Hey !

Et voilà un deuxième OS écrit pendant la nuit, sur le thème Parent. Cette fois, on apprend quelques petits trucs au sujet de Joshua ! (J'ai toute une histoire pour lui. Il va falloir que je case ça morceau par morceau dans d'autres OS. Mais j'ai tellement d'idée de passé pour Joshua, aussi.)

(Aussi, il est question de dépression dans ce recueil, attention, si c'est un sujet sensible !)

Bonne lecture !


Une histoire de famille

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Parent. C'est un mot que Sanae avait définitivement abandonné. Même, un mot qui ne l'a jamais intéressé. Il vivait tranquillement, entre son café et son appartement. A servir toute la journée les ados du coin, les vieux habitués et quelques familles qui s'installaient à sa terrasse. Il nettoyait ses verres pour mieux les remplir, fermaient la grille en quittant son lieu de travail. Une fois arrivé chez lui, il lui restait du temps pour lire, faire la cuisine ou regarder un film selon l'humeur. En somme, il avait sa petite routine.

Et puis, Joshua est arrivé.

Il n'oubliera jamais ce visage lisse et ces cheveux en pagaille. Ces yeux familiers qui se tournaient vers le monde, incapables de le comprendre. Ses petites mains serrées autour de la couverture qu'on lui avait glissé sur les épaules.

D'abord, Sanae a pensé qu'il n'y arriverait jamais. Que ce n'était pas pour lui, ce rôle. Mais, puisqu'il n'y avait personne d'autre pour le remplir, il l'a accepté. Il a relevé ses manches, et il s'est attelé à la tâche.

Et aujourd'hui...

Le carillon d'entrée sonne, et Sanae redresse la tête.

– Yo.

Tiens. Ça, c'est une voix qu'il connaît.

– Salut.

Neku s'avance, les mains dans les poches. Un bonnet solidement enfoncé sur ses oreilles que le froid de Novembre a rougies. Il trottine yeux baissés, suit un chemin qu'il semble connaître par cœur, qui le mène à sa place attitrée.

– C'est pas la grande forme, le barman note.

– Bah.

– Un souci avec Joshua ?

Ça lui tire un sourire.

– Pas cette fois.

Bien. Pas que Joshua soit toujours la cause du malheur de Neku, mais c'est tout de même assez fréquent. Et Sanae le comprend. Il sait comme c'est dur de vivre avec lui. Si ce n'est que lui, il a appris à se protéger, là où le rouquin semble prendre de plein fouet tout ce qui s'échappe de son petit ami.

Ça lui fait de la peine, quand même. Neku, c'est un brave gars. Mais il n'a pas l'air bien doué pour être heureux. Remarque, c'est sans doute pour ça qu'il aime autant Joshua. Quand on est pas heureux, se sentir compris, c'est déjà bien.

– Qu'est-ce que je te serre ?

– Un café, s'il vous plaît.

– Tu es sûr ? Tu ne voudrais pas plutôt un chocolat ?

Il sait que son visiteur n'aime pas le café.

– Nan, j'ai besoin d'un coup de fouet.

– Oh. Les partiels qui approchent ?

Le garçon hoche la tête, comme il sort quelques fiches de son sac. Bien. Devinant la tâche ardue qui l'attend, Sanae s'en va lui préparer la commande. Quand il revient, l'à point l'attend sur la table, tout près des feuilles étalées.

En soit, ce n'est pas une si mauvaise chose que ces deux-là se soient trouvés. Joshua fredonne plus souvent quand il passe à la maison, et Neku… Eh bien, quand il les voit tous les deux assis d'un contre l'autre, à partager leur sourire, il comprend qu'ils n'ont pas souvent l'occasion de se sentir aussi bien.

Mais il sait qu'ils ne partagent pas que leur joie.

Enfin, ce n'est pas son problème. Ils sont grands tous les deux, capables de faire leurs propres choix. Même s'ils décident sciemment de marcher dans la mauvaise direction.

Résigné, il s'en retourne essuyer ses verres.

La première fois qu'il a vu Joshua, le gamin l'observait du haut de ses neuf ans, ramassé sur lui-même. Enfin, neuf ans, selon les estimations. Pas de date de naissance. Apparemment, sa sœur ne l'avait pas notée.

