TW : Mention d'expériences dégoûtantes sur un être vivant.
Chapitre sept : Un monde qui s'écroule
D'un geste de baguette sûr, Scrimgeour extirpa le contenu de la prophétie pour le laisser glisser dans la Pensine de Dumbledore, posée au centre de la table.
Dès que le fin filet argenté toucha le fond de la bassine en pierre, un phénomène inattendu survint.
Une lumière aveuglante explosa hors de la Pensine, obligeant tous les spectateurs à brusquement reculer, les bras protégeant vainement leurs yeux de l'agression. Tous excepté Envy et Edward, qui assistèrent au mouvement de panique sans comprendre. Avant d'avoir pu réagir, un million de voix s'échappèrent de la source lumineuse :
– Le temps vient pour toi d'embrasser ta Destinée, Edward Elric... Tu failliras au devoir qui est le plus cher à ton cœur... Bientôt, Envy annihilera le Seigneur des Ténèbres... Il fusionnera avec lui pour ne faire plus qu'un... Un nouveau Seigneur des Ténèbres plus puissant verra le jour et régnera sur le monde de la Magie... Pour trouver la force de combattre les ténèbres régnant au sein de l'ami qui t'est précieux, tu devras d'abord acquérir le pouvoir du cœur... La victoire ne sera possible qu'avec un sacrifice... N'aie crainte... Les armes dont tu auras besoin, tu les possèdes déjà... Mais prends garde... Trahison et Mort guettent... Elles viendront de la main d'un ami... Sois prêt...
Les voix moururent dans un murmure angoissant répétant inlassablement ce dernier conseil. La lumière s'éteignit. Un silence de mort tomba sur les membres de l'Ordre. Tous les regards s'étaient posés sur Envy, qui fixait la Pensine avec horreur. Il osa croiser le regard tout aussi horrifié d'Edward près de lui.
– Je... C'est faux... Je ne veux pas devenir le nouveau Seigneur des Ténèbres. Je... Je ne vais jamais te tuer ! Ed… Je comprends rien. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça doit forcément être un message codé.
– Je crois bien que la seule partie de cette prophétie qui fait sens, c'est celle qui annonce que tu vas remplacer Voldemort tôt ou tard, répondit Edward d'une voix blanche. Mais ça n'a aucun sens ! Pourquoi nous aurait-il envoyés ici pour tuer Voldemort s'il savait que tu finirais par le remplacer ?
– Qui est G.O.D., demanda soudain Dumbledore fermement. J'exige une réponse, Edward. Vous avez gardé ce secret trop longtemps. Cet homme n'est pas notre allié.
– Si !
– Il a prédit la naissance et le retour de Lord Voldemort et n'a rien fait pour l'en empêcher. Il a envoyé à l'Ordre du Phénix celui qui semblerait être le successeur du plus grand Mage noir n'ayant jamais vécu. Cet homme n'est pas notre allié, répéta fortement Dumbledore, approuvé par les sorciers autour de lui.
– Mais avez-vous écouté le message qu'il vient de nous transmettre ? Il dit qu'il y a un moyen de lutter ! Que je peux lutter contre ses « ténèbres » ! Il dit que je vais réussir à remettre Envy sur le droit chemin !
– Non... Il n'a pas dit ça, murmura Envy soudain en fermant les yeux.
Edward voulut le rabrouer pour l'interrompre alors qu'il prenait sa défense, mais l'expression extrêmement douloureuse qu'il vit l'arrêta.
– Tu te souviens ce qu'il m'a dit l'an dernier après que Voldemort soit revenu à la vie ? Il a dit que j'allais mourir avant la fin. Il a dit que tu serais celui qui tuerait le Seigneur des Ténèbres. Et s'il ne parlait pas de Voldemort ? Et s'il... voulait dire que tu aurais à me tuer ? Mais... ça veut dire... Que tu... ? Je ne peux pas survivre sans toi, comme tu ne peux... C'est... la même chose qu'avec Harry et... Voldemort...
La logique d'Envy faisait atrocement sens avec les indices sibyllins que la Vérité avait semés au fil de leurs conversations. À l'époque, Envy avait été terrifié après avoir entendu qu'il finirait par causer la mort d'Edward et en avait suivi une période de grand doute, de surprotection et d'éloignement lors des débuts de leur cohabitation à Goldrop. Edward l'avait rassuré plus tard en disant qu'ils avaient forcément à mourir à la fin, pour recevoir leur Échange équivalent. Mais il avait faux sur toute la ligne. Envy avait eu raison en pensant que la Vérité lui avait déjà donné son Échange équivalent en le transformant peu à peu en humain.
