Décision Divine Chapitre 6
-Qui êtes vous, mademoiselle ? Bud trouvait cette jeune femme étrange, et pas seulement à cause de son apparence ou sa possible proximité avec Mime. Elle dégageait quelque chose qui ne la rendait pas ordinaire.
- Niorün Snefnug, je travaille ici depuis deux ans. Et vous, qui êtes vous au juste ? La moindre des politesses est de se présenter aussi, n'est ce pas ?
- Bud. Moi et ma famille nous vivons dans les environs à dix lieues d'ici, sauf que personne ne se retournera sur des paysans. Nous sommes tous les deux ce dont se soucient le moins les nobles.
- En effet, mais au moins vous êtes plus respectueux que d'autres. Niorün éprouva secrètement un soulagement : de toute évidence, cet homme semblait se soucier comme d'une guigne du fait qu'elle soit une bâtarde. Partagée entre l'envie d'en apprendre plus sur le lien qui unissait Mime à cet inconnu et la nécessité de ne pas se montrer intrusive à leur égard, elle songea finalement qu'elle ferait mieux de les laisser seuls.
Mais au moment où elle se leva, elle sentit la main de Mime se poser sur la sienne.
- Tu n'es pas forcée de t'exclure de cette situation. Personne ne t'a dit que tu étais de trop, et dans un sens ça te concernera peut être.
- Si tu le dis, murmura elle avec gêne, devinant où il voulait en venir. Tous les deux dégageaient la même force qu'ils appelaient cosmos, bien plus forte et maîtrisée en eux qu'en elle.
Toutefois, vous partagez beaucoup de choses me semble il. Inutile de gâcher ces retrouvailles et ces vous êtes toujours d'accord et que ça ne vous pèse pas, je reviendrai dans deux heures.
Mime hésita un court instant mais éprouva de la reconnaissance à son égard. Il avait besoin de discuter de certaines choses seul à seul avec quelqu'un qui peut être avait vécu les mêmes épreuves. Ils avaient beau ne pas être proches et ne pas s'être adressé la parole pendant toutes ces années, ils avaient quand même suivi le même but et avaient l'un comme l'autre perdu la vie.
Alors qu'elle se leva et ferma la porte en silence, un malaise s'empara de lui : comment pouvoir aborder les choses ?
Restés seuls à la table, perdus dans la contemplation des flammes qui dansaient dans l'âtre, ils se regardèrent en silence un long moment comme si ils avaient en face d'eux un étranger.
Bud finit par briser ce silence.
- Que s'est il passé pour qu'on soit encore en vie alors qu'on devrait être au Walhalla, que d'autres prennent la relève ? Est ce juste de la miséricorde divine ou y a il autre chose là dessous ?
Il avait la mine de quelqu'un conscient de raconter une histoire abracadabrante. Que personne ne le croirait tant c'était invraisemblable, sa parole contre celle de dix fois plus de mondes capable de dire le contraire. Un fou et un menteur, voilà ce pourquoi il passerait aux yeux des autres.
- Tu n'es pas le seul à te poser cette question. Et tu as peut être la chance d'avoir en face de toi quelqu'un qui t'écoutera jusqu'au bout, reprit Mime d'un ton sérieux. Parce que ce que j'ai vécu moi aussi est si incroyable. Impossible, même dans les rêves les plus fous et ça s'est produit.
- Pourquoi ferais tu cela ? Bud lui jeta un regard méfiant et pénétrant. Tu as juste besoin d'épancher ton cœur, de trouver un soutien ? Qui te dit que je suis là pour ça ?
Mime ne s'offusqua pas de cette suspicion doublée de froideur, elle était normale après tout. Abandonné alors qu'il n'était qu'un bébé à cause de lois injustes, rejeté par sa famille, un remplaçant parmi les Godwarriors qui ne le connaissaient pas. Il avait été jeté sur la voie de l'ombre et on lui avait fait sentir que celle de la lumière n'était pas pour lui, elle ne le serait jamais.
- Crois tu que c'est ce que je cherche ? Que rien d'autre que mon propre sort ne m'intéresse, comme d'autres, demanda il fermement ses yeux étincelant de dureté.
