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Harry enjamba les fils barbelés qui empêchaient l'accès au terrain de la Cabane. Il se rappelait comment, plus jeune, il les voyait comme des barrières infranchissables. Cependant, il avait grandi, et les clôtures qui n'étaient pas entretenues s'étaient écroulées petit à petit. Elles ne protégeaient plus grand-chose maintenant. Il traversa le terrain dont l'herbe, globalement défraichit, était même totalement absente par endroit, laissant place à des mottes de terre qui faisaient redouter la présence de gnomes dont il faudrait s'occuper rapidement.

Rien que d'y penser, il se remémorait l'été qu'il avait passé au terrier lorsqu'il était à Poudlard et les séances de dégnomages qu'il avait fait avec Ron. Il était presque sûr que ça lui semblerait beaucoup moins amusant s'il devait le refaire maintenant… Heureusement, ils avaient des enfants qui seraient absolument ravis de s'en occuper.

Le Survivant arriva devant la Cabane. Elle avait la même odeur que dans son souvenir, une odeur de bois humide, un peu pourri, de mousse et de moisissures. Il n'était plus tout à fait sûr qu'il y ait quoi que ce soit à sauver là-dedans, mais il n'aimait pas l'idée de voir s'écrouler les vestiges des nuits de pleine lune de Remus, Sirius et de son père. Evidemment c'était aussi le souvenir de Peter Pettigrew mais… quelle importance ? C'était insignifiant, face au reste de ces vies perdues.

Ouvrir la porte ne fut pas chose aisée. Le bois avait gonflé, les gonds rouillés, et Harry était presque sûr qu'il y avait eu un semblant de glissement de terrain, enfonçant légèrement les fondations dans la terre meuble. L'entrée était sombre malgré les grandes vitres, sans doute obscurcies par la poussière et la saleté, si bien qu'il fut forcé de tirer sa baguette de la poche arrière de son jean pour s'éclairer d'un Lumos.

Chacun de ses pas soulevait un nuage de poussière qui venait lui gratter la gorge. Il toussait à chaque fois, en se demandant pourquoi il s'était mis en tête de s'occuper de ça tout seul. Arrivé dans la pièce principale, délabrée au point que les meubles n'étaient plus vraiment reconnaissables, il songea à ouvrir les fenêtres mais il lui sembla que c'était une terrible idée. Vu l'état général des murs, les vitres étaient peut-être bien la seule chose qui permettait à cette maison de tenir presque droite.

En l'état, il ne pouvait pas faire grand-chose. Monter à l'étage lui semblait particulièrement dangereux et il avait envie d'étrangler son lui adolescent qui l'avait fait sans réfléchir une seule seconde aux conséquences. C'était différent, bien sûr, à l'époque Ron était là-haut, menacé par celui qu'il prenait pour le tueur de ses parents. Il se rappelait aussi l'intervention de Rogue, et n'était pas encore certain aujourd'hui de savoir s'il avait voulu les protéger ou bien se venger de ses anciens ennemis. Il avait envie de croire à la première option mais c'était sans doute un mélange des deux.

Harry agita sa baguette et un balai se détacha avec difficulté du mur, il entraina avec lui de nombreuses toiles d'araignées et leurs occupantes qui se hâtèrent de fuir vers le sol. Pendant plusieurs minutes, il fit de son mieux pour débarrasser le sol de l'épaisse couche de poussière, de feuilles et d'autres déchets ramenés par les animaux qui habitaient le terrain mal entretenu. Il lui en fallut trente, juste pour réunir dans un coin ce qui couvrait la moitié de la pièce. Les meubles étaient couverts de draps blancs abimés, troués par endroit, et Harry s'attendait à ce qu'ils aient été abimés par les mites et la lumière du soleil. Il repéra une bibliothèque délabrée qu'il n'avait jamais vu jusque-là et se dirigea droit vers elle. Il y avait de nombreux livres aux reliures de cuir épaisses, tannés par les années. Il avait peur de les détruire en les touchant mais il songea qu'il pourrait les garder de côté en attendant d'aller voir Hailey, elle pourrait peut-être bien les restaurer, ce qui ne serait pas une mauvaise chose en soi.

Doucement, à l'aide de sa baguette, il entreprit de tous les déplacer sur la table basse qui semblait suffisamment solide pour les supporter. En tout, une cinquantaine de livres quittèrent la bibliothèque sans se désagréger. Pour certains, il ne pourrait rien faire et Hailey non plus, il décida donc de les abandonner là plutôt que de s'acharner à sauver quelque chose qui ne pouvait pas l'être. Il eut un sourire ironique à cette pensée, s'acharner dans le vide était pourtant une de ses principales activités depuis de nombreuses années.

Il passa en revue les titres, sans s'arrêter sur quoi que ce soit de réellement intéressant. Il y en avait un sur les dragons, que Charlie serait sans doute content de trouver lorsqu'il retournerait voir Keanu à la boutique. Lui-même y passerait bien, mais avec tout ce qui se passait en ce moment à Whitby ce ne serait sans doute pas une idée très judicieuse. Malgré tout, c'était aussi une excellente excuse si on y réfléchissait bien, sûrement la meilleure qu'il pourrait trouver dans l'immédiat, sans qu'elle soit suffisante pour autant.

