Note - 2014: Je veux encore remercier ma petite souris, Luka - Chan 64 pour son soutien~ Elle est une lectrice exceptionnelle !
Update 2022
Kurasa no Moribito
Gardien des Ténèbres
Chapitre 7
Alika, je te choisis !
Le premier jour suivant la convocation du défi lancé par Shozen, Akiro se demanda réellement si Alika allait être en mesure de battre le numéro un de la classe.
« J'ai un secret, mais je peux pas le dire, répondit Alika. Mais je sais qu'avec mon entrainement spécial, je vais être capable de le battre.
- Vraiment ?
- Oh oui. »
Elle s'approcha et chuchota à son oreille :
« Je m'entraîne depuis que j'ai trois ans.
- Tu t'entraînes à quoi ?
- Aux arts martiaux... et... je maîtrise le bô depuis que j'ai quatre ans. Tu dois pas me sous-estimer parce que je suis une fille.
- Promis, je dirai rien !
- Promis ?
- Promis !
- Juré ?
- Juré sur la tête du dieu Yoram ! »
Alika se retourna, satisfaite, et posa son regard sur la petite Amaya qui, soudainement, baissa la tête timidement et s'approcha d'elle en prenant sa main.
« Je ne veux pas que tu aies des problèmes, Alichoue'.
- Ne t'en fais pas, je vais seulement lui mettre la honte, ricana-t-elle.
- Si tu le dis. »
Amaya conserva la main de son amie dans la sienne et l'attira à l'extérieur alors qu'Akiro s'était fait retenir par d'autres élèves. Amaya prit bien soin d'expliquer à Alika à quel point Shozen pouvait se montrer cruel si les nouveaux élèves osaient prendre sa popularité et qu'il était le meilleur de la classe pour tenir une lance en bois – voire même un bâton.
Alika la regarda droit dans les yeux, avec la même expression que Balsa dans le regard : ses yeux étaient remplis d'une vive leur, comme un combattant prêt à entrer sur le ring. Intérieurement, elle éclata de rire avant de donner un gros câlin en guise de réconfort à Amaya – qui s'était mise à trembler.
« Est-ce que tu me fais confiance, Amaya-Chan ? demanda Alika.
- Oui, mais j'ai quand même un peu peur pour toi, avoua-t-elle.
- Pourquoi tu as peur ?
- Il pourrait te faire mal.
- Mais non, t'as pas à avoir peur. Je te promets que je vais gagner. Il ne faut pas que tu aies peur pour moi, tenta de la rassurer Alika. J'ai vraiment confiance en mes capacités.
- Shozen est rusé.
- Je le suis encore plus.
- Mais il dit que le sang de guerrier passe de père en fils.
- Ça veut rien dire. Il dit ça pour se venter.
- Tu es sûre ?
- Oh oui ! Tu verras, si tu me fais confiance, je vais te montrer de quoi je suis capable. »
Amaya fit un petit sourire, essayant de se convaincre qu'Alika disait vraiment la vérité.
Le second jour, Amaya se jeta dans les bras d'Alika en la voyant et prit de nouveau sa main. C'était le jour du défi et tous les élèves désiraient rester à la fin des classes pour assister à la défaite de Shozen, ou celle d'Alika. Les cours avaient terminé depuis peu et environ toute la classe, sauf l'enseignante elle-même, s'était rassemblée en petit cercle pour regarder les deux jeunes élèves s'affronter.
Shozen s'échauffait avec un bâton de bois. Alika lâcha la main d'Amaya et s'empara du second bâton avec un plan en tête; un plan impeccable qui mettrait très bien la honte au petit vantard.
Yuka avait été un peu trop curieuse et avait laissé les patients aux mains de son assistant, Kyo, le temps de regarder sa petite-nièce et la ramener à la maison.
La professeur étant déjà repartie chez elle, aucun adulte ne les surveillait. Aucun, sauf Yuka qui était cachée, bien sûre. Shozen déposa son bâton sur son épaule et déclara :
« On va commencer avec les arts martiaux et si Miss Alika-Chan se rend jusque-là, alors on enchainera avec les bâtons.
- Parfait ! déclara-t-elle. Aller, approche qu'on en finisse et que tu repartes en pleurant ta Maman !
