Molly les laissa seuls, retournant dans la cuisine pour finir la préparation du petit-déjeuner. Arthur, qui s'était levé de bonne heure pour travailler dans le jardin sur un nouvel objet moldu mystère qu'il ne devrait pas modifier, ne tarderait pas à rentrer. Lily, à l'étage, aurait bientôt trop faim pour continuer à jouer et si Harry en croyait son instinct, Hermione et Ron débarqueraient bientôt ici également.
Il allait devoir leur expliquer aussi, n'est-ce pas ? On ne le laisserait pas s'en tirer, d'autant que Hermione n'avait pas eu le droit à son café l'après-midi précédente. Quant à Ron, il avait dû fournir des armes en urgence dans un village dont il ne devait même pas connaitre le nom quelques heures plus tôt. Non, décidément, Harry n'y échapperait pas.
Quand il regarda vers la cheminée, Ginny lui sourit un peu et hocha légèrement la tête.
— Attendons qu'ils arrivent. Ça a l'air pénible, tu ne devrais pas avoir à raconter ça trop de fois.
Elle caressa sa joue un instant, puis sa main passa dans son cou pour venir sur son torse, à l'endroit où aurait dû se trouver les insignes dont il était si fier. Elle brossa doucement le revers de sa robe puis pris sa main gauche dans la sienne. Elle n'était pas bandée, mais elle vit les marques qu'avaient laissées les insignes lorsqu'il les avait serrées au point de les imprimer dans sa peau. Doucement, avec toute sa tendresse, elle embrassa sa paume.
Quelques minutes passèrent en silence, puis la cheminée s'alluma et Hermione et Ron en sortirent avec un air qu'il ne leur connaissait que trop bien : de l'inquiétude, pour lui comme trop souvent. Ils soupirèrent de soulagement, sans doute parce qu'ils constataient que Harry était encore en vie.
— Que s'est-il passé Harry ? questionna Hermione. On m'a dit que Stanislas te remplaçait pour une durée indéterminée.
— On ne t'a pas mentit, acquiesça-t-il. J'ai été mis à pied.
Ses deux amis et sa femme le fixèrent avec étonnement. Cela leur semblait sans doute improbable que quelque chose n'ait pas été dans son sens alors que ça avait toujours été le cas. Une nouvelle fois, comme avec Molly, il raconta. Cette fois, cependant, il n'omit rien. Il parla de sa rage qui avait explosé, du regard inquiet d'Owen sur lui tout au long de la mission, de son incapacité à se rendre compte qu'il déraillait, de sa conviction qu'Adrian tentait de l'emprisonner alors qu'il ne faisait que l'encadrer et de la chance qu'il avait eue, encore une fois, qu'Alaric soit là.
Ils restèrent silencieux un moment après la fin du récit. Harry cru les avoir perdus, cette fois-ci, parce qu'il était tellement rare qu'ils ne disent rien. Il releva la tête après une hésitation et vit qu'ils échangeaient tous les trois des regards. Le bruit revint brusquement :
— Tu es un abruti, posa Ron.
— Le pire des abrutis, approuva Hermione.
— Abruti ? Le mot est faible, surenchérit Ginny.
Harry resta sans voix, et les trois amis éclatèrent de rire face à son expression dépitée. Il ne comprenait pas comment ils avaient pu en arriver là, avec tout ce qu'il leur avait dit. Est-ce qu'ils étaient complètement fous ? Comment pourraient-ils lui pardonner, encore une fois, après tout ce qu'il avait fait aujourd'hui ?
— Harry, reprit finalement Ginny. On sait tous les trois comment tu te sens. Je veux dire, on a grandi avec toi, on te connait par cœur. Evidemment que tu culpabilises. Evidemment que tu es en colère. Tu l'as toujours été. D'aussi loin que je me souvienne, je ne t'ai jamais vu ne pas être en colère, et pourtant je t'ai vu de nombreuses fois ces dernières années.
— On savait que tu allais bientôt craquer, continua Ron. En fait, on était tous censés garder un œil sur toi. Comme Hermione travaille avec toi, elle essayait de t'intercepter régulièrement.
— C'est difficile de ne pas attirer ton attention, enchaina Hermione. Je ne voulais pas que tu comprennes alors j'ai essayé d'être discrète mais… A cause de ça, on n'a pas pu intervenir avant que ça déraille. On croyait avoir encore du temps devant nous pour te convaincre de parler.
— Vous l'auriez eu, soupira Harry qui n'arrivait même pas à leur en vouloir. Vous l'auriez eu s'il n'y avait pas eu cette enquête, et l'interrogatoire de ce matin. Pourquoi vous ne m'avez rien dit ?
— Tu te serais braqué, comme à chaque fois, expliqua doucement Ginny. Comprends-nous, Harry, nous t'aimons profondément. Nous sommes une famille, et tu sais l'importance que ça a pour nous. Mais toi, tu t'es toujours senti comme une pièce rapportée et on n'a jamais réussi à te faire comprendre que tu te trompais. Alors te pousser à parler, et à attirer l'attention sur tes sentiments ? C'était peine perdue.
