Chapitre 5

Le hululement habituel d'une chouette se fit entendre, à cet instant Mime repoussa avec mollesse les couvertures. Il devait être près de sept heures du matin et la journée serait à nouveau chargée.
Il commençait à avoir l'habitude de ce réveil naturel : il y avait de cela une quinzaine de jours, une chouette lapone avait trouvé un creux de sapin à son goût et y avait élu domicile. Étrangement, elle n'était pas farouche et se posait souvent sur une branche observant avec curiosité le chalet.
Au moins, elle nous rend quelques petits services en chassant et ne nous a pas amenés le malheurs comme d'autres imbéciles se plaisent à le dire. Songea il l'esprit encore embrumé par le soleil et la nuit noire à l'extérieure n'arrangeait pas grand-chose.

Il rejoignit d'un pas traînant la cuisine, où déjà un feu ronflant crépitait tandis qu'une pâte à pain levait juste à côté.
- Toujours aussi peu du matin, hein ? Un vrai loir, le taquin a Björn.
Mime ne répondit même pas étouffant un long baillement, alors que Skygge, chaton chasseur officiel de la cuisine sauta sur ses genoux en se mettant à ronronner.
- On dirait que personne ne voudra te laisser tranquille, s'amusa Niorün qui venait de se mettre à table et poussa dans sa direction une cafetière bien remplie.
Au moins avec un bon café noir, un peu de pain beurré et du fromage, ça irait un peu mieux.
Si cette fois comme souvent, à moitié endormi, sa tranche de pain noir ne se noierait pas dans le bol.
Mime avala d'un air songeur une bouchée de fromage, quelque peu préoccupé. Ça faisait presque un mois et demiqu'il était arrivé ici, dans un endroit qu'il commençait à peine à découvrir, tout comme sa « nouvelle vie ». Il avait vraiment eu l'impression d'être quelqu'un d'autre, dont il ignorait l'existence, découvrant d'autres qualités ou défauts, des relations différentes.
Certes il y a avait des similitudes avec son passé : comme le fait d'habiter non loin d'une très grande forêt, dans un endroit rustique.
Mais la même question avait commencé à le tarauder : si il n'avait pas rêvé de cette rencontre, et que ce face à face à Fensalir avait été bel et bien réel, que pouvait il en être des autres Godwarriors ?
Se pouvait ou non que tous soient revenus à la vie ? Et si oui, dans quel véritable but ? D'avoir toujours à portée de main de simples serviteurs devant protéger quoi qu'il leur en coûte le royaume d'Asgard ? Ou des êtres humains qui ne connaissaient qu'une partie de ce qui les attendait ?
Ou tout simplement, un simple acte miséricordieux, même si ça lui paraissait invraisemblable.
Autant ne pas s'attarder trop sur des questions sans réponses et profiter du présent.
Beaucoup se seraient damnés pour avoir une chance pareille, comme celle qu'il avait eu.

Dans peu de temps, ils auraient à nouveau besoin de refaire des provisions, mais ils manquaient malheureusement de moyens et de temps pour ça.
Le prix des céréales et des légumes, tout comme celui du lait et des œufs avait grimpé en flèche.
Solveig retînt un soupir de lassitude : si seulement ils pouvaient avoir un peu plus de moyens, mais ils avaient peu d'argent. Le responsable de la ville semblait estimer qu'un simple orphelinat n'avait pas besoin d'un bon sac de couronnes quelle imbécillité !

Entre les médicaments de base à acheter, des herbes particulières ou les frais de médecins dus aux épidémies, il y avait déjà une bonne partie à ôter, tout comme l'impôt qu'ils étaient forcés de payer régulièrement. C'était donc plus ardu de réussir à avoir assez d'argent pour toutes ces bouches à nourrir, malgré le gibier et les maigres légumes qu'ils parvenaient à faire pousser.
Solveig chassa d'un geste contrarié une mèche gris de cheveux pour ensuite se mettre à pétrir la pâte. De son côté, Niorün saisit une pile de bols qu'elle emmena dans la salle à manger.
