TW : Violence, meurtre.


Chapitre onze : Adieu, Poudlard !


Couché devant la cheminée, Envy expira longuement en tournant les yeux vers la silhouette pelotonnée dans un coin du canapé, un livre sur les genoux et le visage concentré sur sa lecture. Aujourd'hui, Envy avait réussi, pour la première fois, à faire apparaître un Patronus corporel. Le magnifique phénix argenté en avait étonné plus d'un. Gladpy s'était grandement réjouie (à sa façon) de son succès tardif. Edward également l'avait chaudement félicité et ils avaient fêté cette réussite autour d'un bon repas et de quelques bièraubeurres dans ses appartements.

Depuis la rentrée deux semaines auparavant, c'était bien l'un des seuls événements purement positifs à avoir eu lieu. Et malheureusement, Envy sentait, tout au fond de lui, que ce serait le dernier avant longtemps.

– Tu penses que les rêves ont une signification ? demanda-t-il sans préambule en fixant le plafond.

Edward ne répondit pas immédiatement. Envy l'entendit tourner une page puis changer de position.

– C'est possible. Pourquoi ?

– J'ai fait un rêve. Plusieurs fois. En fait, c'est toujours exactement le même. Ça fait dix jours que je rêve de la même chose toutes les nuits.

– C'est la première fois que tu le mentionnes.

Posant ses mains sur son ventre découvert pour y pianoter distraitement, Envy ferma les yeux en soupirant silencieusement. S'il ne l'avait pas fait plus tôt, c'était pour une bonne raison. Ce rêve l'angoissait.

– Raconte.

Edward ferma son livre et le laissa tomber sur la table basse. Visiblement, le sujet attisait sa curiosité.

– Ça commence tout le temps pareil. J'entends la voix de Voldemort qui me dit que je suis faible. Quand je me retourne, je me vois dans un miroir. Mon reflet disparaît et est remplacé par celui de Gladpy... Son reflet disparaît et est remplacé par celui de Père... mais il est... il... Il brille ? Il est entouré de cette sorte de « halo », tu vois le genre ? Tout de suite après, tu appelles à l'aide. Quand je me retourne, c'est trop tard. Il y a ce serpent, immense, qui te...

Plusieurs souvenirs du corps ensanglanté et se tordant de douleur passèrent derrière ses paupières closes. Il rouvrit les yeux.

– Tu... tu tends la main vers moi. Le serpent te mord la jambe. Il y a du sang et du poison, verdâtre, écœurant... Le serpent siffle si fort que tout tremble autour de moi. Puis tout s'arrête. Le serpent disparaît et est remplacé par quelqu'un. Je ne vois jamais son visage. Tout ce que je vois, c'est qu'il...

Envy se racla la gorge avant de s'humecter les lèvres.

– Il quoi ?

– Il prend ta jambe. Mais... après... ce n'est plus lui au-dessus de toi... c'est moi... et je... prends ta jambe et je...

Sa salive s'épaissit aux images abominables piochées de son rêve. Il déglutit et ses poings se fermèrent sur son ventre. Son repas manifestait l'envie pressante de faire demi-tour pour fuir son estomac et revenir dans son gosier. Les lèvres pressées fermement l'une contre l'autre, il posa le dos de sa main sur sa bouche pour retenir son haut-le-cœur. Il n'osa pas regarder Edward.

– Je la mange.

Edward siffla entre ses dents sans rien dire.

– Puis tu disparais toi aussi. Quand je me retourne, je suis coincé dans une cage minuscule. Les barreaux sont espacés, je pourrais m'enfuir, je le sais, mais je reste là, à ne rien faire. À côté de moi, je vois une autre cage. Harry est enfermé à l'intérieur. Le type de tout à l'heure réapparaît. Il prend Harry et le jette dans une fosse. Le type me libère. Je sais qu'il le fait parce que Harry a été sacrifié pour moi... même si je n'ai rien demandé. Quand je me penche pour voir Harry, il y a juste un lion brisé en deux tout au fond...

Envy se tut.

– Et c'est fini ? Comme ça ?

– Non. Je me réveille, mais je finis toujours par me rendormir. Il y a un second rêve qui le suit. Toujours le même. Je suis debout dans une prairie. Il y a une foule de gens que je connais qui me font une haie d'honneur. On me fait porter une couronne de fleurs, on m'acclame, on me fait une vraie fête. On dirait que je viens de triompher du Mal absolu. Lorsque j'arrive au bout du chemin, j'arrive devant cette porte, grande ouverte.

– Quand tu dis porte, tu penses à...

– Non, pas celle-là. Elle est différente. Gladpy est là aussi. Je lui donne la clé de la porte, et elle me poignarde avec des ciseaux. Il y a des épines qui poussent sur ma couronne. Les rubans et les pétales qu'on me lançait se changent en oiseaux... tous blessés. Je fuis. Je trébuche sur des animaux poisseux. Finalement, je débarque sur le quai d'une gare. Tu es dans le dernier wagon avec Harry, Gladpy et Luna. Vous me faites des signes de la main en riant. Je vous demande de m'attendre, mais le train démarre. Je vous poursuis, mais vous disparaissez. Je continue à courir jusqu'à avoir la route barrée par un arbre minuscule... J'arrache ses feuilles, ses fruits et ses branches. Quand je le regarde à nouveau, il ne reste qu'une souche sèche. Après, je me réveille... Voilà.

– Je crois que t'as gagné le prix du rêve le plus bizarre.

– Pire que celui de Ron où il rêve que des araignées veulent qu'il fasse des claquettes ?

– OK, peut-être pas le plus bizarre, mais au moins le plus dérangeant. Ton inconscient a bien dû piocher ces idées quelque part dans la réalité.