Si c'est le cas, c'est une lourde erreur, très lourde. Il recula son siège, mais ne quitta pas du regard Bud, essayant de découvrir dans son regard si semblable au sien ce qu'il éprouvait.
Il y a au moins une chose que la résurrection m'a appris : Répéter le passé ne nous mènera à rien, sauf à la souffrance. Cette même douleur si souvent éprouvée, comme cette rage, cette rancœur…
- Ferme là ! Tu en sais quoi de cela au juste ? Lèvres pincées Bud n'avait aucune envie de se retrouver au pied du mur, à devoir admettre ce qu'il éprouvait encore.
- C'est quelque chose qui m'est très familier tout simplement.
- Simplement ? S'étonna Bud incrédule. Son ton était moins mordant, il ne savait plus quoi penser. Il le regarda un long moment, comme si il comptait le manipuler, jouer avec ses sentiments. Mais les yeux de Mime n'exprimaient rien de plus qu'une affirmation sincère, comme son apparence si on réfléchissait bien. Il n'aurait pas changé si drastiquement sans une putain de bonne raison, et peut être qu'il s'était regardé dans la glace, affrontant les démons dans son cœur. Surprenant. Ce type semblait bien être le seul à lui manifester un tant soi peu d'attention et de respect. Un signe de tête l'encouragea à se lancer dans son récit.
C'est ainsi que les deux hommes commencèrent à évoquer leurs souvenirs respectifs, ces mystérieuses rencontres et leur retour à Asgard.
- Étrange tu ne trouves pas ? Acheva Bud songeur. Tu te retrouves à l'opposé de l'endroit où tu as grandi, et moi j'y reviens. A croire que Frigg avait déjà vu dans nos futurs que nous nous rencontrions.
- C'est assez troublant, j'avoue, confirma Mime qui releva les yeux de sa contemplation des braises. Elle m'a dit que je n'étais pas complet, et que toi tu trouverais la lumière enfouie au plus profond de ton cœur. Bras croisés, il réfléchissait intensément avant de continuer : il y a du vrai dans ce que tu dis. Sinon, comment expliquer notre rencontre ? Cependant, l'idée d'être les marionnettes des Ases ne me plaît pas. Pour quelle raisons feraient ils de nous leurs pantins ?
- Parce que nous portons ces robes divines, qu'il s'agit d'un présent d'Odin qui remonte à la nuit des temps, supposa Bud. Pourtant, ça ne colle pas, sinon il y aurait longtemps que Thor, Frigg ou Loki se seraient aventurés ici…
Il y a encore tant de questions sans réponse, soupira il plus tendu, en s'éloignant de la cheminée.
Ils ne possédaient que des pièces quasi identique à ce puzzle gigantesque encore bien peu complet.
La seule chose de certaine, c'est que leur rencontre à Fensalir était réelle tout comme leur retour à la vie. Peut être était il possible d'espérer retrouver les autres.
A cet instant, Niorün entrouvrit avec prudence la porte, Mime d'un hochement de tête la laissa entrer. Pour se changer les idées et préparer sa question, il choisit soigneusement une bûche à côté de la cheminée, qu'il mit dans le feu.
Tu n'as pas... eu de nouvelles des autres demanda Mime avec prudence, qui s'était ravisé au dernier moment. Inutile de parler des sujets qui fâchaient.
- Non, de personne. Et encore moins de mon frère, il cracha ce mot avec une certaine colère. Ce qui me convient très bien, soit dit en passant.
-Pourquoi? Mais si tu refuses de m'en parler, je peux comprendre.
- Il m'a abandonné, lui et nos parents. La seule fois où on s'est vus, alors qu'il l'avait compris, il a rien demandé, rien! Même pas si il pourrait venir me voir, où j'habitais... Il est parti sans se retourner à les suivre docilement.
Et il ose me dire qu'en dépit de tout ça, ils m'ont toujours aimé, ont pensé à moi? Des mensonges ! hurla il et il se redressa brusquement son visage crispé par la colère.
- Ils n'avaient personne vers qui se tourner dans leur entourage? Un ami de confiance ou quelqu'un qui ne soit pas loin, comme ça vous auriez pu vous voir un peu plus.
