E : Loooool Pauvre de toi ! Au moins tu as eu plusieurs chapitres en même temps du coup ;)
Chapitre cinq : G.O.D.
– Ce n'est qu'un sceau comme un autre. Les Clés ne sont qu'une pure légende, expliqua le grand-père d'Envy en balayant la suggestion d'un geste vague de la main tandis qu'Envy observait pensivement la bague qu'il portait depuis son intronisation. Tout comme les Reliques de la Mort. Il y a eu bien des rumeurs sur notre famille, mais je peux vous assurer que nous n'avons jamais été en possession d'aucun de ces artefacts.
– Ce n'est pas tout à fait vrai, répliqua Giovanni en dardant un regard vers son père, dont le portait le surplombait. Dante avait la Pierre de Résurrection.
– Ce n'est qu'un mythe, rétorqua Roméo, agacé.
– Une rumeur plus que probable, reprit son fils avant de se tourner vers Envy. Cette histoire fait partie du patrimoine familial. Nous n'avons pas la moindre preuve pour la confirmer, si ce n'est des soupçons. Après tout, Dante a cherché les Reliques une grande partie de sa vie.
– Mais il a vécu il y a des siècles ! Les Reliques existaient déjà à cette époque ?
– Selon les experts des Reliques, elles auraient été en possession des frères Peverell au tout début, informa Edward en se frottant pensivement le menton. Ils ont vécu au treizième siècle, tout comme Dante. Il devait avoir une vingtaine d'années quand les frères sont morts en 1291, supposément peu de temps après avoir « reçu » les Reliques.
Envy le dévisagea avec un léger air de dégoût. Monsieur je-sais-tout était de retour.
– C'est exact, approuva Giovanni. Son amour d'enfance est mort un an plus tôt, et dès qu'il a entendu les rumeurs sur les frères et leurs grands pouvoirs, il est parti à leur recherche dans l'espoir de mettre la main sur un artefact assez puissant pour la faire revenir à la vie.
– Quand il est revenu de sa première quête, ajouta Roméo. On dit qu'il était si puissant que le MIAM – autrefois appelé le Conseil des Dix – n'a pas eu d'autres choix que de l'élire Serviteur suprême de la Sorcellerie. C'est grâce à lui que notre famille a prospéré.
– Il aurait été le maître de la Baguette de Sureau après qu'Antioche Peverell ait été tué ?
Edward se demandait sérieusement si Dante n'avait pas été le maître de la Mort... Quoique... Le plus jeune des frères était mort bien après lui. Au moins Dante avait possédé la Baguette et la Pierre.
– C'est ce que le mythe veut, répondit Jacob, l'air vaguement plus intéressé par la tournure de la conversation. Mais tout bon sorcier sait qu'il est de coutume d'attribuer les Reliques aux sorciers puissants, pour le plaisir des commérages. Il est plus que probable que Dante n'ait jamais possédé la moindre relique et même qu'elles n'existent pas.
Caponsacchi leur avait dit quelque chose de semblable à leur première rencontre. Mais il ne fallait pas donner trop de crédit à cette explication, surtout lorsqu'ils savaient que les Reliques existaient bel et bien.
– Il a trouvé la Pierre, intervint Antonia avec conviction.
Ses trois frères la fixèrent avec dépit et irritation. Au-dessus d'eux, les portraits de leurs parents affichaient les mêmes expressions.
– Ce sont des sornettes, fille.
Antonia rapetissa sous le reproche de son père. Envy parut mécontent et prit sa défense :
– Pourquoi elle n'aurait pas le droit d'y croire et son frère si ? J'ai envie d'entendre ce qu'elle pense.
Le visage penaud d'Antonia s'éclaira alors que son fils la défendait. Comme plus personne n'osait rien lui dire, elle reprit à voix basse :
– Edwina m'a souvent raconté cette histoire, à propos de notre ancêtre. Selon a légende, rendu fou par la perte de sa chère Béatrice, Dante aurait désespérément cherché la Pierre de Résurrection. Peu après le suicide de son premier propriétaire, il aurait récupéré la Pierre et l'aurait utilisé pour faire revenir Béatrice d'entre les morts. Malheureusement, comme le conte le dit, elle n'appartenait plus à ce monde, et disparut à nouveau là où elle ne pouvait être suivie par un vivant. Perdant la raison définitivement, Dante se serait alors arraché le cœur.