Il ne pouvait que le leur concéder, même s'il se sentait mal d'être à ce point lisible par ses proches. Il devait les inquiéter depuis tellement longtemps… Voilà qui venait s'ajouter sur la pile que constituait son sentiment de culpabilité. Hermione et Ron se regardèrent une seconde, puis Ron s'éclaircit la gorge et reprit la parole.
— J'ai demandé à George ce qu'il avait pensé de sa psychologue. Il ne l'a vu que trois fois, parce que maman l'accompagnait là-bas, mais il m'a dit qu'elle était douée à condition de l'écouter. Si tu veux, on t'y accompagnera.
— J'irais seul.
Ils se regardèrent encore une fois, tous les trois, se demandant sans doute s'ils pouvaient lui faire confiance. Il y eut un moment de silence pendant lequel Harry hésita à intervenir, avant que Ron ne hoche finalement la tête.
— OK, mon pote. Mais on est là si tu as besoin.
Il y eut des bruits de pas dans les escaliers et Ginny et Harry se tournèrent vers leur fille qui dévalait les marches dans une robe bleue et des collants épais verts. Elle regarda ses parents une seconde et serra contre elle sa peluche de Veaudelune en affichant une moue boudeuse.
— Je ne veux pas rentrer maintenant, chouina-t-elle un peu. Y a du lait chaud.
— On ne rentre pas tout de suite, ma puce, répondit Ginny.
Rassurée, la fillette s'approcha de ses parents et les embrassa avant de s'asseoir entre eux et de laisser ses grands yeux curieux passer d'un adulte à l'autre. Le contraste entre la petite fille qu'elle était ici, et la petite adulte qu'elle s'efforçait d'être avec ses frères ainés était flagrant, et cela fit sourire Harry et Ginny.
— Papa, pourquoi tu as un bandage à la main ?
— Parce que j'ai été idiot au travail aujourd'hui, j'ai couru trop vite et ma main a tapé dans un mur.
Elle semblait dubitative mais, comme souvent dans ses cas-là, elle ne prit pas la peine d'insister. Elle se releva, déplissa sa robe soigneusement, puis posa sa peluche entre ses deux parents.
— Puisqu'on ne veut pas me dire la vérité, je fugue.
Elle tourna les talons le plus simplement du monde et se dirigea vers la porte qui donnait sur le jardin. Harry éclata de rire et se leva, soulevant sa fille pour la prendre dans ses bras. Elle se débattit, histoire de jouer le jeu, mais elle riait sous les chatouilles que lui infligeaient maintenant son père. Comment avait-il pu oublier le bonheur que faisait naitre sa fille dès qu'elle était dans une pièce ?
— Désolé jeune fille, mais tu ne pourras fuguer que quand il fera un peu plus chaud.
— D'accord, mais alors maman et toi vous fuguerez avec moi cet été !
— Promis. N'est-ce pas Ginny ?
— Tout à fait, on se fait la malle dès que ses frères rentrent de Poudlard !
La fillette lança un « hourra », qui fut suivit par les quatre adultes, puis Harry la reposa au sol. Elle récupéra sa peluche et fila dans la cuisine, où Molly lui demanda d'aller chercher Arthur. Lily enfila ses chaussures, son manteau et son écharpe, puis elle courut dehors pour appeler son grand-père.
— Robe bleue et collant vert, elle est en bonne voie pour honorer son deuxième prénom, commenta Hermione avec une légère grimace.
— Figure toi que c'est son objectif, rit légèrement Ginny. Elle demande constamment qu'on lui parle de Luna, et des créatures qu'elle adore. Je crois bien qu'elle va se faire embaucher par le chicaneur avant d'être majeure à ce rythme.
⁂
Le repas se passa merveilleusement bien. Pendant les deux heures qu'il dura, Harry parvint à se détacher totalement de toutes ses émotions négatives. Hermione et Ron avaient dû partir après un simple café pour travailler, mais Ginny était restée. Il était entièrement tourné vers sa famille et cela lui donnait l'impression d'appartenir à un tout, qui comptait vraiment.
Ginny n'ayant pas d'obligation avant l'après-midi, et Harry n'en ayant plus, ils décidèrent de rester au Terrier. Ils passèrent la journée avec Lily, Arthur et Molly. Ils s'occupèrent du jardin, assistèrent aux réprimandes de Molly qui tomba accidentellement sur le nouveau projet de son époux, partagèrent deux repas, et la fatigue n'assomma étrangement pas Harry. Malgré tout, il avait pris le temps de faire une sieste lorsque Ginny s'était absenté et que Lily avait décrétée qu'elle voulait dormir. Il était clair que c'était pour que son père puisse se reposer, mais personne n'en fit la remarque.