Quand il deviendrait mortel, quand ses deux âmes restantes seraient libérées de son corps, Edward le tuerait. À cause de leur Porte et de leur Sort commun, Edward en mourrait. Cependant... lui n'avait pas encore reçu son prix en échange de la mission...
Envy reprit pied dans la réalité quand le ton monta entre les différents protagonistes qui débattaient sur le comportement à adopter. Ils décidaient sûrement s'il fallait tuer Envy dès maintenant pour éviter le pire.
– Ce débat n'a même pas lieu d'être ! explosa Edward en se plaçant devant Envy pour faire barrière. On ne peut tout simplement pas enfermer Envy pour quelque chose qu'il n'a pas fait, et qu'il pourrait ne jamais faire !
– Pouvons-nous réellement prendre ce risque ? asséna Doge. Ce garçon, ou quoi qu'il soit, n'est même pas humain ! Comment pourrions-nous lui faire confiance ?
– Vous lui avez déjà fait confiance en faisant en sorte qu'il soit nommé Serviteur ! Il a combattu l'ennemi plus que vous ne l'avez jamais fait ! Il a sauvé des vies ! Il a sauvé Harry Potter, nom d'un chien ! Eh non, n'osez même pas me demander de me calmer parce que je ne le ferai pas ! Vous n'êtes qu'une bande d'hypocrites ! Vous dites combattre le Mal, mais vous agissez comme des Mangemorts !
– Et tu agis comme un enfant ! tonna Scrimgeour. Nous parlons de prendre des précautions pour sauver des vies. C'est le but de notre organisation ! Nous ne pouvons décemment pas ignorer les avertissements d'une personne qui a déjà prédit avec succès le retour de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Ce serait de la folie !
– Trahir vos meilleurs alliés dans cette guerre, ça, ça serait de la folie ! Et faire confiance à ces prédictions ? Alors qu'à peine tout à l'heure Dumbledore disait que celui qui les a faites n'est pas digne de confiance ? Vous retournez si vite votre veste que c'en est ridicule ! Faites un choix. Faire confiance à Envy, qui lutte activement à vos côtés, ou un inconnu, qui n'agit pas et que vous ne connaissez même pas.
L'argument toucha tout particulièrement Dumbledore et Lovegood. Mondingus et Doge, eux, n'avaient toujours pas l'air convaincus et zieutaient Envy avec méfiance.
– Envy est le seul rempart qu'il reste entre Malefoy et le pouvoir, continua Edward avec un calme retrouvé. Vous ne pouvez pas ignorer ça, au moins. Envy a besoin de votre aide. Vous devez empêcher qu'il soit arrêté et pour ça, nous devons riposter maintenant contre Skeeter, Thickness et Malefoy en leur mettant des bâtons dans les roues. Ne laissez pas cette prophétie semer plus de discorde et de peur qu'elle n'en fait déjà dans les rues. C'est exactement ce que Voldemort veut. Provoquer une chasse à l'homme pour qu'Envy se fasse tuer. Parce qu'il a peur de ce que cette prophétie pourrait contenir. Il a peur d'apprendre sa défaite.
– Et il semblerait qu'il ait raison d'avoir peur, marmonna Doge.
Le dos courbé par son naufrage fulgurant, Envy poussa un long soupir fatigué en se laissant tomber dans une chaise.
– Je ne veux pas vous trahir, je le jure sur tout ce que j'ai. Mais si la prophétie venait à se réaliser, vous devrez me tuer. Si tu as le moindre soupçon... N'hésite pas. Je ne supporterai pas de te faire du mal, ajouta-t-il sans ciller alors qu'il maintenait désespérément le contact visuel avec Edward.
– Comment est-ce que tu peux me demander une chose pareille ?! Je ne te tuerai pas !
– Il faudra bien que quelqu'un le fasse.
– Ce n'est pas à l'ordre du jour, conclut finalement Scrimgeour, qui avait apparemment enfin entendu raison. Elric a raison sur un point : nous ne pouvons pas laisser Malefoy gagner plus d'influence. Nous allons faire en sorte de court-circuiter l'enquête du ministère et de contrer la diffusion des idées de la Gazette. En attendant, vous allez tous les deux retourner à Poudlard et vous faire oublier pendant que l'on essaiera d'empêcher les éventuelles fuites quant à votre... apparence. La réunion du Conseil ne tardera pas à arriver à son terme et le ministère aura besoin de vous contacter très prochainement. Ne risquons pas de leur faire croire que vous avez fui le pays en vous retenant ici plus longtemps. Gladpy doit vous attendre impatiemment.
