Auteur : Setsunafr - 09/01/2022
Disclaimer : Le monde de Kuroko No Basuke et les personnages appartiennent à Tadatoshi Fujimaki
Rating : T
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Coucou à tous
Bonne année 2022 à tous. J'espère que vous avez passé un bon réveillon et que votre entrée dans l'année 2022 s'est faite en douceur. Merci beaucoup pour vos review.
Désolée pour la sortie tardive de ce chapitre. Je souhaite tellement que cette fic soit réussie que je me mets la pression toute seule, comme une grande, ce qui provoque de vrais blocages… Et comme le temps passe, je culpabilise de revenir vers vous avez autant de retard… Traiter une journée par chapitre est peut-être trop ambitieux. Car du coup, comme il y a beaucoup de choses à faire sur place (enfin, j'imagine :D), et bien il y a beaucoup à raconter. Je ne suis pas toujours satisfaite du rendu. Certain(e)s diront que je suis trop dure avec moi-même et ils-elles auront surement raison. J'essaie de prendre du recul, mais chassez le naturel, il revient au galop XD.
Je vous laisse découvrir cette nouvelle journée (soir du vingt-et-un et journée du vingt-deux décembre), et espère que ce chapitre vous plaira.
Shadow : Merci pour ta review. Trop content d'avoir vu le Père Noël ? Tu as bien raison. J'aime l'idée de garder une part d'enfant au fond de soi. Cela permet de continuer à rêver :) je suis ravie que la féérie se ressente. Savoir que tu voyages avec Ao et Kaga me fait bien plaisir. A la base, c'est le but. Oui, nos deux loustics se rapprochent doucement. Je me dis que dans un environnement pareil, il serait dommage que la magie n'opère pas sur eux :) Mais bon, on ne sait jamais. Ils ne percutent pas toujours XD. J'ai passé un très bon Noël aussi, merci de ton soutien. J'espère que ce chapitre te plaira :)
Ju : Merci pour tes bons vœux. Ils n'ont fait bien plaisir :) A mon tour, je te souhaite une excellente année 2022. Merci également pour ta longue review. On peut dire que tu t'es lâchée, lol. On dirait mes reviews sur les fics des copines ^^. Voui voui, Ao est craquant quand il tombe le masque du mec ronchon et blasé :D. Mon collègue n'a pas compris ce qu'il se disait pendant la cérémonie. Il ne maitrise pas assez l'anglais. Mais franchement, je l'envie d'avoir vécu cela. Le patinage : j'ai le souvenir de séances de patinage quand j'étais adolescente. J'avoue que la mise en route était chaotique, mais après, j'aimais beaucoup, même si je ne savais pas freiner XD. Ahah. Le pauvre Père Noël, mais je pense qu'il a passé un bon moment avec Ao et Kaga. Et effectivement, il n'a pas vu la couleur de la lettre soi-disant de Kagami XD. Je suis contente que l'attente ait valu le coup, parce que j'ai l'impression que la sortie des chapitres risque de mettre du temps… Dire que j'avais prévu de la terminer pour le 25 décembre… la bonne blague ! Je note septembre 2022 :) C'est plus facile pour les retours aux reviews. PS : merci pour le bisou esquimau XD
Patoshi : Merci beaucoup pour ta review encourageante. Si les émotions sont passées, alors tant mieux. C'est toujours ma grande interrogation. Comme j'ai tout dans la tête, je ne parviens plus à me détacher suffisamment pour évaluer si les descriptions fonctionnent. Ravi que cela ait fait mouche :)
Bonne lecture à tous.
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Chapitre 6 : De neige et de glace
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Le trajet jusqu'à la région de Kittilä ne dure que deux heures. Pourtant, sa nuit courte, les émotions et activités de la journée mêlées au doux balancement de la navette ont eu raison d'Aomine. Lui qui voulait surveiller Kagami en espérant fortement qu'il ait besoin de sa chaleur, dort. Plusieurs fois sa tête a roulé, le réveillant à moitié, pour retomber dans le sommeil quelques secondes plus tard sous le regard moqueur de Kagami. Sa tête dodeline une nouvelle fois, le faisant grommeler. Assis à côté de lui, Kagami rit, et se fige soudainement. La panthère vient de trouver la solution à son problème de stabilité en se calant inconsciemment sur la large épaule du tigre, qui n'ose plus bouger. Ce geste anodin ne devrait pas le perturber à ce point. Pourtant, ce contact accélère étrangement les battements de son cœur.
Aomine semble… paisible, plongé dans les limbes du sommeil. Kagami laisse sa tête reposer contre le dossier de son siège. Les yeux dans le vague, il soupire doucement, perdu dans ses pensées. Le jeune homme à ses côtés est un ami des plus chers. Il serait de bon ton que son rythme cardiaque cesse ses embardées déplacées ! Dehors, seuls les phares de la navette éclairent la route. Le reste du paysage, plongé dans l'obscurité, ne lui permet pas de laisser vagabonder son esprit sur des lieux nouveaux. Alors il décide de suivre l'exemple d'Aomine, et ferme doucement les yeux… Il sait qu'il ne trouvera pas le sommeil mais le mouvement de la navette et la chaleur de son ami à ses côtés lui procurent un bien-être dont il savoure chaque seconde. Discrètement, ses lèvres dessinent un sourire dont il n'a pas conscience. Doucement, alors même qu'il vient de penser que cela n'arrivera pas, sa conscience sombre dans une savoureuse léthargie, lui faisant basculer la joue contre les cheveux de son compagnon de voyage.
