Auteur : Setsunafr - 31/01/2022
Disclaimer : Le monde de Kuroko No Basuke et les personnages appartiennent à Tadatoshi Fujimaki
Rating : T
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Coucou à tous
Merci beaucoup pour vos reviews sur le chapitre précédent qui date quand même d'il y a… trois semaines… Pardon pardon pour l'arrivée tardive de celui-ci… Ecrire des chapitres aussi longs en ayant repris le boulot et avec un cerveau qui veut écrire quand ce n'est pas le moment et qui boude quand j'ai du temps, complexifie grandement les choses. Mais bon ! l'important est qu'il soit là… (Rassurons-nous comme nous le pouvons). Pour ceux qui le souhaitent, vous pouvez trouver les images de l'hôtel de glace de Game Of Thrones sur le net. Vous verrez, c'est assez impressionnant. Merci à vous pour votre soutien. Merci aux copines pour leur aide et leur écoute quand j'ai des moments de doute ou des pannes d'écriture. N'hésitez pas à lire les fic de Kuro-Hagi, Maloriel et Dawlly :)
PS 1 : Je n'ai pas progressé en anglais. J'éditerai les corrections de Maloriel lorsqu'elle aura lu ce chapitre, histoire de ne pas la spoiler avant sa découverte.
PS 2 : Un petit clin d'œil à la fic de Noël de Dawlly s'est glissé dans ce chapitre :D
Shadow : Merci pour ta review. Si cette fic te donne de plus en plus envie d'aller en Laponie, c'est que les descriptions sont réussies :). Moi aussi, j'adorerais tellement voir une aurore boréale. Et toutes les étoiles dans la nuit. C'est super si le passage de l'hôtel autour de Game Of Thrones est bien passé, même sans connaitre la série. Si tu cherches sur le net, tu trouveras le dragon taillé dans la glace. Pour le ski de fond, j'imagine que cela doit être super physique. Je n'en ai jamais fait. Mais bon… quatre heures, pour Ao et Kaga, ça passe. Leur côté tête brulée a pris le dessus sur la raison XD. Merci pour ton soutien. Je vais faire l'effort d'arrêter de me mettre la pression, pour ne pas avoir la fessée XD. Bises
Ju : Merci pour ta très longue review :) Il existe des fermes aux rennes ailleurs qu'en Laponie. D'ailleurs, si tu vas en Alsace, tu pourras en trouver. Mais de manière plus générale, si j'en crois une carte que j'ai vue sur le net, tu peux en trouver dans de nombreux pays, plutôt du nord. Enfin sur la carte, ils parlaient de rennes ou caribous. Cela me fait bien plaisir que tu vives ce voyage en même temps qu'Ao et Kaga. C'est que les descriptions fonctionnent et ça, c'est vraiment top. Comment ça, si les yeux d'Ao avaient des crocs, Taiga serait tout déchiqueté ? Tu crois ? … XD Je te laisse découvrir la suite :D. Pendant le ski de fond, Ao voyait de moins en moins bien mais il n'y avait pas grand risque. Au besoin, il avait une lampe frontale et le guide n'était pas loin. Encore merci pour ta review. Voici le chapitre suivant avec une trèès légère attente ^^'. Bisous esquimaux ^^
Patoshi : Merci pour ta review. Tu vois, l'attente a été encore plus longue pour ce chapitre-ci… Pardon pardon. Mais oui, tu vois, ce sont des chapitres conséquents. En tous cas, je suis contente que le six t'ai plu et qu'il t'ai fait découvrir Game Of Thrones. Ao et Kaga, se rapprocher ? l'inverse serait quand même sacrément dommage :D. Bises
Bonne lecture à tous.
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Chapitre 7 : Vous avez dit Husky ?
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La porte de la salle de bain s'ouvre sur un nuage de vapeur d'où émerge Kagami, une serviette nouée autour des hanches. Il sort quelques vêtements de son sac et retourne dans la pièce d'eau après avoir jeté un œil à Aomine. Sans grande surprise, le jeune homme dort toujours. L'alarme programmée par l'ancien As de Seirin ne l'a pas réveillé. Pas même un petit frémissement de cil. Cet homme qui aime se qualifier de panthère s'apparente davantage à une marmotte... Grand prince, Kagami lui accorde encore quelques minutes de repos, le temps de s'habiller.
Quelques courtes minutes à vrai dire, car le tigre est plutôt efficace. Il s'approche du lit sur lequel Aomine est étendu sur le ventre, le dos à l'air et le nez dans son oreiller. Durant quelques secondes, Kagami caresse la peau mate du regard, glissant de la nuque jusqu'à l'élastique du boxer noir qui couvre les fesses galbées de son compagnon de voyage. Il réprime un frisson qu'il met sur le compte de la vision de ce dos nu, offert à la fraicheur matinale. Il s'accroupit à côté du lit en grimaçant au signal douloureux que lui renvoient ses cuisses courbaturées de la veille, et pose une main hésitante sur la large épaule à sa hauteur, si chaude…
- Ao…, murmure-t-il.
Il sait bien que cela n'aura pas beaucoup d'impact, que cela ne réveillera pas Aomine. Il est un peu chagriné à l'idée d'interrompre son sommeil. Il le voit respirer profondément, les bras enserrant son oreiller comme un bienheureux. Mais le timing leur impose de prendre la navette dans une petite heure, et à vrai dire, une autre chose le pousse à sortir Aomine les limbes du sommeil, qui n'a rien à voir avec les activités du jour. Il veut voir les pupilles bleues, celles qui lui renvoient tant d'émotions lorsqu'elles se posent sur lui. Plus qu'une envie, cela devient pour lui une quasi nécessité, un besoin presque viscéral qui lui torture le ventre et comprime sa poitrine.
Encore une fois, comme la veille, il se sent attiré par ce profil esthétique, cette joue qu'il n'a qu'effleurée du bout des doigts durant de trop courtes secondes, le dessin de ces lèvres entrouvertes qui semblent l'appeler. Il se penche, s'approchant doucement alors que les iris bleues se dévoilent lentement derrières les paupières encore lourdes de sommeil d'Aomine. Kagami écarquille les yeux en réalisant que la panthère est réveillée. Il redresse le haut de son corps en ôtant sa main de l'épaule à la peau halée et dit dans un raclement de gorge :
- Hum… Il est l'heure… Ao…
Aomine cligne doucement des yeux, émergeant lentement de sa nuit trop courte. Il entend une voix familière qu'il perçoit comme réconfortante sans réellement distinguer les mots qu'elle prononce. Il pense vaguement qu'elle est peut-être associée au visage qui était à l'instant proche du sien. Dans des gestes ralentis, il tourne la tête pour reprendre pieds avec le lieu dans lequel il se trouve. Sa vue brouillée se pose vaguement sur un toit de verre qui court jusqu'à la tête de lit, d'où brillent ce qui lui semble être de petites lucioles sur un fond noir. Il se sent comme shooté, trop groggy pour solliciter son corps. Son cerveau intercepte la pénombre qui domine à l'extérieur et l'analyse comme une nuit en cours. Il peut se rendormir tranquillement.