- Il va falloir commencer à allumer les lampes, on est dans le noir le plus total, et on a eu un peu plus de cette putain de neige qui est tombée, grommela Björn.
- Donc deux fois plus d'accident à cause de ce verglas. Très bien, je termine de préparer le petit déjeuner et je sors.
- Tu veux t'en charger ?

- Et pourquoi pas ? ! Ses yeux bleus le mirent au défi d'ajouter autre chose. Elle n'était pas une femme comme les autres, aux yeux de Mime. Certes elle était tout le temps en robe, mais elle n'avait pas peur de corvées plus difficiles comme celles du bois ou de la neige.
- Je peux très bien faire ça toute seule, je suis loin d'être une idiote sans cervelle.
Le regard noir que lui adressa Mime ne l'atteignit pas.
- Fais comme bon te semble, finit il par lâcher. Mais ne viens pas te plaindre si il y a un problème.
Björn les regarda en souriant : ces deux là en dépit de leur jeunesse avaient commencé un petit peu à s'apprivoiser. Depuis le temps que cette gamine était là, elle n'avait que très rarement parlé de sa vie d'antan. Juste dit ce qu'elle était, cherchant un toit et un travail. Comme ils avaient besoin de quelqu'un, ils n'avaient pas craché sur sa proposition et l'avaient accueilli lui offrant le couvert et le gîte en échange de son travail.
Elle était sérieuse, travailleuse, mais assez secrète, avec d'étranges aptitudes.
Pourtant, elle n'avait rien d'une sorcière, elle était juste une pauvre gamine que la vie n'avait pas épargné. Et maintenant de temps en temps, elle écoutait Mime jouer de la musique, discuter des rythmes ou des environs…
La vie réservait bien des surprises.


Le froid était sec et claquant, il devait faire probablement moins dix degrés, mais ça ne dérangeait pas la jeune femme. Elle referma la porte en verre, protégeant la bougie du vent, il ne resterait plus que six lanternes à allumer ainsi qu'un brasero.
Ce travail solitaire lui plaisait, personne sur le dos, un peu de temps pour se retrouver seule et exercer son « don » comme elle l'appelait.
Un « talent » de plus dont elle ignorait si c'était une bonne ou une mauvaise chose. De temps à autres, elle sentait une force en elle. Tantôt endormie, tantôt éveillée avec plus ou moins de puissance selon son état d'esprit. Quand elle se sentait vraiment intéressée par quelque chose, elle avait le sentiment que cette « force » l'aidait et lui permettait de plus facilement atteindre son but.
Ou de sentir si il y avait d'autres présences, même non visibles, tantôt elle était capable de le percevoir, tantôt non. Et ça l'inquiétait, si un jour ça venait à se savoir qui ne dirait pas qu'on la prendrait pour une sorcière ou une démone ? Qu'elle perdrait la confiance de ceux qui l'avaient recueillis ?
La neige était encore une fois tombée abondamment : cinq bon centimètres de poudreuse sur le chemin qui cachaient un piège dangereux : du verglas. D'un bon mouvement de pelle, elle brisa la plaque sur le chemin pour avancer, trop absorbée pour ne pas réaliser que quelque chose, ou quelqu'un la menaçait.
Un sillon se formait lentement dans la neige, étouffant les bruits de pattes. Il fallait trouver quelque chose sur quoi passer sa colère, parvenir à se calmer, n'importe quoi ferait l'affaire, comme cette silhouette pas loin.
- Bordel de merde !
Niorün resserra sa main sur le manche de pelle, elle aurait du faire plus attention et regarder un peu mieux. A cinq mètres de lui un renard argenté à la silhouette décharnée et traînante l'observait de son regard malveillant.
- Celle là, je l'avais pas vu venir, et on risque d'avoir un gros problème.
