DAMBALLAH WEDO*
Elvira Teutatès est née en Espagne, sur la Terre Avaikienne, hors d'Yggdrasil, le 2 avril de l'An -19 du calendrier monstrueux.
En étudiant le labyrinthe de la mémoire de sa collègue, la fée aux yeux d'améthyste trouva les informations souhaitées.
Lavie parcourut ce monde inconnu. Quand elle apprit le nom de l'univers d'origine, elle fut un peu surprise, il fallut faire appel à son moteur de recherches préféré, le plus mignon des représentants du nom Ygeb. D'après lui, si Avaiki était connu par les partisans de "celui-dont-les-yeux-sont-la-lune-et-le-soleil" comme étant les limbes d'infinies ténèbres où iraient les mânes des mécréants et des impies, les monstres donnaient ce nom à un des nombreux univers parallèles connus, une réalité située hors d'Yggdrasil, l'arbre cosmique!
Quand elle a eu 4 ans, Elvira fut invitée à découvrir le travail de sa mère, Valérie était en train de réparer une ensileuse, un véhicule agricole pourvu de six empilements disques à dents de scie, ou rouleaux crénelés, disposés en lignes et séparés les uns des autres par des becs, et qui devrait être appelée "récolteuse-hacheuse", elle aimait voir sa mère réfléchir à ce qui pouvait empêcher ces lames de fonctionner, elle avait l'impression qu'elle allait finir par avaler sa clé, comme d'habitude, elle l'agitait devant son visage. Elvira se demandait même si cet outil était indispensable pour l'opération.
Lavie passa à un autre souvenir, elle voyait le père d'Elvira, Enrique, au moins, lui, on ne lui avait pas donné le même nom qu'une ville Ulutinienne réputée pour ses tragédies, désolé, Jean, mais je devais la placer... Même si tu n'entendras jamais ces mots! Et encore heureux, tu aurais essayé de me tuer!
Zut, j'ai même pas terminé ma phrase! Oh, ça va! Au moment où j'observais Lavie, opérant ainsi un double voyeurisme, j'étais en même temps occupé à observer les affrontements de mes sorcières et de leurs futurs détenus, du coup, je n'avais pas trop le temps d'ordonner mon texte!
Lavie voyait donc Enrique ouvrir sa portière pour permettre à ses enfants de découvrir leur surprise. Hugo prit l'une des deux boîtes placées sur la banquette arrière et la tendit à Elvira qui remercia leur père. Le parfum du chocolat noir enveloppa rapidement la voiture. Enrique affirma que ce n'était pas grand chose, une des pensionnaires de la maison de retraite recevait toujours des glaces venues d'Italie, elle ne voulait pas que ses petits-enfants en profitent pour se gaver.
Hugo laissa bien entendu la plus grosse part à sa sœur.
Lavie aima bien regarder cette soirée, Hugo prépara un gâteau pour fêter la découverte de l'agaliarept d'Elvira, la petite fille le découpa avec les rectangles de ténèbres et de lumière qui sortaient de son corps. Enrique eut bien entendu à utiliser son propre agaliarept pour empêcher l'aura coupante de sa fille de taillader la table et les assiettes!
La fée violette avança jusqu'à la cinquième année de la vie d'Elvira. La jeune fille était en train de pleurer, elle ne savait pas quand elle allait revoir ses parents, la petite amie de Hugo était en train de réconforter la petite fille.
En passant aux jours qui suivirent ce souvenir qui semblait primordial, Lavie découvrit le quotidien de cette fillette qui ne voyait pas souvent ses parents, il lui restait au moins Hugo et Juanita, le couple la réconfortait.
Lavie fit défiler les souvenirs, elle compatissait avec l'enfant de 5 ans, mais se demandait pourquoi elle trouvait ce flux mémoriel aussi peu intéressant.
Lavie : Nous devons être une c*asse!
Lavigna : Probablement!
Lavie : Et si on bâclait sa backstory?
Lavigna : C'EST NOTRE AMIE!
Lavigna poursuivait sa lecture en faisant défiler le labyrinthe mental. Lors de l'anniversaire des 6 ans d'Elvira, une amie de la famille avait fait un gâteau au raisin, je ne saurais pas comment définir une pâtisserie qui ressemblerait à un pain au raisin géant, Juanita avait offert à la jeune fille son livre préféré sur la maîtrise des chakras, il parlait du combat au fouet.
La jeune fille passa la journée à tirer sur ses amis avec des pistolets à l'eau.
La Lavie imaginaire grogna, elle prétexta ne pas aimer associer « Elvira » avec le mot « mignon ». Elle cherchait les moments qui étaient chers à Elvira. Vers ses sept ans, la jeune fille vivait une vie ordinaire. Il arrivait qu'on se moque d'elle à cause du métier de son frère et de sa future belle-sœur. Apparemment, bien gagner sa vie n'était pas la priorité de ses camarades de classe. Elvira disait que les garçons devaient prendre exemple sur Hugo. Lui, au moins, il faisait le ménage !
C'était assez marrant de voir Elvira fréquenter les élèves plus riches qu'elle, elle se vantait que ses parents n'avaient eu besoin de personne pour trouver un travail et gagner leur vie, mais qu'en était -il de ceux de ses amis.
