Vous aimez ma fanfiction ? N'hésitez pas à rejoindre le serveur Discord pour avoir accès à toutes les news sur l'avancement et la publication, mais aussi pour retrouver toutes les informations concernant les personnages, lieux, événements et autres potions et sortilèges où que vous soyez. En bonus, si vous laissez un commentaire sur la fanfiction vous pourrez poser la question de votre choix ! ( /RYvEq8ct6F ou discord .gg /RYvEq8ct6F en supprimant les espaces)
Vous pouvez aussi me suivre sur uTip, et me faire un don pour m'encourage à continuer, il suffit de rechercher Alics E. Junn ! ( /alicsejunn/ ou utip . io/alicsejunn/ en supprimant les espaces)
Harry et Owen avaient l'impression de former une escorte, dont le seul objectif était qu'Alaric ne disparaisse pas. Quand il eut l'impression de voir le pied de son « prisonnier » pivoter, Harry sentit son cœur lui monter dans la gorge comme s'il transplanait déjà. Il attrapa la manche d'Alaric du bout des doigts, et ce dernier lui adressa un sourire amusé, que Harry n'apprécia pas énormément.
— Arrête, je te vois te foutre de moi.
— Moi ? Allons, jamais. Par exemple, je ne vais pas insinuer que tu t'accroches à moi comme un petit poussin.
Harry leva les yeux au ciel et le relâcha immédiatement. Alaric savait exactement comment lui taper sur le système, et ce simple fait lui tapait sur le système chaque fois qu'il y pensait. Seulement ça aussi, Alaric le savait, et savoir qu'il le savait agaçait Harry. Ce qu'Alaric savait, et ainsi de suite. Ça n'en finissait pas.
Owen posa sa main sur l'épaule de Harry dans une forme de soutien qu'Alaric accueillit d'un autre sourire amusé, ce qui agaça Harry, ce qu'Alaric savait, et la boucle recommençait inlassablement. Au final, Harry n'était pas tout à fait sûr d'apprécier le conjureur de sorts, parce que ce dernier semblait l'énerver bien plus qu'il ne le stimulait et, en même temps, il le stimulait au moins, le poussait dans ses retranchements.
Les deux Aurors guidèrent Alaric jusqu'à la cheminée public la plus proche, elle se trouvait dans la boutique de Barjow & Beurk qui avait fermé quelques années plus tôt. Harry attrapa la poignée et la souleva d'un coup sec en poussant la porte de son épaule.
— Les Aurors forcent des portes maintenant ?
Il ne le regardait pas, mais Harry savait qu'Alaric avait l'un de ses sourires amusés, qu'il trouvait d'ailleurs de plus en plus méprisant. Le bois craqua, il avait gonflé à force d'absence d'entretien mais il capitula et la porte pivota sur ses gonds avec difficulté, grinçante et bringuebalante. Il y avait de la poussière, beaucoup de poussière, mais on voyait parfaitement le chemin tracé par les capes des sorciers qui venaient faire des affaires dans l'allée.
Ils empruntèrent ce même chemin pour rejoindre l'arrière-boutique. Les étagères autrefois chargées d'objets plus effrayants les uns que les autres étaient maintenant vides, poussiéreuses, couvertes de toiles d'araignées et pour beaucoup d'entre elles en grande partie cassées.
Cela n'empêchait pas Alaric de fureté en dehors du chemin tracé par leurs prédécesseurs. Owen et Harry le laissèrent divaguer, sans se consulter, mais sans vraiment savoir pourquoi. C'était assez étrange à formuler mais ça avait quelque chose d'apaisant, de le savoir simplement là, avec son esprit en ébullition qui devait être en train de tout analyser, de chercher des idées, des réponses, des questions peut-être. Ils s'arrêtèrent devant la porte qui donnait sur la cheminée et tournèrent la tête vers Alaric.
Ce dernier était toujours en train de naviguer entre les étagères. Il ouvrit quelques placards, du bout du pied ou directement à la main, sans se soucier de la poussière et de la saleté. Par moment, il se servait de sa baguette, comme s'il voulait éviter d'entrer en contact avec ce qu'il pourrait trouver.
— Venez voir.