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Ses patins glissent sur le lac gelé avec une fluidité quasi irréelle dans ce décor féérique. Cette sensation de liberté est particulièrement grisante. Mais le voilà en boxer, glissant dans un trou de pêche creusé dans la glace. Le froid mordant lui transperce le corps de milliers de petites aiguilles. Ses mouvements pour essayer de remonter à la surface sont extrêmement ralentis par l'engourdissement que son corps entier subit. Alors qu'il pense que tout est perdu, il sent un bras l'agripper, le soulever et le hisser hors de l'eau. Il ne voit que l'ombre de cet homme qui le soulève et le cale sur son dos pour l'emmener dans une cabane de bois. Le trajet lui semble durer une éternité. Il est glacé. Le voilà installé devant un feu. Il a dû perdre conscience car il n'a pas souvenir de s'y être posé de lui-même. Il sent des mains lui frotter le dos, quelqu'un le serrer contre lui pour lui partager sa chaleur. Il relève la tête pour faire face au sourire resplendissant d'Aomine…
Kagami se réveille brusquement, cherchant pendant quelques secondes à se situer. Il ne sait pas combien de temps il a dormi mais il a eu le temps de rêver… Ce rêve…, ce rêve lui laisse une sensation nébuleuse… Il se passe une main sur les yeux et réalise, en bougeant légèrement, que la tête de son ami pèse toujours sur son épaule gauche. Aomine…
Aomine n'a pas changé depuis qu'il l'a rencontré. Enfin… si… il est sorti de la noirceur dans laquelle il sombrait depuis longtemps. Mais une fois extirpé de ce bourbier de ténèbres, le jeune homme est resté égal à lui-même. Depuis ces trois voire quatre dernières années, il lui a toujours montré les mêmes facettes de sa personnalité… alors pourquoi se sent-il fébrile depuis peu ? Parce qu'il faut se rendre à l'évidence, il était déjà proche de l'ancien As de Tōō mais là, ces deux jours de vie commune lui donnent l'impression que quelque chose a changé. Deux petits jours qui en paraissent bien plus : le changement de lieu de vie, la découverte, les activités inhabituelles, lui donnent l'impression qu'ils cheminent ensemble depuis bien plus longtemps. Il repasse ce voyage en boucle, cherchant ce qui lui cause cette sensation étrange, et réalise… Ce qui a changé, c'est le regard qu'Aomine porte sur lui. Il l'a surpris plusieurs fois à le fixer, avec… ce petit quelque chose dans les yeux qu'il a du mal à définir. Certes, il y a toujours ce comportement gamin, ce regard le défiant selon les situations, sa personnalité flemmarde et ronchonne. Mais cette petite étincelle dans les yeux bleus lui semble… autre chose. Elle est… douce, chaleureuse, attentionnée… Le geste qu'il a eu pendant la cérémonie de traversée du cercle polaire… Et ce sourire… loin du rictus provocateur voire féroce que le brun arbore régulièrement. Ce sourire, ce matin au lever, ce sourire sur la patinoire… ce…
Merde… merde ! merde ! merde !
Il se passe la main dans le cheveux d'un geste mal assuré alors que la navette s'arrête, interrompant ses réflexions, le laissant quelque peu perdu. Contre son épaule, la tête d'Aomine a légèrement bougé lors du freinage. Il avance sa main pour s'assurer qu'elle ne tombera pas et, après un instant d'hésitation, la glisse dans ses cheveux.
- Ao…, interpelle Kagami.
- Hmmm, je suis bieeen…, répond Aomine dans un demi sommeil.
- Tu seras mieux dans un lit. Nous sommes arrivés…
Aomine se redresse lentement. Il n'a pas senti la main de Kagami dans ses cheveux. Tous comme il n'a pas vraiment réalisé qu'il dormait sur son épaule. Légèrement engourdi, il se penche pour récupérer son sac et se lève à la suite de son ami.
Les deux jeunes hommes descendent de la navette qui les a amenés plus loin que la ville de Kittilä. Le logement qui les attend se trouve un peu plus au nord, à quelques kilomètres de la ville de Levi : Le Levi Northern light Huts. Une ancienne ferme de rennes reconvertie en un ensemble de chambres sous forme de petits bungalows individuels avec un toit de verre et une salle de restauration commune. Ces petits logements donnant accès au ciel étoilé semblent très répandus en Laponie.
Le crissement des pas dans la neige et le froid qui leur mord la peau terminent de les réveiller. Il leur faut traverser toute la propriété pour accéder à leur bungalow, consciencieusement allumé pour qu'ils puissent le repérer dans l'obscurité écrasante de la nuit. Malgré l'aide de leurs torches de téléphone, l'avancée leur semble fastidieuse. Le ciel, désormais dégagé, miroite d'étoiles insuffisantes à éclairer leur chemin. Dans cette froideur et cette pénombre, ils entendent plus qu'ils ne voient, des bruits de souffle autour d'eux. Curieux, Aomine porte le faisceau de sa torche en direction des bruits, ne parvenant qu'à faire briller plusieurs paires d'yeux.
- La vache, c'est quoi ? demande Kagami dans un demi-arrêt.
- Des rennes… Enfin je crois… C'est une ancienne ferme d'après leur site internet.
- Tant que ce ne sont pas des ours…
Aomine rigole doucement.
- Je pense qu'ils nous auraient déjà souhaité la bienvenue à leur manière.
Il leur faut encore quelques minutes avant d'accéder à leur logis où le propriétaire les accueille et leur souhaite une bonne nuit. Assez rapidement, il prend congés pour les laisser tranquillement prendre possession des lieux, ce que ne manque pas de faire Aomine, impatient, en passant le pas de la porte pour découvrir l'intérieur du bungalow.
Tout appelle au romantisme. Cela le réjouit au plus haut point. Ce toit de verre donnant sur le ciel scintillant, ces murs de bois apportant un charme fou au lieu… ce petit coin salon cosy, et même cette bouilloire électrique pour un petit thé bien chaud. Ce lit… La bouche d'Aomine se déforme en une grimace de contrariété… Les scandinaves n'ont aucune notion du romantisme en fait… Pourquoi, oh grand pourquoi se bornent-ils à équiper les chambres de lits jumeaux ?! Il aimerait vraiment qu'on le lui explique.