– C'est ce que je me disais au début. Si je t'en parle maintenant, c'est parce que je sens que c'est plus que ça. C'est plus qu'un simple rêve. Je ne sais pas comment l'exprimer. Je le sens, comme un... pressentiment. C'est comme si je savais que je ne pourrais pas y échapper.

– Ce n'est qu'un rêve.

– Ça t'arrive souvent de faire exactement le même rêve deux semaines de suite toutes les nuits ? rétorqua Envy avec aigreur. C'est pas normal. Encore moins dans le monde de la magie.

– Alors quoi ? Tu penses avoir développé des dons de devin ?

– C'est un avertissement, pas une vision.

– Un avertissement ? Tu veux dire qu'Il t'enverrait un message caché en rêve ? C'est un peu tiré par les cheveux. En plus, Il n'en est même pas capable.

– Il l'a déjà fait.

– Quoi ! Quand ça ? s'exclama Edward en se levant brusquement.

Envy lui accorda enfin un regard.

– C'est lui qui m'a dit de te passer le message concernant la bague. Tu pensais que je la sortais d'où cette info ?

– Je croyais que tu m'avais vu avec et que tu cherchais des infos de manière sournoise ! Si ce que tu dis est vrai, pourquoi il n'aurait pas pris contact plus tôt ?

– Parce qu'il se fiche bien de nos problèmes, probablement.

Edward se rassit. Il n'avait aucun mal à croire cet argument.

– Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

– Il m'a parlé d'Anna et Alaïn. Qu'ils me tueraient un jour ou l'autre si je ne faisais pas ce qu'ils voulaient. Il m'a aussi parlé de Hughes. Mais plus j'y pense... plus je me dis que la seule chose qu'il voulait vraiment me dire c'était de garder la bague en sûreté. Bref. Qu'importe. Le truc, c'est qu'il est capable de communiquer. Avec moi, en tout cas.

– Je veux bien envisager ton hypothèse, le problème c'est que ton rêve ne fait aucun sens. D'accord, il a tendance à nous faire tourner en bourrique avec ses discours mystérieux, mais là... Pourquoi prendre la peine d'entrer en contact si c'est seulement pour te balancer une vision complètement incompréhensible ?

– Va savoir. C'est bien son genre.

Envy regrettait d'avoir amené sa théorie sur la table. Désormais, Edward portait une expression soucieuse qu'il détesta aussitôt. Pourquoi n'avait-il tout simplement pas gardé sa grande bouche fermée ? Que ce soit un simple rêve ou un message de la Vérité, peu importait vu son contenu des plus flous. Il n'aurait pas dû inquiéter son ami pour si peu.

– Ed…

– Hm ?

– Tu vas finir ridé pour de bon si tu continues.

Edward soupira. Envy sourit en allant s'asseoir à ses côtés.

– Je le hais tellement...

– Moi aussi... Ouais... Moi aussi, souffla Envy à son tour. Ce bâtard en blanc. On devrait presque laisser Voldemort le tuer.

– Tss.

– J'ai dit « presque ».

– Encore heureux.

Malgré la tentative d'humour d'Envy, l'atmosphère demeura malaisée, tandis qu'Edward réfléchissait à leur conversation. Jamais il ne se serait douté de l'implication de la Vérité dans l'avertissement d'Envy pour la bague de Gaunt, alors qu'il l'avait étonné à l'époque. Cette nouvelle pièce du puzzle donnait une preuve supplémentaire du vrai but de la Vérité. Son objectif visait donc bien les Reliques de la Mort, et non Voldemort.

Un bras s'enroula autour de sa nuque un instant avant qu'une tête se blottisse sur son épaule.

– Hum ?

L'autre bras d'Envy rejoignit le premier dans une étreinte lâche.

– Qu'est-ce tu fiches ?

– Pars avec moi.

Les coins de la bouche d'Edward se crispèrent avant qu'il libère l'un de ses bras pour tapoter maladroitement le dos de son ami.

– Il y a encore des affaires importantes à régler ici. On se retrouvera dès que j'en aurai terminé à Poudlard.

– Quelque chose va très mal se passer.

– Tu dis ça à cause de ton rêve.

– Harry aussi fait des rêves et tu les prends au sérieux.

– C'est différent.

– L'expéditeur est différent, nuança Envy.

Il se cala dans une meilleure position en attendant une réponse qui se faisait attendre.

– Peut-être, admit Edward. Peut-être que tu as raison. Peut-être que c'est vraiment un message de Lui. Peut-être que le Plan Départ sera un échec. Mais on ne le saura qu'au moment venu. Qu'est-ce que tu proposes d'autre ?

– Partons ce soir. Laissons Poudlard. On trouvera un moyen pour régler nos affaires ici d'une autre façon. On n'a pas avancé d'un pouce pendant toutes ces semaines, qu'est-ce qui te fait croire que tu vas trouver une solution avec quelques jours supplémentaires ? Rester ici te met en danger. Quand je ne serai plus là... Il ne restera plus personne pour veiller sur toi.

– Je suis un grand garçon.

– Grand, faut voir.

Edward pinça un morceau de peau à sa portée. Envy ne daigna même pas réagir. Enveloppé de la chaleur de son ami et bercé par sa respiration lente et profonde, il se laissa emporter par le sommeil.

– Pars avec moi, marmonna-t-il une dernière fois avant de s'endormir.

Un soupir échappa à Edward qui laissa sa tête tomber sur le dossier du canapé. Son regard croisa celui de Gladpy, qui les fixait depuis son poste d'observation favori au coin de la cheminée. L'animosité franche du début chaotique de leur relation avait depuis un temps laissé place à un respect incertain, peut-être même à une entente cordiale. Le changement avait grandement amélioré l'ambiance générale de leurs petites rencontres.

– Vous allez lui manquer aussi, commenta Edward avec un petit sourire mélancolique.

