se trouvaient deux sorcières et un sorcier, autour d'une table où ils jouaient aux cartes à la lumière d'une lanterne à la flamme vacillante. Leurs sortilèges touchèrent d'abord les deux femmes, qui les avait vu entrer. L'homme n'eut pas le temps de se retourner ou de tirer sa baguette, il s'écroulait sur la table comme ses deux amies, victime du Maléfice du Saucisson. Harry et Owen lancèrent un Accio et, un instant plus tard, les trois fléchettes avaient atteint leur cible. Ils sortirent de la pièce en la refermant, et Harry jeta un sortilège anti-alohomora. Il n'avait vu aucune clé sur leurs trois victimes, il lui semblait donc logique que toutes les portes ici s'ouvrent magiquement.

Ils passèrent à la porte suivante, et ainsi de suite sans rencontrer de réelle résistance. En tout, avec sept pièces, ils avaient déjà mis hors d'état de nuire. En tout, vingt-et-un hommes et femmes. Toutes les portes étaient verrouillées de façon à ne pas pouvoir être ouverte avec un sortilège, ce qui restait d'attirer rapidement des soupçons. Dès que l'homme qui avait failli les surprendre à l'étage redescendrait, ils n'auraient plus que très peu de temps avant que la chasse-aux-sorciers ne commence.

Ils continuèrent à avancer en silence, flirtant avec les ombres pour ne pas risques d'être vu. Ils aperçurent des silhouettes de passage au bout de certains couloirs, mais restaient fixés sur leur objectif. Il était 18h, le temps pressait plus que jamais. Harry commençait à sentir son sang bouillonner, et il savait que sa frénésie était perceptible. Owen ne cessait de lui jeter des coups d'œil en coin, comme s'il s'attendait à le voir exploser à tout moment.

Derrière une porte en bois étroite, ils trouvèrent de nouveaux escaliers. Les bruits de chaines étaient plus clairs ici. Ils se regardèrent mais décidèrent de ne pas se soucier du risque. Ils descendirent deux marches, puis Harry pointa sa baguette sur la porte et les enferma à l'intérieur. Personne ne pourrait les rejoindre, ceux qu'ils trouveraient ici ne pourraient pas s'enfuir, et s'ils échouaient à administrer la potion à Drago à temps… ils seraient ses seules victimes.

Ils descendirent les marches sans plus se soucier de la prudence. Le premier garde à les voir n'eut pas le temps de comprendre qu'ils étaient Aurors, il s'écroula lourdement sur les dalles, soulevant un nuage de poussières. Harry et Owen continuèrent à avancer, leur baguette levée. Cinq gardes tombèrent ainsi, rapidement atteint par un sortilège puis une fléchette, avant que les choses ne se complexifient.

Au détour d'un virage dans le couloir étroit, Owen tira brutalement Harry en arrière et un sortilège ricocha contre le mur devant lequel il se trouvait une seconde plus tôt. Ils se mirent à couvert derrière le mur. Qui que soit ces sorciers, ils étaient bons, ne faisant aucun bruit risquant de trahir leur position exacte. Harry sorti son miroir et le posa par terre prudemment. Il eut le temps d'apercevoir un bras, derrière une porte ouverte, avant que la surface réfléchissante n'attire l'attention en captant la lumière d'une torche. Un sortilège toucha le miroir de Harry qui explosa littéralement sous ses yeux. Des débris vinrent écorcher sa main déjà abimée mais il ne broncha pas, même s'il commençait à saigner.

Ils s'en occuperaient plus tard, mais c'était le signe que ce duel ne pouvait pas durer. Harry inspira profondément et s'élança. Il jeta un sort à l'aveuglette, dans la direction approximative où se trouvait son ennemi, avant de plonger à couvert derrière l'autre mur. Owen attendit qu'il soit positionné pour se redresser correctement. Harry lança le sortilège du bouclier et Owen sorti de sa cachette, arrosant littéralement le couloir d'une multitude de sortilège agressifs. La lumière de la magie explosait en tout sens, bleu, violette, rouge, orange, jaune. On prononçait des sorts à mi-voix du côté des Aurors, tandis que les lycanthropes qui leur faisait face haletaient et crachaient des formules qui finirent par ne plus trouver de sens.

18h04, les deux ennemis tombèrent. Harry et Owen tirèrent les fléchettes et s'élancèrent dans le couloir. D'un côté, le mur de pierre. De l'autre, des cellules vides qui se succédaient. Il fallut abattre deux hommes supplémentaires, devant la dernière cellule. Harry dérapa devant la porte et ne s'embarrassa pas d'un essai inutile : la serrure explosa quand il cria « Confringo ! ». Il avait à peine levé la tête vers la forme contre le mur qu'il l'avait déjà reconnu.