Alaric s'était accroupi devant un des placards, qu'il avait ouvert du bout de sa baguette. Harry et Owen le rejoignirent sans se poser de question, avec un naturel qui les décontenança tous les deux. Ils en prirent conscience quand leurs regards se croisèrent alors qu'ils s'accroupissaient à leur tour.
— Je ne veux pas m'avancer, évidemment, mais ça… C'est une pièce de pirate.
— Pardon ? questionna Owen. On a l'air d'être des enfants de dix ans ?
Alaric rit un peu, et posa le bout de sa baguette sur une pièce en or ternie. Elle était un peu plus grosse qu'un gallion, à première vue. Il la fit glisser lentement sur l'étagère du placard à la force de sa baguette, mais ne la toucha à aucun moment.
— Vous connaissez sûrement plein de légendes de Piraterie, n'est-ce pas ? même les sorciers en ont tout un tas. Seulement, les légendes ont toujours un fond de vérité… Et ça, c'est une pièce authentique.
— De quoi tu parles, Alaric ? demanda Harry avec un peu d'impatience.
— N'avez-vous donc aucune culture… Il y a un Coffre Maudit, sur une Île Maudite, et les Pirates qui en convoitent le trésor seront Maudit s'ils en touchent les pièces Maudites.
— C'est le scénario d'un film moldu ça, soupira Owen.
— Scénario tiré d'une histoire vraie, même s'ils ne peuvent pas le savoir. Les Pirates qui ont mis la main sur le trésor composaient un équipage de Sorciers. Et le trésor avait été maudit par un Mage Noir, puissant mais stupide.
— Stupide ?
Harry avait levé un sourcil, et Owen rit légèrement. Alaric avait décidément une façon bien à lui de raconter des histoires, et ils n'étaient pas sûrs que « puissant mais stupide » soit la description officielle pour ce Sorcier Pirate adepte de la magie noire.
— Il a laissé une véritable fortune sur une île isolée, et en plus il l'a ensorcelé pour être sûr qu'elle devienne parfaitement inutile. Vous appelez ça comment, vous ?
— De la stupidité, répondirent Harry et Owen en cœur.
— Tu sais quoi, Alaric, commença Harry. Prend cette pièce, mais protège la bien. Tu nous raconteras la suite au dîner, Ginny adorera entendre cette histoire.
— C'est elle qui a créé le musée de la Magie, c'est ça ? J'ai beaucoup aimé y aller.
— Elle serait heureuse de le savoir.
— Tout le monde serait heureux de me voir profiter de son commerce.
Alaric eut un sourire amusé, et Harry leva les yeux au ciel en se relevant. Le conjureur de sort enveloppa la pièce dans un mouchoir et la glissa dans sa poche en se relevant à son tour. Ils partirent ensemble en direction de la cheminée. Owen passa le premier, principalement parce que Harry n'avait aucune envie de se prendre un savon, ce dont aucun Weasley ne se priverait s'il se retrouvait seul face à eux. Alaric suivit, puis Harry fut à son tour dévoré par les flammes vertes.
⁂
Il se retrouva immédiatement face à la seule scène qu'il n'avait pas pensé à imaginer. Owen, Alaric et Percy, qui avait les bras croisés, le regardaient tous les trois. Visiblement, il allait se faire passer un savon même en arrivant le dernier.
— J'ai demandé à Ginny d'attendre son tour, commença Percy.
— Bien sûr, dit Harry. Le travail avant la vie privée.
— Tu es entré illégalement dans un territoire avec lequel nous avons des rapports tendus. Pour aller récupérer un…
— Je crois que le terme utilisé tout à l'heure, intervint Alaric, c'était « parfait abruti ». Cela étant dit, personnellement je te conseille « irresponsable complet ».
— Peu importe la dénomination, c'était une erreur monumentale, c'était extrêmement risqué et pour couronner le tout, c'était alors que tu n'es pas officiellement commandant des Aurors !
— C'est mieux comme ça, non ? Percy, si j'avais fait ça en tant que commandant j'aurais été viré.
