Update 2022

Kurasa no Moribito

Gardien des Ténèbres


Note

À partir de maintenant, nous suivrons les aventures d'Alika. Pour connaître le point de vue de Balsa, vous pouvez toujours lire le second roman – en anglais seulement – de Moribito, intitulé « Yami no Moribito » ou « Guardian of the Darkness ». Si vous n'avez pas l'argent pour acheter une version papier, envoyez-moi un MP, je vous le passerai avec plaisir :3


Chapitre 6

Dans le trouble !

Les quatre jours passés chez Tante Yuka semblèrent être comme un rêve pour Balsa. Après avoir été reconduire Tanda aux portes principales des voyageurs, et de retour à la maison de guérison, Balsa avait demandé à Yuka de lui offrir une chambre, habituellement réservée aux patients contagieux, par mesure de sécurité si quelqu'un venait à la dénoncer ou quelque chose de ce genre. Elle confectionna même une excuse comme quoi elle était la fille d'une connaissance qui souffrait d'une migraine chronique.

Au cinquième jour, Alika se leva en milieu d'avant-midi, bien après que Balsa soit réveillée. Elle avait les cheveux toujours entremêlés de sa nuit et avait conservé son pyjama – une petite robe blanche à manche longue – sur le dos avant de retrouver l'énergie de sa mère dans la chambre froide.

« Où est Tante Yuka ? demanda Alika.

- Elle est occupée dans le salon.

- Et tu fais quoi ?

- Je prenais quelques trucs à manger... »

C'est alors qu'elles entendirent des bruits de sabots portés par le vent. Balsa s'arrêta dans les escaliers alors qu'elle apportait un fromage de chèvre. Au son, ça ressemblait à un groupe composé d'une dizaine d'hommes s'approchant à cheval. La lancière regarda par la fenêtre et vit une dizaine de cavaliers qui galopaient vers le bas du village. Sept portaient l'insigne du clan Yonsa – l'oreille gauche du dieu Yoram – sur leurs uniformes, du côté gauche de la poitrine. Les deux autres portaient l'insigne du clan Musa – l'oreille droite du dieu – sur le côté droit. Et avec eux, il y avait un homme qui était clairement un commerçant, pas un guerrier. Bien sûr, pensa Balsa, le vendeur de vêtements de Sula Lassal.

« Balsa ! Dépêche-toi ! Les gardes sont ici ! Passe par la porte derrière ! l'alerta Yuka en courant.

- C'est impossible de s'enfuir d'eux maintenant. Nous sommes au fond de la vallée. Ils vont me voir toute de suite et d'ailleurs, je ne sais pas quelle histoire ils ont pu créer à mon sujet, mais qu'importe si je m'enfuis comme ça, ça va paraitre suspect comme si j'avais commis quelque chose de mal. »

Yuka fronça les sourcils durement.

« Mais si tu te fais prendre... qui sait ce qu'ils pourraient te faire ?

- Le fait qu'ils soient venus signifie que Yuguro, le petit frère de Jiguro, pense savoir qui je suis et que j'empiète son chemin. Tante Yuka, je veux savoir ce qu'il a l'intention de faire. Je veux savoir ce qu'il y a derrière tout ça. Je vais voir où ça me conduira. Si je ne parviens pas à trouver une issue à la fin, je vais l'accepter, conclut-elle en posant ses mains sur les épaules de sa tante. Ce mois passé était comme un rêve duquel j'aurai aimé ne jamais en sortir... avec un cauchemar douloureux, mais qu'importe... merci. À partir de maintenant, nous devons redevenir des étrangers.

- Qu'est-ce que tu racontes ? Si tu penses que je vais rester là et voir ma seule et unique nièce—

- Je peux gérer ça par moi-même. S'il te plaît, ne me rends pas inquiète à ton sujet aussi. Ce serait mieux pour moi si nous sommes des étrangères. S'il te plaît, comprends ça. De plus... »

Elle prit Alika dans ses bras et la plaça dans ceux de sa tante.

