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Le retour à Toulouse se fit dans un silence confortable. Alaric et son Abraxan étaient légèrement en retrait par rapport aux deux Aurors, ces derniers auraient sans doute pu en profiter pour parler de la situation et de l'impact que leurs agissements pourraient avoir sur la récente décision du Ministre concernant la réintégration de Harry à son service. Aucun d'eux n'en ressentait l'envie ou le besoin. Comme souvent, Harry considérait qu'il n'aurait qu'à assumer ses actes. Il avait la sensation que tout cela ne lui avait même pas servit de leçon et, en même temps, il sentait qu'il avait un peu changé malgré tout. Il avait conscience, maintenant, des vies qu'il avait entre les mains.
Les sabots des Abraxans battirent bientôt le bitume. Ils avancèrent d'un trot élégant jusqu'au hangar qui cachait une prairie et, dès que leurs cavaliers eurent mit pieds à terre, ils rejoignirent leur troupeau. Alaric échangea quelques mots avec le berger, qu'Owen et Harry avaient simplement remercié avant de sortir. Ils durent attendre le conjureur de sorts quelques minutes et celui-ci sorti enfin alors que Harry était sur le point d'aller le chercher. Il leur montra un trousseau de clés qu'il semblait avoir récupéré auprès de l'employé.
— J'en ai profité pour demander une voiture, annonça Alaric.
Harry leva les yeux au ciel sans même y penser. Il devait avouer qu'Alaric commençait à légèrement lui taper sur le système, plus que d'habitude du moins. Il les baladait où bon lui semblait, par les moyens qu'il choisissait, pourtant Harry était presque sûr que c'était le rôle des Aurors d'imposer des destinations et moyens de locomotion.
Avant qu'Owen ou lui-même n'aient songé à se plaindre à haute voix, ils étaient montés dans une voiture bleue marine. Elle avait l'air passablement luxueuse, mais Harry ne s'y connaissait pas suffisamment pour en dire plus. Il avait été difficile d'attribuer les places : Alaric était définitivement le seul à être à l'aise avec la conduite, Owen et Harry ne la pratiquant que trop peu. Les deux Aurors ne voulaient pas monter derrière ensemble : il fallait qu'ils gardent un œil sur Alaric malgré tout, ne serait-ce que pour faire semblant de contrôler la situation.
Ils décidèrent finalement qu'Owen monterait à l'avant, afin que Harry puisse se concentrer sur ses notes et commencer à rédiger les questionnements qu'ils avaient actuellement, de façon à optimiser leur conversation avec les parents de la jeune Alexandra Baulne. Ils avaient beaucoup de lieux à visiter et assez peu de temps pour le faire. S'y ajoutait le fait qu'ils se trouvaient en France et que, par conséquent, ils étaient hors de leur juridiction.
Harry décida qu'il valait mieux prévenir le Chevaliers Français dès maintenant, puisqu'une réelle enquête se mettait en place, au lieu d'attendre les premiers problèmes. C'était bien la première fois depuis ces dernières semaines, songea-t-il, qu'il se montrait raisonnable. Il contacta Pierre Belleclair, le compagnon de Janice Davenport. Celui-ci sembla surpris de le voir mais resta très professionnel. Au brouhaha qu'il entendait, Harry comprit qu'il devait être à son bureau, probablement occupé, il fallait donc qu'il fasse court.
— Bonjour Agent Belleclair, navré de vous déranger. Je tenais simplement à vous signaler que je suis actuellement en France avec l'Auror Owen Harper et le Conjureur de sorts Alaric Keeling. Nous avons de bonnes raisons de croire que la mort de George Affré et la disparition d'Alexandra Baulne sont liées à l'une de nos enquêtes.
Il n'avait pas laissé à Pierre Belleclair le temps de le saluer, préférant débiter immédiatement tout ce qu'il avait à dire. Harry faillit raccrocher après sa tirade, mais il eut le bon sens de se montrer respectueux et d'attendre que le Français ait le temps de considérer la situation.
— Je vois. Je vais en aviser mon supérieur. Pourriez-vous passer nous voir pour remplir quelques papiers ?
Harry avait oublié à quel point la France pouvait être procédurière, même si un peu de bonne foi le forcerait à admettre que c'était également le cas de l'Angleterre. Le fait était qu'il n'était pas soumis à ce genre de choses, car il faisait ce qu'il voulait en laissant Stan gérer la paperasse qui en résultait. Ce serait définitivement compliqué quand ce dernier partirait en retraite. Harry releva un peu les yeux et croisa le regard d'Owen dans le rétroviseur, ce dernier ne cachait ni qu'il comprenait parfaitement ce à quoi Harry pensait, ni qu'ils n'avaient pas le choix pour autant.
— Entendu, se résigna Harry. On va passer maintenant.
Il aurait pu simplement en aviser Alaric en parlant, ou d'une tape sur l'épaule, mais il préféra donner un léger coup de pied dans le siège conducteur qui se trouvait devant lui. Alaric releva les yeux sur le rétroviseur, aussi amusé que faussement indigné, puis jeta un œil sur la route et tourna bientôt.
— On y sera dans 5 minutes, annonça Alaric.
— Très bien, je vous attendrais devant, répondit Belleclair.
La communication fut interrompue, et Harry reprit ses notes sur son carnet sans grande conviction. Il n'aimait pas l'idée de devoir passer par le QG des Chevaliers Français avant de commencer son enquête, ça lui donnait l'impression désagréable de laisser passer une occasion. Et si quelque chose se passait pendant ce temps-là ? il fit de son mieux pour écarter les pensées parasites et, comme l'avait dit Alaric, ils furent bientôt stationnés sur le parking qui se trouvait en face du bâtiment de pierres qu'occupaient les Chevaliers.
Harry et Owen sortirent, puis jetèrent un coup d'œil vers Alaric qui n'avait pas bougé.