Ou alors... dans votre famille?
Comment certains pouvaient suivre si stupidement ces lois injustes ? Ne pas chercher une solution à ce problème pour ne pas faire un peu plus souffrir les enfants, pauvres victimes.
- Qu'est ce que j'en sais? Ils l'ont pas fait, ça crève les yeux! Pourquoi a il fallu qu'il ait TOUT ce dont il rêve? Alors qu'il a rien fait pour ça? et moi que dalle? Qu'avait il de plus ?
- Il n'y a pas de réponse à cette question. Mime le regarda un long moment, le comprenant plus qu'il ne le croyait. Tout simplement parce qu'ils étaient prisonniers de cette même rancœur même si leurs raisons étaient très différentes.
Mais je comprends que tu sois en colère et que tu n'arrives pas à t'en détacher.
- Ah oui? Qu'en sais tu, toi Mime le légendaire musicien dont on vante ton don pour nous faire douter ?
- J'étais comme toi, il n'y a pas si longtemps. Pendant longtemps, j'ai tenté de faire comme si j'étais quelqu'un de juste de tolérant, accomplissant son devoir avec noblesse. Toutefois au plus profond de moi même, je doutais. Finalement derrière la musique et la solitude, je me suis crée un masque, jusqu'à ce qu'un affrontement avec le Saint du Phénix m'ouvre les yeux. Qu'effectivement la haine et la rancœur enserraient mon cœur. Mais je n'y arrivais pas à m'en débarrasser. Personne n'y arrive seul.
Peut être ne se connaît on pas, Bud, cependant, je devine que tu es aux prises avec les mêmes démons que moi.
Bud l'écouta avec stupéfaction, si étonné d'avoir en face de lui quelqu'un qui lui ressemblait, pouvait un peu le comprendre. Après tout ce temps avec pour seule compagnie la petite famille qui l'avait recueillie, la malchance si familière, était ce quand même à sa portée d'avoir quelqu'un qui tienne vraiment à lui ? Ne se cachant pas dans des mensonges ou de la lâcheté, comme c'était le cas de Syd ?
- Et... on est plus si seuls ni l'un ni l'autre?
A cet instant Bud détourna le regard un court instant avant de se lever et prendre un gâteau à la cannelle pour gagner du temps. Se pouvait il que Mime s'inquiète pour lui? Qu'il y ait enfin quelqu'un qui puisse le comprendre? Tous les deux étaient plus semblables qu'ils ne le croyaient se dit il. Et peut être devenir amis, de quoi était vraiment fait le futur ?
-Mime, merci. Ca me touche ce que tu m'as dit. C'est une bonne chose qu'on se soit croisés, tu ne crois pas?
Ce dernier fût désarçonné par le sourire chaleureux que lui adressait Bud, mais ne fût pas au bout de ses surprises, quand il sentit deux bras l'étreindre.
- Mais?! Ça ne va pas ou quoi?! Il recula d'un mètre, absolument pas à l'aise, il fallait dire que les câlins n'étaient pas quelque chose avec lequel il était à l'aise ou familiarisé.
- Personne ne t'a jamais serré dans ses bras ? C'est incroyable, tu ne sais pas ce que tu as raté.
- Ça va comme ça, c'est juste bon pour les enfants qui font un cauchemar. Pour un couple amoureux passe encore, mais entre hommes ! Ses joues avaient rosi sous le coup de la surprise, mais il en eût une seconde : Niorün avait éclaté de rire.
Pas un rire froid, poli, dénué de joie, mais l'expression d'un amusement sincère. Elle les observait très amusée par ce qui venait de se passer entre eux.
- Vous êtes très différents tous les deux, mais on dirait que vous vous complétez bien. Bud, si vous revenez un peu plus souvent nous voir, ce sera de bons moments amusants en perspective !
Tandis qu'ils commençaient à se lancer dans une discussion animée, à l'extérieur, la neige commençait à tomber à gros flocons.
Havn Ravidasen, capitale.
