Note - 2014: J'aimerai particulièrement remercier Luka – chan 64 pour son soutien alors que j'étais littéralement en train de déprimer par le manque de review, malgré que j'aie quand même des visiteurs.


Update 2022

Kurasa no Moribito

Gardien des Ténèbres


Chapitre 3

Déesse du Destin

Yuka était exactement comment Jiguro l'avait décrit à Balsa : une femme intelligente, avec plus de cran que la plupart des hommes. Le jardinier, Masato, était très loyal envers Yuka et promit qu'il ne dirait à personne qui était Balsa ainsi que la petite fille et l'homme qui l'accompagnaient. Cependant, il ne put s'empêcher de passer un commentaire.

« Je ne sais pas si tu l'as remarqué, Maîtresse Yuka, mais je vous déconseillerai de sortir ensemble en publique.

- Oh ? Pourquoi donc ? s'étonna Yuka.

- Toi et Balsa-San vous vous ressemblez énormément. Ça se voit que vous êtes de la même famille. Ça peut porter à confusion et tu sais que les rumeurs courent vites ici. »

Balsa et Yuka s'étaient échangé un regard surpris. Balsa n'avait pas pu s'empêcher de regarder son reflet dans l'eau. En dehors de sa propre fille, elle n'avait jamais pensé qu'elle avait un air de famille en dehors de ses parents. D'une façon, cette ressemblance la rassura et le fit sentir moins esseulée. Comparativement à Tanda qui avait une fratrie énorme – que même lui ne pouvait dire combien d'oncles et de tantes Alika possédait – Balsa était une enfant unique. Partager sa chambre et ses biens, se chicaner et prendre modèle sur un plus vieux qu'elle, elle ne connaissait pas ça.

Dans les journées qui suivirent leur première retrouvaille, pour le moins étranges au début, Yuka parla des parents de Balsa et des moments passés avec Jiguro. En échange, Balsa lui relatait sa vie au Nouvel Empire de Yogo et de ses voyages. Tanda en profita pour parler un peu des anecdotes et gaffes que sa fille faisait de temps en temps. Chaque jour, ils parlaient tard jusque dans la nuit, chassant après le passé et se rappelant ceux qui avaient laissé ce monde. Tanda et Yuka développèrent un lien très fort, préparant des médicaments et s'apprenant des techniques que ni un ni l'autre n'avait pensé utiliser auparavant.

« C'est vraiment comique de voir à quel point Balsa est entouré de médecins, rit Yuka. Son père l'était, je suis médecin et tu l'es aussi.

- Son destin est sans doute lié aux médecins et aux guérisseurs. Qui sait si elle serait devenue médecin si elle n'avait pas eu à devenir une guerrière ?

- Haha, qui sait ?

- Parfois, je me sens comme la femme d'un guerrier. Toujours à la maison, pour guérir les blessures. Ah ! j'espère que notre second bébé sera un mini-moi cette fois-ci.

- Balsa a de la chance de t'avoir, Tanda. »

Ils se sourirent.

Alika avait visité par curiosité quelques patients et commençait à se faire connaître grâce à sa nature presque toujours joyeuse et positive. Elle était rapidement devenue la chouchou, la petite favorite de la maison de guérison.

Jiguro, étant un esprit, ne se gêna pas pour espionner Yuka et écouter les patients raconter des potins et des rumeurs qui couraient en ville. Elle voyait les esprits, mais pas tous. Torogai lui avait dit que si elle continuait de développer son côté spirituel, Alika pourrait tous les voir quand elle serait plus âgée. Elle se souvint d'une conversation qu'elle avait eue avec elle, quand elle avait six ans, avant de rencontrer Chagum.

« Quand une âme naît en ce monde, un esprit qui possède un lien antérieur ou spirituel, signe un contrat de protection, avait dit sa grand-mère. Dès lors, l'esprit devient le gardien permanent de l'âme à venir. Il ne peut détruire son contrat.

- Alors... on peut pas se réincarner sans gardien ?