A cet instant, il ne souhaiterait qu'une chose : changer de chambre pour un bungalow avec un lit double… Parce que se coller à son tigre au cours de la précédente nuit lui a bien plu… Et il était bien décidé à recommencer cette nuit, profitant d'un petit frais de Kagami, un petit tremblement même infime ou sans lien avec la température ambiante… une légère chair de poule ou un petit frisson discret… Tous les prétextes seraient bons pour qu'il se sacrifie au rôle de bouillotte pour son rival de basket préféré ! Aomine soupire profondément. Le monde est injuste… Les organisateurs de ce voyage ne réalisent pas l'importance du couchage ! Au moins, mettre un draps house commun… et une grande couette… un petit effort, que diable !
Kagami voit le visage d'Aomine passer de l'enthousiasme à la contrariété, puis à l'énervement avant d'afficher un dépit certain. Que se passe-t-il dans la tête de la panthère pour que toutes ces émotions se succèdent sur ses traits ? Il embrasse la pièce du regard, cherchant le déclencheur de ces variations d'humeur chez son compagnon de route. Joli décor… petit salon hyper cosy… lits avec vue sur les étoiles… salle de douche… Salle de douche ! Peut-être qu'Aomine comptait prendre un bain. Peut-être souhaitait-il profiter à nouveau d'un sauna ou d'un spa, absents de ce logement.
- Tu es déçu ? demande Kagami.
- Ben… un peu…
- Tu voulais un sauna ?
- Un sauna ? Euh pas particulièrement…
- Un spa du coup… pour un petit bain nocturne, comme hier soir ?
- Heu… Non, c'est pas… Si, si c'est ça ! corrige Aomine en se rendant compte qu'il n'a pas d'autre explication à fournir à sa déception captée par Kagami.
- On en aura peut-être un dans un prochain logement… En tous cas, celui-ci est sympa. Encore plus ouvert sur le ciel que le précédent. Ça va être magique.
Aomine fait la moue… pas assez magique à son goût… Magique pour les yeux, c'est sûr… Mais personne ne pourra bénéficier de la chaleur que dégage son corps d'Appolon… Quel gâchis… En plus, il y a encore plus de surface de verre dans ce logement que dans le précédent. Encore plus de possibilités pour que son tigre ait froid…
Que demande le peuple ? Un lit double…
Il soupire… tant pis… Il n'a plus qu'à croiser les doigts pour la suite…
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Allongé depuis peu dans son lit, les bras croisés derrière la tête, Aomine observe les étoiles. Kagami a raison. Cette vue est magique. Tellement… inhabituelle… alors que cela fait partie de l'univers et que l'homme se prive lui-même de cette féérie en polluant son environnement de vitrines éclairées, de routes illuminées, de toute cette nuisance lumineuse coûteuse en énergie et dans la plupart des cas, inutile…
- Ao ?
- Hm ?
- Toi aussi, tes pieds dépassent du lit ?
Aomine bouge ses orteils bien installés dans son lit avant de se tourner vers son voisin en se posant sur un coude. A côté de lui, dans son propre couchage, Kagami a remonté sa couverture jusqu'au bout de son nez, laissant juste ses yeux et sa tignasse hirsute visibles.
- Mes pieds sont bien au chaud, lui sourit Aomine.
- Les miens ont froid…
- Ils ne dépassent pas du lit. C'est jusque que tu remontes trop ta couverture…
- Ah ouais, peut-être, répond Kagami en regardant un Aomine aux traits moqueurs. Mais comment tu fais pour rester torse nu, hors de ta couette ?
- Je suis une bouillotte, répond fièrement le brun. Non mais vraiment, dehors il fait froid, mais ici je trouve que ça va.
Kagami grommelle. Lui n'est pas une bouillotte. Malgré sa carrure, il est frileux. Cela lui a d'ailleurs valu quelques railleries de son frère de cœur.
- Tatsuya s'est foutu de moi un nombre incalculable de fois…
- Sur le fait que tu sois frileux ?
- Ouais…
- Satsuki est frileuse… Je ne compte plus les fois où je lui ai servi de radiateur quand on était gosses et qu'on dormait l'un chez l'autre.
- Ao…
- Quoi ?
- Regarde !
Aomine lève le nez au plafond et se fige, interdit. Au-dessus d'eux, vient de se former un liseré vert vif, ondulant légèrement tel un mirage fluorescent illuminant le ciel. La fine aurore boréale glisse sous le regard envouté des deux hommes, figeant le temps autour d'eux. Aomine en reste sans voix… fasciné.
- C'est… tellement… magnifique, finit-il par exprimer, le regard toujours perdu dans le ciel.
Le liseré serpente dans le firmament, faisant varier les nuances de vert, accentuant encore l'effet phosphorescent, jusqu'à complètement disparaitre.
Cette vision gonfle le cœur d'Aomine. Il se sent reconnaissant. Reconnaissant que lui soit offert ce moment qu'il se sent bien en peine de définir. Reconnaissant qu'il puisse le partager avec son… ami… dont les yeux brillent d'émerveillement. Il clôt les paupières, la tête reposant sur son oreiller, et inspire profondément avant de se tourner vers Kagami et d'échanger avec lui un sourire plus que complice qu'il accompagne d'une voix douce :
- Bonne nuit T… Kagami.
Kagami trésaille. Il se reprend rapidement, espérant que sa réaction soit passée inaperçue. Doucement, il bouge dans son lit, se tournant sur le côté, vers Aomine. Il se cale dans une position quasi fœtale pour mieux conserver la chaleur bienfaitrice.
