Décision divine chapitre 4
Mime sortit de son état de torpeur et replia la couverture d'un geste rapide. Quinze jours de repos lui avaient permis de recouvrir en grande partie la santé : ses blessures s'étaient rapidement refermées, il était beaucoup moins éreinté après une petite activité. C'était un état de convalescence, entre douleur et guérison mais certaines blessures rouvertes ne guériraient pas si simplement.
Rares étaient ceux qui voyaient les blessures du cœur, de l'esprit, qui prenaient le temps de les panser.
Assis sur son lit, Mime tapota un peu l'oreiller et replia les couvertures, la literie avait grand besoin d'être un peu aérée vu le temps qu'il avait passé alité ! Il n'avait plus vraiment envie de rester alité comme un vieillard ou un infirme, il avait besoin ne serait ce que quelques minutes de passer d'autres vêtements, des chaussures et explorer les lieux.
Quoi de plus normal quand on ne connaissait qu'une seule pièce, austère de surcroît ? Toutefois, il lui était impossible de sortir sans au moins une tenue correcte, ce qui lui faisait défaut.
Autant se montrer patient et calme. Attendant dans un silence relatif, tout en se demandant combien d'enfants l'orphelinat abritait, il releva la tête quand la porte s'ouvrit mettant un terme à ses réflexions.
- Bonjour Niorün.
- Bonjour Mime. Tu as l'air ailleurs, quelque chose semble te travailler. Sa voix était neutre, ce n'était pas un reproche, ni une sollicitude, juste une constatation. Comme à son habitude, elle ne souriait pas.
Je suppose qu'à présent que tes blessures sont presque guéries que tu dois brûler d'envie de repartir sans te retourner.
Mime garda sa réponse pour lui, sans s'offusquer de cette observation. D'autres que lui ne se seraient pas montrés aussi reconnaissants et auraient considéré comme acquis qu'on prenne soin d'eux.
- Détrompe toi. Vous vous êtes tous occupés de moi, alors que vous auriez pu trouver une autre solution, vous avez fait votre possible. Ça m'est impossible de partir comme un ingrat sans rien pouvoir faire.
Où donc pourrais je aller, de toutes façons ? Qui pourrais je retrouver ? Qui accepterait de croire ce qui m'est arrivé et aussi accepter de me donner une seconde chance avec ce que j'ai fait ? Ai je vraiment autre part où aller ? Ce n'est pas le cas, et la réciprocité est quelque chose d'important.
Hors de question que je reste un peu plus les bras ballants sans rien faire.
Mime balaya d'une main invisible ses réflexions, de même que ce sentiment de culpabilité, se lamenter n'avancerait absolument pas les choses, et il n'était plus un enfant !
Les yeux bleus de Niorün brillèrent de surprise quand elle écouta sa réponse, avait il au moins le sens de l'équité ?
- Je commence à aller un tout petit peu mieux et je me sens capable de rendre quelques petits services. C'est le moins que je puisse faire, et vous en avez sans doute besoin, après tout qu'est ce que je sais vraiment de ce lieu et du personnel qui le gère ?
Serait ce possible de pouvoir un peu sortir de cette chambre ? Si je me sens fatigué, je me reposerai ensuite, mais je ne peux plus trop tenir en place.
Il soutînt son regard avec calme, sans montrer d'impatience ou d'autorité, utilisant la politesse et le bon sens comme arme, plus efficace que les demandes autoritaires ou les exigences.
Elle l'observa un bon moment avant de sortir et de revenir avec un pantalon et une tunique très simples, faites dans un tissu grossier.
Quelques minutes plus tard, il découvrait à ses côtés un couloir, avec une chambre en face de la sienne qui servait d'infirmerie, tout au bout se trouvait un escalier qui menait vers des chambres et des salles d'eau.
