Update 2022
Kurasa no Moribito
Gardien des Ténèbres
Notes
1. Précédemment connut sous le titre de Yami no Moribito, j'ai choisi de le changer pour Kurasa no Moribito (qui signifie toujours « ténèbre » en japonais, mais également « Mélancolie » ou « Tristesse »; ces thèmes sont également explorés au fils des chapitres) afin d'éviter la confusion avec le roman officiel et que désormais le reste des livres est traduit en anglais.
2. Ransa no Moribito a été écrit à la première personne du singulier au « Je ». Le but premier de cette utilisation était pour faciliter l'intégration de mon OC (original character) à la trame principal de l'anime et des livres « Moribito », et que les lecteurs se sentent plus familier avec.
Dans ce tome et les autres suites à venir, j'utiliserai la troisième personne du singulier, le « elle ». Si j'ai choisi de l'utiliser, c'est pour permettre d'avoir les autres points de vue des personnages – qui normalement – ne sont pas connus d'Alika. Cela me permet d'être libre dans ma narration, sans avoir à marquer des « P.O.V » à chaque début de texte; ce qui fait beaucoup moins officiel et dérange la lecture – ceci n'est qu'une simple préférence personnelle et ce n'est rien contre les écrivains qui l'emploient dans le domaine de la fanfiction.
3. Sur ce, je suppose que si on se retrouve présentement à ce volume, c'est que vous souhaitez en découvrir plus sur Alika et ses aventures. Je vous souhaite donc une agréable et bonne lecture ! :D P.S : Le titre est Canon !
Prologue
Alam Laï La
L'été chaud et sec était passé et le feuillage vert commençait doucement à s'estomper. Dans un mois déjà, les flancs de la montagne se couvriraient de flamboyantes couleurs d'automne.
Plus au sud, les montagnes séparaient maintenant Balsa, Tanda et Alika de tous ceux qu'elles aimaient et connaissaient au Nouvel Empire de Yogo. Alors qu'au nord se tenaient les montagnes rocheuses couvertes de neige éternelle du Royaume de Kanbal, le pays natal de Balsa, dont le nom agitait des souvenirs amers en elle. C'était aussi ce pays que sa fille désirait tant visiter depuis des années. Les montagnes s'élevaient majestueusement au-dessus de leurs têtes. Elles étaient bien plus hautes que toutes les autres montagnes. La vue était entièrement dégagée. Les sommets saupoudrés de neige éternelle semblaient assez pointus pour couper le ciel.
« C'est le début de la chaîne mère des montagnes Yusa, dit Balsa. Elle marque la frontière de Kanbal. »
La route avait été longue malgré l'aide de leurs deux chevaux de Kokku. Tanda croyait qu'avec la grossesse avancée de Balsa, à cinq mois, celle-ci aurait été plus épuisée par le voyagement, mais à la surprise de tous, Balsa ne se sentait nullement fatiguée et le bébé bougeait beaucoup. C'était Tanda qui était fatigué.
« Nous sommes presqu'arrivées, Papa ! s'exclama Alika en pointant du doigt une direction. Je peux voir l'entrée officielle de la porte des voyageurs, qui mène à Kanbal !
- Enfin, nous allons enfin pouvoir se reposer, s'écria Tanda.
- Quand nous arriverons sur le territoire de Kanbal, nous irons louer une auberge, répondit Balsa.
- On pourra visiter Kanbal entretemps ? demanda Alika, dans son dos.
- Certainement. Par après, je me renseignerai pour avoir des informations sur ma seule famille ici, ma Tante Yuka. »
Une brise de vent, sentant la neige et le froid, se fit sentir et joua dans leurs mèches de cheveux. Torogai avait toujours senti qu'Alika possédait une âme Kanbalese; sans doute que dans une vie antérieure, si ce n'était pas la dernière vécue, elle était née à Kanbal. Se retrouver face à ce pays faisait en sorte qu'Alika se sentait comme à la maison, comme si son âme connaissait cet endroit. Balsa sourit.
« Hé bien ! Il semble que Kanbal soit droit devant nous. Allons-y !
- Oui ! s'écria Alika. En avant ! »
Ils firent avancer leurs montures et passèrent les portes sans aucuns problèmes.
Kanbal était une sorte de pays insulaire gouverné par des seigneurs de clan pauvre qui soutenaient un roi tout aussi appauvri. Ce n'était pas une nation peuplée ou prospère et elle recevait peu de visiteurs en dehors du commerce. Il y avait des marchés commerciaux appelés lassal, mais ils étaient rares.
Le peuple Kanbalese vivait en neuf clans séparés, de sorte que tous se méfiaient par principe. Pendant très longtemps, les unions et les mariages entre clan différent étaient interdit. Les Yonsa devaient se marier entre eux, et ne pouvaient pas épouser de personnes du clan Musa. Mais ça avait commencé à changer il y a de cela une décennie. Les étrangers étaient regardés de haut ou étaient méfiés, étant donné que les liens du sang et de la famille étaient très valorisés, à la limite vantés, dans les mœurs et l'esprit des citoyens. Ceux qui se présentaient pour commercer sur les marchés lassal et les marchands ambulants étaient plus tolérés et les gens se montraient plus indulgents à leur égard. Les rumeurs voyageaient plus vite que les chevaux à Kanbal.