En se présentant sur les lieux, il risquait de tomber directement sur tous ses Aurors et s'ils étaient aussi énervé qu'il le pensait, il finirait à Azkaban avant d'avoir le temps de donner la moindre explication. Cela étant dit, il pouvait aussi directement transplaner derrière la boutique… Et risquer de tomber sur un des taxis volants, le poussant donc à continuer son enquête alors qu'il n'en avait évidemment pas le droit

Avoir été suspendu de ses fonctions à ce moment de l'enquête était absolument ridicule, il avait besoin d'en connaître les aboutissants, d'arrêter de lui-même tous ces suspects et de venger une bonne fois pour tous les enfants qui avaient été victime de leurs agissements. Parce qu'il ne tenait plus, il décida de prendre le risque d'être au mauvais endroit au mauvais moment, il avait parfaitement le droit de venir voir des amis, même s'il ne s'agissait pas d'amis mais de témoins. Il avait le droit de se lier d'amitié avec qui il voulait, indépendamment de ses enquêtes.

Il abandonna donc la Cabane Hurlante, dont le salon n'était même pas à moitié nettoyé. Il s'appliqua pour rétrécir les livres au maximum et les faire s'empiler dans sa bourse, espérant qu'ils ne tomberaient pas pendant qu'il allait transplaner. Hailey risquait fort de ne pas apprécier qu'il abime un peu plus des livres qui étaient déjà en bien mauvais état. En même temps, Hailey ne devait pas s'attendre à le revoir et il n'était pas sûr qu'il soit tout à fait correct de lui apporter des livres comme ça… Mais c'était un prétexte pour parler à Keanu.

Harry sortit sur le pas de la porte de la Cabane Hurlante et tourna sur lui-même. Un instant plus tard, il était à l'arrière de la boutique de Keanu. Il la contourna pour rejoindre la porte à l'avant et entra. Le propriétaire des lieux leva les yeux sur lui et lui offrit un sourire tranquille avant de le saluer de sa voix profonde. D'une certaine façon, Harry comprenait pourquoi Charlie s'était entiché de lui.

— Bonjour Keanu, désolé de vous déranger.

— Les amis de Charlie sont toujours les bienvenus. Que puis-je pour vous ?

Harry prit sa bourse dans la poche intérieure de sa veste et l'ouvrit en prenant garde à ne pas trop la bouger, de peur que les livres ne tombent. Un simple sortilège fit sortir les livres et ils se déposèrent précautionneusement sur le comptoir, où ils retrouvèrent leur taille initiale. Keanu prit ses gants et les enfila avec soin pour manipuler les ouvrages visiblement précieux qu'il avait sous les yeux.

— Ce sont de belles trouvailles. Abîmées, mais belles. Où les avez-vous trouvées ?

— Dans la Cabane Hurlante, à Pré-au-lard, répondit Harry. Ils sont restés là un bon moment, au moins une cinquantaine d'année.

— Je comprends mieux leur état… Hailey devrait être capable de remettre ça en ordre.

Il ouvrit la porte qui menait au sous-sol et utilisa sa baguette pour toquer à la porte blindée qui se trouvait en bas des marches, dans le noir. Elle s'ouvrit quelques secondes plus tard sur Hailey, qui n'était visiblement pas ravie d'être dérangée. À la demande de son patron, elle monta tout de même les escaliers et posa un regard surpris sur Harry, ce qui, il ne pouvait le nier, le ravissait un peu. Pour une fois, c'était lui qui faisait quelque chose d'inattendu. La victoire fut de courte durée.

— Tu as déjà trouvé une excuse pour revenir me voir ? Je te manquais tant que ça ? demanda-t-elle avec un sourire narquois.

Harry ne se laissa pas démonter, pas trop visiblement en tout cas. Il se contenta de désigner les livres d'un mouvement de tête et la femme changea immédiatement de comportement. Elle écarta Keanu en tapant sur la main qu'il avait tendu vers une couverture.

— Pas touche, tu vas leur faire mal.

Elle examina les livres sans les toucher, juste à la lueur de son Lumos, à grand renfort de sortilège de lévitation lorsque cela devenait absolument nécessaire. À chaque fois qu'un peu de poussière tombait, elle lâchait un petit grognement insatisfait, comme si le fait que le temps soit clairement visible sur les ouvrages l'agaçait au plus haut point.

— C'est sauvable. Combien tu en veux ?

— Hein ?

Harry la regarda avec étonnement, totalement perplexe. Il crut trouver un peu d'aide du côté de Keanu mais ce dernier le regardait également, attendant visiblement sa réponse. Il n'avait pas songé une seule seconde à leur vendre les livres : la Cabane Hurlante ne lui appartenait pas, il avait juste voulu sauver cette collection de l'abandon.

— C'est un don, évidemment. Je ne cherche pas à vous les vendre.

Il les vit se regarder, se concertant silencieusement, avant de se tourner de nouveau vers Harry qui n'en croyait pas ses yeux. C'était bien la première fois qu'on lui réclamait de donner un prix, à croire qu'un don semblait parfaitement hors de propos, voire insultant. Il soupira profondément et passa sa main dans sa nuque. Il devrait visiblement trouver quelque chose.

— D'accord. Il y a un livre sur les dragons, si vous arrivez à le restaurer vous pourrez en faire don à Charlie ?

— Avec plaisir, sourit Keanu.

Et son sourire était de ceux qui en disent long sur l'affection portée à une personne. Harry se sentit sourire en retour, tant la chaleur et la tendresse semblait au centre de tout dans la relation que son beau-frère entretenait avec cet homme. Keanu semblait être un homme plein de qualité, mais Harry avait été rendu méfiant par des années en tant qu'Auror, qui lui avait appris qu'un homme devait avoir au moins autant de qualités que de défauts. Ça ne pressentait rien de bon.

Hailey semblait déjà totalement ailleurs. Elle venait d'avoir le feu vert de la part de Keanu et sa baguette fit un mouvement ample pour faire s'élever l'ensemble des livres qui la suivirent dans l'escalier. La porte se referma derrière elle, et Keanu soupira un peu.

