Izuku Midoriya était un de ces garçons tout à fait normaux. Bon, c'est vrai qu'il avait arrêté tôt le lycée pour exercer divers petits boulots par-ci et par-là, mais ça ne l'empêchait pas d'être un jeune homme cultivé et intelligent. Et c'est vrai aussi qu'il était connu pour être un de ces rares sans-alter. Mais cette dernière information n'était pas tout à fait véridique. En réalité, son pouvoir avait juste mis du temps à se manifester. Tellement de temps qu'il avait fini par abandonner son rêve de super-héros. Mais l'obtention de ce pouvoir tardif lui avait donné un nouvel objectif : aider les personnes à sa façon. Pour cela, il avait décidé de travailler en tant que barista dans un café prisé de tous.

Izuku avait compris que les personnes qui venaient dans ce café n'avait qu'une chose en tête : chasser les idées noires qui envahissaient leur esprit. La patronne du café était après tout reconnue pour son alter qui permettait, par le biais de ses boissons, d'apaiser les sentiments des personnes. Seulement, l'effet de ces boissons n'était pas éternel. Après une heure ou deux, voilà que les mauvaises pensées revenaient au galop.

C'est pourquoi Izuku avait décidé d'offrir ses services à la patronne afin d'aider lui aussi les clients. Au départ, la patronne avait été mitigée, mais voyant l'aisance du jeune homme à régler les soucis de leurs clients et à leur ramener le sourire, elle l'avait finalement accepté à ses côtés.

-Izuku, tu m'écoutes ?

Izuku sortit de ses pensées, un doux sourire aux lèvres, et écouta de nouveau Ochako lui faire un compte-rendu de sa journée. C'était une habitude de sa meilleure amie de venir pendant les heures creuses et il appréciait énormément ces moments. Contrairement à lui, Ochako était une grande super-héroïne connue sous le nom de Uravity mais Izuku ne ressentait aucune jalousie à son égard.

Néanmoins, son attention se détourna de sa meilleure amie à l'entrée d'un nouveau client. Katsuki Bakugo. Son ami d'enfance et pendant de nombreuses années, le garçon qui avait fait de sa vie un cauchemar. Mais les temps changent et les personnes également. C'était le cas de Katsuki, qui était devenu un super-héros on ne peut plus respectable. Du moins, aussi respectable que l'on pouvait l'être quand on passait son temps à gueuler sur tout le monde.

Izuku ne se départit pas de son sourire quand Katsuki vint passer commande mais intérieurement, ses sourcils se froncèrent. Katsuki n'avait pas l'air au mieux de sa forme. Tout en préparant la commande du blond, Izuku se permit d'user de son pouvoir. Tous les clients savaient le risque qu'ils encouraient à entrer dans ce café et y venir signifier qu'ils y consentaient. Parfois même, certains venaient spécialement en connaissance de cause. Alors Izuku ne se restraignait pas à utiliser son alter.

"Je suis qu'un naze", entendit Izuku à travers les pensées de Katsuki. "Un héros incapable. Je ne mérite pas mon titre".

Izuku faillit faire tomber le gobelet et jeta un coup d'œil à Katsuki qui lui rendit son œillade, la douleur se lisant dans son regard.

"Tu dois bien te marrer, hein Deku. Toi tu aurais été parfait dans le rôle du petit héros modèle. J'suis même sûr que tu aurais jamais fait de conneries comme moi j'en fais".

Le barista perdit peu à peu son sourire et demanda à Ochako si elle pouvait le laisser seul avec Katsuki. La jeune femme, compréhensive, se contenta d'un hochement de tête avant d'aller saluer la patronne et de discuter avec elle. Izuku tendit son gobelet à Katsuki et plongea son regard dans celui de son vis-à-vis.

-Tu veux en parler ? Enfin, tu sais, tu n'es pas obligé de le faire de vive-voix mais...

"Une enfant est morte sous mes yeux. Un vilain l'a prise en otage. Sauf qu'en me voyant, il a pris peur et son alter a complétement déraillé. Il a perdu le contrôle et l'a tué. J'ai même pas pu sauver une gosse putain".

-Tu sais, être un héros ne signifie pas pouvoir sauver tout le monde. Tu dis que si ça avait été moi, je n'aurais pas fait d'erreur, mais moi ou un autre, personne n'est à l'abri de ce genre de drame. All Might lui-même était incapable de sauver le monde entier.

"Peut-être mais si j'avais été plus prudent... Si ça avait été un autre que moi... Cette enfant...".