- Exactement. »

Alika savait que tout comme Jiguro et elle, les autres personnes vivantes avaient tous un gardien. Parfois, elle voyait les gardiens comme des ombres ou des formes lumineuses. Ces esprits étaient toujours les mêmes. Si elle ne pouvait les voir avec la personne vivante – la protégée – c'est que les esprits en question se cachaient dans l'ombre de la personne. Parfois, certains avaient plus d'un gardien, la limite s'arrêtant à quatre gardiens officiels. Si la personne possédait plus d'esprits que ce nombre, ils formaient alors une horde. Alika n'avait rencontré qu'un vivant possédant une horde : Jin, le deuxième hunter au service du Mikado. C'était aussi grâce à lui qu'elle avait rencontré Mayuna, la jolie jeune femme esprit, qui était devenue son amie.

L'enfant pouvait clairement voir la gardienne spirituelle de Balsa. Sa gardienne était imposante, de la même taille que Balsa, 5'6", avait les mêmes mimiques faciales et avait des cheveux mauves courts avec des yeux mauve-rose. Elle portait toujours des kimonos à l'encolure provocatrice qui donnait une vue d'ensembles sur sa poitrine. Elle tenait un arc à flèche dans son dos et un sabre dans sa ceinture. Elle s'appelait Motoko Kusanagi.

Alika ne voyait pas encore le gardien de Tanda clairement. Il se montrait toujours flou et sous forme grise. Mais elle savait qu'il était de sa taille physiquement.

Quant à Yuka, Alika pouvait clairement voir la gardienne de sa grande tante. Elle avait de long cheveux blancs lisses aux reflets argentés qui lui arrivaient jusqu'aux genoux, avait des yeux bleus cæruleum, un teint pâle et une robe blanche faite en laine et mesurait 6'1". Elle s'appelait Nahoko et était une esprit très spéciale, très puissante. Lorsqu'Alika voulut se renseigner sur ce qu'elle était, voyant sa faux, dont le manche était blanc à la lame luisante, Nahoko avait fait sa mystérieuse et lui avait dit qu'elle lui dirait toute la vérité sur ses origines bien plus tard. Motoko et Nahoko avaient beaucoup discuté entre elles et elles étaient devenues de très bonnes amies.


Ils allaient entamer leur troisième semaine de vacances lorsque Balsa ne put se défaire d'un pressentiment. Elle avoua sentir le bébé bouger beaucoup moins qu'à son habitude. Elle tenta de se dire que peut-être que le bébé était rentré dans une période de croissance où il était moins porté à bouger. De plus, elle savait que pendant la grossesse, son ventre pouvait se contracter sans pour autant être les contractions officielles de travail. Même en étant enceinte, Balsa était têtue et obstinée. Elle ne voulait pas inquiéter Tanda et Yuka et qu'on lui dise de faire ceci ou ne pas faire cela. Cependant, lorsqu'une contraction la fit grimacer en plein milieu de la soirée, après qu'Alika soit au lit, et qu'elle posa rapidement une main sur son ventre, ce geste ne passa pas inaperçu aux yeux des deux médecins.

« Balsa, est-ce que tout va bien ? s'inquiéta Yuka.

- Hmm... je crois qu'il s'agissait d'une fausse contraction, tenta-t-elle de rassurer.

- Est-ce qu'elles sont espacées ?

- C'est la première que je sens... »

Tanda et Yuka, presque complices, se jetèrent un œil. Ils comprirent aussitôt qu'ils devaient la garder à l'œil, appréhendant le pire. Balsa décida de les fuir et d'aller directement se coucher au lit. Se faisant, elle ne fut pas témoin de Tanda qui, malgré tous ses efforts pour se contenir, éclata en larmes amères devant Yuka, effrayé de devoir peut-être subir le pire destin qu'un père pouvait vivre. La nuit de Balsa se passa très mal. Les contractions étaient très espacées, voire aux deux heures et elle sentait que quelque chose n'allait pas. Tanda fut réveillé par sa respiration saccadée. La lumière qui se reflétait dans la fenêtre indiquait que l'aube se levait. Il secoua son épaule et sentit sa chaleur corporelle.