Edward haussa un sourcil face à la sordide histoire qui sonnait de manière familière.
– Donc si je comprends bien, les Peverell seraient à l'origine du conte des Trois Frères et Dante serait à l'origine de celui du Sorcier Au Cœur Velu ?
– En eff-
– Tout grand sorcier a une légende, coupa abruptement la mère d'Antonia, visiblement agitée. Edwina a toujours été une grande commère et une romantique encore plus irrécupérable. Ne croyez donc pas tout ce qui sort de sa bouche. C'est une Cerchi après tout.
Aussitôt, des cris de protestation firent trembler les murs alors que la branche des dits Cerchi s'insurgeait. Ce n'était plus la peine d'attendre la moindre information pour les prochaines heures maintenant que la guerre avait éclaté. Mieux valait sortir et les laisser à leur querelle puérile.
– Êtes-vous sûr de ne pas vouloir assister à l'entrevue ?
Envy secoua la tête en se replongeant dans ses parchemins de recensement et ses cartes de Grande-Bretagne.
– Ed n'est pas un bébé. Il peut très bien s'occuper de McKollughan sans mon aide. J'ai d'autres hippogriffes à fouetter. On a plein de sorcières à visiter dans les prochains jours et je n'ai pas de temps à perdre.
Étalée sur la table, une liste de noms et d'adresses s'écrivait d'elle-même sous les instructions d'Envy, l'aidant à terminer sa tâche avant d'être en mesure de partir à la recherche de Jolene, sa sœur disparue. Il profitait du retour d'Edward à Poudlard pour s'y remettre, bien qu'il ait promis de continuer la recherche des Horcruxes au manoir.
– Si je peux me permettre de poser la question... Pourquoi ne parlez-vous pas de vos recherches à Mr Elric ?
Envy pinça les lèvres en fixant sa plume si fort qu'elle s'arrêta d'écrire en tremblant.
– C'est pas vos oignons.
Gladpy lâcha l'affaire après ça, sans cesser de s'interroger sur la situation. Elle-même ne savait pas pourquoi elle en était curieuse. Peut-être redoutait-elle tout simplement que cette histoire mène à une énième dispute. En tout cas, elle espérait qu'Elric n'apprendrait jamais pour ce qu'Envy faisait derrière son dos.
Edward cligna plusieurs fois des yeux, la bouche légèrement entrouverte alors que son cerveau avait entièrement cessé de fonctionner.
– P... pardon ?
– Une prophétie, répéta Keith en accentuant chaque syllabe. Vous concernant, Mr Alighieri, Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom et vous. Elle s'est ranimée après des siècles de sommeil.
– Des siècles ?
– Oui, ce qui est une anomalie telle qu'on en voit qu'autour de vous.
– Comment ça ?
– Votre existence, ainsi que celle de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom a été prophétisée plusieurs siècles avant votre naissance. Ce n'est pas un phénomène qui a lieu très souvent, si vous voulez savoir. Jamais, même. La durée maximum de sommeil d'une prophétie est en moyenne de dix ans. Si au bout de cette période elle n'a pas eu lieu, elle meurt. Les cas les plus spéciaux ont vu des prophéties revenir à la vie plusieurs décennies après avoir été faites. Jamais davantage. Et surtout, jamais une prophétie à un destinataire si précis.
– Que voulez-vous dire par là ?
– Habituellement, les prophéties qui reviennent à la vie après une longue période de sommeil sont des généralisations, prévoyant une catastrophe naturelle, économique ou une guerre. Elles sont au patrimoine de l'humanité en quelque sorte. Ce ne sont jamais des prophéties destinées à une personne en particulier.
– Quand est-ce qu'elle s'est « rallumée » ?
– Je ne connais pas la date exacte. Elle a été découverte par un employé chargé de vérifier régulièrement les prophéties. On m'a mis au courant dès qu'elle a été trouvée et le ministre de la Magie en personne s'intéresse à l'affaire de très près.