Le soir venu, Harry embrassa Molly et serra la main d'Arthur puis il entra dans la cheminée avec sa fille sur le dos et fut rapidement chez lui. Ginny arriva juste après lui, et elle prit Lily dans ses bras en embrassant la joue de Harry.
— Fais-toi un thé et va te coucher, je m'occupe de Lily ce soir.
— D'accord. Merci.
Il l'embrassa doucement puis il descendit à la cuisine. Il s'en voulait de laisser Ginny s'occuper de leur fille seule ce soir, mais il remplissait son rôle le reste du temps alors peut-être pouvait-il s'accorder ce repos. Il salua les elfes de maison mais leur dit d'aller se coucher, il voulait s'occuper seul de cette tisane, pour prendre le temps de profiter du silence. Il tira sa baguette pour allumer le feu sur lequel il posa la bouilloire qu'il avait rempli d'eau.
Harry se laissa tomber sur l'une des chaises en lâchant un profond soupir, puis il ferma les yeux en se laissant aller contre le dossier. Il avait besoin de réfléchir, de se retrouver seul avec lui-même l'espace d'un instant, pour faire le tri… Mais avaient-ils raison, lorsqu'ils disaient qu'il devrait voir un psychologue ? ça n'avait pas l'air d'avoir aidé George mais, en même temps, George n'avait jamais voulu oublier Fred et avait refusé tout ce qui s'y apparentait. Il devrait essayer. Au moins une fois, pour voir comment ça se passait.
Il avait les yeux fermés depuis bien trop peu de temps quand la bouilloire se mit à siffler bruyamment. Il la laissa faire quelques secondes avant de se redresser enfin et de la soulever. Il remplit une tasse d'eau et un petit filtre en acier de tisane qu'il y plongea. Sa tête commençait à lui faire mal, mais il savait qu'il risquait fort de ne pas échapper à une conversation avec sa femme. Il remplit une seconde tasse à laquelle il ajouta également un filtre.
Quelques minutes plus tard, il retira les deux filtres et monta dans la chambre avec les deux tasses. Il en posa une sur la table de chevet de Ginny et une sur la sienne, avant de se déshabiller. Il avait encore mal à la main, mais il n'arrivait pas à être dérangé, et ça l'angoissait un peu. Il enfila son pyjama, puis il s'assit sur le lit. Ginny le rejoignit un peu moins de dix minutes plus tard. Elle réchauffa sa tisane d'un coup de baguette magique. Harry, lui, ne prit pas la peine de le faire.
— Comment tu te sens ?
— Mieux que ce matin.
Elle hocha la tête mais, assise sur le lit, ne le lâcha pas des yeux pour autant. Doucement, elle souffla sur sa tasse, faisant onduler la vapeur qui en sortait paisiblement. Harry ne dit rien pendant un moment mais, comme toujours, elle était d'une patience légendaire. Elle l'avait été pendant toutes les années où Harry chassait les Horcruxes en secret. C'était la pire période de leur relation, de loin, il aurait voulu tout balancer pour être avec elle, et elle lui en voulait de ne pas la laisser venir avec lui. Parfois, il se demandait si elle lui en voulait encore un peu à ce sujet.
Quelques secondes passèrent encore puis Harry but une gorgée de sa tisane tiède, presque froide en réalité, et détourna la tête. Il ne pouvait pas la regarder maintenant, pas alors qu'il mourrait de honte, pour tout ce qu'il avait à dire et à demander.
— Qu'est-ce que je suis censé faire, Ginny ? demanda-t-il à mi-voix. Pour les Aurors ? Je dois abandonner mon poste ? Même en admettant que je commence une thérapie, il faudra sûrement des années pour que j'arrive à être normal. Alors quoi, je reste suspendu jusqu'à ma retraite ? Et au-delà de ça, imaginons même que je puisse reprendre ma place… Comment je pourrais regarder en face ceux que j'ai failli envoyer à la mort ? Comment ils pourraient me faire confiance ? Comment Adrian pourrait me faire de nouveau confiance ?
Elle avait attendu que Harry termine, en le regardant même s'il regardait ailleurs. Sa patience, toujours… Il en avait mal pour elle. Il posa sa tasse sur la table de nuit et, inconsciemment, il serra sa main blessée de sa main gauche. La douleur le réchauffa, se répandant dans son corps et, pendant un instant, il ne pensa plus à la façon dont il avait l'impression de ne pas mériter Ginny.
— Tu ne te poses pas les bonnes questions, dit-elle doucement. Tu dois arrêter de te demander ce qui se passera « si ». Tu vas retrouver ta place, parce que tu es fait pour ce rôle et que ce rôle est fait pour toi. Même dans ton état, tu l'as géré à la perfection pendant des années. Oui, tu as explosé. Evidemment, que tu as explosé Harry… Comment aurais-tu pu ne pas exploser ? La première partie de ta vie n'est faite que de douleur et de guerre, comment pourrais-tu aller bien ? Ils comprendront. Ils t'en voudront, évidemment, tu as pris un risque énorme… Mais ils t'ont suivi aveuglément parce qu'ils te font confiance. Commettre des erreurs, ça ne te prive pas de la confiance des autres, il faudra juste du temps, de la patience, et tu vas devoir faire tes preuves.