- Non, non, Ao, chuchote Kagami en se penchant à nouveau vers lui. Il faut se lever, nous devons prendre la navette...
Aomine fronce les sourcils derrière ses paupières de nouveau clauses. Cette fois, il a compris les paroles de la voix de... Kagami. Il ouvre à nouveau les yeux et voit le visage aux iris rubis. Il ne veut pas se lever... Il veut rester dans ce lit douillet, accroché à ce regard doux qui déclenche chez lui un sourire qu'il ne contrôle pas.
- Je... je vais rassembler tes affaires…, dit Kagami, en détournant les yeux et se redressant, perturbé par ce sourire. Il grogne en repassant à la station debout, alors que ses cuisses se rappellent à nouveau à son bon souvenir.
- Il est quelle heure ? demande mollement Aomine en suivant des yeux les mouvements du tigre qui ramasse un vêtement jeté sur l'un des fauteuils avant de se déplacer dans la pièce, pour récupérer les affaires que son ami a disséminées au gré de ses migrations de la veille.
- Presque sept heures trente. La navette part dans quarante-cinq minutes.
Aomine fait une petite moue à l'idée de se lever. Il s'étire dans son lit mais stoppe rapidement son geste en grimaçant de douleur.
- Woh ! Des courbatures au réveil…, cela faisait bien longtemps que ça ne m'était plus arrivé.
- Ne m'en parles pas ! Je douille aussi. Allez, viens. Dès que tu auras pris ta douche on ira petit-déjeuner.
Aomine acquiesce d'un lent mouvement de tête alors qu'il se redresse et glisse en position assise au bord du lit. Les coudes sur les genoux, il se passe les deux mains sur le visage, en massant ses paupières du bout des doigts pour en dissiper le sommeil encore trop présent, puis tourne la tête vers Kagami qui rassemble toujours ses vêtements.
- Laisse…, lui dit-il.
- Ça ne me dérange pas…
- Comment je vais faire quand on sera rentrés si tu m'habitues trop à être dorloté ?
Kagami stoppe son mouvement alors qu'il se penchait pour ramasser une chaussette abandonnée sur le plancher.
- Je… je ne fais pas grand-chose…, dit-il embarrassé.
Que tu crois… pense Aomine avec un petit pincement au cœur. Il réalise qu'ils ont déjà passé la moitié de leur séjour. Dans trois jours, ils embarqueront pour le japon et la magie sera terminée. Cette pensée le perturbe plus qu'il ne l'aurait cru lorsqu'ils se sont mis en route pour l'aéroport de Narita. Le dépaysement, la féérie des lieux, la rupture avec le quotidien et… une vie quasi de couple avec l'ancien As de Serein. Son rival de basket, son meilleur ami, son confident… Aomine soupire pour lui-même. Il faut arrêter de se voiler la face. Cette vie commune, dans des circonstances certes idéales, lui a bien fait comprendre ce qu'il supposait déjà. Il est clairement amoureux de Kagami. Depuis quelques temps déjà, il sent bien que quelque chose couve, qu'il a envie de bien plus qu'une amitié avec le tigre, aussi forte soit cette amitié. Combien de fois s'est-il lui-même surpris à laisser son regard s'attarder un peu trop sur lui… sur son torse, sur ses lèvres, sur ses fesses… que lui présente Kagami en ramassant une seconde chaussette. Il déglutit en se levant… Oui, en ce matin du vingt-trois décembre, sous le ciel étoilé de Laponie, Aomine réalise qu'il n'y a plus une seconde à perdre. Il doit tenter sa chance avant leur retour au pays. Car une occasion comme celle-ci, avec une telle proximité, ne se représentera pas de sitôt. Il avance d'un pas raide vers Kagami, grimaçant à chaque pas et s'arrête alors que son ami vient se positionner juste devant lui.
- Tiens… prends ça, et ça… et puis ça aussi, dit doucement le tigre en lui tendant timidement quelques vêtements à enfiler après la douche. Je termine de ressembler tes affaires pendant que tu te douches…. Sinon… sinon nous n'aurons pas le temps de manger.
Aomine regarde la paire de chaussettes, le boxer et le tee-shirt à manches longues qui lui sont tendus, puis plonge des yeux étonnés dans ceux de son… il-ne-sait-plus-quoi. Il déglutit difficilement réfrénant une terrible envie de le prendre dans ses bras, le serrer contre lui et lui donner un baiser. Kagami le fixe sans comprendre son manque de réaction et son regard qui lui semble… perdu.
- Euh… tu… tu ne voulais peut-être pas ces chaussettes-là ? demande-t-il, hésitant.
- S-si, elles sont parfaites, répond Aomine en prenant délicatement les vêtements que le tigre lui présente toujours. Je… Je fais vite…
Kagami le voit se diriger vers la salle de bain et refermer lentement la porte derrière lui. Il reste quelques instants les yeux fixés sur cette porte fermée, réprimant l'envie de laisser les bagages en plan et de la franchir pour le rejoindre.
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La navette chemine à vitesse raisonnable sur la route qui les mène à Inari. Dans la nuit toujours bien installée, les phares reflètent un asphalte blanc, et laissent deviner la neige poussée sur les côtés pour permettre la circulation des véhicules. A l'image du trajet précédent, l'obscurité ambiante cache la beauté du paysage. Seuls quelques pins se dessinent à la lumière des phares, en des ombres inquiétantes penchées sur la route.
Le trajet s'est déroulé dans un mélange de somnolences et de silences gênés. Les vaines tentatives d'échanges au cours de ces presque deux heures trente de parcours se sont soldées par des échecs. Entre les rougissements heureusement camouflés par la pénombre et les bégaiements maladroits, le trajet a semblé aux deux jeunes hommes durer une éternité.
La navette s'arrête devant ce qui ressemble à une petite ferme. Kagami se lève et s'avance dans le bus pour accéder à la porte de sortie. Il est plus que conscient de la présence d'Aomine derrière lui, ne faisant qu'accentuer son trouble.
Aomine regarde le dos de son ami. Un dos large qui invite à s'y lover. Il n'a pas osé parler au tigre de ce qu'il sait ressentir, trop conscient de ce que leur proximité dans ce lieu poserait comme difficultés si le tigre le rejetait en bloc. Le lieu, mais également la peur de perdre cette amitié qui lui est chère. Pourtant s'il ne dit rien… jamais Kagami ne saura… Peut-être passera-t-il à côté de ce qu'il attend depuis longtemps ? Trouver la personne qui lui convient, avec laquelle il a envie de faire un bout de chemin, le plus long possible…
Les portes du bus s'ouvrent sur la froideur de l'air de cette matinée de décembre. Kagami resserre le col de son manteau autour de son cou et descend les quelques marches le séparant de la chaussée qu'il devine plus qu'il ne voit sous la couche de neige. Il fait quelques pas en regardant les lieux encore nappés d'obscurité avant de se raidir.