— Désolé, elle se laisse vite captiver. Vous avez besoin d'autre chose ?

— Non, pas du tout, répondit précipitamment Harry.

Il marqua cependant une hésitation, parce qu'il avait en réalité des centaines de questions en tête et qu'aucune d'entre elles ne devraient être posé lors d'une conversation aussi peu intime. Il connaissait à peine Keanu, pouvait-il vraiment se permettre de lui parler de ses relations amoureuses ? même si ça concernait son beau-frère, ça restait assez déplacé… Il soupira, décidant qu'il était inutile de se rajouter un stress supplémentaire.

— On devrait se tutoyer, dit-il finalement. Après tout, tu fais partie de la famille maintenant.

Keanu fut surpris, mais il étira de nouveau ses lèvres en un sourire tranquille. Il devait se douter que Harry les avait entendus ce jour-là car il ne lui demanda pas plus de précision à ce sujet. Ou pensait-il à tort que Charlie lui en avait parlé ? Il n'avait absolument rien fait de tel, et leur relation ne laissait pas présager que ça pourrait arriver dans un avenir proche ou lointain.

— Merci, Harry. J'espère que Charlie a conscience qu'il est entouré de personne comme toi.

— Je pense que oui. Il en a parlé à une de nos amies assez librement apparemment alors, d'une certaine façon…

Keanu hocha la tête, il semblait sincèrement rassuré par ce que Harry avait pu lui dire, bien que ça ne semble pas grand-chose. Au moins, il n'était pas venu pour rien, il en était certain maintenant. Keanu ne serait pas là lors du repas dominical, mais peut-être viendrait-il au suivant, en attendant il pouvait être rassuré : Charlie serait épaulé et si qui que ce soit réagissait négativement à sa confession, ils seraient là pour le soutenir.

Harry, cependant, n'imaginait pas vraiment la famille Weasley mettre qui que ce soit de côté pour une question aussi primaire. En réalité, il se demandait même si quelqu'un s'en soucierait réellement, ou s'il serait définitivement le seul que cette révélation perturberait. Dans un cas comme dans l'autre, Charlie ne serait pas seul et c'était la chose la plus importante qui soit.

— Je vais devoir te laisser, reprit Harry. Je ne devrais pas être ici.

— Un rapport avec les Aurors qui se succèdent ? Tu devrais leur dire de faire attention, on n'a pas beaucoup de passage ici en général, alors on les repère de loin.

Le débat qui suivit dans l'esprit de Harry fut absolument invraisemblable. Une voix lui disait de ne surtout pas demander à Keanu quoi que ce soit qui concerne l'enquête, tandis qu'une autre lui disait que tout de même, cela pourrait s'avérer utile, voire désastreux si personne ne songeait à venir l'interroger. Owen y penserait pourtant, non ? Pourquoi y penserait-il ? La lettre était considérée comme une affaire classée, un témoin avait eu des informations qui leur avait permis d'en apprendre plus sur l'Organisation. Interroger Hailey une seconde fois ne serait pas une priorité, et Keanu encore moins.

— Est-ce qu'ils dérangent tes affaires ?

— Au contraire, ça m'arrange bien qu'ils soient là, et encore plus que vous ayez visiblement tous débarqués cette nuit.

Une idée se mit à naitre doucement dans l'esprit de Harry et il se détesta pour ça, parce qu'il voyait bien qu'il continuait cette enquête sans le moindre insigne pour le lui permettre. Cependant, ce n'était qu'une conversation amicale entre les membres d'une grande famille de sorciers qui, par un hasard des plus simples, se composait de membres importants de la communauté.

— Est-ce que les hommes que nous cherchons te posent un problème ?

— Ils posent problèmes à toutes les boutiques de sorciers, ici, expliqua Keanu en croisant les bras sur le comptoir. Ils viennent environ une fois par semaine pour réclamer des dons, soi-disant pour garder en bon état nos accès par cheminée et pour financer le service de Taxis Volants. Le fait est que si on ne paye pas, on est victimes de mystérieux sabotage et on ne voit plus l'ombre d'un Taxi. Dans une petite ville comme la nôtre, ça devient vite une cause de fermeture. Plusieurs commerces ont mis la clé sous la porte après avoir refusé un paiement.

— Ça fait combien de temps ?

— Difficile à dire. J'ai repris la boutique il y a seulement cinq ans, l'ancien propriétaire était apparemment une de leur victime. La somme qu'ils demandent est assez dérisoire pour moi puisque je vends des livres excessivement chers, mais c'est compliqué pour beaucoup d'autres.

— Et pour les apothicaires ?

— On en a qu'un seul ici. De ce que j'ai compris, ils le laissent tranquille tant qu'il fournit les potions tue-loup gratuitement. On a une concentration assez anormale de loup-garou par ici, alors en réalité c'est lui qui se retrouve le plus dans la galère. J'ai peur de ne pas avoir plus d'informations pour toi.

— C'est déjà plus que je ne l'espérais, je ne pensais pas que tu aurais quoi que ce soit à dire sur eux. Merci, Keanu, je vais te laisser reprendre ton travail.

— Repasses quand tu veux, je le pensais quand je disais que tu serais toujours le bienvenu.

Harry le remercia de nouveau et quitta la boutique. Il commençait à se demander si quelque chose sur son visage ou dans son attitude laissait penser qu'il avait absolument besoin d'être rassuré. L'idée s'évapora dès qu'il se rendit compte de la frustration qu'il ressentait à ne plus avoir son miroir avec lui. Il avait dû l'abandonner, brisé, dans le sous-sol du repère de l'Organisation pour le Droit à la Pleine Lune, ce qui le rendait injoignable et l'empêchait de transmettre les informations qu'il venait d'obtenir à Pritchard. C'était le moment de revenir aux bonnes vieilles méthodes, mais les hiboux se faisaient rares… Il décida donc qu'il pourrait bien emprunter ceux de Poudlard, puisqu'il aidait le directeur à trouver son remplaçant. Évidemment, tout ça n'était qu'une excuse pour remettre les pieds au château. Il transplana avant de changer d'avis.