On ne leur laissa pas vraiment le choix. Ils s'en allèrent par cheminette, laissant la prophétie derrière eux après que Dumbledore ait demandé à la garder pour l'étudier.
– Que doit-on faire d'Envy ? demanda Doge. Il est dangereux et cette prophétie... J'aurais tendance à lui donner plus de crédit qu'à lui... J'en ai vu dans ma carrière, des sorciers à se laisser corrompre par le pouvoir. On lui en a trop donné et il pourrait très bien basculer...
– Envy a déjà le contrôle du monde sorcier, fit remarquer Lovegood. Que pourrait-il vouloir de plus ? Il ne m'a pas l'air de désirer plus de pouvoir qu'il n'en a aujourd'hui. Laissez-lui une chance de montrer que cette prophétie est une erreur.
– Il m'étonnerait beaucoup qu'elle soit une erreur, commenta Dumbledore en observant l'orbe rempli de fumée dans sa main. Cependant, elle peut avoir une signification différente que celle que nous avons comprise à notre première écoute. Il y a de nombreux flous dans son discours et encore davantage de passages prêtant à des interprétations contraires. Je vais l'étudier de près afin de démêler le vrai du faux.
– Et pour G.O.D. ? questionna Scrimgeour. Nous n'avons pas le moindre indice sur son identité.
– Oh, je ne dirais pas cela, Rufus.
Dumbledore avait une myriade de nouvelles idées qui ne demandaient qu'à être vérifiées, dont une qui le tiraillait depuis quelques mois sans qu'il ose s'y attarder, la pensant trop incohérente pour être vraisemblable. Il ne l'avait pas formulé à haute voix plus tôt, car il savait que ni Edward ni Envy n'y répondrait. Toutefois, il avait eu une épiphanie en s'interrogeant sur un moyen de connaître l'intérieur de leurs pensées. Il se demandait pourquoi il n'y avait pas pensé plus tôt.
Qui était entré dans leurs esprits auparavant ? Qui savait ce qui se cachait au plus profond de leurs âmes ? Qui accepterait de lui répondre, qu'importe si les réponses étaient délicates ou non ? La réponse se trouvait sous son nez depuis le début, sans qu'il la voie.
Maintenant, il comptait bien rectifier son erreur.
– La situation est sous contrôle, annonça McGonagall, debout derrière son pupitre alors qu'elle lançait un regard circulaire aux élèves assis dans la Grande salle. Je peux vous assurer que les barrières mises en place par le ministère de la Magie sont de la meilleure qualité qui soit. Les créatures du lac ne pourront pas poursuivre leur avancée vers le château. Tout est sous contrôle. Vous êtes en sécurité.
La directrice se rassit à la table des professeurs tandis que les élèves commençaient leur repas dans un brouhaha infernal. Toutes les conversations tournaient autour du même sujet : le lac noir. Peu avant midi, alors que tout le monde était encore occupé à parler de l'article phare de la Gazette sur Envy, l'alerte avait été donnée qu'une nouvelle vague d'attaque prenait lieu dans le parc. Des Aurors en patrouille s'étaient dépêchés de s'y rendre pour vérifier les dégâts, et n'avaient pas été déçus par le spectacle.
Si les selkies et calmar géant avaient été retirés du lac, le reste de la faune aquatique ne l'avait pas été, et il semblerait que c'eut été une grossière erreur de la part des magizoologistes de ne pas les considérer comme des menaces. À cause de cela, une grande partie du parc était désormais assiégée par Strangulots, serpents et crabes magiques et une ribambelle d'autres créatures vénéneuses, dangereuses et enragées. Elles étaient dans le même état de rage incontrôlable que les selkies, si bien que les élèves avaient craint qu'une brèche se forme et libère les créatures déchaînées dans le château.
Le traumatisme des précédentes attaques demeurait frais dans la mémoire collective. Plusieurs élèves, à bout de nerfs, allèrent voir leurs directeurs de maison pour demander à quitter Poudlard. Bientôt, il ne resterait plus aucun élève au château, si la situation n'évoluait pas.
Edward ne savait pas comment retrouver le médaillon. Il était perdu quelque part au fond du lac gelé, sans possibilité d'utiliser un simple Accio ou sortilège de localisation —
– Oh non, murmura Edward en levant les yeux au plafond.