L'expression de Gladpy devint parfaitement impénétrable avant qu'elle détourne le regard vers son exemplaire de Sorcière-Hebdo. Une pensée traversa alors Edward pour la première fois depuis que la fuite d'Envy avait été décidée. Depuis le début de sa mission, l'Auror s'était énormément impliquée dans la protection de sa charge. Bien plus que ce que son travail le lui demandait. Elle s'était clairement attachée à Envy et ce n'est que maintenant qu'Edward réalisa à quel point leur séparation, à Envy et elle, allait l'affecter.

Peut-être qu'après la guerre... Ils se retrouveraient. Edward l'espérait pour tous les deux.


–... Mon équipe préférée est celle des Tapesouafles de Quiberon, bien sûr ! s'exclama Edward en souriant un peu trop pour prendre la question au sérieux. Surtout pour leurs robes !

Ron et Harry se mirent à glousser sans qu'Envy, Hermione ou Gladpy ne comprennent la plaisanterie. Le Quidditch était bien l'une de leurs dernières préoccupations.

– Tu n'as aucun goût, soupira finalement Ron en secouant la tête, dépité. Tout le monde sait que la meilleure équipe, c'est les Canons de Chudley !

– Pfff... Ça fait un siècle qu'ils —

– Vous feriez mieux d'étudier au lieu de parler de Quidditch, avertit Hermione, le nez plongé dans son manuel de métamorphose.

– Comme si on avait envie d'étudier en ce moment, rétorqua Ron, toute bonne humeur envolée. On va sûrement tous se faire tuer avant les exa —

– Ronald !

Le garçon se renfrogna en détournant les yeux vers l'ourlet de sa robe qu'il triturait nerveusement.

– C'est vrai quoi... Bones, ce Langue de Plomb... papa... On sait pas qui sera le prochain. Ça pourrait très bien être Dumbledore, vu son état. Ça pourrait être quelqu'un de l'extérieur. Ma mère, mes frères, n'importe qui.

La température ambiante chuta. Personne ne parlait plus du décès d'Arthur Weasley depuis la rentrée. Ils n'osaient pas aborder le sujet en présence de Ron, de peur de lui rappeler la dure réalité. Mais ils ne se rendaient pas compte qu'il n'y avait rien à lui rappeler. Il y pensait chaque jour.

– Si on me donnait le choix, reprit Ron à voix basse. Je ne serai même pas ici.

Il glissa un regard vers son meilleur ami qui lui prit l'épaule pour la serrer. Ils avaient déjà eu cette conversation plusieurs fois tous les deux. Harry aussi aimerait plus que tout vivre au Square Grimmaurd avec Sirius pour profiter de son parrain au cas où quelque chose tournerait mal. Ils avaient peur. Les nouvelles de l'Ordre ne leur parvenaient plus, puisqu'Envy avait perdu son droit au courrier diplomatique. Alors chaque matin, ils épluchaient la rubrique nécrologique de la Gazette, et chaque soir, ils écoutaient les nouvelles diffusées par la RITM. Rester à Poudlard n'avait plus le moindre attrait à leurs yeux. Ils vivaient dans l'angoisse constante, n'agissant pas et n'apprenant que des choses inutiles pour lesquelles ils ne pouvaient plus feindre le moindre intérêt.

– Et tu ferais quoi ? répliqua Hermione. Tu partirais à la chasse aux Mangemorts ? Toi et tes quinze ans contre des sorciers qui torturent et tuent comme ils respirent ?

– Je préférerai ! Tout plutôt que de rester ici à attendre !

Ron s'était levé. Hermione le dévisageait, mortifiée.

– C'est le meilleur moyen de te faire tuer !

Elle se leva à son tour et releva le menton pour le fixer férocement droit dans les yeux, les poings sur les hanches. Voyant que la dispute risquait d'escalader, Harry vint se poster entre ses deux meilleurs amis, demandant muettement l'aide des autres et plus particulièrement d'Edward, qui était le plus doué pour désamorcer ces deux-là. Toutefois, il ne fallait apparemment pas compter sur lui aujourd'hui, puisqu'il ignora la dispute d'un air blasé en se mettant à griffonner sur ce qui aurait dû devenir son devoir de potion à rendre deux jours plus tôt. Et ce n'était même pas la peine de demander à Luna qui faisait il ne savait quoi avec des bouchons de bièraubeurre.

Gladpy poussa un long soupir très sonore avant de se lever à son tour. Sans un mot, elle prit Hermione par l'épaule et la tira dans la chambre d'Envy dont elle referma la porte.

Ron, Harry et Envy échangèrent un regard interloqué. Les deux Serdaigles, quant à eux, continuaient à gribouiller dans leur coin en discutant à voix basse.

– Mais qu'est-ce qu'il lui prend ? lâcha Ron, éberlué par l'intervention de l'Auror.

– Je pense qu'elle va sûrement lui conseiller d'arrêter de se chamailler avec toi et d'enfin commencer à te bécoter, répondit Luna sur le ton de l'évidence même.

– Ce serait pas trop tôt, ajouta Edward en pliant son brouillon sans délicatesse, mais avec application.

Ron lâcha un cri étranglé d'indignation et d'embarras mêlés en devenant rouge vif.

– Je ne veux pas bécoter Hermione ! s'écria-t-il en remuant bizarrement, les bras en l'air pour appuyer son discours. N'importe quoi ! On est amis ! Amis, oui !

Edward lui lança une boulette de papier sur le front qui lui valut un sifflement impressionné d'Envy pour la justesse du tir.

– Et moi je suis Merlin en personne ! rétorqua Edward en s'enfonçant le pouce dans le torse. On commence à en avoir marre de devoir subir votre frustration quand vous vous tournez autour. Faut se sortir le cul du fauteuil là.

– Ed !

