Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour la 134e nuit du FoF sur le thème "Procrastiner". Ok. J'ai peut-être une légère obsession avec She Ra en ce moment.
Contexte : post canon potentiel UA. J'ai pas encore terminé la série alors PAS DE SPOIL SVP MERCI dans vos gentilles review (ni même de com en mode "ah si tu savais héhé" parce que justement je ne sais pas, et je ne veux pas savoir XD) Bref donc là ça se passe dans une version où ils ont vaincu tout le monde, je verrai si c'est ça ou pas dans la réalité.
Personnages : Adora, Catra
Merci à Angelica et Marina pour leurs review sur le texte précédent !
Seule dans la salle du conseil, Adora tourne en rond.
- Tu devrais arrêter de faire les cent pas, tu vas finir par faire un trou dans le sol à force, raille une voix derrière elle.
Adora n'a pas besoin de se retourner pour savoir qui a parlé ; elle reconnaîtrait cette voix entre toutes. À vrai dire, sa présence même lui est familière. Sans qu'elle puisse se l'expliquer, elle sait quand Catra est dans les parages, comme si l'air autour d'elle se modifiait en sa présence. Confirmant son intuition, Catra vient se mettre à sa hauteur, une lueur d'inquiétude dans ses yeux jaune et bleu.
- Quelque chose ne va pas ? Lui demande-t-elle.
- Si, ça va, répond la blonde avant de céder devant le regard de Catra. C'est juste que... Scintilla, Flechdor et tous les autres devraient être ici. Nous avions convenus d'une réunion pour discuter de la marche à suivre pour reconstruire Etheria mais... personne n'est là. Et si...
Adora se refuse de terminer sa phrase. Elle ne veut imaginer la raison pour laquelle ses amis pourraient être absents. Ils ont battus la horde et le Grand Maître, du moins le croient-ils. Mais s'ils s'étaient trompés ? Si celui-ci avait eu un plan de secours assurant sa survie, et avait préparé sa vengeance ? S'il avait tué tous ces amis sans qu'elle ne s'en aperçoive ? Les et si s'agitent dans son esprit sans qu'elle parvienne à les contrôler. Elle les sent monter en elle, engloutissant son corps entier d'angoisses incontrôlables. Mais, alors qu'elle allait se faire submerger, elle sent une main se glisser dans la sienne.
- Hey Adora... souffle Catra. Tout va bien. Le Grand Maître n'est plus. Je le sentirai, si c'était le cas.
Elle a rajouté cette remarque sur un ton qui se voulait rieur, mais sa phrase tombe à plat. Adora comprend alors qu'elle n'est pas la seule à craindre ce qui n'est maintenant qu'un souvenir ; Catra aussi a souffert du Grand Maître, peut-être plus qu'elle. Elle aussi doit faire des cauchemars, malgré la fin de la guerre. Elle aussi reste encore terrifiée. Et pourtant, elle est calme lorsqu'elle lui dit :
- Tout est fini, tu m'entends ? Paillettes va bien. L'archer aussi, et tous les autres.
Adora voudrait croire ce que lui dit Catra, elle voudrait vraiment y croire, mais elle ne peut s'empêcher de douter.
- S'ils vont vraiment bien, pourquoi ne sont-ils pas là pour la réunion ? Murmure-t-elle.
- On a battu la Horde la semaine dernière. Ils ont simplement besoin de temps pour souffler.
- Justement, cela fait déjà une semaine. Et y a temps de choses à faire !
- Moi, je dirai que cela ne fait que une semaine. Je ne dis pas que les gens n'ont pas besoin que vous repreniez le royaume en main. Il y a des trucs à reconstruire, de la nourriture à distribuer, des tensions à apaiser. Mais tout ça, ce n'est rien comparé au soulagement de chacun d'être en vie. Laisse les réaliser et profiter du fait qu'ils soient vivants. Le reste... ça peut attendre un jour.
- Tu es sérieusement en train de suggérer que nous reportions quelque chose d'aussi important ? S'indigne Adore. Et que eux l'auraient reporté sciemment ?
- La procrastination, tu connais ?
Évidement, Adora hoche négativement la tête.
- C'était sûr. T'es vraiment trop studieuse toi... soupire la féline. La procrastination, c'est le fait de reporter quelque chose au lendemain. Alors voilà. Je sais que tu as toujours été habituée à faire quinze mille trucs, que ce soit à la Horde ou chez les princesses, t'as jamais arrêté. Mais justement. C'est peut-être le temps pour toi d'arrêter un peu. Juste un jour. Ou même deux. Mais de faire autre chose que de sauver le monde.
Catra ne peut que sourire légèrement en voyant l'air confus d'Adora. La blonde a l'air vraiment perdue devant ses propos, comme si elle ne parvenait pas à concevoir qu'on ne puisse rien faire délibérément. Mais elle finit par hocher la tête et par dire pensivement :
- Tu as raison... Après tout, je pourrais essayer de reporter et ne rien faire.
- Génial. C'est une merveilleuse idée.
- Dit, Catra... demande Adora après un temps d'hésitation. Ça te dirait de... de ne rien faire avec moi ?
Les yeux bleus d'Adora la fuient. Les siens sont eux remplis de surprise. Après tout ce qu'elle lui a fait, tous ces coups physiques et mentaux, toutes ces horreurs dites... Catra ne parvient à croire ce qu'elle entend. S'il s'agissait de quelqu'un d'autre, elle aurait pu croire qu'Adora lui fait cette proposition dans le seul but de lui faire baisser sa garde et l'attirer dans un piège. Sauf que voilà. Adora est Adora. Même lorsqu'elles se battaient à mort toutes les deux, la blonde a toujours été de la plus grande honnêteté avec elle.
Alors Catra fait ce qu'elle s'était promis de ne jamais faire : elle entrouvre son armure, pour resserrer sa main autour de celle d'Adora.
- Oui. Oui, Adora, je veux ne rien faire avec toi.
D'une certaine manière, cette phrase est un mensonge. Des choses, Catra a envie d'en faire une centaine avec Adora. Mais paradoxalement, ne rien faire d'autre que d'être allongée à ses côtés et à regarder la vie regagner son chemin autour d'eux... Et bien, ça lui paraît être la meilleure idée qu'il soit.