Les chouettes et hiboux venaient de débouler dans la Grande Salle. Ça ne pouvait signifier qu'une seule chose : une édition spéciale de la Gazette du Sorcier. Il avait déjà sa petite idée du thème abordé dans les gros titres. Heureusement qu'Envy n'était pas venu dîner dans la Grande Salle ce soir, trop occupé à récupérer d'un après-midi d'interrogatoire au ministère. Edward n'avait pas insisté pour connaître les détails des évènements, Envy avait paru trop épuisé par sa journée et il savait qu'il aurait toutes les informations le lendemain, quand les choses se seraient tassées.
Ce dernier point était hautement compromis.
Il y eut des exclamations autour de lui alors que les premiers volatiles atterrissaient pour distribuer leurs journaux. Edward déposa hâtivement une noise dans la bourse d'une chouette près de lui et lui prit la Gazette qu'il déplia impatiemment.
Ce qu'il craignait était devenu réalité. Le cliché d'un gros plan de l'œil inhumain d'Envy faisait la Une, entouré de divers titres tapageurs et alarmistes. Il se rendit directement au premier article, Luna penchée sur son épaule avec un regard inquiet.
« Magie Noire et Monstruosité ! par Rita Skeeter.
L'horreur frappe le monde des sorciers d'une manière plus sournoise en ce jour sombre. Notre Serviteur suprême de la Sorcellerie n'est pas celui qu'il voulait nous faire croire. Ce matin, suite au scandale de la prophétie suspecte et des pots de vin et menaces, Envy Serégo-Alighieri s'est rendu au ministère, visiblement dans le but de retirer la fameuse prophétie du Département des Mystères pour la faire disparaître et certainement nier les faits par la suite. Cependant, sa visite éclair ne s'est pas passée selon ses plans, et après avoir été pris dans une bousculade, la frayeur a secoué nos photographes. Le cliché présenté ci-dessus n'est pas un truquage. Voici le véritable visage monstrueux se cachant sous des allures d'innocence !
Notre expert en magie noire parle : « Cette apparence ne laisse place à aucun doute : ceci est le regard d'un adepte de magie noire. Pire que cela, cet oeil prouve que ce sorcier utilise régulièrement, et ce depuis des années, la magie la plus noire et néfaste qui soit. Je ne serais de loin pas étonné qu'il cache bien plus de honteux secrets sous quelques glamours. Sa véritable apparence ne doit pas être plus humaine que l'est cet oeil monstrueux. »
Des preuves visibles dans l'environnement vicié d'E. S.-Alighieri ont été relevées par un magizoologiste ayant enquêté à Poudlard sur les attaques ayant fait plusieurs victimes graves chez les élèves (voire articles colonnes une et deux en page 3). Notre témoin affirme que le lac noir (point d'origine de ces attaques) présentait une dose de magie noire très puissante. La seule explication logique qui puisse donner un sens à la présence d'une telle magie soit celle d'expériences du suspect pour parfaire sa technique malfaisante.
Les neuf experts en magie noire que nous avons interrogés adhèrent à cette thèse et tiennent le même discours alarmant. Combien de témoignages seront encore nécessaires avant que les autorités compétentes agissent pour notre sécurité à tous ? Ah oui, ce monstre est la plus haute autorité de notre communauté magique entière ! Sorciers et sorcières de tout âge, de toute croyance et de toute origine, nous devons agir avant que ce tyran ne prenne le contrôle total sur notre monde ! »
– Oh mon pauvre Envy, balbutia Luna. Comme si ce n'était pas déjà assez difficile pour lui avec ce qu'il s'est passé ce matin ! J'espère que papa pourra publier demain.
Edward approuva. Il voyait très clairement où Skeeter voulait en venir. Elle y allait étape par étape, mais il était clair à présent qu'elle allait bientôt présenter Envy comme le nouveau Seigneur des Ténèbres. Si elle mettait la main par quelque moyen que ce soit sur la prophétie, c'en serait fini d'Envy. Mais après tout, elle pouvait aussi très bien inventer comme elle le faisait depuis son premier article. Ça sentait mauvais.
– Harry n'a pas l'air de se sentir très bien, remarqua Luna en hissant le cou vers la table des Gryffondors que le garçon longeait en trottant, Ron et Hermione juste derrière. Tu crois qu'ils vont voir Envy ?
– C'est vraiment pas le moment d'aller l'assommer de questions idiotes, grommela Edward en se levant pour partir à leur poursuite.
Il les rattrapa dans le hall désert.
– Attendez ! Où est-ce que vous allez comme ça ?
– Je veux voir Envy, rétorqua Harry froidement. Pour des explications.
Edward poussa un soupir à fendre l'âme. Ça l'aurait étonné.