– Ron ! imita Edward avec un sourire malicieux. Allez, quoi, tu peux bien l'avouer, on est tous au courant depuis des mois !

La trahison fut encore pire lorsque Ron vit que Harry approuvait complètement. En désespoir de cause, le roux se rassit en croisant les bras, les ignorant tout en ruminant à voix basse. Ce fut ce moment que choisirent les deux sorcières pour revenir dans le salon. Hermione, calmée, s'assit dans le canapé à côté de Ron sans rien dire, tandis que Gladpy reprenait sa place près de la cheminée. Le spectacle de pure gêne que Ron et Hermione jouèrent sous leurs yeux amusés détendit l'atmosphère. À part pour les deux concernés.

– Réflexe !

Envy se prit l'oiseau en papier enchanté d'Edward dans la bouche.

– Mmmh !? Pouah ! Nan, mais c'est le jour du « je lance tout ce qui me passe sous la main » ou bien ?

– Tu me fais pitié avec ta tête de chiot abandonné, alors je te fais un cadeau.

– J'en donnerai moi, des cadeaux, grommela Envy en dépliant ce qui s'avéra être un portrait. Pfff. Ha.

Envy devait avouer que malgré le coup de crayon immonde, l'attention atteignit son but et le dérida. Il fallait dire que la vue d'une Ombrage se faisant dévorer vivante par un Veracrasse géant avait de quoi réjouir n'importe qui.

– Pourquoi tu lui as ajouté des cornes ?

– Les cornes c'est stylé !

Le prochain quart d'heure, ils le passèrent entre Hermione cachée dans son coin faisant semblant de réviser, Ron qui se trouvait à peu de chose près dans le même état alors qu'il discutait distraitement avec Harry. Luna et Gladpy, elles, suivaient des yeux les oiseaux en papier qui s'enchaînaient à toute vitesse juste au-dessus de leurs têtes dans un incessant ballet. Ce qui eut le don de prodigieusement agacer l'Auror.

Elle intercepta le prochain oiseau sous l'exclamation indignée et déçue d'Envy.

– C'est pas pour vous !

Comme si ça changeait quoi que ce soit pour la sorcière. Sous les rougissements d'Envy, elle ouvrit le dessin qu'il venait d'envoyer à Edward et se figea. Puis elle lissa la feuille et la coinça dans son roman.

– Eh ! Renvoyez-le !

– Je vais le garder, répondit Gladpy, la joue creusée par un sourire qu'elle ne pouvait pas retenir. Vous avez un bon coup de plume.

– Regardez les dessins d'Ed, si vous voulez un vrai coup de plume, hein Ed ?

– Va te faire cuire un œuf de dragon. Mes dessins sont géniaux.

– C'est quoi ça ? demanda Ron, curieux, en prenant un oiseau abandonné par Envy. C'est... un arbre ?

– C'est Envy ! se défendit Edward.

– Tu l'as dessiné avec une jupe, fit remarquer Harry en se penchant sur l'épaule de Ron pour examiner l'« oeuvre ».

– Je suis pas le seul qui doive passer aux aveux alors, marmonna le roux, presque méchamment. Un fantasme à confesser ?

– Pas la peine d'être vexé par ce que je t'ai dit tout à l'heure ! Je ne fantasme pas sur Envy en jupe, éclata Edward en tombant à la renverse contre la table basse. C'est comme ça que je l'ai toujours connu avant qu'il soit obligé de porter un uniforme à Poudlard.

Ron, Harry, Hermione et même Luna s'étouffèrent quand Envy confirma en hochant la tête.

– Quoi ? Ça vous pose un problème ? On se trimballe tous en robe, aux dernières nouvelles.

– Mais c'est pas pareil !

– En quoi c'est différent ?

– Tu te promenais en mini-jupe !

– Et alors ?

– Tu es un garçon !

– Ouais, et ?

– Les garçons ne portent pas de jupes !

– Pourquoi ?

– Parce que... Parce que c'est comme ça !

Ron suait à grosses gouttes, battant des records de rougeur.

– Mais c'est pas normal !

– Tu veux que je te dise ce qui est pas normal ? rétorqua Envy avec un air hautain en croisant les bras fermement. Le fait qu'Ed portait des talons. Ça, c'est pas normal.

S'étant attendus à une réponse spirituelle, ils tombèrent tous de haut.

– J'ai jamais porté de talons de ma vie !

– Excuse-moi ? T'avais des plates-formes aux pieds pour qu'on te confonde pas avec un gobelin tellement t'étais petit ! Ça, c'était carrément bizarre !

Edward rougit violemment.

Le reste de l'après-midi se déroula dans une ambiance bonne enfant. Edward y veilla tout particulièrement, espérant faire oublier à Envy ses mauvais pressentiments, à la veille de son départ.


À l'heure du dîner, Edward se rendit compte que ses efforts pour détendre Envy n'avaient servi à rien. Et qu'Envy avait eu raison depuis le début.

Les portes de la Grande Salle s'ouvrirent dans un bruit assourdissant. Tous les regards se tournèrent vers l'intrus ayant dérangé le dîner des habitants de Poudlard.

Souriante et flanquée de cinq Aurors à l'allure menaçante, Dolorès Ombrage couva la Grande Salle d'un regard triomphant qui se posa bientôt au milieu de la table des Gryffondors. Les élèves de toutes les tables émirent des chuchotements interloqués tandis que le groupe s'avançait lentement dans un bruit puissant de botte battant la pierre.

À la table des professeurs, McGonagall, Flitwick et Chourave se levèrent et firent mine de venir à leur rencontre.

– Envy Serégo-Alighieri, proclama Ombrage dans sa voix de petite fille habituelle. Vous êtes sommé de vous rendre sur-le-champ afin que les Aurors ici présents procèdent à votre arrestation.

