Chapitre quatre : Une lamentable célébration
– Antonin Dolohov, Bellatrix Lestrange, Rabastan Lestrange, Rodolphus Lestrange, Jonathan Mulciber, Peter Pettigrow, Augustus Rookwood et Franz Travers sont toujours en fuite et activement recherchés. Le Bureau des Aurors manquant d'agents pour assurer la sécurité des rues, le Maintien international de l'Association Magique appelle tous les citoyens de la communauté magique internationale à apporter leur aide au gouvernement britannique. Chaque sorcier et sorcière désirant protéger la population moldue et magique peut s'engager au Bureau d'Engagement des Réservistes, présent au ministère de la Magie dont le siège se trouve à Londres. Le Conseil de Sorcellerie européen tient à envoyer le même message à la population continentale.
Les yeux passant furtivement sur sa feuille de discours officiel délivré par le MIAM, Envy lança un regard circulaire aux dizaines de visages tournés vers lui, plongés dans la concentration la plus assidue. Les journalistes et personnages officiels présents arboraient sans exception le même masque de gravité et de résignation.
– La menace Mangemort n'est pas localisée. Elle a envahi la Grande-Bretagne et le gouvernement est engagé dans une lutte de tous les instants pour empêcher l'ascension au pouvoir de Lord Voldemort.
De brusques inspirations dans la foule.
– Si le ministère de la Magie venait à tomber, cette menace ne tarderait pas à frapper à votre porte. Divisés, nous sommes vulnérables. C'est pour cette raison que nous nous devons d'être unis face à ces meurtriers. Moi, Envy Serégo Alighieri, Serviteur suprême de la Sorcellerie, vous exhorte à vous engager dans l'armée contre l'Ordre Noir. Notre avenir commun en dépend.
Envy aperçut Caponsacchi lui faire un signe lui indiquant qu'il avait été parfait. Le sorcier prit le relais en annonçant le début de l'entretien à proprement parler avec question/réponse. Une première sorcière se leva au deuxième rang, une longue plume bleue collée à son calepin. Elle se présenta comme étant journaliste à l'hebdomadaire Être Sorcier en Amérique du Nord :
– Que fait le ministère de la Magie concrètement contre la menace Mangemort ? Compte-t-il prendre en compte les solutions proposées par le MACUSA ?
– Les solutions proposées par le MACUSA ont déjà été prises en compte. Le Bureau des Aurors a mis en place un programme de Vigilance à Londres, Pré-au-lard, Birmingham, Glasgow, Manchester, Édimbourg, Liverpool, Leeds, Belfast et Cardiff. La police sorcière patrouille en province et garde les lieux les plus fréquentés par notre communauté. Tous les moyens sont mis en place afin d'empêcher les attentats dans la mesure des ressources disponibles. Le Bureau a déjà connu plusieurs succès dont le plus récent est celui de l'attaque de Détraqueurs dans le village sorcier de Pré-au-lard.
Un autre journaliste se leva à son tour, se présenta comme reporter au Zeit des Hexes, et prit la parole dans un anglais à l'accent irréprochable :
– Le Mangemort en cause de votre récente agression a été emprisonné dans la nouvelle prison de haute sécurité britannique, depuis, son nom n'apparaît plus dans les communiqués officiels du ministère de la Magie. A-t-il divulgué des informations pouvant aider à la dissolution de l'Ordre Noir ? Qu'en est-il exactement des objectifs de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ?
– Ces informations sont classées confidentielles pour des raisons de sécurité, répondit sèchement Envy en se forçant à rester poli et à ne surtout pas ponctuer sa phrase d'un « crétin » bien senti.
On changea d'interlocuteur pour un journaliste de La Gazzetta della Magia :
– Qu'en est-il des enquêtes internes au ministère de la Magie promises par Pius Thickness ?
– Plusieurs employés ont été mis en examen. Les enquêtes sont en cours.
En vérité, tous les suspects avaient déjà été relâchés par manque de preuve. Le ministre de la Magie exigeait des résultats, et les enquêteurs désiraient rassurer la population en arrêtant n'importe qui pour gonfler les chiffres. Le gouvernement craignait une diminution plus grave de la confiance des citoyens à cause de la crise de folie de Yaxley. Pour cette raison, Envy devait faire très attention à ce qu'il répondait, car il était censé ne pouvoir dire que la vérité et il ne voulait pas être forcé à le faire.