– Envy a eu une journée merdique, c'est pas la peine d'en rajouter une couche. Qu'est-ce que tu veux lui demander ? Si ce que Rita-Je-Mens-Comme-Je-Respire-Skeeter a écrit est vrai ? Tu la connais et tu connais Envy, non ?
– Est-ce que tu as vu cette photo ? répliqua Harry en la lui collant sous le nez, entre la colère et l'angoisse. Ed, tu as vu ça ? Moi, c'est pas la première fois, et la dernière, c'était quand j'étais nez à nez avec Voldemort dans le cimetière !
Ils se figèrent tous. Ron était passé au vert. Hermione cachait sa bouche grande ouverte derrière sa main. Apparemment, Harry ne leur avait pas donné la raison de son départ précipité.
– Tu plaisantes ? chuchota Ron en secouant les mains dans tous les sens.
Son meilleur ami secoua la tête.
– Je veux le voir, maintenant.
Personne n'aurait pu l'arrêter ni le raisonner, alors ils décidèrent de le suivre jusqu'aux appartements d'Envy dans un silence pesant. Préférant entrer le premier pour vérifier qu'Envy était d'attaque pour un nouveau procès, Edward fut celui qui frappa à la porte. Elle s'entrouvrit sur Gladpy dont le visage se relaxa aussitôt avec un immense soulagement.
– Merci Merlin, vous êtes exactement la personne qu'il me fallait.
Elle l'attrapa par le bras et le tira brusquement à l'intérieur. N'osant pas se débattre ou protester, Edward se laissa entraîner docilement alors que derrière eux, le trio entrait timidement, pas sûr que Gladpy les ait invités à entrer, ou même qu'elle ait remarqué leur présence. Eux, pourtant, remarquèrent aussitôt la silhouette d'Envy recroquevillée dans un fauteuil, le visage caché entre ses bras.
– Il est prostré depuis tout à l'heure, expliqua Gladpy en le désignant du menton. Je n'arrive pas à lui extirper le moindre mot.
– Il a lu la Gazette ?
Gladpy ne parut pas comprendre, alors elle enchaîna :
– Il a reçu une lettre du ministère il y a une demi-heure et depuis il est dans cet état. Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'ils lui veulent cette fois.
Edward lui donna sa Gazette pour s'en débarrasser tout en approchant prudemment du principal concerné.
– Envy ?
Celui-ci sursauta violemment et se déploya comme un ressort pour faire face à son visiteur.
– Ed ! Ils savent ! Au ministère, ils ont pris une photo ! Ils veulent me faire passer des tests pour savoir si j'utilise de la magie noire.
– Ça tombe bien puisque tu n'en as jamais utilisé, répliqua Edward avant de froncer les sourcils. Tu n'en as jamais utilisé, hein ?
– Quoi – Non ! Tu comprends pas ? Ces tests, ils ne fonctionneront pas sur moi, et ils découvriront le pot aux roses. Ils verront que je ne suis pas humain !
– Quoi !
Envy tourna brutalement la tête vers la source de l'exclamation choquée. Ses yeux s'agrandirent de frayeur en voyant ses amis à l'autre bout de la pièce, tous affichant divers degrés de choc. Il ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois sans pouvoir formuler le moindre mot.
– Tu n'es pas humain ? demanda Ron, raide comme un piquet. Mais... t'es quoi dans ce cas ? T'es quand même pas un vampire finalement ?
– Quoi ?
Edward fixa Ron en clignant des yeux. Un vampire ? Finalement ? De quoi parlait-il ?
– Quand tu vous êtes arrivés à Poudlard, nous avons cru qu'Envy n'était pas... totalement humain, expliqua Hermione, ébranlée. C'était... vrai ? Tes pouvoirs, et tes crises, ça vient de là ?
À la mention des crises, Gladpy fut encore plus attentive qu'avant, tout aussi choquée d'apprendre la vraie nature de son protégé. Envy aurait dû se douter qu'elle était dans la pièce quand il avait lâché cette bombe ! Pourquoi n'avait-il pas tenu sa langue ?
En y regardant de plus près, Envy semblait en état de choc depuis l'arrivée de cette lettre du ministère. S'il avait si peur d'être découvert, pourquoi criait-il sur tous les toits qu'il était différent ?
– Réponds quelque chose ! dit Harry lorsqu'il perdit patience.
– Je vous en supplie, ne dites rien à personne, implora Envy en sautant hors de son fauteuil pour s'approcher de ses amis. Oh mon dieu, je suis désolé. Tellement. Je... Je ne sais pas... Ed, aide-moi... S'ils l'apprennent, qu'est-ce qui m'arrivera ? Ed…
Tremblant de tous ses membres, Envy tourna ses yeux humides vers Edward.
