Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit pour les 24h du FOF sur le thème "En se tenant la main sous le ciel nocturne"


Contexte : post série

Personnages : Catra, Adora, Entrapta, Scintilla

Merci à Marina, Angelica, Destrange, Zofra, Misty, Moira et Jess pour leurs review sur les textes précédents !


Comme de nombreuses nuits, c'est par un hurlement que Catra se réveille. La faute en est à un cauchemar, si commun qu'elle n'y aurait pas prêté attention plus que cela si Adora n'avait pas surgit dans sa chambre. La blonde est paniquée, tremble de tout son corps – pourtant, elle est en posture de combat. Catra frémit un instinct, s'apprête à bondir, avant de revenir à la raison ; Adora n'est pas la pour la combattre elle, mais pour s'opposer à ceux qui auraient causé ses cris.

La brune agite la main, l'air de dire que ce n'est rien, elle va bien, mais la blonde se rapproche d'elle doucement, avant de la prendre dans ses bras.

- Tout ira bien, lui murmure-t-elle.

Catra aimerait la croire, mais elle doute. Comment pourrait-elle bien aller alors que tambourine dans sa nuque le souvenir de la puce qui y a été fiché ? Il ne s'agit pourtant que d'un fantôme, une simple cicatrice invisible, et pourtant, il s'agit d'une blessure dont elle n'arrive pas à se défaire – la preuve, ne vient-elle pas de réveiller Adora en hurlant à cause d'elle ? Catra culpabilise de se montrer si faible, est hantée à l'idée de déranger, se faire remarquer tant et si bien qu'un jour, Adora décide de l'abandonner, car ne peut plus supporter ses peurs et ses traumatismes.

Cette angoisse monte d'un cran lorsque Entrapta entre à son tour dans la chambre. Catra revoit les insultes, les jalousies, l'exil infligé à la violette. Elle sait que celui-ci a pesé à celle-ci même si elle ne le montre pas. Entrapta a subi par sa faute ce qu'elle même a toujours connu et craint : le rejet. Catra se tend donc – même si elle s'est excusée, elle n'est jamais à l'aise lorsqu'elle croise les grands yeux de la scientifique. Et peut-être a-t-elle raison de les craindre. Peut-être que si elle s'y plonge trop, elle se noiera dans ses remords ; ou peut-être un jour ils se rempliront de haine.

Mais cela n'a pas l'air d'être pour l'instant. Entrapta se contente de sourire en demandant ce qui se passe. Au début, Catra s'était inquiétée de ce sourire – mais qui souriait dans des situations si horribles ? Mais elle avait fini par comprendre que la princesse n'était tout simplement pas très douée pour montrer ses émotions, ne savait pas quel visage adopter pour quel sentiment. En revanche, elle ressentait ces derniers sincèrement et pleinement. Ainsi, la brune savait désormais que Entrapta s'inquiétait pour elle, malgré son sourire.

Catra dit une nouvelle fois qu'elle allait bien, qu'il ne s'agissait juste que d'un cauchemar et qu'il n'y avait aucun soucis à se faire.

Mais la porte s'ouvre une troisième fois, sur Scintilla qui déclare fermement que si, il y a du soucis à ce faire.

- Nous ne pouvons pas faire comme si toute cette guerre ne nous avait pas atteint, murmura-t-elle.

Catra hausse les épaules. Bien sûr que oui, elles ont toutes été marquées par la guerre contre la Horde – Adora a perdu sa naïveté pour gagner en force, Entrapta ses illusions et les amitiés qu'elle avait pu tisser, Scintilla son innocence pour prendre des décisions douloureuses à un âge où peu auraient été capables de tenir le coup d'un deuil. Il s'agit de blessures profondes, réelles, qui les marquent des mois après et marqueront peut-être toujours, et pourtant, Catra les balaient d'une main. Que peuvent-elles bien faire contre elles ? Au fond, elles ne sont que quatre jeunes filles qui ont été projetées dans un monde violent et chaotiques, dans lequel elles ont dû trahir leurs propres personnes pour survivre. Leurs blessures sont peut-être simplement la dot a payer pour être restées en vie.

Mais Adora ne semble pas de son avis, car elle hoche la tête devant les propos de Scintilla. Elle admet que oui, cette guerre leur a été difficile, mais précise qu'elle refuse de se laisser d'avantage abattre par celle-ci. Pourquoi nier leurs maux alors qu'ils suffiraient de les embrasser pour mieux les accepter ?

Catra rit jaune devant la suggestion de la blonde. Elle ne peut pas se confier comme cette dernière. Se confier demande de la confiance, et elle ne peut se permettre d'en accorder. Certes, les princesses lui ont pardonné – du moins le disent-elles – et l'on accueilli chez elle – mais pour combien de temps ? - mais cela ne veut pas dire pour autant qu'elle peut leur ouvrir son cœur sans souffrir aucune conséquences. La confiance demande de se montrer fragile, et elle ne peut l'être plus que ce qu'elle n'est déjà ; pas si elle veut rester en vie.

Alors Catra ne contente de grommeler que c'est vrai, toute cette histoire craint, à vrai dire non, toute cette putain d'histoire de merde craint serait plus juste, mais alors ?

Là, Scintilla pose un regard sur elle. C'est un regard de ceux que Catra déteste, ceux plein de compassion, comme si elle n'était qu'une chose fragile et cassable, qui mérite un pardon que personne n'aurait dû lui accorder.

- J'ai une idée, dit alors la reine. Prenez vous la main.

Les trois autres se regardent, avant d'obtempérer. Scintilla se joint à leur ronde et dans un léger nuage, elles disparaissent.

Elles se réincarnent dans une clairière, où la vue est dégagée. Catra a peur – les a-t-elles attirées ici pour la tuer ? Mais Scintilla se contente de prendre la main de la brune pour la lever doucement vers le ciel.

- Regarde. Les étoiles sont restées. La guerre a été horrible mais... elle nous a au moins apporté ça. C'est beau, non ?

Beau, ce n'est pas vraiment ça que Catra aurait dit.

Magnifique aurait été plus juste.

C'est vrai que la princesse n'a pas tord. Ce ne sont peut-être que des points lumineux très loin d'elles, mais les étoiles sont là grâce à la guerre. Tout comme elles sont toutes les quatre à les fixer elles plutôt qu'à s'entre tuer, et cela aussi, c'est une chose plutôt bonne.

Alors peut-être que tout n'est pas perdu dans cette histoire. Peut-être que si les étoiles ont survécu à la fin de la guerre, peut-être pourra-t-elle en faire autant, et ce en s'ouvrant un peu plus.

Peut-être.

Catra n'est pas sûre d'elle, n'est pas sûre de ses amies, pas complètement, mais elle est prête à prendre le risque.