Note - 2014: Grand merci encore à Luka – Chan 64 qui, grâce à elle, me donne de la motivation puisqu'elle aime beaucoup ces fanfics de Seirei no Moribito. Elle les lit traduit en Allemand hehe!

Update 2022

Kurasa no Moribito

Gardien des Ténèbres


Chapitre 4

Poussière d'Ange

La première chose qu'Alika fit entrant dans la chambre d'invité, fut d'aller au chevet de Balsa. Elle la regarda dormir. Sa mère était si belle, si jolie. Elle semblait enfin apaisée et se reposait. Alika lui baisa gentiment le front, lui offrant une grosse vague d'apaisement avec son énergie. Puis, elle alla vers Tanda, qui s'assit sur le lit, tenant un petit panier en osier dans ses mains. Elle s'assit à ses côtés et se colla contre lui. Elle observa le petit corps du bébé.

« Normalement, les bébés sont plus gros que ça quand ils naissent, expliqua Tanda avec émotion. Mais Kasem n'avait pas fini de grandir... ce pourquoi, il est si petit.

- ... Il est si petit et semble fragile.

- Veux-tu le prendre ?

- ... Je vais pas le casser ?

- Non, je te le promets. »

Doucement, il retira le corps du bébé du panier et le déposa dans les bras d'Alika. Une larme roula sur sa petite joue d'enfant. Elle lui parla doucement.

« J'avais pleins de projets pour toi : je t'aurai montré les arts martiaux. On aurait grimpé dans les arbres et rendu visite à Tante Yuka, Tatie Saya et Tonton Tohya. Grand-Mère t'aurait appris la magie... et Papa aurait voulu que tu sois un médecin comme lui. Mon petit frère... ce n'est qu'un au revoir... si tu reviens en esprit, viens jouer avec moi, d'accord ? »

Elle essuya une larme en redonnant le corps à son père.

« Je peux aller sous les couvertures avec Maman, moi aussi ?

- Bien sûr, fais. »

L'enfant se faufila sous les couvertures du lit de Balsa, dont les draps avaient été changés après la naissance, pour retrouver la chaleur de sa mère et s'endormir à ses côtés. Tanda resta dans la pièce, à les veiller.


Yuka fit des tours de gardes pour vérifier l'état de Balsa, discutant un peu avec Tanda. Il était proche de l'heure du souper et le soleil avait disparu du ciel.

Ce n'est qu'à ce moment-là que Balsa reprit lentement conscience. Elle avait légèrement repris ses couleurs et ses vertiges étaient en train de disparaitre. Elle regarda la pièce tranquillement et vit la silhouette de Tanda et de Yuka, tous deux assit auprès d'une bougie. Alika avait décidé de jouer dans le salon avec les autres patients. Il n'y avait qu'eux dans la chambre en ce moment.

« Tu as enfin repris conscience ! s'écria Tanda en se jetant proche d'elle.

- ... Hmm... Où est mon bébé ? essaya de dire Balsa, la gorge serrée.

- Il est juste ici.

- ... Il est mort ? »

L'expression de leurs visages changea. Balsa sut immédiatement leur réponse. Yuka lui dit tristement :

« Oui... veux-tu le voir ? Ça aidera pour votre deuil.

- Oui... s'il te plait. »

Yuka se leva, prit le corps de Kasem et déposa l'enfant dans ses bras.

« Il y a de nombreuses femmes à Kanbal qui font des accouchements prématurés, Balsa. C'est dur... je le sais et je partage ta peine même si tu l'exprimes peu. Je vais revenir dans trente minutes.

- D'accord.

- Prenez tout votre temps. »

Sa tante quitta la pièce respectueusement.

Dès que la porte fut fermée, c'est là que la réalité frappa Balsa. Elle tenait bel et bien son enfant mort-né dans ses bras et ses yeux ne fixaient rien d'autre. Lorsque Tanda toucha son dos pour se coucher avec elle, elle pleura toutes les larmes que son corps avait à lui offrir.