— Mais s'ils veulent que je parte ?
— Eh bien, j'imagine que tu vas rester quand même, parce que c'est ce que tu as toujours fait. On t'a détesté pour avoir soi-disant ouvert la chambre des secrets et pour avoir soi-disant mis ton nom dans la coupe de feu. Tu n'as jamais abandonné pour autant.
— Parce que c'était faux. Je ne les ai pas « soi-disant » mis en danger de mort.
— Tu l'as « soi-disant » fait consciemment. Tu n'étais pas dans ton état normal. Que ce soit psychologique ne rend pas ça moins vrai et légitime.
Harry ne répondit pas, car il n'avait pas envie de lui dire qu'elle avait raison mais qu'il refusait de l'écouter. Evidemment, que c'était important. Evidemment que c'était légitime. Mais est-ce que c'était excusable pour autant ? Est-ce qu'il méritait le pardon ? Ginny n'insista pas. Elle termina sa tisane et embrassa doucement sa joue.
— Couches toi, Harry. Demain, tu iras voir George pour qu'il te parle de sa psychologue.
— D'accord, chérie…
Elle caressa sa joue un instant puis embrassa doucement ses lèvres. Comme elle le faisait toujours, elle attendit que Harry se soit couché pour se coucher à son tour. Ils remontèrent le drap sur eux, puis Ginny vint se glisser dans ses bras, sa main sur son cœur, et ferma les yeux en écoutant battre son cœur.
⁂
Harry ne se réveilla que vers treize heures. Il y avait un mot de Ginny sur la table de nuit, sous la tasse de tisane froide qu'il n'avait pas terminé la veille. Il le lut dans un genre d'état second, où tous les événements précédents lui retombaient soudain dessus.
« J'ai déposé Lily chez ma mère, elle était très contente d'y retourner. Va la chercher en fin d'après-midi, mais avant ça : passe parler à George ! Je t'aime, Ginny. »
Il ne savait pas vraiment ce qu'il en pensait, mais il avait envie de se plier simplement à ce que lui disait Ginny, ce serait plus facile de juste obéir le temps que les choses se tassent un peu. Il alla prendre une douche qui lui fit un bien fou, car l'eau brûlante imbiba les bandages sur sa main, redéclenchant la douleur qui s'était endormie. Il ne comprenait pas pourquoi il ne parvenait pas à reprendre pied cette fois…
Ce n'était pas la première fois qu'il allait mal. Parler de dépression serait un peu exagéré à son sens, mais ce n'était pas la première fois qu'il avait cette étrange sensation de vide et de trop plein à la fois. Ses émotions débordaient et, en même temps, c'était comme s'il ne ressentait rien. Il détestait ça, mais il vivait avec depuis longtemps, depuis bien avant Poudlard. A bien y réfléchir, il lui semblait impossible d'avoir vécu sans ça un jour même s'il se doutait que quand ses parents étaient en vie, son existence devait être bien trop merveilleuse pour cette noirceur.
Il quitta la salle de bain et s'habilla, sans grand soin. Puisqu'il n'allait pas au ministère, il ne prit pas sa robe de sorcier et se contenta d'un pull léger vert émeraude et d'un jean bleu des plus classiques. Il glissa sa baguette dans sa poche arrière, comme d'habitude, ne la cachant que grâce à son manteau. Il n'avait pas faim et déclina donc le petit-déjeuner que lui proposa Trotty, l'elfe de maison, pendant qu'il mettait ses chaussures.
— Je rentrerais vers dix-sept heures avec Lily, vous pourrez nous faire du chocolat chaud ?
— Bien sûr Monsieur Harry, répondit Trotty
Sa sœur, Miffy, était avec son époux pour la journée. Elle avait demandé des congés exceptionnels qui lui avaient évidemment été accordés car elle et son mari, Cracky, partaient visiter le pays natal de ce dernier pour leur lune de miel. Trotty devait gérer seul la maison, et Harry sentait qu'il aurait bientôt une conversation avec lui à ce sujet. Le décès de Kreattur avait laissé une place vide, sentimentalement comme professionnellement, et il était peut-être temps d'accepter de lui trouver un remplaçant. Il en parlerait avec Ginny dans la soirée.
Harry quitta le 12 square Grimmaurd par la porte qui donnait « côté moldu », comme il disait parfois. Il n'avait pas envie de prendre le réseau de cheminée et le chemin de traverse n'était pas si loin que ça depuis la maison. Il traversa la rue, et se rendit compte que cela lui faisait un bien fou, comme s'il respirait un air différent, moins chargé en magie, dans lequel il pouvait disparaitre. Ici, il n'était même pas Harry Potter, simplement un passant.