— Je vous attends là, dit-il.
— En quel honneur ?
— Comment dire… Un petit problème d'entente avec le Grand Patron des Chevaliers.
Harry haussa les épaules, en se demandant s'il y avait qui que ce soit avec lequel Alaric n'ait pas « un petit problème d'entente ». il préféra ne pas insister malgré tout : les conjureurs de sorts n'étaient pas soumis aux mêmes obligations légales et territoriales que les Aurors, Alaric ne risquait donc rien à exercer son métier en France, d'autant qu'il était né ici.
C'est par conséquent seuls que les deux Aurors traversèrent la route déserte. Pierre Belleclair était comme Harry se le remémorait, passablement grand, plutôt élancé, avec une expression posée et mesurée qui ne semblait souffrir aucun trouble. Evidemment, cela changeait quand il était avec Janice.
— Bonjour messieurs.
Ils se serrèrent la main. Harry n'était pas très à l'aise. Ils avaient des rapports plutôt amicaux la dernière fois qu'ils s'étaient vus, mais cela remontait à plus de dix ans à présent, et tout était redevenu très professionnel, voir distant. Pierre Belleclair les guida dans le bâtiment dont l'effervescence rappelait à Harry son propre service au ministère. Ici, cependant, il avait plutôt l'impression d'être dans un commissariat. La répartition des enquêtes avait toujours été plus claire en France : les Chevaliers se divisaient en plusieurs secteurs, en charge d'un ou plusieurs types d'enquête. Les Aurors, en comparaison, mettaient leur nez où bon leur semblait depuis que les mages noirs n'étaient plus qu'une légende urbaine. Cela avait été une source de conflit à peine voilé avec les membres de la Police Magique et, plusieurs fois, il leur avait été demandé de régler ce problème sans qu'ils ne parviennent pour autant à se mettre d'accord. Le système actuel faisait que les Aurors s'occupaient des affaires qui nécessitaient plus de muscles que de cerveaux, ou qui mettaient en danger le monde Moldu.
Pierre Belleclair les mena jusqu'à un ascenseur, qu'ils empruntèrent en silence. Arrivé au cinquième étage, ils en sortirent et traversèrent un openspace où se trouvait des Chevaliers qui relevaient les yeux à leur passage, pour ne les baisser que plusieurs secondes plus tard. Harry se sentait épié, mais cette sensation familière n'était pas vraiment problématique, seulement désagréable. Cela lui faisait réaliser à quel point les Aurors s'étaient habitués à sa présence mais aussi que ces regards ne s'arrêteraient jamais vraiment. Une nuit, c'était tout ce qu'il avait fallut pour influencer toute sa vie, de son début à sa fin. Un an de tranquillité, dont il n'avait évidemment pas pu profiter étant donné son jeune âge.
Ils s'arrêtèrent devant une porte sur laquelle on pouvait lire « Eulalie Mariaude Tiffany Auclair, Chevalier en chef » et à laquelle Pierre Belleclair toqua trois fois. Une voix féminine d'une étonnante neutralité les invita à entrer.
— Chevalière Auclair, enchanté.
Il s'agissait d'une femme au physique élancé, dont la musculature transparaissait sous la tenue officielle des Chevaliers, à savoir une chemise blanche cintrée et un pantalon noir ample mais suffisamment ajusté. Elle avait des cheveux blonds délavés et des yeux marrons assez inexpressifs, ce qui mettait Harry légèrement mal à l'aise. Elle leur serra la main d'une poigne assurée, et fit signe à Belleclair de les laisser avant de retourner s'asseoir à son bureau. Elle invita les deux Aurors à faire de même pendant qu'elle se mettait vraisemblablement en quête des formulaires qu'ils devaient remplir.
— Je suis désolée d'interrompre votre enquête mais nous tenons à ce que les procédures soient respectées, surtout avec les individus pour qui la loi est une vaste fumisterie.
Voilà qui expliquait sans doute pourquoi Alaric et la Chevalière Auclair ne s'entendaient pas le moins du monde : il était de ces individus, et il en était même le plus grand représentant. Owen eut un sourire forcé, que Harry tenta d'imiter au mieux même s'il avait plutôt envie de se révolter. Pourquoi faire ? C'était tout à fait vrai, il était également comme ça.
— Nous comprenons tout à fait, fini-t-il par lâcher de mauvaise grâce. Il est vrai que nous autres Aurors avons tendance à être moins rigides et plus arrangeant.
La Chevalière glissa les documents sur le bureau du bout des doigts, et Harry posa sa main dessus pour les guider jusqu'à Owen et lui. Il se saisit d'une plume, baissa les yeux sur le document, et regretta immédiatement d'avoir pris la décision de les remplir lui-même. Il aurait dû laisser ça à Owen. En bloquant un soupir dans sa gorge, il commença à remplir les différents champs avec de plus en plus d'agacement.
Il y avait là tellement de questions qu'il avait l'impression de repasser ses ASPICS. Il devait nommer les personnes présentes, la nature de leur visite, de leur enquête, faire un résumé des éléments publics actuellement divulgables, et des éléments confidentiels dans une autre rubrique, il devait également se porter garant pour « tout intervenant non-contractuel », sans savoir si cela concernait Alaric ou non. En Angleterre, les Conjureurs de Sorts étaient sous contrat de mission, mais comment cela fonctionnait-t-il en France ? Et avait-il envie de se porter garant d'Alaric ? C'était l'assurance de finir devant un tribunal. Il cocha malgré tout la case, et signa finalement la troisième page.
Eulalie Auclair récupéra le document et le parcouru rapidement. Son regard s'arrêta un long moment sur le nom d'Alaric Keeling avant de continuer sa course et d'y revenir entre chaque paragraphe. Elle avait visiblement envie d'en parler et Harry était prêt à lui répondre. Sans doute était-ce par esprit de défiance qu'il voulait prendre la défense d'Alaric envers et contre tout alors qu'il avait sans doute fait tout ce dont on l'accusait et plus encore.