Le rez de chaussée était composé de grandes salles, servant soit pour les jeux, soit pour y dispenser des leçons. Pour le moment, seul un murmure professoral parvenait à leurs oreilles et des voix enfantines récitant l'alphabet troublaient le silence.
Il y avait encore un second étage avec d'autres chambres et une salle de lecrure, une autre partie faisait office de grenier.
Jouxté à ce long bâtiment de pierre, un autre en bois un peu moins grand se dressait, ainsi que quelques mètres plus loin, un petit chalet en bois et une écurie désaffectée.
Niorün lui apprit que le petit chalet doté de fenêtres orientées plein sud, leur permettait ainsi de cultiver quelques légumes en hauteur, protégés du froid par les murs de bois et de la paille sur les mottes de terres. Les rayons du soleil filtrés par les vitres permettaient aussi aux végétaux de pousser sans trop de difficultés. A deux lieues à peine, se dressait une très grande forêt essentiellement constituée de conifères.
La visite lui avait un peu changé les idées, mais n'avaient pas effacé sa culpabilité et son envie de dire la vérité. Il était beau tiens, le GodWarrior d'Eta !
Certes, il n'avait jamais été pris par les ivresses d'orgueil et d'ambitions démesurées, ne se serait jamais amusé si l'occasion s'était présentée à manipuler les dieux pour ses intérêts. Mais il n'était pas non plus un saint avec ce qu'il avait fait, et qui à présent lui pesait sur la conscience.
Pendant tant de temps, il avait refusé de faire face à ses fautes, à ce meurtre qu'il avait quand même prémédité. Si il n'était pas un meurtrier, adolescent il détestait son père, sa rigidité et ses entraînements aussi durs et réguliers, jusqu'à ce que son corps soit couvert d'écchymoses. Que ce ne soit jamais assez à la hauteur pour quelqu'un qui un jour aurait la responsabilité de protéger Asgard. Il avait endossé ce rôle à contrecœur, pas par rêve comme bien des enfants mais parce qu'on croyait en lui, qu'Odin et les autres ases, la Godrobe l'avait reconnu comme son possesseur.
Entré dans une grande cuisine où des oignons entassés étaient sur une table en bois verni, Mime repensa à une des principales raisons de sa rancœur.
Même si il n'était pas enchanté de ce destin, il n'aurait pas tourné les talons, c'était l'image qu'il devait renvoyer qui le dérangeait. Il n'était pas avide de combats sanglants passionnants seuls régis par la force, il préférait de loin la stratégie et la créativité. Rester changeant et ne pas être dans la puissance brute seule ou l'absence de sensibilité ce qui était tout à fait absurde à ses yeux !
Et encore une fois, il ferait face à ce qu'il avait fait, en dépit de son dégoût de son mépris. Tant pis si après ses confidences on le huerait ou le mépriserait, brûlant d'envie de lui cracher au visage ou de le renvoyer de là où il venait et de le laisser se démerder. C'est quand même ce qu'il méritait, en partie, non ?
Hors de question non plus de se réfugier dans des faux plaisirs comme l'alcool ou les bordels, les jeux d'argent. Ce ne serait que se voiler un peu plus la face.
Quand tu as des problèmes, ça ne sert à rien de pas chercher de solution ou de s'échapper en descendant des bouteilles d'hydromel. Mets toi face à ce qui ne va pas et affronte les, même si c'est ardu. Mais n'oublie jamais que personne n'est pas entièrement seul en ce monde et qu'on peut aussi compter sur les autres. Lui avait dit son père.
Pour tromper son état d'esprit et ne pas s'appesantir sur le passé, il accepta d'aider Niorün à éplucher et couper les oignons. C'était aussi un bon prétexte pour laisser sa douleur s'exprimer sans que les autres n'en sachent rien tant que Björn et Solveig ne seraient pas là. Si on pleurait on pourrait dire qu'on ne se sentait pas bien à cause de ce qu'on avait fait et que les oignons faisaient pleurer.
Mime s'efforça de rester calme et humble, face à son interlocuteur.