A l'origine, il avait prévu de prendre le métro mais l'idée de profiter de son anonymat était bien plus tentante. Presque autant que l'idée de retarder le moment où il arriverait au magasin de George pour lui poser une question dont il détestait chaque syllabe. Il eut beau faire des détours, de très nombreux détours même, Harry fini par se retrouver devant le Chaudron Baveur et son anonymat s'envola dès qu'il poussa la porte. Des gens qu'il ne connaissait pas le moins du monde le saluaient, des gens qu'il connaissait mais n'avait pas vraiment envie de voir venaient lui serrer la main, et il fut presque immédiatement replongé dans son humeur morose.
Dans l'arrière-cours de la Taverne, il tapota les briques dans l'ordre et elles se mirent à bouger. Cela lui fit un pincement au cœur, plus douloureux qu'il ne l'aurait pensé, car il réalisait qu'il ne ressentait plus cette euphorie qu'il avait avant, quand la magie se matérialisait si joliment sous ses yeux. En avait-il été dégoûté par la guerre ? un peu, sous certains aspects, mais il n'aimait pas y penser.
Il traversa le chemin de traverse d'un pas rapide, regrettant finalement de ne pas être simplement passé de sa cuisine au sous-sol de la boutique où il se rendait. Heureusement, le chapeau de la boutique qui se levait régulièrement se rapprochait de plus en plus, et Harry poussa la porte quelques minutes seulement après avoir quitté le chaudron baveur.
La caisse, à cette heure-là, était tenue par Ron, qui partirait ensuite pour une réunion avec des membres de la Guilde des Artisans. Il indiqua à Harry où se trouvait George, et celui-ci passa dans l'arrière-boutique. Il ne le vit pas dans la salle de repos et décida donc d'aller vers le sous-sol où se trouvaient les stocks et où George passait beaucoup de temps de manière générale pour trouver de nouvelles idées.
En s'y dirigeant, il passa devant les toilettes dont la porte était entrouverte. Il la dépassa d'abord sans y prendre garde, mais il eut une sensation étrange qui le poussa à reculer, comme s'il avait manqué une information. Un genre d'instinct d'Auror qu'il aurait aimé ne pas avoir à cet instant. Silencieusement, il poussa un peu la porte entrouverte.
George se trouvait devant un évier, face au miroir, sa baguette à la main. Le voir n'avait jamais été si douloureux. Si c'était bien George dont Harry voyait le dos, c'était définitivement Fred qui lui faisait face dans le miroir. C'était son regard, c'était sa bouche, c'étaient ses cheveux et ses deux oreilles intactes. Il sentit son cœur et sa gorge se serrer de concert alors qu'il le voyait, « le jumeau restant », qui contemplait celui qu'il avait perdu dans son propre reflet. George fini par le remarquer, et le mirage s'effaça immédiatement.
— C'est de la belle magie, dit doucement Harry.
— N'en parle à personne, s'il-te-plait, Harry.
Il hocha la tête. Il n'avait pas songé une seule seconde à le dire à qui que ce soit, ça ne regardait que George qui n'arrivait pas à faire son deuil, qui avait encore besoin du regard de Fred sur lui. Il devait regretter de tout son cœur de n'avoir pas un tableau de son jumeau auquel parler mais il semblait à Harry que cela aurait été encore pire.
George se tourna vers Harry, et ce dernier réalisa que ce n'était pas un mirage à proprement parlé mais un sort de métamorphose. Il désigna sa propre oreille pour indiquer à George qu'il n'avait pas levé tout son sortilège. Un instant plus tard, c'était bien le jumeau survivant qu'il avait en face de lui. C'était ça, en fait. Harry n'était pas un survivant, pas vraiment, alors que George…
Ils retournèrent ensemble dans la salle de repos. George leur servit un verre qui n'avait pas grand-chose à voir avec le café qu'il avait proposé. Ils burent en silence pendant quelques minutes, et ce n'est qu'après avoir vidé deux verres de whisky pur feu que George le regarda.
— Qu'est-ce qui t'amenait ici, à la base ?
— Une question pour toi, éluda Harry.
Ils burent un verre de plus sans rien se dire. Dix minutes passèrent encore puis Harry soupira profondément. Il commençait à se sentir un peu mal, une vague sensation de chaleur et d'endormissement qui prenaient ses pensées en otage.
— J'ai besoin du nom de ta psychologue, fini-t-il par lâcher.
— Bonne idée. Je suis sûre que ça te fera du bien. Elle est gentille.
— Pourquoi tu as arrêté ?
George sourit un peu, il caressait le rebord de son verre vide avec un doigt. La question ne lui plaisait visiblement pas, mais il se sentait obligé d'y répondre parce que c'était Harry, que c'était la famille, et que ça comptait encore malgré la disparition de Fred, tout simplement parce que ça avait toujours compté pour Fred.
— Parce qu'elle m'a demandé si j'étais prêt à oublier Fred, et que je ne l'étais pas. J'ai promis d'y retourner quand ce serait le cas.