— Pourquoi Monsieur Keeling n'a-t-il pas pris la peine de monter ? questionna-t-elle finalement.
— Il avait une course à faire.
C'était Owen qui avait répondu, si rapidement que Harry n'avait même pas eu le temps de faire mine d'ouvrir la bouche. Sans doute son coéquipier avait-il perçu son esprit de contradiction à force de le côtoyer si souvent. Il ne pouvait pas lui en vouloir, au contraire, même maintenant Harry avait conscience que c'était la meilleure chose à faire. Il afficha donc un sourire tout ce qu'il y a de plus professionnel et acquiesça.
— Il a grandit ici, comme vous le savez, alors il profite de ce moment pour régler quelques affaires d'ordre privé, compléta Harry.
— Je vois. Très bien. Du moment qu'il n'entrave pas les enquêtes en cours et qu'il ne s'oppose pas aux Chevaliers qui pourraient vouloir contrôler son identité, il n'y a pas de raison que les choses se passent mal. Rappelez lui simplement que sa prochaine incartade lui vaudra un emprisonnement immédiat.
— Ce sera fait.
Harry et Owen se levèrent et serrèrent à tour de rôle la main de la Chevalière en Chef avant de tourner les talons et de quitter son bureau. Elle ne les raccompagna pas jusqu'à la porte mais ils pouvaient sentir son regard froid dans leur dos, sans doute qu'être associés à Alaric ne donnait pas d'eux une très bonne image. Harry avait hâte de faire son rapport et d'y expliquer que son obsession à garder Alaric avec lui ces derniers temps avait probablement détérioré les relations des Aurors Anglais avec les Chevaliers Français.
Ils quittèrent rapidement le bâtiment, prenant garde à marcher d'un rythme mesuré même s'ils avaient envie de presser le pas. Une fois dehors, ils s'arrêtèrent un instant pour reprendre leur calme. Owen, les mains sur la taille soupira profondément en secouant la tête.
— Un emprisonnement immédiat, qu'elle dit.
Harry se contenta de hocher la tête, pensant que Owen lui reprochait à demi-mot ce qu'il était lui-même en train de se reprocher : couvrir et garder avec eux un conjureur de sort bien plus problématique que ne le voulait sa fonction. Owen le surprit donc quand il lâcha un ricanement parfaitement cynique en se redressant.
— Comme si j'allais laisser les français nous le piquer ! Si quelqu'un doit l'enfermer, c'est nous, on l'a pas supporté tout ce temps pour le refiler à n'importe qui !
Le commandant des Aurors approuva, et ils traversèrent la rue pour rejoindre le parking où Alaric les attendait encore. Harry toqua à la vitre quand ils arrivèrent à sa hauteur pour qu'il déverrouille les portière, car Alaric était plongé dans un livre. L'attente avait dû lui paraitre longue : la page qu'il lisait comportait autant de caractère imprimés que de notes ajoutées, et quelques feuilles volantes couvertes de l'écriture d'Alaric étaient éparpillées sur le siège passager et le tableau de bord.
Owen monta à l'avant, une fois que la place fut débarrassée, et Harry s'installa de nouveau derrière Alaric.
— Apparemment, tu seras arrêté si tu déconnes une nouvelle fois, indiqua Harry à Alaric.
— Ah oui ? Je ne vois vraiment pas pourquoi, répondit ce dernier.
Harry n'insista pas. S'il voulait des informations il lui suffirait de les demander directement. Ils se mirent en route vers le premier endroit de la liste, le plus proche, qui se trouvait tout de même à une trentaine de minutes de voiture. Il s'agissait de la maison qu'habitaient les Baulne, parents de la jeune disparue. Harry savait qu'il faudrait faire preuve de tact et il ne pouvait s'empêcher de se demander si Alaric en serait capable.
Pour ne rien laisser au hasard, Harry prit le temps de faire l'historique de toutes les questions qu'ils allaient devoir poser à la famille et de les débriefer avec Owen. Ils savaient que, dans ce genre de situation, ils n'avaient le droit qu'à un nombre limité d'interrogation avant que les parents ne s'agacent et n'aient besoin d'être seuls, c'était d'autant plus vrai quand les questions portaient sur quelqu'un d'autre que leur enfant disparu.
Ils arrivèrent à destination rapidement. C'était une petite maison très cubique en bordure de Toulouse qui donnait sur les berges de la Garonne, avec un toit plat en tuiles rouges. L'endroit était loin d'être chaleureux, plutôt austère même, malgré ses piliers de briques rouges qui encadraient un portail de fer vert, profondément quelconque. La rue était étroite, et Alaric proposa donc de les déposer et d'aller se garer un peu plus loin, évitant à Harry de devoir trouver une excuse pour le laisser encore une fois de côté.
Les parents d'Alexandra étaient présents, ce qui n'était pas une surprise. Harry avait pris soin de vérifier que ce serait le cas avant de venir, en consultant leurs emploi du temps respectifs. Tous les deux étaient professeurs dans une école moldus et ne travaillaient pas ce jour-là d'après le calendrier sur lequel Harry avait pu mettre la main. Ils ouvrirent rapidement, et la déception qui s'afficha immédiatement sur leur visage fit comprendre aux deux Aurors qu'ils avaient cru accueillir leur fille.
Owen et Harry échangèrent un regard avant que ce dernier ne prenne la parole pour les présenter.
— Monsieur et Madame Baulne, nous sommes désolés de vous déranger. Auriez vous un instant à nous accorder ?
Le fait qu'il parle en anglais avait semblé les déstabiliser un instant mais ils n'avaient visiblement pas le moindre problème de compréhension. C'est le père qui répondit, avec un accent presque parfait.
— Qui êtes-vous ?