« Prends soin d'Alika, je ne veux pas qu'elle soit impliquée à l'intérieur de ce conflit. Elle est innocente et n'a aucun lien dans ces problèmes, et si les gardes te questionnent sur la petite fille, trouve une excuse pour la défendre, fais ça pour moi. Je ne veux pas qu'il lui arrive de quoi, j'ai déjà perdu un enfant, je ne veux pas en perdre un autre.

- Oui, je ferai tout pour la protéger.

- Et toi Alika, pas un seul mot lorsque les gardes seront ici. Tu habiteras avec Tante Yuka le temps que je revienne. Motus et bouche cousue. »

Balsa posa son index sur ses lèvres, puis l'apposa sur celles de sa fille. Alika hocha la tête et s'accota confortablement sur l'épaule de sa grande Tante avant de fermer les yeux. Balsa se dirigea dans la chambre qui lui avait été réservée par Yuka.

« Fais semblant de dormir et cache ton visage dans mon cou, lui conseilla Yuka. Ne le montre pas aux gardes sauf si je te le dis. ».

Alika hocha la tête. Au dehors, les gardes descendirent de leurs montures. Lance en main, ils se séparèrent en deux groupes pour bloquer les entrées avant et arrière. Quatre hommes passèrent par la porte principale : un imposant garde barbu du clan Yonsa, le grand marchand de Sula Lassal, et deux guerriers Musa; l'un était très grand et imposant tandis que l'autre, un jeune homme, était plus petit et portait un foulard vert qui montrait qu'il était à la tête de la lignée des chefs. Yuka ouvrit la porte, le regard sévère.

« Capitaine Soosa, qu'est-ce que signifie tout ce vacarme ?

- Maîtresse Yuka, commença Soosa en plaçant un poing sur sa poitrine et s'inclinant respectueusement. Excusez-nous pour le dérangement. Voici le capitaine Dom, chef des guerriers du clan Musa et maître Kahm, fils aîné du chef Kaguro. Ils poursuivent une criminelle qui s'est enfuie vers le territoire Yonsa et qui, semble-t-il, ait pris refuge dans votre maison de guérison.

- Une criminelle ? questionna-t-elle incrédule et brusquement. Et de quel crime au juste cette femme est-elle accusée ?

- Ils sont après une femme qui est entrée dans la grotte sur le territoire Musa pour voler des lyokuhaku. Elle se cache ici.

- C'est ridicule ! Il n'y a pas de telles femmes ici ! »

L'immense guerrier nommé Dom fit un pas en avant et la regarda.

« Elle vous a sans doute trompé. Nous allons jeter un coup d'œil dans les environs. Si elle n'est pas là, alors, il n'y a pas de mal. Mais si elle l'est, elle pourrait être dangereuse et nuire aux autres patients si elle n'est pas contrôlée et manipulée convenablement. Alors s'il vous plaît, restez calme et veuillez coopérer.

- Maîtresse Yuka, s'il vous plaît, dit Soosa, pour l'honneur de notre clan, nous devons coopérer avec les Musa. »

Yuka regarda les trois hommes bien en face, le regard sévère. Le jeune homme, Kahm, la regardait tendu, mais Dom et Soosa ne montraient aucune réaction face à son expression. Les yeux du commerçant passaient nerveusement d'elle aux autres hommes.

« Je comprends, finit par dire Yuka. Vous pouvez faire ce que vous souhaitez, mais s'il vous plaît, faites vite. Certains de mes patients sont très malades. »

Bien qu'ils fassent leur recherche rapidement et soigneusement dans l'immeuble, cela semblait être une éternité pour Yuka avant qu'ils n'arrivent à la chambre où Balsa logeait temporairement. Et Yuka ne pouvait rien faire. Elle devait laisser ça aux mains de sa nièce.

« Qu'en est-il de cette pièce ?