– Ça va recommencer, chuchota-t-il d'une voix cassée. Quand ils sauront, ils vont m'enlever tous mes droits, me séparer de toi, me traiter comme un animal et... m'utiliser comme cobaye dans leurs laboratoires... Ed, je ne supporterai pas ça... Pas encore une fois... Plus dans une cage... Plus jamais... Leurs expériences... Non...
Envy éclata en sanglots compulsifs alors qu'il se recroquevillait à même le sol, le visage caché contre ses genoux et ses bras enroulés autour de sa tête. C'était un cauchemar. Ça ne pouvait pas être réel. Ça ne pouvait pas recommencer. S'il finissait dans une cage comme avant, il n'y survivrait pas. Pas cette fois. Leurs aiguilles, leurs seringues, leurs scalpels, leurs électrochocs... Toutes leurs expériences pour le décortiquer, profitant de son pouvoir de régénération. Il ne pouvait pas...
Des bras se refermèrent autour de lui et il s'accrocha avec la force du désespoir à la robe d'Edward.
– Je t'ai attendu si longtemps la dernière fois. Des mois. Je tiendrai pas cette fois. Je tiendrai pas..., sanglota-t-il contre son épaule. Je préfère mourir plutôt que de retourner en cage.
– Tu n'y retourneras pas. Je te le jure, Envy. La dernière fois, je ne t'ai pas laissé tomber et je ne compte pas le faire de sitôt.
– Malgré la prophétie ? cracha Envy. Je me hais tellement... Tellement... Si tu savais... Si seulement j'étais humain... Si seulement...
Il ne méritait pas de vivre alors qu'il allait trahir ses amis, qu'il allait devenir le nouveau Seigneur des Ténèbres. Mais il ne méritait pas non plus de finir dans une cage en verre, à attendre la prochaine expérience qui le découperait en morceaux, qui mettrait ses organes à l'air libre pour mieux les examiner à la loupe.
– On va trouver une solution, le rassura Edward. Dumbledore trouvera un moyen. Et personne ne trahira ton secret. Ni Harry, ni Ron, ni Hermione, ni Gladpy. Personne, tu m'entends ? Nous te protégerons. On ne laissera personne te faire de mal.
Envy releva son visage rougi par les larmes pour dévisager le trio par-dessus l'épaule d'Edward.
– Ils ont peur de moi.
– Envy, tenta faiblement Hermione, les larmes aux yeux. Nous sommes juste... nous sommes... surpris... Mais nous ne te trahirons jamais. Tu es notre ami, qu'importe si tu es humain... ou non.
Ron hocha vivement la tête, l'air déterminé, une fois le choc passé. Envy se tourna légèrement vers Harry, qui paraissait honteux et ne dit rien.
Edward se sépara d'Envy, tous les deux toujours à genoux au milieu du salon, mais ne le lâcha pas complètement. Il avait l'air plutôt inquiet et Envy se retint de rouler des yeux. À la place, il s'essuya les joues en retenant une nouvelle salve de larmes. Il était toujours aussi terrifié, mais il se sentait tellement humilié de s'être laissé aller de la sorte devant témoins. Edward passait encore, il l'avait vu au plus bas, mais les autres... Que devait penser Gladpy ? Allait-elle garder son secret ?
Il la jaugea du coin de l'œil. Son expression était ombragée, profondément perturbée, mais il ne voyait ni peur, ni haine, ni dégoût. C'était un bon début... Non ? Elle dut sentir l'attention qu'il lui portait puisqu'elle baissa le regard sur lui.
– Ce sont des moldus qui vous ont fait subir ça ? demanda-t-elle de but en blanc.
– Pardon ?
– Les expériences dont vous avez parlé. Qui vous a fait du mal ?
Cette fois, il perçut de la colère sous son ton contenu.
– Hum... C'est une longue histoire ?
– Je ne pense pas me tromper en disant que nous avons tous très envie de l'entendre, répondit Gladpy en s'asseyant sur son tabouret habituel près de la cheminée.
Peu sûr de l'attitude à adopter, le trio opta finalement pour imiter l'Auror et ils se serrèrent sur le canapé, plein d'attente et de crainte à l'idée d'entendre une telle histoire qui promettait de l'horreur et du chagrin. Envy les regarda faire avec la boule au ventre. Il n'avait aucune envie de raconter ce récit. Surtout pas dans ces conditions. Il chercha du soutien chez Edward, qui haussa simplement les épaules. – C'est à toi de décider, chuchota-t-il. Si tu veux, je les jette dehors avec un coup de pied au cul.
