24 mai de l'An - 16 du calendrier monstrueux

Jean Alucard*

Maintenant que mes mais étaient rentrés chez eux, je restais dans ma chambre, j'avais pris une part de gâteau avec moi.

Maman arriva, elle tenait dans sa main le robot que j'avais oublié en bas.

- Tu n'as pas envie de jouer avec tes cadeaux, me demanda-t-elle?

Elle remarqua la trahison de l'expression sur mon visage et m'empêcha de mentir, je baissais les yeux:

- Quelques-chose te préoccupe, mon chéri ?

- J'ai entendu papa parler avec le docteur Ruercod, avouai-je…

Les yeux de ma mère s'écarquillèrent. Elle se mordit la lèvre inférieure :

- J'aurai jamais de "Gaga-liarept"!

Alors que les larmes tombaient sur mes joues, ma mère me prenait dans ses bras.

Elle savait ce que ça impliquait. D'après la loi, puisque je n'étais pas né doté d'un Agaliarept, je n'allais pas pouvoir avoir dés super-pouvoirs.

Quand tes parents sont réputés pour avoir combattu des sorciers et des monstres grâce aux pouvoirs que « Celui-dont-les-yeux-sont-la-lune-et-le-soleil », tu tiens à devenir comme eux, tu tiens à hériter de leur aura, que ce soit au sens propre comme au figuré.

Aux Îles Cook, peu de gens savaient que Rongo et Papa Alucard habitaient dans les villas du quartier Abchanchuique de Fishsquare pourtant tout le monde connaissait leur réputation.

Les Alucard avaient amassé une fortune grâce à leur carrière dans l'instruction militaire, même si Papa était une femme, elle était tout autant respectée que son mari.

Lavigna Sthot*

La semaine dernière, nous avions à préparer une fête à la con pour convaincre les représentants des gouvernements des différents pays Jotunheimiens d'accepter de bénir les réseaux d'eau, l'ambassadeur de la Cité de la Montagne étant un nukekubi, un vampire Japonais pouvant prendre forme humaine pendant le jour, il avait mal pris la nouvelle, et nous devions être certains que la fête lui plaise, Jean nous avait donc proposé de décorer la salle des fêtes (devrais-je mettre une majuscule au début de "salle" et de "fête"?) d'une façon typiquement avatéique.

J'étais en train de mettre les ballons, Luka était en train de conseiller les employés municipaux et Jean méditait pour plonger dans ses souvenirs, j'en profitais, moi aussi! Manipogo-city n'étant pas la plus belle des villes, nous avions pris la salle dont la terrasse avait vue sur le lac.

Quand Nuada passa la porte, je n'avais pas remarqué qu'il était avec Tsobek, la définition même de l'expression "avoir la tête dans le cul", encore plus que moi, il y avait quelques heures, enchaîner les "Vingt-Cinquièmes Heures" n'étaient pas le meilleur style de vie!

Nuada était toujours aussi élégant, arborant un kimono noir aux motifs de fleurs dorés et violets, ses longs cheveux noirs luisants étaient attachés en queue de cheval. Tsobek, lui, n'avait aucune décence, aucune élégance, il était torse nu, ce qui me permettait de voir sa puissante musculature, Kave a de quoi être jaloux! Nous n'aurions jamais dû accepter de loger ici, le temps que la base sous-marine secrète soit aménagée... Shouka et son "père" avaient pris au pied de la lettre madame le maire quand elle avait dit qu'on pouvait "faire comme chez nous", ses employées ne risquaient pas de s'en plaindre.

Kave arriva lui aussi, il transportait les décorations conseillées par Jean. Ce dernier utilisa sa technique de projection astrale pour aller patrouiller, je pris le papier sur lequel étaient écrites ses instructions. Kave soupira en découvrant le jeune homme qui fixait les bouteilles pour que les cocktails qu'elles contenaient se mettent à tourbillonner.

Le jogging du jeune aswang semblait être sur le point de tomber à tout moment, je pouvais même voir son boxer bleu nuit!

Kave : Mec, je sais que tu as grandi chez les monstres, mais les vêtements, ça existe!

Tsobek : Une invention des moches! C'est pour ça que Shouka n'en porte pas. Et sinon, *il toise le jeune homme aussi mal rasé que lui, Luka donne une liste de courses aux employés, mais Kave lui coupe la parole en critiquant l'aspect maigrichon de ses bras, Luka soupire* si tu fais chier le blondinet, je te fais découvrir les joies de l'ébullition du sang!

Nuada *il renifle, observant les décorations* : Je vois que Lavie s'est entraînée à la magie.

Tsobek : Purée, t'avais tellement pas d'émotion que j'en ai froid dans le dos, tu serais pas le fils caché du "Docteur Cigarette"?

Kave : Et toi, si tu emmerdes Nuada, je te transforme en paratonnerre!

Nuada : *fait craquer ses doigts avant que Tso ne réponde, il fait crépiter des arcs électriques dorés et jaune vif* Quoi qu'il en soit, je tiens à passer ce message. Les bénévoles du foyer de sans-abris Temanavarais ont voulu répondre à Luka, ils harcèlent le docteur, ils s'intéressent aux pouvoirs que nous avons. Que leur as-tu dit?