Les bavardages s'intensifièrent alors que les regards se tournaient vers Envy, qui blêmit perceptiblement pour ceux assez proches.

Impossible. Ça ne pouvait pas arriver maintenant. Pas alors qu'il était censé quitter Poudlard le lendemain pour se rendre à l'abri. Envy échangea un regard avec Gladpy, debout derrière lui et fixant Ombrage sans ciller. L'Auror ne pouvait rien pour lui, à moins qu'elle abandonne sa carrière et se fasse complice du crime duquel on l'accusait à tort.

– Dolorès ! s'exclama la directrice de Poudlard en arrivant à quelques mètres de l'envoyée ministérielle. Quelle est la signification de tout ceci ?

– Mais c'est très simple, Minerva. L'enquête menée par le ministère a porté ses fruits. Je suis ici avec un avis d'arrestation visant le sorcier nommé Envy Serégo-Alighieri pour le meurtre d'Alexander Popett.

Des exclamations se firent entendre un peu partout dans la salle. Envy croisa le regard démuni de McGonagall. Elle ne pouvait rien pour lui non plus. Si elle le défendait et l'aidait à s'enfuir, elle perdrait son poste de directrice et Poudlard, et tous ses élèves seraient perdus. Personne ne pouvait rien pour lui.

Envy serra les mâchoires.

– Envy, non ! souffla Hermione en lui agrippant la main.

Il secoua la tête pour lui faire comprendre qu'elle n'y pouvait rien. Il serra brièvement sa main dans la sienne puis la lâcha. Il hocha la tête dans la direction de Harry, puis de Ron, et enfin de Gladpy, avant de se lever. Le silence tomba sur la Grande Salle tandis que tous les regards suivaient sa longue avancée.

– Sage décision, se réjouit Ombrage avec un petit rire.

Envy passa devant la table des professeurs, dépassa Chourave, puis Flitwick, et McGonagall, pour finir par s'arrêter devant la Grande Inquisitrice. La dépassant largement, il la surplomba en la fixant de son regard le plus froid. La sorcière sourit plus largement encore et fit un signe aux Aurors derrière elle de procéder à l'arrestation.

Soudain, une silhouette leur barra la route.

Envy écarquilla les yeux. Il aurait pu reconnaître cette tresse entre mille.

Le silence s'appesantit. Non seulement l'intervention avait choqué les élèves, mais également les professeurs et les Aurors, qui pointèrent leurs baguettes sur le trouble-fête.

– Edward ! siffla McGonagall en avançant dans le dos d'Envy. Ne faites rien d'insensé !

– Oui, Mr Elric, approuva Ombrage, dont le sourire s'agrandit au-delà du possible. Ne faites pas l'erreur de devenir le complice d'une telle félonie, si vous ne souhaitez pas partager le même destin que Mr Serégo-Alighieri.

– Ed…

Edward tourna légèrement la tête dans la direction d'Envy et énonça muettement quelques mots : « Au signal, cours ». Envy secoua la tête, les yeux écarquillés. Il ne pouvait pas laisser Edward se sacrifier pour lui permettre de prendre la fuite. Jamais.

Avant d'avoir pu faire part de son désaccord, Edward retourna son attention au groupe du ministère.

– Si vous voulez arrêter Envy, vous devrez me passer sur le corps.

– Ainsi soit-il, accepta Ombrage. Flukett, Garbain, arrêtez-le.

Edward se campa presque imperceptiblement, prêt au combat. Puis, dans une voix qui porta étonnamment fort dans la salle, il cloua les personnes autour de lui sur place d'incompréhension.

– Tout feu, tout flamme, tout bois !

Cet ordre provoqua plusieurs réactions en chaîne.

Trois follets enragés apparurent du néant, attaquant les Aurors au visage.

Ombrage, paniquée, tomba à la renverse.

Edward, avec une force peu commune, attrapa la main d'Envy.

Ils partirent dans une course folle vers la grande porte, fuyant littéralement pour leurs vies.

– Attrapez-les ! Ne les laissez pas s'échapper ! brailla Ombrage, à quatre pattes au sol.

Les cris hystériques s'éloignèrent alors que les deux fuyards sautaient par-dessus les marches menant au parc. Le chemin jusqu'aux grilles vers Pré-Au-Lard les laissait à découvert, mais ils n'avaient pas d'autre choix. Tous les passages secrets vers l'extérieur étaient bloqués. Ils seraient obligés de passer ces grilles pour espérer être en mesure de transplaner.

– Stop ! s'écria Envy en plantant brusquement ses talons dans le sol.

– On n'a pas le temps ! rétorqua Edward, en manquant de tomber sous la force de l'arrêt.

– Regarde !

Edward suivit la direction des grilles pour voir au loin des silhouettes la garder. Ombrage avait préparé son coup.

Des jets de lumière rouge firent sauter quelques mottes de terre autour de leurs pieds. Les Aurors s'étaient débarrassés des follets.

Edward tira Envy dans un virage serré vers la droite. La Forêt Interdite. Leur dernier espoir. Les Aurors galopaient vite, mais pas assez pour les rattraper. Avant même que les poursuivants aient atteint les serres de Chourave, les fuyards pénétraient déjà la lisière de la forêt. Ils s'enfoncèrent sous le couvert des arbres, chacun la baguette au poing pour se protéger des créatures dangereuses qui vivaient là.

La forêt était comme à l'accoutumée. Noire. Froide. Silencieuse. Seuls les bruits de leur course et de leurs souffles se faisaient entendre autour d'eux. Ils avaient quitté le sentier, espérant semer les sorciers à leurs trousses. Malheureusement, cette stratégie avait un prix : le terrain n'était pas des plus propice à la course, entre racines et arbres de moins en moins espacés et de plus en plus épais.