- Tu joues avec le feu, petite ! »
Il s'élança sur elle avec un coup de poing. Pour les yeux expérimentés d'Alika, Shozen semblait même un peu maladroit et elle évita son poing en bloquant. Ce premier blocage surprit Shozen légèrement, mais il décida de ne pas se laisser faire et de continuer. Il pensait que c'était juste un coup de chance qui avait donné un avantage à Alika, l'espace d'un instant. Celle-ci recula en même temps qu'il essayait de la toucher avec ses poings. Elle se laissa même toucher de temps en temps, laissant un peu de chance au garçon de se rattraper.
Yuka mit une main sur ses yeux avant de la passer sur sa joue et de s'accoter sur la clôture. Elle se demandait si Shozen allait vraiment gagner contre sa petite-nièce, qui elle, l'avait peut-être un peu sous-estimé. Toutes les filles grimaçaient un peu en voyant Alika se faire ramasser par lui de temps en temps. Amaya était raide et tendue comme un piquet. Elle se cachait dans le bras d'Akiro en gémissant.
« Hé bin, tu sembles m'avoir sous-estimé, pas vrai ? ricana Shozen méchamment. »
Alors qu'il tenait toujours la manche d'Alika dans sa main, il s'apprêtait à lui faire faire la culbute par en arrière. C'est alors qu'Alika sourit et renversa les positions en soulevant Shozen dans les airs, le faisant passer au-dessus d'elle pour l'étaler sur le sol, stupéfiant tous les élèves, y compris sa grande tante.
« Non, tu m'as sous-estimé mon vieux, répliqua-t-elle en mettant l'emphase sur le "tu". »
Shozen se redressa vivement, le visage cramoisi par la colère. Le feu avait été allumé aux poudres. Vexé, il tenta de faire pencher la balance en sa faveur, mais il remarqua que son adversaire était coriace, tenace et analysait rapidement la situation. Il se faisait ramasser à chaque coup et n'arrivait pas à reprendre le dessus, car elle bloquait toutes ses attaques, l'empêchant de la toucher.
« Comment est-ce possible ?! Il aurait fallu qu'un lancier t'enseigne ça !
- Secret. »
Alika s'élança rapidement vers les deux bâtons et jeta l'un d'eux à Shozen.
« Maintenant, ça va être vraiment amusant ! »
Il grogna.
« Je ne me laisserai pas battre par une fille comme toi ! »
Il s'élança vers elle et frappa, de toutes ses forces, contre le bâton d'Alika. Il fut stupéfait de sentir la puissance de la contrattaque dans le bâton de son adversaire. Alika repoussa aisément l'arme en bois et commença ses parades. Elle se souvenait que sa mère ne retenait pas toujours ses coups de lance quand elle s'entrainait avec elle, utilisant parfois toute sa force contre sa fille. Jiguro ne se gênait pas plus, trouvant comme excuse qu'il était un esprit et que ses coups étaient moins forts que ceux physiquement palpables.
Malgré les sept ans de sa petite-nièce, Yuka avoua qu'elle n'avait jamais vu une si jeune combattante avec autant d'agilité et de vitesse dans le maniement d'un bâton. Son style était presque semblable à celui de...
Jiguro ? pensa-t-elle soudainement. Mais c'est impossible ! À moins que Balsa…
Yuka secoua la tête face à cette pensée soudaine et intrusive. Shozen perdit l'équilibre alors qu'Alika prenait encore le dessus sur lui. Il n'arrivait pas à riposter et se mangeait quelques coups de bâton par-ci, par-là; sur les mollets, les chevilles, les bras. Amaya reprit confiance en son amie et se surprit à penser qu'elle avait la meilleure amie combattante du monde.
Soudain, Alika fit tournoyer son bâton avec celui de son adversaire et lui fit lâcher. L'arme en bois vola dans l'air, se fichant dans l'herbe, aux pieds des partisans de Shozen. Alika poussa Shozen sur l'herbe grâce à un coup de pied au niveau des genoux pour lui faire perdre l'équilibre. Tout se passa rapidement et elle sauta dans l'air, faisant un magnifique salto avant qui laissa les spectateurs ébahit. Elle atterrit droit sur lui, posant un genou sur son torse. L'impact n'avait pas été violent; elle n'avait pas l'intention de le blesser, juste de lui mettre une honte monumentale. Elle finit par placer la pointe de son bâton au niveau de sa gorge. Il ne bougea presque pas la tête comme s'il était sur le point de se faire tuer.