Le manoir était assez confortable établi dans un quartier proche du château royal. Un endroit hors de prix, où tout était luxe, opulence, démesure. Nombreux salons, salles de bain, de réception, chambres, des domestiques…
Ils pouvaient se le permettre, la grande famille Megrez était l'une des plus riches d'Asgard, même la maison Dubhe ne pouvait se targuer de leur arriver à la cheville. Avec quelques sacs de couronnes, des hommes doués en politique, la maison Mégrez avait depuis des décennies acquis une fantastique notoriété. Il était rare de venir à la capitale, mais la disparition de l'héritier principal était un problème complexe à résoudre. Hors de question aussi de ne pas garder d'influence près de la jeune souveraine du royaume ou de s'attacher ses grâces.
Assis à son bureau devant des papiers ennuyeux : traîtés, demandes de prêt, le jeune homme se pinça l'arête du nez et soupira. Depuis cinq heures il était plongé dans cette paperasse sans pouvoir faire une pause. Tant pis pour les affaires courantes, qu'elles aillent en Niflheim ! Songea il.
Soren jeta sur le bureau ouvragé la liasse indigeste et remit sa veste.
Agé de dix neuf ans, et à son grand regret le portrait craché des membres de sa famille, il ne se sentait pas à sa place ici. Son oncle l'avait forcé à venir dans les plus brefs délais de Garvik, quittant ainsi le château, héritage familial depuis des siècles et siège de la famille.
Tout comme son cousin, ses cheveux étaient rouges, même si il préférait les garder à hauteur des épaules et les nouer en catogan. En revanche, ses yeux bien que verts, étaient plus sombres, plus foncés. Là où les convenances de la société l'auraient forcé à revêtir des vêtements taillés dans de riches étoffes, il préférait être à l'aise dans des pantalons et des tuniques de coupe simple.
Arrivé dans son salon préféré, il demanda immédiatement à un domestique de lui porter un café chaud et des scones avec de la crème et de la confiture de myrtilles. Une pâtisserie qu'il avait appris à savourer en rencontrant des nobles anglais et qui se mariait bien avec tout.
Il écarta le pan du rideau, contemplant la vue du château à cinq cent mètres d'eux, mais visible.
Tu donnerais cher pour y entrer, mon cher cousin. Ironique n'est ce pas ? C'est le dernier des endroits où j'y traînerai mes pieds, et le devoir m'y contraint. Tandis que toi… Tu es on ne sait où, soit dans les Enfers, soit errant quelque part, et les efforts pour te trouver restent vains.
Peut être serais tu capable de vouloir à nouveau ma mort, stupide et jaloux comme tu es.
Le domestique revînt avec la collation demandée. Le café était fort comme il l'aimait et la crème épaisse à point. Autant oublier un peu tous ces petits tracas, à l'heure du dîner son oncle le haranguerait encore sur son rôle à jouer.
Car tout héritier de la maison doit contribuer à l'élever et à nourrir sa puissance du soutien des souverains et des dominations sur les terres conquises. Cette maison est à craindre pour ses moyens financiers ou en hommes, et doivent le rester. Même si certains ne se sentent pas dans l'âme une vocation pour la politique. De plus une dette doit toujours être payée. Et à son plus grand dam, Soren en avait une à leur égard : son oncle et sa tante l'avaient accueilli quand son père était mort de maladie. Sa mère était morte quand il avait eu deux ans morte en couche à la mort de sa petite sœur.
Comme si les choses n'étaient pas assez tragiques, que les Ases n'avaient jamais assez de malheur, sa tante était tombé malade quelques années plus tard. D'une maladie longue et sournoise, imprévisible. Alberich avait décidé de faire de lui le responsable.
« Mère morte et toi, vivant. C'est la plus mauvaise des farces que tu aies pu jusqu'ici faire, non content de te l'accaparer, tu as brisé la famille. »
« Vraiment ? L'ai je tué de mes mains avec plaisir, laissant couler son sang ? C'était aussi ma tante et je l'aimais tout comme j'aimais Père. C'était un membre de ma famille. »
Ils s'étaient toisés un long moment, ne se cachant pas leur haine mutuelle. Si ils ne s'étaient pas encore entre-tués, c'était tout simplement parce que pour les intérêts de la famille, ils devraient rester unis.