Envy sentit les embrouilles arriver quand il perçut le mouvement de Barnabas Cuffe se penchant sur sa nouvelle journaliste phare. Puis Betty Braithwaithe se leva et annonça le nom de la Gazette du Sorcier.
– Ce n'est pas un secret que vous entretenez une relation amicale avec Albus Dumbledore, ancien Serviteur et directeur de Poudlard. Les rumeurs sur sa démission ne cessent d'évoluer et la communauté craint qu'il ne soit plus en mesure de lutter contre l'Ordre Noir... Qu'en est-il en réalité ?
– Albus Dumbledore devait laisser sa place pour des raisons de sécurité et dans le but de vaincre Lord Voldemort. Il n'a ni abandonné Poudlard ni fui le combat. Ce sera tout sur ce sujet.
Par la suite, on lui posa quelques questions sur les nouvelles mesures prises par le MIAM pour des consignes de sécurité supplémentaires, dont l'apprentissage du sortilège du Patronus donné gratuitement par des sorciers agréés par le ministère de la Magie. Envy oublia la suite qu'il trouva sans intérêt. Ensuite, on annonça la fin de la conférence de presse, on photographia Envy une dernière fois, et enfin il put quitter la salle pour rejoindre Gladpy. Caponsacchi s'excusa auprès d'eux, ayant du travail sur les bras avec certaines taches qu'Envy lui avait confiés.
L'heure du déjeuner était à peine dépassée lorsqu'ils arrivèrent dans leur appartement à Poudlard. Guidé par ses habitudes, Envy fit mine de sauter sur son canapé. Une main l'attrapa brusquement par le dos de sa robe pour le faire revenir en arrière d'un pas. Une insulte au bout des lèvres, il faillit glisser sur le tapis et battit des bras pour reprendre son équilibre.
– Je ne pense pas qu'il aurait apprécié le réveil, fit remarquer Gladpy.
Envy discerna la silhouette affalée à plat ventre d'Edward et blanchit en imaginant l'état dans lequel il l'aurait mis en sautant sur lui. De la purée de nabot à n'en pas douter.
Après inspection du salon, il repéra Greta endormie en boule sur la table basse, étalée sur les parchemins et livres d'Edward. Il l'attrapa en évitant d'être griffé et la posa en plein sur le visage endormi. Le chat prit la fuite aussitôt et Edward se réveilla en se débattant comme un forcené. Sous le rire hystérique d'Envy.
– Crétin ! Pourquoi t'as fait ça ?
– Parce que je le peux.
Edward poussa un long soupir en s'asseyant de façon moins débraillée. D'un geste désabusé, il essaya de discipliner ses mèches rebelles avant d'abandonner bien vite.
– Ça s'est passé comment, la conférence ?
– Je leur en ai mis plein la vue !
– Pas de doute... Je suis sûr que tu les as éblouis par ton intelligence.
– Tout comme le fruit de tes recherches m'éblouit d'admiration, le railla Envy.
– Contrairement aux apparences, j'ai bien travaillé pendant que tu faisais ton numéro de joli-cœur pour la presse. J'ai continué à fouiller, mais je n'ai rien trouvé... Je commence à me dire qu'on a peut-être tort à propos de tout ça.
La déception et la lassitude d'Edward étaient palpables. Il avait sincèrement souhaité que la théorie d'Envy après avoir visionné les souvenirs de Tom Jedusor soit vraie, mais tous les signes indiquaient que non. En effet, Envy en était venu à la même conclusion qu'Edward et Dumbledore sur l'emplacement de l'un des Horcruxes à Poudlard. Sa théorie était la suivante : et si Voldemort voulait le récupérer et que depuis le début la mission confiée à Goyle et Malefoy était celle-ci ?
Ça faisait une semaine qu'ils fouillaient la Salle Va et Viens où s'entassaient tous les objets perdus ou cachés. Malgré le sixième sens qu'ils possédaient pour sentir l'essence des Horcruxes, ni Envy ni Edward n'entendirent le moindre murmure ni la moindre présence maléfique d'un fragment d'âme de Voldemort. La mission était d'autant plus difficile que cette fichue salle mesurait des mètres et des mètres de long.
– Voulez-vous bien me dire ce que vous cherchez tous les deux ? s'impatienta Gladpy, les poings sur les hanches.