« Mon vieux, si j'avais eu une vraie lance, tu serais mort ou en mauvais état à l'heure qu'il est. »
Elle se retira, se débarrassa du bâton dans l'herbe et accueillit Amaya dans ses bras, qui courait vers elle avant de lui sauter dessus, folle joie. Shozen se redressa, se maudissant et se questionnant sur les vrais habilités d'Alika. Il repoussa ses partisans qui se moquaient déjà de lui.
« Nom du dieu Yoram !
- Tu étais si agile, si rapide ! s'émerveilla Akiro.
- C'est quoi ton secret ?
- Comment tu as fait ?!
- T'étais super !
- J'ai juste... eh... suivi le combat, répondit-elle simplement en souriant, Amaya toujours dans les bras. Ça fait du bien de combattre comme ça.
- Du bien ?! Non, ça c'était brillant ! rectifia Amaya, presqu'aux anges dans les bras de son amie.
- Au moins, Shozen ne pourra plus te sous-estimer, dit Akiro.
- C'est vrai. »
Yuka s'approcha d'Alika et sourit. Le visage de sa petite-nièce s'illumina.
« Tante Yuka ! Tu es venue me voir !
- Mais bien sûre. Tu étais splendide.
- Merci ! »
Elles revinrent à la maison de guérison. Les parents des autres élèves auraient un peu de mal à croire à cette histoire de combat amical, mais Yuka ne s'en fit pas trop pour la réputation d'Alika.
« C'est ta Maman qui t'as appris les arts martiaux et le maniement de la lance ? questionna-t-elle alors qu'elles étaient attablées au salon.
- Oui.
- C'est une bonne professeur ?
- Oh oui ! Elle dit que ça semble se transmettre de génération en génération.
- On dirait bien. Hé bin, ceux qui disent que le sang de guerrier ne passe que de père en fils semblent totalement se tromper.
- Papa n'est pas un guerrier. C'est un apothicaire et un médecin comme toi. Et... »
Son regard joyeux devint triste et perdit toutes lueurs de joie.
« Qu'est-ce qui ne va pas, chatonne ? s'inquiéta Yuka.
- ... Tante Yuka ? Où crois-tu qu'elle est ma Maman en ce moment ?
- Pour tout dire la vérité, je n'en sais rien. Elle doit être en train de trouver des solutions, je suppose.
- Tu as peut-être raison...
- Ce n'est pas toi qui m'as dit qu'il fallait lui faire confiance ? sourit Yuka.
- Oui.
- Alors, continuons à avoir confiance en elle. »
Elle ébouriffa ses cheveux jusqu'à ce qu'Alika lui parle de sa nouvelle amie.
« Comment s'appelle cette amie ? voulut savoir Yuka.
- Elle s'appelle Amaya.
- Tu connais son nom de famille ?
- Non... j'ai pas pensé à lui demander. Pourquoi ? Tu connais une autre fille qui porte le même prénom d'Amaya ?
- Non, aucune autre. Mais je connais ses parents. Son père provient du clan Muga et a épousé une Yonsa.
- Alors le nom de famille d'Amaya serait Muga ? comprit Alika. Amaya Muga ?
- Oui. Je connais presque tout le monde. La maison de guérison a toujours été un endroit remplit de potins. »
Devant une bonne collation, Yuka lui montra comment plier une chèvre en origami après ses devoirs.
Lorsqu'Amaya retourna à sa maison, elle était folle de joie. Elle avait toujours été une petite fille enthousiaste, remplit de joie et voyait toujours le positif de la vie. Ses parents, Meiko sa mère et Juro son père, sourirent en la voyant si joyeuse. Rare étaient les alliances et les mariages entre deux clans différents, mais pourtant, Meiko avait marié un homme venant du clan Muga. C'était exceptionnel.
« Maman ! Est-ce que je peux inviter Alika-Chan pour qu'elle vienne jouer à la maison ?
- Ta nouvelle amie ? demanda Meiko, désirant être certaine qu'elle parlait de la bonne amie.
- Oui ! Elle a battu Shozen aujourd'hui ! »
Meiko immobilisa ses gestes au-dessus de la cuisinière.
« Comment une fille aurait-elle pu battre le premier de classe aux arts martiaux ? Les femmes ne sont pas autorisées à se battre.
- Je te dis la vérité, Maman ! J'ai vu Alika-Chan combattre Shozen ! On était toute la classe réunie ! »
Son père déposa une tasse de lait de chèvre chaude aromatisée aux noisettes comme petite collation devant elle.