- La fille d'un vieil ami reste là. Elle souffre de terribles maux de tête et sa mère lui a dit de venir à moi, répondit-elle, portant toujours Alika dans les bras. »

Elle se demandait si Balsa bondirait, lance à la main pour attaquer les hommes. Mais quand la porte en bois s'ouvrit, la chambre était calme. Balsa s'assit lentement sur le lit, comme si elle venait de se faire réveiller. L'expression sur son visage ne donnait aucune indication ou quoique ce soit sur le fait qu'elle s'attendait à être capturée. Yuka était abasourdie par son calme olympien.

« Qu'est-ce que... ? demanda Balsa avec une expression perplexe. »

Les guerriers entrèrent dans la pièce, bloquèrent les fenêtres et l'entrée de la porte. En gros, toutes les échappatoires possibles. Les yeux du commerçant tombèrent droit sur Balsa. Il se figea.

« C'es-c'est elle. C'est celle-ci. Mais elle avait une enfant avec elle.

- C'est vrai ? demanda Dom.

- Oui.

- Se pourrait-il alors... »

Il regarda Yuka qui berçait inconsciemment Alika jusqu'à ce qu'elle remarque que le chef la regardait avec curiosité. Immédiatement, elle se mit sur ses gardes et resserra son étreinte contre l'enfant. Alika, de son côté, était littéralement en train de s'assoupir.

« Ne commencez pas à soupçonner tous mes patients qui résident ici, bon sang ! soupira-t-elle.

- Pouvons-nous juste voir l'enfant ?

- Elle vient juste d'arriver à s'endormir après une dure nuit d'insomnie due à sa maladie.

- Qui sont ses parents ?

- Des amis qui habitent proches d'ici. Ils sont venus quand elle s'est réveillée au beau milieu de la nuit avec une respiration bruyante et une toux semblable à un aboiement... La femme qui séjourne dans la chambre où vous êtes n'a pas d'enfants, elle est venue ici toute seule, je peux vous le garantir. Allez-vous me demander qui sont les parents de tous les patients-ci présents ? demanda-t-elle sur un ton légèrement agacé.

- Excusez-nous, ce doit être la mauvaise personne. »

Balsa soupira intérieurement de soulagement, trouvant plutôt comique le jeu de comédie qu'avait offert Yuka. Le commerçant allait protester, mais avant même qu'il ouvre la bouche, les gardes brandirent leurs poignards vers Balsa.

« Femme ! Vous avez commis un terrible crime ! gronda Dom. Nous savons par un témoignage que vous êtes entrées dans les grottes du territoire Musa illégalement pour voler les pierres précieuses. Venez rapidement et rendez-vous !

- Qu'est-ce que vous dites ? Je ne suis pas sûre de comprendre..., dit-elle avec confusion. C'est vrai que je connais ce monsieur. Il est le vendeur de vêtements de Sula Lassal, vrai ? Mais qu'est-ce qui me prouve en tant que criminelle ?

- Bel essai, femme, ricana Dom d'un rire jaune. Mais nous avons deux enfants qui ont témoigné vous avoir vu dans les profondeurs de la grotte.

- Oui, je suis entrée dans la grotte, dit-elle à haute voix, la tête haute, mais je ne cherchais pas les pierres précieuses. J'avais de bonnes raisons de venir sur le territoire Musa, en partant du Nouvel Empire de Yogo. Tout ce que j'ai fait fût de passer à travers la grotte, rien de plus. »

Alors qu'il écoutait sa réponse calmement, Soosa fronça des sourcils, perplexe, et jeta un œil aux deux guerriers Musa. Dom et Kahm l'ignorèrent et continuèrent à dévisager Balsa. Elle se leva lentement, laissant ses mains bien à la vue. Puis, elle jeta un regard remplit de défi à Dom et Kahm.

« Je vois, dit-elle hardiment. Je vois quel est le genre d'homme qui vous a envoyé. Plutôt que de suggérer que nous en parlons, il joue un tour comme ça... mais je ne pense pas que vous voulez que je vous explique pourquoi je suis venue chez une personne qui fait partir du clan Yonsa. Permettez-moi de parler à votre chef à la place. »

Don et Kahm se débusquèrent.