— Je m'appelle Harry Potter, et voici mon collègue, Owen Harper. Nous sommes tous les deux Aurors, expliqua Harry. C'est l'équivalent des Chevaliers Français, mais au Ministère de la Magie Anglais.
La femme hocha la tête et exerça une légère pression sur le bras de son mari qui se détendit et leur fit signe d'entrer. Ils devaient se douter de la raison de leur venue, sans pour autant savoir pourquoi les Aurors Anglais en venaient à se mêler de la disparition d'une adolescente Française.
Harry et Owen suivirent les Baulne à l'intérieur. Ils traversèrent une entrée étroite dont les murs ressemblaient à une fresque d'artiste de rue. Si l'ensemble était plutôt joli, il était difficile d'en rendre compte avec si peu de recul et cela donnait une impression assez oppressante. En réalité, cela remémorait même à Harry le tunnel dans lequel Dudley et lui avaient été attaqués par des détraqueurs peu avant sa cinquième année.
L'entrée desservait deux pièces dont les portes étaient fermés. Harry estima que la première, d'où s'échappait une odeur de lavande, devait être et les toilettes, et la seconde sans doute un accès au sous-sol d'après la vague odeur de poussière et de renfermé qui semblait s'en échapper. Il était difficile de cartographier l'endroit sans aucune information, mais c'était important, et c'était la raison pour laquelle les Aurors entrainaient souvent leur sens. Harry n'avait jamais été très bon à cela, mais le fait que la maison semble comme figé aidait à localiser les odeurs.
Ils arrivèrent finalement dans un salon qui servait également de salle à manger. Harry remarqua d'abord la cheminée condamnée qui avait été décorée d'un vitrail derrière lequel brillait un faux feu, sans doute électrique. Froid, immobile. Tout ici était tellement immobile. Même la poussière en suspension dans l'air semblait avoir peur de bouger et de briser le fragile équilibre qui maintenait ce couple debout. La disparition de leur fille avait dû être un choc terrible.
Partout où regardait Harry il y avait un cadre représentant Alexandra, seule ou avec ses parents, avec des amis, devant des monuments, devant un sapin de Noël, devant la porte de la maison. Avec son large sourire et ses dents du bonheur, il semblait qu'elle arrivait même à rendre la devanture austère plus chaleureuse.
L'endroit était décoré d'une façon qui rappelait la maison de Luna. Chaque objet semblait avoir pris place à un endroit qui ne lui était pas forcément destinés, les meubles étaient dépareillés, des tapis se superposaient, il y avait un lampadaire sans ampoule auquel on avait accroché un drapeau qui pendait vers le sol, un téléphone à cadran dont on avait peint le combiné et même un buffet dans lequel se trouvait une impressionnante collection de boule à neige. Au centre de la pièce, un grand tapis rond aux poils longs, vert comme une pelouse en été, était recouvert d'oreillers et de poufs. Juste au-dessus, Harry vit des étoiles fluorescentes accrochées au plafond. C'était un endroit incroyablement confortable, qui tranchait avec l'impression global qu'il ressentait.
— Asseyez-vous, je vous en prie, proposa Madame Baulne.
Harry et Owen prirent place sur deux fauteuils dépareillés, préférant laisser le canapé au couple qui aurait besoin du contact de l'autre. Quelques minutes plus tard, une assiette rose ornée de motif vert contenant des biscuits en forme d'animaux étaient posée sur une table basse en bois et en résine. Ils acceptèrent un café, même s'ils se doutaient qu'ils ne le finiraient pas avant de partie. Harry hérita d'une tasse haute sur laquelle il reconnu des personnes d'un film d'animation sorti peu de temps auparavant. Owen, lui, regardait d'un air dubitatif sa tasse rectangulaire, qui représentait une cabine de police. Sans doute se demandait-il comment il était censé boire dedans. Il n'y avait pas de dessous de verre, ni d'assiette sur laquelle poser les tasses, Harry et Owen préférèrent donc les garder à la main.
— Nous ne serons pas long, promis Harry. Nous avons simplement quelque question à vous poser pour tenter de tirer cette affaire au clair.
— Pourquoi est-ce que ce sont des Aurors Anglais qui s'en charge ? La Chevalière Auclair nous a dit qu'elle avait les choses en main.
— Et c'est le cas, Monsieur Baulne. Notre but n'est pas d'interférer avec l'enquête en cours mais d'y contribuer autant que possible, dans la mesure où elle pourrait être lié à une affaire qui nous préoccupe.
Cela mis au clair, Harry entreprit de poser ses questions. Il était difficile de savoir quand il devrait arrêter, mais il ne pouvait pas prendre le risque pour autant de poser les questions les plus importantes, mais les plus inquiétantes, dès le début de cette entrevue. Il commença donc par des choses simples et apprit, tout d'abord, qu'Alexandra n'avait pas disparu brusquement comme ils l'avaient pensé jusque-là. En réalité, elle avait envoyé un hibou à ses parents le jour même. La lettre, qu'ils acceptèrent de leur montrer, ne contenait pas d'informations utiles, si ce n'est qu'elle indiquait qu'Alexandra ne serait pas joignable pendant quelques temps. Cependant, cela indiquait qu'elle avait disparu d'elle-même et n'avait pas été enlevée immédiatement, il y avait peut-être une possibilité de suivre sa trace jusqu'à un certain point.
Harry demanda ensuite aux Baulne si leur fille avait des ennuis, que ce soit à Beauxbâtons ou dans le cadre de son travail auprès de George Affré. Tout comme la directrice de l'école, ils étaient persuadés que leur fille était un exemple de popularité et de gentillesse, il semblait totalement invraisemblable qu'elle ait le moindre ennemi. Si Harry savait par expérience que les parents ignoraient souvent tout de leur enfant, il lui semblait cependant assez peu probable qu'ils se trompent à ce point. Ils abordèrent ensuite la question du mentorat dont Alexandra profitait auprès du fabriquant de baguette, et son père ne manqua pas de rappeler qu'il avait toujours trouvé cette idée absurde.