Un peu plus et elle tapait du pied.
– Nah.
Gladpy fixa Envy en plissant les yeux. Il souriait en coin de manière très agaçante. Elle céda contre son gré.
– On peut y retourner maintenant que je suis de retour ! s'exclama-t-il, plein d'entrain.
La vision de la tête fatiguée d'Edward qui tentait de réprimer un bâillement lui fit revoir son programme de l'après-midi. Son ami dormait dès qu'il le pouvait — et des fois dans des positions et situations un peu improbables — et son épuisement ne diminuait que lentement. Il devrait peut-être le laisser récupérer.
– Ou peut-être pas, termina-t-il en marchant en long et en large avant de se poser sur le rebord de la fenêtre.
En moins de temps qu'il ne faut pour dire « nabot », ce dernier dormait à poings fermés, la tête posée sur le dossier du canapé et la bouche grande ouverte. À peine deux mètres plus loin, Gladpy piquait discrètement du nez dans son magazine pour sorcière dont la Une affichait en lettres jaune poussin : « Mon sorcier aime les flupustules, la poignante autobiographie d'une femme d'éleveur ». Et dire qu'il devait passer toutes les vacances avec eux...
– Vous êtes trop ennuyeux, se plaignit-il en sautant de son perchoir. Faisons quelque chose ! Amusons-nous !
Edward se frottait les yeux en grommelant contre le crétin qui ne l'avait pas réveillé une fois, mais bien deux.
– Ça t'a pas suffi de faire le bouffon toute la matinée ? geignit-il.
– Je n'ai pas... Laisse tomber. Tu ne comprends rien. Ce château m'ennuie. J'en peux plus de voir ces murs de pierre et ces horribles tapisseries et ce salon minuscule et d'avoir des Aurors aux basques. La liberté m'appelle. Au diable le vieux Rufus. On part pour Florence dans trois quarts d'heure, alors soyez prêts à temps tous les deux !
Sur ce, Envy se précipita dans sa chambre en hélant Touflam pour qu'il empaquette ses affaires. Abasourdi, Edward chercha du soutien chez Gladpy, déjà agenouillée à la cheminée pour passer le message à son supérieur direct concernant leur sortie du pays.
– Sérieux ? gémit Edward. On me demande même pas mon avis ! C'est un kidnapping, si on se fie à la loi, vous le savez ça ?
– Légalement parlant, je suis ton responsable depuis que Dumbledore m'a refourgué la corvée, lui rappela Envy depuis sa chambre. Je sais que tu dis ça que pour la forme. Mes bébés ailés au cul nu te manquent, avoue-le !
– Parle pour toi...
Ils débarquèrent à Florence sur un coup de tête tellement imprévu que même Caponsacchi ignorait leur présence au manoir. Les follets travaillaient à nettoyer la cour intérieure de fond en comble lorsque le trio inattendu fit son arrivée. Toufeu et Touboua vinrent transporter leurs malles dans les chambres utilisées à Halloween, leur servirent un déjeuner tardif et leur proposèrent serviablement d'inviter quelques-uns de leurs amis pour le dîner. Gladpy déclina avant qu'Envy ne puisse décider sur un deuxième coup de tête d'inviter tout le pays.
À partir du moment où son caprice de voyage fut réalisé, Envy se fit plus calme pour les trois premiers jours du séjour. Il les entraîna dans le voisinage et dans les villes alentours en restant prudent et en se déguisant. Cependant, au bout de ces trois jours, Scrimgeour menaça de venir lui-même les chercher par la peau d'un endroit qu'il ne fallait pas nommer. Ils se remirent donc au travail avec une motivation retrouvée grâce à quelques grasses matinées pour Edward et à un changement radical de paysage pour Envy.
– On va rouvrir le bureau du grand-père tout à l'heure, bafouilla Envy, la bouche pleine.
Il se pencha pour vérifier qu'Edward était encore absorbé par sa conversation avec Caponsacchi avant de parler à Gladpy à voix basse :
– Vous ferez comme prévu... ce que je vous ai demandé...