« Peut-être que Shozen lui a donné une chance, essaya Juro alors qu'il continuait de lire un document.
- Non, non ! Il s'est pas retenu. Il était rouge de colère. C'était drôle !
- Et où habite cette Alika-Chan ?
- Chez Tante Yuka, sourit Amaya. Alors ? Est-ce que je peux l'inviter à venir jouer à la maison une bonne fois ?
- Bien sûre.
- Je lui demanderai alors ! »
Après avoir fait ses devoirs, Amaya se glissa sous ses couvertures, bordée par sa Maman. Elle avait très hâte de pouvoir montrer sa maison et jouer avec Alika.
À l'école, Shozen ne regardait plus Alika dans les yeux depuis la confrontation et l'évitait de son mieux possible, quoiqu'il la gratifie de regards noirs. La petite ne lui porta pas plus attention que ça, paraissant à la limite égoïste. Lors de la pause, Amaya courut vers Alika, la serrant dans ses bras par derrière. Alika échappa son papier origami sous le coup de la surprise, bien qu'elle ait senti l'énergie de son amie, quelques secondes plus tôt.
« Alichoue' ! Alichoue' ! J'ai demandé à Maman si tu pouvais venir jouer chez moi !
- Tes parents veulent me rencontrer ? s'étonna Alika, qui n'avait jamais rencontré d'autres parents autre que les siens.
- Oui. Je leur ai parlé de toi, de la défaite de Shozen-le-jaloux. Je pourrai te montrer ma chambre et on pourra faire des origamis.
- Bien sûre, mais...
- Mais quoi ?
- La prochaine fois, je t'inviterai chez Tante Yuka.
- Ça marche ! On s'invitera chacune notre tour.
- Quand est-ce qu'on ira jouer chez toi ?
- Demain, c'est la fin de semaine, sourit Amaya. En après-midi. Et tu m'apprendras à faire des origamis ! »
En dehors de Tatie Saya et Tonton Tohya, Alika n'avait jamais vraiment eu d'amis proches. Cette première sortie chez Amaya l'excitait davantage. Elle aurait pu être amie avec Murasaki, lors d'un contrat de travail avec sa mère, mais elle n'avait jamais pu la recroiser. Encore à ce jour, elle se demandait pourquoi elle pensait encore à Murasaki, alors qu'elle aurait très bien pu l'oublier avec le temps.
Quoiqu'il en soit, Alika était tellement contente qu'elle prépara son petit sac le jour même de la proposition d'Amaya pour s'amuser chez elle. Elle y mit du papier origami et de petites collations si jamais elle avait une petite fringale, lesquelles elle pourrait partager avec Amaya.
Yuka alla la reconduire chez les parents d'Amaya le lendemain matin. La porte s'ouvrit sur Amaya, qui était impatiente et n'hésita pas à sauter dans les bras d'Alika.
« Vers quelle heure est-ce tu veux que je vienne la chercher, Meiko-San ? demanda Yuka. Je peux venir la chercher avant l'heure du souper si vous ne pouvez pas nourrir plus de bouche que les vôtres. »
Yuka savait que Kanbal, depuis près de deux décennies, avait beaucoup de difficulté au niveau de l'économie. Sans les luishas offert par le roi de la Montagne lui-même, Kanbal ne pourrait pas survivre cinq années de plus. C'était un pays déjà très pauvre de base, et la crise économique suite au manque de la cérémonie des remises aux décennies avait aggravé l'état du pays. Meiko sourit.
« Nous n'avons peut-être pas beaucoup d'argent, mais nourrir une bouche et un estomac vide est toujours quelque chose qui me tient à cœur. Ne t'inquiète pas pour ça, Yuka-San, Alika pourra manger chez moi.
- Je viendrai donc la chercher en soirée. Amuse-toi bien, Alika.
- Bye, bye, Tante Yuka ! »
Amaya attira Alika dans sa chambre. De nature curieuse, la fille de Balsa voulut explorer les autres pièces de la maison. Amaya lui fit donc une visite guidée de toutes les pièces et lui montra également le contenu toutes les armoires de rangement. Alors qu'elles revenaient dans sa chambre, le regard d'Alika se posa instinctivement sur le bas du mur. Il y avait deux jeunes enfants, des fillettes âgées de trois et quatre ans, qui jouaient avec des pouliches sculptées dans du bois. Leurs yeux se posèrent sur Alika, mais Amaya ne semblait pas les voir. Un peu confuse, sans Motoko ni Jiguro, Alika appela la gardienne de Yuka, alors qu'elle suivait son amie dans sa chambre. Nahoko arriva, saluant le gardien des parents d'Amaya et approcha sa protégée temporaire.