« Si vous êtes prêtes à venir en paix et à être jugée devant le chef, alors venez, ordonna Kahm tranquillement. Si vous voulez dire quelque chose, alors, vous pouvez le dire à votre procès. Mais attention : mon père est un homme sévère. Il ne sera pas facilement dupé par vos excuses et prétextes. »

Balsa les laissa lier ses mains dans son dos et ils l'emmenèrent hors de la pièce. Dom saisit la corde et la guida alors que Kahm récupérait sa lance et son sac de sous le lit. Le capitaine de la garde Yonsa avait un air mécontent, mais il semblait également soulagé que Balsa ait été prise sans déclencher de combat. Les patients bordaient les deux côtés de l'entrée, en ligne, à dévisager avec des regards effrayés Balsa alors qu'elle passait devant eux. Elle s'inclina légèrement face à Yuka, qui l'attendait à la porte, Alika toujours dans les bras.

« Maîtresse Yuka, je suis désolée de vous avoir causé des ennuis. Ces hommes se trompent. Je reviendrai quand j'aurai nettoyé mon nom et je paierai ensuite pour mon traitement. »

Yuka la regarda dans les yeux, se demandant quels mots d'encouragement elle pourrait bien lui offrir; elle avait été si surprise par ce qu'elle avait vu comme démonstration de sang-froid de la part de sa nièce, mais rien ne sortit de sa bouche. Bien que ses mains fussent attachées et qu'elle était maintenue captive, les yeux de Balsa, eux, brillaient d'une vive lueur, tel un combattant prêt à entrer sur le ring.


Les gardes partirent et les patients retournèrent à leur chambre en souriant à Alika. Celle-ci redressa la tête et gratifia Yuka d'un regard triomphant.

« Je suis une bonne comédienne ? questionna-t-elle.

- Une très bonne comédienne, sourit sa grande tante en la déposant sur le sol. J'ai promis à ta mère que je prendrai soin de toi jusqu'à son retour.

- Elle reviendra, la rassura Alika, je le sais déjà. Je l'ai souvent vu partir comme ça et je sais qu'elle reviendra. C'est moi qui la garde en vie.

- Je te crois.

- Mais j'ai... eh, peur ?

- De quoi es-tu effrayée ?

- ... je suis seule ici... Papa est reparti à Yogo et Maman s'est fait arrêter. T'es la seule personne que je connais.

- Ne t'en fais pas, je prendrai soin de toi.

- Promis ?

- Promis. Allez, va t'habiller. »

Alika hocha la tête et partit s'habiller. Elle revint changée quelques instants plus tard, tenant sa brosse à cheveux dans ses mains avec ses deux attaches.

« Hum... Tante Yuka ?

- Oui, ma belle ?

- ... tu voudrais me peigner ?... Maman n'est pas là...

- Assieds-toi sur la chaise, je vais te peigner avec plaisir. »

L'enfant prit place sur un banc et laissa Yuka la peigner. La sensation était différente de ce qu'elle était habituée, mais elle profita de cet instant pour découvrir et analyser l'énergie de sa grande tante. Alika tapota discrètement avec son collier en luisha. Yuka le remarqua.

« C'est... un luisha ? s'étonna-t-elle.

- Oui... c'est un cadeau de mon Niisan...

- Hum... tu ne devrais pas le porter en publique.

- Pourquoi ?

- Ma belle... les luisha n'ont pas été vu depuis au-dessus de vingt ans ici à Kanbal. Si les gens te voient avec, ils vont se poser des questions et essayer de te le voler.

- Mais c'est un cadeau ! Je l'enlève jamais même pour dormir...

- Je sais ma belle, mais je ne veux pas que tu t'attires d'ennuis... Balsa en a déjà en ce moment.