Le prêtre qui se tenait en face de lui l'avait écouté avec attention. Si Hilda était reconnue comme la représente officielle terrestre d'Odin et que ses dires étaient paroles d'évangile, il existait à Asgard des prêtres et des temples qu'on trouvait dans chaque ville ou villages. Des endroits où il était possible de faire des offrandes à Odin, mais aussià Thor, Freya, Frigg ou autres ases qui veillaient sur eux.
Si ces prêtres se chargeaient de la gestion des temples, ils visitaient aussi les fermes, cabanes ou autres endroits hors des habitations . Björn avait organisé une rencontre en tête à tête après avoir écouté ce gamin, sans le critiquer. Au moins il était foutu d'avoir assez de couilles et d'intégrité pour ne pas nier ses conneries et se casser sans les remercier par de modestes coups de main dans la mesure de ses forces qui n'étaient pas totalement revenu.
Tout ce religieux n'était que sévérité: sa tenue noire, son crâne rasé, ses yeux bleus froids comme la glace et ne souriait pas. Il avait à peine touché son verre et n' avait pas touché aux gâteaux posés sur la table.
-Comment se fait il que vous ayez décidé d' en parler maintenant? Il attendait la réponse, tandis que le jeune homme aux longs cheveux se tordit nerveusement les mains, cherchant manifestement ses mots pour s'expliquer. Il fallait quand même aussi de la lucidité et de la sincérité pour révéler ce genre de choses.
-Parce que c'est seulement depuis peu de temps que j'ai réalisé mes erreurs. Que je m'étais voilé longtemps la face, cherchant à croire que ce n'était pas la réalité, qu'il le méritait. Tout comme il me semblait juste d'obéir à ma souveraine, répondit Mime avec tristesse en reposant son gobelet.
Son regard rose brun se promena sur les murs, comme si il essayait de retarder ce moment. Mais ce n'était plus possible, il était temps de se colleter une fois pour toutes avec ce qui le rongeait. Pourtant, à présent je comprends que ce que j'ai fait me semble ignoble et impardonnable, poursuivit il. Il aurait pu m'abandonner, me laisser mourir ou finir mes jours dans un orphelinat, et moi je.. Je .. J'ai fini par le tuer en le prenant pour un meurtrier alors qu'il n'en était pas un finalement! acheva il la voix tremblante à deux doigts de fondre en larmes. C'était la première fois qu'il parlait vraiment de cette horreur à quelqu'un et ça lui faisait mal.
-Mais vous avez quand même eu le courage de reconnaître vos fautes, de les affronter. Vous ne les niez pas ou vous ne me mentez pas.
-Et à quoi cela servirait il? Ça ne ferait qu'aggraver la situation, répondit il d'une voix rauque.
-Aucune faute n'est totalement impardonnable, reprit calmement le prêtre. Il est toujours possible de se racheter, d'expier ses fautes passées, et vous ne dérogez pas à cette règle. Personne de toute façon.
-Et comment?
-Avec une période expiatoire de six mois. Vous avez le choix d'accepter ou de refuser. C'est votre choix et je n'influencerai pas sur cette décision qui n'appartient qu'à vous.
La possibilité de laver ses crimes et de réussir à redevenir quelqu'un dont son père aurait pu être fier de lui, voir plus puisqu'il croyait en le fait qu'il devienne un guerrier divin? Si c'était possible, hors de question de refuser.
-J'accepte, sans la moindre hésitation. Je suis prêt à commencer dès maintenant.
-Voilà une conduite remarquable. Mais en êtes vous certain? une fois engagé, vous ne pourrez pas revenir sur votre parole, et il y a des règles strictes à ce sujet.
-Je vous l'ai dit: j'ai accepté, même si ce sera difficile j'en suis conscient.
-Bien. Si tel est votre choix, cette période commencera donc ce matin même, mais avant cela il y a des préparatifs à observer.