— C'était il y a combien de temps ? demanda prudemment Harry
— Dix ans.
Il y eut un silence de quelques minutes, et Harry se redressa un peu pour les resservir sans un mot. Dix ans. George n'oublierait jamais Fred et il n'essayerait jamais de le faire. Allait-il en souffrir autant toute sa vie ? Souffrait-il autant qu'à l'époque ? Harry soupira profondément en faisant doucement tourner le verre sur lui-même, son menton dans sa main et son coude sur la table. George, de son côté, but une gorgée d'alcool et étendit ses jambes sous la table.
— Harry, tu sais que ce n'est pas ta faute. N'est-ce pas ?
Le soi-disant Survivant eut un sourire en coin. Il ne s'était pas attendu à ça de la part de George, et ça lui faisait un effet absolument désastreux. S'il n'avait pas tant pleuré hier, il se serait sans doute écroulé directement, juste avec cette phrase. Il passa ses mains sur son visage, incapable de répondre tant sa gorge lui faisait mal.
— Je t'en ai voulu au début, reprit George. Beaucoup, longtemps. J'avais l'impression que tu nous avais entrainé là-dedans, que Fred se sentait redevable parce que tu nous avais donné l'argent de la coupe pour le magasin. Parce que tu avais sauvé Ginny quand elle avait été emmenée dans la chambre des secrets. Parce que tu avais permis à Ron d'échapper à notre emprise et de s'épanouir. Mais… Même en admettant que ce soit vrai, en admettant que nous ayons participé à cette bataille simplement parce que nous t'étions redevable… ce n'était pas ta faute. Et plus important encore, ce n'était pas pour ça. On voulait être là. On voulait participer à ça. Fred…
La voix de George, qui avait été si claire et affirmée pendant le début de son discours, se brisa sur le nom de son frère. Harry releva la tête pour le regarder et le vit fermer les yeux, accusant le coup. Il laissa passer quelques secondes même si tout ce qu'il avait dit tournait encore dans son esprit.
— La veille de la bataille, Fred m'a dit qu'il se battrait partout où ce serait nécessaire. On avait prévu de fermer la boutique dès le lendemain matin, et d'apporter notre soutien partout où on aurait besoin de nous. Au final, la dernière bataille a eu lieu, on s'est pointé en ayant parfaitement conscience qu'on allait perdre des gens. Evidemment, on se disait que ça irait pour nous parce que… enfin… comment on aurait pu imaginer l'un de nous deux mourir sans reculer ? On se l'est interdit. On ne voulait pas reculer alors on s'est interdit de penser à cette possibilité et on y est aller. A aucun moment, de l'instant où on a décidé de rejoindre la guerre, jusqu'à celui où ce foutu mur a explosé… à aucun moment on a pensé à toi Harry. On était là parce qu'on voulait être là. Parce que c'était notre place. Alors oui, un mur a explosé et il l'a tué, il m'a tué, mais ça n'avait rien à voir avec toi. Ça avait à voir avec une guerre qui dépassait ta petite personne, qui nous dépassait tous. Même sans te connaitre, on se serait pointé à cette bataille, et le mur aurait explosé, et on serait morts, et je serais resté comme un con à essayer de recoller les parties de moi qui ont volées en éclats, qui ne collent plus ensemble parce qu'il manque des bouts, et j'aurais regardé tout mon esprit s'effondrer au moindre courant d'air. Mais tu es là, Harry. Tu as aidé mon petit frère à grandir, tu as rendu ma sœur infiniment heureuse, mes parents sont fiers de te compter comme un fils, tu as agrandi notre famille et grâce à toi il y a de nouveau des rires d'enfants au Terrier. Je ne sais pas si ça aurait été le cas, si on ne t'avait pas connu.
George resta silencieux un instant, puis il sourit doucement. Harry et lui pleuraient maintenant mais ne s'en souciaient pas, les larmes glissaient simplement sans un bruit, sans vraiment se manifester. Ils terminèrent leur verre d'une traite et les reposèrent, puis George termina son discours.
— En fait, je le sais. Sans toi, ma mère aurait perdu deux fils, et elle les aurait perdus bien plus tôt, elle les aurait perdus adolescent. On ne vivait que l'un pour l'autre, tu nous as ouvert au monde et, plus important encore, tu nous as fait voir qu'on n'avait pas besoin de faire exploser des feux d'artifices pour voir de la lumière dans nos ténèbres. On n'allait pas bien, Harry. On n'allait vraiment pas bien. Tu as illuminé la vie de Ron, tu t'es incrusté partout, fondu dans les ombres, tu as pris possession de notre famille et de notre maison et grâce à ça, on a pu vivre encore de nombreuses années. Merci.
