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La question de l'endroit où resterait Alaric se posa rapidement. Les tasses avaient été débarrassées, de même que la grande table où le repas avait été servis. Keanu était parti, non sans promettre de revenir bientôt, et Charlie l'avait évidemment accompagné, sans doute désireux de retrouver un peu de calme. Bill et George étaient rentrés chez eux également. Ron et Hermione, dont la fille dormait à l'étage, avaient décidés de passer la nuit au Terrier et étaient montés se coucher. La fille de Percy était là également, mais Audrey l'attendant chez eux, rentrée tard à cause de ses recherches, il avait indiqué qu'il reviendrait dans la matinée pour récupérer la petite Molly au saut du lit.

Owen, Harry, Ginny et Alaric étaient par conséquent seuls dans le salon. L'idée d'enfermer Alaric en cellule semblait absolument ridicule. En même temps, il était inconcevable de le laisser en liberté, la possibilité qu'il n'aille faire des dégâts quelque part, peut-être même au Japon, était bien trop présente dans les esprits.

— Franchement, se plaignit Alaric, vous me prêtez des intentions absolument ridicules. Je ne vais évidemment pas m'enfuir dès que vous aurez le dos tourné.

Ils choisirent tous les trois de l'ignorer sans même avoir à se concerter du regard. Il fut décidé, finalement, qu'Alaric resterait sous la garde d'Owen. Ginny n'était pas contre le fait qu'il vienne à Square Grimmaurd, mais ça ne plaisait pas à Harry, et encore moins à Owen qui avait évoqué sa récente mise à pied comme argument de poids.

Owen et Alaric disparurent donc bientôt dans les flammes vertes de la cheminée. Ginny et Harry, quant à eux, décidèrent de rentrer chez eux et de revenir le lendemain, tout comme Percy, afin de récupérer leur fille à son réveil. À leur tour, ils furent dévorés par les flammes sans chaleur.

Ginny était assise sur le bord du lit, tout comme Harry. Dos à dos, ils restèrent silencieux quelques secondes, le temps de se demander s'il valait bien le coup de risquer une dispute aujourd'hui. Il était tard, la journée avait été mouvementé, Harry avait passé cinq jours loin de la maison… C'est sans doute pour cela que Ginny soupira et s'allongea. Elle posa une main sur le dos de son époux qui se tourna vers elle avant de l'imiter.

La tête posée contre son torse, elle écouta les battements de son cœur, comme elle le faisait si souvent, depuis si longtemps. À Poudlard, Harry était inatteignable. Pendant sa chasse aux horcruxes, c'était pire encore. Pourtant, elle n'avait jamais eu à ce point l'impression de le sentir s'évaporer loin de toute compréhension. D'une voix basse, sans accusation, ses doigts caressant doucement le torse de Harry, elle amorça la conversation.

— J'ai peur de te perdre, Harry. Pas notre relation, je sais que tu m'aimes, ça n'a pas changé. Mais j'ai l'impression que tu es reparti en quête de quelque chose… Qu'il y a encore une fois une mission, quelque part, dans laquelle je ne peux pas te suivre. Pas parce que tu es Auror, tu sais que j'accepte ce que ça représente pour toi, pour nous. Seulement, c'est comme si Dumbledore était revenu te donner un ordre avant de s'évaporer, tu sembles n'avoir plus qu'une idée en tête et ne pas savoir ce que c'est me terrifie.

Harry ne répondit pas. Son bras passé autour de Ginny, il caressait doucement son dos. Après quelques secondes, il inclina la tête pour pouvoir embrasser ses cheveux, savourant l'odeur de son shampoing alors que ses mots résonnaient encore dans son esprit. Une nouvelle quête, une mission. C'était vrai, au fond, qu'il avait aussi cette sensation. Le problème était que, tout comme Ginny, il n'avait aucune idée de la nature de cette nouvelle aventure, il ignorait après quoi il courait, il ignorait ce qu'il fuyait. Essayait-il de réparer une faute qu'il allait commettre bientôt ? Essayait-il de s'éloigner de sa vie pour ne blesser personne quand ça arriverait ? Parce que malgré ce qu'il avait d'abord cru, le fait d'avoir soudainement explosé n'avait pas permis de vider un réservoir plein de colère. En réalité, c'était un barrage qui avait explosé et pour le moment l'eau continuait de couler en un courant ravageur. Il avait peur de ce qu'il entrainait sur son passage.

— J'aimerais pouvoir te dire que tout ira bien, commença Harry d'une voix enrouée. Je t'aime. J'aime nos enfants. J'aime notre vie. J'aime tout ce que nous avons construit. Mais j'ai tellement… Je suis tellement…

Il ne pouvait pas le dire. Il se sentait honteux, illégitime. Comment osait-il être en colère ? Comment osait-il s'ennuyer dans la vie merveilleuse qu'il avait pu construire avec sa femme ? Sa merveilleuse femme, sa Ginny, elle qui avait toujours été là, elle qui l'avait aidé à murir, à comprendre ses priorités, à prendre des décisions. Pourtant c'était la même chose, chaque matin, chaque soir, chaque jour et chaque nuit. Tout son esprit était en alerte constante, et rien ne se produisait. Ses missions sur le terrain n'étaient que de brèves respirations, il replongeait ensuite en apnée.