Le cœur d'Edward fit un bond.
– Nous avions un accord ! Vous deviez être la seule personne à vous occuper de l'enquête sur moi !
– Croyez-vous réellement que j'ai eu mon mot à dire ? Cette prophétie ne concerne pas seulement le Serviteur, mais également le plus grand Mage Noir de tous les temps, et vient de revenir à la vie après des siècles d'attente, évidemment que le ministre allait être mis au courant immédiatement ! Un peu de logique, s'il vous plaît. Cette prophétie pourrait contenir le moyen de mettre fin à la guerre et de détruire définitivement la plus grande menace qui puisse peser sur le monde magique. Mr Thickness attend de vous la plus grande coopération.
– Alors... vous ne savez pas ce qu'elle dit ? Vous ne l'avez pas écouté ?
– Seuls ses destinataires peuvent la sortir de son socle. J'avais espéré la présence de Mr Alighieri à notre entretien aujourd'hui afin de le mettre au courant.
– Je lui passerai le message. Quand pourrons-nous venir la consulter au ministère ?
– Dès que des mesures de sécurité supplémentaires auront été mises en place. Nous préférerions éviter qu'un incident du même genre qu'avec Yaxley arrive à nouveau.
Certainement. Mais l'intérêt d'Edward était plus que piqué et il voulait satisfaire sa curiosité tout de suite. Cette prophétie était-elle une bonne nouvelle ? Permettrait-elle à Envy et lui de trouver un nouvel Horcruxe ? Ou bien d'apprendre qu'ils allaient réussir à détruire Voldemort ?
– Qui a fait la prédiction ?
Le coin de la bouche de McKollughan se crispa vers le bas.
– Nous ne savons pas. Les seules informations que nous avons sont les noms des destinataires et j'ai la très forte intuition que la personne à qui la prophétie a été faite était Nicolas Flamel. Son nom est sur le registre de l'époque.
– Et le nom du voyant n'est pas sur le registre lui ?
– Nous n'avons que ses initiales et j'espérais que vous puissiez m'aider à résoudre ce mystère. Vous connaissiez Flamel personnellement, peut-être a-t-il déjà mentionné le prophète sans vous préciser de qui il s'agissait.
Tout en faisant part de son idée, Keith fit glisser vers Edward un morceau de parchemin, sur lequel s'inscrivait deux brèves lignes de texte :
« G.O.D. à N.F.
Seigneur des Ténèbres, Envy Alighieri et Edward Elric »
– Voici une copie du label décrivant la prophétie. Elle a été faite bien avant l'ouverture du service du Département des Mystères. C'est une chance que nous ayons autant d'informations aussi précises à son sujet. En vérité, c'est l'une des premières prophéties que nous ayons eues en notre possession. Si ce n'est la première. J'ai fait quelques recherches en amont, mais il semblerait que même un prophète aussi doué que celui-ci ne soit pas dans les archives.
– Vous avez cherché parmi les connaissances de Flamel ?
– Impossible. Il n'y a aucune trace de Nicolas Flamel avant cette année-là. Pas même dans les archives magiques ou moldues françaises. J'aurais voulu questionner Mr Dumbledore à ce sujet, mais avec les conjonctures... Le contacter est délicat.
Edward ne l'écoutait plus qu'à moitié, tandis que les pièces du puzzle se mettaient soudain en place. D'après ses calculs, Flamel avait été sacrifice humain dans les années 1350 à peu près de ce monde-ci, donc il avait peu de chances de se tromper en s'aventurant à dire que la prophétie provenait soit de quelqu'un de leur monde d'origine, soit de...
G.O.D.
Il éclata d'un rire nerveux en comprenant l'évidence. C'était une blague ! Cet humour douteux, ce timing parfait, les principaux protagonistes... Ça ne pouvait tout de même pas être la Vérité ! Évidemment que c'était elle. Qui d'autres connaîtrait si longtemps à l'avance un futur que personne n'aurait pu entrevoir même dans les rêves les plus fous ? Les sorciers ne connaissaient même pas encore la dictature de Gellert Grindelwald à cette époque, comment pourraient-ils imaginer qu'une personne telle que Voldemort pourrait voir le jour ?