- Bonne nuit… Ao…, souffle-t-il le fixant quelques instants droit dans les yeux, avant de se nicher davantage dans sa couette.
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Après un excellent petit déjeuner pris dans la salle commune qu'ils ont rejoint à la lumière de leur téléphone, Aomine et Kagami sont retournés profiter d'une petite heure libre dans leur bungalow. Ils ont mis ce temps à contribution pour leurs occupations respectives : lecture pour l'un, glandage et observation du lever du jour par le plafond de verre pour l'autre.
Il est désormais onze heures, l'heure pour les deux jeunes hommes de se mettre en route. En ouvrant la porte, la première chose que voit Aomine et qui le frappe de plein fouet est cette clarté qui lui agresse les yeux. Le ciel, d'un bleu pâle, présage une journée magnifique. Il s'avance sur le petit chemin de neige écrasée qui permet d'accéder à la ferme des propriétaires des lieux. Après quelques pas, il s'arrête et se tourne vers la petite habitation qu'il occupe avec le tigre. Un sourire au lèvre, Aomine admire la vue. Il contemple le toit du bungalow recouvert de neige sur sa partie non vitrée, les stalactites accrochées au toit, courant presque jusqu'au sol par endroits. La neige tapissant le sol d'un manteau épais et, au milieu de ce paysage fantasmagorique, Kagami engoncé dans sa combinaison qui verrouille la porte avant de le rejoindre en souriant.
L'ancien As de Tōō attend quelques instants que son ami arrive à sa hauteur pour lui emboiter le pas et se diriger à ses côtés vers la ferme aux rennes. A sa droite, Kagami remonte son écharpe un peu plus haut sur son menton pour s'isoler davantage du froid mordant. Ses yeux reflètent la plénitude qui le gagne au fur et à mesure qu'ils s'approchent de leur destination. Ils passent à côté d'enclos dans lesquels déambulent de nombreux rennes. Surement ceux qu'ils ont entraperçus à la lumière de leur torche cette nuit. Leur couleur brune, crème et grise permet de les distinguer dans la blancheur de la neige. Certains d'entre eux portent d'immenses bois aux courbes parfois improbables. D'autres, quasi blancs, se fondent dans le décor. Kagami s'avance vers la clôture. Dans des petits nuages de vapeur provoqués par leur respiration, quelques rennes s'approchent des doigts tendus par l'ex As de Seirin. Doucement, il passe une main gantée sur la tête de l'animal le plus proche de lui. Il n'ose enlever son gant pour sentir la douceur du pelage sous ses doigts. Il réalise que dans ses souvenirs d'enfant, lorsque ses parents lui lisaient des contes de Noël, il imaginait les rennes beaucoup plus grands que ceux qui se tiennent devant lui.
Un peu en retrait, Aomine sort son téléphone. Il retire son gant en s'aidant de ses dents et prend une succession de photos. Quelques-unes du paysage, bien sûr. Il serait inenvisageable de ne pas immortaliser ces instants. Mais aussi quelques-unes de Kagami, penché sur la clôture, la main dans le pelage beige du renne en face de lui. Kagami sourit. Le froid rosit ses joues, faisant ressortir ses yeux rubis. Aomine zoome sur le visage du tigre et fige cette expression de bien-être sur un cliché dont il vérifie immédiatement le résultat. Le rendu est magnifique… mais il préfère encore plus l'original qu'il dévore des yeux pendant de longues secondes, avant de ranger son portable et souffler sur ses doigts pour les réchauffer. Il a beau être une bouillotte comme il aime le dire à son compagnon de voyage, il ne peut lutter longtemps non protégé à moins dix-neuf degrés. A son grand désarroi, son gant rechigne à recouvrir à nouveau sa main gelée. Il ronchonne en tachant de le réenfiler correctement mais échoue à deux reprises. Il soupire de contrariété alors que deux mains camouflées sous leurs propres protections s'emparent de ce gant récalcitrant.
- Tends tes doigts.
Aomine s'exécute, laissant à Kagami le soin de remettre sa moufle en place.
- Merci…
- Quelle idée de se balader mains nues…
- C'était pour prendre des photos…
- Ah ouais… C'est vrai. Je devais en envoyer à Kuroko d'ailleurs…
Aïe… sujet délicat en vue… Aomine préfère ne pas relever. Il ne tient pas à reparler de son choix de compagnon de voyage. Pas pour l'instant. Le ciel semble avoir entendu son souhait en lui envoyant un sauveur. Un homme, chaudement vêtu et équipé de plusieurs harnais, les a rejoints. Il les salue et commence à expliquer ce qui va suivre. Kagami acquiesce plusieurs fois, suivant du regard les indications et gestes de l'homme, sans en référer à Aomine.
- Heu… il dit quoi là ? demande l'ancien As de Tōō, un peu perdu.
Kagami se tourne vers lui et lui adresse un sourire taquin :
- Tu verras.
Comment ça, « il verra » ? Voilà que Tigrou inverse les rôles maintenant ! Non non, le Père Noël, ici, c'est lui ! Aomine fronce les sourcils et fait la moue. Il aurait dû écouter plus assidument les cours d'anglais… Kagami le voit ronchonner et se marre en lui donnant l'accolade.
- Arrête de bouder et viens ! lui dit-il en l'emmenant avec lui à la suite du propriétaire des lieux.
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Sous le ciel sans nuage, le cortège de cinq traineaux avance sur la neige immaculée. Chacun d'entre eux est tiré par un renne, lui-même longé au traineau devant lui. Il revient au guide en tête de file d'ouvrir la marche et contrôler la vitesse pour l'ensemble du groupe. Cela convient parfaitement à Aomine et Kagami qui, confortablement installés dans le traineau de queue, profitent du paysage défilant sous leurs yeux sans se soucier de la logistique. La balade doit les emmener jusqu'à Kittilä, lieu de leur visite du jour, à moins d'une heure de là.