« Oh, mon ange... la vie est si cruelle... et pourtant, moi-même je ne parviens pas à comprendre. Tu bougeais tellement, puis, tu as commencé à être tranquille... un peu trop... tu étais plein de vie. C'est de ma faute... je n'aurais pas dû voyager. Peut-être n'as-tu pas aimé être trimballé de pays en pays... peut-être étais-tu plus fragile que ta grande sœur, qui elle, a tenu le coup... Oh, mon cœur, comme je m'en veux... si tu savais comment Maman est bouleversée par ton départ... Si tu étais venu au monde... vivant, Papa et moi t'aurions appelé... Kasem... »

Elle le colla contre sa joue avant de soulever les langes. Comme elle l'avait bien pressenti, c'était bien un garçon. Balsa le recolla contre elle, sur sa poitrine.

« Kasem... je suis si désolée... pour tout le mal que je t'ai fait... je m'excuse, sincèrement... désolée, mon enfant... je t'aime comme tu ne peux l'imaginer... »

Tanda l'avait écouté jusqu'au bout et se pressa contre elle. Pour lui montrer qu'elle n'était pas seule dans cette épreuve. Et qu'elle pouvait s'appuyer sur lui quand son corps ne serait plus en mesure de supporter la douleur émotionnelle et qu'elle devait faire sortir un trop plein.

Dès que Yuka sortit de la chambre, elle accrocha quelque chose à la poignée de porte : un ruban noir et rouge discret. Tous à la maison de guérison connaissaient sa signification : c'était un signe comme quoi la patiente qui reposait dans la chambre avait fait une fausse couche et qu'on ne devait pas la déranger sous aucun faux prétexte.


Lorsque Yuka revint dans la chambre de Balsa, elle apporta le corps de Kasem avec le plus grand soin. Elle demanda à Kyo s'il pouvait garder un œil sur ses invités, le temps qu'elle aille voir une de ses bonnes amies afin de lui demander une faveur. Yuka se mit en selle sur sa solide et robuste jument, Lakota, qui avait une robe palomino. Son amie n'habitait pas très loin de la maison de guérison, à environ une heure vers l'ouest. La lumière dans la petite maison indiqua que son amie était bien à la maison. Yuka mit pied à terre et attacha Lakota à l'endroit prévu à cet effet. Elle cogna à la porte en bois.

« Oui ? résonna une voix féminine.

- Toruna ? C'est Yuka Yonsa.

- Yuka ?! »

La porte s'ouvrit sur son amie. Elle avait un crayon de bois qui reposait sur le haut de son oreille comme un appuie. Ses longs cheveux blancs argentés et ses yeux bleu foncé lui donnait un air presqu'irréelle et elle ne faisait pas plus que 5'4". Yuka entra. Le mari de Toruna, Ame, était en train de préparer le souper.

Sur les murs et dans des cadres, il y avait pleins de dessins affichés un peu partout. L'énergie même de la maison montrait que Toruna était une dessinatrice ainsi qu'une grande artiste dans l'âme. Elle était reconnue à travers Kanbal en entier pour son don naturel à dessiner des portraits tellement réels, qu'ils semblaient vivants comme une photographie sur le papier. Avec un crayon de plomb – un médium à dessin exclusivement créé à Kanbal qui pouvait s'effacer avec une pâte en résine spéciale – elle gravait les visages et moments les plus importants de la vie de ses clients et de ses amis. Toruna vivait de son don en tant que métier.

« Qu'est-ce qui t'emmène ici, Yuka ?

- En fait, je connais tes compétences en dessin. Et j'ai toujours les portraits que tu m'as faits de ma famille, quand j'étais dans la vingtaine.

- Et ça n'a pas changé ! Je me suis même améliorée depuis la dernière fois.

- J'aurai... une commande très spécifique à te demander, si tu le veux bien. Et bien sûre, je suis prête à te payer pour ce service.

- Ah ? Quel portrait aimerais-tu ?

- C'est très complexe..., avoua Yuka en jouant dans ses cheveux. Mais une de mes patientes a perdu son bébé pendant sa grossesse... c'est arrivé aujourd'hui même et sa famille est dévastée.

- À combien de mois était-elle rendue ?

- Cinq mois. Le bébé est déjà formé. »

Toruna s'approcha et lui murmura :

« Je vais sonner très glauque mais... As-tu le corps de l'enfant avec toi ?

- Oui... Il est dehors sur Lakota. Voudrais-tu me faire un dessin réaliste de ce petit ange maintenant au ciel, avant la crémation de son corps ?