Elle acquiesça avec un regard en coin. Depuis sa réconciliation avec Elric, il n'avait plus une fois ramené le sujet « Jolene » sur la table, pourtant son intérêt pour elle s'était manifesté à nouveau dès le début des congés. Il n'en avait rien dit à Elric, visiblement, et elle se demandait bien pour quelle raison saugrenue. Ils partageaient tout ! Leurs secrets, leur passé, leur argent et même leur lit à l'occasion. Pourquoi ne pas lui parler de sa sœur perdue ? Un manque de confiance ? La jalousie ? Un vrai mystère.
Serviable, elle quitta Florence en sachant que son protégé était en sécurité entre les murs du manoir. Dès le terrain libéré de la présence gênante, Envy et Edward se précipitèrent dans le bureau du précédent chef de famille pour ôter les scellés magiques et commencer à le fouiller à la loupe. Si leur théorie principale consistait à expliquer le massacre de 1976 par une crise de violence de Voldemort en apprenant que les Alighieri possédaient l'un de ses fragments d'âme, une autre intuition leur indiquait clairement que le meurtre était un prétexte pour la création d'un nouvel Horcruxe.
Ils suivirent cette piste grâce à un outil de détection magique emprunté à Dumbledore.
– Y a définitivement eu usage de magie très noire ici, commenta Edward lorsque le détecteur devint si fou qu'il dut le lâcher brusquement. Ça peut être expliqué par les Impardonnables, mais ça peut aussi bien être la création d'un Horcruxe.
– C'est forcément ça, dit Envy en observant la scène de crime d'un œil critique. Ils étaient les ennemis jurés de Voldemort. Il n'a pu que les utiliser. Rien que pour l'ironie.
Edward haussa un sourcil inquisiteur, mais n'osa demander aucun détail sordide de ce qu'il avait pu faire au service de Père. Ça ne l'intéressait pas du tout.
– T'as entendu ça ? murmura Envy en se figeant.
– Quoi ?
– Chut !
Edward ne fit plus un geste et retint même sa respiration. D'abord il n'entendit rien d'autre que l'agitation des follets dans les couloirs. Puis un son étouffé lui fit tendre l'oreille. Il reconnut une voix qu'il était sûr d'avoir déjà entendue quelque part.
Comme pris par une sorte d'instinct, Envy se remit en mouvement et marcha jusqu'à se tenir derrière le bureau monumental. Des deux mains, il agrippa la tenture noire accrochée sur un cadre et la tira d'un geste sec en une avalanche de poussière. Envy et le portrait toussèrent tous les deux.
– Me voilà de retour à la lumière du jour ! se réjouit le portrait de Roméo Serégo Alighieri en époussetant ses épaules inutilement. Ah... le fameux Envy.
Il avait dit ça sur un ton indéfinissable. Entre le mépris, le dégoût et une sorte de joie mal dissimulée. Étrange mélange.
– Comment pouvez-vous le savoir si vous étiez couvert pendant tout ce temps ? demanda Envy, déconcerté.
L'homme n'eut pas l'air de s'être attendu à ce qu'Envy le comprenne et lui réponde dans sa langue. Il reprit rapidement son flegme.
– Une personnalité telle que moi possède des portraits dans les places les plus importantes du pays, proclama Roméo avec fierté en levant le menton pour les jauger avec dédain. Je suis entre autres exposé à la banque de Rome, au gouvernement italien et dans la prestigieuse école de magie qu'a notre beau pays. Avec un tel —
– Ouais. J'ai pigé. Bien pour vous.
Envy alla pour recouvrir le tableau à nouveau, mais le personnage le retint précipitamment :
— J'ai des informations ! s'écria-t-il en secouant les bras inutilement pour repousser le drap noir. J'étais présent lorsque mon modèle travaillait ici, j'ai entendu des conversations secrètes... Notamment sur le genre de magie que vous avez mentionné tout à l'heure.
– Les Horcruxes ? vérifia Edward en s'approchant pour s'asseoir sur le bureau.
Le portrait lui fit comprendre qu'il n'appréciait ni son intervention dans la conversation ni sa présence tout court et encore moins qu'il ait osé poser son postérieur sur ce bureau en bois précieux. Edward ne bougea pas de sa place.
– Répondez, commanda Envy.