Elle avait tout de suite compris en voyant le prédateur qu'elle devrait faire encore plus attention, surtout à ne pas se faire mordre. Il était enragé, ce qui laissait supposer que d'autres animaux avaient attrapé la rage. Surtout, ne pas s'approcher, rester immobile et ne pas le regarder. Un seul pas et ce serait courir au suicide.
- C'est ça, viens, viens donc essayer de me voir. J'ai une petite surprise qui t'attend, mon mignon, siffla elle avec colère entre ses dents.
Pas question de fuir ou de ne rien faire sinon elle mettrait en danger d'autres personnes : les enfants, sa famille, ce type qu'elle commençait à apprécier. Non ! Elle ne lui permettrait pas de foutre ses sales pattes sur ceux qui lui était précieux, elle ferait tout pour ça !
Alors qu'il estimait avoir fendu assez de bûches, Mime sentit quelque chose de bien trop familier qu'il n'avait pourtant plus d'habitude de ressentir : un cosmos.
Qui, qui était capable d'un tel prodige ? Mais celui ci n'avait rien de familier, et était plutôt confus, imprévisible comme un feu à peine allumé partant dans tous les sens.
Il avait aussi quelque chose d'un appel à l'aide, d'un regard il observa les traces dans la neige. Son sang ne fit qu'un tour alors qu'il parcourait a grand pas sans se soucier du verglas la distance.
Juste dix mètres après, il comprit à son tour ce qui se passait.
Niorün ?! Mais comment pouvait elle faire ça ? Enfin, il y avait plus urgent à régler.
L'animal décharné gronda furieusement, sa rage décuplée par l'arrivée de cet animal. Il pourrait se défouler, le mordre autant qu'il voudrait tout comme l'autre…
Accroupi sur lui même la bave coulant plus abondamment de sa gueule, il prit son élan et courût. Un choc le fit rouler sur lui même ne faisant qu'attiser sa colère.
- Essaie donc un peu de refaire ça… Je t'en empêcherai !
La pelle siffla dans l'air mais rata sa cible, à présent il tenait le bout en métal dans la gueule, ses yeux étincelant d'agressivité incontrôlable.
- Ne bouge pas. La voix était calme, masquant la peur et l'envie de venir à bout de cette bestiole.
Bouge et elle t'attaquera immédiatement. Si elle lâche ça, elle risque de me sauter dessus, je n'aurais pas beaucoup de temps, toi non plus. Alors ne reste pas là !
- Est ce que à tout hasard tu es stupide ou suicidaire ? Tu peux me dire à quoi tu joues au juste ?
Elle le contempla avec stupéfaction, comme si c'était lui l'idiot. Une goutte de sueur glissa dans son cou, il risquait de l'attaquer à nouveau.
Ne me touche pas ! Une voix surpuissante avait retenti dans son esprit et par quel étrange prodige, le renard avait été jeté contre un sapin avec violence. A moitié conscient, il avait l'air de ne pas réussir à se relever, c'était maintenant qu'il fallait agir.
Niorün marcha à grande enjambées, remerciant les Ases d'avoir pris des bottes taillées dans un cuir solide et une robe assez ample. Juste en face de son adversaire, elle leva la pelle, le tranchant bien en évidence et frappa. De toutes ses forces, sur la nuque, une fois puis une seconde jusqu'à ce que du sang goutte sur la neige. Pour le moment ils étaient tranquilles, mais, ce bruit dans les buissons qu'était ce ? A nouveau, elle sentit cette force l'envelopper et jaillir d'elle incontrôlable, alors que deux sapins tombèrent. Puis plus rien, ses jambes ne pouvaient plus la porter.
Qu'avait elle fait ? Le regard curieux de Mime se posa sur lui, et lui fit très mal, encore plus que si elle s'était fait mordre.
- Ne t'approche pas de moi ! Sa voix était tremblante, chargée de peur et ses yeux bleus se remplirent de larmes. Vu son expression fermée il allait sans doute lui hurler dessus ou la frapper, la traitant de tous les noms.