Il y eut un silence. Percy ferma les yeux puis il décroisa les bras, signe que la leçon de morale était terminée. Harry lui était reconnaissant de ne pas aller plus loin, mais il imaginait bien que ça risquait de revenir sur le tapis, aujourd'hui ou plus tard. Harry lui était redevable maintenant… Ce qui ne signifiait pas qu'il n'allait pas lui demander dès que possible pourquoi une membre de la mafia japonaise lui devait un service.
Ils rejoignirent ensemble la salle à manger, magiquement agrandit, avec sa table composée de bien trop de tables, et ses nombreuses chaises, et toute l'agitation autour. Quand Harry entra, les regards se tournèrent vers Ginny, qui serrait leur fille dans ses bras. Elle posa les yeux sur Harry, mais elle ne dit rien, signe que c'était à lui de faire le premier pas. Il inspira profondément, mais Alaric le coupa avant qu'il ne puisse dire le moindre mot :
— Désolé Ginny, c'est ma faute. Je suis du genre instable et égoïste, j'ai besoin qu'on me prouve que je compte. Faire cavaler Harry jusqu'à Tokyo était immature. Rassurant, mais immature. Désolé.
Ginny regarda Alaric un instant puis elle soupira profondément. Lily s'était détachée d'elle en fronçant les sourcils, comme pour échapper au souffle de sa mère qui semblait décider à la décoiffer. Cette fois-ci, elle portait une jupe rose, des collants jaunes et une chemise étrangement blanche. Sur laquelle elle portait un gros nœud vert.
— Très bien, ça va pour cette fois. Mais je commence à en avoir assez de partager mon mari avec tout le monde.
— Et moi j'en ai marre de partager papa, intervint Lily.
L'ensemble de la tablée se mit à rire. Les choses furent oubliées immédiatement, pour la plupart des personnes présentes à cette table en tout cas mais pas pour Harry, reconnaissant envers Alaric. Ni pour Ginny, qui lui en reparlerait sans aucun doute plus tard. Molly vint saluer Alaric avec son habituel douceur un peu brusque, ce qui ne sembla pas déstabiliser le conjureur de sort. Elle l'installa entre Harry et Owen. Bill, à l'autre bout de la table, avait les yeux rivés sur Alaric. Sans doute l'avait-il reconnu d'une certaine façon.
Harry passa son regard sur l'assemblée. Il tomba sur Charlie, mais pas sur Keanu. Il avait dû juger que le moment n'était pas idéal pour le présenter, ou pour annoncer qu'il sortait maintenant avec un homme. Après tout, Owen et Alaric était là, ce qui pourrait rendre la situation un peu gênante. Hermione avait dû sentir le trouble de son ami, car elle se pencha à son oreille alors qu'elle passait derrière lui pour rejoindre sa place.
— Il a décidé de le faire ce soir, il craint de se dégonfler autrement.
L'Auror hocha la tête, alors que l'oreille d'Alaric trainait un peu trop dans sa direction comme à son habitude. Il avait entendu, et Harry le voyait déjà commencer son petit jeu d'analyse. Juste avant que Hermione ne se penche, Harry regardait en direction de Charlie, c'est donc par là que se dirigea naturellement le regard d'Alaric. Il le passa au crible, analysant chaque détail, le dévorant des yeux au point que Charlie bougea un peu sur sa chaise, mal à l'aise.
Harry donna un léger coup de pied dans celui d'Alaric pour l'arrêter, mais ce dernier répondit sans se démonter, à voix basse tout de même pour que les autres n'entendent pas :
— Laisses moi jouer, je crois que j'ai presque trouvé. Il doit faire une annonce, ça ne concerne pas le professionnel mais sa vie privée…
— Comment tu peux en être déjà à cette conclusion ?
— Il tripote sa bague. Aucune marque de bronzage, alors qu'il est bronzé. Autrement dit, bague récente. On n'offre pas une bague pour une promotion. Ce n'est pas une alliance, juste un symbole. Elle est neuve, nouvelle relation amoureuse. Sûrement la première relation sérieuse, on n'offre pas ce genre de cadeau quand on est bien rôdé à la romance. Il a quoi, quarante-cinq ans ? Une première relation sérieuse à cette âge-là c'est souvent par le biais d'une prise de conscience.
— OK c'est bon tu l'as, tais-toi maintenant. C'est à lui d'en parler.