Un raclement de gorge sec le ramena au présent. McKollughan le dévisageait avec suspicion.
– J'en déduis donc que vous savez ce qu'il se trame.
Edward secoua la tête. Peu convaincant d'après l'air ennuyé du Langue de Plomb.
– Quoi qu'il en soit, je suis très curieux de récupérer cette prophétie, dit-il en réfléchissant à quel message la Vérité comptait leur faire passer par ce biais.
– La loi vous interdit de la garder. Elle devra rester au Département des Mystères. Vous ne pourrez que la consulter.
– Et si son contenu tombait entre les mains de Voldemort ?
Keith frissonna brusquement à l'entente du nom tabou.
– Le ministère de la Magie me paraît être un endroit bien assez sécurisé contre l'Ordre Noir.
– Vous croyez ça...
Le ton employé lui mit la puce à l'oreille. Elric pensait que les Mangemorts avaient infiltré le gouvernement. Il n'était de loin pas le seul, mais contrairement au sorcier moyen, il avait une source d'information fiable de son côté. Quels étaient les résultats officieux des enquêtes du MIAM parmi les employés du ministère de la Magie ? Était-ce la vraie raison derrière son affectation à l'enquête sur Edward Elric ? Le Serviteur voudrait les protéger, Elric et lui, contre les espions Mangemorts au sein du ministère ? Dans ce cas, il lui faudrait redoubler de vigilance en menant son enquête. Il ne voulait pas risquer de donner des armes supplémentaires à l'ennemi.
– Je vais voir ce que je peux faire, conclut-il en réalisant la gravité de la situation. Si mes supérieurs venaient à s'y opposer, Mr Alighieri pourrait tenter d'user de son influence.
Le garçon eut soudain l'air surpris et soulagé par son changement d'avis.
– Merci —
– Bien entendu, j'aimerais des réponses en échange de mon aide.
Edward sourit en coin, désabusé. Il aurait dû flairer le piège.
– Votre curiosité est vraiment un vilain défaut.
– Je suis payé pour être curieux, à vrai dire.
– Qu'est-ce que vous voulez savoir ?
– Qui est G.O.D. ?
– Bien sûr vous alliez choisir ça, marmonna Edward en croisant les bras avant de reprendre plus fort. Creusez-vous un peu les méninges et je suis sûr que vous trouverez. On a déjà parlé de lui plusieurs fois.
Pris de court, Keith regarda Edward bouche bée. Quand avait-il parlé d'une telle personne ? Il avait passé les dernières nuits à réfléchir et à rechercher dans toutes ses notes, sans trouver l'ombre d'une piste. Elric était-il en train de se payer sa tête ?
– Je crains que cette réponse ne suffise pas. Malheureusement, je me vois contraint de vous garder ici pour plus longtemps que prévu.
– Vous ne pouvez pas me garder ici contre mon gré. Je suis un témoin, pas un suspect.
– J'espère que vous avez du temps devant vous. Aujourd'hui je tiens à vous faire passer quelques tests pour vérifier si vous avez récemment été en contact avec de la magie noire. Le processus risque de durer un certain temps.
Manquait plus que ça.
– Comment ça « la prophétie de Trelawney s'est éteinte » ? souffla Edward, choqué.
L'expression de défaite de Scrimgeour et de Dumbledore confirma ce qu'il croyait avoir entendu. Un terrible sentiment d'injustice et d'horreur s'abattit sur ses épaules.
– Mais... et Arthur ?
Le sorcier était mort pour rien. Il était parti dans l'agonie et la solitude, laissant derrière lui femme et enfants, tout ça, pour strictement rien. Sturgis Podmore était en prison, à Azkaban, pour rien. La prophétie ne se réaliserait plus. Elle s'était brisée. Quel coup du sort terrible.
– Qu'est-ce que ça signifie ? demanda Remus, la mine sombre. Cette prophétie annonçait l'espoir que Harry puisse un jour mettre fin au règne de Vous-Savez-Qui. Qu'en est-il désormais ? Avons-nous perdu tout espoir ?