A l'extérieur, le vent hurlait, les flocons tourbillonnaient dans l'air par milliers se posant rapidement sur le sol. C'était monnaie courante, mais là... En à peine une heure il y avait deux centimètres de poudreuse fraîche, le vent faisait trembler les arbres.
- Vu la tempête qui nous arrive en pleine gueule, tu ferais mieux de rester ici mon gars, dit Björn en observant Bud qui se préparait à repartir. Ce gamin était inconscient sans aucun doute se dit Björn. Son propre manteau était trempé par la neige et des glaçons pendaient dans ses cheveux, il lui faudrait se sécher assez vite.
- J'ai connu pire, bien pire. Ça ne m'arrêtera pas.
- Non vous serez juste transi de froid, risquant de se perdre, voire de se faire attaquer par des bêtes, corrigea Niorün sans sourire.
- Vous avez une de ces façons de voir les choses Niorün, soupira Bud en essayant de ne pas lever les yeux au ciel.
- Simplement réaliste.
- En plus vous avez l'air d'avoir plein de trucs à vous dire, ça se voit comme votre nez sur la figure. Restez là, votre famille s'inquiétera moins que si vous erriez dans la tempête à deux doigts de dormir chez Odin. Soyez pas idiot à ce point ! Björn espéra que ses paroles feraient mouche, les gosses de cet âge se croyaient souvent si invulnérables, surs de tout. A son âge il avait été aussi inconscient, jouant avec le danger.
Mime vînt se planter devant son compagnon, juste revenu de son inspection dans les dortoirs.
- Tu as peut être vu des choses dures, essuyé des revers depuis longtemps, mais cela vaut il le coup de prendre des risques inutiles et de rester sur le chemin de la souffrance? Qu'est ce qui te dérange tant? D'être invité?
C'était le cas, pensa il en voyant l'expression gênée de Bud. De toute évidence, il n'avait pas l'habitude d'être traité avec considération ou qu'on se soucie de lui.
- Restez. On vous trouvera un lit sans difficultés. Cet endroit accueille toutes les personnes, c'est aussi un refuge.
Être traité de la sorte et non comme un gueux sans importance pouvant être piétiné, voilà bien quelque chose dont il n'avait pas l'habitude. Quelque chose qui semblait comme dans rêve, irréel et pourtant ça lui arrivait. Autant accepter ce qui lui était offert, prendre cette main tendue inespérée. Sensible à cette chaleur humaine donnée sans contrepartie, après un instant d'hésitation il accepta.
- D'accord. Et merci. A tout hasard, voulez vous que je vous ramène un peu de bois? Ou autre chose? Pas si ingrat, quand on recevait il fallait rendre, c'était la moindre des choses.
- Bonne idée, merci bien! Et peut être un peu plus de neige pour la flotte. Vu comment t'empeste, ça te fera pas de mal de te décrasser dans un bain!
Bud réprima un rire poli, alors que les autres s'en amusaient. Autant y aller le plus vite avant que d'autres bourrasques ne soient plus violentes. En plus à deux, ils iraient plus vite, et en profiteraient pour fermer les volets.
- Y allons nous? demanda Mime avec un sourire aux lèvres.
Allongé sur le lit, Bud observait le plafond de bois, l'exact opposé de ce qu'il connaissait. Là où il vivait il n'y avait qu'une grande pièce à vivre avec la cheminée, des couverture miteuses sur le sol pour garder la chaleur. Juste un grand lit et deux couches, des matelas de paille inconfortables.
Et voilà qu'il se retrouvait dans une chambre en bois, avec des rideaux aux fenêtres, une peau de mouton sur le sol, dans un lit confortable !
La soirée était passée rapidement, sans qu'il trouve le temps de se poser. Le bain et des vêtements propres qu'on lui avait prêté, les enfants qui étaient venus le voir, certains craintifs, d'autres gentils.
Et une veillée avec des contes de la musique, à sa grande surprise, Mime ne jouait pas que de la lyre. Il l'avait accompagné sur des chansons connues, qu'il fredonnait enfant ils avaient juste échangé sur des choses anodines : le gibier dans les alentours, les taches de la ferme…
C'était le jour et la nuit de ce qu'il vivait encore depuis hier et si longtemps.
Peut être ne deviendrait il jamais proche de son frère, pensa il en baillant, mais il avait peut être trouvé un ami.