— En colère ?

Elle l'avait posé comme une question, mais cela ressemblait à une information que Harry ne chercha pas à nier. Ce n'était pourtant pas le terme qu'il cherchait, il avait en tête quelque chose de bien plus terrible, de bien plus inavouable que de la simple colère. Une sensation de vide, d'incomplétude, d'inutilité, depuis que Lord Voldemort était tombé. Il serra fermement Ginny contre lui, ses doigts glissés dans sa chevelure rousse.

— Oui. En colère. Je vais régler ça. Je vais aller voir le psy de George, et je vais arranger ça.

Le reste de la conversation s'évanouit dans un brouillard de culpabilité. Le fait était que Harry n'avait nullement l'attention d'avouer à qui que ce soit que la guerre lui manquait. Il y avait eu tellement de morts et de souffrance… Que penseraient-ils, ses proches tombés au combat, s'ils savaient ? Non, mieux valait taire ce sentiment.

Harry ouvrit les yeux dans le lit vide. Une fois de plus, Ginny avait préféré le laisser se reposer. Il avait dû aller chercher leur fille et l'emmener avec elle, ou bien l'avait-elle laissé chez sa mère ? Le Survivant se redressa dans son lit et tourna les yeux vers sa cape, comprenant que ce qui l'avait réveillé était le son de son miroir. Il se leva avec difficulté, quitter le confort du lit rendait son corps las et il ne parvint à accepter l'appel qu'une seconde avant qu'il ne soit trop tard.

— Harry ?

Owen le regardait, avec un mélange d'agacement et de reconnaissance. Il avait dû chercher à le joindre plusieurs fois. Harry baissa la tête pour bailler avant de réponse.

— Salut Owen.

Alaric passa derrière Owen et s'arrêta en apercevant Harry dans le miroir. Il lui fit un signe de la main et approcha, il avait dans les bras une petite fille d'un peu moins de dix ans à qui Harry sourit.

— Bonjour Elliana.

— Monsieur Potter !

Harry grimaça légèrement. Il détestait être appelé comme ça par une enfant, mais il avait eu beau lui dire de l'appeler par son prénom chaque fois qu'il l'avait vu, la fille ainée d'Owen n'en avait pas grand-chose à faire. Alaric ne fit aucun commentaire quant au fait qu'il avait été ignoré, et Owen enchaina donc sur le sujet de son appel.

— Je dois prendre mon service dans trente minutes. Je vais déposer Elliana à l'école, mais pour l'autre je fais quoi ? Il est en état d'arrestation ou pas ?

Le Survivant se mordit l'intérieur de la joue en réfléchissant. Si Alaric était arrêté maintenant, ce serait donc sans que Harry ne puisse intervenir. Mentir sur sa condition d'animagus constituait déjà un délit important, mais il fallait y ajouter le Japon… Non, mieux valait ne pas l'ajouter : il aurait du mal à justifier qu'Owen et lui soit aller sur place sans l'accord du Ministère.

— Je vais passer le chercher. J'ai quelque chose à lui faire faire.

C'était faux. Totalement faux. Mais il allait bien trouver quelque chose. De toute façon, Harry était censé être en train de se renseigner pour consulter un psy, mieux valait qu'il ne reste pas à la maison dans ces circonstances. Autant que ce temps soit profitable. Il pourrait par exemple, tout à fait au hasard, cela ne lui ayant évidemment jamais traversé l'esprit jusque-là, poursuivre son enquête de manière officieuse.

— Harry, va vraiment falloir s'occuper de sa déclaration…

— Je sais. Je vais en parler avec Hermione.

Owen soupira profondément mais il ne chercha pas à répliquer, il devait être las de tenter de s'opposer à Harry alors que celui-ci n'était de toute façon pas en état de prendre une décision réellement censée. Ils coupèrent la communication après s'être mis d'accord sur un lieu de rencontre et Harry se prépara rapidement.

Une douche et un café plus tard, il était devant le café de Russel Square. Owen arriva peu de temps après, suivit d'Alaric. Il avait déjà déposé sa fille, et Harry en fut un peu déçu, il aurait aimé pouvoir la voir en chair et en os. Elle avait beaucoup grandi depuis le dernier diner où elle était venue jouer avec ses fils et sa fille.

— Tu as besoin que je pose ma journée ?

— Au contraire, répondit Harry. J'ai besoin de quelqu'un sur place au cas où.

Harry n'avait même pas fait semblant de ne rien avoir derrière la tête, Owen le connaissait et il savait qu'il continuerait à enquêter, surtout maintenant qu'il avait compris que l'enquête faisait du sur place depuis la libération de Drago.

— Entendu. Je te laisse Alaric, faites gaffe à pas vous faire prendre.