Alaric eut un sourire ravi. Visiblement, il était très fier de lui. Trouver la réponse à des questions qu'il se posait dans son coin semblait lui plaire énormément. En quelques sortes, Harry comprenait. Le cheminement de sa pensée, la façon dont il se focalisait sur les détails, dont il les analysait, les conclusions qu'il prenait le risque de tirer… C'était un travail d'enquêteur, mais c'était encore plus minutieux que ça, aux yeux de Harry en tout cas.
Le repas se déroula sans autres problèmes, des dizaines de sujets furent abordés mais le silence de Bill commençait à être particulièrement pesant pour tout le monde. Sans être particulièrement loquace, il avait généralement un avis sur à peu près tout, sauf aujourd'hui. Alors qu'ils étaient en train de partager le plat principal, George leva les yeux au ciel et Bill lâcha un petit cri de douleur, faisant comprendre à tout le monde que son frère avait dû lui écraser le pieds sous la table, et cela avec une certaine violence.
— Tu dis enfin quelque chose, ricana George.
— Tu m'as fait hyper mal ! C'est juste que…
Le regarde de Bill se tourna vers Alaric, et ce dernier lui adressa un sourire. Il posa sa fourchette et se laissa aller contre le dossier de son siège. Harry n'aimait pas ça. Il n'aimait pas ça du tout. Est-ce que c'était un genre de rivalité entre conjureur de sorts ? Par réflexe, il glissa la main sur la forme que sa baguette créait dans sa poche. Owen fit de même. Alaric, cependant, avait dû les voir bouger du coin de l'œil.
— Du calme les Aurors, ne lâchez pas les chiens.
— Désolé Harry, c'est bon. On n'est pas en mauvais termes, expliqua Bill. En fait, on ne se connait pas, je le connais juste de réputation et…
Bill semblait ne pas savoir quoi ajouter, mais tout le monde avait parfaitement compris pourquoi il se sentait gêner. Difficile d'admirer un homme arrogant comme Alaric, c'était la certitude qu'il allait la ramener bien plus que nécessaire et rendre la situation effroyablement gênante.
— Alaric, s'il-te-plait, soupira Harry.
— Je n'ai encore rien fait, laisse-moi une minute, je réfléchis à ma meilleure option… Je n'aurais pas deux fois cette occasion. Désolé Bill, comprend moi, un vétéran de ta trempe qui m'admire au point de pas pouvoir ouvrir la bouche…
— Comment tu me connais ? demanda Bill.
— Tu déconnes ? C'est à cause de toi que j'ai commencé ce travail.
— Bill, je te déteste, grogna Owen.
Cette simple réplique suffit à calmer totalement la situation, ils explosèrent de rire et Bill se sentit immédiatement plus à l'aise. C'était visiblement apaisant de savoir que l'admiration était réciproque, et Harry comprit qu'Alaric l'avait fait en connaissance de cause. Admirait-il réellement Bill ? Difficile à dire, mais il lui était reconnaissant d'avoir, pour une fois, géré la situation avec une telle maturité.
Le repas se termina aux alentours de vingt-et-une heure trente. Les enfants commençaient à être fatigués, et ils allèrent se coucher avec plaisir, lassés par les conversations des adultes qu'ils écoutaient d'une oreille distraite. Harry coucha sa fille et l'embrassa sur le front avec tendresse.
— Pardon d'être si peu présent en ce moment, et de t'inquiéter autant.
— C'est bon, papa, dit Lily d'une voix endormie. Tu seras là quand tu iras mieux.
Elle se redressa pour embrasser fermement sa joue, et s'endormit bien avant que Harry ne puisse trouver une réponse à lui donner. Cette petite fille comprenait décidément bien trop le monde dans lequel elle vivait, c'était effrayant parfois… Et rassurant à la fois, car Harry avait l'impression qu'elle serait assez intelligente pour ne pas commettre les mêmes erreurs que lui, Ron et Hermione. Même s'il n'en était pas convaincu. Surtout en se rappelant que ses deux ainés avaient été rappelés à l'ordre pour non-respect du règlement dès leur première semaine.