Je ne sais pas ce que je suis, si je suis un monstre ou une sorcière, même pire. Si à toi aussi je peux te faire du mal. Mais ce n'était pas ma faute ! Je ne voulais pas faire ça, par pitié ne me traite pas de monstre !
Mime se ravisa après avoir tendu la main, ses yeux bruns roses étincelant encore de colère devant l'attitude stupide qu'elle avait eu, par contre il ne pourrait pas la considérer comme elle le pensait.
- Tu n'est pas un monstre. Loin de là, même si je suis étonné qu'une jeune femme comme toi détienne un cosmos.
- Un cosmos… Un cosmos, répéta elle la voix tremblante, incrédule, comme si elle ne réussissait pas à le croire.
A cet instant, Björn les rejoignit essoufflé.
- Que s'est il passé, comment c'est possible ? Il fit un geste en direction du sapin, brisé. C'est de la magie ou quoi ? Ou un troll ? Niorün, mais qu'est ce qui t'es arrivé ? Mais réponds moi !
Mime lâcha un soupir : ça allait être très long à expliquer, et en plus il faudrait attendre un peu qu'elle se remette de ses émotions.
État de choc, et c'était normal, après ce qu'elle avait fait. Tout comme lui, du moins.


Emmitouflés dans des couvertures à côté du poêle, le thé chaud apporta un réconfort supplémentaire.
Tous les regards étaient braqués sur la jeune femme, qui serra un peu plus sa tasse de thé, mal à l'aise. Mais ils connaissaient son secret à présent.
- Comment es tu capable de faire ce genre de prodiges ?
- Qui ne nous dit pas que tu pourrais devenir un danger pour nous, demanda Solveig en levant les yeux du poêle. Ce n'est pas une accusation, toutefois de ce que j'ai compris tu ne maîtrises pas cette étrange… saugrenue ou divine, magie, finit elle par lâcher en se tenant raide.
-C'est peut être possible. Sans que je ne sache jamais trop pourquoi, j'ai toujours ressenti cette magie ou force, sans jamais savoir d'où elle me venait. Comment je pouvais y faire appel sans le vouloir, ou que rien ne se produise dans d'autres cas.
Vous avez l'intention de me jeter dehors, j'imagine ? De vous débarrasser d'un danger tel que moi ? Ou peut être de me tuer.
- Arrête un peu tes imbécilités ! Grogna Björn d'une voix sévère en lui tenant l'épaule.
Il avait du mal à croire qu'elle ait pu être capable de faire des choses hors de portée de simples humains, ça l'inquiétait, comme sa femme du reste. Mais sans elle, ils auraient couru un danger, des enfants auraient pu être attaqués, et elle les avait protégés.
Il ne pouvait pas la virer comme une malpropre de chez eux, alors qu'en plus ils tenaient à elle.
- Y a des fois où je me dis qu'une baffe te remettrait les idées en place, mais tu peux me dire à quoi tu penses au juste ?!
- A ce que d'autres personnes moins tolérantes seraient capables de me faire, tout simplement. Ses yeux se posèrent sur une lézarde du mur.
Je suis réaliste. Mais c'est bizarre, car la force que je ressens en moi, je la sens aussi en toi… Mime.
De façon bien plus puissante, presque imperceptible, discrète, mais présente quand même. Tout à l'heure, poursuivit elle. J'ai senti mon cœur résonner avec quelque chose d'autre, comme si un appel mystérieux m'était lancé.
Ça paraît fou, je sais, mais c'est comme ça ! Je ne suis pas folle et je vois pas pourquoi je vous mentirait, cria elle en se redressant vivement.
- Pas à mes yeux. Répliqua calmement Mime.
Je te le redis, cette force dont tu parles a pour nom cosmos. Une force que chaque être humain possède en lui, quelque chose qui est comme un univers en nous. Une force différente de la force morale ou physique mais qui fait partie de nous. Nous autres les Godwarriors avons su l'utiliser, l'appréhender, la laisser nous entourer. Et nous a permis de protéger ceux que nous aimons, les faibles ou Asgard.