Harry secoua la tête. C'était un peu trop pour lui, en si peu de temps. L'alcool aidant, George avait l'air d'avoir déballé tout ce qu'il voulait dire depuis longtemps et, si cela amenait des centaines et des milliers de questions, ça répondait surtout à une question principale, que Harry se posait chaque jour. Non, il n'était pas le responsable de la mort de Fred, et par extension de la mort d'une partie de George. Il n'était pas responsable de leur présence ce jour-là et, d'une certaine façon, il l'était. Pas parce qu'il les avait forcés à être là mais parce que, d'une certaine façon, il leur en avait donné la possibilité.
George essuya ses larmes rapidement, et la porte s'ouvrit sur Ron qui s'immobilisa en les fixant. La scène devait avoir quelque chose de cocasse et d'alarmant pour lui qui finissait tout simplement son service. Il passait du magasin plein de bruits et de rire, à cette scène un peu étrange où son frère ainé et son meilleur ami tenaient compagnie à une demi-bouteille de whisky pur feu en pleurant sans se regarder.
— Qu'est-ce qui s'est passé ?
— On a discuté un peu, expliqua Harry sans entrer dans les détails.
— Eh bah ça ne vous réussit pas des masses, vous devriez éviter.
George et Harry rirent de bon cœur, sans que Ron ne se joigne à eux. Il semblait soucieux, ce qui s'expliquait aisément vu la façon dont Harry s'était comporté la veille. Y repenser le mettait mal à l'aise mais c'était Ron, il l'avait vu dans ce qu'il avait de pire et ils avaient vécu ensemble des choses qui faisaient passer cette petite séance de confession pour une anecdotique conversation de couloir.
— George, comment tu vas assurer ton service dans cet état ?
— Alors là, répondit l'intéressé à son frère. Je peux t'assurer que je ne vais pas l'assurer le moins du monde. Mais Harry est là, il va m'aider, à deux bourrés on devrait bien réussir à égaler un sobre.
— Je ne suis pas totalement sûr de ton calcul, soupira Ron. Je ne peux pas annuler ma réunion, je ferais en sorte de l'écourter autant que possible. Ne faites rien brûler.
Ils promirent en cœur, et Ron leur lança un regard consterné avant de refermer la porte derrière lui. Ils entendirent la clochette de la porte d'entrée de la boutique et grimacèrent un peu.
— Je crois que nos femmes vont être tenues au courant de notre petite conversation.
— Ginny sera cool avec ça.
— C'est ça, vante-toi.
Ils se sourirent un peu, puis ils se relevèrent, rangèrent la bouteille d'alcool et quittèrent la salle de repos. Les clients ne se bousculaient pas à cette heure-là, ils espéraient donc avoir le temps de dessouler un peu, doucement, en attendant que Ron revienne et qu'ils puissent s'excuser correctement. En réalité, la boutique fut même encore plus vide que d'habitude, et George estima que c'était sans doute parce que depuis quelques semaines maintenant, le mercredi était un jour de réduction dans la plupart des cafés du chemin de traverse. Un moyen d'attirer les familles, qui avait impacté les ventes de la boutique des sorciers facétieux.
— Tu devrais contre-attaquer, proposa Harry en s'accoudant au comptoir. Tu dois bien avoir des idées pour attirer du monde un autre jour de la semaine.
Ils passèrent l'heure suivante à chercher de nouvelles idées qui pourraient animer la boutique. Il fallait dire que le fait d'être un magasin de farce et attrape avait fait oublier à George qu'il pouvait malgré tout en faire encore plus. Des idées se bousculèrent, la plupart trop dangereuses ou tout simplement illégales, puis George sembla touché par l'illumination.
— Toutes les semaines, ce serait compliqué, mais une fois par mois on pourrait organiser un tournois de farces et attrapes, lança-t-il avec enthousiasme.
— J'ai du mal à voir à quoi ça ressemblerait.
— On a plein de trucs pour ça ici, des baguettes qui n'ont que des sortilèges inoffensifs mais drôles, des reproductions de terrains de Quidditch, on a même une gamme moldue depuis quelques temps qui a beaucoup de succès.
George l'admettait, le succès revenait surtout aux coussins péteurs qu'il regrettait de n'avoir pas inventé lui-même. Mais les stylos cracheurs d'encre, les claque-doigts, les stylos électriques ou encore les reproductions très réalistes d'insectes avaient énormément de succès. George parla également d'un « poulet catapulte » sans que Harry n'arrive à visualiser de quoi il s'agissait, et l'homme s'empressa d'aller en chercher deux en rayon.
Il s'agissait en fait d'un genre de coq en caoutchouc, on mettait le bout de l'index dans la tête puis on irait les pattes de l'autre main. En lâchant, il se retrouvait propulsé à une distance plus que raisonnable. Même avec sa main bandée, Harry parvint à faire un tir d'essai parfaitement admirable. Il n'en fallut pas plus pour que Harry et George passe les cinq minutes suivantes à se défier sur la distance, avant de passer les vingt-cinq suivantes à se tirer dessus avec. Si ça avait commencé d'un côté et de l'autre du comptoir, ça avait fini dans l'ensemble du magasin. George, d'un étage supérieur, tentait de viser Harry qui montait les escaliers quatre-à-quatre pour avoir une chance de le toucher. Ils utilisaient les rayons pour se mettre à couvert, sautaient derrière des présentoirs, glissaient par terre pour profiter de l'abris offert par une installation.