-Et peut-être que ça n'aurait rien changé, Kacchan. Le comportement des vilains est tellement imprévisible qu'on ne peut pas savoir ce qui se serait passé.

Izuku posa sa main sur l'épaule de Katsuki, geste dont il n'avait pas l'habitude mais qui lui semblait en cet instant nécessaire.

-C'est vrai, c'est douloureux. Et ça le sera sûrement encore longtemps. Peut-être que la culpabilité ne te quittera jamais. Mais elle doit être ton moteur pour continuer à sauver d'autres personnes. Il ne faut pas que tu baisses les bras. Des morts... Tu en verras sûrement d'autres, mais les gens ont besoin de toi, Kacchan. On a tous besoin de notre numéro un.

Katsuki pouffa tristement et chassa la larme traîtresse qui roulait sur ses joues.

"Voilà à quoi j'en suis réduit. Venir te voir pour te parler de mes soucis, sachant pertinemment que tu seras le seul à trouver les bons mots. Merci pour le café".

Et il s'en alla, comme il était arrivé. Silencieux à l'extérieur mais tourmenté à l'intérieur.


Lire dans les pensées avait tout d'abord effrayé Izuku. Pour lui, cela équivalait à un viol d'intimité. Mais sa mère l'avait rassuré et c'était elle qui lui avait suggéré d'offrir ses services de cette façon. Parfois, parler était bien trop difficile pour les personnes. Il était impossible de contrôler sa voix et souvent, dans les moments difficiles, cette dernière faisait défaut. Alors pouvoir discuter de ses problèmes simplement en pensant pouvait paraître plus simple pour beaucoup d'individus. Izuku ne pouvait pas prétendre être le mieux placé pour donner des conseils, mais grâce à son empathie, les mots qu'il choisissait étaient souvent ceux attendus.

Il aimait ce sentiment de pouvoir aider, d'être un héros à sa manière. Il sourit à cette pensée tout en essuyant une tasse. Il sursauta néanmoins lorsque quelqu'un s'installa lourdement au comptoir.

"J'ai suivi tes conseils".

Izuku releva la tête et écarquilla les yeux en apercevant le vilain connu sous le nom de Dabi. En vérité, Dabi n'était pas aussi mauvais que tous semblaient le croire. Il avait fait de mauvaises choses, certes, mais il essayait peu à peu de se racheter. Izuku s'empressa de lui servir un café bien fort, comme il l'aimait, et s'accouda au comptoir pour l'écouter.

"J'ai confronté ma famille, une bonne fois pour toute. C'était... C'était pas facile mais je crois que ça nous a tous fait du bien. Je ne leur ai pas pardonné, et eux non plus, mais au moins, on a pu se dire ce qu'on avait sur le cœur. Mon père s'est excusé pour le mal qu'il m'a fait. Et Shoto a accepté de parler un peu avec moi. Il n'est pas aussi chiant que j'le pensais".

-Et qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ?

"Je pensais à prendre un nouveau départ. Partir dans un autre pays, où personne ne me connaît. Et ne plus faire de mal. Mais ça me fait peur d'être seul. J'ai l'impression qu'à tout moment je peux replonger, que ma folie ne me quittera jamais. Mais en même temps, p't'être que si j'avais quelqu'un à mes côtés, j'y arriverais".

-J'ai entendu dire qu'Hawks comptait prendre sa retraite, déclara Izuku distraitement. Qu'il voulait laisser le flambeau aux jeunes générations et peut-être offrir son aide à des pays qui en ont besoin, où le manque de héros se fait ressentir.

"..."

Izuku avait l'habitude de ne pas entendre certaines pensées. C'était une sorte de verrou qu'il s'était posé à lui-même, des pensées tellement personnelles que même les individus avec qui il discutait ne souhaitaient pas qu'il les entende. C'était le cas en ce moment pour Dabi. Izuku savait que lui et le super-héros avait eu une relation assez étrange fut un temps mais qu'à cause de la folie de Dabi, cette relation n'avait jamais abouti à quelque chose de sain. Mais à présent qu'il souhaitait prendre un nouveau départ, peut-être que ça pourrait enfin marcher entre eux.

-Au fait, sourit Dabi en parlant de vive-voix, j'sais pas si tu es au courant, mais ça fait plusieurs fois que j'vois un blond traîner devant le café sans jamais entrer, tu sais, l'numéro un là, celui qui a pris la place de mon père. Et il arrête pas de te fixer. Y a un truc entre vous ?