La Lavie imaginaire s'ennuyait. Lavigna, elle, découvrit plusieurs images.
En restant du point de vue de son amie, elle la vit renseigner des clients et les aider à choisir des vêtements. Elle la vit réviser en regardant une vidéo sur le commerce équitable, elle aimait bien voir la manière dont Elvira essayait de redessiner les robes, les chemises et les chaussettes qu'elle voyait sur son cahier.
Lavigna assista au moment où, à l'hôpital, Elvira vit son frère bercer un bébé en pleurs. Elle vit cette petite grandir, téter le sein de Juanita, jouer à la poupée avec sa tante préférée.
Elvira profitait de son travail pour rapporter de nouvelles robes pour la petite Catherine si mignonne. Lavigna se mordit les lèvres en voyant l jeune fille prendre son bain avec sa tante, en la voyant apprendre à lire et insister pour dormir dans le lit d'Elvira…
Lavigna ne voulait pas que ses souvenirs à elle parasitent son approche de ceux de Gusayn.
Elle assista donc à l'enterrement de Juanita, vivre dans une communauté aussi croyante n'avait pas aidé la future belle-sœur d'Elvira à élever son enfant avant le mariage… Une dispute avait suffi… Un accident avait suffi…
Le coupable n'était même pas en prison…
Elvira se souvenait encore des jours qui suivirent. Elle se souvenait du jour où elle entendit son père hurler sur Hugo. Les bouteilles n'étaient pas ses amies et il devait le comprendre !
Lavie découvrit aussi les cours de maîtrise du qi que suivait Elvira en plus de sa formation à la boutique de vêtements.
Lavie : Dis, tu remarques qu'Elvira n'en a rien à foutre de la maîtrise de l'aura?
Lavigna observa donc les cours suivis par Elvira, elle fouilla le flux mémoriel pour découvrir que la jeune fille avait en effet laisser le pouvoir de son Agaliarept de côté, préférant apprendre à maîtriser sa force vitale.
Vint donc le jour où Elvira traversa au moment où un homme n'eut pas le temps de freiner…
Revenue d'entre les morts, Elvira fut abordée par un certain sorcier. N'étant jamais allée à l'église, Elvira ne savait pas comment s'y prendre, elle se confia au prêtre.
Le vieil homme et sa calvitie inquiétaient Lavigna sur ce qui lui arriverait si elle venait à perdre sa monstruosité, sa féerie, et à redevenir humaine…
Le prêtre observa le front de la jeune fille qui venait à peine de sortir de l'hôpital et lui prêta un miroir pour qu'elle puisse découvrir la cicatrice cruciforme sur son front.
Les souvenirs d'Elvira restaient un peu flous, seuls les mots de cette homme restait:
- S'il dit qu'il y a de la magie en toi, tu dois le croire : ça veut juste dire qu'il t'a ensorcelée! Si tu veux être libérée de son maléfice, tu dois le tuer!
Ce n'était pas l'intitulé exact, mais ça restait le fond! À l'école, Elvira avait appris que la magie était interdite, que c'était interdit par Avatéa! Elle n'avait pas le choix, elle ne voulait pas devenir une sorcière !
Cette pensée inquiéta Lavigna qui chercha à en apprendre plus sur les croyances de son amie. Elle étudia l'éducation qu'elle avait reçue. C'était peu ou prou la même que celle qu'avait reçue Buer, alias « Jean », ou l'inverse!
Avant d'avoir vu un vortex de terre jaune s'ouvrir au manoir Per, Lavigna n'avait jamais cru à la magie. Pour elle, Dieu, la vie après la mort, les fées, les démons et l'âme n'étaient que des concepts inventés par les êtres faibles incapables d'accepter l'entropie et la contingence, au sens sartrien du terme, soit l'inconséquence et la vanité, de leur existence et que leur vie se terminera par la disparition totale de leur conscience sans avoir eu de raison ou d'impact.
Quand elle a découvert l'existence de la magie, elle a tout de suite été fascinée par tout ce qu'elle avait à apprendre et à assimiler: les Agaliarept, les Aswang, les Aniukha, les monstres, les enchantements, les Trasgus, les univers parallèles avec un « heim » à la fin de leur nom et même les nouvelles horreurs comme les Wechuge!
Lavigna était Française, elle avait grandi en apprenant que tout ce qui était surnaturel et paranormal devait pu avoir une explication rationnelle, ce qu'Anubis et Luka lui confirmaient sans cesse, elle n'avait jamais cru en Dieu parce qu'on lui avait toujours enseigné que la moralité comptait plus que la foi.
Mais qu'en était-il d'Elvira? Laquelle des deux se confortait le plus dans une illusion parasitant sa vision de la réalité ? Laquelle était la plus fermée d'esprit face à la vision de l'autre ?
Vous connaissez la suite : Elvira a rencontré Jean.
Les enfants ont été retrouvés par deux jeunes hommes. Luc et John maîtrisaient le qi, leur technique était plus puissante que celle des deux enfants.
Le souvenir suivant montrait les deux amis amener Jean et Elvira dans une cave. Ils rencontrèrent une femme, elle se présenta, elle s'appelait Rostand de Ronsart.
À suivre…