En même temps, Harry n'avait jamais été une adolescente à Poudlard. Est-ce que ça irait ? Il savait comment étaient les hommes, et Lily allait grandir. Si elle avait hérité de sa mère, il allait avoir des raisons de s'inquiéter. Elle avait vécu son adolescence avec… vivacité. Il n'était pas jaloux de son passé amoureux, mais l'idée que sa Lily puisse avoir ne serait-ce qu'une amourette avant ses dix-sept ans lui faisait un peu mal. D'ailleurs, c'était le cas aussi pour ses fils, qu'ils ne s'avisent pas de se mettre en couple avant leur majorité. Ils étaient trop jeunes pour ça.
Il redescendit les escaliers en bois qui grinçaient sous ses pas et rejoignit le salon. Tout le monde s'était installé là, et Alaric était au centre de l'attention, comme souvent. Quand Harry entra dans la pièce, Alaric posa les yeux sur lui et se tut avant de les tourner vers Charlie. Il y avait dans son regard une profonde bienveillance, assez étrange car Harry ne pensait pas voir ce genre de lueur un jour en le regardant. Harry s'assit près de Ginny, qui glissa ses doigts dans les siens. Elle lui pardonnait. Ou alors, elle sentait la tension et ne voulait pas vivre cette situation sans lui. Quand Alaric se fut assis, Charlie se redressa un peu.
Il semblait étrangement minuscule sur le canapé rapiécé, coincé entre Bill et George. Ron, à l'autre bout du canapé, tourna les yeux vers lui comme s'il sentait à l'avance que quelque chose se passait. Charlie se leva, sans doute voulait-il éviter d'être coincé entre eux au moment des réactions. Il chercha le regard de Hermione, puis de Harry. La décision fut difficile à prendre mais il vit Hermione se lever pour venir s'asseoir sur l'accoudoir près de Charlie. Harry embrassa la main de Ginny et vint se tenir près de son amie. Charlie leur adressa un sourire reconnaissant, bien qu'inquiet et faiblard.
— J'ai quelque chose à annoncer.
Molly prit la main de son époux, qui la regardait, un peu déconcerté. Charlie inspira profondément, sans pouvoir s'empêcher de jouer avec ses mains. Il tourna les yeux vers Alaric, et sembla aussi surpris que Harry d'y trouver soutien et bienveillance. Il hocha un peu la tête, pour lui-même plus qu'autre chose. Son regard passa sur l'assemblée et il pâlit un peu. Ça devait faire beaucoup de monde d'un coup, même pour lui qui avait pourtant l'habitude de voir sa famille au grand complet. Il ne cessait de jouer avec sa bague, la faisant tourner autour de son doigt comme pour y trouver la force de parler, même si Keanu n'était pas là pour le soutenir.
— OK, reprit-il après avoir soupiré. Je sors avec quelqu'un depuis bientôt quatre mois. Ce qui est un record, puisque le précédent était à environ… deux jours et une nuit.
Molly éclata de joie, mais les autres restèrent silencieux parce qu'ils voyaient bien qu'il y avait quelque chose d'autre, autrement Charlie n'aurait pas été aussi stressé, et il ne serait pas encore là à faire tourner sa bague au point d'irriter sa peau.
Il garda le silence quelques instants supplémentaires, alors que Molly le prenait dans ses bras avec plus de joie à chaque seconde. Il n'eut pas le courage de l'étreindre, et elle sembla se calmer quand elle vit qu'elle était la seule à réagir de cette façon. Elle tourna la tête vers les autres puis vers Charlie, dont elle caressa doucement la joue.
— Allons, trésor… Qu'est-ce qui te pèse autant ?
Charlie la regarda longuement puis il ferma les yeux et baissa la tête, comme s'il devait s'avouer coupable d'un crime terrible. Le cœur de Harry se serra. C'était la première fois qu'il prenait la pleine mesure de ce qu'était en train de vivre Charlie. Il aurait voulu pouvoir faire quelque chose de plus, mais puisqu'il ne pouvait qu'être là il posa sa main sur son épaule en se rapprochant de lui. Molly s'était éloignée maintenant, inquiète. Charlie posa brièvement sa main sur celle de Harry.
— Je suis bisexuel. La personne avec qui je sors est un homme.