– Comment tu comptes nous faire passer les barrières magiques ? demanda Envy, serrant les doigts de son ami plus fort entre les siens.

– Je réfléchis !

Un brusque tremblement de terre les envoya s'écraser dans un arbre. Sonné, Envy claqua de la langue en passant une main sur sa tempe ensanglantée.

– C'est quoi ce bordel ?

– Bordel, regarde !

Envy tourna la tête pour voir de la fumée noire s'élever en trois points derrière eux.

– Ils veulent nous acculer ! ragea Edward en les forçant tous deux sur leurs jambes. Grouille !

Leur course ne reprit que pour quelques secondes avant d'être interrompue par un autre tremblement de terre, différent du précédent. Edward poussa un juron salé.

– Les animaux fuient dans notre direction ! On va se faire piétiner !

Le tremblement s'approchait à vive allure, accompagné de cris et de hennissements apeurés.

– À terre !

Envy entraîna Edward dans sa chute. Il le prit contre lui et colla son propre dos contre la souche morte d'un arbre couché. Bientôt, une horde de licornes terrifiées sauta par-dessus leurs têtes, offrant une vue impressionnante sur leurs énormes foulées. Tout autour d'eux, des lièvres, rongeurs, biches, cerfs et oiseaux fuyaient à tire-d'aile, loin du danger.

La terre se remit à trembler. Trois ondes de choc, plus proches que les précédentes, les forcèrent à se boucher les oreilles.

Puis vint le silence. Surréel.

Edward ôta lentement ses mains de sa tête pour tendre le cou, les sens aux aguets.

Quelque chose clochait.

Envy sentait qu'ils étaient passés à côté d'une information importante.

Puis vint la réalisation.

– Ed… Ça venait de l'autre côté, murmura-t-il.

Ils regardèrent le ciel. Les volutes de fumée se rapprochaient. Pris au piège.

Ils tournèrent sur eux-mêmes en se relevant. Les colonnes surgissaient des cimes dans toutes les directions. Encerclés.

Ils s'observèrent droit dans les yeux. Plus d'issue.

– Tu as eu le temps de réfléchir ? lâcha Envy.

Edward soupira.

– Je ne vois qu'une seule manière de sortir de là.

Envy fronça les sourcils en voyant la résignation soudaine de son ami.

– Foncer dans le tas en espérant que ça passe.

Malgré la situation dramatique, Envy ne put réprimer un sourire en coin.

– Comme si ça changeait de d'habitude.

L'Homonculus reprit la main d'Edward dans la sienne et changea de destination pour les diriger vers le nord-est. Vers le territoire des centaures. D'un accord silencieux, ils sprintèrent dans cette direction dangereuse sans hésitation. Si leur ultime plan consistait à jouer les brutes, autant aller au bout de leur idée.

L'ombre propagée par les arbres touffus, qui aurait dû se faire de plus en plus sombre, disparaissait au contraire progressivement. Ils découvrirent bientôt la raison de cette anomalie.

Incendio !

Instinctivement, Edward les mit à couvert derrière un rocher. Flukett ne les avait pas remarqués, trop concentré sur son œuvre pyromane. Tout autour d'eux, la forêt se consumait à une vitesse alarmante. Ces explosions n'étaient pas ce à quoi ils s'attendaient. Le piège était bien plus mortel que dans les pires scénarios.

Edward observa son compagnon à la dérobée. Envy était pétrifié.

– Envy, on va devoir passer au travers, chuchota Edward directement dans son oreille pour se faire entendre par-dessus les craquements des arbres en feu. Tu penses en être capable ?

L'Homonculus ne répondit pas, plus blême que jamais. La peur le clouait sur place.

Edward le contourna pour lui faire face. Il attrapa son visage entre ses mains pour forcer Envy à se focaliser sur lui.

– Réagis, Envy. Me laisse pas tomber. J'ai besoin que tu —

Stupéfix !

Edward tomba à la renverse. Rendu amorphe par la vision du feu autour de lui, Envy n'eut aucune réaction.

Stupéfix !

Envy s'étala aux côtés d'Edward.

Incarcerem !

Des cordes sortirent de la baguette de l'Auror et ligotèrent les corps immobiles. La suite se déroula dans un brouillard flou aux yeux d'Envy, hypnotisé par les flammes.

Quand il reprit conscience de son environnement, il se trouvait toujours au même endroit, mais Flukett ne les surplombait plus seul. Deux de ses collègues l'avaient rejoint. Envy ne réagit pas immédiatement, sa vision s'accommodant à sa reprise de conscience lente.

Puis...

Le visage de l'un des deux nouveaux venus lui parut familier.

Envy émit un gémissement d'appel à l'aide et de soulagement en voyant Gladpy penchée au-dessus de lui. Elle était venue les sauver ! Dieu merci, les voilà tirés d'affaire !

Mais...

Pourquoi tenait-elle une discussion cordiale avec l'ennemi ? Pourquoi sa baguette ne visait-elle pas Flukett et l'autre Auror ? Pourquoi ne combattait-elle pas pour les libérer ?

– Je vais personnellement veiller à ce que le Maître reçoive Alighieri dans les plus brefs délais, déclara Gladpy en désignant l'Homonculus de sa baguette. Vous, prenez Elric et débarrassez-vous-en. Il n'est d'aucune utilité.

Le monde d'Envy éclata.

Trahison. Peur. Rage. Vengeance. Sang. Tuer.

« Tue-la ! »

Sa respiration s'approfondit et s'accéléra.

Un grondement sauvage résonna dans sa poitrine.

Ses griffes déchirèrent ses doigts.

Sa peau vira au vert.

Quatre bras sortirent de ses côtes explosées.

Son corps se métamorphosa en un bruit écœurant d'os brisés.

Les trois Aurors reculèrent en criant, jetant des sorts à l'aveuglette.