— Une enfant, une étudiante, devrait faire ce pourquoi elle est à l'école : étudier. Ce « mentorat » ou peu importe comment vous l'appelez était une mauvaise idée dès le départ. George n'est pas un mauvais bougre, mais il la faisait travailler jusqu'à des heures absolument ridicules ! Chaque week-end sans exception, chaque soir. Elle a beau dire, on voit bien qu'elle est épuisée, les allers-retours à l'école, les examens, c'est trop pour elle. Même pendant les vacances, elle saute dans la cheminée à peine son petit déjeuner avalé. Enfin, avec le décès de George, paix à son âme, on pensait qu'elle allait pouvoir se reposer. Au lieu de ça…
L'homme secoua la tête, de dépit sans doute autant que de culpabilité. Ils devaient tous les deux avoir l'impression de ne pas en avoir fait assez, d'avoir laissé leur file s'épuiser à la tâche au point de la perdre, au point qu'elle ait besoin d'espace, de fuite. C'était peut-être tout simplement ça, l'histoire. Une adolescente qui avait besoin d'air, comme c'était le cas de tellement d'autres adolescents dans le monde. Cependant, aucune piste ne pouvait être écartée, et encore moins celles qui pourrait la relier à l'Organisation pour le Droit à la Pleine Lune.
— Savez-vous pourquoi Monsieur Affré a choisi de prendre une apprentie ? D'après ce que nous avons compris, il avait toujours tenu à travailler seul et à garder ses secrets pour lui.
— Il se faisait vieux, répondit simplement Madame Baulne. Il devait avoir besoin de transmettre son savoir avant de partir, c'est naturel.
— Et avez-vous une idée de la raison pour laquelle il a proposé cette formation à votre fille ?
Les deux parents secouèrent la tête en signe de dénégation. Harry ne s'était pas attendu à ce qu'ils puissent vraiment l'éclairer sur ce sujet. Il doutait que qui que ce soit d'autre que George Affré et Alexandra Baulne aient une réponse à leur donner. Ils avaient encore quelques questions, mais Harry voyait l'impatience gagner leurs hôtes et il en parcouru donc rapidement la liste pour trouver celle qui lui semblait la plus pertinente à ce stade. Il n'eut pas de difficulté à la trouver.
— J'ai encore une question si vous me le permettez.
— Je vous en prie, dit l'homme avec un geste de la main désabusé. Mais ce sera la dernière, mon épouse et moi-même avons besoin de calme.
— Bien sûr, nous ne voulons pas vous importuner plus que nécessaire. Avez-vous eu connaissance d'un événement anormal depuis que votre fille a commencé à travailler avec Monsieur Affré ? L'a-t-il déjà appelé en pleine nuit ?
— C'est arrivé oui. Trois fois, trois mois de suite même, répondit Monsieur Baulne. On a été prévenu par l'école les deux premières fois, la troisième c'était le mois dernier, elle était à la maison et sa mère l'a entendu rentrer au petit matin.
— Est-ce que vous vous souvenez de quelque chose de particulier, ce matin-là ?
— Pas vraiment, répondit la femme en regardant vers la porte d'entrée comme si elle s'attendait à voir sa fille la passer. Je ne l'ai pas vu, quand je me suis levée elle s'était enfermée dans la salle de bain. Ses chaussures étaient pleine de boue, je lui ai demandé pourquoi et elle m'a répondu qu'ils avaient été récupérer un bois particulier je ne sais où, qui ne peut être récupéré qu'à la pleine lune.
Owen et Harry durent se faire violence pour ne pas se lancer un regard entendu. Les choses semblaient se confirmer, leurs soupçons du moins : le fabriquant de baguette et son assistante avaient dû avoir affaire à l'Organisation à un moment ou à un autre. Était-ce ce qui avait tué le premier et poussé la seconde à fuir ? C'était encore impossible de l'assurer, mais le doute se renforçait. Les deux Aurors remercièrent les parents d'Alexandra et prirent congés.
Dehors, Harry appela Alaric pour lui demander où il se trouvait. Ce dernier lui indiqua simplement qu'il venait les chercher et ils n'eurent à attendre que deux ou trois minutes avant qu'il n'arrive en effet. Harry et Owen montèrent à leur place respective.
— Où on va maintenant ? demanda Alaric.
Pour répondre, Harry avait besoin de savoir où se trouvaient réellement leurs différentes destinations. Alaric ouvrit la boîte à gant et il en tira une carte. De sa baguette, il pointa les quatre lieux qu'ils devaient encore visiter.
— Le plus proche c'est le cimetière. Après ça, vu qu'il y a la rivière il vaut mieux passer par l'Atelier puis descendre vers le Sud pour visiter la maison d'Affré avant de remonter au nord pour voir la boutique.
Les deux Aurors ne trouvèrent rien à redire à ce plan de route. Sans information, il n'y avait pas vraiment de priorité à avoir et le plus rapide était donc le plus simple. Alaric rangea la carte et démarra la voiture.
⁂
Rejoindre le cimetière ne prit pas plus d'une vingtaine de minutes. La circulation était fluide et, comme ils étaient déjà à la limite de Toulouse, la signalisation se faisait assez rare. Alaric gara la voiture sur un chemin de terre près de l'église du village. Ils descendirent tous les trois, l'endroit était désert pour le moment mais on sentait que le village était encore habité et entretenu, simplement plus personne ne semblait se soucier de reconstruire les murs qui tombaient en ruines et les façades qui pâlissaient au soleil.
Ils contournèrent l'église par la droite et se retrouvèrent rapidement devant le portail en fer noir qui donnait sur une volée de marches. Les grilles grincèrent quand Harry les poussa, et ils entendirent leur écho s'étendre tout autour d'eux sans que rien ne vienne le perturber. Ils montèrent la dizaine de marche qui débouchaient sur le cimetière en lui-même.