Aomine l'observe, légèrement en retrait. Comme à son habitude, il a tu l'activité du jour. Et plus encore celle-ci… Il sait très bien que la journée risque d'être difficile pour Kagami. Il s'en veut d'avoir oublié, alors qu'il accusait encore le coup d'avoir gagné ce voyage… Et la tension qu'il vient de ressentir chez lui le fait d'autant plus culpabiliser.
Dans la luminosité encore sombre d'une nuit qui s'apprête à tirer sa révérence, Kagami entend des sons inquiétants. Il relève la tête et tente d'en définir la provenance. Mais la pénombre rend sa vue inefficace et accentue les bruits environnants, lui donnant la désagréable impression que ces jappements sont émis juste à côté de lui. Il ne peut réprimer un tremblement qui parcourt tout son corps, indépendamment de la température extérieure qui pique sa peau et rougit ses joues. Son tremblement s'accentue encore à la vue de l'enseigne de bois accrochée à la bâtisse devant lui sur laquelle il peut lire « Husky's farm ». A la simple pensée de ce que leur présence devant cette ferme signifie, son cœur cogne plus fort à ses tempes. Absorbé par la magie du voyage, il en a oublié qu'une telle activité risquait fort probablement de s'imposer à lui. Il déglutit difficilement, le corps figé. Il ne sent pas celui qui vient se coller à son dos, ni le souffle chaud qui lui caresse l'oreille droite.
- Ça va aller… ne t'inquiète pas, lui murmure Aomine.
Kagmai sursaute.
- Des chiens, répond-t-il difficilement en tournant un visage particulièrement inquiet vers son ami.
- Je sais… Mais… je suis là, hein ?
Une succession d'aboiements et de hurlements canins vient accentuer l'anxiété de Kagami qui tourne la tête dans leur direction, amorçant un pas en arrière qui le colle davantage à Aomine. Le filet de sueur froide qui glisse le long de son dos laisse rapidement place à une torsion dans le ventre. Un tressaillement de pure angoisse qui lui retourne complètement les tripes.
Aomine réprime une terrible envie de le serrer dans ses bras, de le réconforter et lui assurer qu'il fera tout pour que cette peur ne le paralyse pas, pour qu'il puisse quand même profiter de la magie qui se présentera à eux lors de cette sortie.
Kagami se retourne pour lui faire face.
- Je suis désolé, Ao… Si c'est ce que je crois, je vais t'attendre ici... Je ne le sens pas, dit-il dans un filet de voix.
Aomine le regarde d'un air désolé.
- Ça… ça ne va pas être possible, Ta… Kagami. Ne m'en veux pas, je n'ai pas réfléchi en validant cette activité-là. Mais… on part pour deux jours… Je sais juste qu'il y a une escale prévue pour la nuit dans un coin perdu…
Kagami regarde autour de lui, cherchant une échappatoire.
- S'il te plait, ne me laisse pas y aller seul… Je veux vraiment faire cette excursion avec toi…, implore Aomine.
- Ao… cette trouille, c'est viscéral... Je ne la contrôle pas. Je t'assure. Rien que voir le chien de Kuroko me rend malade. Et pourtant… il n'a pas l'air méchant, mais c'est plus fort que moi. Alors… alors ici, où il doit y avoir des dizaines de chiens…
- Taiga…
Dans la pénombre s'adoucissant au fil des minutes, dissipant doucement le scintillement des étoiles, les iris bleus s'ancrent aux pupilles rouges chargées d'inquiétude. Kagami, dont la peur fait tourner le cerveau au ralenti, réalise à contre coup qu'Aomine vient d'utiliser son prénom. Il croit discerner l'expression d'une supplication dans les prunelles bleues qui le regardent. Tant de choses qu'il peut y lire malgré le manque de lumière. Il déglutit difficilement et se passe anxieusement le bout de la langue sur les lèvres sans pour autant lâcher le regard implorant d'Aomine. Il finit par tourner légèrement la tête dans une respiration hasardeuse avant de revenir au visage aux aguets, suspendu à sa réponse.
- Vraiment… ce que… tu ne me fais pas faire…, dit-il d'une voix incertaine.
Un magnifique sourire reconnaissant s'étire sur les lèvres du brun alors qu'il laisse son corps s'exprimer seul pour enlacer le tigre. La joue droite contre celle d'Aomine, Kagami déglutit à nouveau, fixant les feux de la navette qui disparaissent à l'horizon alors que le paysage se dévoile lentement sous le jour naissant, et que la voix rauque d'Aomine lui souffle un doux « merci » à l'oreille.
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Le groupe d'une demi-douzaine de personnes réunies pour l'activité contourne la grande bâtisse à la toiture recouverte d'une bonne épaisseur de neige. Sous leurs yeux, s'étire une succession d'enclos au sol enneigé et équipés chacun des petites cabanes protectrices en bois servant de refuge aux chiens. Une forêt de pins entièrement recouverts de poudreuse gelée prend naissance juste derrière, leur rappelant qu'ici, la nature domine sur l'activité humaine.
Extrêmement raidi, Kagami se glisse le plus loin possible des enclos, derrière Aomine qui se retient d'aller papouiller les husky frétillant de la queue derrière leur grillage. Le brun balaie les lieux du regard et repère un peu plus en retrait un enclos dans lequel gambadent cinq chiots au pelage ébouriffé et duveteux caractéristique des bébés. Il en voit deux se chamailler, jouant à se mordre mutuellement la truffe. Ces petites boules de poils le font littéralement craquer. Il a du mal à comprendre la peur panique qui s'empare de Kagami à chaque fois qu'il croise la route d'un canidé. Une trouille à s'en rendre malade. Et pourtant, devant eux, les chiens au pelage blanc et gris, presque noirs pour certains, semblent plus avenants les uns que les autres. Et leurs yeux… Il en voit un dans le petit parc en face de lui, qui l'observe de ses yeux d'un bleu tellement limpide qu'il a l'impression de s'y noyer. Pas un bleu orageux comme les siens. Plutôt un bleu extrêmement clair qui reflète la gentillesse et à son humble avis, beaucoup d'intelligence. Pourtant, celui qui l'impressionne le plus se trouve dans le carré à sa gauche.
- Regarde celui-là, on dirait Seijuro !
Il pointe du doigt le magnifique husky à la fourrure marron et blanche, dont l'oeil droit noisette et le gauche bleu semblent le toiser. Si Akashi était un chien de traineau, il est convaincu qu'il serait ce chien-là. Et pour tout dire, il ne sait si cela le fait rire ou l'effraie. Dans son dos, Kagami se déporte légèrement pour observer, ne laissant paraitre qu'un œil méfiant par-dessus l'épaule du brun.