Une demi-heure plus tard, ils étaient épuisés, mais ils riaient encore, parlant alors que c'était inutile des moments qu'ils avaient trouvés les plus palpitants, comme celui où George avait failli faire tomber la pile de potions périlleusement installée par Ron le matin même. Il s'en était fallu de peu pour que George et Harry se retrouvent couverts de furoncles.
Ils redescendirent les escaliers pour retourner au comptoir et George arrêta Harry pour lui montrer un autre objet moldu alors qu'ils passaient dans le rayon qui étaient dédiés à ce genre de produits.
— C'est un genre de pétanque sur vitre. Ce sont des trucs en caoutchouc, qui tiennent sur le verre. Tu lances d'abord celui-là, pour faire le cochonnet, et après les autres.
Ils se regardèrent du coin de l'œil. Moins de cinq minutes plus tard, ils commençaient une partie en jetant le cochonnet collant sur la porte vitrée depuis l'arrière du comptoir. Harry remporta le premier jeu, et George les deux suivants. Ils en étaient à se dire que celui qui gagnerait la prochaine partie serait le grand gagnant du jeu, bien que ça n'ait pas de sens, quand la porte s'ouvrit sur Ron qui reçut un des projectiles au milieu du front. George tenta de se retenir mais il éclata de rire moins d'une seconde plus tard et Harry le suivit sans opposer la moindre résistance.
Ron se contenta de tirer sur le projectile pour le retirer, ce dernier lui ayant laissé une trace rouge circulaire sur le front. Il referma la porte derrière lui, et le plaça à peu près à l'endroit où il aurait dû atterrir s'il n'était pas entré à ce moment-là.
— Content de voir que vous allez mieux. Moins content de me prendre un de nos produits entre les deux yeux en passant la porte.
— Désolé Ron, fini par dire George après s'être calmé.
— C'est bon, c'est bon. Manquerait plus que je devienne le rabat-joie de la famille, déjà que Percy tient mal le rôle depuis son mariage…
— Oh allez, c'est sympa de le voir comme ça. Je me demande si Charlie finira par se caser lui aussi.
Harry se tendit un peu et recula d'un pas, le rouge aux joues. L'alcool ne l'aidait décidément pas à avoir l'air naturel dans ce genre de situation. Les deux frères tournèrent la tête vers lui, intrigués, puis leurs lèvres s'étirèrent dans un sourire que Harry ne connaissait que trop bien. Le fameux sourire de la famille Weasley, qui lui signifiait qu'il aurait beau faire de son mieux, il finirait par cracher le morceau.
— Vous savez quoi ? Je devrais y aller. Je veux dire, vous tenez la boutique, c'est votre travail, je ne devrais pas m'incruster de cette façon…
— Il n'y a pas de client, contra George.
— Aucun client, appuya Ron.
Harry avait déjà tourné les talons et ouvert la porte qui donnait sur l'arrière-salle, mais elle se referma sous son nez et il n'eut pas besoin de se retourner pour comprendre que Ron avait sorti sa baguette. Il soupira profondément et leva les mains en signe de reddition. Il se retourna vers eux.
— Je ne peux pas vous en dire beaucoup, je ne suis pas censé être au courant. Charlie a quelqu'un, il va en parler dimanche. Essayez d'être discrets, sérieux…
— Comment elle s'appelle ? demanda avidement Ron.
— Ouais.
Se fut la seule réponse de Harry et elle déstabilisa suffisamment Ron pour qu'il ait le temps de fuir en direction de la cheminée. Il lança un merci à George et descendit rapidement les escaliers qui le menèrent à la salle où se trouvait le stockage et la cheminée. Il s'y engouffra et, pour filer plus que pour se déplacer, dit le premier lieu qui lui vint à l'esprit. Pré-au-lard.
Il quitta l'antre de la cheminée et regarda rapidement autour de lui, sans trop savoir ce qu'il pourrait bien faire ici. Il n'était que 15h et il avait donc encore deux heures à tuer avant d'aller chercher Lily et l'idée de se morfondre sur le canapé du Terrier ne le convainquait pas vraiment. Il se rappela alors sa conversation avec Hermione au sujet de la Cabane Hurlante. Il regarda vers sa silhouette qui se découpait dans le ciel.
— Faisons ça alors…
Il se dirigea vers la Cabane d'un pas décidé, même s'il ne savait pas vraiment ce qu'il allait y faire. Même avec la magie, il n'y connaissait pas grand-chose en construction et il se retrouverait vite confronté à la réalité. Est-ce que ce ne serait pas dangereux, d'ailleurs ? Comme il n'avait pas vraiment de meilleure option en tête dans l'immédiat, il décida de prendre le risque, modérément bien sûr puisqu'il se montrerait tout de même prudent.