Bientôt, la transformation fut complète.

Quinze mètres de long. Huit mètres de haut. Gueule immense pourvue de crocs.

Envy poussa un hurlement bestial qui résonna jusqu'à Pré-au-Lard.

Les visages de ses résidus d'âmes poussèrent des hurlements en jaillissant de son cou.

Tout se mélangeait en lui. Sa peur des flammes sorties de ses souvenirs de Mustang, sa fureur causée par la trahison d'une amie, sa terreur à l'idée qu'Edward puisse être blessé.

Ses neuf pupilles tombèrent sur une minuscule silhouette étalée par terre, les yeux écarquillés et la bouche ouverte en un cri muet.

Gladpy. Tuer.

– A-arrière ! Monstre ! s'écria Flukett, moucheron minuscule sur sa gauche.

L'Homonculus l'ignora, levant une patte dans l'intention d'exterminer la traîtresse.

– Sinon je tue le garçon !

Son geste s'arrêta net. L'énorme gueule se tourna vers la source de la menace. Au travers le voile de rage pure animant Envy, une évidence lui revint en mémoire.

Edward. Protéger.

Le brouillard de fureur s'éparpilla légèrement, lui permettant d'apercevoir le corps inconscient d'Edward, tenu en bouclier humain.

– Ordure !

Le grognement guttural fit redoubler les tremblements incontrôlables de Flukett.

Incendio !

Le sortilège lancé par le troisième Auror le toucha en pleine mâchoire. Envy rejeta la tête en arrière, gémissant de douleur.

Le trio en profita pour prendre ses jambes à son cou, filant entre les arbres et abandonnant l'Homonculus dans le cercle de flammes qui se rapprochait dangereusement de toutes parts.

Aveuglé par la fumée noire et par la douleur, Envy perdit ses repères. Il se redressa de toute sa hauteur, surplombant la cime des plus grands arbres de plusieurs mètres. Le parc. Ils se dirigeaient là-bas.

Sa proie trouvée, il se laissa tomber sur ses pattes et s'élança au-dessus de l'incendie incontrôlé. En trois bonds, il atterrit à découvert, semant la zizanie chez les sorciers présents dans le parc.

Des sorts jaillirent partout à la fois, ne lui laissant aucun répit. Ses coups de queue envoyèrent deux attaquants dans les airs. Ses pattes éjectèrent un troisième.

Edward. Où était Edward ?

L'Homonculus hurla sauvagement à nouveau.

– La barrière s'est brisée !

La pluie de maléfices inutiles s'arrêta brusquement alors qu'une partie des sorciers fuyait vers le lac noir d'où s'échappait une masse informe de serpents, apparemment désirant attaquer tout être vivant à leur portée.

Le château. Les élèves. Danger.

Envy envoya les derniers Aurors valser pour se propulser en travers de la route de la masse de créatures enragées. Il écrasa, déchira et dévora la menace sous les regards horrifiés des spectateurs. Des professeurs, alertés par les hurlements bestiaux, se joignirent aux Aurors pour attaquer l'Homonculus. Les sorts fusaient. Envy se débattit. Ses huit pattes frappèrent le sol. Il se tourna, se retourna de rage.

Le coup fatal vint de la baguette de McGonagall.

Une gerbe de feu impressionnante frappa Envy de plein fouet.

Il se tortilla de douleur, tentant d'échapper aux filets de flammes s'ajoutant au fur et à mesure que chaque sorcier prenait exemple sur McGonagall.

Dans son agonie, Envy hurla à s'en arracher les cordes vocales. Les fenêtres des tours les plus proches explosèrent, jetant une pluie de débris tranchants sur le parc.

Lorsque la quinzaine d'Aurors, accompagnée des professeurs de Poudlard, furent tous réunis avec le même but commun, Envy succomba.

Son corps gigantesque s'effondra. Le sol trembla.

Puis le silence fut.

Aussitôt la créature bien morte, des exclamations d'allégresse secouèrent les rangs des vainqueurs.

– Que tous les sorciers et sorcières valides se dirigent vers la forêt interdite ! commanda McGonagall en amplifiant sa voix magiquement. Le feu doit être maîtrisé avant qu'il atteigne le château !

Sous son regard satisfait, ses collègues et les quelques Aurors capables de se tenir debout obtempérèrent. Parmi ceux restés en arrière, elle remarqua plusieurs blessés graves à qui Madame Pomfresh et le professeur Rogue administraient les premiers soins.

– Où sont Mr Elric et Alighieri ? interrogea McGonagall en voyant Ombrage avancer vers le cadavre du monstre. Sont-ils blessés ?

– Madame Ombrage ! s'écria Flukett, couvert de suie, en accourant vers la sorcière.

– Où est le suspect ? piailla Ombrage, visiblement encore secouée par l'apparition monstrueuse inattendue.

– C'est lui ! s'exclama l'Auror en pointant l'Homonculus. Nous poursuivions les fugitifs quand Alighieri s'est transformé en cette — cette chose !

McGonagall posa sa main sur son cœur.

– Impossible !

– Je l'ai vu de mes yeux, Madame ! Il est devenu comme fou et il est parti à notre poursuite pour récupérer Elric !

– Elric ? Où est-il ? Est-il blessé ? demanda McGonagall, alarmée.

– Nous l'avons capturé, annonça Gladpy en s'approchant du groupe restreint.

L'Auror qui l'accompagnait interrompit son sort de lévitation et laissa tomber un corps aux pieds d'Ombrage. Cette dernière utilisa le bout de sa chaussure rose pour tourner le visage inconscient dans sa direction et vérifier son identité. Le visage flasque, sale et ensanglanté d'Edward leur fit face.