– Oui, les Horcruxes. De la magie très noire et très dangereuse. De mon vivant — ne répondez pas, vous me comprenez — j'ai découvert le secret de Vous-Savez-Qui grâce à l'un de ses faux-pas. Il a cru malin de dérober l'un des biens familiaux les plus précieux et de le... souiller en tuant mon serviteur personnel. En suivant les pistes laissées sur le lieu du crime de ce pauvre garçon, j'ai découvert l'Épître méconnaissable et je l'ai dérobé pour le cacher dans le coffre familial. Malheureusement, Vous-Savez-Qui a fait vous savez quoi avant que j'aie eu l'occasion d'apprendre comment détruire le fragment d'âme.
– Et la lettre ? Vous en savez plus dessus ? demanda Edward.
– Je l'ai rédigé ici même pour mon petit-fils, vous, précisa-t-il inutilement en jetant le même regard étrange à Envy. Afin qu'il reprenne cette quête quand il serait en âge.
– Comment avez-vous su qu'une deuxième guerre aurait lieu et que votre descendant aurait une chance de retrouver les Horcruxes ? C'est parce que Flamel vous a prévenu ?
– Cet homme était d'une grande clairvoyance, commenta Roméo en caressant distraitement ses manches en fourrure. Il m'a annoncé l'avenir et m'a permis de prendre mes dispositions. Selon lui, la Première Guerre prendrait fin avec la création d'un Horcruxe involontaire dont l'hôte serait un nourrisson. J'ai appris quelques années plus tard qu'il s'agissait de Harry Potter, dont on a beaucoup parlé devant mes portraits au moment des faits. Toutefois je savais que cette paix ne serait que de courte durée et que Vous-Savez-Qui reviendrait de ses cendres grâce aux précautions qu'il avait prises.
– Vous n'avez prévenu personne, reprocha Envy, incrédule.
– Nicolas Flamel m'a demandé d'attendre votre venue. Vous deviez venir lorsque le monde sorcier aurait le plus besoin de secours et vous voilà. Bien que je me demande qui tu es, dit-il en désignant Edward. Il m'est aisé de comprendre l'implication de mon sang par le biais du fils de ma fille, mais toi... Un Né-moldu ? Je me demande bien quel talent te différencie du commun des mortels.
Edward ne se vexa pas, mais changea de sujet en recentrant la conversation.
– Vous avez assisté au massacre. Qu'est-ce que vous avez vu ?
– J'étais voilé, je n'ai rien vu, répondit Roméo en secouant la tête. Le sujet de cette réunion de famille était la présentation de l'enfant d'Antonia suivi de l'annonce des prophéties de Flamel. Comme je n'entendais rien d'intéressant, je suis parti dans mon cadre au gouvernement. C'est là-bas que j'ai appris pour le drame. Quand je suis revenu, c'était trop tard. Le souffle des attaques a à peine permis à mon drap de me laisser une fine ouverture pour voir la scène.
– Donc vous ne savez pas si Voldemort a créé un Horcruxe cette nuit-là ?
– Il y a quelqu'un qui pourrait vous donner les détails que vous cherchez. Un témoin de la scène.
– Pardon ?!
Edward et Envy s'étaient levés d'un bond. Edwina Cerchi était la seule personne présente au manoir pendant l'attaque et elle n'était pas dans la pièce au moment des faits. Qui d'autre était présent ?
– Ma fille, Antonia, lança Roméo en resserrant sa fourrure autour de lui, dégoûté par la mention de son enfant.
– Elle est vivante ! s'exclama Envy, choqué.
– Bien sûr que non, le railla Roméo, dédaigneux. Son fantôme est revenu pour ses affaires non résolues. Habituellement, elle erre dans l'aile ouest, dans la nursery qui devait accueillir Envy. Vous la trouverez là-bas... Si elle accepte de vous adresser la parole.
Il apparut très vite qu'elle n'était pas d'humeur à sociabiliser. Le fantôme resta caché, qu'importe leurs plans pour l'attirer hors de son trou. Même quand Envy s'y prit seul, sa « mère » demeura muette à ses appels. En milieu d'après-midi, Gladpy revint au manoir et les surprit dans des livres traitant de moyens d'invoquer les esprits. Autant dire qu'elle leur tira les oreilles en leur faisant un sermon mémorable sur la stupidité de leur action. Autoritaire, elle leur confisqua leurs livres et ordonna à Touboua de condamner l'accès à la bibliothèque.
– Elle se sent vraiment trop comme chez elle, marmonna Envy sans toutefois oser donner les ordres contraires pour faire rouvrir la bibliothèque. D'où elle me donne des ordres ? Non, mais quand même... C'est moi le chef, pas elle !