Nous sommes parvenus à la contrôler, bien sûr ça ne s'est pas fait d'un claquement de doigts.
Mais si tu es capable de la maîtriser, toi aussi tu seras capable de faire des miracles.
Te crois tu encore, un monstre comme tu sembles le croire ? Je devine que tu es apeurée parce que tu viens de découvrir au plus profond de toi, et qui s'est réveillée, tes inquiétudes. Que cherches tu au juste ? A en apprendre plus sur toi ou à chercher à disparaître sans se soucier des personnes qui tiennent à toi ?
- Arrête. Ne me sers pas ce genre de choses, surtout si tu n'en penses pas un mot.
- Tu te trompes totalement. La voix était devenue glaciale.
Tu crois vraiment que JE te dirais ça si je ne le pensais pas ?
- Y en que ça ne dérange pas de mentir figure toi. Niorün essuya son visage, dissimulant la larme sur sa joue.
- Alors dis moi pourquoi je ferai ça ? Quelle bonne raison aurai je à cela ? Vas y cite m'en une, j'attends. Bras croisés il l'observait avec froideur, insensible à son mal être.
Crois le ou non, mais après ce que vous m'avez tous offert, toi y compris, je tiens à vous ! Vous m'avez donné une famille, de la chaleur humaine ! Du soutien !
Et selon toi, je pourrais avec tout cela… te mentir. Ou te laisser seule, sans me soucier de ce qui t'arrive. Tu sais quoi ? Je ferai mieux de te laisser récupérer seule, c'est perdre du temps que de discuter un peu plus.
Dis le moi quand tu auras un peu réfléchi, acheva il en fermant la porte.


Le temps s'était un tout petit peu calmé le lendemain matin, la température était remontée près de zéro, la neige tenait bien. Des conditions idéales pour pouvoir un peu chasser, des lièvres ou des lagopèdes, voire des bernaches.
Au moins la possibilité de sortir un peu plus de cet endroit, de recouvrir un peu d'endurance, et vérifier que ses capacités physiques n'avaient pas trop pâti de sa convalescence, songea Mime.
D'un geste, il resserra sur ses épaules la cape grise, dos à un rocher, observant les traces dans la neige. Quelques traces d'écureuil, de daims, des pommes de pin à moitié mangées, mais aussi un trou creusé sous des racines à deux mètres de lui. Tout juste déserté, conclut il en touchant les herbes encore tièdes.
Ce ne serait que question d'attente et d'appât quelques feuilles fanées de chou visibles, un nœud coulant dissimulé dans la neige qu'il pourrait tirer. Gardant son arc à portée de main et une flèche, il ne restait plus qu'à attendre.
La chance avait été de son côté : deux lièvres arctiques pris au piège ainsi qu'une oie sauvage qui cherchait de la nourriture. Pas si mal, et ça ferait d'une pierre deux coups : entre la fourrure des lièvres et celle du renard, il y avait de quoi se faire une bonne cinquantaine de couronnes au minimum. Plus, si ils joueraient bien leur coup ou qu'un marchand étranger soit dans les parages.
Un brame le tira de ses réflexions. En silence, Mime suivit un sentier tout en tendant de façon vigilante l'oreille, mais quelque chose n'allait pas.
Il y avait des empruntes de pas, des cailloux déplacés et des plantes au sol, ce qui ne laissait pas de doute : quelqu'un avait emprunté cette piste il n'y avait pas si longtemps que ça.
Sans être expert dans le domaine, il avait quand même eu quelques compétences enfant dans le domaine du pistage, tout comme celui de la chasse. Même si ce n'était pas son activité favorite, il en comprenait la nécessité et les buts.
Il entendit un bruit d'arme dégainée pas loin de lui, et le bruit de chaussures sur le sol. La certitude ne servirait à rien, il pourrait se retrouver abattu comme du gibier, d'une main il banda son arc les sens en alerte.