Sur le chemin, il croisa la poste sorcière du village de pré-au-lard, où des hiboux hululaient doucement, certains déployant paresseusement leurs ailes pour aller livrer un courrier. Après tout, la plupart des documents administratifs transitaient encore par ce biais, et il fallait avoir une autorisation pour appeler quelqu'un sur sa ligne privée… Harry, cependant, décida de faire comme s'il n'avait rien vu et de continuer sa route jusqu'à Poudlard.

Tout ça n'était qu'un prétexte pour voir ces murs de pierres qu'il connaissait par cœur, retrouver l'odeur des couloirs, l'ambiance dans laquelle il avait vécu certains de ses derniers jours d'innocence. C'était loin évidemment, mais c'était bien ancré en lui et il espérait ne jamais s'en débarrasser.

Il décida de ne pas transplaner pour avoir le temps de s'inventer une excuse plausible. Il ne pouvait pas vraiment parler de son travail étant donné qu'il n'était pas d'actualité, ni du remplaçant du directeur car il devait d'abord en parler avec Hermione, Ron et Ginny. Peut-être pourrait-il simplement aller parler à Dumbledore, comme à l'époque, simplement pour l'entendre l'écouter de toute son attention. Il avait besoin d'entendre sa voix, de l'entendre lui dire que ce n'était pas grave et que tout s'arrangerait. Ou plutôt, il avait besoin d'entendre sa voix, de l'entendre lui dire des choses qu'il ne comprendrait pas vraiment mais qui lui ferait étrangement écho.

Avant même d'avoir pu le réaliser, il était à l'extrémité du pont qui menait au château, pris d'hésitation. À cette heure, il y aurait de nombreux élèves dans les couloirs, dans la cour intérieure et dans le parc de Poudlard. Il serait difficile de passer inaperçu mais il redoutait par-dessus tout de tomber sur ses fils. Il tournait les talons quand une évidence le frappa soudain.

Ils avaient utilisé le sortilège de Rogue sur Drago. Comment le connaissaient-ils ? Le secret de ce sortilège aurait dû s'évanouir depuis longtemps. La curiosité et le besoin de comprendre effacèrent tous ses doutes. Il traversa le pont par de grandes enjambées conquérantes, même s'il ne savait pas encore ce qu'il allait dire pour justifier sa présence, et poussa la porte imbriquée dans celle en bois, immense, du château.

Il entra, mais la sensation habituelle d'apaisement ne vint pas, il se sentait comme une âme errante ici, alors même que ça avait toujours été le seul endroit dans lequel il se sentait pleinement légitime. Le retour à la réalité était brutal, mais Harry tint le coup, conscient que s'effondrer maintenant ne ferait qu'accélérer l'inéluctable. Un jour, ce serait trop. Un jour, il s'écroulerait. Un jour, cette statue qu'on avait fait de lui, cet exemple, ce monument de bronze qui se fissurait depuis des années, qui avait été créé avec des fissures, tomberait en morceau. Ce jour-là, il ignorait encore où il serait. Piégé sous les débris ou debout au milieu du chaos, prêt à renaitre.

Harry passa une main dans ses cheveux qu'il n'était toujours pas capable de coiffer et monta les escaliers du hall, puis il tourna à gauche. Un instant, il se demanda pourquoi personne ne venait à sa rencontre. S'introduire dans Poudlard ne devrait pas être aussi facile, même pour lui. L'atmosphère était étrange, froide, et un frisson glissa le long de son échine. Il s'arrêta.

Une douleur perça.

Ça faisait des années qu'il ne l'avait pas senti. Des décennies, en réalité. Il se sentit trembler, tout son corps battait au rythme affolé de son cœur alors qu'il portait les doigts à sa cicatrice. C'était brûlant. Douloureux à le faire hurler… Mais il ne put s'empêcher de sourire à cette sensation qu'il connaissait si bien.

Il sentit un courant d'air et entendit la porte de Poudlard s'ouvrir brusquement, les deux lourds battants de bois heurtant la pierre du château. Harry se retourna, et posa les yeux sur Lord Voldemort. Il se tenait là, triomphant, comme si Poudlard lui appartenait déjà. Harry sentit sa magie se répandre dans tout son corps, venir faire frémir ses doigts, et il tira sa baguette de la poche arrière de son jean. Voldemort fit de même, mais ils ne se menacèrent pas.

Harry fit demi-tour et descendit quelques marches, pour s'arrêter au milieu des escaliers. Un moment, le Seigneur des Ténèbres et lui se regardèrent, les yeux rouges de Voldemort brillant d'une lueur fière et malsaine.

— Comment est-ce, Harry ? questionna sa voix sifflante. Comment est-ce, d'être celui qui a tué le Seigneur des Ténèbres ?

— Pesant. Inutile.

Il avait répondu sans même y réfléchir. La douleur lui donnait le vertige, il aurait pu s'écrouler à n'importe quel moment mais il se sentait étonnamment stable. Étonnamment bien. Il avait mal et peur, peur pour lui et pour le monde des Sorciers, mais il se sentait bien. Il se sentait à sa place, prêt à tout affronter, même le Seigneur des Ténèbres revenu à la vie.