Gladpy entendit la fin de sa tirade en revenant dans le salon où elle les avait punis et laissé à genoux à même le sol pour les faire réfléchir à leur bêtise. Les articulations d'Edward grinçaient après à peine une heure dans la même position... Et Envy était intarissable d'insultes et d'injures dans toutes les langues qu'il connaissait. Ce qui en faisait un paquet.
– Qu'est-ce qu'il vous a pris de faire une chose pareille ? interrogea Gladpy, bien plus calme qu'auparavant. Invoquer des esprits ? N'avez-vous donc rien appris en défense contre les forces du Mal ?
Envy voulut rétorquer, mais le regard de Gladpy lui fit refermer la bouche avec une moue.
– On voulait entrer en contact avec Antonia Serégo Alighieri, répondit Edward en serrant ses poings sur ses genoux pour les masser. Son fantôme se promène dans le manoir d'après un portrait.
Un son étranglé échappa à Gladpy qui jaunit brusquement. Des rides se creusèrent au coin de sa bouche et de ses yeux tandis qu'elle dévisageait Envy avec une émotion indéfinissable. Peut-être un peu de pitié et de tristesse. Quoi que ce soit, leur punition prit fin dix minutes de torture plus tard.
Pour les empêcher de continuer à fouiner et à s'attirer des ennuis, elle organisa une séance d'entraînement au sortilège du Patronus.
Le maîtrisant depuis leur dernier cours avec Rogue, Edward s'installa à l'écart pour étudier le maléfice de Feudeymon dont il avait noté la théorie dans ses notes. Si jamais Envy et lui venaient à quitter l'Ordre un jour et qu'ils n'avaient plus ni venin de Basilic ni épée de Gryffondor, il leur faudrait une alternative pour détruire les Horcruxes. Même s'il s'agissait de magie noire.
En fin de journée, lorsque Gladpy permit à Envy d'arrêter l'entraînement, Edward profita de l'énergie de la Porte pour essayer le maléfice dans la cour. Il réussit à faire apparaître un feu moyen tout à fait satisfaisant au bout d'une heure d'essais avant le dîner. Évidemment, il en perdit rapidement le contrôle et les follets durent intervenir. Gladpy hésita à le punir une nouvelle fois, mais Envy l'en dissuada. Edward décida de ne plus retenter l'expérience.
Le repas se déroula dans un joyeux brouhaha uniquement alimenté par Envy et ce qu'il avait prévu au programme de la soirée du lendemain, la veille de Noël.
– Attends un peu, le ralentit Edward en interrompant son monologue. C'est bien beau tout ça, mais Gladpy préférerait sûrement passer Noël avec sa famille. N'est-ce pas ?
La sorcière hésitait visiblement. Pourtant, elle aurait facilement pu les laisser pour les vacances, étant donné les protections extraordinaires mises en place. Aucun intrus ne pouvait entrer. On ne pouvait pas attaquer le manoir, qu'importe la puissance de l'assaillant. Caponsacchi y avait veillé avec la meilleure qualité sur le marché.
– Vous pouvez partir, ça change pas grand-chose à mes plans, rectifia Envy en remuant la main dans le vide. Revenez quand ça vous arrange.
En même temps, quand elle y réfléchissait, ils n'avaient fait qu'enchaîner les bêtises depuis ce matin-là.
– Je ne suis sûre que je puisse vous faire confiance pendant quelques jours.
– On sera sage.
– Bien sûr.
– Bien sûr ! On a compris la leçon. Promis.
Malgré la moue innocente d'Envy, l'expression méfiante de Gladpy ne s'altéra pas d'une ride.
Il leur fallut être irréprochables pendant toute la nuit et toute la matinée du 24 pour que Gladpy annonce qu'elle partirait rejoindre sa famille pour les fêtes. Ce qui signifiait qu'ils furent inactifs pendant tout ce temps, simplement étalés dans un salon sans faire de vague et en s'ennuyant à mourir. Deux heures avant son départ, ils n'en pouvaient plus d'attendre de pouvoir bouger à leur guise.
– Comment ça va, avec tes âmes ? s'enquit Edward en réprimant un bâillement, couché en travers d'un sofa des plus confortables.