Il y eut un silence, que Harry jugea bien trop pesant. Charlie fixait le sol. Il avait envie de le serrer dans ses bras mais ce n'était pas sa place, alors il se contenta d'être là, même si c'était en retrait. George fut le premier à se lever et à briser le silence. Il prit Charlie dans ses bras, avec fermeté, et c'était comme si cela suffisait pour tout déclencher, pour que le temps cesse de se suspendre entre eux. Harry s'écarta, de même que Hermione, Owen et Alaric.
Après une dizaine de minutes, la situation se calma. Il en ressortait qu'aucun Weasley n'était parfaitement à l'aise avec la situation, principalement parce qu'ils s'y confrontaient pour la première fois. George en revanche semblait ne plus vouloir lâcher Charlie. Il donnait la sensation de ne pas vouloir perdre un autre frère, ce qui rendait la scène étrangement triste. Ron, un peu mal à l'aise, semblait hésiter sur chaque mot qu'il employait. Molly, elle, était déjà en train de demander pourquoi Keanu n'était pas là.
Charlie commença par promettre qu'il le ramènerait la prochaine fois, en séchant avec un peu de difficulté les quelques larmes qu'il avait fini par laisser passer malgré toute la mesure dont il essayait de faire preuve. Malgré tout, Molly insista, rapidement suivit d'Arthur, puis de Bill et Ginny. Autrement dit, Charlie était cerné, et il avait beau chercher du soutien il n'en obtint pas un seul : Hermione voulait rencontrer Keanu, Harry apprécierait de le voir, et Alaric était bien trop curieux pour ne pas encourager tout ça. Owen, lui, resta en retrait, mais il était évident pour Harry qu'il devait vouloir voir Keanu également, ne serait-ce que pour partager ce moment hors du temps avec eux.
Finalement, Charlie se retrouva à s'isoler dans la cuisine le temps de lancer une communication avec son petit ami. Quand il n'entendit plus rien, Harry le rejoignit, profitant du tumulte pour s'éclipser. Il posa la main sur l'épaule de Charlie une fois de plus.
— Comment tu te sens ?
— Je ne sais pas trop. Un peu… dépassé. Soulagé, et en même temps…
— En même temps, ça devient réel.
Charlie tourna la tête vers Harry, puis il hocha un peu la tête et se laissa tomber sur une chaise. Harry tira celle qui se trouvait à côté pour prendre place en face de lui. Charlie ne semblait pas savoir quelle expression il devait arborer, ses lèvres tremblaient encore un peu, et Harry ne fut donc pas surpris de le voir éclater en sanglot silencieux. Harry posa sa main sur la tête de Charlie et l'attira vers lui, le laissant se reposer sur son épaule.
Quelques secondes passèrent avant que Charlie ne se redresse pour se moucher bruyamment. Il sécha de nouveau ses larmes puis adressa un sourire gêné à Harry.
— J'ai l'impression d'avoir quinze ans de nouveau, et clairement ce n'est pas la période que j'avais envie de revivre…
— Je comprends, ça fait beaucoup d'un coup. Tu as été vraiment courageux, surtout que ça reste très déstabilisant de devoir faire face à tous les Weasley d'un coup, je veux dire… vous êtes toujours beaucoup trop attentif quand on doit annoncer quelque chose.
Ils rirent tous les deux, et Charlie se releva finalement, Harry faisant de même. Keanu n'allait plus tarder maintenant, et il était hors de question de le laisser débarquer dans le salon, face à toute la famille et un ajout d'inconnu soupoudré là-dessus. Ils retournèrent dans le salon, pile au moment où les flammes vertes apparaissaient dans l'âtre.
Keanu en sorti en époussetant un peu ses épaules. Il releva la tête, et eut un très léger mouvement de recul, un peu surpris de se retrouver face à autant de paires d'yeux en une fois. Pourtant, et ça avait quelque chose d'incroyablement romantique, son regard trouva immédiatement celui de Charlie et sembla s'y verrouiller.
— Merci de m'accueillir, fini-t-il par dire de sa voix comme toujours incroyablement profonde et bienveillante.