— N'es-tu pas fier d'avoir accompli ce que Dumbledore lui-même…

— C'est son œuvre, coupa Harry. Je suis son œuvre. Depuis le départ. Même avant que tu ne tues mes parents, Tom. Il a toujours été derrière tout ça. Même toi, tu es son œuvre en quelques sortes, n'est-ce pas ?

Il s'attendait à ce que Voldemort explose de colère, au lieu de ça il fit tourner sa baguette entre ses longs doigts fins, contemplant le bois qui la composait. Il ne répondit pas, plongé dans ses pensées, pendant de nombreuses secondes. Harry descendit quelques marches de plus, et Voldemort ne l'arrêta pas.

— Peut-être, en quelques sortes. Je doute que les personnes pour qui Dumbledore a montré de l'intérêt puisse se targuer d'être eux-mêmes.

— Je t'ai tué, Tom. Enfin, Dumbledore t'a tué à travers moi j'imagine, si cela te semble moins humiliant.

— Oui. Je suis mort. Et pourtant me voilà, encore une fois… Ta cicatrice te brûle-t-elle comme à l'époque ?

— Oui. Ça m'aide à réfléchir.

— A quoi réfléchis-tu, Harry ? À ma mort ? À celle de Dumbledore ? À la tienne ?

— À ce qu'aurait été le monde si j'avais refusé cette prophétie.

— On ne peut pas refuser une prophétie.

Harry hocha la tête, il soupira en relevant sa baguette, il la pointa sur Voldemort qui ne bougea pas dans un premier temps. Finalement, il leva sa main osseuse, avec une lassitude profonde qui déstabilisa un peu l'Auror. Ils se contemplèrent encore un moment, puis ce fut le mantra que Harry connaissait par cœur, qu'il avait rejoué des milliers de fois dans ses cauchemars.

— Avada Kedavra.

— Expelliarmus.

Tout était pareil, excepté que l'éclair meurtrier ne venait pas de la baguette du Mage Noir. Il y eut une explosion de lumière, un mélange de rouge et de vert, puis tout devint noir.

Quand Harry se réveilla, le monde lui sembla blanc et lumineux. Il se souvient du jour du combat final, de Dumbledore qu'il avait vu alors qu'il dérivait vers la mort, et tourna la tête en espérant le voir. Au lieu de ça, ses yeux tombèrent sur un Médicomage qui posa sur lui un regard sévère. C'était le même que celui qui avait soigné sa main, et Harry cru qu'il allait se fait sévèrement réprimander.

— Bonjour, Monsieur Potter, dit l'homme d'une voix sévère. Vous avez été retrouvé inconscient à Pré-au-lard et amené ici. Votre femme ne devrait pas tarder à revenir, elle s'est absentée un instant.

Le Médicomage alluma sa baguette d'un lumos et la fit passer devant les yeux de Harry, qui la suivit du regard quelques secondes avant de se détourner pour regarder de nouveau vers le médecin.

— Combien de temps, commença-t-il d'une voix enrouée avant de tousser un peu. Combien de temps je suis resté inconscient ?

— Environ cinq jours, Monsieur Potter.

Harry ferma les yeux, le temps de prendre conscience de l'information. Il avait perdu connaissance pendant cinq jours. Pourtant, il avait eu une nuit plus que complète… était-il donc si épuisé que ça, pour que son corps décide à lui seul d'en arriver là ? Il se souvenait avoir transplaner depuis la Cabane Hurlante, vers la boutique de Keanu. Il lui avait donné les livres, ils avaient discuté, puis Harry était ressorti et avait transplané vers pré-au-lard pour rejoindre Poudlard à pied, comme il aimait le faire. Puis il était entré, avait monté les escaliers du hall et Voldemort… ah. Oui, bien sûr, ça ne pouvait pas être vraiment arrivé.

— Nous pensons que c'est une accumulation d'épuisement physique et mental qui a provoqué ça. La personne qui vous a amené jusqu'ici vous a vu vous écrouler juste après avoir transplané. Ce n'était pas prudent, dans votre état.

— Je me sentais très bien, répondit sèchement Harry.

— Sans doute que votre passif avec l'épuisement vous a masqué votre véritable état, mais vous n'avez plus 17 ans.

Il ne pouvait pas vraiment nier, alors il se contenta de garder le silence pendant que le Médicomage procédait aux dernières vérifications. Ginny entra dans la chambre, elle avait les yeux cernés et ses cheveux, attachés en une queue de cheval qui avait dû être serrée au départ, s'échappaient de leur prison.

— Harry ! S'exclama-t-elle.

Ses yeux se remplirent de larmes et, en même temps, de colère. Elle posa le café qu'elle était allée se chercher d'un geste brusque sur la table près de la porte et avança à grandes enjambées. Harry ne put que s'enfoncer dans le lit en espérant que la tempête ne le heurte pas de plein fouet.

— Espèce d'imbécile suicidaire ! Est-ce que tu réfléchis parfois avant de prendre des décisions inconsidérées ?! Je suis partie en te disant de te reposer jusqu'à ce que tu doives aller chercher ta fille mais non ! Le grand Harry Potter ne se repose pas, il va vadrouiller et mettre son nez dans des affaires qui ne le concernent plus ! Tu es un… un…

— Imbécile ? Propose-t-il d'une voix mal assurée.

— Ne t'avise pas de te croire drôle !

— Loin de moi cette idée… Je suis désolé, Ginny. J'avais besoin de m'occuper l'esprit et je croyais pouvoir gérer.

— Tu croyais mal !

— De toute évidence.