Les yeux d'aciers de Drago Malefoy se plantèrent dans les siens. Son ennemi, non, non, pas aujourd'hui. Aujourd'hui, il était Drago, et il fixait sur Harry un regard de peur, de terreur, dont les iris commençaient lentement à se cercler de jaune. Il desserra difficilement la mâchoire, comme s'il avait cru que garder les dents serrées les empêcheraient de devenir des crocs.

— Harry… Dégage… Maintenant… Maintenant, hurla-t-il.

Une fléchette passa près de Harry, si près qu'elle manqua le toucher, et vint se planter directement dans la jugulaire de Drago. Ses yeux écarquillés commencèrent à reprendre une couleur normale et il s'écroula sur la pierre. Avoir stoppé la transformation semblait l'avoir soudainement vidé de toute énergie. Harry le redressa du mieux qu'il put et regarda Owen, surpris par la rapidité avec laquelle il avait compris la situation.

— On en a battu que vingt-cinq, Owen. Et c'est la pleine lune.

Ils étaient pris au piège ici. La porte avait dû se rouvrir, mais ils ignoraient s'ils arriveraient là-bas vivants, surtout avec un Drago inconscient sur le dos. Harry et Owen se fixèrent longuement. La porte fermée à l'étage leur donnait un peu de répit, juste ce qu'il fallait pour qu'ils soient sûrs d'avoir tout essayé avant de se jeter dans la gueule du loup. Owen tenta de transplaner, sans succès.

— Il en reste quarante-et-un, annonça Harry. Ma main forte est blessée et on doit protéger et transporter un civil hors d'ici. Nous devons monter deux escaliers et traverser trois couloirs. Dehors, les combats ont dû commencer.

— Pas la peine de me tester. On n'a pas le choix, de toute façon. C'est attendre la mort ici comme des lâches, ou espérer atteindre cette porte et aider nos coéquipiers qui sont dehors.

Harry se releva, Drago encore sur son dos. Il n'avait pas vraiment le choix. Il ne pouvait pas prendre le risque de le laisser ici avec des loups-garous tout autour d'eux, utiliser un sortilège pour le transporter l'empêcherait d'être prêt à se défendre ou à attaquer. Ils allaient donc devoir avancer lentement.

Owen pris la tête de l'escorte. Comme prévu, ils ne rencontrèrent personne jusqu'en bas des escaliers qui menaient au cachot. Derrière la porte ils entendaient des éclats de voix plus puissants mais personne ne semblait venir. Harry posa précautionneusement Drago par terre, contre le mur, bien à l'abris. Il se mit à couvert, tout comme Owen. Ils attendirent que quelqu'un soit derrière la porte pour jeter un sortilège commun : elle fut brutalement arrachée à ses gonds et écrasa celui qui se trouvait derrière elle contre le mur du couloir.

Trois loups-garous apparurent en haut des marches, le regard fou, la bave aux lèvres. Harry se souvenait parfaitement de Lupin dans cet état, il lui avait paru si triste, si affecté… eux ne l'étaient pas. Owen jeta le premier sortilège et Harry l'imita. Les lycanthropes étaient résistants, si les escaliers n'avaient pas été si étroits, ils n'auraient sans doute pas réussi à se débarrasser d'eux. Ils utilisèrent la magie pour les enfermer dans une des cellules. Par précaution, ils tirèrent une fléchette sur chacun d'eux mais cela ne sembla pas les affecter le moins du monde.

Owen aida Harry à reprendre Drago sur son dos. C'était une charge importante mais Harry réalisait à quel point il était maigre, à cet instant. Il s'était attendu à peiner réellement alors qu'en réalité, il avait l'impression de porter Ginny avant qu'elle ne commence les entrainements intensifs propres au Quidditch professionnel.

Il monta les escaliers sans grande difficulté, laissant Owen passer devant lui car il était le plus apte à réagir. Le couloir était étrangement désert, et ils comprirent que tous les loups-garous avaient dû se diriger vers la sortie en comprenant qu'il y avait un problème. Les Aurors, dehors, devaient être dépassés. Pris par l'inquiétudes, Owen et Harry pressèrent le pas, courant presque. Ils ne croisèrent personne pendant leur ascension du dernier escalier, ni pendant qu'ils traversaient le couloir.