L'endroit était vieux, ou plutôt vieillit simplement par le temps. Des tombes impeccables au marbre brillant tenaient compagnie à de vieilles stèles en pierre que la mousse commençait à recouvrir ou avait déjà totalement avalé. Le cimetière étant petit et les tombes parfaitement alignées, Harry, Owen et Alaric ne tardèrent pas à trouver la tombe qui les intéressaient. On y lisait le nom de George Affré et, en dessous, ses dates de naissance et de mort. A première vue, rien ne semblait anormale et Harry eut beau appeler l'artisan il n'obtint aucune réponse. S'il avait choisi de rester un fantôme, ce n'était pas pour hanter sa propre tombe. Harry commençait à se dire qu'ils s'étaient déplacés pour rien quand Owen l'interpela. Il avait fait le tour de la stèle et s'était accroupi dans le petit passage étroit qui la séparait de la tombe voisine.
— Regarde, entre la tombe d'Affré et celle de… euh…
Owen se pencha un peu pour regarder le nom de la stèle qui était accolé derrière celle de George.
— Mariana Jolati.
Harry se pencha, et Owen se releva pour lui laisser sa place. Entre les deux stèles, nichés dans l'ombre et maladroitement recouvert d'un peu de terre, se trouvait un paquet qui semblait assez long. Harry tendit la main, mais son bras n'allait pas assez loin pour l'atteindre, à peine parvenait-il à l'effleurer. Il releva les yeux vers Owen pour lui demander de trouver un bâton, mais croiser son regard aux sourcils relevés lui fit comprendre son erreur. Harry s'empourpra légèrement et se redressa en tirant sa baguette. Un accio plus tard, le paquet était dans sa main.
Il faisait environ une trentaine de centimètre de long, pour dix centimètres de large et une épaisseur d'environ vingt centimètres. Harry l'examina, et le contact lui rappela en réalité celui des boites qu'utilisait Ollivander pour ranger les baguettes qui n'avaient pas encore trouvé preneur. Owen devait avoir eut la même réflexion, car il estima que le paquet devait contenir près d'une dizaine de boites.
Harry commença par le retourner pour en examiner chaque côté, mais il n'y avait rien d'écrit. Les boîtes avaient été simplement entourées d'un papier marron légèrement cartonnés, maintenu par une ficelle de mauvaise qualité. La personne qui l'avait laissé là avait dû le faire à la hâte, et dans l'optique de repasser bientôt le récupérer.
— Retournons à la voiture, proposa Harry. On l'ouvrira là-bas. Ici, il y a trop à surveiller.
Owen acquiesça et Alaric se mit en marche. Il était rester étrangement silencieux, n'ayant même pas réagit quand Harry avait oublié d'utiliser sa baguette. Quelque chose devait clocher, mais le Commandant des Aurors était tout entier tourné vers son enquête : qu'importe ce qu'Alaric avait en tête, cela ne le regardait que très peu malgré les papiers qu'il avait signé.
Ils montèrent dans la voiture mais, cette fois-ci, Owen monta à l'arrière également. Une fois que leur emplacement fut protégé par des sortilèges, ils ouvrirent le paquet avec prudence. Owen avait sa baguette à la main, de même que Harry et Alaric qui s'était tourné vers eux. Harry tira la ficelle, et le paquet s'ouvrit sans aucune résistance. Il s'agissait bien de boîte servant à contenir des baguettes. Harry ouvrit la première, une boîte verte légèrement abimée, sur laquelle on pouvait voir la signature de George Affré, élégante bien qu'usée. La boîte contenait une baguette comme l'avait laissé deviner son poids, mais il n'aurait pas été capable d'en donner les caractéristiques.
Par réflexe, il leva les yeux vers Alaric en attendant que ce dernier se charge de donner les informations en question. Elles n'étaient pas forcément utile, mais aucune piste ne pouvait être écartée à ce stade.
— Ne me regarde pas comme ça, j'en sais rien, déclara Alaric avant de prendre la boîte.
Il examina la baguette pendant quelques secondes, mais la moue qu'il affichait devait signifier qu'il ne pourrait pas vraiment les aider.
— Je m'y connais pas énormément en fabrication de baguettes, donc tout ce que je peux dire c'est que le bois n'est pas un des bois classiques qu'on utilise habituellement. Pour le cœur, je saurais pas dire non plus. A la température et l'odeur je dirais que c'est du poil de Rougarou, mais ça a un côté plus… Je dirais plus amer. Ou âpre ? Oui, plutôt âpre.
Voilà qui ne les aidait pas le moins du monde. Enfin, si, en quelques sortes : le bois était anormal, donc c'était une piste. Pour ce qui était du cœur, c'était peut-être simplement que le matériaux était de mauvaise qualité. Ils ouvrirent les autres boîtes, et se retrouvèrent au final avec huit baguettes toutes parfaitement identiques en bois et en cœur. La souplesse, les tailles et épaisseurs variaient un peu mais cela n'était pas vraiment important à première vue. Cela semblait juste indiqué qu'elles étaient destinées à différentes personnes.
Ils rangèrent les baguettes et s'octroyèrent quelques minutes de réflexion. Leur prochaine destination était de toute façon l'atelier, et leur trouvaille ne faisait que confirmer qu'ils devaient s'y rendre. Ils levèrent les sortilèges et la voiture démarra une fois qu'Owen eut repris sa place sur le siège passager.
Harry profita du trajet pour noter ce qu'ils avaient découvert sur un petit calepin. Il avait espérer trouver quelque chose d'autre, une lettre, un mot, un signe, n'importe quoi qui puisse leur indiquer qui avait déposé ce paquet et pourquoi. Il semblait assez évident pour Harry que c'était Alexandra qui avaient dû cacher les baguettes près de la tombe de son mentor, mais il ignorait dans quel but. Ce bois inconnu était-il simplement celui que les deux fabricants de baguettes devaient récupérer pendant les nuits de pleine lune ? C'était possible, mais pour en être sûr ils devraient en parler avec un expert.