– Lord Voldemort ne peut pas avoir remporté la victoire, répondit Dumbledore, avachi dans son fauteuil. Harry est toujours en vie et il continue d'avoir ses visions. Le lien n'est pas brisé...
Scrimgeour, Dumbledore et Edward échangèrent un regard lourd de sens avant que le premier demande à Remus de disposer. L'ancien professeur parut surpris, mais pas vexé, et partit sans dire un mot.
– Voldemort n'a pas détruit le Horcruxe à l'intérieur de Harry, dit Dumbledore avant d'être pris d'une quinte de toux. En admettant qu'il ait créé assez de Horcruxes pour atteindre la véritable immortalité, nous avons toujours la possibilité de les retrouver et de les détruire.
– Euh...
– Et s'il avait trouvé une arme qui lui promettait la victoire quoi que nous fassions ? rétorqua Scrimgeour. La prophétie ne s'est pas simplement éteinte, elle s'est brisée. Elle ne se réalisera jamais. Vous-Savez-Qui ne mourra jamais de la main de Potter. Il est supposément né avec le pouvoir de vaincre Vous-Savez-Qui, et il l'a perdu.
– Attendez...
– Il a toujours ce pouvoir en lui, je le sais, affirma Dumbledore avec conviction. L'avenir s'est seulement réécrit, et a ôté ce poids des épaules de Harry pour le mettre sur d'autres. Nous devons trouver ce qui a changé le jour où la prophétie s'est brisée et nous approprier le nouvel outil désigné par le Destin.
– Hum... Hum...
– Par où commencer ? Personne ne connaît la date exacte de l'extinction de la prophétie. Elle peut avoir eu lieu n'importe quand, et à cause d'une action n'importe où dans le monde entier. Nous manquons de moyens et de temps. L'armée de l'Ordre Noir peut déjà avoir eu vent de cette nouvelle et se préparer à une offensive plus poussée. Voire à un coup d'État pour définitivement prendre le contrôle du pays.
– Vous voulez bien m'écouter, oui ! s'écria Edward en bondissant pour se placer entre les deux sorciers. La prophétie a été remplacée par une autre ! Tout espoir n'est pas perdu parce que Harry n'est plus celui qui vaincra Voldemort. Le rôle a été redistribué.
Voyant qu'il avait enfin l'attention de ses interlocuteurs, Edward reprit la parole de façon moins virulente :
– McKollughan vient de me dire qu'une autre prophétie à propos de Voldemort venait de se rallumer. Si on fait le rapprochement, les deux évènements doivent forcément être liés.
– Que vous a-t-il dit ? Dites-nous tout dans les détails.
Edward rapporta ce qu'il avait appris deux heures plus tôt lors de son entretien.
– Nous devons découvrir ce que cette prophétie dit, annonça Scrimgeour.
– Il faut surtout empêcher l'ennemi de mettre la main dessus. Imaginez s'il se passe la même chose qu'avec la prophétie de Trelawney ? Que Voldemort apprend ce qu'elle contient exactement ? Je suis sûr que ces espions au ministère ont déjà fait passer l'info comme quoi elle nous concerne, Envy et moi. Si on était des cibles de l'Ordre Noir avant, maintenant on est LES cibles. Ils vont redoubler d'efforts pour nous tuer, avant qu'on ne tue leur maître.
– Vous semblez bien sûr de vous en disant que cette prophétie annonce que vous allez vaincre Vous-Savez-Qui, commenta Scrimgeour.
– Que pourrait-elle annoncer d'autre ? En tout cas, Voldemort pensera tout de suite à cette réponse et il faut absolument éviter qu'il connaisse les détails de la manière dont nous allons le battre. Ça nous laissera un avantage.
– Je suis de l'avis d'Edward, intervint Dumbledore en hochant faiblement la tête. Il y a de grandes chances qu'une telle prophétie arrivant à un tel moment ne puisse que contenir le moyen de provoquer la chute de Lord Voldemort. Si elle ne le fait pas, elle sera l'inverse, et communiquera à l'ennemi un moyen de nous vaincre. Dans les deux cas, nous devons la protéger jusqu'à ce qu'elle quitte le Département des Mystères.
– Je vais immédiatement mobiliser les équipes de surveillance habituelles, avertit Scrimgeour en quittant la pièce.