Ginny le fixa et soupira soudain, la tension quittant ses épaules. Elle caressa doucement la joue de Harry puis le prit dans ses bras, dans une étreinte pleine d'inquiétude et de soulagement. Le médecin les laissa, et Ginny se sépara de son mari pour l'observer avec attention. Harry avait les traits fatigués, les yeux rougis et il semblait avoir pris dix ans en quelques jours.

— Qu'est-ce qui se passe, Harry ? Je sais que tu es fatigué en ce moment mais là, ça va bien au-delà de ça…

Harry détourna les yeux. Il garda le silence un moment, sans que Ginny ne cherche à le forcer à parler. Il l'aimait, pour ça, pour le temps et l'espace qu'elle lui donnait toujours. En même temps, il lui semblait évident qu'il n'arriverait pas à parler tant qu'on ne le forcerait pas. Il inspira profondément, prêt à répondre, mais le mensonge passa ses lèvres avant même qu'il ne pense à le prononcer.

— Je ne sais pas, vraiment, Ginny. Je ne comprends pas ce qui m'arrive.

Elle allait répondre mais on toqua à la porte et Harry sauta sur l'occasion. Il permit au visiteur d'entrer et la porte s'ouvrit sur Owen. Ce que Harry avait pris pour une main secourable était en train de lui enfoncer la tête son l'eau. Il sentit son cœur se serrer, sa gorge avec, et il eut envie de prendre ses jambes à son cou. Il s'en voulait tellement. Autant pour avoir mis Owen et tous leurs collègues en danger que pour l'expression inquiète qu'il voyait sur son visage. Il ne méritait pas ça.

Ginny se releva et Harry faillit la retenir par le bras, mais se souvenir du mensonge qu'il venait de lui servir, et qui ne semblait pas avoir fait illusion, l'empêcha de bouger.

— Je vous laisse discuter, je vais prévenir les autres que tu es réveillé.

Harry hocha la tête et elle quitta la pièce non sans avoir récupéré son café maintenant bien tiédit. Owen referma la porte derrière lui et approcha du lit en silence. Il posa sur la table près de Harry une boîte de bonbons qu'il avait dû acheter à George, ce qui faisait douter à Harry que ce soit une bonne idée de l'ouvrir.

Owen resta silencieux un instant, puis il planta son regard sur son ex-commandant, avec une expression incroyablement dure, mais surtout douloureuse. Il avait l'air de lutter contre des sentiments contraires, et Harry espérait qu'il ne lui demanderait pas de faire le tri là-dedans.

— Je vais avoir un deuxième enfant, tu crois que j'ai le temps de m'inquiéter pour toi ?

C'était un peu plus rude que ce à quoi s'attendait Harry, mais ça lui semblait parfaitement mérité. Beaucoup de personnes avaient dû s'inquiéter pour lui, il n'avait jamais voulu ça. C'était simplement qu'il ne voulait en parler à personne, parce qu'il avait honte, surtout maintenant que ce rêve étrange lui avait fait comprendre que ce qui lui manquait infiniment c'était tout simplement son combat contre Voldemort. Des centaines de morts… et ça lui manquait.

— Pire encore, repris Owen avec un peu de colère dans la voix. Tu crois que j'ai le temps de culpabiliser ? Je t'ai vu déraillé, et je n'ai rien fait. Tu te rends compte ? Tu as explosé une salle d'interrogatoire sous mes yeux, et je n'ai rien fait. J't'ai vu avec tellement de haine dans les yeux… et je n'ai rien fait.

— Il n'y avait rien à faire. À part me désobéir, mais j'imagine que le fait que je sois ton commandant t'en as empêché.

— Oh pitié, ta santé était largement plus importante que ça.

Harry fronça les sourcils, interloqué. Sa santé ? Il avait surtout mis ses collègues en danger, c'était ça qui était réellement important dans cette histoire. Il se redressa un peu dans le lit pour s'asseoir, et constata de cette façon que sa main n'était plus bandée. Le repos forcé en hôpital avait dû favoriser sa guérison. Il ne ressentait pas spécialement de douleur mais son corps était étrangement engourdi. Il eut un vertige, qui s'estompa petit à petit pour se fondre dans le brouillard de ses réflexions.

— Je suis désolé de t'avoir inquiété. Et désolé que tu culpabilises, dit Harry. Mais franchement, Owen, je suis surtout désolé de t'avoir mis en danger, de vous avoir tous mis en danger. J'ai été un terrible commandant, et je comprendrais…

— Qu'on ne veuille plus de toi ? coupa Owen. Raté. Tout le monde est passé te voir au moins une fois depuis que tu es ici. Il est hors de question que tu nous lâches. On a prévu d'aller voir le Ministre tout à l'heure, donc je vais y aller, et j'espère revenir avec de bonnes nouvelles. En attendant, tu te reposes, et tu cherches un psy.

— Owen, vous n'avez pas à…

— Est-ce que pour une fois, tu pourrais la fermer et hocher poliment la tête ? Ce n'est pas toi qui décides de nos actions. On a tous vu le danger venir et on a tous rappliqué. Tu l'as peut-être oublié, mais en tant qu'Auror on a un droit de retrait si on juge que tu prends de mauvaises décisions et qu'on ne te reconnait plus légitimement comme notre Commandant. C'est le septième article du contrat que tu es censé avoir signé. On le sait tous, mais on ne l'a pas utilisé. Parce qu'on te fait confiance, même quand tu dérailles. On a peur, on sait qu'on peut y passer, mais on est fier d'agir sous tes ordres. Pas parce que tu es Le Survivant, compléta Owen avant que Harry ne puisse le souligner. Seulement parce que tu es Harry, qu'on a bossé avec toi, et que quand tu nous mets en danger c'est que tu es sur le front.