Owen regarda sa montre et prit congé rapidement, il était déjà presque en retard. Quand il fut parti Alaric se tourna tranquillement vers Harry avec une expression qui semblait lui demander dans quels genres d'ennuis ils allaient se mettre cette fois-ci. Harry songea à changer d'idée, mais il n'en avait aucune envie et il devait l'admettre : en présence d'une personne comme Alaric, il était très difficile de rester raisonnable. Une fois de plus, il avait cette même sensation étrange qu'en compagnie de Dumbledore dans son adolescence. Cette sensation dangereuse, fatale, d'être totalement indestructible, en sécurité. Il fit de son mieux pour chasser de son esprit les lunettes en demi-lune, les yeux pétillants et le nez aquilin de celui qu'il avait fini par, étrangement, considérer comme un ami inaccessible.

— On a beaucoup de choses à faire. Des éléments que les événements nous ont forcés à laisser de côté.

— Tu sais que tu n'es pas vraiment Auror actuellement ?

— Oui, Alaric. Je sais. Officiellement je ne suis pas en service. Officieusement… C'est le genre de travail qui ne s'arrête ni à mes horaires, ni aux lois.

— Pas certain que le ministre soit d'accord avec toi, ironisa Alaric avec un sourire amusé. Allez, dis-moi ce qu'on a à faire.

Harry hocha la tête, il n'avait aucune envie de se battre avec le conjureur de sorts, d'autant qu'il avait raison. Il se contenta donc de lister leurs tâches de la journée : tout d'abord, ils devaient se procurer le parchemin qu'ils avaient obtenus dans le dossier concernant la première arrestation des leaders de l'Organisation pour le Droit à la Pleine Lune. Cela signifiait qu'ils allaient devoir entrer illégalement dans la salle des archives, mais Harry n'en serait pas à sa première expérience du genre au Ministère de la Magie.

Ils allaient également devoir obtenir une réponse du Département de contrôle de l'équipement magique concernant la baguette du Drago que Harry avait affronté à Sainte-Mangouste. Ce point pourrait être géré sans crainte par Owen. Harry voulait également se rendre à Poudlard, afin de discuter avec le tableau de Rogue. Il espérait obtenir de lui une réponse importante : comment les leaders actuels de l'Organisation pouvaient-ils connaître le Sectusempra et son contre-sort, le Vulnera Sanentur ?

Restait également une question importante, pour Harry plus que pour Alaric songea-t-il. Il ne la lui partagea donc pas, mais il appellerait Stan dans la journée pour savoir comment la descente au Quartier Général de l'Organisation s'était déroulée. Il craignait des blessés du côté de ses Aurors. Enfin, des Aurors, ils n'étaient plus les siens pour le moment.

Tout cela achever, il faudrait encore tenter de mettre la main sur ceux qui avaient pris l'apparence de Drago au début de l'enquête. Pour cela, seuls des interrogatoires seraient susceptibles d'apporter des réponses, un point dont il ne pourrait donc pas se charger… Il devrait une fois de plus se reposer sur Owen.

Harry mordilla la peau qui entourait son pouce. Il n'avait jamais vraiment fait ça, du moins il n'en avait pas souvenir. Bien qu'il s'en rende compte, il ne fut pas capable de s'arrêter, le geste était presque compulsif. Il y avait tant à apprendre, tant à faire, pour démanteler cette organisation… Ils n'avaient fait qu'en effleurer la surface et pourtant, déjà, ils étaient dépassés. Sans compter que l'idée des multiples têtes d'Hydres l'inquiétait : arrêter les leaders actuels serait-il vraiment suffisant ?

Il soupira profondément, comme pour expulser de son corps toutes ses pensées les plus négatives, sans que cela ne soit le moins du monde efficace. Sa main retomba le long de son corps, la peau entourant son pouce abimée et rougie par son acharnement.

Alaric ne parla pas pendant quelques secondes, comme s'il voulait laisser à Harry le temps de reprendre son calme et ses esprits. Finalement, Harry releva la tête sur lui avec un air bien trop fier pour cacher son inquiétude. Être au bord de l'illégalité en tant que Commandant des Aurors était bien moins inquiétant que de l'être en tant que Commandant déchu.

— Commençons par le Ministère, annonça-t-il. Tu pourras travailler sur le parchemin pendant que je parlerais avec le Professeur Rogue.

— Tu l'appelles Professeur, sourit Alaric. C'est presque touchant.

— J'ai une histoire compliquée avec lui. Je ne me vois pas l'appeler Severus.

Alaric enfouit ses mains dans ses poches. Ce n'est qu'à ce moment que Harry réalisa réellement comment il était habillé. Il ressemblait à un parfait moldu, un étudiant séchant la fac, avec son jean délavé et son sweat à capuche. Ce n'est qu'en le voyant ici que sa jeunesse frappa Harry de plein fouet. Il avait l'air à peine sortie de l'adolescence malgré la profondeur de son regard et la gravité de ses traits. Comment, à cet âge, pouvait-il être déjà si… lassé ? Il avait sur le visage la même gravité que les Aurors avec lesquels Harry travaillait, mais il le cachait derrière son arrogance et sa fausse insouciance. Sans doute était-ce à cause de cela que Harry avait fini par en oublier son âge. N'était-il pas précipité de lui proposer le rôle de Directeur de Poudlard ? Malgré ses idées révolutionnaires, trop peut-être, ce n'était qu'un enfant.