- Mm…, risque-t-il avant de se glisser à nouveau derrière Aomine qui ne peut s'empêcher de sourire en suivant son geste d'un mouvement de tête.
Il fixe à nouveau le husky aux yeux vairons sans vraiment le voir, son esprit toujours dirigé vers l'ancien As de Seirin. Il apprécie tellement l'effort que Kagami fait pour lui. Cela le touche plus qu'il ne saurait le dire, le rendant encore plus chose. Il se retourne, laissant le groupe et les enclos dans son dos et plante ses pupilles directement dans celles de Kagami qui l'observe, surpris. Aomine le fixe quelques instants. Il aurait tellement envie là, de le serrer contre lui, mais il se retient et opte plutôt pour un magnifique sourire, reflétant toute sa gratitude, avant de lui tourner à nouveau le dos et reprendre sa place. Kagami en reste interdit, les yeux rivés sur la nuque du brun qu'il devine derrière le col de son manteau épais. Ce sourire, encore… Celui qu'il a vu dans son rêve et qui correspond en fait à celui qu'Aomine lui offre depuis qu'ils sont ici, en Laponie. Celui qui le trouble au plus haut point…
Un concert d'aboiements le ramène à la réalité qu'il a oubliée pendant ces quelques secondes figées dans le temps. Un mouvement du responsable de la ferme a excité les chiens. Surement le lancement de l'activité, puisque le groupe se met en route pour suivre l'homme qui leur ouvre la marche le long des enclos. Il déglutit difficilement. Le moment tant redouté arrive…
Aomine vient se placer à ses côtés. Il a rarement vu le tigre aussi vulnérable. En fait, jamais… excepté en présence des chiens. Cette fragilité inhabituelle lui donne envie de le protéger. Il sait que d'ordinaire Kagami n'en a pas besoin, mais là, face à ces petites bouilles d'amour poilues, le fauve se fait chaton… le fauve se fait souris...
Il devrait avoir honte de profiter de la situation… Mais il ressent ce besoin d'être beaucoup plus tactile avec Kagami. De poser négligemment une main sur son avant-bras ou dans le dos, ou encore de le presser contre lui lors d'une accolade…. Oui, l'accolade est la solution idéale ici. Il se place donc entre Kagami et les enclos, faisant autant que possible rempart entre lui et les toutous toujours enfermés dans leurs parcs.
- Allez viens, je t'emmène, dit-il en posant un bras sur les épaules de Kagami.
Il avance pour rejoindre le groupe, tenant contre lui un tigre des plus dociles. Peut-être l'ancien As de Seirin aurait-il préféré que la nuit domine toujours, pour lui éviter de voir les chiens galoper le long du grillage à leur passage ? Mais la clarté du jour est désormais bien installée et le bleu pâle d'un ciel sans nuage s'étend au-dessus de leur tête, annonciateur d'une journée froide et magnifique.
A chaque aboiement de chien lorsqu'ils longent leur enclos, Aomine sent Kagami se tendre contre lui, il voit sa mâchoire contractée et ses traits crispés. Son enthousiasme s'effrite… La culpabilité prend grandement le pas sur l'excitation de la journée et la satisfaction de cette proximité physique. Ils devraient peut être renoncer à cette expédition… parce que, oui, il en profite pour papouiller du tigre, mais à quel prix ? Un stress intense à la limite de le paralyser ? Cela vaut-il réellement ce supplice ?
- Taïga…
Kagami trésaille. Encore son prénom…
- Si tu veux, on laisse tomber…
Son prénom prononcé par cette voix grave et chaude…
- Taïga ?
… est une telle caresse à ses oreilles qu'il en ferme les yeux pour mieux la savourer…
- Taïga?
Kagami réouvre les yeux et tourne la tête vers Aomine qui a stoppé leur mouvement et le regarde, inquiet de son manque de réaction.
- Viens, on laisse tomber…, propose doucement l'ancien As de Tōō.
- Non.
- Franchement, si c'est pour que tu le vives si mal, ça ne vaut pas la peine. Je ne veux pas que tu gardes un mauvais souvenir de ce séjour.
- Arrêtes !
Aomine se tait, surpris de cet ordre. Kagami respire profondément, tachant de prendre le dessus sur son stress. L'image du sourire resplendissant de cet homme à la peau brune, gravée derrière sa rétine… ses yeux pétillants de bonheur… Il ne veut pas priver son ami de cette sortie qui semble lui faire tellement envie… Pas à cause de sa peur des chiens. Il s'en voudrait beaucoup trop.
- Je t'accompagne sur cette sortie et c'est tout. Ça va… Ça va le faire. Je vais prendre sur moi… Et puis… j'aurais de quoi te rappeler que tu as une dette envers moi et pas l'inverse ! répond-il dans une demi sourire, pour de se redonner un peu de contenance.
Aomine le regarde, surpris avant qu'un sourire carnassier se dessine doucement sur son visage.
- Que tu crois ! répond la panthère.
Kagami s'apprête à répliquer mais Aomine passe une main derrière sa nuque pour rapprocher leurs deux fronts, comme il l'avait fait lors de la cérémonie de la traversée du cercle polaire.
-… mais… j'apprécie le geste, souffle-t-il. Merci…
- … Tu sais combien de fois tu m'as remercié depuis que nous sommes descendus de cette navette ? lui demande Kagami sans changer de position. Alors que c'est moi qui te suis reconnaissant de partager tout ça avec moi…
- Taïga… ce voyage, je…. Je ne l'aurais fait avec…
Un déluge d'aboiements l'interrompt alors que le chef de l'expédition fait sortir les premiers chiens de leur enclos, en appelant tous les participants à le rejoindre. Aomine ôte sa main de la nuque de Kagami et décolle leurs fronts sans le quitter des yeux. Il n'est pas allé jusqu'au bout de sa révélation. Plus tard peut être. Il attend l'accord de son ami pour se remettre en route. Kagami opine doucement de la tête. Alors, Aomine cale à nouveau un bras protecteur autour de ses épaules et l'emmène vers le lieu de rassemblement, à proximité du premier traineau qui vient d'être attelé.
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Debout à l'arrière du traineau, Aomine laisse transparaitre son bonheur à travers un sourire lumineux. Le froid qui lui fouette le visage ne le gêne pas tant il est absorbé par la magie. A la tête de son attelage composé de six chiens, ses mains gantées posées sur le haut du traineau, il a l'impression d'être le roi du monde. Cette vitesse de glisse le surprend énormément pour de si petites bêtes.