« Qu'est-ce qu'il y a, très chère ? demanda-t-elle par télépathie avec qu'Amaya était assise sur son tapis de chambre et pliait des papiers.
- Les deux enfants qui sont-là... ce sont des esprits ou des personnes ?
- Hmmm ? »
Nahoko sortit la tête hors de l'encadrement de la porte.
« Ah, ce sont des esprits. Elles ne sont pas méchantes, tu n'as pas à t'inquiéter.
- Alors je ne dirai rien à Amaya.
- C'est bien parfait comme ça. En autant que tu sois à l'aise, je ne vois pas le problème. »
L'après-midi passa très rapidement. Les parents d'Amaya avaient préparé une chaudrée de laroo, un ragoût à base de viande avec des gashas mijotées dans du lait et assaisonné d'épices. Alika adorait goûter à tout, n'étant pas difficile sur la nourriture, et se demandait si le ragoût des parents d'Amaya allait être différent de celui de Tante Yuka. Elle fut la première servit, mais elle attendit que tous se soit servi avant de commencer à manger.
« Tu aurais pu commencer à manger, Alika-Chan, sourit Meiko. Pas obligée de nous attendre.
- Je voulais vous attendre, c'est plus polit. »
Cette dernière phrase, c'était Tanda qui lui avait appris en guise de politesse quand des gens l'accueillaient chez eux. Depuis, elle n'en avait jamais perdu l'habitude. Le ragoût goûtait exactement pareil comme celui de Tante Yuka, à l'exception qu'il était légèrement plus sucré et moins épicé.
« Alors dis-moi, qui sont tes parents ? demanda Juro, le père d'Amaya.
- Ma Maman vient de Kanbal, mais elle a épousé un homme de Yogo. Elle est née à Kanbal, dans le clan Yonsa, mais a beaucoup voyagé, répondit-elle, totalement à l'aise. J'ai aussi un grand frère qui travaille majoritairement à Yogo.
- Je vois. Alors c'est un voyage de famille ?
- Oui.
- Maman, est-ce qu'Alika pourrait dormir chez nous une bonne fois ? demanda soudainement Amaya.
- Pas ce soir, mais oui, je ne vois pas de problèmes.
- Youpi ! On pourra passer plus de temps ensembles ! »
Yuka vint chercher Alika quand cette dernière, en pleine digestion, était lentement en train de s'assoupir dans la chambre d'Amaya. Aussitôt que la voix de Yuka se fit entendre dans le vestibule, et que la voix de Juro résonna dans les escaliers, les deux amies se réveillèrent rapidement et descendirent.
« Alors, tu t'es bien amusée chez Amaya, aujourd'hui ? demanda Yuka en prenant son petit sac.
- Oh oui ! sourit Alika.
- Tant mieux.
- Tu peux revenir ici quand tu le souhaites, ajouta Meiko.
- On avait dit que la prochaine fois, c'était moi qui irai chez Tante Yuka, rappela Amaya. »
Elles finirent par quitter la maison d'Amaya et rentrèrent à la maison de guérison.
Les deux jeunes filles continuèrent leurs visites à tour de rôle, devenant presqu'une routine. Cette fois-là, ce fut Amaya qui rendit visite à Alika chez Tante Yuka.
Alors qu'elles jouaient dehors et que les premiers flocons apparurent dans le ciel, Alika voulut impressionner Amaya. Elle vit donc l'arbre yukka, dont les fruits avaient été récoltés et décida de l'escalader pour voir plus en profondeur le paysage et continuer leur jeu de rôle. Au départ, elle n'était pas loin du sol. Amaya pouvait aisément prendre sa cheville en s'étirant de tout son long si elle voulait la toucher. Mais Alika voulait plus de défi et bientôt, elle se retrouva hors de sa portée.
« Ooohh, la vue est magnifique vu d'ici ! s'exclama Alika, ses pieds reposant sur une branche, et le haut de son corps soutenu par une autre. Tu ne viens pas, Amaya-Chan ?
- ... J'ai un peu peur des hauteurs, pour tout dire, avoua Amaya, gênée.