Harry eut un sourire ironique. Dès ses 13 ans, il en avait voulu à tous ceux qui le considéraient comme un enfant. Rencontrer Sirius avait été un véritable électrochoc. C'est là qu'il avait commencé à cesser d'être pleinement un pré-adolescent. Quand cela avait-il cesser pour Alaric ? Ils se regardèrent droit dans les yeux pendant de longues secondes. Le conjureur de sort avait l'air de parfaitement comprendre les questions que se posait Harry mais ce dernier pouvait voir dans ses yeux qu'il n'obtiendrait aucune réponse.

Ils se détournèrent en même temps, sans un mot. Une entente mutuelle, sur un sujet qu'ils ne devraient pas aborder. Qu'importe à quels points il s'était rapprochés : certains traumas ne pouvaient être partagé avec personne, pas même ceux qui nous étaient les plus proches. Harry n'avait jamais parlé réellement du sentiment contradictoire, de la brûlure glaciale d'avoir été le serpent qui assenait des coups mortels à Arthur Weasley. Cette sensation, pourtant, était profondément ancrée en lui, pendu à une chaine qui enserrait ses tripes chaque fois qu'il y pensait.

Quelques minutes plus tard, Harry et Alaric étaient dans la rue adjacente à l'entrée du Ministère. Se contenter de se métamorphiser pour entrer ne suffirait pas, personne à part les membres des Départements liés à la justice n'avaient accès aux archives qui les intéressait. Il allait falloir utiliser du polynectar.

Harry prit la bourse qu'il gardait toujours sur lui, magiquement agrandit pour contenir tout ce dont la vie lui avait appris qu'on pouvait avoir besoin n'importe quand. Il avait donc bien entendu, entre autres choses, un nécessaire à potions, quelques fioles de polynectar et d'essence de dictame, des livres que Hermione citait trop souvent mais qu'il n'avait jamais ouvert et, bien sûr, la Carte du Maraudeur. Cependant, il sentait qu'il devrait bientôt faire l'effort de laisser cette dernière de côté. Elle ne lui servirait plus, peut-être devrait-il la mettre dans son bureau… Enfermée dans un tiroir, pour que personne ne la trouve. Dans cette bourse, il la touchait trop souvent. Il lui arrivait parfois, la nuit, un verre de Whisky Pur-Feu posé à côté de lui, de l'ouvrir pour voir vivre le château sous ses yeux. Il se trouvait chaque fois pathétique mais cela le faisait se sentir un peu plus vivant, un peu plus solide. C'était un peu grâce à lui, que Poudlard vivait encore. Un peu grâce à lui, et un peu à cause de lui que ça avait failli ne plus être le cas.

Il sortit de ses pensées quand la voix de Alaric lui arriva aux oreilles.

— Comment on va récupérer des échantillons d'ADN de tes collègues ?

— Il est possible que j'en ai déjà.

Harry préféra éviter le regard de Alaric, qui ressemblait à celui d'un maître fier de voir son élève le surprendre. Le fait était que Harry avait en quelque sorte toujours été préparé à cette éventualité. Avoir dû, par deux fois, assommer des personnes pour prendre leur apparence l'avait finalement résolu à préparer à l'avance tout ce qu'il lui faudrait.

Il mit la main sur deux fioles de polynectar qu'il donna à Alaric. Il avait les doigts longs, mais abîmés. Harry y attarda son regard quelques secondes, plus qu'il ne l'aurait pensé. Il détourna les yeux quand il sentit qu'Alaric le fixait avec de plus en plus de froideur, une sensation inhabituelle. En fouillant un peu plus, principalement car il ne savait pas comment formuler son sortilège d'attraction pour obtenir ce dont il avait besoin, Harry arriva finalement à trouver les échantillons dont il avait besoin. Il sorti de la bourse un morceau de cuir de dragon qu'il déplia. Soigneusement noués avec de la ficelle, plusieurs mèches de cheveux apparurent. Au bout de chaque ficelle, une étiquette montrait le nom des personnes à qui Harry les avait prise.

— Tu écris vraiment très mal.

— Hermione me le dit souvent. Les personnes dont on va prendre l'apparence pourraient être accusées, par conséquent on va prendre deux personnes qui ont un alibi.

— Dans ce cas, choisissons Finnigan et Flume. J'ai entendu Owen parler avec ton second, apparemment ils sont à l'hôpital.

— Pardon ? Que s'est-il passé ? Ils sont blessés ?

— Du calme papa poule. Ils vont bien, ils ont pris un mauvais coup pendant un match de Quidditch amateur hier soir.

Harry soupira profondément. Il aurait pu être étonnés, Seamus et Caelan ne jouaient pas énormément au Quidditch, mais il savait qu'ils en faisaient parfois ensemble pour régler leurs désaccords. Harry avait toujours trouvé que c'était demander beaucoup de support, puisqu'il fallait que chacun d'entre eux trouve six autres personnes pour les aider. Etrangement, ils les avaient toujours trouvé assez facilement.

— Très bien, reprit Harry. Dans ce cas on part sur eux. J'appelerais Seamus après pour le prévenir.

— Tu vas donc le mettre devant le fait accompli. J'aime ton style, Harry.