Je vais donc à présent vous parler de ces règles: vous n'aurez pas le droit de sortir de cet endroit pendant six mois, ni de consommer de l'alcool, jouer à des jeux d'argent ou vous rendre dans des bordels. Vous devrez essayer de vous rendre le plus utile possible à cet établissement. Tout le long de cette période, vous n'aurez plus le droit de porter des vêtements de couleur, seulement du gris et vous aurez les cheveux coupés courts. Sans oublier les prières bien évidemment.
Il n'avait eu aucun sourire en lui exposant les différents points, il était resté dur et froid avant de reprendre:
Vous commencerez par vous rendre dans une salle d'eau, je viendrai vous chercher dans une heure. Il va de soi pour le moment, il vous est interdit de voir qui que ce soit jusqu'à ce que les préparatifs soient achevés.
Seul à la table, Mime soupira. Il y avait des bons et des mauvais aspects là dedans, mais comme toute chose, si on réfléchissait bien. Un peu d'ombre, un peu de lumière…
L'alcool, il n'en avait jamais été friand, à la rigueur de temps en temps une bonne bière, ou alors un peu d'hydromel dans le cas de grandes occasions. Les jeux d'argent n'étaient pas du tout sa tasse de thé, ça ne poussait pas dans les arbres, et mieux valait l'utiliser pour des dépenses pratiques.
Quant aux bordels et plaisirs du sexe… Ce n'était pas non plus quelque chose qui avait fait partie de son éducation, ni de ses envies. Si il pouvait être sensible à la beauté de certaines femmes, il n'était pas non plus du genre à prendre du plaisir sous les draps avec n'importe qui et une bouteille d'alcool sur la table de chevet. Tirer un coup pour satisfaire des pulsions avec une fille payée pour le faire et peut être expérimentée était une chose. Avoir une vraie relation au-delà du sexe et de ses désirs égoïstes en était une autre.
En revanche, changer de façon drastique d'apparence, c'était moins plaisant. Il jeta un regard par la fenêtre : le ciel était encore teinté de rouge et d'orangé à cette époque, le soleil se levait tard.
Aujourd'hui ne serait pas une journée banale et insignifiante comme tant d'autres, c'était un moment de changement.
Il était entré dans la salle qu'on utilisait pour se laver habituellement et la baignoire était remplie d'eau chaude, où flottaient des herbes à la surface. Même si il n'était pas particulièrement couvert de crasse, il se doutait que c'était le début.
D'un geste le prêtre lui ordonna de se dévêtir, ce qu'il fit à contrecœur. Ce moment serait tout, sauf agréable, songea il en entrant dans la baignoire. L'eau était assez chaude, ça aurait pu être relaxant, mais ça ne le fut pas, quand l'homme en noir commença à le frotter partout vigoureusement avec un savon blanc composé de graisse et de lait. Mime savait qu'il serait inutile de faire un commentaire là dessus: c'était le début de l'expiation, commencer à se laver de ses pêchés.
Après dix minutes, d'un autre geste de la main, il eut l'ordre de sortir, et de se sécher. Sa peau était rouge par endroits fortement frottée par le tissu et le savon. La serviette était taillée dans le même tissu rêche que celui utilisé pour se laver. Une fois sec, il nota alors sur le tabouret la présence de deux tenues identiques soigneusement pliées. Elles se composaient de sous vêtement gris clair, d'une tunique à manche longues de la même couleur, un pantalon d'un gris un peu plus foncé et de chaussures de la même couleur.
Mime saisit l'une des deux tuniques et commença à s'habiller. Le vêtement était taillé dans une laine un peu rugueuse mais qui le protégerait sans problème du froid, de même que le pantalon, les chaussettes et les chaussures. Tout en mettant ses chaussures, il vit que le tabouret était posé en face du miroir. Juste après avoir déplacé la tenue restante sur un baquet retourné, il eût l'ordre muet de s'asseoir, ce qu'il fit sans sourciller, même si il n'était pas à la fête. Ce dernier moment serait le moins agréable, sans nul doute, mais il n'avait pas le choix.