Juste avec ça, il semblait avoir déjà gagné le cœur de Molly qui le fit asseoir, non sans avoir préalablement poussé Ron qui grommela un peu. Les frères Weasley serrèrent la main de Keanu l'un après l'autre, si bien que Charlie n'eut pas la moindre chance d'approcher. Ginny le salua également, tout aussi envahissante que ses frères. Keanu se releva finalement, profitant d'une ouverture pour se diriger vers Charlie.
Les regards les suivirent, plus comme des scientifiques en plein observation que comme une famille rencontrant le nouveau membre qui allait l'agrandir. Charlie, un peu trop conscient de ça, ne sut pas vraiment comment interagir avec son petit-ami. C'est une fois de plus une intervention d'Alaric qui le tira de son mauvais pas :
— Je vous ai raconté que j'ai trouvé une pièce pirate maudite il y a quelques heures à peine ?
Harry esquissa un sourire alors que toutes les têtes se tournaient vers Alaric. Charlie et Keanu en profitèrent pour s'éclipser dans la cuisine un instant, et Harry ne put s'empêcher de lâcher un soupir de soulagement. Ginny apparue soudainement à côté de lui, avec une mine boudeuse.
— Depuis combien de temps tu le savais ?
— Quelques jours, seulement. J'ai rencontré Keanu pendant mon enquête, et j'ai surpris une conversation entre eux.
Elle hocha la tête et vint contre lui, pour l'enlacer doucement. Harry resta silencieux un instant, puis il la serra fermement contre lui et s'excusa tout bas. Il s'en voulait. Pour tout. Tout ce qu'il avait fait ces derniers jours, toute cette semaine pendant laquelle il avait mis à mal leur relation, simplement parce qu'il n'avait pas su arrêter de se mentir à lui-même.
— C'est bon, Harry. Tu dois être épuisé.
— Je le suis. Mais je ne voudrais surtout pas rater cette histoire de Pirates.
Ginny rit légèrement. Elle resta dans les bras de Harry qui, en la gardant contre lui, posa sa tête sur son épaule. Ils regardèrent tous les deux Alaric, qui faisait flotter la pièce pour que tout le monde puisse la voir, sans pour autant prendre le risque qu'ils puissent la toucher. Harry ne pouvait s'empêcher de le respecter un peu, malgré tout, malgré leur relation un peu étrange dans laquelle Alaric semblait être le seul à s'amuser.
Il prit une voix étrangement théâtrale, qui fit sourire Harry. Il entendit Keanu et Charlie revenir dans la pièce, ils se tenaient la main, discrètement, dans leur coin. Molly servit le thé pendant qu'Alaric commençait son récit.
« Notre histoire commence en plein cœur de l'âge d'or de la piraterie, en 1719 très précisément. Une année entière pendant laquelle un sorcier vit sa vie basculer… et sa santé mentale avec. Il s'appelait James, mais la plupart de ses amis l'avaient toujours appelé Jimmy, si bien que lorsque son nom devint connu, aucun d'eux ne comprit vraiment de qui il s'agissait.
James était un Sorcier puissant, avec des ambitions démesurées. Il voulait voir sa vie colorée d'or mais il était de faible extraction… Un fils de pêcheur, rien de plus. La magie l'aidait évidemment, ses parents moldus n'en revenaient pas de voir à quel point les pouvoirs de leur fils facilitaient leur vie. Alors ils l'exploitèrent. De plus en plus. Chaque jour plus de demandes, chaque jour plus de poissons. Ils voulaient dominer la côte, être les seuls vendeurs. Mais leur succès soudain attira l'attention. James était intelligent : il prit la fuite avant même que les recherches ne commencent.
Le lendemain, ses parents étaient trouvés, accusés de sorcellerie. Tués, bien sûr. James vécu quelques mois sur les docks, jusqu'à ce que 1720 arrive et qu'il en ait assez d'être celui qu'il était. Il y avait des Pirates qui venaient souvent s'amarrer à ce port. Il les voyait aller et venir, crier, chanter, boire. Il aimait l'idée de leur liberté. Alors un jour, il se fit enrôler. Il s'y connaissait en navigation, très peu en sabre, mais il avait le charisme de ces hommes qui peuvent tout obtenir juste en le demandant. J'aime à penser que je suis l'un de ses descendants, rit Alaric.