Il s'allongea un peu plus, se plongeant dans ses souvenirs.
A cette heure de l'après midi, le soleil baissait et le froid devenait plus prenant. C'était le dernier des soucis d'un enfant de sept ans qui s'acharnait sur des fougères mortes et des bâtons en miettes. Ses larmes continuaient à couler librement sur ses joues tandis que de son baton il écrasait les plantes. Il aurait voulu aussi faire du mal à cet arbre, à tout! Il détestait cette vie, cette injustice et surtout ce gamin, comme jamais il n'avait autant détesté quelque chose.
" Je te déteste! Je te hais, tu entends? Je voudrais que tu n'existes pas, que tu ne sois pas là, que jamais on se soit rencontrés!
Il jeta son bâton avec rage avant de se ruer sur l'arbre, comme si il avait eu devant lui ce merdeux pourri gaté riche qui était son frère. ou plutôt un voleur! Un traitre et un lâche! Pourquoi ne pouvait il pas le frapper sans problème, lui lancer sa douleur à la figure, comme à ces grands?
Ses petits poings étaient striés d'écorchures, d'échardes mais il ne les sentait pas. Tout ce qui lui importait c'est de frapper encore et encore.
A un moment, il sentit des mains l'éloigner de l'arbre, sans réfléchir, il donna un coup de pied dans la jambe, et chercha à se dégager. Des mains fortes l'empêchérent de bouger, mais ça ne fit qu'accroitre sa colère.
- Lache moi! Lâche moi! Je le déteste, lui et ceux qui qui disent qu'ils sont mes parents!
- Je sais mon petit, murmura gravement le fermier. Comme je comprends que tu sois en colère et que tu leur en veuiles beaucoup. A tout le monde, parce que c'est injuste pour toi.
- Je veux qu'ils souffrent! Qu'une avalanche les emporte; et alors... Alors ce serait bien fait pour eux! Ils... M'ont abandonné! compléta il d'une voix brisée en pleurant à nouveau.
- Ils n'avaient pas le choix. C'est la loi, tu le sais.
- Même! Et jamais ils ont rien demandé! Si j'étais mort, ils seraient contents! Et et vous ça vous embêterait moins, comme on est pauvres et que...
- Ne redis jamais ça Bud! Même si nous peinons beaucoup à vivre correctement, à manger assez et à réussir à nous chauffer, nous t'aimons! Depuis que je t'ai trouvé tout seul, même si on s'est débarassé de toi, nous, nous étions si heureux d'avoir un autre fils, à aimer, à élever, avec qui partager des choses. Ce n'est pas grave d'être pauvre, c'est de ne pas avoir d'amour et de personnes qui tiennent à toi qui l'est bien plus.
- Vous êtes vraiment mes parents. Pas eux, c'est des monstres. Et ce merdeux de riche, même si il me ressemble, qu'on est nés ensembles... Il sera jamais mon frère, jamais! Il m'aime même pas, et moi je le déteste!
Sur ces mots, Bud se pelotonna dans les bras de son père adoptif. Après tout même si il n'était pas son vrai papa, il lui avait toujours dit la vérité, et sa femme comme lui le grondaient, le consolaient, lui racontaient des histoires, demandaient d'aider à la ferme. Il avait quand même une famille.
Même si ils étaient pauvres, qu'ils étaient la proie des maladies ou de maîtres tyranniques. Rien ne pourrait jamais leur enlever leur amour et leur solidarité qu'ils éprouvaient. Si un jour il finirait par surpasser Syd, il deviendrait un Godwarrior. Surtout pour protéger les pauvres, les gens du peuple, qui n'avaient que leur cœur à donner, et étaient les premières victimes des guerres.
Heureux d'avoir une lueur d'espoir et de douceur éclairer sa vie, Bud souffla la chandelle. Demain, avant de repartir, lui Mime et Niorün s'engraineraient. Elle aussi avait l'intention d'apprendre à se battre et ne pas rester les bras croisés stupidement prisonnière de son statut de femme.
Tous les deux étaient intéressants, peut être comme lui, enfin il commençait à penser cela et à changer d'opinion sur lui.
A suivre