Mime eût un regard d'appréhension en voyant le religieux déplier un rasoir et saisir une mèche de cheveux, qu'il coupa imperturbable.
Les mains sur les genoux, plus mal à l'aise que jamais, Mime versa discrètement quelques larmes en voyant ses cheveux tomber petit à petit sur ses épaules et le sol. Mais il avait fait son choix et il ne pouvait pas non plus rester dans le passé, il lui fallait expier ses fautes. Il pouvait le faire en aidant ici du mieux qu'il le pouvait en rendant à ces orphelins ce dont ils avaient été privés, et prouver à son père qu'il avait lui aussi appris à tendre la main.
Enfin quinze minutes plus tard, une main balayer d'un geste rapide les dernières mèches sur ses épaules, c'était enfin terminé. Un geste lui indiqua qu'il pouvait partir. Avant cela il se regarda dans le miroir avant de se sentir triste et dépaysé: il ne restait absolument rien de sa belle chevelure blond vénitien. Juste des mèches au sol. Ses cheveux étaient à présent si courts,juste trois centimètres. C'était drastique et bien la première fois qu'il était comme ça, ce qui le mettait assez mal à l'aise. Il n'était plus le même, personne ne reconnaîtrait non plus le GodWarrior d'Eta, ou un ancien compagnon d'armes.
Son apparence désarmante de simplicité ne dévoilait plus ce qu'il avait été, à présent, il était seulement Mime, rien de plus.
En sortant de la salle, quelle ne fût sa surprise de voir que quelqu'un l'attendait. Niorün était en face de lui, vêtue de sa robe simple bleue et elle lui adressa un sourire, chose exceptionnelle.
-Il parait que tu vas rester avec nous. Tu n'imagines pas comme ça me fait plaisir que tu aies fait ce choix.
Elle observa sa nouvelle apparence: vêtu de gris ses cheveux coupés très court, mais ça ne la rebutait absolument pas. Au contraire, elle le trouvait plutôt courageux d'oser assumer ce qu'il avait fait, et de vouloir expier ses fautes.
Et crois moi, continua elle, je ne serai pas la seule à me réjouir de ce choix. Solveig, Bjorn et les enfants, tout le monde voulait que tu restes, tu es gentil curieux travailleur...
On t'attendait, Solveig et Bjorn pour le déjeuner. Mais Mime, qu'est ce qu'il y a? Tu pleures?! oh je voulais pas te blesser.
- Non, tu n'as rien fait de mal, répondit il en essuyant ses larmes avec son index. C'est seulement que... Que je suis très touché par votre gentillesse à tous. Que vous vouliez que je reste à vos côtés et puis je, je...
Il ne pût en dire plus et se remit à pleurer, ressentant le contrecoup du moment difficile qu'il venait de vivre. A sa grande surprise, Niorün lui tenait la main, la sienne était si chaude, si douce, et elle lui adressait un sourire incroyablement chaleureux. Un sourire vrai, sincère, pas de façade ou crispé. Seulement adressé pour consoler et encourager quelqu'un dans le désarroi. Puis elle lui tendit un mouchoir.
- Viens, tout le monde t'attend à la cuisine et tu dois être affamé. Solveig a préparé du poisson roti et de l'écrasé de pomme de terre avec une sauce aux myrtilles. Un bon repas, ça fait du bien.
- Oui, allons y, il réussit à esquisser un petit sourire timide. Tant de chaleur humaine et de douceur, un endroit dans lequel il était apprécie et aimé... A cet instant, il ne regrettait plus rien et la suivit vers la cuisine.