La journée est idéale. Le ciel dégagé offre une luminosité pâle mais bienvenue dans cette période où la nuit domine. Seule petite ombre au tableau, le froid semble encore plus mordant que les jours précédents. Ils remercient la fourrure sur laquelle ils sont assis et celle posée sur leurs genoux. Kagami remonte sa capuche sur sa tête qu'il enfonce davantage dans ses épaules, sous le regard amusé d'Aomine. Il espère ainsi se protéger des picotements que la froideur fait subir à sa peau. La panthère sourit et laisse son regard se perdre dans le paysage enneigé qui défile devant elle. L'étendue blanche qui s'étire sur sa gauche lui donne envie d'y laisser ses empreintes.
- J'ai envie de me jeter dans la neige…, murmure-t-il.
- Sérieux ? s'étonne Kagami en se tournant vers lui.
- Ouais…
- Saute… on va doucement, tu as le temps. Par contre, après tu ne remontes pas sur le traineau, tu vas mettre de la neige partout !
- Ce que tu es tatillon…
- Il fait déjà assez froid !
- T'inquiètes, je te réchaufferai, lui répond Aomine en souriant de toutes ses dents.
- Avec ta combi trempée ? Ça ira, merci.
- S'il n'y a que cela qui te gène, je…
Aomine n'a pas le temps de terminer sa phrase, soudainement interrompu par un paquet de neige reçu sur la tête. Il regarde Kagami, tout aussi saupoudré que lui. Cela le fait d'autant plus éclater de rire qu'il voit la mine contrariée de son voisin qui commence à épousseter ses épaules et secouer sa capuche. Toujours en riant, Aomine se retourne et aperçoit la coupable de ce méfait. Cette branche d'arbre sous laquelle ils viennent de passer qui s'est gentiment délestée de son surplus de masse blanchâtre juste au moment de leur passage. Surement un signe que la neige l'appelle à nouveau à se rouler en son sein.
- Vire-moi cette neige de ta tête, s'exclame Kagami en l'époussetant à grands coups de mains gantées. Tu me donnes froid comme ça, sans ta capuche.
Aomine sourit, laissant de bonne grâce son ami le débarrasser de la poudreuse qui parsème ses cheveux et ses épaules. Il secouerait bien d'autres branches, juste pour le plaisir de sentir les mains de Kagami glisser, un peu rudement peut-être, sur cette combinaison beaucoup trop épaisse à son goût…
Lorsqu'il considère son voisin présentable, l'ancien As de Seirin se rassied bien au fond de son siège et remonte la couverture sur ses genoux et ceux d'Aomine. Les lèvres du brun ne peuvent s'empêcher de s'étirer davantage en voyant le jeune homme œuvrer. Un tigre disent certains ? Plutôt un vrai papa poule, oui ! Kagami remarque le regard amusé d'Aomine.
- Ne te moque pas ! ronchonne papa tigre. On aura l'air fins si on attrape la crève !
- Je ne me moque pas, répond doucement la panthère.
- Hm…
Ils se calent tous deux correctement sur leur siège et se laissent doucement à nouveau porter par l'ambiance de la promenade. La piste que suit le convoi s'engouffre dans une forêt de pins et d'épicéas enneigés dont la cime se dresse comme pour transpercer le ciel. De chaque côté de leur traineau, les arbres sont chargés d'une neige quasi gelée. Quelques bouleaux, nus en cette période hivernale, lâchent sur leur passage de petits amas de neige devenue trop lourde pour leurs branches en dormance. Devant eux, le souffle chaud du renne laisse des trainées vaporeuses dans l'air. La bête les tracte avec une facilité qui les impressionne. A l'appel du guide, elle entame un trotting qui surprend les deux jeunes hommes, emmenant le traineau à un rythme plus soutenu, accentuant encore la sensation de froid sur leurs joues mais les enivrant encore plus de la beauté du paysage qui défile devant eux.
L'activité, bien que peu physique, plait à Aomine. Ce voyage dans la nature, sans avoir à bouger le petit doigt le transporte. Il en prend plein les yeux et se laisse bercer par le silence entrecoupé uniquement du souffle des rennes. De temps en temps, il observe Kagami. Il ne voit qu'une partie de son profil caché dans sa capuche. Le tigre profite. Il devine dans ses yeux la même étincelle que celle qui doit actuellement se refléter dans les siens et cela le réjouit. Il veut que son ami soit bien. Il veut qu'il profite. Il veut qu'ils partagent ce moment et beaucoup d'autres encore… Kagami tourne la tête vers lui. Il a senti peser sur lui le regard d'Aomine. Leur sourire mutuel leur réchauffe le cœur à tous les deux, contrastant avec la froideur ambiante. Non… ce moment n'a rien de sportif, mais il reste magique et magnifique.
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Kagami n'en croit pas ses yeux. Il doit avoir une hallucination, c'est la seule explication à ce qu'il voit devant lui. Il empoigne le bras de son ami sans quitter ce site qui le fascine.
- Aomine… Tu peux me pincer ?
- Pas facile avec des gants…
- Tu vois la même chose que moi ?
- Je crois… Mais j'avoue que… Wouah !
- Ouais…
- Je peux te mordre si tu veux…, propose Aomine toujours absorbé par l'édifice devant lui.
- Andouille !
Impressionnant ! Le juste qualificatif pour définir ce décor. Kagami regarde l'énorme mur de neige… Il n'en revient pas. Ce mur… LE mur… se dresse devant lui, fier et unique rempart contre l'invasion des « marcheurs blancs ». Qui aurait pu croire qu'il aurait face à lui une réplique de ce monument tout droit sorti de l'imagination de Georges R. R. Martin ?