-Qu... Quoi ? Non non non, absolument rien ! C'est un... Un ami d'enfance, c'est tout !

-Vraiment ?

Izuku se sentit rougir. Bien sûr que non, c'était pas tout, mais il avait depuis longtemps réfréné ses sentiments pour le blond. Il était amoureux de lui depuis tellement d'années mais son comportement avec lui au collège lui avait fait comprendre que ces sentiments, il devait tout faire pour les cacher. Au départ, il pensait tout simplement les abandonner, mais plus le temps passait, plus il voyait Katsuki changer et ses sentiments ne faisaient que se raffermir. Mais il n'osait toujours rien dire au blond. De toute façon, Katsuki n'avait pas le temps ni l'envie de penser à ce genre de chose. Il était bien trop préoccupé par son rôle d'héros et ses problèmes.

-Sérieux Izu, fonce. Arrête un peu d'aider les autres et pense aussi à toi. Sinon tu finiras puceau, crois-moi.

-Mais quel rapport ?!

-Vingt-quatre ans et toujours aucune relation... Quelle tristesse...

-Dabi !

L'homme éclata de rire et se pencha prêt d'Izuku pour lui souffler un "merci" avant de s'en aller. Izuku gonfla les joues, boudeur, certain d'être aussi rouge qu'un coquelicot.


Izuku n'avait cessé de ressasser les paroles de Dabi dans son esprit et se demandait si pour une fois, il devrait agir en égoïste et faire part de ses sentiments. Au pire, qu'avait-il à perdre ? Katsuki l'éviterait peut-être mais après tant d'années, il y était habitué. Certes ça ferait mal, mais au moins, Izuku aurait dit ce qu'il avait sur le cœur. C'est sûrement ce qu'il aurait conseillé à un client dans le même cas que lui.

Il vit le blond entrer dans le café et prit une profonde inspiration.

-Salut Kacchan ! Comme d'habitude ?

"Putain c'qu'il est mignon. Attends merde, non non Deku n'écoute pas !"

Trop tard. Izuku baissa le regard, le visage en flamme.

-J'voulais encore te remercier pour la dernière fois, grogna Katsuki avec gêne. Grâce à toi j'ai pas perdu pieds. T'avais raison, la culpabilité est toujours là et je m'en voudrais toujours de ne pas pouvoir sauver tout le monde. Mais rien que cette semaine, j'ai pu aider pas mal de gens, alors j'me dis que si j'arrête tout, ça sera bénéfique pour personne.

-Je suis heureux d'entendre ça, Kacchan !

"Sors avec moi".

Hein ? Izuku se figea un instant tandis que le blond le fixait, impassible. Izuku avait-il mal entendu ? Ou était-ce les pensées d'un autre client ? Izuku tendit son café à Katsuki, incertain.

-Faut que j'le dise à haute voix pour que tu me répondes ou quoi, merde ?! C'est déjà assez gênant comme ça.

-Mais... Mais !

"Ecoute bien parce que je ne le redirais pas, et sûrement pas à haute voix ! J'ai pas toujours été un saint avec toi Deku et j'sais même pas comment t'as fait pour me pardonner. Mais je me suis rendu compte que sans toi, j'aurais déjà tout lâché. Tes conseils m'ont toujours aidé. Quand j'me sens mal, c'est toujours ici que je viens. Pour t'entendre me dire que tout va bien, pour que tu me réconfortes. Et je me suis rendu compte que je te voulais à mes côtés. Pour toujours. Mais ne t'attends pas à d'autres conneries mièvres et dégoulinantes d'amour ! Ce sera la seule fois où tu entendras ça !"

-Wow, Bakugo, tu as une tête effrayante.

Les mains de Katsuki explosèrent tandis qu'il se tournait vers celui qui venait de prononcer ces paroles. Shoto. Katsuki lui hurla dessus, bien trop gêné par le monologue qu'il venait de faire à Izuku et les deux entamèrent une dispute qui ne finirait sûrement pas avant un long moment. Izuku sourit, un sourire de pur bonheur, et tenta une chose qu'il n'avait encore jamais faite sur personne jusqu'à présent.

"C'est d'accord Kacchan, je sortirais avec toi".

Katsuki se tourna vivement vers lui, comprenant que les paroles avaient été prononcée dans son esprit. De la télépathie. Dès lors, Shoto n'eut plus d'importance et Katsuki grommela avec gêne qu'il attendrait la fin du service du vert pour l'inviter à boire un coup.