Laissés en tête à tête, ni Edward ni Dumbledore ne surent comment briser le silence pesant. Le cadet faisait son possible pour ignorer le regard pesant lourdement sur lui.
– Vous ne connaissiez réellement pas l'existence de cette prophétie ? Nicolas ne l'a jamais mentionné ?
– Vous ne me croyez pas ? répondit Edward froidement.
– Je ne faisais que m'interroger. Après tout, je n'ai toujours pas percé le secret de votre origine. Serais-je loin de la vérité en supposant que ce mystérieux G.O.D est votre tout aussi mystérieux employeur dont vous refusez systématiquement de parler ?
Même mourant, cet homme gardait un esprit très affûté. Il avait fait le lien très vite pour un grabataire.
– Je vois que ma théorie n'est pas aussi mauvaise qu'elle n'y paraît, continua Dumbledore sur le ton de la conversation. Cette prophétie explique bien des choses vous concernant. C'est donc parce que votre employeur est devin qu'il vous a envoyé à Poudlard ? Et que vous saviez dès votre arrivée que Lord Voldemort finirait par revenir ? Je me suis toujours demandé comment vous pouviez être si sûrs de vous.
Edward préféra ne pas répondre. S'il pouvait éviter ce sujet, il le ferait bien volontiers.
– Un mystère demeure pourtant... Si la venue de Lord Voldemort a été prédite si longtemps en avance, pourquoi votre employeur n'a-t-il rien fait ? Pourquoi Nicolas n'a-t-il rien fait ?
– Je ne sais pas pourquoi Flamel n'a pas agi, répondit honnêtement Edward. Je pense qu'il fallait que ce soit nous.
En y réfléchissant, Dumbledore marquait un point. Tout aurait été bien plus simple si Flamel avait dès le départ empêché la naissance de Tom Jédusor, au lieu d'attendre qu'il grandisse et passe du côté des ténèbres. Qu'avaient Envy et Edward de plus que Flamel ? Quel pouvoir les différenciait du sorcier ? La réponse se trouvait peut-être dans la prophétie. Il l'espérait en tout cas.
Scrimgeour revint dans la pièce et les prévint que la surveillance était en place une fois de plus. Selon les informations de Mondingus, les Mangemorts savaient déjà pour la mort de la prophétie sur Harry et Voldemort, bien qu'ils ne sachent pas encore pour celle qui l'avait remplacé. Avec les fuites au Département des Mystères, l'information finirait bien par sortir, mais avec un peu de chance, Edward pourrait retirer la prophétie avant que Voldemort n'essaie de mettre la main dessus.
Edward quitta les deux sorciers et partit pour l'étage.
– Ed !
Dès qu'il entra dans la chambre de Harry, Edward fut assailli par une paire de bras et une touffe de cheveux broussailleux.
– Hermione ? Je ne savais pas que tu passais les vacances ici !
– J'ai préféré rester... comme soutien moral, expliqua la sorcière en se détachant de lui pour permettre à Harry de le saluer à son tour. On a entendu dire que tu étais à Florence avec Envy. Vous avez passé de bonnes fêtes ?
Les trois amis échangèrent les nouvelles sur leurs vacances respectives. Tout n'était de loin pas rose, surtout à cause de l'absence marquée des Weasley à Square Grimmaurd. Edward apprit que Molly s'était trouvé un travail et que grâce à l'aide du voisinage et des membres de l'Ordre du Phénix, leur famille pourrait continuer à vivre décemment. Les trois aînés aidaient également beaucoup. Percy comptait sur une augmentation, étant l'assistant personnel du ministre de la Magie depuis un an, Bill faisait des heures supplémentaires à Gringotts et Charlie partageait sa paie plus que confortable en tant que dresseur de dragon. Leur clan était soudé. Ils s'en sortiraient.
– Rogue est affreux ! se plaignit Harry lorsqu'ils dérivèrent sur le sujet de l'Occlumancie. Il ne fait que me hurler dessus sans me laisser le temps de me préparer. Avant-hier, Sirius en est même venu aux mains.