Il se tourne vers Aomine qui semble tout aussi surpris que lui. Lui aussi ignorait tout de cette exposition et reste scotché devant ce mur taillé dans la neige, qu'ils vont traverser à l'image de la « garde de nuit » avant eux, pour entrer dans cet hôtel de glace sur le thème de « Game Of Thrones ».
- Fuck, Ao… Je n'arrive toujours pas à y croire… Tu penses… que c'est aussi magique à l'intérieur ?
- J'en sais rien mais franchement, j'espère que oui… Tu te rends compte ?!
- Ouais…
S'il avait eu connaissance de la visite de cette exposition, Aomine est convaincu qu'il n'aurait pas tenu en place en sachant ce qu'il allait découvrir. Mais là, il n'en mène pas large. Et il voit bien que Kagami se trouve dans le même état que lui. Tous deux se sentent fébriles à l'idée de poser un pied dans cet univers qui a bercé une partie de leurs soirées au gré des différentes saisons. Ces drames et rebondissements sans cesse renouvelés qui les ont faits frémir, espérer, détester ou adorer les protagonistes. Ils sont même extrêmement impressionnés et c'est le cœur battant qu'ils franchissent ce mur pour entrer dans l'hiver des « sept couronnes ».
Ils avancent lentement, pour ne pas en perdre une miette. L'immersion est rapide et totale. Kagami en oublie le froid. Il se sent replonger dans ce monde de violence, de manipulations et de tragédies dont il a suivi tous les épisodes. Toutefois ici, seule la beauté glacée ressort. Le danger des tueries et les guerres de pouvoir ne peut le toucher directement, malgré la proximité des scènes sculptés. Il ne reste que la splendeur de ces figures figées dans la glace mais dont la mise en lumière laisse penser qu'elles pourraient se réveiller et voler… ou le broyer d'un coup d'épée.
- C'est hallucinant…, ne peut-il s'empêcher d'exprimer à un Aomine hypnotisé qui se contente d'un hochement de tête plus qu'approbateur.
Ils contemplent, au fur et à mesure de leur cheminement, le visage lisse et gracieux de Daenerys, le « mur des visages » de Braavos, l'arbre de Winterfell tout de glace, sur lequel sont posées des feuilles rouges. Le roi des « marcheurs blancs », dont la tête est sculptée dans l'un des murs de neige, d'une taille telle qu'elle leur donne l'impression qu'il va les engloutir rien qu'en ouvrant la bouche. Le regard d'une froideur extrême, dessiné de deux saphirs bleus azur si transparents qu'ils les mettent mal à l'aise.
Aomine en a perdu la parole, absorbé par cet univers médiéval fantaisie dans lequel il a l'impression d'évoluer. Son cœur de fan fait des loopings dans sa poitrine à chaque nouvelle découverte, se gonflant d'admiration face à la précision des traits, la magnificence des décors dignes d'un cinéma… glacé.
A ses côtés, Kagami reste bouche bée devant ce dragon qui lui fait face, imposant sa grandeur dès l'arrivée dans la pièce. Son énorme tête posée au sol toutes dents apparentes, lui donne un air féroce. Son cou, parsemé d'écailles si méticuleusement taillées, serpente jusqu'à ce corps prêt à prendre son envol d'un coup de ses ailes dessinées grandes ouvertes dans le mur de neige.
Il ne sait plus où donner de la tête, se sentant transporté à chaque nouvelle sculpture. Son cœur se gonfle de cette impression de vivre un rêve éveillé, le ramenant aux portes de Baelor, voguant jusqu'à Kings Landing où il espère LE voir…
- Tu crois que… ?
Aomine se contente d'un signe de tête exprimant ses espoirs. Tous deux n'attendent que lui… Et IL apparait, majestueux devant eux, transparent comme du cristal. Ils voudraient s'y assoir, ressentir le pouvoir qu'IL confère aux grands de ce monde. Le trône de fer ! Le trône de glace…
Combien de jours, de semaines a-t-il fallu pour réaliser ces merveilles ? Les deux jeunes hommes l'ignorent. Leur cœur se serre à l'idée qu'une fois le printemps installé, tous ces décors, toutes ces scrupules fondront pour disparaitre complètement, ne laissant à leur place qu'un vide comblé uniquement dans le souvenir de ceux qui ont voyagé à travers ces galeries.
Aomine et Kagami ressortent complètement chamboulés de cette visite. Ils ont l'impression de revenir d'un autre monde, de sortir d'un rêve qu'ils ont partagé. Le retour à la réalité leur donne le sentiment que tout cela est tellement… improbable.
- C'était… dément… dit Aomine, encore imprégné de ce qu'il vient de vivre.
- J'ai envie d'y retourner… murmure Kagami, et de m'assoir sur le trône.
Aomine rigole pour le principe, mais il aimerait, lui aussi, retourner dans ce monde imaginaire qu'ils ont pu toucher du doigt et dont ils ne veulent plus émerger.
- Combien de temps on est restés là-dedans ? demande Kagami.
- Deux bonnes heures je crois, au moins...
- Au moins… j'ai faim, constate vaguement Kagami.
- Clairement, je crois que moi aussi ! confirme Aomine alors que son ventre gargouille bruyamment en écho à celui du tigre.
Ils se marrent, réalisant combien leur corps est peu discret lorsqu'il s'agit d'exprimer ce besoin de se nourrir. Heureusement qu'ils sont sortis du couloir qui permettait d'avancer dans « le mur ». Cela aurait fait caisse de résonnance. Y penser les amuse encore plus. C'est le cœur heureux qu'ils se dirigent vers les quelques vitrines de l'autre côté de la rue, à la recherche d'un restaurant qui sert encore à quatorze heures passées.
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Le ciel pâle montre déjà des signes de fin de journée. Il doit rester moins d'une heure avant que la nuit parsème le firmament d'étoiles qui veilleront sur le paysage enneigé de Laponie. La dernière activité de ce vingt-deux décembre va débuter et se poursuivra dans la pénombre.