- Tu n'as pas besoin de me payer; pas pour ces choses-là. Emmène-le et je te fais le portrait. »

Yuka avait de l'émotion dans la voix et ses yeux rougirent.

« Merci infiniment, Toruna. J'y vais de ce pas. »

Elle apporta le petit panier en osier. Toruna s'enferma dans une pièce avec Yuka, afin de ne pas être dérangée et commença son travail, positionnant le corps, jouant avec les lumières et trouvant la position parfait. Yuka était impressionnée de voir à quel point son amie devenait une toute autre personne quand elle baignait dans son élément. Sa concentration en faisait presque peur et elle dessinait très rapidement.

« Je crains de ne pas avoir terminé avant demain, avoua Toruna alors qu'elle prenait une pause et soupait avec son mari. »

Yuka ayant déjà mangé auparavant ne faisait que leur tenir compagnie.

« Prends tout ton temps. Dès que tu auras terminé, tu pourras m'envoyer un messager pour me le donner.

- Parfait. »

Lorsque Yuka revint à la maison de guérison, elle se chargea de faire une dernière chose avant la crémation du corps de l'enfant à l'aide de Kyo.


Tanda se leva le lendemain et remarqua que Balsa faisait de la fièvre et frissonnait malgré les couvertures. Il alla avertir Yuka de son état, la retrouvant dans la cuisine à parler avec Alika qui mangeait son petit déjeuner. Les adultes allèrent dans le couloir, disant à l'enfant de ne pas les suivre.

« Ne me dis pas que c'est la fièvre puerpérale, paniqua Yuka.

- Je ne sais pas... elle n'a jamais fait de fièvre quand Alika est née. J'ai très peur Yuka-San... j'ai déjà perdu un enfant, je ne veux pas perdre un autre membre de ma famille...

- Je vais faire de mon mieux possible. »

Alika essayait tant bien que mal d'écouter leur conversation, elle n'y parvenait pas. Nahoko, la gardienne spirituelle de Yuka, apparut dans la cuisine. L'enfant s'adressa à l'esprit par télépathie.

« Qu'est-ce qui se passe ? questionna-t-elle.

- Ta mère fait de la fièvre.

- De la fièvre ?

- Oui.

- Elle peut en mourir ?

- C'est possible... sais-tu à quelle catégorie d'esprit j'appartiens, Alika-Chan ? lui demanda Nahoko.

- Non, mais je sais que tu es puissante... ça se ressent.

- Tu as bien vu. Et le fait que tu puisses me voir signifie que tu es une médium très puissante. Ce n'est pas n'importe qui, qui peut nous voir.

- Tu es quoi ? »

Il y eut un petit silence.

« Je suis une femme en blanc. Plus communément reconnue comme étant une des enfants de La Mort en elle-même.

- La Mort... tu veux dire la Grande Faucheuse ?!

- Oui.

- Tu es venue pour prendre la vie de Maman avec ta faux ?! s'horrifia Alika. »

Nahoko haussa les sourcils.

« Non, non ma belle. Je ne fauche pas les vivants. Je les accueille après leur mort et les guide de l'autre côté de ce monde. Quand je travaille avec les vivants, je m'assure et fais de mon mieux possible pour les maintenir en vie dans leur corps.

- Eh... je comprends pas. Tu veux prendre la vie de Maman ?

- Non, rit Nahoko. Au contraire, je la veille énormément avec Motoko et Jiguro.

- Ah... d'accord. »

Jiguro tomba à son tour malade et se retrouva alité dans le lit d'Alika. Cette dernière apprit qu'il avait prodigué un peu de sa force spirituelle à Balsa pour l'aider à se rétablir convenablement et combattre une possible infection. Motoko et lui s'étaient presque chicanés la place pour faire ce processus spirituel, mais Jiguro avait gagné quand Motoko avait abandonné.

Une question arriva à l'esprit d'Alika : est-ce que certains esprits pouvaient ne pas être assez forts pour transmettre leur énergie ? Et de ce fait, leur tentative échoue et leur âme ne fait que disparaître ? Mais à qui la petite pouvait bien poser sa question, si sa grand-mère, son mentor spirituel, n'était pas présente ? Cette fois-ci, ce fut Motoko qui répondit à son appel comme Nahoko donnait une bonne soupe à Jiguro pour qu'il guérisse.