Les lèvres pincées d'Envy esquissèrent un vague sourire. Rassuré d'avoir le soutien de son ami, il s'assit dans son fauteuil en remuant d'inconfort. Après tout, ils méritaient une explication de sa part. Ils étaient ses amis. Même Gladpy, s'il était honnête envers lui-même. Et puis il avait Edward à ses côtés. Il l'aiderait.
– Il y a presque trois ans, j'ai été fait prisonnier de guerre.
Edward se plaqua la main contre le front. Il aurait pu trouver une meilleure amorce, c'est vrai. Le trio était assez traumatisé comme ça. Mais il n'avait rien trouvé de mieux pour décrire sa situation.
– Je... C'est vraiment compliqué..., se plaignit-il en se tournant vers Edward.
– En gros, il y a eu cette guerre, résuma celui-ci en faisant des gestes approximatifs ne signifiant rien du tout avec ses mains. D'un côté, l'armée dirigée par un dictateur qui était de la même... euh... « espèce » qu'Envy. Avec Envy dans ses rangs. De l'autre, la résistance, qui voulait renverser le dictateur. Ce qu'il faut préciser, c'est que les membres de la résistance étaient les seules personnes à savoir qu'Envy et quelques-uns des membres du gouvernement n'étaient pas humains. C'est important pour la suite. Et aussi, la majorité des membres de la résistance faisaient également partie de l'armée.
– C'était plutôt compréhensible au début, mais là tu vas les embrouiller, se moqua Envy en se détendant visiblement en terrain connu. Faisons plus simple. Il y a mon camp, qui dirige le pays dans l'ombre, sans que personne soupçonne que nous ne sommes pas humains. De l'autre côté, il y a le camp d'Ed, un groupe hétéroclite de militaires et de civiles qui ont découvert notre secret.
– Oh ! s'exclama Hermione en ouvrant grand les yeux. C'est pour ça que tu as envoyé Ed à l'hôpital la première fois que tu l'as rencontré !
Harry et Ron se remémorèrent l'anecdote eux aussi puisque leurs visages affichèrent la même compréhension subite.
– Mais attendez... Ed n'était pas poursuivi par un tueur en série à cette époque ? dit Harry.
– Ne compliquons pas plus les choses ! lâcha Edward en sentant la migraine poindre.
– Eh, mais je comprends plus rien, intervint Ron à son tour. Tu nous as dit que tu étais censé le protéger et que tu l'as quand même envoyé à l'hôpital ! Ça n'a aucun sens ! Si vous étiez dans des camps ennemis, pourquoi tu aurais dû le protéger ?
Envy soupira en s'affalant dans son fauteuil.
– Je devais le protéger parce qu'on était intéressés par ses pouvoirs.
– Sa magie, tu veux dire ? voulut confirmer Harry.
– Ouais, mentit Envy pour ne pas entrer dans des explications trop compliquées. Du coup, on m'a affecté à sa protection. Ou surveillance plutôt. C'est pour ça que je l'ai sauvé à notre rencontre. Mais je lui ai cassé la figure parce qu'il est insupportable. Bref. On en était où ?
– Les deux camps. Toi qui soutiens la dictature et Ed qui la combat, résuma Hermione de façon étonnamment concise.
– Je ne soutenais pas vraiment la dictature, nuança Envy. Je n'avais pas le choix. Ma famille m'y obligeait.
– Ta famille ?
– J'aurais pas dû dire ça, soupira-t-il en passant une main lasse dans ses cheveux. J'avais une famille, oui, avant de découvrir les Alighieri. Mais je préférerais ne pas trop parler d'eux en détail.
– Revenons à nos dragons, avertit Edward en ramenant l'attention sur lui pour laisser un peu de répit à Envy. Pour faire simple — oui, vraiment cette fois —, la résistance a gagné. Tous les membres du camp d'Envy ont été tués par mes alliés et l'un d'eux — un général très important — a repris les rênes du pays.
– Et Envy dans tout ça ?
– On a essayé de me tuer pendant la bataille finale, dit Envy sombrement en pensant à Mustang. Mais... Vous connaissez Ed... Même si on était en guerre, il voulait quand même éviter les morts. Alors il a débarqué, comme une fleur, et m'a fait épargner.
Edward grimaça en pensant à la suite.
– Mais bon, Ed est stupide, alors au lieu de me garder près de lui pour me surveiller, il est reparti combattre en me laissant derrière. La résistance m'a chopé et emprisonné. Quand les combats ont cessé et qu'il a percuté ce qui s'était passé, c'était trop tard. J'étais prisonnier du nouveau gouvernement. On m'avait... enfermé...