Owen passa le premier la porte. Harry allait le suivre quand il entendit la voix de Drago, faible, près de son oreille. Il vit son mouvement sans vraiment le comprendre d'abord, jusqu'à ce que les doigts pâles de l'homme se referme sur sa main gauche. Il le força à la lever, ses doigts en contact avec la baguette, et il murmura d'une voix pleine de détresse.

— Sectusempra…

Harry écarquilla les yeux alors que la lueur explosait en un éclair, qui heurta un homme. Drago se laissa retomber du dos de Harry, faible, mais capable de tenir sur ses jambes tremblantes.

— Sa baguette, souffla-t-il. Donne-moi sa baguette… Ils ont pris la mienne…

Harry approcha de l'homme avec prudence. Il le voyait se vider lentement de son sang, sans savoir ce qu'il était censé faire. Il ne connaissait pas… Lorsque c'était arrivé il y a des années, Rogue l'avait renvoyé avant qu'il n'entende le sortilège qui avait permis de sauver Drago. Il ramassa la baguette qui avait roulé plus loin et croisa le regard de l'homme. Aucune supplique. Juste une haine pure, simple.

— Harry !

Par réflexe, Harry jeta un sortilège de protection en entendant Drago hurler, et il avait eu raison. Une sorcière arrivait en courant vers lui, et l'arrosait de sortilèges sans qu'il n'ait la moindre ouverture pour contre-attaquer. Il recula rapidement, abandonnant l'homme blessé. Drago attrapa la baguette qu'il avait dans sa seconde main et il envoya un sortilège d'explosion sur le plafond, des pierres s'écroulèrent dans un fracas de bruit et de poussières, entre eux et leurs ennemis. Harry resta immobile une seconde, assez pour que ce soit déjà trop.

Un sortilège fit exploser le mur de pierres sous leurs yeux, la femme déchainée derrière lui n'en avait pas fini avec eux. Drago se jeta sur Harry et il leur fit traverser la porte de force. Ils s'écroulèrent de l'autre côté, sur l'herbe humide, et Harry entendit tonner une voix puissante, presque brutal tant elle était profonde.

— Annihilare lucem, incanta Alaric.

Immédiatement, le noir fut complet. La lumière de la lune ne pouvait plus passer à travers ce voile étrange, opaque et sombre, qui les entourait. Les Aurors lancèrent tous un sortilège pour s'éclairer. Il y avait des blessés. De nombreux blessés. Ceux qui, un instant plus tôt, étaient des loups-garous n'étaient maintenant plus que des hommes. Owen et Harry tirèrent des fléchettes jusqu'à en perdre le compte.

— C'est bon, soupira Harry. Alaric, tu peux…

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Alaric, dont la silhouette fière et imposante s'était dressée là, inébranlable, une seconde plus tôt, s'écroula lourdement, sur les genoux d'abord, puis totalement. Le voile noir se dissipa, et les Aurors qui en étaient encore capables couvrirent la pierre de façon que la lumière de la lune ne l'atteigne pas, et que la porte ne se rouvre pas.

Harry regarda autour de lui. L'herbe était humide, oui, mais la pluie fine qui tombait à ce moment-là n'en était pas la seule responsable. Il essuya la sueur qui coulait sur ses lèvres de sa main, laissant une trace de sang et d'eau sur son visage. La terre se gorgeait de la pluie salvatrice et du sang des Aurors et des loups-garous qui avaient combattus ici.

Il fallut faire un recensement, malgré la fatigue qui lui tirait les muscles et lui donnait envie de hurler. Ils n'avaient aucun mort à déplorer de leur côté, mais personne ne s'en tirait vraiment indemne, ils étaient tous blessés. Cependant, Harry ne pouvait s'empêcher de se dire que c'était bien peu de conséquences étant donné le nombre d'ennemis encore allongés par terre. Il y avait plus d'une centaine de loups-garous immobilisés, et aucun n'avait été tué.

— Comment…

Owen ne le laissa pas finir sa phrase. Il avait tourné la tête vers Alaric, encore étendu par terre, autour duquel les Aurors les mieux portant étaient en train de s'affairer, lui administrant les premiers soins. D'autres s'occupaient de Drago, qui avait repris contenance mais restait encore affaiblit par ces trente-cinq heures d'enfermement.

— C'est lui. Quand je suis sorti, il… Je ne saurais même pas le définir. Il avait l'air d'être partout à la fois, il a protégé chacun d'entre nous en attendant que tu sortes. Il lançait de nouveau sortilège avant même d'avoir terminé l'incantation du premier, c'était… Ce type n'est pas humain, Harry.