« Tu avais une question, petite fleur ? sourit-elle.

- Oui..., fit-elle en lui projetant ses pensées. »

Motoko mordilla son pouce, comme si elle avait l'habitude de faire quand elle réfléchissait trop.

« ... Je vois... pour te répondre, il arrive que certains esprits ne parviennent pas à donner assez d'énergie à leur protégé lorsqu'un événement de ce genre arrive, mais ils ne peuvent pas disparaître. Ils seront cependant très affaiblit et il leur faudra un moment pour se rétablir convenablement, lui répondit-elle. Le protégé de son côté, même inconscient, fera tout ce qui est en son pouvoir pour rester en vie le plus longtemps possible. L'énergie du gardien et du protégé va fluctuer un moment pour trouver une balance, un équilibre, jusqu'à guérison complète.

- Ah !

- Balsa ne fait aucune fièvre puerpérale. Elle s'en remettra, car je ne la laisserai jamais mourir. Je suis sa gardienne spirituelle, après tout. »

Elle ébouriffa la petite tête d'Alika. L'enfant fut soulagée, mais elle ne savait pas si elle devait avertir sa tante et son père pour les rassurer. Incertaine, elle décida de ne rien faire.


Vers la troisième journée, la fièvre de Balsa diminua. Ils furent soulagés de voir que ce n'était pas relié à une infection, mais elle ne mangeait pas beaucoup, voire, presque pas. Tanda lui donnait des portions à manger et agissait comme il le faisait avec Alika, quand elle faisait sa difficile.

Prisonnière de ses émotions, Balsa ne savait pas comment réagir et repoussait Tanda et sa fille au niveau émotionnel. En fait, elle ne s'en rendait simplement pas compte. Elle le faisait inconsciemment. Son attitude était identique à Jiguro quand celui-ci avait perdu ses amis au combat : il oubliait alors Balsa, la laissant en arrière-plan comme si elle n'existait pas et s'enfermait dans sa solitude.

Alika ne savait pas quoi faire pour soulager la peine de sa mère. Elle voulait lui changer les idées en lui montrant de nouveaux origamis, ses parades à la lance, ce qu'elle faisait en aidant Yuka et Tanda dans la préparation des médicaments. Mais lorsqu'Alika dit à son père qu'elle avait l'impression d'avoir fait quelque chose de mal, proche des larmes, Tanda décida d'aller voir Balsa pour lui parler seule à seul. Elle était assise au salon.

« Balsa. Est-ce qu'on peut discuter ? demanda-t-il doucement. »

Balsa le dévisagea. Elle avait des cernes sous les yeux, fatiguée de pleurer depuis la perte de son fils.

« As-tu de quoi à dire ? dit-elle.

- Parle-moi de toi.

- Je ne compte pas en parler, Tanda, et tu le sais. Pas maintenant.

- Je sais que tu n'es pas ouverte à la discussion ces derniers jours, Balsa. Mais tu ne devrais pas t'isoler dans ta peine et t'y noyer. Tu ne le remarques sans doute pas, car le deuil est très centré sur soi-même, mais tu es en train de repousser l'aide et le soutiens qui vient à toi. Ce qui est sans doute chose normal, mais je veux que tu saches que tu me repousses moi, et notre fille... Alika se demandait si elle avait fait quelque chose de mal avec toi.

- Elle n'est pas responsable...

- Mais elle en a l'impression.

- Je suis fatiguée de t'entendre. »

Elle soupira et se leva pour sortir dehors, prendre de l'air. Tanda ne l'empêcha pas. Il savait que Balsa était fait comme ça. Il rencontra le regard de Yuka, désemparé. Yuka posa une main sur son épaule.

« Je vais essayer de lui en glisser un mot. Peut-être est-elle plus méfiante envers vous, toi et Alika, car elle vous connait et a peur de votre jugement.

- Alors qu'avec toi, elle pourrait être plus ouverte à parler de sa souffrance ?

- Je le pense oui. »

Yuka choisit de convoquer Balsa le lendemain matin et démêler ses émotions pour qu'elle puisse se sentir libre de les exprimer sans peur d'être jugé. Balsa avait une carapace protectrice et il lui était difficile d'en sortir, même si elle avait appris avec le temps à la délaisser quand Alika était arrivée dans sa vie.