Chaussé de ses skis et armé de ses bâtons, Aomine réfléchit… Lors de l'organisation du voyage, il a validé ce circuit en ski de fond pour le retour à leur logement. Maintenant qu'ils viennent de terminer leur initiation avant le départ, il réalise que cela risque de ne pas être aussi simple que ce qu'il envisageait. Ils ont beau être sportifs tous les deux, quatre heures de ski de fond pour la première fois est peut être légèrement ambitieux. D'ailleurs, ils ne sont que deux à participer à cette randonnée, accompagnés d'un guide qui les mènera jusqu'à leur destination.
Au cours du laborieux apprentissage des bases, il s'est deux fois retrouvé sur les fesses, déclenchant de petites moqueries de Kagami qui l'ont laissé bougonnant et ronchon. Le tigre n'est pour l'instant toujours pas tombé et cela le contrarie grandement. Ne lui est-il pas supérieur, tous sports confondus ? D'ailleurs, même si les bonhommes de neiges en ont décidé autrement, il est clairement ressorti vainqueur de leur petit défi des bouées quelques jours plus tôt.
- Holy shit, s'exclame Kagami à son tour les quatre fers en l'air.
- Ah ben quand même, ricane Aomine, très content de cette chute, alors que le tigre se redresse avec dignité et s'époussète le pantalon.
- Je te rappelle que tu es tombé le premier !
- Tu n'es pas censé avoir un équilibre à toute épreuve grâce au surf ?
- Le surf n'a rien à voir avec le ski de fond, Aho !
Un immense sourire aux lèvres, très fier de son petit asticotage, Aomine pousse un peu sur ses bâtons pour avancer doucement vers le guide qui les attend pour le départ. Après les dernières consignes, le groupe se met en route en file indienne, suivant la piste tracée de deux liserés dans la neige. A la base très concentrés sur les poussées simultanées de leurs bras, les skis calés dans sur la piste, les deux jeunes hommes profitent assez peu de l'immensité blanche qui se dresse devant eux. Ce n'est qu'au bout de quelques minutes qu'ils s'autorisent, l'un comme l'autre, à apprécier l'étendue de poudreuse et les quelques arbres aux branches nues, quasi recouverts de neige, qui parsèment l'immense plaine, projetant sur le sol des ombres biscornues allongées par la fin du jour.
Le ciel dégagé promet une nuit magnifique. A cette heure de fin de journée, il se colore doucement de rose mêlé au bleu azuréen pour peu à peu ne laisser qu'un violet qui s'assombrit au fur et à mesure que les minutes s'écoulent. Le silence règne en maitre, juste interrompu par le souffle des trois hommes lorsqu'ils accélèrent la cadence en des mouvements de jambes les faisant glisser sur un ski puis sur l'autre. Ils avancent dans la neige, uniquement éclairés de cette lumière diffuse les basculant peu à peu dans une quasi pénombre.
Aomine s'attache à ne pas laisser trop de distance entre le guide et lui. Il voit de moins en moins bien alors que la nuit s'installe mais cela ne le dérange pas plus que cela. Il regrette juste de ne pas pouvoir profiter autant qu'il le voudrait de ce paysage magique qui semble s'arrêter à quelques mètres de lui dans cette pénombre. Mais en même temps, parcourir cette étendue dans une lumière quasi inexistante lui donne une impression de vivre la nature de l'intérieur. Cette nature avec laquelle il se sent tellement en symbiose. Ce voyage lui fait gouter à une vie qu'il regrettera une fois de retour à Tokyo. Les grands espaces, l'inconnu, le partage avec Kagami lui apportent tellement de bienêtre. Il n'ose pas se retourner pour s'assurer que son ami va bien. Il n'est pas assez à l'aise pour quitter la piste des yeux mais à l'entente de son souffle régulier, il le sait à proximité, non loin derrière lui. Cela suffit à le rassurer. Il n'espère qu'une chose : que le tigre savoure autant que lui.
Kagami pousse sur ses bâtons, s'appuyant sur chaque jambe simultanément. Il bénit ses entrainements de basket et ses running quotidiens qui lui ont donné une endurance certaine. Momoï n'aurait jamais suivi le rythme si elle avait accepté d'accompagner son ami d'enfance. Kuroko ? Il ne faut pas se fier à son air chétif, mais il le sait moins résistant que lui. Et puis, il n'y a pas à se poser de question. C'est lui qui profite de ce partage avec l'ancien As de Tōō et il ne le remerciera jamais assez pour ça. Malgré le froid, il vit un rêve éveillé… Jamais il ne pourra rendre à Aomine ce qu'il lui offre pendant ces quelques jours de dépaysement total. Ces quelques jours de partage. La panthère avance sur le même mouvement que lui, là, juste devant lui. Il le distingue dans la pénombre, masse harmonieuse qui se déplace souplement d'un ski sur l'autre.
Sur certaines portions du trajet, de petits réverbères discrets éclairent doucement la piste. Sur d'autres, au contraire, seule la lumière frontale que chacun randonneur porte leur permet de distinguer les environs proches. Ils passent à côté de petits bois de pins enneigés qui leur rappellent celui qu'ils ont traversé en traineau le matin même. Parfois, ils se retrouvent dans d'immenses étendues qu'ils devinent vallonnées à la piste qui ondule. C'est dans cet environnement ouvert qu'ils font une pause. Ils s'installent sur un tronc couché, éteignent leurs lampes frontales et admirent le ciel étoilé.
- Je n'imaginais pas le ski de fond aussi physique, constate doucement Aomine.
- Pareil…
Kagami traduit pour le guide qui lui apporte une réponse qu'Aomine ne comprend pas.
- Qu'est-ce qu'il a dit ?