McGonagall sentit la colère monter en elle, en plus de se retrouver soudain en proie à la plus vive émotion. Ils venaient tout juste de tuer Envy, sans le savoir. Edward ne tarderait pas à subir le même sort, aux mains de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Elle n'avait pu sauver Envy, que Merlin en soit témoin, elle sauverait Edward !

– Libérez ce garçon, Dolorès. Vous n'avez aucun droit de le traiter ainsi.

Ombrage se tourna vers sa collègue. Tout sourire avait disparu depuis le début de cette débâcle.

– Ce garçon, comme vous dites, est le complice d'un monstre. Il sera emmené à Azkaban et y finira ses jours, si le Magenmagot décide de ne pas lui faire subir le Baiser du Détraqueur. J'y veillerai. Soyez-en sûre, Minerva.

Un gémissement interrompit leur discussion. L'attention des cinq sorciers se plaça sur le corps ligoté d'Edward, qui venait de reprendre connaissance. Il cligna plusieurs fois des yeux, dévisageant sans les voir les visages penchés autour de lui. Minerva en profita pour défaire ses liens d'un geste abrupt de baguette.

– Comment osez-vous ? s'indigna Ombrage, les joues rouges de furie. Ce suspect est dangereux !

– Il a surtout besoin de soins, rétorqua la voix furieuse de Pomfresh, arrivant au même moment. Qu'avez-vous fait à ce pauvre garçon ?

Edward se redressa brusquement.

– Envy !

Il crapahuta hors du cercle, en direction du corps immobile de l'Homonculus.

– Arrêtez-vous, Elric ! somma Flukett, baguette brandie. Impedi-

Avant d'avoir pu terminer sa formule, le cadavre géant bougea.

Tous les sorciers présents dans le parc, même ceux terminant d'étreindre l'incendie, s'immobilisèrent.

La tête géante remua, se détachant du sol.

– Envy !

Les yeux surréels se rouvrirent en deux fentes pour se fixer sur la voix qui l'appelait désespérément.

– Edward ! s'écria McGonagall, affolée. N'approchez pas !

À la stupeur générale, la frêle silhouette blonde s'interposa, bras tendus, devant l'immense créature.

– Edward, arrêtez immédiatement ! Vous allez vous faire tuer ! Ce monstre n'est pas votre ami ! Envy n'est plus là !

– Taisez-vous ! rugit Edward. Envy n'est pas un monstre ! Je ne vous laisserais pas le tuer !

Expulso !

Le coup de semonce explosa à quelques centimètres des pieds d'Edward.

– Ceci est un avertissement ! beugla Ombrage, la baguette pointée vers sa cible. Si vous ne vous écartez pas et si vous ne vous rendez pas aux autorités, je n'hésiterai pas !

Edward ne bougea pas d'une mornille.

Stupé —

Expelliarmus !

La baguette d'Ombrage quitta sa main et la sorcière vola dans les airs avant de retomber brutalement dans un cri aigu.

En représailles, un jet violet quitta la baguette de Gladpy et toucha Edward en pleine poitrine. Sa chemise se tacha de sang avant qu'il ne s'écroule entre les pattes de l'Homonculus.

– Non !

Les voix de McGonagall et de Pomfresh se mêlèrent en le voyant tomber entre les griffes du monstre.

Le mouvement de chute termina de réveiller Envy. Ses yeux s'ouvrirent en grand et un grondement sourd résonna hors de sa gueule.

Flitwick et une poignée d'Aurors attaquèrent directement le monstre, espérant cette fois l'achever et libérer sa pauvre victime.

– Arrêtez ! ordonna McGonagall alors que le feu menaçait Edward. Arrêtez les attaques !

Mais personne ne l'écouta. Les flammes plurent sur l'Homonculus ressuscité qui en plus de ne plus se défendre, poussait des feulements de détresse. Ses énormes pattes encerclèrent le corps d'Edward et sa tête énorme vint se poser au-dessus, coupant toute faille où les attaques pourraient se faufiler.

– Re-regardez ! Il le protège, balbutia Pomfresh. Il est là. C'est toujours Envy ! Il faut les faire arrêter ! Minerva !

– Attaquez ! hurla Ombrage. Tous en même temps ! Feu !

Le corps monstrueux, pris dans un impressionnant spasme, disparut dans les flammes. Une atroce odeur de chair brûlée assaillit le parc, provoquant des vomissements violents chez certains sorciers.

Puis, dans une dernière lamentation d'agonie, l'Homonculus se désagrégea. Ses membres tombèrent en poussière. Bientôt, le nuage de suie et la fumée se dissipèrent pour ne plus laisser qu'Edward, recroquevillé dans un épais coussin de poussière.

Avant que McGonagall ou Pomfresh aient pu réagir, Ombrage avait déjà envoyé ses Aurors récupérer leur suspect. La directrice de Poudlard et l'infirmière protestèrent, mais d'autres Aurors retinrent tous ceux souhaitant empêcher l'arrestation. Elles assistèrent à la scène, impuissantes, tandis que deux Aurors prenaient les bras du garçon pour le traîner à l'écart. Ils s'arrêtèrent tout à coup.

– Madame Ombrage ! s'exclama Garbain. Vous devriez venir voir ça !

Interloquée et agacée, Ombrage les rejoignit et se pencha sur Edward. Elle lâcha une expression victorieuse.

– Non ! Non, arrêtez ! Laissez-le !

Ignorant l'origine de la lutte, les témoins de la scène ne purent que se questionner en voyant Edward, gravement blessé, se battre bec et ongle pour garder quel que soit l'objet qu'il tenait contre lui. Il se débattit comme un beau diable et il fallut l'intervention de quatre Aurors pour l'immobiliser et prendre ce qu'il gardait si précieusement.

Après un dernier effort pour partir à la poursuite d'Ombrage qui repartait avec l'objet mystérieux enveloppé dans un mouchoir, Edward perdit finalement connaissance.