Harry avait été forcé de détourner la tête, pour ne pas qu'Owen voit ses yeux se remplir de larmes. Il ne voulait pas de ça, pas maintenant. Ce n'était pas une fierté virile idiote, ni une fierté de commandant face à un subalterne. Non, rien à voir. C'était juste lui. Harry. Harry qui ne voulait pas pleurer, parce qu'il n'avait jamais eu le temps de pleurer, que ça aurait été déplacé, que d'autres avaient vécus bien pire. Il sentit la main de Owen sur sa tête, et cela suffit pour qu'il s'écroule soudainement.

Owen ne soupira pas et ne le blâma pas. Il fit le tour du lit, pour se mettre du côté vers lequel Harry s'était tourné, et il l'attira contre lui en silence. Ils restèrent comme ça, Harry sanglotant contre le torse d'Owen, qui caressait maladroitement son dos.

— Franchement Harry, si tu veux tromper ma sœur fais le quand ta belle famille ne risque pas de se pointer.

Harry redressa la tête en même temps que Owen, toujours blotti contre lui. Il avait les yeux rouges, gonflés, et il lui fallait une ou deux secondes pour reconnaitre l'homme à la porte. George, une baguette-sucette dans la bouche, et Ron juste derrière lui, un sourcil levé. Harry se redressa totalement et repoussa doucement Owen, d'une main sur son torse. Ce dernier recula sans résistance, le privant totalement de sa chaleur. Un instant, Harry se sentit un peu perdu, parce qu'entendre les battements d'un cœur calme alors que tout s'effondrait dans son esprit lui faisait du bien. Il essuya ses joues et sourit aux deux Weasley.

— Désolé, ce n'est pas le meilleur des accueils.

— Pour info, je suis marié, j'ai une fille et je vais en avoir une deuxième, intervint Owen. Avec une femme. Ma femme.

George eut un sourire moqueur, mais il ne lui répondit pas. Owen n'était pas suffisamment habitué aux Weasley, il n'avait pas conscience qu'il n'y avait eu aucune accusation sérieuse. Ron semblait quand même d'une humeur massacrante, mais des conversations avec Hermione remontant à l'adolescence permettaient déjà à Harry de comprendre pourquoi, ils en parleraient quand ils se retrouveraient seuls.

— Owen allait partir, de toute façon, dit Harry.

— Génial, maintenant je passe vraiment pour ta maitresse. Merveilleux. Ne change rien Harry, soupira Owen avec un sourire amusé.

Cependant, Owen était bel et bien sur le point de partir pour aller prévenir le reste des Aurors que tout allait bien, et il s'éclipsa donc rapidement, non sans informer Harry qu'ils avaient pu récupérer son miroir et qu'il pourrait le trouver dans ses affaires. Harry devrait décidément penser à le remercier dès qu'il le reverrait, et il allait devoir le remercier pour un nombre incalculable de choses.

— Comment tu te sens ?

George s'assit sur le bord du lit et tendit à Harry une baguette-sucette que ce dernier prit sans pour autant la déballer.

— Bien. Enfin, mieux. Désolé de vous avoir inquiété tous les deux.

— Oh, on n'était pas inquiet, dit George. En fait ça nous a fait du bien, de pas t'entendre.

— Charmant, commenta Harry avec un sourire.

Ils discutèrent un moment, de pas grand-chose, et sans réussir à décrocher un mot venant de Ron, comme toujours quand il était vexé. Évidemment, avec l'âge, ça arrivait de moins en moins mais ça n'avait pas disparu pour autant, il y avait encore cette petite part de lui qui était trop possessive avec Harry, parce que c'était ainsi qu'ils avaient grandi ensemble, au final. Évidemment, il y avait Hermione mais ça n'avait jamais été pareil. Harry et Ron c'était… Spécial. Ça l'avait toujours été.

Après une quinzaine de minutes, George jeta un œil à sa montre et se releva en annonçant qu'il devait retourner au magasin. Ce n'était sans doute pas le cas, mais il devait voir perçu la morosité de Ron et préféré les laisser seuls. Ils se retrouvèrent donc dans un silence palpable pendant deux minutes, jusqu'à ce que les pas de George aient disparus dans le couloir.

— Owen était là quand j'ai craqué, alors je me suis reposé sur lui.

— Tu n'as jamais pleuré devant moi.

Harry soupira un peu, mais c'était très difficile de nier ça. Il n'avait en effet jamais pleuré devant Ron, et encore moins dans les bras de Ron. Il resta silencieux un instant, jouant avec la baguette sucrée que lui avait apporté George, puis il soupira profondément.

— Ron, ce n'est pas parce que je n'ai pas confiance en toi, ou que je préfère Owen.

— Arrêtes, je ne suis pas un mari jaloux.

— Sauf ton respect, notre relation ressemble un peu trop à celle d'un couple pour que tu te permettes de me dire ça.

Ils se fixèrent un instant puis Ron grimaça avec un sourire et s'approcha du lit. La situation de crise était avortée, et les deux amis restèrent dans un silence confortable pendant quelques minutes. Harry ignorait si cette relation était saine, s'il était bon pour eux d'être dans celle-ci, qui était à la fois si complexe et si simple. Peut-être faudrait-il qu'ils en parlent un jour, ou peut-être Harry devrait-il en parler avec sa psy. Cette relation l'avait parfois rendu malheureux mais elle lui avait apporté beaucoup plus que ce qu'elle aurait bien pu lui enlever. Il était bien avec Ron, même s'il devait parfois prendre des pincettes. Souvent. Et puis… Si Harry se montrait réaliste et prenait un peu de recul, il était forcé de constater qu'il n'avait pas une relation étrange qu'avec Ron. C'était aussi le cas avec Owen. Et, même s'il s'acharnait à nier toute forme de relation, avec Alaric.