Les yeux grands ouverts, Edward se tourna vers Hermione pour obtenir confirmation. Elle hocha la tête avec un air penaud.
– Le professeur Rogue est d'une humeur vraiment pénible ces derniers jours, renchérit-elle. Les choses chez les Mangemorts doivent être difficiles.
– Tu le défends ? s'exclama Harry, dégoûté. Il ne fait que me torturer, et en plus ça ne sert à rien ! Mes visions continuent, je crois que je vais perdre la tête ! En plus tout le monde à l'Ordre pense que je suis possédé !
Edward fronça les sourcils.
– Qui a dit ça ?
– J'ai entendu Maugrey en parler avec Tonks, Lupin et Mrs Weasley un soir. Ce n'est pas la première fois... Depuis... depuis ce qu'il s'est passé avec... Mr Weasley...
– Tu n'es pas possédé, Harry.
Le garçon observa Edward avec incrédulité.
– Je dis la vérité, insista Edward en comprenant qu'il allait devoir préciser sa pensée davantage pour le convaincre. Ils ne savent pas de quoi ils parlent, ils inventent des théories, c'est tout. Tu dois me croire.
– Tu sais ce qui arrive à Harry, n'est-ce pas ?
Hermione avait un air désapprobateur, comme si elle lui en voulait de n'avoir rien dit plus tôt.
– Oui. Mais je ne peux rien te —
– Ça me concerne ! J'ai Voldemort dans ma tête, et toi tu sais ce qu'il se passe, mais tu ne me dis rien ? J'ai besoin de savoir et que ça s'arrête ! Tu ne sais pas ce que ça fait de voir et de participer à ces massacres ! Qu'est-ce qui m'arrive ?
– On va arrêter tout ça, je te le promets. Les cours d'Occlumancie vont t'aider. Il suffit que tu travailles bien à fermer ton esprit et tout ira pour le mieux. Le lien que tu as avec Voldemort peut être brisé. Dumbledore, Envy et moi travaillons là-dessus depuis la fin du Tournoi des Trois Sorciers. On va faire stopper ces visions.
On toqua à la porte. La tête de Sirius passa dans l'entrebâillement.
– Eh bien, qu'est-ce qu'il te prend de crier... Oh ! Ed, je ne savais pas que tu étais de passage !
– J'allais te le dire quand tu es parti sans me laisser finir ma phrase, lui reprocha Remus, dans le couloir, avant d'apparaître dans l'encadrement de la porte. Nous pouvons passer à table. Edward, tu restes dîner, n'est-ce pas ?
– Je ne voudrais pas dér...
– Il y a du ragoût, argumenta Sirius.
–... anger. OK, je reste.
– Je savais que ça fonctionnerait.
Edward suivit les deux Maraudeurs dans le couloir, l'eau à la bouche. Impatient, il lança un regard en arrière à Hermione et Harry, qui lui firent signe qu'ils les rejoindraient très vite. Il haussa les épaules et descendit dans la cuisine, discutant avec entrain avec Sirius. Avant de le revoir, il n'avait pas eu conscience que le sorcier lui avait tellement manqué.
Attablé devant une assiette fumante dont il engloutit la moitié à grandes bouchées tout en discutant avec grand enthousiasme, il en vint presque à oublier la raison originelle de sa venue au quartier général. Il s'en souvint juste quand Harry et Hermione les rejoignirent comme si de rien n'était. Harry n'avait plus l'air en colère contre Edward, ce qui était un bon signe.
– Au fait, j'ai besoin de vos lumières à propos de quelqu'un. Est-ce que vous connaissez Gladpy ?
– Ah, la garde du corps d'Envy, soupira Sirius rêveusement. J'ai essayé de flirter avec elle quand on était encore à Poudlard. Elle n'était pas très intéressée.
– Ta mémoire te fait défaut, il me semble. D'après mon souvenir de ta tentative, tu l'as tellement poussée à bout qu'elle t'a lancé un maléfice de chauve-furie. Particulièrement bien lancé d'ailleurs. Tu as dû passer toute une après-midi à l'infirmerie.
– Tu mens !
– Tu sais bien que non, Sirius. Comment aurais-je pu oublier alors que tu t'en es plaint pendant des semaines après ça ? Tu étais insupportable.