L'Auror leva les yeux sur Alaric puis il soupira profondément. C'était facilement de voir où ce dernier voulait en venir, mais il avait parfaitement raison. Harry devrait plutôt demander à Seamus et Caelan s'ils étaient d'accord avec ça. Et en même temps, ne valait-il pas mieux qu'ils ne soient au courant de rien jusqu'à ce que les accusations arrivent ? Non, c'était trop risqué. Harry les appréciait tous les deux et il avait besoin de leur confiance. Cela étant dit, l'idée de les appeler après tout ça ne le ravissait pas vraiment. Que faire s'ils lui en voulaient ? S'ils étaient malins, ils refuseraient en bloc. Mais Harry ne pouvait décemment pas agir dans leur dos.

Il confia à Alaric les échantillons de cheveux et prit son miroir une fois sa bourse refermée et remis à sa ceinture. Seamus décrocha presque immédiatement. Il était dans une chambre d'hôpital identique à celle que Harry avait quitté pour se rendre illégalement à Japon. Un autre souvenir qu'il préféra chasser pour le moment. Seamus semblait surpris, il tentait même d'avoir l'air en colère mais il ne pouvait pas empêche le coin de sa bouche de trembler alors qu'il luttait pour ne pas sourire.

— Heum… Salut, Seamus.

— Salut, Survivant

— Arrête, tu sais que je n'aime pas…

— Justement, là j'ai le droit, coupa Seamus. Tu m'as mis en danger de mort, donc je vais t'appeler Le Survivant pendant minimum 3 semaines. Et après ce serait L'Elu pendant un mois. C'est ta sentence. De quoi tu as besoin ?

Harry capitula immédiatement, c'était bien peu cher payé étant donné la situation. Il était infiniment reconnaissait envers Seamus qui semblait prendre tout cela avec bien plus de légèreté qu'il ne l'aurait pensé. A l'époque où ils étaient tous les deux étudiants, il lui avait souvent semblé que Seamus ne l'appréciait pas énormément, mais avec le recul c'était compréhensible. Qui aurait pu apprécier sans vraiment le connaître le Harry de l'époque, constamment entre la complainte et la colère ? Hermione et Ron avaient décidément eut bien du courage.

— Je dois entrer illégalement dans la salle des Archives pour y voler un document concernant l'enquête et je me demandais si je pourrais prendre ton apparence pour ça. J'aimerais aussi l'accord de Caelan, parce qu'Alaric vient avec moi.

Il y eut un silence, pendant lequel Seamus fixa Harry avec un air étrange qui semblait mélanger le rire et la peur qu'il soit tout à fait sérieux. Harry ne sourit pas, et Seamus tourna la tête vers sa gauche. Harry comprit qu'ils avaient une chambre double, et qu'il venait donc d'exposer également son plan à Caelan. Il entendit ce dernier marmonner quelque chose, comme s'il avait la bouche pleine, puis finalement répondre :

— C'est bon pour moi.

— Tu devrais réfléchir avant de parler, répondit Seamus avec une légère colère dans la voix. On va être accusé de ça, t'en as conscience ?

— Et alors ? on est à l'hôpital, on a tous les deux une jambe cassée et un semblant de commotion cérébrale. Au contraire, qu'ils en profitent avant que tout le Ministère soit au courant de nos conneries et les arrête à vue.

Seamus sembla réfléchir quelques secondes, son regard toujours fixé sur Caelan. Il soupira finalement profondément et hocha la tête. C'était entendu, pour lui aussi. Il confirma à Harry qu'ils donnaient tous les deux leur accord. Après les avoir remercié, Harry leur souhaita de vite être sur pied et leur promis de demander à Stan de faire passer leur déboire pour un accident dans l'exercice de leur fonction, ce qui leur vaudrait quelques jours de congés supplémentaires.

Il raccrocha, et appela donc Stan dans la foulée : Caelan avait raison sur le fait que tout le monde saurait bientôt ce qu'ils avaient fait, mieux valait que les documents soient rédigés rapidement et le bruit de couloir étouffé. Stan accepta son appelle et lui sourit, avant de relever les yeux sur le décor derrière Harry. On voyait parfaitement l'entrée du Ministère dans son dos.

— Dis-moi que j'ai tort et que tu n'es pas encore en train de faire quelque chose de stupide.

— Je viens juste voir Hermione ?

— Bien sûr, c'est pour ça que tu m'appelles avant avec ton air qui veut dire « rends moi un service légèrement illégal avant 10h ».

— C'est vrai que tu as ce regard-là, rit légèrement Alaric.

Harry lui jeta un regard noir, qui ne fut accueillit que par un sourire moqueur de la part du conjureur de sort. Ça ne servait à rien d'essayer de lui en vouloir, Alaric ne semblait pas ressentir d'émotions comme le regret ou la culpabilité. Harry retourna donc son attention sur Stan et commença par s'excuser avant d'enchainer sur sa requête, effectivement légèrement illégale, et effectivement urgente.

— J'aurais besoin que tu fasses passer l'accident de Quidditch de Caelan et de Seamus pour un accident de travail.

— Ils n'étaient pas en service hier soir, raison pour laquelle ils ont pu faire ce match.

— Raison pour laquelle j'ai mon air qui veut dire « rends moi un service légèrement illégal avant 10h », souffla Harry avec peu d'assurance.