— Harry ?

Il sursauta un peu, surpris par le ton inquiet mais abrupte de Ron, dans ce silence qui le berçait un peu vers le sommeil. Ils se regardèrent, mais Ron détourna rapidement les yeux. Est-ce qu'il était mal à l'aise ? Sans aucun doute, mais à propos de quoi ?

— Qu'est -ce qu'il y a ?

— Est-ce que tu sais qui est Keanu ?

Harry ouvrit la bouche pour répondre par réflexe, mais il ne savait absolument pas ce qu'il était censé dire, ou faire, à ce propos. Charlie avait-il parlé de Keanu à Ron ? Ça lui semblait franchement improbable vu le caractère des deux frères. Non, clairement… Ron devait avoir entendu quelque chose qu'il n'était pas censé entendre.

— C'est le propriétaire d'une librairie de livres anciens que fréquente Charlie.

Il se sentit rougir un peu, et enchaina immédiatement alors que Ron tournait la tête vers lui, les yeux pleins de compréhension. Une lueur qui s'éteignit dès que Harry reprit.

— La librairie. Il fréquente la librairie. Ils ont des livres rares sur les dragons.

Harry écarquilla brusquement les yeux. Un livre. Il se souvenait d'un livre dont il avait vu une page pendant qu'il ramassait tout ce qu'il pouvait dans la Cabane Hurlante. Il se souvenait d'un seul mot : « antipodes ». Le mot qu'avait utilisé Alaric pour définir sa forme d'animagus. Il ne savait plus du tout dans quel livre c'était, et presque tous ceux qu'il avait récupéré étaient des bestiaires… Clairement, ça ne l'aidait pas de se souvenir de ça.

— Tu viens d'avoir une illumination ? T'as besoin d'un truc ?

— Heum, ouais, ton miroir ?

Ron le tira de sa poche et le lui tendit sans poser de question. Harry savait qu'il appréciait simplement de ne pas être mis à l'écart, et de participer un peu à cette part de la vie de son ami dont il ne faisait pas parti. Ça avait été compliqué, pour eux, au début. Ça l'était encore aujourd'hui parfois… Après toutes ces années à tout partager, à tout faire ensemble, c'était compliqué de voir l'autre évoluer indépendamment.

Harry se mit en tailleurs, et il joignit Charlie qui répondit rapidement. Pour éviter qu'il y ait la moindre gaffe, Harry orienta légèrement le miroir de façon que son interlocuteur voit qu'il n'était pas seul, juste au cas où. Même s'il le contactait avec le miroir de Ron, il aurait pu le croire isolé dans sa chambre.

— Salut Harry, comment tu te sens ?

— Beaucoup mieux. Je ne peux pas trop me déplacer encore mais j'aurais besoin de joindre Keanu, tu pourrais lui demander de me contacter ?

Il vit le regard de Charlie se lever au-dessus du miroir et il reconnut le décor derrière lui, la librairie. Il s'en voulait d'avoir appelé maintenant, le timing était clairement très mal choisi. Charlie s'éclaircit un peu la voix au moment où Ron se penchait sur l'écran.

— Je suis à la librairie, je te le passe.

Il se leva, et Harry et Ron virent un peu mieux la table où il s'était installé pour travailler. Elle était couverte de livres, de parchemins, de papiers, de stylo et même, étonnamment, de ces feutres de couleurs fluos dont se servaient les moldus pour mettre des éléments en valeur. Clairement, Charlie avait passé beaucoup de temps ici, et n'était pas sur le point de partir.

— Keanu ?

— Oui Tré-

— Harry a besoin de vous.

Le Survivant ne put s'empêcher de sourire un peu, même s'il fit de son mieux pour le cacher. Ron s'était un peu redressé à côté de lui mais il ne semblait pas vouloir faire le moindre commentaire à ce sujet. Sans doute qu'il ne savait pas vraiment de quoi il s'agissait, même s'il trouvait ça sans doute étrange.

— Salut Harry, sourit Keanu. Je vois du roux, de la belle-famille à toi ?

— Ron, mon meilleur ami.

— Ah, le fameux Ron. Enchanté.

Ron le fixa, et lui répondit avec toute la politesse dont il était capable à ce moment, c'est-à-dire avec un peu de rudesse dans la voix. Cela fit sourire Keanu, déjà habitué au caractère un peu trop protecteur des Weasley.

— Alors, comment je peux t'aider ?

— Je t'ai amené un livre la dernière fois, j'aurais besoin de voir une page.

Keanu haussa un sourcil. Il appuya son coude sur le comptoir et posa son menton dans sa main en regardant Harry avait un air qui voulait déjà tout dire.

— Mon chou, tu m'as amené une vingtaine de livres.

Harry, et donc Ron, vit Charlie blêmir un peu. Était-ce parce que Keanu assumait pleinement sa sexualité, au point de plonger la tête la première dans les clichés, ou parce qu'il était soudainement jaloux de cette relation un peu trop rapide qui avait l'air de s'être construite ? Vu comme Charlie fixait Keanu, c'était plutôt la seconde option, et cette absence de discrétion allait très clairement attirer l'attention de Ron.

— C'était un bestiaire.

— Oui, seize de ces livres sont des bestiaires. Tu n'as pas mieux ?

— Heum, y avait une page sur une créature qui a « antipodes », dans son nom.

Charlie sembla revenir brusquement à la vie, il tourna de nouveau la tête vers Harry, ignorant le regard interrogatif et suspicieux de Ron.

— L'Opalœil des Antipodes ? C'est un dragon très rare, y a quelques spécimens en Nouvelle-Zélande et en Australie.