- Si je sors pas, je suis correcte... Je vais faire quoi aujourd'hui ? questionna Alika.

- Est-ce que tu vas à l'école, à Yogo ?

- Non... enfin, j'ai école à la maison.

- Est-ce que ça te tenterait d'essayer l'école, pour de vrai, avec des enseignants et des élèves qui pourraient devenir tes amis ? »

La petite haussa les épaules alors qu'elle se pinçait les lèvres.

« Mais je vais partir au printemps avec Maman... si je reviens pas, je vois pas à quoi ça va me servir...

- À apprendre l'histoire et te faire des amis. Et je te rassure sur ton Kanbalese. Tu es totalement bilingue.

- C'est vrai ? s'étonna-t-elle.

- Oui. Je pense que Balsa t'a appris le Kanbalese depuis que tu es née. Ton petit accent te donne un certain charme. »

Il y eut un petit silence.

« Alors ? reprit Yuka. Qu'en dis-tu ? Nous essayons l'école ?

- ... D'accord. »

Yuka passa le reste de sa journée avec sa petite-nièce. Alika était de nature joyeuse, optimiste et remplit de vie. Elle était respectueuse et faisait, en général, tout ce qu'on lui demandait. Lorsque Yuka commença à préparer des remèdes à bases de plantes, elle fut surprise de voir qu'Alika connaissait quelques bases et semblait curieuse. Elle possédait la même énergie que Balsa à son âge.


Depuis que Kassa et Gina avaient quitté Balsa et Alika en sortant de la grotte, Motoko était hantée par un pressentiment en tant que gardienne. Elle se sentait méfiante même s'ils leur avaient bien dit qu'ils garderaient le secret.

Lorsque Motoko entendit le bruit des sabots vers la maison de guérison de Yuka ce matin-là, elle comprit qu'elle ne pouvait pas continuer à remplir la tâche que Jiguro lui avait délégué le temps qu'il revienne, soit, celle de veiller Alika. Comprenant l'enjeu de cette situation, à contrecœur, elle demanda à la gardienne de Yuka, Nahoko, de s'en occuper. Alika avait suivi leur conversation, pendant que Balsa disait à sa tante le plan qu'elle prévoyait mettre en œuvre quand les gardes l'arrêteront.

« Dès que je le pourrai, et si Balsa ne se met pas dans le trouble, je reviendrai de temps en temps jeter un œil pour m'assurer qu'Alika va bien, dit Motoko à Nahoko.

- Je comprends.

- Je me sens mal... Jiguro me l'a confiée et ensuite, je la confie à une autre gardienne... »

Motoko ébouriffa les cheveux d'Alika avec un petit sourire triste.

« Je suis désolée de devoir t'abandonner, Alika, s'excusa-t-elle.

- Non, je comprends, sourit l'enfant par télépathie.

- La situation est urgente, répondit Nahoko. Jiguro comprendra.

- Jiguro ne donne aucun signe de vie, et même si j'ai essayé de suivre son ruban d'énergie, je ne suis pas parvenue à le rejoindre. Ça m'inquiète un peu...

- Sois sans craintes. Alika est entre bonnes mains. »

Juste après, Motoko avait suivi Balsa comme son ombre quand sa protégée fût emmenée.


La nouvelle comme quoi le fils du chef de la lignée des guerriers Musa, Kahm, et le capitaine de la garde, Dom, étaient revenus grièvement blessés se répandit comme une traînée de poudre à travers les territoires Musa et Yonsa, le jour même de l'arrestation de Balsa.

Le jardinier de Yuka, Masato, l'avait entendu des bergers, et s'était empressé d'en parler à Yuka. Par inadvertance, une des patientes avait entendu Yuka en discuter et en avait fait un devoir personnel d'en parler avec les autres patients. Alika, qui était assise dans le salon et faisait des origamis, sut tout de suite qu'il s'agissait de sa mère. Elle rit silencieusement : bien sûre que sa Maman était une guerrière talentueuse et qui arrivait toujours à garder le contrôle dans de telles situations. Et Alika avait toujours aussi confiance en les capacités de Balsa. Cette fois-ci, ça ne renforça que son sentiment de fierté via sa mère.