« Balsa ?! s'écria-t-il. »

Alika se réveilla en sursaut en disant tout haut « Papa ? ».

« Alika, va toute de suite chercher Tante Yuka, ordonna-t-il, prenant alors son visage de médecin et gardant son sang-froid.

- Eh ? Maman se sent pas bien ?

- Non. »

Elle se leva et partit réveiller Yuka. Entretemps, Balsa rencontra le regard de Tanda.

« Je suis étourdie, j'ai des vertiges..., murmura-t-elle. Urgh ! »

Tanda repoussa les couvertures et fut horrifié de voir une mare de sang au niveau de son entrejambes. Il eut toutes les difficultés du monde à garder son sang-froid, mais il aida Balsa à s'asseoir à demi sur le lit, prenant tous les oreillers qu'il avait dans la chambre, pour les lui placer dans le dos. Il se changea rapidement et devint un tout autre homme : confiant et sûr de lui.

« Je suis si désolée, Tanda, pleura Balsa. C'est de ma faute...

- Hey, murmura-t-il fortement. Ça ira Balsa... tu n'es pas responsable.

- Mais si— et si—

- Chut, Balsa. Je suis là, Yuka sera bientôt avec nous. Calme-toi.

- Je vais perdre connaissance...

- Continue de me parler, je suis là. »

Il prit sa main comme pour la rassurer et caressa sa joue mouillée.


Alika gambadait dans les couloirs de la maison de Yuka, pieds nus, n'ayant conscience de rien concernant sa mère. Elle ne trouva pas Yuka dans le salon. Elle monta au second étage et ouvrit la porte timidement, sentant l'énergie de Nahoko et de sa grande tante dans la pièce. Elle approcha du lit et tapota son épaule.

« Tante Yuka, murmura-t-elle. »

Yuka ouvrit rapidement les yeux, en alerte.

« Oui ? Alika ?

- ... Papa m'a dit de venir te chercher. Il dit que Maman va pas bien. »

Elle se leva sur le coup, mit son uniforme et son tablier et alla réveiller son assistant, Kyo. Ils préparèrent les instruments, l'eau et les serviettes sous le regard médusé d'Alika.

« Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle, ne sachant pas où aller. »

Elle ne reçut aucune réponse. Sachant que tous les adultes responsables d'Alika seraient probablement en train de s'occuper de Balsa, Yuka pensa à son jardinier, Masato.

« Qu'est-ce qui se passe ?! s'impatienta Alika. Je veux savoir ! »

Kyo et Yuka se regardèrent.

« Ta Maman est malade et nous devons prendre soin d'elle. Masato est déjà debout à cette heure-là. Tu seras avec lui le temps que je m'occupe de ta mère. »

Kyo alla dans la chambre d'invitée où logeaient Balsa et Tanda, alors que Yuka emmena Alika à Masato dans une autre aire de la maison de guérison. Même Jiguro n'avait pas suivi sa protégée et était resté avec Balsa de même pour Motoko et Nahoko. Alika était réellement laissée à elle-même. Masato avait des codes et des phrases secrètes que seuls Yuka et lui utilisaient pour communiquer quand ils ne voulaient pas que les personnes ou les patients comprennent ce qu'ils se disaient.

« Ne t'inquiète pas, Alika. Tu passeras un petit moment avec moi, sourit-il. Qu'est-ce que tu aimes faire ?

- ... Hum... de l'origami.

- Oh ! c'est amusant. Me montreras-tu ? »

Le visage de l'enfant s'illumina et elle s'assit à la table alors que Masato apportait des feuilles de papiers.


Lorsque Yuka ouvrit la porte de la chambre d'invité, elle retrouva Balsa soutenue par Tanda. Le regard de Balsa croisa celui de sa tante.

« Tante Yuka... C'est ce que je crois, n'est-ce pas ? murmura-t-elle difficilement, les yeux à demi-clos.

- ... Malheureusement... je suis désolée.

- Je suis en train de le perdre, pas vrai ?

- Oui... On va s'occuper de vous. Tout ira bien, je te le promets.