« Tu as besoin de crier ta souffrance, Balsa, dit Yuka.

- Je n'aime pas m'exprimer.

- Penses-tu être la seule à être touchée par la mort de Kasem ?

- Je l'ai portée, donc, j'ai un certain lien avec lui... un lien que même Alika ou Tanda ne peuvent comprendre.

- Je t'appuie sur ce fait-là. Et tu as amplement le droit de te montrer égoïste, car d'une part, tu es celle qui l'a portée et lui a donné naissance. »

Balsa n'osa rien dire, les hormones en baisses, avant de cacher son visage dans ses mains alors que son corps était secoué de tremblements. Yuka l'attira dans ses bras et rassura sa nièce de son mieux. Elle lui dit qu'elle pouvait en parler avec d'autres patientes qui avaient vécu la même situation dans le salon d'invité.

« C'est de ma faute... Tante Yuka... je m'en veux tellement d'avoir détruit les rêves et les espoirs de Tanda et de ma fille..., pleura Balsa. J'ai tué mon bébé... j'ai causé la mort de mon enfant !

- Non, Balsa. Tu n'es pas responsable de la mort de ton fils... tu ne l'as jamais tué.

- La vie a décidé de me punir... comme si je n'en avais pas eu assez avec la vie que j'ai eu jusqu'à maintenant... Tanda et Alika avaient beaucoup de projet pour sa naissance, sans doute comme lorsqu'une Maman attend un bébé... Leurs projets se sont tous envolés... par ma faute.

- Je suis sûre qu'ils ne t'en veulent pas. Ils désirent seulement te soutenir et ils vivent leur deuil... différent du tiens, certes, mais ils en vivent un. Parfois, Balsa, il faut accepter les mains que l'on nous tend, tout simplement. Je sais que tu es une personne très indépendante, très fière comme un cop de combat, mais tu n'en restes pas moins humaine. Avoir de l'aide peut être le meilleur moyen de se sortir de la noirceur. Ils vont avancer à ton rythme et le respecter. »

Elle continua de pleurer un torrent de larmes. Yuka essayait de ne pas se laisser submerger par l'émotion, mais elle eut les larmes aux yeux.

« Où est mon fils ?! questionna Balsa, prisonnière d'une vague d'émotion forte. Où est mon enfant ?! Je veux mon bébé... ! Pourquoi la vie a décidé de me le reprendre ?! C'est moi qui aurais dû mourir, pas lui ! »

L'emprise de sa tante de resserra contre elle.

« Un parent qui doit enterrer son enfant est pire qu'un enfant qui enterre son parent..., pleura Balsa.

- ... C'est une douleur qui est lancinante dans les deux cas... je confirme, murmura Yuka. Oh, ma pauvre... »

Balsa se sentit épuisée, à bout de forces et à bout de larmes. Yuka la conduisit doucement dans sa chambre d'invité, lui proposant de faire une sieste. Yuka rencontra Tanda et lui fit un compte-rendu de sa rencontre avec sa nièce. Il fût soulagé de voir que Balsa s'était enfin libérée d'une grosse culpabilité malsaine et que la discussion sera sans doute plus agréable et facile à partir de maintenant.


Yuka n'avait pas terminé son projet à temps, mais la moitié du cadeau pour la famille de sa nièce était terminé. Elle alla dans la cuisine où Tanda et Alika pliaient des origamis.

« Alika, est-ce que tu as été assez gentille ? demanda Yuka, amusée.

- Gentille ? questionna l'enfant. Hum, oui ! Toujours !

- Alors j'ai quelque chose à vous donner, à toi et à ton Papa.

- Qu'est-ce que c'est ?! dit Alika, les yeux pétillants de curiosité.

- Il n'est pas encore complet, cependant. »

Elle quitta la pièce et revint avec une boîte en bois. Lorsqu'elle la déposa devant Alika et Tansa, sa petite-nièce resta un moment sans bouger. L'énergie qui se dégagea de la boîte rendait ses mains chaudes et elle fut envahie d'émotions inconnues. Ses yeux devinrent rouges.

« Tu sais sans doute ce que contient cette boîte, devina Yuka.

- Oui... je sens les énergies Tante Yuka.