Neuf ans, et personne ne lui avait dit qu'il avait un neveu. De toute façon, il n'a jamais pu se résoudre à le désigner par ce mot. Tout comme Joshua ne l'appelle pas tonton. Il utilise son prénom, et c'est tout aussi bien.

Il se revoit parler avec l'agent. Écouter ce discours invraisemblable, et chercher le souvenir d'une personne qu'il avait entassé dans un coin de sa mémoire. Puis contempler ce gosse, face à lui. Incroyablement sage - au début. Qui le suivait sans rien dire, répondait à ses questions sur un ton léger.

Il a fait de son bureau une chambre, et il a cherché ce qui pouvait bien plaire à un gamin de son âge. Sauf que Joshua n'avait rien à voir avec les autres enfants. Alors il a commencé par acheter de la pommade pour son dos.

Son dos. Ça l'a laissé sur le cul. Merde. Quel genre de grand malade irait faire ça à un gosse ?

– Tu t'en sors ?

– Ça va.

Sanae se permet de douter. Neku tire la tête d'un étudiant qui réalise qu'il s'y prend trop tard, et qu'il ne retiendra sans doute pas le quart de son cours. C'est amusant, en un sens. Ça lui rappelle ses propres études, qu'il a d'ailleurs abandonnées. Une des meilleures décisions qu'il ait prises.

– Tu travailles sur quoi ?

– Un truc chiant.

Neku soupire.

– C'est de l'art médiéval.

– Pas ta grande passion, je suppose ?

– Bof.

C'est vrai que de ce qu'il a pu en voir, le travail de Neku est loin des codes strictes et classiques de ces tableaux qu'on étudie en cours. Il aime sortir du cadre. Suffit-il de voir l'intérêt qu'il porte au Street art. A ce propos, il faudra qu'il l'emmène avec lui, un jour. Une nuit, un sac de bombes, ils pourraient passer un bon moment. Sanae aime bien son état d'esprit, et il ne doute pas que Neku adorerait la proposition. Même s'il serait sans doute intimidé.

– C'est chiant leur truc.

– Les joies de l'histoire de l'art, Sanae le taquine. C'est la voix que tu as choisie.

– Fallait bien prendre quelque chose.

– Tu aurais pu commencer à travailler.

– Bof. Avec mes parents, c'est mort.

Ses parents. Le barman se retourne. Il pose un verre sale dans l'évier.

Qu'est-ce qu'ils auraient dit, les parents de Joshua, en apprenant que leur fils ne travaille même pas ? Qu'il vit de ce que l'état veut bien donner aux personnes dans sa situation, et de ce qu'il lui file chaque mois ? De toute façon, il ne sont pas là pour critiquer. Et ils n'auront pas l'occasion de le faire avant un moment.

Un moment que Sanae ne souhaite pas voir arriver.

On peut aller voir tes parents, si tu veux. Les rendez-vous sont courts, mais la prison les autorise.

Mm.

Je peux t'y emmener.

Une fois, ils ont fait le trajet. Une seule fois. Joshua n'a plus jamais voulu. Et lui, il n'a pas voulu le forcer. Ça ne semblait pas lui manquer. Le gosse restait calme dans sa chambre, ses bouquins entre les mains.

Enfin.

Il astique son verre. Derrière lui, ça gratte sec. Un silence agréable s'installe, jusqu'à ce qu'un couple ne passe la porte. Sanae s'en va les servir. Il les regarde assis à leur table et il revoit malgré lui le reflet de Joshua dans la vitre. Jeune collégien tassé dans son coin. Il le rejoignait toujours, après les cours. Et il attendait.

Aujourd'hui, Joshua ne vient plus aussi souvent. Et même s'il sait tout ce que ça coûte à Neku, il est rassuré de savoir qu'il y a quelqu'un qui passe voir son protégé. Quelqu'un d'autre que lui. Son monde n'est plus un cercle fermé. Il reste étroit, bien sûr. Il le sera toujours, forgé par les lignes dures de ses neufs premières années de vie. Mais Neku a percé une entrée. Et il ne peut qu'espérer que ça finira bien pour eux.

Même si, en toute sincérité, il n'y croit pas.


Voiiilà. Il y a encore pas mal de choses à découvrir sur Josh, mais c'est un début. Je serais curieux d'avoir vos théories à ce sujet !

A la prochaine !