- Je suis étourdie...

- Tout ira bien. Ça va aller. Tanda est là pour te soutenir. »

Elle ouvrit son kimono, retira son sous-vêtement avant de coucher sa nièce sur le côté gauche. Elle plaça ses jambes de façon repliée comme si elle voulait se mettre en position fœtal. En chien de fusil comme ils le disaient. Yuka prit une chaude couverture et la posa sur son corps.

« Qu'est-ce que ça ? demanda Balsa, qui, quand elle accouchait, était toujours habituée de n'avoir presque rien sur elle – sauf son kimono.

- C'est une petite attention de ma part quand un tel événement se produit. Peut-être que Tanda pourrait juste soulever un peu ta jambe. »

Il hocha la tête et l'aida à tenir sa jambe, tout en gardant la tête de Balsa accoté contre lui, sur son biceps. Il posa son front contre le sien.

« Ta-Tanda...

- Je suis là... tout va bien aller. »

Elle hocha la tête. La gorge de Tanda était sèche, il ne pouvait pas parler. Il tremblait de partout. Balsa cligna des yeux. Elle avait perdu tellement de sang qu'elle oscillait à la frontière entre l'éveil et l'inconscience. Malgré tout, elle fit de son mieux pour garder conscience et pouvoir se concentrer à faire sortir l'enfant quand sa tante le lui ordonnerait. Son regard vacilla. Ses lèvres tremblaient. Tanda appuya sa joue contre son front. Il commença à pleurer. Elle leva son bras et posa sa paume sur son dos comme si elle essayait de le réconforter.

- Ça ira bien, pleura-t-il. Je ne te laisserai pas mourir. Si tu meures, je meure aussi... je n'aurai plus de raisons pour vivre.

- Tu as faux... vis pour notre fille...

- Je le promets... Je ne te laisserai pas mourir. Pour notre fille... »

Yuka se positionna alors que Kyo approchait une lampe à l'huile afin qu'ils puissent mieux y voir dans la pénombre du matin.

« Quand tu sentiras une contraction, tu pousses, dit-elle. »

Tanda posa une main sur son ventre et l'aida.

« Tu la sens venir, Balsa ? demanda-t-il.

- Oui...

- C'est bien... vas-y, pousse ! ordonna-t-il. Aller, Balsa ! Pousse ! »

Elle n'avait aucune envie de pousser, mais elle le fit pareil, même si elle se sentait physiquement moins forte. Elle avait l'impression de perdre conscience à chaque effort. Des larmes se mirent à rouler sur ses joues sans retenues. Le sang ruisselait sur les mains de Yuka. Elle prit une serviette et essuya au fur et à mesure. Balsa se tordait de douleur à chaque poussée, faisant de son mieux de faire sortir son bébé hors de son ventre. Elle pleurait bruyamment et enfonçait ses ongles dans la main de Tanda.

« Balsa, essaya-t-il, tout va bien. On va y arriver. »

Balsa se sentait faible.

« Tanda... je ne peux pas, haleta-t-elle. Je ne peux pas le faire ! Ça fait trop mal... »

Elle mit une main sur son ventre et continua de pleurer, déchirée par la douleur lancinante de l'accouchement et de la perte de son enfant. Tanda caressa vigoureusement son dos, tenant toujours sa jambe surélevée.

« Tu peux le faire, Balsa, murmura-t-il. Je sais qu'avec tout ce que tu as traversé comme épreuves dans ta vie, tu vas être capable de donner naissance à notre bébé... alors s'il te plait, laisse-toi aller. Ça t'aidera beaucoup. »

Il retira quelques mèches superflues de son visage pour voir ses grands yeux bruns humides et rougit. Au bout d'un moment, Yuka parvint à toucher quelque chose avec ses doigts et une forme devint visible. Balsa poussa un son rauque comme si elle était à l'agonie. Le bébé mort-né, déjà très formé sortit doucement dans un flot de sang. À bout de force, étourdie, Balsa perdit conscience dans les bras de Tanda. Il constata que ses doigts étaient glacés. Yuka laissa l'enfant à Kyo et se dépêcha d'aller chercher d'autres couvertures et de réchauffer sa nièce. Ils la couchèrent sur le dos alors que Yuka lui fit une révision utérine et fit contracter son utérus pour arrêter l'hémorragie.