Pendant quelques mois supplémentaires, il accomplit ses tâches avec ardeur. Il était bon, et sa magie ne fut rapidement plus un secret pour les membres de l'équipage. On comptait sur lui à chaque attaque si bien que, le temps passant, James se mit à penser que tout cet or qu'ils amassaient, de pillage en pillage, ne devrait revenir à personne d'autre qu'à lui. Le capitaine voyait bien que quelque chose se passait dans l'esprit du jeune homme. Dix-sept ans seulement, mais il était ambitieux et connaissait sa valeur, c'était trop dangereux. Alors il fut envoyé par le fond.
Nous sommes tous sorciers ici, nous le savons : passée une certaine expérience, l'eau n'est plus un obstacle. Il retint son souffle le temps de lancer un sortilège, de Têtenbulle sans doute. Un autre sort et le boulet à son pied n'était plus qu'un souvenir. À peine deux minutes après avoir été envoyé par le fond, alors que l'équipage regardait encore en arrière pour voir disparaitre les dernières bulles d'air, il jaillit de l'eau.
Sur le pont, il n'hésita pas une seule seconde. Le capitaine n'avait même pas eu le temps de s'en retourner dans ses quartiers qu'il gisait déjà sur le sol, la lueur d'un éclair verdâtre encore imprimée dans sa rétine vitreuse.
L'équipage accepta James comme capitaine : quel choix avaient-ils ? le sorcier les aurait tués, tous jusqu'aux derniers, et si certains le suivaient par conviction, d'autres n'étaient là que par peur… Et on ne dirige pas par la peur. Chaque amarrage à quai était une occasion de trouver une solution au fléau qui hantait les cales du bateau. James passait le plus clair de son temps à veiller son trésor, son précieux trésor, mais il savait qu'on le lui prendrait. Il n'avait confiance ni en ses hommes les plus loyaux, ni en ceux qui l'avait rejoint en entendant que se murmurait des rêves de mutinerie.
Une nuit de décembre, il ordonna une halte, non loin d'une terre sauvage, une île inconnue qu'on appellerait bientôt l'Île Maudite. Il ensorcela ses hommes et tous contribuèrent à l'effort collectif qui consista à transporter l'ensemble du trésor au cœur des grottes de l'îles. Ils laissèrent là les pièces d'ors, les calices, les couronnes et les bijoux. Avant de partie, James ensorcela son or et il condamna ainsi tous ceux qui n'étaient pas de son sang à succomber au terrible sort de son trésor Maudit en prononçant ces mots : « Que meurt celui qui ne m'est pas lié par l'arbre des familles, car en touchant mes trésors il ne connaitra plus qu'avarice et envie, soif et faim, jusqu'à ce que cela ne lui soit plus supportable ni d'esprit ni de corps. »
Il abandonna là son trésor, mais il abandonna surtout son navire. Ses hommes furent bientôt en pleine mer, abandonnés à eux-mêmes, sans le moindre souvenir de l'endroit dont il venait. On raconte que James vit encore sur son île, où se trouve ses trésors. On raconte aussi qu'il serait mort en affrontant un autre sorcier, ou dévoré par les requins.
Une chose est sûre, il a toujours manqué une pièce, une seule et unique pièce de ce trésor maudit. Celle qu'il léga à son fils, des années plus tard, et dans laquelle il perça un trou, de telle façon que la pièce puisse être portée à même la peau. »
Pour conclusion, Alaric fit tournoyer la pièce en l'air. Un instant plus tard, un ruban c'était glissé dans un trou que le temps avait en partie rebouché à force de poussière et de terre. L'assemblée applaudit le récit et Harry devait l'avouer : Alaric savait captiver une foule.
Après cela, il y eut de nombreuses questions sur la pièce et la légende, auxquelles Alaric s'efforça de répondre avec un calme que Harry ne lui connaissait pas. Vingt-trois heures arrivèrent bien rapidement, il fut décidé d'en rester là. Les deux heures qui s'étaient écoulées avaient permis à tous de s'habituer à la présence de Keanu, et même à la tendresse qu'il adressait toujours discrètement à Charlie, comme pour qu'il soit le seul à la sentir, sans l'envahir un seul instant.