La ville, dans laquelle Balsa, Tanda et Alika étaient arrivés, était celle qui accueillait majoritairement les visiteurs et les marchands. Les étrangers n'étaient pas regardés de haut ici, étant donné qu'ils venaient d'arriver et avaient parcouru un très long voyage. Sans les échanges commerciaux extérieurs pour équilibrer sa pauvreté, Kanbal courait à sa propre perte. Alika reconnut le dialecte Rotan et Yogoese parmi les brides de conversations. Balsa se dirigea vers une auberge. Il y avait une petite écurie, pas très loin de là. Ils descendirent de leurs montures et prirent leurs bagages, laissant les bêtes au palefrenier. L'enfant voulut ouvrir la porte en premier. Balsa la laissa faire. L'odeur de la fumée des feux de cuisine atteignirent leurs narines. L'auberge devait sans doute se préparer à servir le repas du midi. La porte s'ouvrit sur la réceptionniste.
« Bonjour, sourit-elle. Bienvenu dans mon auberge !
- Bonjour, répondit Balsa en Kanbalese. Nous désirons louer une chambre pour trois jours, si vous avez encore de la place.
- Laissez-moi vérifier mes papiers. Un instant, je vous prie. »
Elle fouilla dans son cartable et sourit.
« Oui, nous avons encore de la place. Une chambre pour trois personnes, dont un enfant. Il y a des tarifs spéciaux pour les familles justement. Mon nom est Suyana. Suivez-moi, je vais vous montrer votre chambre. Vous avez même une salle de bain privée. »
Suyana était une femme enthousiaste, qui n'hésitait pas à mettre à l'aise ses clients étrangers. Les repas étaient inclus dans le prix. Elle fouilla dans son trousseau de clé et en prit une avant de se lever et de les guider à leur chambre au second étage.
« Suyana signifie "étoile" en Kanbalese, sortit Alika, qui faisait sa petite curieuse.
- Ah, oui, effectivement, sourit l'aubergiste. Tu es très cultivée, très chère. »
La chambre comportait deux lits en bois brute, avec une cheminée incrustée dans le mur. Lorsque Balsa paya l'aubergiste pour trois jours et échangea des lugals pour des nals, Tanda fut surpris de voir que la valeur de la monnaie Kanbalese n'était pas très onéreuse. Voyant son regard perplexe, Balsa lui répondit :
« Ici, la monnaie à Kanbal a une valeur totalement différente de celle de Yogo. C'est une auberge de moyenne classe. Elle est suffisamment abordable pour les voyageurs expérimentés, mais tu verras très peu de personnes Kanbalese ici.
- S'ils ont des maisons, je puis comprendre qu'ils ne vivent pas dans des auberges, rit Tanda. Mais je comprends mieux maintenant.
- Ne sois pas si surpris. À Kanbal, tout est petit et le pays est pauvre. »
Lorsqu'Alika sortit à l'extérieur après l'heure du souper, elle fût surprise de voir le soleil décliner aussi tôt dans le ciel.
« Le soleil se couche pas aussi tôt à Yogo, dit-elle en mettant une main au-dessus de ses yeux comme pour créer une visière.
- Kanbal n'a pas la même altitude que Yogo, l'aida Balsa en caressant son ventre rond. Étant entouré de montagne, le soleil se couche plus tôt. »
La lumière du début de soirée baignait les montagnes d'une douce lueur rouge. C'était un spectacle naturel tellement beau qu'Alika se sentit émut jusque dans les profondeurs de son âme. Elle se sentait en paix, calme et sereine. Elle essuya une larme d'émotion.
« Peux-tu me dire ce que c'est ? sourit Balsa.
- Alam laï la, dit-elle tout haut, fièrement.
- Bien joué.
- Hein ? questionna Tanda, décidemment confus.
- Oh... C'est le dialecte Yonsa, répondit Alika. Les Kanbalese appellent de beaux coucher de soleil sur les montagnes comme celui-ci "Alam laï la". Le conte dit que le soleil aime les montagnes, qui sont la mère du peuple Kanbalese. Le soleil montre son affection à leur mère avant de s'endormir pour la nuit, comme il le fait depuis mille ans déjà. C'est ça, Maman ?
- Parfaitement, l'appuya Balsa. Tu as bien retenu les leçons, ma fille, je suis fière de toi. »
Alika s'endormit en pliant des origamis sur son lit d'auberge. Alors que Tanda se penchait pour allumer un feu dans la cheminée pour les garder au chaud, Balsa retira les bottes de sa fille, la changea doucement, avant de l'envelopper dans de chaudes couvertures. Un flot de souvenirs l'envahit : Balsa avait séjourné plusieurs fois dans des auberges lorsqu'elle était enfant, dont une en particulier à Rota. Jiguro allumait alors la cheminée et l'enveloppait dans des couvertures pour qu'elle n'ait pas froid, exactement comme elle le faisait avec Alika. Elle baisa son petit front et l'observa dormir un moment.
Tanda remua les charbons ardents à l'intérieur de la cheminée avant d'ajouter du bois de chauffage. Il tendit les mains au-dessus du feu et fixa les flammes naissantes qui se mirent à danser. Il vérifia que la fumée du feu montait par l'étroite cheminée de la pièce, puis s'allongea confortablement sur l'autre lit de la pièce en prenant leurs shiruya – des couvertures utilisées à Yogo pour dormir sur le sol. Balsa se redressa lentement, massa le bas de son dos et alla le retrouver pour dormir proche de lui. Cette nuit-là, ils dormirent à l'intérieur pour la première fois depuis leur départ de Yogo. Il posa sa main sur le ventre de Balsa et parvint à sentir son enfant bouger à son contact. Tanda trouva cette sensation merveilleuse; dormir à l'intérieur au chaud, avec sa famille au grand complet.
* De base, Suyana était censée s'appeler Stella. Mais comme Stella ne fait pas très asiatique, et que son orthographe japonaise donnait plutôt « Suta » ou « Sterura » – un truc de ce genre – j'ai choisi de prendre un nom asiatique et le changer en signification Kanbalese.