Dès le départ, les huskys ont commencé à montrer des signes d'impatience alors que les premiers traineaux n'étaient pas encore partis. Ils tiraient et jappaient, se projetant vers l'avant en tentant de faire démarrer leur attelage, sans résultat tant que le pied d'Aomine appuyait sur le frein ancré dans la neige. Lorsqu'il l'a enfin libéré, il s'est senti partir en arrière sous la brutalité de la traction. D'une seule force, les six bêtes se sont projetées vers l'avant, emmenant leur cargaison avec eux.
Reproduisant les démonstrations et mises en pratiques lors de l'initiation, Aomine compense les basculements du traineau lorsqu'ils amorcent un virage un peu trop serré, portant son poids d'un côté ou de l'autre selon les besoins pour éviter une chute. Bien qu'en ce qui le concerne, la stabilité de l'engin semble mieux assurée que pour les autres participants à l'expédition. Car contrairement aux autres, il ne l'occupe pas seul. Kagami est installé devant lui, assis sous une couverture adaptée pour l'isoler un peu du froid dans cette position statique.
Le tigre a accueilli avec soulagement la possibilité de partager un traineau pour deux, lui évitant d'avoir à gérer un attelage de bêtes enragées qu'il serait bien en peine de contrôler. De sa place, il admire le paysage qui s'offre à lui. La forêt qu'ils arpentent lui donne l'impression d'avancer dans une nature en suspens, mélange de troncs dénudés, de pin mêlant le blanc et le vert, et de monticules enneigés plus ou moins imposants. Le tracé du chemin qu'emprunte le convoi, préparé le matin même par le passage de motoneiges, sillonne à travers la pinède. Les attelages se suivent à distance raisonnable, espacés d'une trentaine de mètres pour éviter de se percuter en cas de perte de contrôle des chiens. Au-dessus de lui, le ciel d'un bleu pâle tranche tout de même avec cette nature. Par moment, des branches lui barrent l'accès au firmament, lui donnant l'impression de liserés fantomatiques.
Kagami ne regrette pas d'avoir pris sur lui pour participer à cette expédition. La nature omniprésente lui ferait presque oublier les six chiens qui les tractent. Il ne peut toutefois s'empêcher de leur jeter régulièrement un œil méfiant. De sa place, il voit… leur postérieur. Une moue sur le visage, il réalise que la queue en panache des deux huskies les plus proches de lui, lui donne une vue directe sur … leur trou du cul, comme un gage de moquerie de leur part.
Il se tourne sur le traineau, obligeant Aomine à compenser le déplacement de poids pour garder l'engin en place.
- Ils me montrent leur cul…
- Quoi ?
- Les chiens… ils me montrent leur cul…
Aomine regarde l'attelage et explose de rire. Il se penche vers Kagami :
- Tu préfèrerais qu'ils soient dans l'autre sens ?
- Surtout pas ! Si je vois leur cul, c'est qu'ils ne courent pas vers moi. Alors ça me va ! Mais bon… J'ai quand même vue sur leur trou du cul…
Aomine rit de bon cœur, oubliant de contrôler le traineau alors qu'ils amorcent un virage serré à grande vitesse. Subissant la force centrifuge, le traineau tangue du côté opposé au virage pris par les huskys. Aomine tente de compenser comme il le peut, ne pouvant de toutes façons pas utiliser le frein, devenu inutile alors que « l'habitacle » bascule sur le côté.
- Taïgaaaa, mets tout ton poids à droite. A droiiite !
Trop tard, le côté gauche du traineau s'échoue sur la neige, faisant valser les deux jeunes hommes en deux « sprouch » étouffés alors que les chiens poursuivent leur route sur la piste toute tracée, en direction des autres attelages.
Etalés dans la neige, Aomine et Kagami mettent quelques instants à réaliser. Ils fixent le ciel limpide avant de se regarder pendant quelques secondes, complètement ahuris. Le rire d'Aomine se fait doucement entendre, vite rejoint par celui de Kagami.
- Je pense qu'on est tombés, constate le brun en se redressant en position assise.
- Tu crois ?
- Au moins, les chiens sont trop loin pour te montrer leur trou du cul…, se marre Aomine.
Les fesses dans la neige et les mains derrière lui pour l'empêcher de basculer à nouveau, Kagami tourne la tête en direction du convoi qui vient de s'arrêter puis reporte son attention sur son ami.
- C'est pas faux, répond-il, un large sourire aux lèvres.
Aomine se relève en grimaçant puis lui tend une main gantée que Kagami attrape souriant toujours. Lui aussi grogne au moment de se remettre sur ses pieds, en sentant encore les courbatures de la veille.
- On va s'en souvenir longtemps du ski de fond…
- Un peu de sport là-dessus et ça va passer.
Le tigre lâche la main d'Aomine pour s'épousseter de la neige encore accrochée à ses vêtements. Il se retourne vers les marques de leur chute. Deux formes incrustées dans la neige et une longue trainée qui rejoint la piste, empreinte laissée par leur traineau.
- Je suis plus lourd que toi… Ma marque est plus profonde…
Aomine scrute les dessins dans la neige. Deux formes qui ne ressemblent à rien mais qu'il est satisfait de voir. Après tout, il en avait déjà envie lors de leur promenade avec les rennes, la veille.
- C'est parce que tu as douze couches pour lutter contre le froid, s'amuse-t-il en passant un bras autour du cou de l'ancien As de Seirin. Allez viens, il faut qu'on les rejoigne, ils nous attendent.
Leur attelage s'est arrêté une centaine de mètres plus loin, stoppé par le guide et les autres participants à l'expédition. Ils ne sont pas les seuls à s'être retournés depuis le départ de la ferme aux Huskys. Deux attelages avant le leur se sont retrouvés sans pilote, comme eux, après un virage mal géré.
- En fait, c'est pas aussi simple que quand on s'est baladés avec les rennes, constate Aomine en marchant vers le convoi.
- Faut dire, il n'y avait pas grand-chose à faire avec les rennes.
- Ouais, c'était pas le même but. Gérer l'attelage, c'est sympa. Il faudrait que tu essaies.
Accolé à son ami, Kagami frissonne. Il n'est pas prêt pour cela. Il préfère laisser Aomine gérer pour l'instant. Et là, il savoure de marcher côte à côte avec lui, se laissant bercer par le crissement de leur pas dans la neige, même si ses cuisses le font souffrir à chaque pas, lui rappelant qu'il aurait dû s'étirer après la séance de ski de fond.
Au fur et à mesure qu'ils avancent en appréciant la beauté des lieux, les aboiements des chiens parviennent à leurs oreilles. C'est incroyable de voir combien ces petites bêtes sont énergiques et bruyantes quand elles sont à l'arrêt. Inconsciemment, il ralentit le pas. Un bras toujours autour de son cou, Aomine tourne la tête vers lui.
- Ça va ? demande-t-il en le rapprochant encore davantage de lui.
