Hey !
Encore un OS, toujours pendant les nuits du Fof. J'ai vu le thème et j'ai tout de suite pensé à ce recueil. Donc, cet OS a été écrit sur le thème Grandiose. Evidemment, ça colle parfaitement à Joshua.
(Et aussi évidemment, on est toujours sur une relation toxique. TW en fin de page.)
Bonne lecture !
Un échec ordinaire
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Neku part en laissant la moitié de ses affaires. Ce n'est pas comme s'il avait quoi que ce soit de précieux, de toute façon. Alors il colle son casque autour de ses épaules, il attrape son sac, enfonce ses pieds dans une paire de chaussures et il se casse. Encore. Et encore.
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— Bière ?
— Bière.
Beat part au bar commander des pintes. Il revient et Neku n'a pas le temps de penser qu'il y a d'autres moyens, sans doute plus sains, de noyer sa tristesse. L'alcool est un besoin à la hauteur du souvenir de Joshua.
Il se revoit l'embrasser, hier encore. Sa bouche avait un goût de café.
Il boit.
— Calme DJ. T'as une sacrée descente.
— Et encore, t'as rien vu.
Neku se souvient, trop tard, qu'il ne peut pas dire ça devant Beat. Qu'il n'y a que Joshua qui sourit quand il le voit jouer avec ses limites à flirter avec le danger. Joshua sait qu'il boit pour effacer les abeilles dans sa tête. Il a les mêmes logées entre les parois de son petit crâne plein de boucles blanches.
Beat ne sourit pas. Enfin, ça revient bien au bout d'un moment, mais ça sonne bizarre. Neku préfère se concentrer sur la grande claque qu'il lui colle dans le dos, avant de boire à son tour.
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Nelu reste chez Shiki deux jours, puis trois. Il passe une nuit au squat. Parle avec des inconnus. Il y a une meuf qui le drague, et il lui le rend maladroitement, avec son sourire forcé et son envie d'aller s'enterrer loin du monde. Elle fait des études d'art, comme ses potes. Aussi dans la mode. Pas les fringues, plutôt les bijoux. Et plus il l'entend parler, plus il s'en fout. Elle est pas méchante pourtant, et lui non plus il est pas méchant. Il voudrait être plus cool, trouver les bonnes questions à lui poser. La trouver intéressante, elle. Mais sa bouche bouge et il hoche la tête, et la soirée passe.
Un soir, il traîne dehors jusqu'à quatre heures du matin. Le ciel est noir. La ville dort. Une voiture passe et il peut l'entendre - Joshua, pas la voiture - rire contre son oreille.
On pourrait jouer à un jeu.
Non.
Il sait ce qu'il dirait.
On s'allonge sur la route. Interdiction de se lever avant qu'une voiture n'arrive. Celui qui atteint le trottoir sans se faire renverser a gagné.
C'est stupide. On peut gagner tous les deux.
Et ? Les jeux ne sont pas nécessairement des compétitions.
On peut aussi perdre tous les deux, j'te signale.
Tu dis ça comme si c'était une mauvaise chose.
Les étoiles brillent, son cerveau clignote. Il s'assoit sur un rebord de pierre froide.
Il n'y a rien, rien qui ne soit plus angoissant que les réponses tordues de Joshua. Ce sourire qu'il a, et son regard sans fond. Sans doute. Ce moment où Neku comprend qu'il ne plaisante pas. Ou qu'il plaisante toujours.
Une voiture passe. La lumière, et puis la nuit.
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Il y a Shiki, douce. Beat qui le fait rire, et Rhyme qui lui passe une des manettes de la play. Le café, il n'y passe pas quand il part. Il a trop peur de retrouver Sanae. Et si Joshua lui avait parlé ? Est-ce qu'il le jugerait ?
Neku a tellement peur de ça. Le regard des autres et la déception qu'il croit toujours inspirer. Cette faiblesse qu'il voit comme un reflet de lui dans leurs yeux.
Joshua ne le juge jamais. Quoi qu'il dise. Même quand il l'embrasse, ses doigts serrés autour de son cou, même quand il pleure, quand il part en claquant la porte. C'est peut-être pour ça qu'il s'énerve. Il faut de la colère pour deux.
Il se déteste pour deux, aussi. Puisqu'il sait que Joshua ne le détestera jamais. Il est au-dessus de ça.
Neku marche dans la rue, se pose dans un parc. Il regarde les gosses qui crient, les glaces et le chien qu'on promène. Et toujours, tout lui semble si petit. Les gens, ces familles qui s'agglutinent. Tous ces visages. Même les rires sonnent comme des cloches fêlées. Les soirées l'ennuient, le temps s'étale comme une limace et pourtant les jours se succèdent. Et rien.
Rien n'en vaut vraiment la peine.
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Alors Neku rentre à la maison.
— Salut.
Joshua lui sourit. Il a honte. Il le déteste, et il voudrait lui demander pardon. Il jette son sac dans un coin.
— Yo, il marmonne.
— Quel entrain. Tu m'as l'air bien calme, pour quelqu'un qui a disparu pendant une semaine.
Puis ses chaussures. L'appartement est propre cette fois, c'est à peine si la poussière a eu le temps de se poser sur les murs. Est-ce que son absence a motivé Joshua à faire un grand nettoyage ? Parce qu'il se sentait mieux, ou pour combler le vide qu'il a laissé ? Est-ce que Joshua nettoierait plus souvent, s'il ne vivait pas avec lui ?
Ou alors, Sanae est passé.
Il se laisse tomber près de lui sur le canapé. Et soudain, ses yeux.
Dans la pénombre, un rayon de soir passé par les stores mal fermés tapent droit dans l'iris mauve. Éclabousse au passage son sourire paresseux. Neku déglutit.
— Je t'ai appelé trois fois, le petit prince fait remarquer.
— J'ai vu.
— Et tu n'as pas répondu ? Quelle cruauté. Je me suis fais du souci, tu sais ?
Et même quand il se redresse, même quand la lumière ne scintille plus sur sa peau blanche, il est encore magnifique. C'est Joshua, il pourrait tremper sa tête dans un tonneau de ciment qu'il aurait encore du charme. Mais là ça le frappe, dans chaque mot qu'il dit. Dans son regard et ses mains qui viennent toucher son visage.
— J'étais inquiet. Comment je pouvais savoir que tu n'avais pas sauté d'un pont pendant la semaine ? C'est vilain de laisser les gens sans nouvelles comme ça. Je pensais que tes parents t'avaient mieux éduqué.
Sa peau toujours trop froide. Les morceaux de cicatrices qui dépassent de son débardeur, comme la fin d'un labyrinthe étendu le long de son dos.
— Et toi ? Tu ne t'es pas demandé ce que je faisais ? C'est courageux. A ta place, j'aurai eu peur de me retrouver pendu au milieu du salon. Je suis quelqu'un de rancunier, tu sais ?
Il a peur. Il a honte. Il est en colère, toujours. Et amoureux. Désespérément.
Il pose ses mains sur ces pâtes de serpent qui caressent son cou.
Dans ce monde minuscule et fade, il n'a jamais rien connu d'aussi grandiose que Joshua.
TW : Relation toxique, mention de suicide.
Et voilà. A la prochaine !