Plongé dans ses souvenirs cauchemardesques, Envy se tut.
– J'ai demandé une audience, continua Edward pour faire diversion. J'ai plaidé en faveur d'Envy, il n'était plus une menace, les combats l'avaient tellement affaibli qu'il était à peine en vie. Mais ils n'ont rien voulu entendre.
– Tu n'imagines pas à quel point j'ai été surpris de te voir à ce procès, avoua Envy tristement. J'y croyais pas. Franchement, tu étais très convaincant et dans d'autres circonstances, ça aurait pu fonctionner. Mais là... C'était hors de question pour eux. Ils avaient peur de moi. Ils devaient me garder sous surveillance et apprendre comment je fonctionnais avant de m'exécuter.
– C'est affreux, souffla Hermione, les lèvres tremblantes. Comment ont-ils pu faire ça à un autre être vivant ? C'est... inhumain.
– Heureusement qu'il reste des gens bien dans tout ça, accorda Envy en zieutant furtivement Edward. À la fin du procès, quand ils ont annoncé la sentence, Ed m'a promis de me libérer. C'est la seule chose qui m'a permis de tenir quand ils... pendant tout ce temps.
– Combien de temps ont-ils passé à te... t'étudier ? demanda Harry d'une petite voix.
Envy ne savait même pas. Ça avait été trop long et fastidieux pour lui de ne garder ne serait-ce qu'une pensée cohérente. Edward dut répondre :
– Six mois.
Le trio et Gladpy retinrent leur souffle. L'Auror paraissait révoltée. Il avait eu raison de lui accorder sa confiance. Il savait qu'elle était de son côté malgré tout.
– T'as pas eu la vie facile non plus d'après ce que j'ai compris, nota Envy d'un ton neutre.
– Ils ont essayé de me détourner de mon objectif plusieurs fois. Quand ils ont compris que je ne lâcherai rien, ils sont passés au niveau supérieur. Mais il en faut beaucoup pour se débarrasser de moi.
– Ils ont essayé de te tuer, j'ai pas raison ?
– Sérieusement, les gars, vous n'êtes pas sérieux, répéta Ron. Sérieusement...
Edward lâcha un petit souffle amusé.
– Oui, on est on ne peut plus sérieux. Mais c'est pas comme vous l'imaginez. Ils n'ont pas engagé des assassins ou quoi que ce soit que je n'aurais pas pu éviter. J'étais encore vu comme un héros et ça aurait fait une mauvaise pub que je meure dans des circonstances suspectes. Ils ont seulement préparé des mises en scène pour que ça paraisse comme des accidents.
– « Seulement ».
– Oui, Envy. « Seulement ». Tu veux qu'on revienne de ton côté de l'histoire ?
– Pas vraiment. J'ai rien à ajouter. En plus je crois qu'on a fait le tour de la question. Vous savez ce qui s'est passé et pourquoi et comment et par qui. Voilà. Contents ?
– On ne sait pas comment vous vous en êtes sortis !
– Ni comment vous êtes arrivés à Poudlard !
– Ou comment vous avez appris pour votre magie !
– Vous pouvez pas nous laisser avec ce suspense !
– On est en vie, non ? rétorqua Envy, désabusé et sa peur complètement oubliée. Vous abusez un peu là.
Le trio ne comptait pas lâcher l'affaire. Envy poussa un soupir dramatique.
– Ed s'est enfin bougé les miches et est entré par effraction dans les locaux militaires où j'étais enfermé, il m'a fait sortir, on a fui la ville. Fin de l'histoire. Rideau.
– T'as fait ça !
– Err… J'avais pas vraiment d'autre alternative et pas de temps, bredouilla Edward.
– Comment vous êtes arrivés à Poudlard alors ? Vous avez fui le pays pour venir directement en Grande-Bretagne ?
– Quelque chose du genre...
– Et pour votre magie ? Ed le savait déjà, puisque tu devais le surveiller. Mais et toi ? Tu le savais avant ? Je croyais que tu l'as découvert très récemment ? intervint Hermione sans respirer. Il me semblait que vous ne saviez pas que vous étiez des sorciers avant longtemps.
– C'est une histoire pour une autre fois, conclut fermement Gladpy en regardant l'horloge du salon. C'est bientôt l'heure de votre couvre-feu. Vous feriez bien de retourner dans vos dortoirs. La journée a été longue et la prochaine le sera tout autant. Envy a besoin de repos.
Il lui envoya toute sa gratitude mentalement. Il ne rêvait que de plonger dans son lit douillet pour oublier cette horrible journée.