Un épais fourré haut couvert de neige derrière lui remua, le bruit laissait penser que ce n'était pas un simple daim ou un sanglier.
- Vous feriez mieux de vous montrer.
- Vous croyez vraiment que c'est la meilleure des solutions ? Soit vous êtes trop sûr de vous, soit, suicidaire !
- Ni l'un ni l'autre, répondit Mime qui tendit un peu plus la corde en direction de la silhouette, prêt à lancer une flèche en guise d'avertissement. Mais blesser l'inconnu serait la dernière des choses qu'il ferait, il avait horreur d'avoir recours à ce genre de solution, toutefois, il devait se montrer vigilant.
Pour toute réponse, un éclat de rire lui parvînt, ainsi qu'une silhouette qui émergea. A cet instant, une fois de plus la seconde en deux jours, Mime crut que son cœur allait s'arrêter de battre.
- Toi ?!
Il avait déjà entraperçu l'inconnu qui lui faisait face, au palais d'Hilda. Bud d'Alcor, le godwarrior caché dont beaucoup ignoraient l'existence.
Mais il ne pouvait pas se tromper : cette silhouette, ces cheveux vert d'eau et ce regard identique au sien… Tout comme sa tunique déchirée par endroit, ses bottes mal cirées avec des traces de boue, comme ses cheveux indisciplinés en bataille, retenus par une queue de cheval.
Impossible de se tromper, mais était ce une illusion ? Un piège ?
Tout comme Mime, Bud dévisageait avec surprise et méfiance le jeune homme en gris qui le tenait à distance de son arc. Il ne pouvait pas trop s'avancer, mais il avait l'impression de reconnaître un des godwarriors qui s'étaient réunis sur l'ordre d'Hilda.
- Odin et Frigg tous puissants ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible, répéta Mime d'une voix tremblante. Dites moi que je rêve, murmura il toujours incrédule et surpris.
Que peux tu faire ici, Bud ?
- Qui es tu ? Et comment connais tu mon nom ? Demanda le concerné d'un ton méfiant, la main sur son poignard.
- Peut être parce que nous nous sommes déjà rencontrés par le passé. Sous la volonté d'Hilda de Polaris pour affronter le Sanctuaire.
Mime ne s'offusquait pas de cette méfiance, il la comprenait parfaitement et aurait agi de la sorte dans le même cas. Après tout, en dehors de Hagen et Siegfried, les huit Godawarriors ne se connaissaient absolument pas, et n'avaient pas grand-chose en commun en dehors de leur devoir envers Asgard.
Il rabattit son capuchon sur ses épaules, sans trop faire attention aux flocons de neige qui commençaient à tomber.
De son côté, Bud le dévisageait avec stupéfaction et incrédulité, serrant son poignard pour se calmer.
- Ce qui veut dire que tu es… Tu es… Mime de Benetasch, le Godwarrior d'Eta et le musicien légendaire à la mélodie fatale ! Pourtant…
- Je suis différent, approuva il d'un léger sourire mélancolique. Et juste Mime, un simple être humain, tout comme toi. J'imagine que tu es venu ici pour la même chose que moi ? Il désigna à sa ceinture le gibier qui pendait.
- Tu es perspicace. Oui, on manque cruellement de viande en ce moment, ou de pain. Comme beaucoup de paysans, mais qu'est ce que tu peux y connaître ?
- Un peu plus que ce que tu sembles croire, répondit Mime.
Tous les deux s'affrontèrent un court instant du regard, avant que l'animosité ne retombe. Pour l'un comme pour l'autre, même si ils ne se connaissaient absolument pas, ne s'étaient jamais parlé, leur présence était rassurante. Soulageante même, puisqu'elle leur prouvait qu'ils n'avaient pas du rêver leur expérience qu'ils avaient gardés secrète. Ils n'avaient pas grand-chose en commun, mais ils étaient quand même contents de se revoir, de savoir qu'il y avait de l'espérance.