– Pas grand-chose de neuf. Depuis que j'ai fait la différence entre elles et moi, je ne les entends plus du tout. Des fois quand je dors, mais ça n'arrive que rarement. Elles ne peuvent plus m'obliger à mourir.
– Encore des transformations ?
– Non plus. Ça fait des semaines depuis la dernière bourde.
– Pourtant tes yeux ne sont pas revenus à la normale, remarqua Edward.
Envy aurait préféré ne pas aborder ce sujet, car il lui rappelait douloureusement que sa capacité de métamorphe avait beaucoup souffert de l'absence de l'Homonculus. Se transformer n'était de loin plus aussi facile que par le passé. Chaque changement de son physique — même minime — lui coûtait une dose élevée d'énergie et provoquait une souffrance handicapante. Son apparence animale favorite était désormais hors de portée. Toute métamorphose animale en général était hors de question. Pour la métamorphose humaine, le problème n'était pas plus simple. Ses yeux ne changeaient plus malgré ses efforts.
La mortalité le guettait de plus près.
– Les garçons, il est l'heure, annonça Gladpy en faisant irruption. Je serai de retour demain en milieu d'après-midi.
– Au revoir, maugréa Envy sans lui jeter un regard.
– Joyeux Noël, souhaita poliment Edward en se redressant. Passez un bon réveillon.
Gladpy le remercia et leur souhaita la même chose avant de quitter le manoir pour se rendre à l'Organisation de Transplanage Particulier de la ville. Dès qu'il la vit disparaître de la cour intérieure, Envy s'anima à nouveau, piétinant sur son passage. Il repartit à la recherche d'Antonia, sous le profond soupir d'Edward qui savait que si elle ne voulait pas être retrouvée, elle ne le serait pas. Elle devait sentir qu'Envy n'était pas le bébé qu'elle avait mis au monde. Les mères ressentaient ce genre de choses. Elles avaient ce sixième sens, cette intuition féminine. Peu importe les efforts de la Vérité pour que tout le monde pense qu'Envy était l'héritier des Alighieris, Antonia saurait. Elle n'apparaîtrait jamais devant eux, même s'ils avaient besoin d'elle.
Allez expliquer ça à Envy.
– Laisse tomber, Envy. Ça sert à rien. Tu n'as pas prévu de vider tes caves, toi ? J'ai entendu parler d'une soirée de beuverie !
– C'était par pur plaisir pour voir la tête de Gladpy, confessa Envy sans honte. Mais si la proposition t'intéresse, t'es chez toi, prends ce que tu veux.
Quand Envy le rejoignit après deux heures et demie de recherches, Edward semblait avoir fait monter des bouteilles d'alcool de toute l'Europe dans son salon favori, et décidé d'appliquer l'expression « noyer son chagrin dans l'alcool » au pied de la lettre. Il était dans un état lamentable. Quelle chance que Gladpy ne soit pas là pour assister à la scène.
Intrigué, Envy l'interrogea sur la raison de ce débordement si loin de sa personnalité habituelle, mais ne reçut que des silences et des grognements en réponse. Lorsqu'il lui conseilla de terminer la soirée avec des boissons sans alcool, Edward plissa les yeux et lui lança un signe vulgaire. Ensuite, il se détourna boudeusement d'Envy, le visage collé contre les coussins brodés. Pas le réveillon qu'il avait imaginé.
Envy le secoua un peu, lui envoya plusieurs pichenettes supplémentaires, puis se mit à lui tirer les cheveux. Edward poussa un grognement mécontent en le repoussant comme un animal de compagnie encombrant et Envy s'assit sur la table basse face à lui pour le dévisager avec curiosité. Du bout de la main pendante dans le vide par-dessus le sofa, Edward attrapa par le cou une bouteille entamée. Envy ne fit aucun mouvement pour l'arrêter lorsqu'il but quatre longues rasades de l'alcool hors de prix.
La bouteille vide glissa des doigts humides et roula sous le divan. Un bruit de verre s'entrechoquant indiqua que ce n'était pas la première à suivre ce chemin. Envy se demanda un instant s'il ne devait pas le stopper avant qu'il ne tombe en coma éthylique.
La curiosité d'Envy l'emporta bientôt sur le reste.
– Ça suffit maintenant. Tu ne vas pas faire ça toute la soirée de Noël. Donne-moi ça.
– Fiche-moi la paix, gémit Edward en serrant une autre bouteille vide contre sa poitrine.