- Oh ! »
Il y avait une balançoire accrochée sur la plus basse et solide branche. Amaya s'y rendit, ne perdant pas de vue la silhouette de son amie dans les arbres. En une fraction de seconde, elle entendit un craquement, puis un cri avant de voir le corps d'Alika rencontrer le sol, rejoignant la branche.
« Alichoue' ! Est-ce que ça va ?!
- Aouch... oui, ça va, je pense... »
Alika se redressa et observa ses membres. Au moment où elle tenta de bouger son poignet gauche, la douleur transforma ses traits en une grimace douloureuse. Elle ne pleura pas, mais elle grimaçait bravement. Amaya l'aida à se remettre sur pieds et se dépêcha de rentrer à l'intérieur de la maison de guérison.
« Tante Yuka ! l'appella Amaya. Tante Yuka ?! »
Alarmée par le ton de voix inhabituel d'Amaya, Yuka sortit prestement d'une des chambres avec son assistant Kyo.
« Qu'est-ce qui se passe ?! Tout va bien ?! dit-elle.
- Alika est tombée de l'arbre et s'est cassé le bras, se dépêcha de raconter Amaya sans prendre le temps de respirer.
- Elle a grimpé dans l'arbre yukka ? s'étonna Yuka.
- On jouait, se défendit Alika. L'arbre a bougé ! »
Yuka souleva un sourcil et demanda à Kyo de retourner auprès des patients, le temps qu'elle s'occupe du bras d'Alika, ou de son poignet. Amaya aida Alika à retirer sa cape dans une chambre en privée.
Lorsque Yuka tenta de bouger légèrement son poignet gauche, sa petite-nièce poussa un cri si aiguë, qu'elle aurait pu jurer avoir senti ses tympans vibrer. Alika avait l'habitude de se blesser en s'entraînant avec Balsa, mais elle n'avait pas l'habitude de se casser des os ou se disloquer les épaules. Elle se tortillait tellement que par recours de dernier moyen, Yuka demanda à Amaya d'immobiliser son amie de tout son poids. Amaya ne se gêna pas pour écraser Alika, limite à l'aide de tout son corps par-dessus le sien et la regarda droit dans les yeux.
« Ney Alichoue', je dois te dire quelque chose !
- Quoi— Aouch !
- J'ai toujours aimé les filles !
- Eh ?
- Un jour, je me marierai avec une fille. »
Yuka ne semblait nullement choquée. En fait, elle semblait être plus occupée à replacer les os et les immobiliser. Étant un petit poignet d'enfant, la tâche fut relativement facile.
« T'aimes pas les garçons ? demanda Alika en grimaçant.
- Non. J'aime les filles ! Et je t'aime toi ! »
Lorsqu'Alika se redressa enfin, elle observa son poignet dans le bandage blanc. Yuka attacha une écharpe et la passa autour de son cou pour prendre les mesures.
« Hum... je veux pas de bandage, rétorqua sa petite-nièce.
- Oh ? Ce serait bien si tu immobilisais un peu ton poignet, au moins pour le temps d'une ou deux journées, pas plus.
- ... D'accord, soupira-t-elle. »
Elle laissa sa grande tante passer l'écharpe autour de son cou et y déposer son poignet.
« Tu sais, ta Maman, Balsa, est déjà tombée de cet arbre elle aussi.
- Ah oui ?! s'exclama Amaya.
- Oui, mais elle était beaucoup plus jeune. Elle devait avoir trois ans. Et quand j'étais jeune comme vous, un de mes amis d'enfance a aussi voulu grimper cet arbre. Par chance, il ne s'est égratigné que les genoux. Et finalement, Alika a aussi rejoint l'historique de cet arbre.
- On dirait que le yukka aime pas les enfants, murmura Amaya tout bas. Je savais que cet arbre mijotait un sale coup avec Alika.
- Quoi ? s'écria Alika. Les arbres peuvent pas parler, mais ils peuvent pousser. J'ai juste mal calculé mon coup... et voilà. »
Yuka rit. Balsa avait dit la même chose quand elle était tombée de cet arbre : « C'est l'arbre qui m'a poussé ». Heureusement, le poignet cassé d'Alika n'était pas son bras dominant. Elle était naturellement droitière. Peut-être était-ce un coup de chance dans sa malchance ? Quoiqu'il en soit, Yuka se mit à penser que Balsa allait recevoir pleins de nouvelles de sa fille quand elle reviendra.