La nuit était déjà tombée depuis plus de cinq heures, à en juger par la position des constellations dans le ciel, il devait être dix heures du soir. Assis sur le lit, Mime n'en revenait pas encore d'avoir sa propre chambre dans les appartements privés de la grande cabane collée à l'orphelinat. Il s'agissait d'une petite pièce en rondins, très simple avec pour seul mobilier un lit en bois, un bureau et une chaise ainsi qu'une petite armoire. Le lit était dans un coin de la pièce à côté de la fenêtre qui était protégée par d'épais rideaux de couleur rouge carmin, de même que la couette du lit.
Une peau de mouton avait été posée sur le plancher à côté du lit, l'endroit était cependant beaucoup mieux isolé que l'ancienne pièce qu'il avait connue.
Mime passa distraitement une main sur ses cheveux fraîchement coupés finalement tout s'était passé mieux qu'il n'aurait jamais pu le croire. Pour commencer, ni Solveig ni Bjorn et encore moins Niorün ne le traitaient comme si ils avaient pitié de lui, ni critiqué sur ce qu'il avait fait en le traitant de meurtrier.
Au contraire, ils lui avaient dit qu'il était plus honnête et malin que d'autres et que si il réparait ses erreurs c'était la bonne conduite à adopter. Même si le repas s'était passé dans un atmosphère quelque peu morose, il n'avait pas vraiment eu le temps ensuite de se morfondre. Entre le bois à couper à ramener sous l'abri et en distribuer dans toutes les pièces réalimenter les poêles ou les cheminées, des armoires à cirer et des chandelles à remplacer, l'après midi était passé incroyablement vite. Il avait été ensuite entouré par les enfants qui l'avaient entouré posant plein de questions. Quand il leur avait appris qu'il jouait de la lyre, ils l'avaient prié de jouer un peu de musique avant l'heure du coucher à renfort de sourire et de regard de chiots battus, il avait accepté de bon cœur.
Et maintenant, il était seul dans cette chambre simple mais qui respirait la chaleur humaine, un étranger accepté dans une famille, il avait trouvé une place alors qu'il n'avait eu personne…
Le temps de se retrouver et de savoir si ou non il était toujours digne de rester au service d'Odin et d'Hilda, d'être capable de protéger des gens comme eux de menaces divines ou de périls qui pourraient être provoqués par les géants .
En soulevant l'oreiller, il aperçut une chemise de nuit de la même couleur que sa tunique, et une flûte à bec un petit cadeau de bienvenue, étrange vu que les flûtes harmoniques étaient plus utilisées à Asgard mais qu'importe. La musique lui avait tellement manqué pendant tout ce temps, à un point qu'il n'imaginait même pas jusqu'au moment de rejouer où il avait eu à nouveau une énorme envie de pleurer qu'il était parvenu à refouler. Maintenant, il était seul libre de laisser aller ses émotions, de mettre tout son cœur et ses sentiments dans la musique qu'il aimait tant. Si il n'avait jamais vraiment joué de cet instrument, il savait quand même comment obtenir les notes souhaitées en positionnant ses doigts et avec le souffle. Plus rien n'existait en dehors des notes, des accords de la mélodie lente et profonde dans laquelle il mettait tout son cœur sans se rendre compte qu'il pleurait. Il joua encore un long moment avant de se sentir mieux, beaucoup mieux, comme vidé de toute une tristesse accumulée depuis des lustres. Mais à présent, les choses étaient toute autres et il avait trouvé des personnes qui l'avaient accepté, étaient chaleureuses avec lui, heureuses qu'il reste avec eux. Il était libre de se reconstruire, d'avoir droit à l'amitié et de ne pas seulement être un tueur ou un guerrier divin. Mime se glissa dans son lit avec un vrai sourire sur les lèvres et observa un court instant la flamme de la bougie danser. Il était temps de dormir, la journée avait était assez longue, demain serait une toute autre journée faite d'espoir sans le moindre doute. Sur ces pensées, il souffla la bougie et sombra en toute quiétude dans un sommeil profond.
A suivre