- Ouais… ils sont juste… bruyants…
- C'est clair…
Ils ont parcouru la moitié du chemin. Aomine voudrait s'arrêter là, pour profiter un peu de son tigre avant de rejoindre les autres. Au loin, le guide réinstalle correctement leur traineau en attendant leur arrivée. Aomine s'arrête, stoppant également le mouvement de son ami qui l'interroge du regard.
- Ces paysages, c'est magique. Ce voyage est magique. Et… et je suis bien content de le partager avec toi, dit Aomine sans le regarder.
S'il n'avait pas écouté son cerveau lui indiquant que cela est déplacé, Kagami aurait posé sa tête sur l'épaule de son ami. Mais cela ne se fait pas, n'est-ce pas ? Alors il se contente de fermer les yeux et de savourer l'étreinte en espérant que les battements de son cœur ne sont pas aussi audibles qu'il le craint… tout en répondant dans un souffle :
- Je suis bien content que Kuroko et Momoï n'aient pas pu se libérer…
Aomine se mordille les lèvres… est-ce qu'il lui dit maintenant ? Il n'est plus aussi franc que ce matin. Les craintes du tigre lui avaient donné la force de lui avouer. Mais maintenant, il se sent fébrile.
Alors qu'ils se remettent en marche pour rejoindre le groupe, il se promet qu'il parlera ce soir. Parce qu'il veut être honnête avec celui qui fait chavirer son cœur et qu'il n'a que trop attendu.
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Ils arrivent au lac Inari que la piste va longer pendant quelques kilomètres. Le lac gelé leur offre une vue qui leur semble démesurée, leur donnant une sensation de liberté et d'appartenance à une nature qu'ils ne soupçonnaient pas il y a encore quelques jours.
Kagami réalise qu'il a promis des photos à Kuroko. Ce lieu qui semble idéal. Il sort son portable, hésite quelques secondes puis enlève un gant pour prendre plusieurs clichés du paysage. Un petit sourire aux lèvres, il en prend également un du cul des chiens, et enfin, en se contorsionnant, il en prend deux d'Aomine. Sur le premier, son ami n'a pas remarqué qu'il était pris en photo. Il regarde l'horizon, les mains sur le traineau, un sourire aux lèvres. Sur le second, son regard d'un bleu intense fixe l'objectif et sa bouche s'étire en un demi sourire. Ce cliché-là fait frémir Kagami. Il est presque… sauvage. Le tigre se réinstalle correctement à sa place en admirant discrète son trésor puis envoie un message à Kuroko.
[De moi] : 15h24
Salut Kuroko. Les paysages sont à couper le souffle. Je t'envoie un petit aperçu. A+
Il l'accompagne de deux images de paysage, de celle des chiens et, après une hésitation, de la première qu'il a prise d'Aomine. La seconde… est pour lui et pour lui seul. Il range ton téléphone, souffle plusieurs fois sur ses doigts et repositionne son gant avant qu'ils ne soient complètement engourdis. Puis il se laisse bercer par le doux balancement du traineau qui s'est fortement réduit depuis qu'ils ont emprunté la piste qui longe le lac. A sa droite, la forêt dense lui donne peu de visibilité et fait contraste avec l'immensité blanche qui s'étend sur sa gauche. Il en a oublié les chiens. Il en a oublié sa peur. Il est juste heureux d'être là. Heureux et serein.
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Aomine ralenti l'attelage d'un « Oooh » long qu'il accompagne d'un appui par à-coups sur le frein. Les chiens ralentissent l'allure, jusqu'à s'arrêter. Le souffle court, Aomine s'imprègne du spectacle qui se dessine devant lui. Le ciel d'un bleu qui s'assombrit, laisse filtrer une auréole safran autour de l'astre solaire voilé. Le coucher de soleil projette des couleurs rosées puis orangées sur l'immensité blanche, et floute la forme des arbres qu'il aperçoit à l'horizon en ombres chinoises. Sa gorge se bloque d'une boule d'émotion qu'il ne peut contenir. Il pose une main sur l'épaule de Kagami pour s'assurer qu'il voit comme lui la beauté surnaturelle du lieu.
Fasciné lui aussi par la majesté du site, Kagami pose sa main gantée sur celle d'Aomine, le cœur comprimé par la beauté du paysage qui lui donnerait presque envie de pleurer tant cette magnificence lui semble irréelle.
Au bout d'un temps qui lui semble long et court à la fois, Aomine retire doucement sa main. Ils doivent se remettre en route pour ne pas trop s'éloigner du groupe. Il reporte son attention sur les chiens qu'il sollicite d'un petit appel les relançant dans leur course, puis se replonge dans la contemplation de ce coucher de soleil féérique.
Autour d'eux, seul le silence s'exprime, ponctué du halètement des huskys et du léger bruit de traineau qui glisse sur la neige, sous la bienveillance de la nature qu'ici, rien ne vient perturber.
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L'arrivé sur le bivouac s'est faite dans la nuit tombée. Un lieu isolé du monde, un peu comme ce pays où l'homme est peu de chose face à la nature. Mais lorsqu'il n'interfère pas, elle lui offre tellement de beauté que beaucoup semblent avoir perdue de vue, habitués à la ville et la société moderne.
Une fois sur place et avant de prendre possession de leur logement, chacun doit s'occuper de ses chiens. Les amener dans un enclos, les nourrir, et les papouiller pour les remercier de les avoir emmenés aussi loin. Aomine ne se fait pas prier pour s'installer avec ses six chiens dans le carré qui leur est réservé. Il s'assied dans la neige, gratouillant les huskys les uns après les autres alors que les chiens lui aboient dans les oreilles et viennent frotter leur tête contre son torse recouvert de son manteau épais. De l'autre côté du grillage, prenant un peu de recul, juste au cas où, Kagami regarde la scène. Il espère que les chiens ne vont pas dévorer son ami, d'autant que leur repas ne va pas tarder à être servi. Cela serait dommage de se priver de la compagnie du brun pour une bête histoire d'horaire de repas mal géré. Aomine lui semble tellement heureux sous son monticule de monstres sur pattes…
- So, Kagami. Is it ok now ?
Kagami tourne la tête vers le guide qui vient de le rejoindre, surveillant que tout se passe bien pour chaque attelage.
- Well… Yeah… But I'm still afraid of dogs…
- I saw that. If I can give you some advice, the more time you spend with them, the better you'll understand them.
- Probably. But, it's still too early for me.
- Ok, give it some time.
Kagami hoche la tête sans quitter Aomine des yeux.
- Your friend seems to like them, constate le guide dans un sourire. If you want to try to pet a dog, I recommend you Snow. It's the white one in your team. It's the most docile of all.
- Thanks.
- You'r welcome.
- Oh, Lucas ! l'interpelle Kagami alors que le guide s'avance vers l'enclos suivant.
- Yes ?
- I can help cooking tonight if you'd like.
- Ok, répond le guide dans un sourire et un hochement de tête approbateur, avant de se remettre en route.