— Très bien, soupira Stan. Je vais le faire, mais je veux savoir pourquoi.

— Parce que je vais utiliser l'apparence de Seamus et Alaric celle de Caelan pour faire quelque chose de légèrement illégal avant 10h.

Stan grogna un peu, il assena qu'il ne voulait pas en savoir plus et raccrocha. Harry soupira un peu. C'était évident que la situation ne plaisait pas à son second mais c'était également évident, et Harry se rendit compte de la chance qu'il avait, que Stan ferait tout de même ce qui lui était demandé.

Harry rangea son miroir dans sa poche, même s'il savait parfaitement que cela aurait pour conséquence de déchirer légèrement son jean et risquait donc de lui entailler également la peau. Depuis qu'il s'était blessé à la main, les douleurs soudaines et imprévisibles avaient tendance à le ramener sur terre lorsque son esprit s'enfonçait un peu trop loin dans les ténèbres.

Une fois les cheveux des deux aurors intégrés aux fioles, Harry rangea les échantillons dans sa bourse. Il regarda Alaric qui n'hésita pas une seconde devant la potion épaisse, boueuse, et l'avala d'une traite sans même grimacer. Harry se demanda s'il en avait déjà utilisé, si longtemps que la mâchoire d'Alaric commençait déjà à se déformer, s'arrondissant, quand il but lui-même le contenu de sa fiole avec une grimace de dégoût.

La transformation était toujours aussi désagréable. Il avait l'impression que des milliers d'insectes s'étaient glissé sous sa peau pour la remodeler à leur convenance. Cette pensée lui donna la nausée, en l'envie de s'arracher la peau, mais il résista et tenta de rester aussi stoïque qu'Alaric jusqu'à ce que leurs apparences se stabilisent. Cela fait, il lança un sortilège de récurage sur les fioles pour les nettoyer puis les glissa dans sa bourse avec précaution afin d'éviter qu'elles ne se brisent. Il se demanda un instant pourquoi le fait de renforcer le verre magiquement n'était pas encore rentré dans les mœurs des sorciers, cela éviterait pourtant bien des accidents. Mais le verre solide, c'était peut-être trop moldu aux yeux des artisans… Il en parlerait à Ron quand il le pourrait.

Harry regarda Alaric qui se trouvait face à lui. Malgré le changement d'apparence, il y avait toujours dans ses yeux cette lueur sombre qui semblait infiniment lointaine. Ils se tournèrent vers les toilettes publiques qui permettaient d'accéder au Ministère.

— Tu sais comment on les utilise ?

— Oui, répondit Alaric. En revanche j'ai la voix trop grave pour imiter celle de Flume.

— Logique. Je peux imiter la voix de Seamus, donc tu vas simplement devoir te taire. On ne devrait pas rencontrer de difficulté, Caelan est plutôt discret quand il ne s'agit pas de ses collègues.

Ils se dirigèrent tous les deux vers les toilettes une fois leurs vêtements retouchés. Ceux d'Alaric, surtout, car ils étaient décidément bien trop grand pour la silhouette de Caelan. Ce dernier était pourtant en bonne forme, comme la plupart des Aurors depuis que Harry avait mit l'exercice physique en haut de leurs priorité lors des entrainement. Cependant, Alaric était définitivement plus élancé et mieux construit. S'il avait fallut les comparer froidement, on aurait pu dire que Caelan était un poids plume, et Alaric un poids moyen. Cependant, si on s'en tenait strictement à la boxe, l'écart de catégorie n'était sans doute pas si grand.

Les deux hommes arrivèrent rapidement dans la longue allée qui marquait l'entrée du Ministère. Ils avancèrent d'un pas décidé, la tête haute, bien décidé à avoir l'air pressés pour ne pas se faire arrêter par des indésirables. Ils entrèrent dans l'ascenseur sans avoir croisé personne. L'heure matinale rendait l'exercice assez facile : la plupart des employés étaient déjà arrivés et ne se déplaceraient pas réellement avant la première pause, à savoir aux alentours de 10h30.

Harry sentit son cœur tomber dans ses pieds quand l'ascenseur s'immobilisa à l'étage du bureau des Aurors. Le souffle coupé, il fixa les portes qui s'ouvrirent lentement. Son regard se planta dans celui de Stan.

Il y eut un silence de quelques secondes et les portes commencèrent à se refermer dans que le bras droit de Harry ne soit entrer dans l'ascenseur. Dans sa grandeur d'âme, et par pur amusement, Alaric retint la porte avec un sourire qui ne ressemblait pas du tout à Caelan. Stan soupira et entra finalement dans la cabine. Il appuya sur le bouton qui correspondait à l'étage du Département des accidents et catastrophes magiques non sans avoir regardé celui qui brillait déjà, et qui indiquait que Harry et Alaric se rendaient aux Archives.

Une fois les portes fermés, Stan eut un sourire ironique.

— J'allais justement déposer vos rapports d'accident. Quelle incroyable coïncidence.

— Heureusement que le bureau qui s'en occupe n'est pas directement après l'ascenseur, du coup, dit tranquillement Alaric.

— Et comment peux-tu savoir comment sont organisés les bureaux, au juste, coupa Harry avec agacement.