- Que beaucoup de monde sous-estime le coté sportif du ski de fond, explique Kagami.
- Surement. Nous les premiers.
- Il dit qu'on a visé un peu haut pour une première sortie et qu'on est des malades.
Cela fait rire Aomine qui confirme qu'ils ont peut-être un peu abusé.
- Il a dit aussi qu'il doit bien avouer qu'on s'en sort plutôt bien.
- On a la classe quoi. Comme au basket !
Kagami rigole en traduisant au guide qui se joint à son rire avant de laisser le silence s'installer. Il savourent l'ambiance calme et la plénitude que leur procure les lieux. De petits nuages de vapeur s'échappent de leur bouche à chacune de leur respiration. Détendu, Aomine tourne discrètement la tête vers Kagami. Il a l'impression de voir le scintillement des étoiles se refléter dans les pupilles rubis. Il déglutit avec difficulté lorsque la voix du guide se fait à nouveau entendre.
- You're in luck, guys ! dit-il en regardant vers le ciel.
Comme la nuit précédente, un fin liseré vert fluorescent serpente devant les étoiles, apportant une luminosité féérique au lieu. Kagami regarde la neige de la plaine. L'aurore boréale lui donne une teinte verdâtre qui varie selon les ondulations du liseré. Ce spectacle lui serre la gorge, comme il serre celle d'Aomine, absorbé par ce paysage fantasmagorique. Que sont-ils face à la grandeur et la beauté de la nature ?
Ils restent quelques minutes à profiter de la vue, dans le silence, avant de se remettre en route sous les conseils du guide. Il vaut mieux éviter la position statique trop longtemps sous les moins vingt degrés enregistrés au départ de Kittilä. La vague verdâtre reste visible presque dix minutes, avant de disparaitre, cédant à nouveau la place au firmament qui veille sur le groupe jusqu'à la fin de la randonnée.
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Ils ne sont pas mécontents de ne pas bouger ce soir. En arrivant sur la ferme aux rennes, ils ont profité du repas dans la salle commune où ils ont échangé pendant quelques minutes avec d'autres touristes. Ils ne se sont toutefois pas trop attardés, complètement vidés de la journée qui s'est avérée riche en émotions et pour finir, plutôt sportive.
Ils rentrent vers leur bungalow en ayant l'impression que leurs cuisses sont en bois, malmenées par l'exercice physique qu'ils se sont imposé.
- Je n'en peux plus, dit Aomine en s'affalant sur l'un des sièges du petit salon.
- Ouais, mais vraiment, ça valait le coup.
- Tu m'étonnes !
- Tu n'as qu'à prendre la salle de bain en premier si tu veux.
Aomine ne se fait pas prier. Plus vite il passera sous la douche, plus vite il sera dans son lit.
Il savoure l'eau chaude ruisselant sur sa nuque et réalise au bout de quelques minutes qu'il est en train de piquer du nez sous le jet d'eau. Il se sèche rapidement et sort en boxer de la salle de bain, laissant sa place à Kagami. Rincé, épuisé, il ne prend pas le temps de pester contre les lits jumeaux. A peine posé sur son oreiller, il tombe déjà dans les bras de Morphée.
Kagami sort de la salle d'eau en se séchant les cheveux. Pour lui aussi, la nuit est la bienvenue. En pilotage automatique, il pose sa serviette sur le dossier d'une chaise et s'installe lui aussi dans son lit. Il étend sa couverture et bloque le moindre petit interstice qui risquerait de laisser passer de l'air trop frais à son gout sous la couette. Juste avant de poser la tête sur l'oreiller, il jette un œil à Aomine et ronchonne. Le brun, surement tombé comme une masse pendant que lui était sous la douche, n'a pas pris la peine de se couvrir correctement. Kagami se redresse, tend un bras par-dessus l'inconscient qui s'expose à une pneumonie certaine, selon ses propres critères, et le recouvre de sa couette à la base vaguement posée sur ses jambes. Il le regarde quelques instants. La respiration profonde d'Aomine reflète un sommeil déjà bien installé. Son visage particulièrement détendu frappe une fois de plus le tigre. Un visage à la peau halée, qui appelle à la caresse… Il avance une main fébrile vers cette joue qu'il devine douce, la frôle du bout des doigts avant de stopper son geste et reculer sa main pour se la passer dans les cheveux en soupirant.
- Allez Taïga, reprends-toi, se sermonne-t-il à voix basse.
Il le regarde à nouveau, s'imprégnant de cette vue qui, il doit bien se l'avouer, lui plait… Son regard glisse sur le corps endormi sous la couette imparfaitement positionnée. Tendre correctement la couverture pour quelle tienne en place toute la nuit le titille. Mais il décide toutefois de lutter contre cette irrépressible envie de border son ami. Il se rappelle d'autre chose. Il est le gardien du temps. Demain, ils se lèvent tôt pour un peu plus de deux heures trente de route. Ils sont attendus à Inari pour dix heures. Devinant déjà le réveil difficile d'Aomine, il décide d'avancer d'un quart d'heure l'alarme déjà prête sur son téléphone, pour parer à tout éventuelle panne d'oreiller de la panthère étendue à ses côtés.
Satisfait, il se réinstalle, recommence son petit manège avec sa couette, et enfin pose la tête sur son oreiller, pour un repos bien mérité.
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Voici pour la journée du vingt-deux décembre.
Je ne sais pas si tout le monde connait Game Of Thrones. J'espère que le passage de l'hôtel de glace restait compréhensible et appréciable pour ceux qui ne connaissent pas cette série. En tous cas, sachez que l'exposition a vraiment existé et qu'elle devait être magnifique.
Je vais faire mon possible pour sortir le prochain chapitre plus rapidement. Je bloque parfois sur certains passages que je souhaite décrire au mieux.
A très vite pour la suite :)