Dans l'enclos, Aomine s'est relevé, pour s'approcher du grillage.
- Qu'est-ce qu'il voulait ?
- Me proposer de caresser un chien. Il dit qu'il faut tester avec Snow, le blanc.
- Et tu veux essayer ?
- Heu… pas maintenant…
Aomine sourit en sortant de l'enclos.
- Tu m'aides à transporter les rations ? Je leur donnerai.
Kagami opine de la tête tout en lui emboitant le pas.
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Les chiens désormais nourris, les deux jeunes hommes regardent le tipi qui leur est attribué. Cette habitation constituée d'écorce de bouleau et de peaux de rennes représente une partie de l'héritage des Samis, peuple indigène du nord de la péninsule scandinave, vieux de cinq mille ans*. Aomine soulève la porte de peau pour s'engouffrer dans ce qu'il a en premier lieu appelé une « tente », vite repris par le guide outré de ce raccourci. A sa suite, Kagami tremble à l'idée de passer une nuit sans chauffage sous moins vingt-et-un degrés.
L'intérieur du tipi est particulièrement chaleureux. Contrairement à la crainte de Kagami, il y a bien un petit chauffage sous la forme de ce qu'Aomine qualifie de barbecue. Il nécessite évidemment une surveillance et ne pourra être entretenu toute la nuit, mais ils disposent tout de même d'un moyen de réchauffer les lieux. Sur un sol de bois d'une vingtaine de centimètres d'épaisseur, sont disposés des peaux de rennes surplombées d'un grand matelas double, de peaux supplémentaires et de duvets chauds. Aomine sourit a la vue de ce lit à partager, de ces lieux peu chauffés, de la perspective d'une nuit collé à son tigre. De son côté, Kagami compte le nombre de duvets et de couvertures. Il espère que ce sera suffisant pour ne pas attraper une pneumonie mais décide de se taire. Aomine sait qu'il est frileux… inutile d'en rajouter une couche. Ils se délestent de leurs sacs à dos, amenés par l'un des organisateurs arrivé en motoneige une heure avant eux et ressortent pour profiter des lieux.
Le campement constitué de plusieurs tipis positionnés en arc de cercle est éclairé d'un feu de bois au centre. Il donne sur le lac Inari, grande étendue blanche dont ils ne voient que les quelques mètres à proximité d'eux dans la pénombre de la nuit. Derrière les tipis, les enclos des chiens sont installés au pieds d'arbres enneigées qui offrent une protection contre le vent lors des tempêtes en hiver, et de l'ombre en été. Au-dessus de leur tête, les étoiles brillent dans le ciel dégagé, multitude d'astres miroitant dans le firmament. Aomine lève le nez pour les admirer. Cette vue déclenche chez lui une pensée pour Midorima. Il sait que les lieux lui plairaient. Il sait qu'il localiserait certaines constellations dans ce ciel scintillant, qu'il lui ferait un cours sur chacune d'entre elles et que lui boirait ses paroles… Mais là, c'est vers Kagami qu'il veut se tourner, lui offrant un sourire heureux. Pendant qu'il rêvassait, le tigre a commencé à aider à la préparation du repas collectif. Il est venu en renfort d'un homme et d'une femme et prend rapidement la direction des opérations sous les yeux envoutés de la panthère. Il ne dispose que de peu d'instruments et du feu sur lequel une grille a été déposée, mais Aomine, assis sur un tronc recouvert d'une peau, sait que son Taïga fera des merveilles, comme d'habitude.
L'équipe au complet se délecte des burgers préparés sous la direction du tigre. Assis les uns à côtés des autres, assez près pour profiter de leur chaleur mutuelle, les participants à l'excursion ne tarissent pas d'éloge envers Kagami qui rougit en mordant dans son burger. Aomine se lèche les doigts dégantés pour l'occasion. Il en est à son quatrième. Une broutille comparé aux sept que son ami a ingurgités devant les yeux ahuris de l'assistance. Après tout, il a un corps à nourrir, d'autant plus sous ces températures polaires, ce qui ne manque pas de faire rire le groupe.
Serrés les uns contre les autres, les hommes et femmes se détendent autour du feu crépitant, commençant à sentir leurs muscles tirailler suite à cette journée de conduite d'attelage de huskys. Compenser les tangages de traineau leur a demandé un gros effort physique pendant plusieurs heures qu'ils ressentent maintenant qu'ils se sont posés. Certains d'entre eux commencent à papillonner des paupières lorsque l'annonce de la présence d'un Tipi sauna et d'un trou dans le lac gelé les réveille instantanément.
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Tous sont installés dans le tipi en bois faisant office de sauna. La chaleur bienfaitrice, savourée sur des bancs de bois leur fait un bien fou. C'est d'ailleurs peut être un peu trop, après tout ce temps dans le froid. Aomine transpire à grosses gouttes, se sentant déjà incapable de tenir plus longtemps dans cette fournaise. En face de lui, Kagami apprécie, la tête posée contre la paroi. Il ferme les yeux et soupire de bien être, sentant la chaleur envelopper son corps, pénétrant sa peau, ses muscles et ses os. Il pourrait presque s'endormir ici. Les joues et les lèvres rougies par le contraste de température, il offre inconsciemment une vue des plus plaisante à Aomine, qui ne tient un peu plus longtemps dans cette température excessive que pour s'imprégner de cette vision enchanteresse. Mais même la vue du corps transpirant de Kagami a ses limites. Il se lève d'un bond, pour se diriger vers la sortie.
- J'en peux plus !
Il est rapidement suivi de deux hommes qui lui emboitent le pas en direction du trou creusé dans la glace. Aomine les regarde d'un air de défi, avant de sauter à pied joint dans l'eau glacée, rapidement suivi des deux hommes qui s'y ruent dans un cri de guerre. Pour autant, ils ne s'éternisent pas, sortant par une petite échelle au bout de quelques secondes. Tous trois retournent au pas de course dans l'entrée du sauna, manquant glisser dans la neige, ravis de leur petit exploit. Aomine ouvre rapidement la porte :
- Taïga ! Il faut que tu essaies !
- Sans moi !
- Oi ! j'ai tenu dans le chaud, amènes-toi dans le froid.
Toujours assis sur son banc et collé à la paroi, Kagami ouvre un œil. Il voit la tête d'Aomine passer la porte.
- Allez, il faut que tu testes. Tu vas pas te dégonfler quand même ! Je croyais que les défis, c'était ton truc, Tiger !
Kagami soupire profondément. Il sait bien que son ami ne le lâchera pas. Il se redresse à contre cœur, plante ses iris rubis dans les saphir qui le défient et s'avance vers l'ancien As de Tōō qui jubile.
- Je te préviens ! Je saute dans ce truc et tu reviens ici avec moi le temps que je me réchauffe.