Deux jours plus tard après l'arrestation de sa nièce, au petit matin, Yuka réveilla Alika – qui dormait maintenant avec elle – pour son premier jour d'école.

« Tante Yuka ?

- Oui ?

- J'ai mal au ventre...

- C'est la nervosité, ça passera avec un bon petit déjeuner.

- Je dis quoi si les élèves me questionnent sur mes parents ?

- Hum... Tu leurs diras que tu habites chez Maîtresse Yuka parce que ton Papa remplit un devoir très important à Kanbal, qu'il vient du Nouvel Empire de Yogo et a des racines Kanbalese – ce qui expliquerait ton nom de famille – et que ta Maman reste chez moi jusqu'à la naissance d'un petit frère ou d'une petite sœur. Je suis donc ta tutrice.

- Wow... tu es sûre qu'ils vont me croire ?

- Tout se passera bien. Je te le promets. »

Alika, convaincue, se leva et s'habilla. Yuka lui donna une petite pochette en cuir avec l'insigne du clan Yonsa dessus afin qu'elle retire son collier et soit bien à l'abri.

Elle mangea un petit déjeuner léger – des crêpes avec du lait de chèvre – et prit le petit sac que sa grande tante lui tendait. Pour les premières journées, Yuka accompagnerait sa petite-nièce pour la conduire à l'école, afin qu'elle connaisse le chemin et le mémorise. En arrivant un peu à l'avance, Yuka raconta la même histoire à la maîtresse d'école qui se montra compréhensive avant que cette dernière n'emmène Alika à l'intérieur de la classe pour qu'elle se familiarise avec la petite école construite à même dans la pierre. Une boule d'angoisse se forma dans le creux de son ventre.

« Ne t'en fais pas, Alika, les élèves sont respectueux et s'il y a un problème, viens m'en parler. »

Bientôt, tous les autres élèves entrèrent dans la classe. La maîtresse présenta Alika.

« Soyez gentils avec elle. Elle est nouvelle et je crois que vous n'aimeriez pas être traités méchamment lorsque vous êtes nouveaux. Alika, tu seras placée aux côtés d'Amaya et d'Akiro.

- D'accord, dit-elle timidement alors que la vingtaine paire d'yeux l'observait, intriguée et fascinée. »

Amaya avait les cheveux bruns et les yeux bruns également. Elle était plus vieille qu'elle d'un an et la dépassait d'une demi-tête. Sa robe Kanbalese bleu marine était attachée par une ceinture de couleur orangé-rose. Akiro avait les cheveux bruns également, mais possédait des yeux bleus comme l'eau. Il avait le même âge que son amie Amaya.

« Bonjour, la salua Amaya.

- Bonjour.

- Je peux te surnommer Alichoue' ?

- Déjà un surnom ? se surprit Alika. On vient à peine de se rencontrer...

- C'est une habitude qu'Amaya a, sourit Akiro. Tu dois pas t'en sentir vexée, aucunement. Amaya est très respectueuse, elle fait pas ça méchamment.

- Ça me dérange pas, sourit Alika. En autant que tu retiennes mon nom.

- D'accord ! s'enjoua Amaya. Et Akiro a raison. Ici, tout le monde en a un de ma part. Akiro, son surnom c'est Akki.

- Je te surnommerai Ali' uniquement, sourit Akiro. Je peux ?

- Oui, pas de problèmes, termina Alika. »

À la récréation, tous les élèves entourèrent Alika pour la questionner sur presque toutes les sphères de sa vie : pourquoi était-elle ici ? Qu'est-ce que ses parents faisaient comme métier ? Avait-elle des frères et sœurs ? Pourquoi Yuka Yonsa était sa tutrice ?