- Je m'en suis doutée, c'est pour ça que je voulais que toi et Tanda l'ouvrez ensembles. »

Alika regarda Tanda qui lui fit signe qu'elle pouvait soulever le couvercle. Ils y découvrirent les empreintes de mains et de pieds de Kasem sur un papier parchemin, les morceaux de coton dans lesquelles il avait été enveloppé à sa naissance et même un morceau de son cordon ombilical qui avait séché avec le temps. Tanda essuya ses larmes, émut.

« Il a fait partie de votre famille même s'il n'est pas resté longtemps, expliqua Yuka. Je trouvais important de lui faire une petite place afin de ne pas l'oublier. Il manque de petites choses à l'intérieur, mais ça viendra quand j'aurai du temps libre. Je suis en train de lui tricoter un petit chapeau, des gants, des bas et une couverture... j'aimerai le lui donner.

- C'est tellement attentionné, murmura-t-il. Merci, Yuka-San. Prends le temps qu'il faudra.

- Montrez ça à Balsa quand elle ira mieux. Alika, ta Maman va surement avoir de l'émotion en voyant cette boîte, mais dis-toi que c'est normal. Ne te fais pas de soucis.

- D'accord .

- Il y a une chose que vous devez voir... si vous soulevez le linge en coton au fond de la boîte, vous verrez ce que je veux dire. »

Tanda regarda sa fille et retira le linge. Il y découvrit un cadre portant le magnifique portrait de Kasem, protéger de l'extérieur. Le portrait était celui d'un petit bébé, emmailloté dans des langes, qui semblait dormir en paix. C'était si réel, qu'Alika avait l'impression qu'une personne avait emprisonné son petit frère sur la feuille de papier. Tanda continua à pleurer d'émotions.

« J'ai une amie qui fait des portraits réels au crayon, expliqua Yuka. Je lui ai demandé cette faveur le jour même.

- Yuka... comment pouvons-nous te remercier ? demanda Tanda, tremblant.

- Pas besoin de remerciement. C'était juste naturel pour moi. De plus, j'ai une toute dernière autre chose à vous donner. »

Yuka se leva et alla chercher un pot en terre cuite qui reposait proche de la fenêtre de la cuisine, sur une étagère discrète. Alika ne comprit pas sur le coup, mais Tanda oui. Le couvercle du pot était scellé à la cire chaude pour empêcher que le couvercle ne s'ouvre accidentellement quand ils reviendront de leur voyage.

« Cette urne contient les cendres du corps de Kasem, les renseigna Yuka. Je vous propose de les déposer dans la terre et d'y faire pousser un arbre en sa mémoire, lorsque le temps sera venu. Je sais que votre petit ange vous veillera. »

Tanda se leva et donna un gros câlin à Yuka, la remerciant pour toutes ces petites attentions. Alika voulut l'imiter. Elle expliqua à l'enfant toutes les étapes de la crémation et lui dit qu'il allait veiller sur sa famille de là-haut. Yuka lui proposa d'embellir le pot avec de la peinture et des fleurs séchées pour le décorer; ce que l'enfant accepta volontiers de faire.

Lorsque Balsa se réveilla de sa sieste, mieux reposée, elle retrouva sa famille dans le salon. Elle fut surprise d'y voir une boîte en bois et vit sa fille peinturer une urne, assise sur le sol.

« Tiens, mais qui voilà, sourit Yuka, déposant son tricot sur ses cuisses.

- Maman ! s'écria Alika en se levant et lui sautant dans les bras.

- Bonjour, ma chérie. »

Balsa lui baisa le front et prit place sur le divan. Tanda allait parler de la boîte souvenir quand sa fille fût plus rapide que lui. Lorsque Balsa ouvrit le couvercle, elle tomba sur les objets de Kasem et comprit sa signification. Quand elle trouva le cadre, elle le serra contre sa poitrine en fermant les yeux.

« Une poussière d'ange est passée dans notre vie, murmura-t-elle. Merci pour la boîte souvenir de Kasem. Je me sens apaisée et le sens vraiment comme s'il avait vécu à nos côtés depuis toujours. Il sera notre gardien de famille, maintenant. »

Tanda la prit dans ses bras et l'embrassa doucement sur les lèvres. Du coin de l'œil, il crut apercevoir une petite sphère de lumière se promener, passant de la tête à Alika aux cuisses de Yuka. Il sourit. Oui. Une vraie poussière d'ange.