Luka : Euh... Je... J'ai juste dit que nous avions des pouvoirs qui sont les clés de l'héritage de Nomoru Lenoir. Et que c'était ce... Ce que les Nelapši doivent récupérer pour la "Vingt-Cinquième Heure"! Je serai honnête, je suis pas trop chaud à l'idée de donner les cristaux à ces gens... Ils sont gentils, mais même s'ils ont un bon sens moral, il faut avouer que nous avons besoin d'une puissance de feu qui soit... Comment dire? Imposante?

Kave *Tsobek le foudroie du regard alors qu'il commence à faire ses tractions sur la tringle à rideaux* : Tu comprends pourquoi je pense que tu devrais grossir ces biceps de bébé!

Nuada : Juste pour vous dire que Carla s'est aussi fait harcelée par une foule de badauds qui l'ont conduite au stade municipal pour qu'elle fasse une démonstration de ses super-pouvoirs. Des pierres qui permettent d'utiliser la sorcellerie à Jotunheim, ça intéresse beaucoup de monde!

Tsobek : Put*n, je croyais que c'étaient les monstres qui étaient obsédés par ça? Les habitants de Machin-néné sont pas censés êtres métis!

Luka : Certes, mais...

Nuada : Certes, mais ça implique qu'il y a de nombreuses personnes réunies au stade... De nombreuses personnes aptes à maîtriser leur pouvoirs. Parmi elles, des médecins, des étudiants, des policiers, potentiellement des soldats et...

Lavigna : Toutes les catégories de personnes parmi lesquelles nous pourrions potentiellement trouver quelqu'un qui puisse être digne de recevoir les cœurs de la "Vingt-Cinquième Heure"! Où est Rshou?

Tsobek : C'est l'heure à laquelle il s'entraîne avec le "Docteur Cigarette"!

En effet, les Qutrub étaient à la fois monstres et humains, ce sont des gens capables de se mesurer aux sbires de la Nachzehrer même sans avoir fusionné avec un cœur de Wechuge!

Enfin, j'avais surtout une occasion supplémentaire de remplir mon contrat!

Nuada lança un sort, il conjura une force jaune parsemée de minuscules teintes de vert, elle se changea en plusieurs rafales de flux tourbillonnants, plusieurs deux d'artifice et éclairs qui tournoyèrent un peu partout sur la table pour déplacer les objets qui n'étaient pas suffisamment rangés:

Nuada : J'ai vu la fête du Nouvel An de Buer, je peux vous confirmer que les avatéiques adorent la symétrie... En parlant de toi, Buer, tu penses quoi des bénévoles dont parlait Luka?

Buer, étant sorti de sa transe, nous expliqua comment ses parents avaient travaillé avec des bénévoles. D'après lui, même si c'était sec, il valait mieux leur expliquer que des personnes dotées de qualités pour le combat étaient préférables à des personnes dotées de qualités humaines.

Souvent, nous avions eu à constater que Buer était le produit de son éducation, il en avait lui-même conscience. Il utilisait de nombreux adjectifs qualificatifs très positifs quand il parlait de ses parents.

D'après lui, c'étaient des héros, les héritiers d'une longue lignée de combattants qui domptaient le qi pour protéger la population des sorciers et des monstres. Leur activité ne se limitait pas seulement à arrêter des criminels et à combattre des êtres mythologiques, même si élever un enfant et poursuivre une carrière limitait le temps disponible pour ça, Papa et Rongo étaient humanistes.

Bon, j'avouerai que mes origines francophones me rendent racistes : "Papa" était certes le prénom d'une des sœurs d'Avatéa, mais pour les gens comme moi... Voilà, quoi... Notre chère langue de Molière devait être une horreur pour un Maori fier de sa culture!

Je me demandai aussi pourquoi Rongo et Papa n'avaient pas donné à leur fils un prénom de divinité liée à Avatéa... Le père de Rongo en portait un lui aussi...

Désolée, j'ai digressé. Bon, reprenons... Rongo et Papa avaient souvent emmené leur fils dans leurs expéditions. Il nous parlait souvent de la fois où sa mère avait organisé une collecte de nourriture après un sinistre arrivé à Rarotonga, ou des actions effectuées par son père pour sensibiliser les gens aux conditions de vie des habitants de bidonvilles en Afrique et en Amérique du Sud.

Jean admirait ses parents, ils lui avaient transmis leurs valeurs morales. D'après lui, c'étaient des gens capables de laisser passer le bien-être d'autrui avant le leur, des gens qui n'auraient usé de la violence que pour défendre une juste cause.

Jean avait grandi en idéalisant ces "êtres si parfaits", y voyant des héros, des modèles.

Jean était donc né dépourvu d'agaliarept dans une famille réputée pour avoir usé de puissants agaliarept pour défendre les valeur de l'Eglise abchanchuique, il avait grandi en sachant qu'il ne rivaliserait jamais avec l'ombre d'un héritage tellement prometteur, tellement inaccessible et tellement contraignant!

Oui, Jean avait toujours vécu dans un monde idéal. Des fêtes idéales? Des techniques de patrouille idéale? Des souvenirs idéaux? Qu'en était-il? Quelle était la réalité?