Lorsque Yuka passa des feuilles de yukkal à Tanda, elle lui dit que frictionner ces feuilles aidaient à réchauffer la température du corps. Ils frictionnèrent ses bras et ses jambes avant de l'enrouler dans plusieurs couvertures. Tanda, le cœur serré, approcha Kyo qui avait terminé de nettoyer l'enfant. Il ne cacha pas ses émotions et pleura en découvrant un minuscule bébé, de la taille d'une mangue, bien formé.

« C'était un garçon..., murmura Tanda. »

Il plaça ses mains en coupole et le cueillit pour qu'il repose dans ses paumes. Un seul de ses bras faisait la taille d'un de ses doigts. Sa peau n'était pas rougeâtre, elle avait une teinte beige, et le corps en entier pouvait tenir sur une seule de ses mains. Il enveloppa son fils dans une couverture et pleura en s'asseyant sur le lit où Alika, normalement, dormait. Yuka s'adressa doucement à Kyo.

« J'ai d'autres patients à surveiller, mais pour le moment, je vais m'occuper de ma nièce et la veiller. Je ne peux pas la laisser dans un tel état. Peux-tu aller vérifier les autres patients pour moi ?

- Oui.

- Merci. »

Yuka toucha le front de Balsa avant de prendre place proche de Tanda. Les larmes lui montèrent aux yeux.

« Tout allait si bien, sanglota-t-il. Je ne comprends pas comment tout ça ait pu nous arriver... nous étions si prudents.

- J'aimerai avoir les bons mots et voir tout ce qui ait pu causer cette situation, mais j'en suis incapable... comment vous l'auriez appelé ?

- Je sais que Balsa et moi aimions beaucoup le nom Kasem...

- "Kasem" signifie "Joie". Cela lui va bien... »

Elle trouva ironique la signification pour le moment présent, cependant. En ce moment, la tristesse, la colère et l'incompréhension étaient tout ce qu'ils ressentaient. Mais avec du recul, elle se souvint à quel point Alika avait les yeux qui pétillaient quand elle parlait de ses projets de grande sœur, à quel point Balsa semblait si heureuse et apaisée quand elle caressait son ventre et à quel point Tanda était fier de sa famille. Kasem avait apporté une joie immense dans leur famille.


Masato décida d'aller jardiner dehors après avoir fait manger Alika. Il travaillait la terre même à ce temps-ci de l'année. Elle prit sa cape malgré son pyjama et sortit à l'extérieur avec lui.

« Qu'est-ce qu'on va faire ? demanda-t-elle, curieuse.

- Je vais labourer la terre pour la préparer au printemps qui viendra l'année prochaine.

- Vraiment ?! Papa aussi fait du jardinage, je sais comment faire. Je peux aider ?

- Bien sûr ! Un peu d'aide est toujours très plaisant à recevoir. »

Elle lui sourit et s'approcha. Elle le regarda piocher la terre à l'aide d'une pioche et la retourner, découvrant les racines d'anciens légumes.

« On doit retirer les racines mortes, hein ? demanda Alika.

- La terre sera beaucoup plus facile à labourer, c'est bien vrai.

- Je peux le faire ?

- Oui. »

Elle tira sur les racines. Une fois cette étape de compléter, ils allèrent dans le jardin où les gashas poussaient.

« À ce temps-ci de l'année, on peut encore en récolter. On doit soulever chaque pied à l'aide d'une fourche bêche en prenant soin de ne pas blesser les tubercules. Regarde bien. »

Il enfonça la fourche et souleva la terre. Alika prit le feuillage et tira avec amusement. Sa fascination grandit en voyant la première pomme de terre vite suivit de nouvelles. Elle montra sa trouvaille à Masato avec des yeux pétillants.

« Il y en a beaucoup !

- C'est bien vrai.