Et à chaque question, elle trouvait une réponse concrète et réaliste. Elle dit même qu'elle avait un grand frère, son Chagum-Niisan, et avait triché sur son âge en disant qu'il avait seize ans et travaillait à Yogo. Alika était appréciée de tous et personne n'osa la mettre mal à l'aise. Personne, sauf une : Shozen.

Avec ses cheveux blonds dorés naturellement en bataille et ondulés, de grands yeux bruns, il était le garçon qui, généralement, avait le respect de tous et était le populaire. Tous les élèves l'écoutaient avec un respect plus ou moins mérité quand il parlait de ses anecdotes, mais depuis l'arrivée de la nouvelle élève, il se sentait mis à l'écart et détrôné de l'attention qu'il possédait avant. Il ne la laisserait sans doute pas faire plus de ravage à sa réputation !

Yuka alla chercher sa petite-nièce après l'heure des cours. Alika lui présenta Amaya et Akiro, ses nouveaux amis.

« Hé bien, ce n'était pas si pire que ça, si ?

- Je suis contente ! Je vais avoir pleins de choses à raconter à Maman ! s'enjoua Alika.

- Alors tu aimes l'école ?

- Oui, beaucoup. J'ai déjà hâte à demain !

- Déjà ?

- Oui !

- Ce fut donc une très bonne décision. »

L'attente du lendemain semblait être interminable pour Alika qui était de nature impatience. Elle remit son collier une fois de retour à la maison et le retirerait le lendemain matin avant de repartir pour l'école.


Yuka alla reconduire sa petite-nièce à l'école, ravie de voir qu'elle s'intégrait bien à son nouvel environnement.

Lors du cours d'éducation physique, les élèves firent des tests d'endurances. Il y avait un exercice appelé « la chaise ». Et parmi tous les élèves, Alika était la seule fille encore assise contre le mur et faisait concurrence à Shozen, qui ne semblait pas ravi de cette nouvelle rivalité naissante. Dès que la récréation commença, il voulut montrer qui était le plus populaire et le plus fort de la classe. Il poussa Alika qui parlait avec Amaya et lui commanda de s'agenouiller devant lui, ce que, bien sûre, elle ne fit pas du tout.

« Je ne viens pas d'ici, j'ai aucune obligation à ton égard, rétorqua-t-elle à la surprise de tous les jeunes élèves.

- Comment oses-tu ?!

- Oui, j'ose. T'es pas mon père ni ma mère !

- Tu verras, je serai l'un des lanciers du Roi quand je serai plus vieux ! Représentant du territoire Yonsa. Et tu regretteras de m'avoir manqué de respect.

- Ah ouais ? Montre-moi ça et je jugerai si tu en vaux la peine.

- Pfff ! Écoutez-la se venter. Alors si t'es si bonne que cela, je te défis dans deux jours pour un combat... mais les filles sont pas autorisées à porter des lances et à pratiquer les arts martiaux, normalement. Tu vas te faire battre d'aplomb !

- Parfait ! Défi accepté !

- Alika, tu sais pas dans quoi tu t'embarques, gémit Amaya en prenant son bras.

- Non, je sais ce que je fais. »

Elle fit un clin d'œil rassurant à ses amis et le court d'un instant, ils furent rassurés. Le soir, de retour chez Yuka, elle fit part de sa confrontation avec Shozen et du défi qui aura lieu dans deux jours.

« Fais attention à ne pas trop faire de vacarme. Les rumeurs courent vites ici. On dit qu'elles courent plus vite qu'une ruée de chevaux au galop.

- Mais... je peux relever le défi ?

- Je ne vois pas de problème. Mais seulement si c'est après les cours.

- D'accord !... dis, tu veux venir me voir ?

- Je ne sais pas si je vais avoir le temps, car j'ai des patients à traiter.

- Tu n'es pas obligée, tu sais, la rassura Alika. Je connais le chemin par cœur, maintenant. »

Yuka sourit. Alika avait une formidable capacité d'adaptation et elle n'était ni peureuse ni timide.