L'atelier ne se trouvait qu'à une dizaine de minutes en voiture du cimetière, et ils furent donc rapidement garés non pas devant une maison mais sur une rive du lac de Raby. Alaric regarda autour d'eux un instant puis il soupira.
— D'après l'adresse, c'est là-bas.
Il désigna une petite maison entourée d'arbre, sur un ilot au beau milieu du lac. Tous les trois descendirent de la voiture et regardèrent leur destination. C'était un ensemble de trois petites iles, proches les unes des autres, dont une seule était occupée, par l'atelier de George Affré. Il n'y avait pas de barque à l'horizon, pas plus que de passants, et il fut donc décidé qu'ils n'auraient qu'à transplaner directement en face. Ils ne voyaient pas parfaitement leur destination, mais c'était suffisant pour qu'ils s'en sortent. Harry fut le premier à pivoter sur lui-même.
Il rouvrit les yeux sur la petite île, tout près d'un arbre dont le bois avaient des nuances violettes. La maison était un peu plus loin, encadré par des pierres et des plantes diverses et variées. Il était assez clair qu'il s'agissait de plantes que les moldus n'étaient pas habitués à voir, mais dont il devait se servir pour la fabrication de ses baguettes. Cela expliquait l'isolement de l'atelier, mais aussi l'impressionnante quantité d'arbre qui servait à cacher les plantations à la vue de tous. Sans doute qu'un sortilège de dissimulation avait également été mis en place mais il n'y en avait plus trace. La morte de George Affré avait fait cesser tous ses sortilèges, c'était un constat simple, qui pourtant sembla incroyablement triste à cet instant.
Alaric arriva suivit d'Owen, et ils se dirigèrent ensemble vers l'atelier. C'était une maison de briques comme on en voit partout, avec un toit abimé mais encore solide, du lierre grimpant le long des murs et des vitres poussiéreuse à travers lesquelles on pouvait encore distinguer quelques meubles grâce aux rayons du soleil. Ils n'eurent aucune difficulté à entrer : la porte n'était pas fermée magiquement et un simple sortilège de déverrouillage leur donna accès à l'habitation.
Sans se concerter, ils lancèrent tous les trois un lumos pour s'éclairer, ce qui leur permit d'y voir comme en plein jour malgré les arbres qui luttaient pour masquer le soleil. Il y avait quelques bougies sur des chandeliers en fer mais elles étaient déjà si consumées que Harry pensa qu'elles avaient dû être laissées allumées après la mort de George Affré. L'endroit était plutôt bien rangé et organisé, il y avait un atelier qui servait à travailler le bois, une simple table sur laquelle se trouvait des outils et de la matière première. A côté, un second atelier devait permettre de s'occuper de la préparation des cœurs de baguette, on y voyait plusieurs bocaux de verre et un livre ouvert sur lequel Harry se promit de jeter un œil une fois la première visite des lieux terminées.
— Harry, regarde.
C'était Owen qui l'avait interpellé. Le Commandant des Aurors le rejoignit un peu plus loin, devant une porte qui donnait sur une autre pièce. A l'intérieur, des boites comme celles qu'ils avaient trouvé entre les deux tombes. Elles étaient toutes vides, prêtes à être remplies, cela devait donc être la réserve. Sans doute que les baguettes, une fois prêtes, étaient immédiatement amenées au magasin et non pas exposées ici. Ils étaient sur le point de retourner à leur exploration quand Harry remarqua une boite en carton qui avait été tirée de sous une étagère. C'était au bout de la pièce, raison pour laquelle ils ne l'avaient pas vu immédiatement. Harry s'en approcha et utilisa sa baguette pour éclairer le contenu.
— Ces boites là sont utilisées, constata Harry.
Il en ouvrit une, et y trouva une baguette identique à celles qu'ils avaient trouvés au cimetière. Le Commandant des Aurors referma la boîte et entreprit de compter, à vue d'œil, le nombre de boîtes qui devaient se trouver là. Il arriva approximativement à une centaine de baguettes, qui devaient toutes être parfaitement identiques. Il en ouvrit cinq de plus pour confirmer cette théorie, qui sembla s'avérer juste.
— Je ne sais pas pour qui elles sont, mais ça ressemble à du travail à la chaine vue la quantité.
— Tu penses que Monsieur Affré voulait industrialiser le processus ?
Harry secoua un peu la tête, non pas en signe de dénégation mais plutôt parce qu'il n'avait pas la réponse à cette question. Pourquoi pas, après tout ? Un bois, un cœur, c'était sans doute possible. Pourtant, même sans rien y connaitre, il semblait évident à Harry que si toutes les baguettes étaient identiques alors plus personne ne pourrait avoir une baguette qui lui corresponde entièrement. Il ne fit pas part de cette réflexion, préférant se concentrer sur autre chose pour le moment.
Fouiller le reste de la maison ne leur apporta pas grand-chose. Il y avait une troisième pièce qui servait apparemment de vestiaire et de toilettes. Ils y trouvèrent un manteau qui devait appartenir au fabricant de baguettes et dont ils fouillèrent les poches. Owen mit la main sur un papier, sur lequel n'était écrit que des chiffres : 9, 15, 14, 9. Cela ne leur disait rien, mais ils préférèrent le conserver par précaution, au cas où les chiffres en question reviendraient à un moment de l'enquête.
Cela fait, ils retournèrent dans la pièce principale et Harry se pencha finalement sur le livre qu'il avait laissé de côté jusque-là. Il était ouvert sur une page en particulier, un bocal était posé dessus pour éviter qu'un courant d'air ne vienne la changer. Le titre, écrit à la main dans une calligraphie qui ressemblait à celle de George Affré était encore parfaitement lisible. En réalité, le livre avait beau avoir l'air ancien, ces pages semblaient avoir été rempli seulement quelques mois plus tôt. On y lisait « Utilisation du poil de loup-garou dans la confection de baguettes ». La bouche-sèche, Harry ne put faire immédiatement part de sa découverte.