- Je veux en découvrir d'autre !

- Ne t'en fais pas, on va en découvrir plein d'autre. »

Ils passèrent l'avant-midi à jardiner, ne voyant pas le temps passer.

Yuka, qui cherchait Alika depuis un bon moment, regarda par la fenêtre et la vit avec son jardinier. Elle soupira de soulagement, mit son manteau et sortit dehors pour les rejoindre.

« Tu t'es trouvé une petite assistante, Masato ? sourit-elle.

- Tante Yuka ! s'exclama Alika en pointant les gashas alignés soigneusement. Tu as vu tout ce qu'on a récolté et fait ?!

- Je vois que vous n'êtes pas rester les bras croisés. Vous avez bien travaillé.

- Comment va Maman ?

- Oh... elle... récupère. Elle va mieux.

- D'accord. »

Alika rentra à l'intérieur avec Yuka. Cette dernière remercia Masato. Alika lava ses mains et son visage et avant de prendre son déjeuner dans le salon en écoutant Yuka raconter des anecdotes sur l'enfance de Balsa. Lorsqu'elle vit son père arriver dans la pièce, elle remarqua son aura sombre, grise-bleutée. Elle ressentait son émotion et se surprit à se sentir triste.

« Papa ? Ça va pas ? questionna-t-elle, inquiète. »

Tanda essuya un œil larmoyant et prit place sur le divan.

« Viens ici, Alika. »

Sa fille se leva tranquillement et alla le retrouver. Yuka se leva pour les laisser en famille. À force d'apprendre à le connaître pendant ces journées passées en sa compagnie, elle savait que Tanda était plus disposé et apte à trouver les bons mots pour expliquer une situation, ou les sentiments qui venaient du cœur, que Balsa. Il n'avait pas besoin que quelqu'un le surveille pour voir s'il employait les bons mots. Et puis, elle avait d'autres patients à traiter.

« Qu'est-ce qu'il y a, Papa ? répéta Alika. Ton aura est grise-bleutée...

- Je savais que je ne pouvais rien te cacher.

- Est-ce que Maman va bien ?

- Oui, mais elle a été très affaiblie. Il y a une chose que j'aimerai te dire, ma fille. »

Il soupira et lui donna un bisou sur le front.

« Quand j'ai demandé à ce que tu aies cherché Tante Yuka, car Maman semblait très malade, il y avait une raison. Et il arrive que des bébés ne naissent pas vivants... tu as été assez forte pour survivre à la grossesse de Balsa et naître en vie. Mais ton petit frère, lui, n'a pas survécu... il est décédé ce matin... »

Alika sentit son cœur manquer un battement. Elle n'avait rien vu venir, n'avait jamais vu l'aura de sa mère changer de couleur, ou même son ventre être entouré d'une lueur différente qui indiquait que son petit frère à venir mourait. Tanda se mit à pleurer et la serra très fort contre son cœur.

« J'allais... avoir un petit frère ? couina-t-elle, tentant de ne pas se faire submerger par les émotions de son père.

- Oui. Un petit garçon...

- Pourquoi il est pas en vie ? »

Son père éclata en sanglot, disant que lui-même n'avait pas la réponse à sa question. Alika se sentit mal un moment et prit son père dans ses bras. Elle lui donna un bisou sur le front.

« ... Je t'aime Papa, murmura-t-elle en se mettant à pleurer.

- Je t'aime aussi, Alika. »

Ils restèrent un moment, collés l'un contre l'autre, à pleurer la mort de leur fils et leur petit frère. Au bout d'un moment, lorsqu'ils furent plus calmes, Alika réussit à parler.

« Je veux le voir... et je veux voir Maman...

- Elle n'a pas encore reprit conscience. Mais oui, viens, je t'emmène voir Kasem, ton petit frère.

- Kasem ? C'est son nom ?

- Oui.

- Je l'aime beaucoup. C'est très joli. »

Ils marchèrent dans le couloir, main dans la main, et entrèrent dans la chambre d'invité, là, où se reposaient Balsa et le corps de Kasem.