Alaric eut un sourire amusé, et Harry sentit une sensation désagréable venir rôder autour de son esprit. Et si Alaric avait réussi à créer une carte du Maraudeur, correspondant au Ministère ? Si une telle chose existait… Harry allait décidément devoir se questionner réellement sur le procédé de fabrication d'une carte de ce genre. Cela ne lui était jamais venu à l'esprit, pourtant quatre étudiants de Poudlard avait réussi à en créer une, alors de quoi serait capable ce conjureur de sorts ?

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, et Stan en sorti. Il se retourna vers Harry en retenant la porte de la pointe de son pied. Son expression était sérieuse, mais pas inquiète.

— Sois prudent. En protégeant Seamus et Caelan, tu te prives de toute chance d'échapper aux conséquences de tes actes.

— Je sais, répondit Harry. Je sais, mais ça fait un moment que je n'ai pas été aussi lucide.

Stan hocha la tête et laissa la porte se refermer. Ils eurent le temps de le voir disparaitre au bout du couloir à travers les grilles avant que l'ascenseur ne reprenne sa descente. Quelques secondes plus tard, ils arrivaient aux archives. Dans le couloir qui menait au bureau de l'archiviste, Harry se tourna vers Alaric et épingla à son sweat un badge d'Auror qu'il avait extrait de sa bourse. Alaric le regarda faire, le visage étrangement fermé, mais ne résista pas. Pourtant, Harry avait cru sentir un léger mouvement de recul. Plus que ça, en réalité, pendant une fraction de seconde il avait eu l'impression qu'Alaric allait pivoter pour transplaner, il avait vu son pied bouger imperceptiblement. Il décida de garder cela pour plus tard, et épingla à son propre t-shirt un autre badge. Il en avait toujours avec lui, sans trop savoir pourquoi, comme s'il savait que cela arriverait un jour.

Une fois qu'ils furent prêt, Harry se retourna et entra dans le bureau exactement comme l'aurait fait Seamus : il avait toqué brièvement puis ouvert la porte sans attendre la moindre réponse. Malgré ses efforts, la voix de Harry n'était pas parfaitement comme celle de Seamus, il songea qu'il aurait dû prendre le temps de s'entrainer mais préféra expliquer qu'il avait un peu mal à la gorge depuis la veille.

Il discuta quelques secondes avec l'homme qui s'occupait des archives. C'était un homme d'une soixantaine d'années, qui avait voulu être Auror dans sa jeunesse mais à qui on avait refusé le poste à cause de ses résultats scolaires. Il n'avait jamais eu d'appétence pour ses études, et Harry se souvenait l'avoir un jour entendu dire qu'il n'aurait de toute façon jamais pu se plier aux directives trop strictes de Harry, avec toute la paperasse que cela impliquait.

Ils purent accéder aux archives assez facilement. L'homme appréciait tous les Aurors, et Seamus et Caelan ne faisaient pas exception. Ils durent quand même expliquer qu'ils partaient en infiltration pour justifier leurs tenues et signer le registre pour indiquer ce qu'ils venaient prendre.

Une fois dans les archives, Harry pressa le pas pour arriver rapidement dans la rangée qui l'intéressait. Il n'eut aucun mal à trouver la boîte dont il avait besoin. Quand il l'ouvrit, sans la sortir de l'étagère, il s'immobilisa.

Soudainement, il venait de réaliser comment il se sentait. Vivant. Avide. Il déglutit avec difficulté, effrayé par ses propres pensées, par ses propres sensations. Il se haïssait. Il se haïssait d'être si idiot, si dangereux, si inconscient. La main de Caelan passa devant ses yeux et Harry eut un léger mouvement de recul. Alaric récupéra le parchemin sans le regarder. Il referma la boîte, la poussa dans l'étagère pour la repositionner, puis se tourna vers Harry.

— Tu réfléchiras à ce qui cloche chez toi quand on sera sorti d'ici.

Harry hocha la tête, mais il ne parvenait pas à reprendre ses esprits. Sa vue semblait trouble. Il secoua la tête et se mit à avancer. Alaric l'attrapa par le bras et, d'un mouvement de tête, lui indiqua la direction inverse. Harry fronça un peu les sourcils.

— On est ici illégalement. C'est le moment pour toi de faire ce que tu as réellement envie de faire.

Le commandant des Aurors tourna la tête dans la même direction qu'Alaric. Sa gorge se serra un peu, mais il hocha encore une fois la tête et son corps sembla de nouveau accepter de lui obéir. Il se dirigea lentement vers l'allée qui contiendrait le seul dossier qu'il avait réellement envie de voir. Cela n'avait rien à voir avec la mort de Cédric, ni avec celle de Sirius. C'était autre chose. Quelque chose de plus pressant, de plus étrange, de plus insensé. Comme si elle l'attirait, il posa bien vite les eux sur la boîte qui portait la mention TEJ980502.

Il l'attira à lui et, sans vraiment y penser, s'installa par terre en tailleurs. Alaric se contenta de rester debout à côté de lui, le parchemin toujours dans la main. Harry feuilleta le rapport pendant de longues minutes. Il ignorait comment Alaric avait su, mais il avait su, et le cœur de Harry sembla recommencer à battre presque normalement lorsqu'il lu la seule chose qui pouvait le rassurer.