Envy appela Toufeu et Touflam pour récupérer les cadavres sous le canapé et ranger les bouteilles pleines à leur juste place. Il fit retarder le dîner pour avoir l'opportunité de remettre son invité sur pied.
– C'est quoi ton problème cette fois ?
Les épaules d'Edward se carrèrent, faisant glisser sa tresse et dévoilant une partie de son visage. Envy hissa le cou pour en avoir un plus grand aperçu pouvant l'aider à déchiffrer ses émotions. Le coin de la bouche d'Edward était tordu vers le bas. Il gardait les paupières obstinément closes.
– Tu m'avais promis de ne pas me laisser devenir amer et désespéré...
– Tu te sens amer et désespéré ?
L'oreille bordée de cheveux blonds disparut contre le coussin ocre alors que le visage s'enfonçait en dessous.
– Y a vraiment pas de quoi. Écoute, t'as tes jambes, tes bras, t'es en bonne santé, t'es admiré et aimé par plein de monde, grâce à moi t'es plus riche que des millions de personnes. Qu'est-ce qui te manque ?
Un soupir fit s'affaisser les épaules d'Edward.
– T'avais l'air d'aller mieux. Tu jouais la comédie ? Ou il s'est passé quelque chose qui t'a déprimé ?
Envy crut entendre un marmonnement proche d'une insulte. Il ne lui fallut pas se creuser les méninges bien longtemps pour qu'une réponse lui apparaisse.
– C'est parce qu'on a parlé de ta mécanicienne ?
– Non, fut la première réponse claire qu'il reçut.
– Tu étais amoureux d'elle ?
La question lui brûlait les lèvres depuis longtemps. Il ne regretta pas de l'avoir posé, puisqu'Edward sortit de sa cachette pour le fixer avec reproche. Au moins une réaction, c'était déjà ça.
– Non.
– Menteur.
Edward leva les mains et les yeux au ciel.
– OK. Tu tiens sincèrement à avoir ce genre de conversation ? Parce que moi pas du tout.
– Tu l'aimes encore ?
« Il y tient », marmonna Edward, agacé en se frottant maladroitement la nuque.
– Pas ça le problème. Combien de fois je dois le répéter ? M'a juste énervé sur le coup que tu causes de ma vie à tout le monde. Me suis fait une raison par rapport à Winry depuis belle lurette. Purée, je me souviens à peine de sa tête !
– Ah bon ? Le sort du vioc a eu plus d'effets secondaires que prévu ?
Edward le dévisagea bizarrement.
– Le temps passe, c'est tout, dit-il sur le ton de l'évidence. On oublie.
– Je croyais que les humains choisissaient de ne pas oublier quand ils le voulaient, répondit Envy, un peu dépassé. Tu veux tout oublier de l'autre monde ?
– Non... Pas le choix. Ça s'en va tout seul. Trop d'autres choses à penser. Me reste plus que mon uniforme pour me dire que j'ai pas rêvé ma vie là-bas.
Il fixa les peintures du plafond d'un regard éteint.
– Moi aussi je peux te le dire ! Aux dernières nouvelles je suis pas une foutue hallucination de ta petite tête malade. Je suis tout ce qu'il y a de plus réel. Tu veux toucher ?
– Passe mon tour.
– Fichu nabot.
– Palmier idiot.
Envy grimaça un sourire tordu. Peu importe son visage, il resterait toujours le palmier.
– C'est parce que tu oublies que tu déprimes ?
Edward rejeta la tête en arrière pour soupirer comme jamais.
– Si tu insistes tellement, tu n'auras pas ton cadeau.
– Je veux pas passer un réveillon pourri à cause de toi donc tu vas causer, insista Envy, agacé. Qu'est-ce que tu veux que je fasse pour t'aider à aller mieux ? Dis-moi et je ferai.
Le nez froncé dans une intense réflexion ralentie par l'alcool, Edward huma longuement en cherchant une réponse appropriée.
– Je veux oublier la guerre. Même si c'est juste pour une heure ou deux. Être loin de tout ça. Mh ?
– Alors ça, je peux le faire ! J'ai un plan, déclara Envy en tirant Edward en position debout. Va mettre tes bottes, on rentre à la maison !
Edward grogna en titubant sur place.
– La Russie ? À cette saison ? Tu veux ma mort ?