— Le bois de Lune, ça dit quelque chose à quelqu'un ?
C'était Owen qui avait posé la question, visiblement en train de lire un livre qu'il avait trouvé sur le second atelier. Harry ferma les yeux un instant, juste pour que le monde cesse de tourner un instant. Juste un peu de répit, une seconde, une fraction de seconde, avoir d'avoir de nouveau la sensation de ne rien pouvoir faire contre le destin qui s'emballait sans contrôle.
— Jamais entendu parler, répondit Alaric en approchant d'Owen.
Harry s'approcha à son tour pour lire avec eux. La page expliquait comment tailler le bois, avec quelques croquis qui représentaient à s'y méprendre les baguettes qu'ils avaient trouvé par dizaine dans l'atelier. Owen tourna la page mais les suivantes étaient vierges, il revint donc en arrière et ils se retrouvèrent sur une page qui s'appelait « Bois de Lune : Origines et récoltes ». A la lueur de leurs baguettes, les trois hommes entreprirent de la lire l'écriture fine et soignée de George Affré.
« Le Bois de Lune est une essence rare, tirée de l'Arbre Lunaire que l'on ne trouve que dans une zone de France. Afin d'en faciliter l'analyse et le travail, j'en ai ramené une bouture directement à l'atelier et l'ait replanté dans le jardin. Il fut difficile de trouver l'équilibre parfait pour le faire grandir : le Bois de Lune souffre de la lumière du Soleil mais a besoin de celle de la Lune. Afin de protéger la pouce que j'ai pu ramener, j'ai fait pousser d'autres espèces d'arbres qui lui servent de couvert le jour. Chaque soir, une fois le soleil couché, je m'occupe personnellement de les ensorceler pour les rapetisser et permettre à l'Arbre Lunaire de profiter de la lumière de la Lune.
Dix ans ont été nécessaire pour parfaire cette méthode. A ce jour, j'ai pu faire pousser plus d'une cinquantaine d'Arbre Lunaire que je conserve sur les ilots du lac où se trouve l'Atelier.
L'Arbre Lunaire a une apparence particulière. Haut et épais comme un chêne, son écorce est composée comme suit :
Un liège d'un violet très sombre, presque noir
Un liber d'un noir profond
La cambium est d'une couleur proche de celle de l'écorce externe, à savoir un violet sombre mais qui tire un peu plus vers le bleu. La sève est abondante entre le Cambium et l'Aubier, mais totalement absente entre l'écorce et le Cambium. Elle est de couleur blanche mais devient argenté à la pleine lune, on l'appellera alors Nectar de Lune.
Son bois, ensuite, que nous appelons donc Bois de Lune, se compose comme suit :
Un aubier de couleur bordeaux, tirant vers le violet, dont les cernes sont argenté
Un duramen légèrement plus foncé, dont les cernes sont également argenté
Il est à noter que si l'Arbre Lunaire a été exposé au soleil à n'importe quel moment de sa vie, les cernes et la sève seront rouge sang. Dans ce cas, il est inutile de récolter le bois et l'Arbre Lunaire doit être immédiatement abattu : le Sang de Lune est un poison puissant, auquel on prête notamment le pouvoir de lycanthropie.
Il n'est pas rare pour un Arbre Lunaire de posséder plusieurs gourmand. Ces derniers ne sont pas à négliger car ils peuvent servir de récipient pour la préparation du cœur des baguettes. Il suffira pour cela de les couper au plus proche du tronc et d'utiliser la sève pour en solidifier l'écorce. Vidés, ils feront des mortiers de qualité.
La travail du Bois de Lune doit se faire à l'abris de la lumière du soleil. Si, une fois récolté, le bois ne risque plus de développer du Sang de Lune, il n'en reste pas moins qu'il perdra de sa puissance. De manière générale, une baguette en Bois de Lune ne devrait jamais être utilisée en extérieur pendant la journée. Utilisée de nuit, d'autant plus durant une Pleine Lune, elle sera une alliée redoutable. Il est à noter également que les nuits de Nouvelle Lune la rendront parfaitement inefficace.
De plus amples recherches semblent montrer qu'associer à un cœur en poil de Loup-Garou, la baguette en Bois de Lune répondrait particulièrement bien aux sorciers atteint de Lycanthropie. »
Le texte s'arrêtait là, mais c'était bien assez pour montrer à Harry et Owen qu'ils avaient vu juste. Cet arbre, que le fabricant de baguette avait découvert une dizaine d'année auparavant, avait dû attirer l'attention de l'Organisation de la Pleine Lune et ses recherches n'auront alors fait que confirmer qu'il pouvait les aider à gagner en puissance. Harry passa une main dans sa nuque, et alla chercher le livre qu'il venait de quitter. Il le posa à côté de l'autre mais la lecture en fut bien plus rapide : on conseillait de mélanger dans un bol fait du gourmand d'un Arbre Lunaire des poils de lycanthropes, de l'écorce du même arbre, Liège comme Liber, et du Nectar de Lune pour lier le tout. Il suffisait ensuite d'utiliser le résultat obtenu comme on le ferait avec n'importe quel cœur.
Ils ne parlèrent pas de ce que leur découverte pourrait impliquer, mais ils décidèrent de prendre avec eux les deux livres ainsi que la boite en carton contenant les baguettes. Un instant, Harry pensa à brûler la forêt tout entière, mais il lui sembla plus prudent de dresser un champ protecteur empêchant à quiconque de poser un pied sur les trois ilots. Sans les notes du fabricant de baguette, les arbres ne seraient pas réellement un danger immédiat.