Les trois jeunes sorciers pouffèrent de rire. Ils imaginaient parfaitement bien la froide Gladpy agir ainsi face au lourd importun.
– Comment elle était, à part cette romance avortée ? demanda Edward pour recentrer son investigation. Que pensiez-vous d'elle à l'époque ?
– Hum... Oh, tu sais, la rivalité Gryffondor/Serpentard a toujours existé. Ça n'a pas été différent avec elle. Même si Sirius a quand même eu un faible pour elle pendant longtemps.
– Gladpy était à Serpentard ? s'exclama Harry, éberlué. Je croyais que tous les Serpentards de votre promotion étaient devenus des Mangemorts !
– Ne fais pas d'amalgame, Harry, dit doucement Remus avec l'ombre d'un sourire amer. Il est vrai que la majorité des Serpentards de cette année sont entrés au service de Vous-Savez-Qui... Rogue, Avery, Rosier, Mulciber ou... hum...
– Tu peux dire son nom, tu sais, commenta Sirius d'un ton neutre. Regulus en faisait aussi partie.
– Ton frère ? voulut confirmer Harry.
– Oui, et il n'était pas le seul. Il y avait aussi les Malefoy dans les années supérieures, mais Remus a raison, tous les Serpentards ne sont pas des Mangemorts.
Remus ignora la touche de sarcasme dans la voix de son ami et poursuivit :
– Vous le savez peut-être, mais quand la guerre a vraiment commencé à s'infiltrer partout, même à Poudlard, de nombreux de nos camarades se sont engagés comme Aurors ou réservistes auprès du ministère. Sirius, James, Lily, les Londubat et moi par exemple. Gladpy en faisait partie. Je crois bien qu'elle était la seule Serpentard à avoir osé mener une carrière d'Auror par les temps qui couraient.
– Cette fille a toujours eu du cran, ajouta Sirius, plongé dans ses souvenirs. Personne ne l'impressionnait. Pas même Maugrey, qu'elle avait comme instructeur ! Pourtant il en a déjà fait fuir un paquet, des têtes brûlées. Elle était féroce à l'époque.
– Elle l'est toujours, confirma Hermione avec un sourire en coin.
– C'est la meilleure Tireuse de Baguette d'Élite que j'ai jamais rencontrée. Froide comme un iceberg, précisa Sirius. Mais terriblement efficace. J'ai failli me retrouver à être son coéquipier, mais elle préférait travailler seule, alors elle m'a larguée sur plusieurs missions de routine. De tous ceux de notre promotion, elle était la plus motivée. Elle travaillait jour et nuit pour devenir la meilleure. Une vraie bosseuse. L'exemple type du Serpentard ambitieux.
– Elle est devenue plutôt proche des Londubat dans les années 80, se remémora Remus. Il me semble même que Lily et James l'ont mentionné comme une amie. Enfin c'était avant qu'ils doivent quitter le front pour se cacher de Vous-Savez-Qui.
– Gladpy connaissait mes parents !
– Plus ou moins bien. Ils étaient collègues pendant près de trois ans. La guerre a dû les rapprocher, je pense, tenta Remus.
– Avec tout ce que vous me dites, je me demande vraiment pourquoi elle n'est pas membre de l'Ordre, dit Edward. On lui a confié la protection d'Envy, elle est digne de confiance pour combattre les Mangemorts, alors qu'est-ce qui nous empêche de la recruter ? Ce serait tellement plus simple qu'elle sache. Elle pourrait même nous être utile. Une alliée de plus au ministère ne nous ferait pas de mal.
Il se posait cette question depuis un bon moment, sans savoir à qui demander des réponses.
– C'est une excellente question. L'occasion ne s'était pas présentée auparavant, mais maintenant qu'elle est 24 h/24 avec Envy, ce serait peut-être le moment de lui proposer de rejoindre l'Ordre. Ça permettrait aussi à Sirius de retenter sa chance s'il ne tient pas tant que ça à la vie.
– On parie quelques Gallions que je séduis Gladpy, Lunard ?
– Hors de question. Je ne voudrais pas voler ton argent, Patmol.