- Veux tu venir avec moi ? Je ne peux pas trop m'attarder, et on a beaucoup de choses à se dire. Autant faire ça dans un endroit plus adéquat ne crois tu pas ? Ce n'est pas trop loin.
Les yeux de Bud brillèrent de stupeur : personne au grand jamais n'aurait songé à lui faire ce genre d'invitation. C'était la toute première fois, et sans trop savoir pour quelle raison, il sentit son cœur battre la chamade.


Comment se fait il que tu aies choisi de rester ici dans cet endroit? Tu me surprends, Mime! Je te croyais plus intéressé par le confort, avait laché Bud.
Si il n'avait pas vu de ces propres yeux ce lien simple, rustique et un abri pour des enfants, jamais il ne l'aurait cru. Les rares « collègues » qu'il avait côtoyé étaient tous issus de la noblesse, ce qui avait une fâcheuse tendance à le dégoûter.
Tous deux assis au coin du feu avec des tasses de café fumantes et des biscuits à la cannelle profitaient de ce moment de calme.
- Ne sous entends tu pas dans tes dires par le luxe la richesse, et l'envie d'avoir des domestiques sous tes ordres? Comme c'est le cas pour ton frère, demanda Mime en ne prêtant pas attention à la mine outrée de Bud.
Sache une chose: je n'ai pas été élevé dans la noblesse et je m'en porte très bien, tout comme je me passe volontiers de ce protocole de l'étiquette et de ce prestige de pacotille.
Quel privilège y a il au juste à naître avec une cuillère en argent dans la bouche? Qu'a on finalement mérité?
- Comment peux tu oser dire ça, comme si tu me connaissais? Si tu savais ce que j'ai vécu, en devant survivre aider de mon mieux dans une ferme et des fois ne pas manger comme on l'espère? ! Qu'en sais tu, dis moi!
-Ça je n'en sais rien, mais je sais l'importance de travailler dur, de s'entraîner et de croire qu'au bout du compte même si ce n'est pas tout de suite les efforts sont récompensés. Moi aussi je suis passé par là
Ce qui est ton cas, il me semble. Tu as fini par obtenir une godrobe, n'est ce pas, demanda il calmement. Crois tu que sans tes efforts ça serait la même chose? Que tu n'as aucun mérite alors que tu t'es toujours montré plus débrouillard que d'autres?
Moi, ce n'est que mon avis mais je trouve que tu en as. Tu as peut être pu donner une chance à une famille qui rêvait d'un enfant.
C'était le cas, souvent sa famille adoptive lui avait dit que le trouver bébé dans ces bois avait été une bénédiction, sa mère adoptive avait eu un bébé mort en couches et un autre mort de maladie infantile. Et il était arrivé dans leur vie leur redonnant un tant soi peu le sourire.
-Oui, c'est vrai, murmura il triste. Je j'ai essayé, essayé, autant que j'ai pu, j'y ai cru. C'est vrai que que j'ai du mérite, admit il à deux doigts de pleurer. Mais personne ne se retourne sur ce que j'ai fait, personne jusqu'à présent, rectifia il.
- D'où l'avantage de ne pas être noble et d'avoir une vie simple, plaisanta Mime en lui adressant un sourire gentil. Peut être avait il longtemps été dans l'erreur, peut être s'était il drapé dans des convictions dues à sa rancœur, son infortune. Alors qu'il y avait peut être quelque chose de différent qui était près de lui mais auquel il n'avait jamais prêté attention.

A cet instant, la porte s'ouvrit, laissant entrer une jolie femme brune que Mime salua d'un signe de tête. Celle ci lui rendit son salut, et eût un petit sourire en jetant sur la table une bourse.
- On s'en sort pas trop mal, finalement.
- Oui, on devrait avoir de quoi couvrir aux frais pour au moins un mois.
Bud cligna des yeux et rebut une gorgée de son café : comment se pouvait il que ces deux là semblent s'entendre ?
Il y aurait de longues histoires à se raconter, ça c'était sûr.

A suivre