« Plusieurs témoignages confirment que Tom Elvis Jedusor, connus sous le nom de Seigneur des Ténèbres, Lord Voldemort ou encore Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom est décédé lors de son duel contre Harry James Potter. Le sortilège en cause est un sortilège de mort, lancé par Tom Jedusor lui-même. »

Pourtant, alors même qu'il venait à peine de se sentir rassuré, que la froideur du doute s'effaçait sous la chaleur des certitudes, Harry ne put s'empêcher de se demander s'il n'était pas revenu malgré tout. C'était difficile de ne pas considérer cette option, après tout… C'était de Lord Voldemort dont il était question.

Il alla directement à la dernière page pour y trouver le lieu où était censée reposer la dépouille de son ennemi de toujours. Il n'aurait pas été capable d'expliquer pourquoi, mais Harry fur surpris de trouver une réponse si simple, si clair, et finalement si classique. Son ennemi, Lord Voldemort, le plus grand mage noir de tous les temps, était tout simplement enterré au cimetière de Highgate, à Londres.

Harry leva la tête vers Alaric, et il devait avoir quelque chose de désespéré dans les yeux car l'imperturbable conjureur de sort eut une expression inquiète. Il s'accroupit, avec l'apparence de Caelan qui était tellement en décalage avec ce qui se passait. Harry aurait voulu le voir lui. Il aurait voulu plonger dans ses yeux opalescents pour se sentir mieux, pour se persuader que quelqu'un contrôlait encore un peu sa vie, que quelqu'un veillait sur lui.

Le son de la porte des archives qui s'ouvraient résonna dans les allées et Harry se redressa brusquement. Il détacha sans y penser la feuille qui montrait l'emplacement de la tombe de Voldemort et l'enfonça dans sa poche sans cérémonie. Il referma la boîte, la repositionna sur l'étagère, puis il attrape le bras d'Alaric qui s'était redressé et l'entraina à sa suite. Lorsqu'ils furent de retour dans l'allée où ils étaient censés se trouver, Harry lâcha son emprise.

L'archiviste arriva dans leur champ de vision au moment où Harry faisant semblant de replacer la boîte qui avait contenu le parchemin.

— Vous avez trouvé ce qu'il vous fallait ? Ca fait presque quarante-cinq minutes que vous êtes là, vous allez pas être en retard ?

— Effectivement on va l'être, c'est qu'on a eut du mal à retrouver la bonne boîte, je crois qu'Owen et Harry l'avait mal rangé la dernière fois. On l'a remise à sa place, donc pas de soucis, improvisa Harry.

Ils rejoignirent la sortie tous les trois, dans un silence qui semblait pesant mais ne l'était pas réellement. Deux minutes plus tard les portes de l'ascenseur se refermaient. Harry tourna la tête vers Alaric et plongea dans son regard opalescent. Il resta hypnotisé quelques secondes avant de réaliser que c'était un gros problème.

— Merde, grogna Harry. Tu reprends ton apparence. Faut qu'on se dépêche de sortir. Pourquoi ces potions sont si instables.

— Tu devrais le crier encore plus fort. On est des Aurors Harry. Sortir du Ministère en courant c'est un peu votre footing matinal à vous autres, non ?

Harry hocha un peu la tête, sans être rassuré pour autant. Dès que les portes s'ouvrirent sur le hall du Ministère, Harry et Alaric se ruèrent dehors. Ils couraient à en perdre haleine, si bien que personne n'envisagea de les retenir ou même de les détailler. L'insigne d'Auror qui brillait à leur poitrine décourageait même ceux qui ne les connaissaient pas.

Ils arrivèrent dans la ruelle où ils s'étaient transformés au moment où ils reprenaient tous les deux leur apparence normale. Le sweat large d'Alaric ayant été rétrécit, il paraissait maintenant trop petit. Il en allait de même pour son pantalon. Pourtant, ce n'est pas de ça que le conjureur de sort s'occupa en premier mais du badge, qu'il arracha presque et lâcha aussitôt comme s'il lui avait brûler les doigts. Harry le rattrapa sans difficulté, car il s'y était attendu sans trop savoir pourquoi. Il ne posa aucune question. Pendant qu'Alaric ajustait ses vêtements, il rangea les badges dans sa bourse.

Il ne comptait pas questionner Alaric pour le moment, car cela ne lui semblait pas encore utile. Cependant, avoir découvert ce qui ressemblait à une faiblesse, ou du moins à une perturbation, rendait Alaric un peu plus humain à ses yeux. Dans ces circonstances, il serait peut-être bientôt plus facile d'interagir avec lui et de le comprendre. Il lui faisait déjà pleinement confiance, même s'il tentait de se forcer à réfléchir à chacune de ses propositions avant de les approuver, mais savoir qu'il n'était pas infaillible le rendait plus fiable encore aux yeux de Harry. C'est ce qui semblait avoir manqué à Dumbledore, à l'époque, c'était ce qu'il aurait fallut pour que Harry ne se sente pas si petit, si insignifiant, une simple faiblesse avouée dans un geste précipité.

— Bien, dit Harry. Maintenant, direction Poudlard.