Aomine plisse le nez. Revenir dans le sauna… il n'en a pas très envie. Mais qu'à cela ne tienne, il n'est pas du genre à refuser un défi, lui non plus. Alors il suit Kagami jusqu'au trou dans la glace et vient se planter derrière le tigre hésitant. La peau frissonnante, Kagami regarde l'eau dont il sent d'ici la température particulièrement froide.
- Faut pas réfléchir. Faut sauter ! dit Aomine en le poussant dans l'eau et sautant à sa suite.
Les deux têtes réapparaissent à la surface, l'une riant aux éclats, l'autre hurlant son mécontentement. Complètement gelé, Kagami sort immédiatement de l'eau en grimpant sur l'échelle, envoyant des noms d'oiseaux à son insupportable ami. D'un pas rapide, il retourne vers le sauna, immédiatement suivi par Aomine, toujours mort de rire. Le tigre ouvre la porte, accueillant la chaleur bienfaitrice et se retourne pour attraper son ami par le bras et l'emmener directement au point le plus chaud du sauna. Il le plaque contre la paroi et d'un doigt accusateur porté sur son torse lui ordonne :
- Tu restes là jusqu'à ce que j'en décide autrement !
Aomine le regarde droit dans les yeux, un énorme sourire satisfait placardé sur le visage. Il adore leurs petits jeux de gamins. En face de lui le visage sérieux de Kagami laisse place à un rictus de provocation. Il attrape la tête d'Aomine qu'il vient coincer sous son bras en ébouriffant ses cheveux d'un poing énergique devant les yeux intrigués des quelques personnes qui profitent encore du sauna.
- Lâche-moi, Bakagami ! Il fait trop chaud !
Très satisfait, Kagami frotte de plus belle la tignasse bleue. Cela le réchauffe grandement. Lorsqu'il s'estime satisfait de sa vengeance, il libère la tête d'Aomine et se laisse tomber sur le banc de bois, le regard vainqueur planté dans les yeux orageux de son adversaire. Tiger win !
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A nouveau revêtus de leur manteau épais, les deux jeunes hommes marchent côte à côte sur le lac gelé et enneigé, à quelques dizaines de mètres du campement. Ils veulent profiter de la vue des étoiles avant de s'installer dans leur tipi pour une bonne nuit de sommeil. Et qui sait, peut-être revoir une aurore boréale. Selon leur guide, les conditions sont idéales pour en voir de magnifiques. Alors ils scrutent le ciel qui semble ne pas vouloir accéder à leur demande. Ce n'est pas grave... Réchauffés, repus, ils savourent leur présence en ces lieux magiques, en cette terre lapone qui s'inscrit à jamais dans leur cœur comme marquée au fer chaud. Kagami remonte le col de son manteau sur son cou pour ne pas perdre cette chaleur bienfaitrice pendant qu'Aomine se contente de glisser ses mains dans ses poches et toujours côte à côte, ils déambulent lentement sur la neige qui craque sous leurs pas. Ils savourent en silence cet instant de plénitude, jouissant de la présence de l'autre, appréciant le partage d'une même vue, avant de décider de faire demi-tour pour rejoindre leur tipi.
Ils rebroussent lentement chemin, toujours en silence, en direction du feu qui crépite encore devant les tipis, quand la neige sous leurs pieds prend une teinte quasi arc en ciel. Kagami se retourne en levant les yeux vers le ciel, immédiatement imité par Aomine. Le firmament s'éclaire d'une multitude de couleurs, glissant du rose au vert, en passant par le violet et le bleu. Les volutes phosphorescentes dansent dans le ciel en des myriades d'ondulations aériennes, éclairant le paysage, redessinant la cime des arbres et les contours de la forêt, projetant une kyrielle de couleurs tanguant sur l'immensité enneigé.
Aomine déglutit devant la somptuosité de cette aurore boréale qui ne ressemble en rien aux deux liserés verts qu'ils ont pu voir jusqu'alors. Ému, il vient se coller dans le dos de kamagi et pose son menton sur son épaule gauche. Pendant un temps indéterminé, ils admirent la féérie qui ondule devant leurs yeux, avant que le brun ne rompt le silence.
- Je suis vraiment très content… que tu sois venu et que tu puisses voir ça, dit-il tout bas.
Kagami n'a pas réagi au contact intime d'Aomine, acceptant cette proximité comme si elle était naturelle. Il se contente d'opiner à la remarque de son ami, incapable de s'exprimer verbalement tant il est subjugué par cette magnificence. Le silence et le ciel coloré les enveloppent à nouveau, les transportant vers des hauteurs que jamais ils n'attendront à Tokyo.
- … Taïga ?
Son prénom, de nouveau… Son ami ne l'appelle plus que par son prénom et à chaque fois qu'il le prononce, son cœur fait un bond dans sa poitrine. S'il parle maintenant, Aomine va percevoir son trouble. Alors il préfère se contenter d'un petit bruit de gorge.
- … Mm…
- C'est… c'est avec toi que je voulais partager tout ça… personne d'autre.
Sans quitter l'aurore boréale des yeux, le menton toujours posé sur l'épaule de Kagami, il ajoute, non sans une certaine appréhension :
- J'ai pas demandé à Tetsu… ni à Satsuki…
Les yeux de Kagami se perdent dans le vide. Il ne voit plus le paysage autour de lui. Il ne voit plus les ondulations phosphorescentes. Il enregistre les paroles d'Aomine. Il les analyse, en cherche le sens. Au fur et à mesure que son cerveau les décortique, son pouls s'accélère. Son ami essaie-t-il de lui passer un message ? Il a besoin de savoir. Il n'est pas des plus subtiles et Aomine n'est pas toujours des plus clairs. Alors…
- … pourquoi ? demande-t-il faiblement.
Le cœur d'Aomine frappe durement contre sa poitrine. L'heure du grand saut a-t-elle sonné ? Doit-il lui dire maintenant ? Sa respiration se fait plus courte. Il en a envie et en même temps il appréhende la réaction de Kagami. Il se sait maladroit. Il se sait souvent à côté de ses pompes lorsqu'il s'agit d'exprimer ses sentiments. Il sort les mains de ses poches et entoure la taille de Kagami en un geste possessif. Il déglutit et décide de se lancer, maintenant, devant ce paysage surréaliste.
- …. Parce que… parce que je crois que je t'aime…
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*source : site de mademoiselle-voyage
Trois semaines pour faire aboutir ce chapitre. Cela me chagrinait, tellement mon cerveau refusait de me projeter dans cette histoire. Et voilà qu'en milieu de semaine dernière, un petit déblocage s'opère sur une partie qui me posait quelques difficultés, et qu'hier, tout défile d'un coup, avec l'écriture de la moitié de ce chapitre sur la journée. Grande danse de la joie. J'espère qu'il vous a plu.
Je vous dis à bientôt pour la suite. Sans donner d'échéance, c'est plus sûr ^^.
